Le Monde – Économie, lundi 5 – mardi 6 avril 2010

Le fil rouge

Subprimes, tarissement du crédit, Lehman Brothers, Grèce, CDS, avenir de l’euro, la presse suit à la trace les catastrophes devenues quotidiennes mais malheureusement, selon l’expression consacrée : « le nez dans le guidon ». Le risque est grand quand l’attention n’est accordée qu’au coup par coup, que les arbres ne finissent par cacher la forêt et que le fil rouge mortifère du risque systémique ne devienne lui invisible.

Pourtant le fil rouge est là, qui relie la suite de ces événements, et pour en faire la preuve, le fait que chacun était déjà en pleine lumière – les projecteurs braqués sur lui – quand eut lieu la précédente catastrophe.

La tentation est grande bien entendu de focaliser l’attention sur chacun de ces désastres et, au lieu de l’interpréter précisément par rapport au fil rouge qui le connecte au suivant, de l’examiner dans la perspective rassurante du routinier et du déjà connu. Ainsi, il y a des fourmis et des cigales – et la Grèce appartient à la famille des cigales et l’Allemagne à celle des fourmis, les CDS (Credit–Default Swaps) sont des instruments dérivés – à manipuler donc avec précaution, Chrétiens Démocrates et Libéraux tirent à hue et à dia au sein du gouvernement de Mme Merkel – comment pourrait-il en être autrement ? la France et l’Allemagne se disputent – une fois de plus…

La situation est malheureusement bien plus dramatique que ne tendraient à le suggérer de telles banalités. Car le fil rouge relie la Grèce au Portugal et celle-ci à l’Espagne, et cette dernière au Royaume-Uni… De la même manière exactement qu’il reliait il y a deux ans à peine Bear Stearns à Lehman Brothers et Lehman Brothers à Merrill Lynch. Le fil rouge reliait les banques entre elles mais il était manifeste, quand le gouvernement américain sauva d’un coup ce qu’il restait de Wall Street, la compagnie d’assurance AIG et les jumeaux maudits Fannie Mae et Freddie Mac – opération au prix combiné de près de mille milliards de dollars –, que c’était lui-même qui s’en trouvait déséquilibré et se mettait à chanceler. Et les États-Unis n’étaient pas, parmi les nations, la plus vulnérable. Après les banques, les États sont entraînés à leur suite, perdent pied et sont en train de se noyer : la dette souveraine et son coût croissant les entraînera un à un par le fond. Pareils à ces sauveteurs de bonne volonté mais inexpérimentés, qui finissent par y laisser la vie.

Qu’on ne s’y trompe pas : les chamailleries au sein de la zone euro au cours des semaines passées ne relèvent pas de la comédie mais de la tragédie. Suivons du regard le fil rouge : ce que nous voyons, c’est le repli des nations sur elles-mêmes dans un « Sauve qui peut ! Chacun pour soi ! » généralisé. La Chine et l’Allemagne ont indiqué la marche à suivre. Les gouvernements d’unité nationale sont pour bientôt, quand il sera devenu évident aux yeux de tous qu’aucun parti ne connaît à lui tout seul la solution des problèmes insolubles qui se posent, suivis alors de Comités de Salut Public, quand il sera clair que même tous ensemble ils n’y comprennent rien et – si Dieu nous prend alors en pitié – suivi enfin d’un nouveau Conseil National de la Résistance, au moment où il faudra, par-delà les divergences conçues aujourd’hui comme irréductiblement inconciliables, lancer une ultime tentative de sauver ce qui peut encore l’être.

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111 réflexions sur « Le Monde – Économie, lundi 5 – mardi 6 avril 2010 »

  1. Hé oui, tout est lié.
    Et le fil est bien embrouillé.
    On ne peut pas tirer d’un côté sans provoquer des noeuds d’étranglement ailleurs, exactement comme quand on veut désembrouiller une pelote de laine.
    Alors que fait-on ?
    On sort les ciseaux ?

    1. L’effet « ciseaux » est déjà en marche.
      Relisez bien ce qui transparait à la fin de l’article. Le retour de balancier du mondialisme s’appelle protectionnisme et, surtout, retour vers de vraies valeurs.

      Et, je vais aller exceptionnellement un peu plus loin.
      Il n’est en rien besoin de comprendre.

      Comme disait un des papes de la finance, buffet, « n’achetez pas ce que vous ne comprenez pas »…

      Mais cela, cette expérience, ce potentiel de « vieux routier qui a du vécu », personne si ce n’est quelqu’un qui vous veut du bien en vous éduquant ne vous le dira.

      L’american dream repose aussi sur cela : la poudre au yeux et, comme disait Coluche : « l’intelligence est ce qu’il y a de mieux partagé sur terre : chacun est persuadé d’en avoir suffisamment ».

      Flattez un humain, faites-le rêver, et il viendra manger dans le creux de votre main pendant que l’autre main sera en train de l’étrangler.

    2. @yvan
      c’est juste d’avoir la vision et le courage
      le reste suivra,penser au 18 juin 40

    1. Pas mal cette charte, quasiment un autre nom de la constitution pour l’économie. Mais si elle était adoptée, rien ni personne ne pourrait empêcher les grandes entreprises de s’asseoir dessus. Non, pas belle la vie. En tout cas pas pour tout le monde.

  2. Le souci, c’est que le CNR, premier et seul du nom a eu besoin de la guerre la plus meurtrière de l’humanité pour voir le jour. A constater la mentalité des classes populaires et moyennes, en majorité aquoibonistes ou optimisto-pragmatiques, dans tous les cas autruchiennes donc, il est permis de penser (dans les milieux non autorisés plutôt) qu’il va falloir que ca « chie grave » pour qu’un sursaut se fasse jour. L’Histoire ne se répète pas, mais parfois elle bégaye…

    1. « le CNR, premier et seul du nom a eu besoin de la guerre la plus meurtrière de l’humanité pour voir le jour » : oui et non. « Oui » parce que les Alliés, en libérant la France, lui ont donné la possibilité matérielle d’exister. « Non » parce qu’il a tiré sa légitimité du fait de s’être opposé aux nazis et au régime de Vichy. Cela dit, moi aussi je pense qu’il va falloir que « ça ch… grave » pour que ça bouge. Mais ne pas oublier que le New Deal commence en 33, donc 4 ans après 29. Si l’on fait remonter le début de la crise à 2008, il faut donc « patienter » encore 2 ans, le temps que ça…

    2. Le CNR tire bien entendu sa légitimité de la résistance mais pas de résistance sans la guerre 🙂 Sans les privations, les déchirures, les dissensions, sans toute la souffrance engendré par le conflit, la population aurait-elle accepté les mesures du CNR ?

      Quant au new deal, il n’a pas empêché la guerre et sans doute même que sans cette dernière, l’économie des Etats-Unis ne serait pas repartie.

      Il est bien entendu encore temps de stopper un engrenage fatal mais je crois que ce ne peut-être l’oeuvre que d’une minorité agissante qui au moins dans un premier temps n’aura pas de légitimité véritablement populaire. La lucidité voudrait que l’on juge la situation quasiment sans espoir. La dignité exige que l’on y croie quand même…

  3. Ce papier est trop pessimiste. Ce matin j’entendais sur mes radios préférées que la croissance repart.
    En témoigne l’augmentation du prix du pétrole et l’augmentation du taux de base de la FED. Il est vrai, cependant, que cette croissance, ne crée pas beaucoup d’emplois: car c’est avant tout une croissance des profits…

  4. « les jumeaux maudits Fannie Mae et Freddie Mac » font irrésistiblement penser à feu les tours jumelles du WTC. Faut-il y voir un mauvais présage ? Rappelons que les jumeaux jouent un rôle important dans beaucoup de mythologies. Castor et Pollux par exemple, selon l’Odyssée:

    « Ils restent vivants tous les deux sous la terre féconde ;
    Cependant, même là en-bas, Zeus les comble d’honneurs ;
    De deux jours l’un, ils sont vivants et morts à tour de rôle
    Et sont gratifiés des mêmes honneurs que les dieux. »

    La leçon est limpide: on doit la fertilité de la terre au cycle de la vie et de la mort qui se déroule en son sein. On ne peut pas l’attribuer à la vie seulement, car celle-ci ne saurait être sans la mort, tout comme un jumeau ne saurait être sans un jumeau. On ne peut donc pas séparer la vie de la mort, (ce qui rend au passage tristement dérisoire le mot d’ordre des chrétiens: « Jésus a vaincu la mort »…), pas plus qu’on ne peut séparer… le créancier de son débiteur ! Et puisque la dette est un « cadavre », ne faudrait-il pas que, d’une manière ou d’une autre, une partie au moins de la créance se fasse à son tour cadavre ?

    1. Quand on y réfléchit bien, le statut (ou état) des jumeaux présente une petite curiosité. Il désigne une naissance « en double », on ne peut en imputer la cause ni à l’un ni à l’autre. Ensuite, même si la vie les sépare physiquement, ce qui est sans doute le cas le plus fréquent, ils ne peuvent pas le perdre, car ce qui le justifie n’est pas leur situation actuelle mais leur naissance. C’est la raison pour laquelle, à mon humble avis, les jumeaux apparaissent fréquemment, – à ce que l’on dit, je ne l’ai pas vérifié -, dans les mythes « fondateurs ». Au contraire de construire, créer ou procréer, fonder consiste à donner symboliquement naissance à quelque chose, donc à commencer une histoire. Il ne faut donc pas s’étonner que jumelles et jumeaux soient à l’origine de nombreuses histoires mythologiques, puisqu’ils n’existent qu’en vertu de leur naissance, c’est-à-dire le début de leur propre histoire.

    2. C’est à juste titre que les physiciens surnomment « jumelles » des particules qu’ils ont « intriquées ». Mon post ci-dessus dit bien que l’état gémellaire est symbolique: il faut savoir qu’Untel est né en même temps et de la même femme qu’un autre pour savoir qu’il est jumeau. Ce n’est pas un état « observable »: si vous le croisez seul dans la rue, vous ne verrez pas marqué « jumeau » sur sa figure. En revanche, les états vivant/mort et homme/femme sont biens réels et observables. Mais l’état « intriqué » est-il réel ou symbolique ? A voir comment on émet 2 photons intriqués à partir du même électron, il y a bien quelque chose de réel mais, dès lors que l’on fait des mesures, qui ne sont concevables que dans un système externe à l’intrication, il se pourrait bien que l’on tombe de facto dans le symbolique.

    3. >dès lors que l’on fait des mesures, qui ne sont concevables que dans un système externe à l’intrication, il se pourrait bien que l’on tombe de facto dans le symbolique.

      Et du coup, vous pensez ensuite que le symbolique devient inextricablement lié à la réalité, et qu’il y a une interaction entre eux, non? 🙂

      C’est séduisant.

      http://en.wikipedia.org/wiki/Consciousness_causes_collapse

    4. Apollon et Artémis, mythologie grecque
      Castor et Pollux, mythologie grecque
      Héraclès et Iphiclès,mythologie grecque
      Hélène et Clytemnestre,mythologie grecque
      Perez et Zerah, personnages bibliques
      Remus et Romulus, fondateurs mythologiques de Rome

    5. @nico: « Et du coup, vous pensez ensuite que le symbolique devient inextricablement lié à la réalité, et qu’il y a une interaction entre eux, non? » : effectivement, mais j’ai dû découvrir la MCR, Méthode de Conception Relativisée, de Miora Mugur-Schächter, pour oser m’avancer sur ce point. En introduction à sa méthode, cette chercheuse pose en effet que ce qui appartient au symbolique est réel, et pose la réalité physique comme un postulat. Elle m’a fait réaliser au passage que le fameux « donc je suis » de Descartes ne s’adresse pas à la personne physique, mais à « ce » qui dit qu’il pense, c.a.d. le « je ». Descartes aurait pu dire: je pense, donc je est.

      Les bases de la MCR vont dans le sens des idées que je rumine depuis des lustres en croyant qu’elles sont triviales, stupides, ou sans intérêt, etc. Je considère par exemple que Dieu, et les dieux en général, existent réellement, mais dans l’ordre des connaissances, bien sûr, au même titre que Grégoire Samsa, le héros de La Métamorphose. Le gros défaut des théoriciens est de mettre « la réalité » en position première, indépendante de l’observateur, etc. Autant de postulats qui ne tiennent pas la route : c’est au contraire ce que Miora Mugur-Schächter appelle le Fonctionnement Conscience qui est premier.

    6. @nico: merci pour le lien. Malheureusement, je le lis avec bcp de difficultés. Si vous en connaissez d’autres en français je suis preneur. Il y a très peu de publications dans cette langue, on ne trouve que des généralités archi-rabâchées, des élucubrations rabâchées itou, ou des trucs de spécialistes qui ne se préoccupent pas d’interprétation.

  5. J’apprécie à sa juste valeur la qualité de votre billet mais je m’interroge néanmoins sur certaines expressions qui parsèment sa conclusion et finalement les perspectives qu’elles induisent.
    « Aucun parti ne connait à lui tout seul la solution » Voulez-vous dire par là que la somme de ces ignorances se transformera, évidemment, en un galimatias de mesures s’annulant les unes les autres pour la plus grande joie de nos prédateurs toujours aux commandes… Je crois comprendre la suite que vous donnez alors à ce « gouvernement d’union nationale » en évoquant un « Comité de Salut Public ». Je l’entends comme l’irruption sur la scène publique d’une nouvelle génération de « la représentation nationale » mais qui, tout comme nos célèbres aieux finiront sous la guillotine ou passeront la main à un « Napoléon » providentiel. Mais c’est alors que je ne vous suis plus dans ce qui me semble être votre « philosophie de l’histoire » trop hégélienne ou déterministe, à mon gout. Surviendrait alors par la magie d’un dieu miséricordieux ou d’une raison dans l’histoire, après une période indéterminée de ténèbres, « Un Conseil National de la Résistance »… Malheureusement, même si je peux l’appeler de mes voeux (certainement pas de mes prières) et plus encore y contribuer par un engagement personnel et collectif, rien n’est écrit!!!!
    Je suis particulièrement surpris par votre tournure de phrase, »si Dieu nous prend alors en pitié » qui semble abdiquer la possibilité de l’autonomie humaine ou sombrer dans un « spleen » que je ne vous connaissais pas. Bien sur, les perspectives, si on les regarde froidement, sans cette étincelle de vie qui fait que celle-ci est toujours surprenante et inattendue, ne sont guère folichonnes. Nous avons de « bonnes » raisons de penser que l’animal humain nourrit actuellement de fortes dispositions à l’extinction de sa propre espèce. Je ne suis pas de ces écologistes intégristes qui pensent que nous avons fait notre temps sur terre mais échanger ce point de vue pour s’en remettre à celui qui consiste à invoquer la Fortune….
    C’est en cela que j’aimerais avoir plus de précisions sur ce que vous préconiser de sauver …

    1. Bonsoir !

      En effet, Par l’entremise d’un vocabulaire très personnel, et politique, Nous partons dans « une projection d’un avenir » très possible…. .
      il y manque 2 ou 3 petites choses, volontairement oubliées.
      – Le facteur temps et tous ses composantes : Durée, séquences, d’opportunités, etc… Elles sont toutefois perceptibles, à chaque énumération : ( Gouvernement d’Unité Nationale … Comité de Salut public … Conseil de la Résistance … . ) .
      – Chaque mot est pesé et choisi . Bravo ! Le comité succède au Gouvernement … puis vient le Conseil . Le nombre ( de ses représentants) va décroissant.
      – Chaque énonciation est le résultat des conséquences d’un ETAT (solide, liquide, gazeux)… Un aboutissement.
      – Que d’évenements non évoqués, mais « visible », dans cette « absence » de visible. Surtout, celles intervenant entre chaque énonciation. Est ce intentionnel???

      Bonne soirée.

    2. Tomate,

      j’ai fait la même lecture que vous.
      J’ajouterais seulement que Conseil national de la résistance implique qu’il y ait d’abord mobilisation collective et résistance organisée. Tout un programme n’est-ce pas ?! 😉

    3. Pour ma part, je n’ai pas pris au sérieux, c’est-à-dire au pied de la lettre, la séquence « Gouvernement d’Unité Nationale, Comité de Salut public, Conseil National de la Résistance ». Ces trois formes de gouvernement ont en commun l’unité préalablement perçue comme solution, en la non-unité comme obstacle. Pas évident qu’on en arrive là : les foules ne sont plus politisées comme autrefois, la communication politique a intégré l’art de manipuler l’opinion, et le personnel politique forme un continuum qui constitue déjà une sorte d’unité. Ce n’est pas plus d’unité qui pourra prendre figure de solution, mais plus de police.

    4. Le propos de Paul est ,à mon avis,plus sombre que vous ne le percevez.
      Les étages « administratifs » évoqués ne sont censés apparaitre qu’après un temps de chaos.
      Probablement une fin de l’Union Européenne et forcément un retour de la défunte Nation.
      Mitterrand avait eu cette phrase:
      « La Nation c’est la guerre »..
      Si un CNR doit se constituer c’est après la « résistance », résistance à quoi?
      L’avenir le dira.
      Mais si la notion de Nation revient à la mode ailleurs que dans les stupides réunions de footeux elle sera liée à une reprise des dépenses de « défense ».
      Les USA demeurent bien placés, mais aussi la Russie.
      Je ne sais si Paul va aussi loin?
      Mais il s’agit de prospective suivant la logique du « fil rouge »;
      La stratégie internationale faisant suite à la « maquereaux économie ».(qui n’est pas l’étude de la formation des prix sur le carreau des halles aux poissons).

    5. @TARTAR: plus sombre, plus sombre !… Pffff… La « sombrité » n’a pas besoin d’une perspective de conflits militaires pour se justifier. Quand on verra les nations d’Europe se réarmer et nouer des alliances, il sera temps de rappeler que « La Nation c’est la guerre »… Mais les temps changent. Je présume que la « sombrité » se manifestera de façon jamais vue : par toujours plus de police. Il faut se rappeler l’affaire, toujours par dénouée, des « terroristes » de Tarnac, (à mon avis menée à titre d’exercice), et voir comment les flics anti-émeutes sont aujourd’hui équipés comme des militaires.

    6. … qui semble abdiquer la possibilité de l’autonomie humaine ou sombrer dans un « spleen » que je ne vous connaissais pas.

      Je pensais que le fait qu’il s’agissait de dérision serait évident.

  6. Le Cassandre de Vannes a parlé une fois de plus, et ce qu’il dit est irréfutable. Ca fait froid dans le dos, mais comment éviter la douleur lancinante et grandissante de la promesse d’Enfer faisant suite aux atermoiements d’aujourd’hui?

    Une vague lueur d’espoir, peut-être: et si les Etats optaient pour une forme de gouvernance mondiale autre que les diverses rondelles de saucisson mal coupées vaguement mises en avant par le dernier G20?

    Dans mon for intérieur, je sais que je me fais des illusions: il n’existe pas aujourd’hui un seul leader politique « mondial » suffisamment sagace pour racheter l’autre.

  7. Quand la vie ne tient plus qu’à un fil, le prix du fil s’envole.
    Quant au téléphone rouge, cela fait belle lurette qu’il est sans fil…..
    Tout ceci est cousu de fil blanc, non?.
    « Chacun était déjà en pleine lumière – les projecteurs braqués sur lui – quand eut lieu la précédente catastrophe »
    Merci Paul pour ce partage de votre invention du fil à couper le leurre…..
    Au nom du père, du fil à la patte, et du saint-esprit, puissent-ils nous venir en aide, amen.

    1. « appétit pour le risque »
      Et oui roma ,le spéculateur est le nouveau héros des temps modernes,le poker, le jeu emblématique du vingt et unième siècle…

  8. « Les banques grecques sont touchées par une vague de sorties de fonds, alors que les citoyens et les entreprises les plus riches du pays cherchent à transférer leurs actifs à l’étranger ou auprès d’institutions financières internationales perçues comme plus sûres» rapporte ce mardi le Telegraph sur son site Internet.

  9. Un pays semble tout de même déjà sauvé :
    L’inquisiteur moody (maudit) vient d’abaisser la note de l’Islande à C—
    Au moins, ils sont libéré du poids de l’argent.

    Monsieur Jorion, entre nous…
    1 000 milliards de dollars (vert green écolo) pour sauver AIG et consorts… je vous trouve modeste, sur ce coup-là. C’est le montant officiel, ça, non?

    De même que remplacer le dieu argent par un autre dieu… Est-ce bien utile…??

    1. « De même que remplacer le dieu argent par un autre dieu… » : meuh non, qu’allez-vous chercher là ? Paul a simplement dit : « si Dieu nous prend alors en pitié », ce qui est simplement une manière de parler. Dieu est mort mais sa valeur scripturale est loin d’être éteinte. Ne pas oublier qu’en vertu des qualités qu’on leur prête, les dieux sont les seuls à même de faire quelque chose dans les situations les plus désespérées…

    2. Crapaud rouge, “ Dès que l’on prend un peu d’altitude, beaucoup de choses qui nous paraissent importantes sont ramenées à de plus modestes proportions, et plus on se perche haut, plus la friture de ces baleines est abondante, or je ne connais rien de meilleur, cuites dans leur huile, plus également nous semblent futiles les affaires humaines, à tel point que le désintérêt de Dieu pour elles constitue peut-être bien la preuve de son existence, au plus haut des Cieux. ” Éric Chevillard, « Au plafond ». Ed. de Minuit.

    3. crapaud rouge, encore chose qui se gâterait sous la soutane, Bergounioux, Pierre Bergounioux, La Fin du monde en avançant, Fata Morgana, 2006,
      (c’est long, s’asseoir sur le journal, ça résonne longtemps, l’espace avec le silence:
      (au cas pas de temps pour l’heure, regarder à la fenêtre, ou derrière le pare-brise, réflexion sur « Kant et le bonheur » du même livre: http://www.tierslivre.net/faceB/spip.php?article37)

      « Longtemps, l’utopie a été la projection d’un idéal qui trouverait, dans l’avenir, sa réalisation. Elle est inséparable du conflit qui oppose les groupes sociaux pour la répartition des pouvoirs et des profits et la définition des valeurs.

      Nous participons de deux substances, ainsi que Descartes l’a établi à l’aube des temps modernes, l’une palpable, étendue, l’autre rien que pensante. Celle-ci, pour immatérielle qu’elle soit, n’en est pas moins très réelle. Elle peut prendre la forme visible de caractères imprimés dans des livres tangibles qui contestent ce qui, tout autour du lecteur, se donne pour la réalité. Une part de ce que nous pensons refuse le monde où nous sommes engagés malgré que nous en ayons, par corps. Quel homme ne bâtit, jour après jour, son utopie ? Quelle vie n’est flanquée, dans l’ombre, sans bruit, de celles, parallèles, où seraient levés les ombres, les griefs, la détresse, la contrariété consubstantielle à toute réalité ? A côté des ouvrages rangés dans la bibliothèque s’échelonnent les volumes fantômes que les hommes ont composés sans y songer parce que toute vie laisse à désirer, que nous avons, justement, l’univers des songes pour bâtir ce que l’autre, le vrai, s’ingénie à nous refuser. La philosophie – décidément – a suggéré, dans son langage, que ce qui existe n’est jamais qu’un possible parmi d’autres, dont le halo invisible l’environne et pourrait l’évincer, si nous le voulons, si nous y travaillons avec l’énergie requise. Pas d’utopie qui ne se soit posée en rivale du réel, qui n’ait dégagé l’emplacement écarté, hors-sol, encore, qu’il ne tient qu’à nous d’habiter.

      Ça, c’était avant. Ça commence à la Renaissance, qui voit Thomas More, Rabelais dresser les plans, l’un d’une île purgée du despotisme, du monachisme, de la vénalité des charges, du luxe, de la propriété privée, l’autre d’une abbaye où l’on vaquerait librement aux soins de l’esprit. Ça finit avec Fourier après avoir passé par l’Eldorado, les archipels fortunés, le pays des chevaux.

      La tendance inverse se dessine à l’instant, à peu près, où les rêves nés aux temps féodaux et sous le talon de fer du capitalisme industriel ont pris forme. Est-ce le destin des rêves de dépouiller leurs vertus et leur charme lorsqu’ils s’accomplissent ? Enferment-ils un germe létal qui les détruit lorsqu’ils quittent la chambre où ils naquirent pour l’espace non protégé du dehors ? L’utopie semble vouée à nourrir l’utopie, le possible à engendrer du possible, tout réel à se nier. A peine les idéaux se sont-ils composé un visage qu’on y voit apparaître les stigmates inéluctables, dirait-on, de la tyrannique réalité.

      La différence avec les âges antérieurs, c’est que la protestation, échaudée, a changé de figure. Au lieu d’opposer un rêve supplémentaire à ce qui est, elle se met à dessiner, en forçant le trait, le cauchemar en quoi il va se muer. Ce sont les prophéties de Kafka, d’Orwell, d’Huxley, à quoi le feu XXe siècle a apposé le sceau de l’abomination de la désolation.

      Tout va très vite, désormais. Nous avons, à n’en pas douter, changé d’ère. Quels que soient les noms qu’on lui donne, société post-industrielle, supra-modernité, démocratie néo-libérale, fin de l’histoire, elle s’annonce à un bouleversement de l’expérience ordinaire, à une révolution du paysage où prédomine ce que le sociologue Marc Augé a qualifié, voilà une dizaine d’années, de non-lieu. L’utopie, au sens strict du terme, est en train d’envahir l’étendue où nous tentons de vivre, avec cette conséquence que nous n’avons plus nulle part où aller.

      On ne revient pas en arrière. L’avenir que rêvèrent nos devanciers s’est désintégré en 1991 lorsque une société explicitement construite en vue de répartir équitablement le produit du travail est morte d’avoir laissé les monstres qu’elle prétendait conjurer croître et la dévorer, la brutalité, les procédés bureaucratiques, l’opacité, le dogmatisme, la sénilité. Le présent ? Ce qu’il comportait d’à-côtés, de marges, de franges où respirer en attendant demain se résorbe. C’est pour ça que notre désenchantement paraît sans remède.

      Les tendances majeures de ce temps sont à l’abstraction, à la dématérialisation. Le travail a définitivement perdu sa dimension utilitaire. On échange des produits tarifés sur le marché global, dominé par des groupes qui conditionnent la demande à laquelle ils s’offrent à répondre. Les zones imprécises, marginales, personnelles où l’on avait le loisir de se réfugier après avoir fourni sa quote-part de labeur socialement utile, sont quadrillées, investies par d’autres groupes – à moins que ce ne soient les mêmes – qui proposent de la musique en boîte, des séries télévisées, des films à grand spectacle et effets spéciaux qui parachèvent la mainmise sur les rêves et la pensée du capital financier multinational.

      La généralisation des rapports abstraits s’est comme incarnée dans le décor. D’abord dans les grandes masses, avec les villes nouvelles et autres ZUP des années soixante et soixante-dix, les barres, les tours aux allures de boîtes de Kleenex jetées en plein champ avec, pour centre d’échange, la supérette, le bistrot-PMU et la pharmacie posés sur la dalle. Et comme la vie et le travail se trouvaient dissociés, on a tiré au cordeau des voies rapides remparées de glissières en acier zingué, connectées au moyens d’échangeurs et de rocades où il vaut mieux éviter de se tromper parce qu’il n’est plus question de faire demi-tour et de recommencer. Le droit à l’hésitation, le goût ténu de liberté ont disparu de la circulation. Elle a pris la fixité d’un destin où il me semble reconnaître, lorsque je me hasarde sur les autoroutes de ceinture, l’esprit désastreux du présent.

      Il a fallu vingt-cinq ans – une génération – pour achever le tableau, esquissé à grandes traits à coups de bull-dozers et de bétonnières, régler les derniers détails. Lorsqu’on arrive par les chaussées à quatre voies devant les services administratifs, l’hôpital, l’usine, le lycée dont la façade garnie de verre plus ou moins fumé domine le parking, on a vraiment besoin de l’écriteau – Urgences, réclamations… – pour s’assurer que c’est bien là. Rien ne ressemble à l’entrée d’une clinique comme celle du centre des impôts, de la préfecture, d’une succursale de banque ou d’une fabrique de cartonnage ou de tout ce qu’on voudra. Même assortiment de moquette, faux-plafond, mobilier en mélaminé blanc ou coloré, ordinateurs gris-perle, plante en pot dans son bac en plastique, musique de supermarché, envie de foutre le camp à peine arrivé tant cet univers interchangeable, envahissant, universel est non seulement irrespirable, malgré l’air conditionné, la lumière diffuse des spots incorporés, mais contraire à je ne sais quelle attente obscure dont nous ne nous savions pas hantés avant que l’endroit standardisé, généralisé ne la blesse : l’empreinte, en nous, de l’univers dru, aéré, inattendu qui fut, des millénaires durant, notre demeure.

      C’est le sol de l’expérience qui nourrit nos fantasmagories, alimente nos hantises. Enfant vieillot de la pire province, on m’a fait les contes d’avertissement – Jeannot l’Etourdi, la bête faramineuse – qui mettaient en garde fillettes et garçonnets contre les dangers de la campagne, loups, rôdeurs, puits, simple mare où l’on se noie. Le temps n’avait pas passé ou celui qui hante nos pensées retardait sur la vie, la réalité que les loups, les créatures intermédiaires, les maladies infantiles avaient pourtant déserté, chassés par la strychnine, l’école laïque, les dispensaires de santé publique, la fin de la société agraire traditionnelle. Les phobies ont épousé le mouvement général, troqué leur arrière-plan de taillis, de fourrés, d’étangs contre les propriétés génériques du non-lieu universel. Par exemple, je ne peux m’engager dans la profonde tranchée par laquelle l’A 6b rejoint le périphérique, à la porte d’Italie, sans m’imaginer condamné, par suite d’une panne, à passer là le restant de mes jours. Je disposerais d’un mètre, à peu près, entre la haute paroi de béton brut, incurvée au sommet, et la chaussée sur laquelle déferle sans discontinuer le flot grondant de la circulation dans une vapeur empoisonnée, grise, de gaz brûlés, le fatalisme hagard des automobilistes lancés vers l’anneau qui enserre Paris de son collier de fer. Autre maléfice, mais c’est le même : se retrouver captif des barrières automatiques en inox, dont le guichet électronique – pastille rouge allumée, signal sonore bref et déplaisant – refuse, on ne sait pourquoi, le ticket qu’on a glissé dans la fente. Il est tôt. Personne dans l’espace souterrain, carrelé, baigné d’une clarté blême, d’abri anti-atomique, de chambre froide ou d’abattoir. A l’entrée de chaque couloir, ces tourniquets de métal poli, leurs bornes obtuses, zonzonnantes, signal rouge – ça m’est arrivé – et pas même la ressource d’en découdre, comme la chèvre de Monsieur Seguin lorsque, comme il était prévisible, le loup est là. Plus diffuse, la sensation que c’est partout la même chose, tous les endroits contaminés par le non-lieu, la non-vie qu’il nous fait.

      A côté des peurs surannées que je rappelais, habitants des mares, œil oblique qui flamboie aux lisières du crépuscule, il y avait les penchants auxquels j’aurais voulu céder, des existences que j’ai regardées comme si évidentes et pleines que j’ai souhaité les embrasser, qu’elles seraient miennes si elles n’avaient suivi dans sa perte le monde ancien dont elles participaient. Pêle-mêle, petit exploitant agricole en Quercy, où l’on pratiquait la polyculture vivrière, avec la maison de pierre claire à bolet, pigeonnier carré, coiffe tuyautée de tuile romaine, régnant sur les vignes, le verger, le maïs et le tabac, le carré de potirons qu’on aurait dit sortis d’un conte. Maître d’école, debout sur le perron de la bâtisse sévère, restée des temps héroïques, de la République des Jules, puis penché, après la fin des classes, sur les cahiers, entre les cartes de géographie, les poids et mesures en étain, sous un rayon oblique où scintille une poussière de craie. Et – pourquoi pas ? – pêcheur d’eau douce ou coureur de bois, ouvrier saisonnier, un peu braconnier, comme je me souviens d’en avoir connu un ou deux, il y a une éternité, soutenant comme ils pouvaient une existence buissonnière, nocturne, à l’écart du village. Ils passaient de bonne heure, les matins de fête, avec un sac crissant d’écrevisses, un beau lièvre encore chaud, des cèpes, des morilles qu’on leur payait en chuchotant dans le coin obscur de l’entrée. C’est dès l’enfance qu’on souhaite d’être autre, ailleurs et c’est cet avenir que la généralisation des nouvelles procédures de production, de distribution et de circulation a balayé. C’est la même vie qu’elles font à tous et le déplaisir chronique qu’on en conçoit est sans remède puisque c’est partout pareil, désormais.

      Anywhere out of the world, écrivait Baudelaire, voilà un siècle et demi. Sauf que le monde, à ses yeux, coïncidait à peu près avec les limites de Paris intra muros et qu’aux heures de spleen, il n’avait pas tellement loin à se transporter, en pensée, pour se sentir mieux, accordé. Le luxe et la volupté tenaient leurs quartiers dans la Hollande et s’il s’obstina à rester dans son galetas, il avait de quoi rêver. L’utopie s’est vidée de sa substance, retirée non pas seulement du réel mais des possibles latéraux. Nous ne sommes pas au monde. Il n’est plus nulle part où nous pourrions aller, ni avant, puisque c’est du passé, ni après, où le triste aujourd’hui, en l’absence d’alternative, semble devoir indéfiniment se perpétuer. La réalité est devenue utopique, mais au sens le plus strict du terme et la vieille question – être, ne pas être, dormir, rêver peut-être – se pose avec son acuité coutumière, son éternelle nouveauté.

    4. @roma: N’ayant prêté aucune attention au début de votre post ni au guillemet ouvrant, j’ai cru que ce long texte était de votre main. En lisant, je me disais: « Mais c’est pas possible ! Ce type est une plume ! » Je m’apprêtais à vous faire part de ma plus haute considération, assortie de ma vive émotion de lecteur merveilleusement surpris, lorsque, vérification faite, je compris qu’il était de Bergounioux ! Vous m’avez donc offert le plaisir de lire à nouveau ce Maître incontesté de la littérature, et par ma négligence je l’ai augmenté de celui de la découverte. Pour ce moment rare je vous dois un grand merci.

    5. @crapaud rouge, je suis heureux d’avoir pu partager ce texte.
      le lien vidéo, en vérifiant, ne répond pas; celui-ci oui-
      http://www.youtube.com/watch?v=fnBmQ0rh2Ps&feature=player_embedded
      il s’agit d’une lecture de F. Bon, d’un passage du même livre de Bergounioux dont le titre emprunte la finale de la pièce 4 d’ « enfance » in « les illuminations », la virgule soustraite

      Je suis le saint, en prière sur la terrasse, comme les bêtes pacifiques paissent jusqu’à la mer de Palestine.

      Je suis le savant au fauteuil sombre. Les branches et la pluie se jettent à la croisée de la bibliothèque.

      Je suis le piéton de la grand’route par les bois nains ; la rumeur des écluses couvre mes pas. Je vois longtemps la mélancolique lessive d’or du couchant.

      Je serais bien l’enfant abandonné sur la jetée partie à la haute mer, le petit valet suivant l’allée dont le front touche le ciel.

      Les sentiers sont âpres. Les monticules se couvrent de genêts. L’air est immobile. Que les oiseaux et les sources sont loin ! Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant.

    1. C’était dans l’entretien du matin avec les duettistes Roger Pol Droit (le philosophe) et François henrot (le banquier) pour leur livre au titre sans surprise  » le banquier et le philosophe ». Paul Jorion était cité comme ayant « annoncé la mort du capitalisme » en opposition aux invités qui pensent qu’en moralisant l’argent, le capitalisme est encore plein d’avenir… Quand un banquier devient philosophe, on peut s’attendre à tout !

  10. la théorie des mailles et/ou des noeuds est très efficace pour décrire le probleme actuel , de la théorie des groupes ,donc !

    et les matheux français etaient en pointe pour la spéculation ,je ne doute pas qu’ils puissent avoir une soluction adaptée grace à la topologie !

  11. Les années qui vont venir seront terribles, on s’en doute. Il suffit de lever la tête pour voir à quel point l’homme a labouré son ciel de méditation. L’ennemi est partout et nul part. L’horreur a trouvée une place de choix dans l’invisible, d’où notre désarroi et un certain malaise psychique. Ce n’est plus la guerre à pépé dans les tranchées : nous sommes le champ des plus folles expériences. Au fond je comprends votre « Si Dieu nous prend alors en pitié ». Mais nous sommes seuls au monde. En attendant, s’enivrer à l’heure du printemps, jouir du beau temps est tout à fait humain pour ceux qui le peuvent encore. Les plus téméraires doivent repartir au combat dans les secrets de l’être, là, où c’est pas bien brillant.

  12.  »L’Etat, c’est moi ! »

    Dr Mabuse au moment où l’on veut l’arrêter.

    (Le Testament du Dr Mabuse, Fritz Lang, 1933)

  13. « Suivons du regard le fil rouge : ce que nous voyons, c’est le repli des nations sur elles-mêmes dans un « Sauve qui peut ! Chacun pour soi ! » généralisé. » : ce ne sera pas joli à voir, certes, mais n’était-ce pas déjà « chacun pour soi » en Europe puisqu’il n’y a jamais eu de politique commune ? Les entorses aux traités vont se multiplier, et puis un jour on verra que tout le monde s’assoit dessus. L’Europe semblera défaite alors qu’elle ne s’est jamais faite.

    1. Et c’est en effet la France qui détient le record absolu d’absences de paiement des amendes infligées par Bruxelles…
      Bon, si on sort 5 minutes de cette Europe-de-tous-les-vices…

      En dehors du fait que les US peuvent s’endetter sans compter grâce à leur banque centrale… (mais chaque état doit se débrouiller avec ses finances…)

      Quelles sont les différences OBJECTIVES de fonctionnement entre les US et l’Europe…???
      (car, si je ne m’abuse, là bas AUSSI il y a des états pauvres, non?)

  14. Le principe de la « construction européenne » repose uniquement sur la bonne marche de l’économie; il est donc logique qu’en cas de crise aigue, le principe du « every man for himself » devient réalité. Qui aimerait rester sur un bâteau qui coule? (De plus, ce principe fait partie du catéchisme néo-libéral). Je pense que l’idée de la nation, de s a nation en tant que source d’identité est de retour. J’ai pu observer en Afrique, chez les indiens en Amérique du Nord, chez les autochtones en Nouvelle Guinée et ailleurs l’importance de l’identité de la tribu pour la construction de l’identité des individus. Ce qui n’empêche pas de commercer avec un autre tribu, mais en cas de pénurie ou de danger, l’individu se retranche derrière son identité ethnique, son culte, le totem de sa tribu. Il me semble que l’on assistera à un phénomène semblable, d’autant plus que l’administration bruxelloise n’a pas réussi (et n’a même pas essayé) de faire naitre une espèce d’identité européenne. Les gens ont l’impression – à juste titre – que ni l’Europe, ni la mondialisation pourront résoudre les problèmes économiques auxquels ils sont confrontés

  15. Mon cher Paul,

    Triste billet.
    Mais comme Joan, je n’y crois pas. Ma télé n’arrète pas de me dire que tout va bien, mes politiques favoris font des plans sur la comète 2012 en pensant que la crise financière, tel le nuage de Tchernobyl, s’est arrétée à nos frontières et mes éditorialistes confirment que la croissance repart aux USA. Me mentiraient -ils TOUS ? Il y aurait donc un complot, vraisemblablement fomenté à Davos, pour dans un même mouvement dénigrer notre Président bien aimé en suggérant des tensions conjugales coupables et préparer les classes moyennes européennes à devenir pauvres ?
    Nous serions donc, sur ce blog, un îlot de résistants virtuels, seuls détenteurs d’une vérité distillée par Paul (quoique aussi confirmée par Daniel Cohen -la prospérité du vice- et joseph Stiglitz -le trimphe de la cupidité).
    Il nous faut donc un grand libérateur afin de renouveler l’expérience du CNR.
    Là aussi je diverge.
    Il ne peut y avoir un tel liberateur issu de l’univers du politique, encore moins d’un mouvement d’unité nationale. Les politiciens formés au même moule endogamique que les financiers d’un bord seraient trop heureux de faire porter le chapeau de la cata à l’autre bord et espérer en tirer quelqu’avantages électoraux les temps meilleurs revenus…

    1. Les politiques, appuyés par les médias officiels, sont dans leur rôle de prêcher le positivisme à tout va. Ils n’ont qu’un objectif ; que la consommation des particuliers ne s’effondrent pas, et celà ce n’est que de la psychologie et de la thérapie de groupe. On ne peut pas leur repprocher.

    2. Même le Gourou s’inquiète: Selon Bernanke, des choix difficiles attendent les É-U

      Le président de la banque centrale des États-Unis, Ben Bernanke, a discerné mercredi des motifs d’espoirs pour l’économie du pays mais a averti de sacrifices à venir risquant de se traduire par une hausse des impôts ou une baisse des prestations sociales.

      Tout va bien, MAIS :
      «La crise financière semble essentiellement derrière nous», l’économie «commence à croître de nouveau» mais «nous sommes loin d’être tirés d’affaire»
      http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/etats-unis/201004/07/01-4268184-selon-bernanke-des-choix-difficiles-attendent-les-e-u.php

  16. En fait, la mauvaise surprise n’est pas que cela arrive mais que cela arrive aussi vite. L’invitation au bal des économies émergentes (censées nous sauver) a sonné le glas du système.
    Comment l’humanité a-t-elle pu croire que le système capitaliste pourrait prospérer sur la base d’une croissance exponentielle (PIB+3%, l’année suivante : (PIB +3%)*3%,…). Il aurait fallu, pour ce faire, découvrir une seconde planète à exploiter après avoir rançonné, tour à tour, nos colonies, le tiers-monde,…
    Alors, il n’y a plus assez d’argent, et le subterfuge de la dette, déployé depuis 30 ans, n’y suffit plus. Quant à nos ressources naturelles, elles sont à l’agonie.
    Franchement, le système politique qui nous tirera de là n’est pas né et, à vrai dire, nous n’aurons que ce que nous méritons.

    1. « Comment l’humanité a-t-elle pu croire que le système capitaliste pourrait prospérer sur la base d’une croissance exponentielle ? » : On pourrait aussi en appeler à la mémoire de nos parents : qu’est-ce qui fit leur bonheur, au sortir de la Seconde guerre mondiale, après 5 ans de disette ? Le capitalisme, son industrie et son agriculture de masse pour garantir l’approvisionnement des villes. Ce petit rappel pour dire que ce qui semble aujourd’hui si critiquable, et qui l’est effectivement depuis des lustres, était aussi une solution.

      Il n’y a pas à reprocher aux gens d’avoir cru. Quand on verra s’esquisser une sortie à la crise actuelle, on y croira tout aussi fort, sans vouloir présager d’éventuels dégâts futurs.

    2. Excusez-moi de revenir à la charge, mais ça m’irrite quand le langage ne se fait pas précis. Ecrire « Comment l’humanité a-t-elle pu croire » est d’un non-sens absolu ! Elle ne croit rien l’humanité, elle vit. Il fallait dire: « Comment a-t-on pu croire ». Le « on » peut sembler encore plus vague mais c’est faux : il désigne très précisément « personne en particulier », c’est-à-dire qu’il refuse de désigner « ceux qui ont cru ».

  17. @ Paul

    Un message pascal « Urbi et Orbi » qui n’est pas vraiment teinté d’espérance mais qui dépasse de loin l’insignifiance d’autres à l’échelle humaine, celle où je vis.

    Ce que je comprends de ce que vous écrivez c’est non pas que nous devrions attendre du dehors un « sauveur » de nos illusions mais que nous devons au contraire faire le deuil de celles-ci à l’intérieur de nous-mêmes.
    Un deuil c’est long et pénible. On ne le dépasse qu’en se changeant soi-même et en modifiant nos points de vue. Il y a là une tâche individuelle et collective d’introspection et de réaction, l’interaction étant rien moins qu’aisée.
    A mon avis de béotien, il faut une masse critique de personnes ayant dépassé ce stade du deuil individuel avant que le deuil collectif puisse mener à quelque chose que personne actuellement ne saurait prévoir ni anticiper pas plus en contenu qu’en contour. Il y aura, comme toujours en ces cas, « du sang, des sueurs et des larmes » mais je crois fermement que l’humanité sortira de cette crise autant qu’elle est sortie de bien d’autres.

    1. qu’est ce qu’un deuil collectif ? un plan caché? une cachette solaire? l’an Zéro? le deuil dites-vous prend du temps. la crise par définition… d’autant que vous reprenez « sangs sueurs et larmes », je vous suis, toutes croyances effacées, deuil en somme lavé de toute identification au cadavre par une belle pluie d’idées… écran total… à moins que… l’urgence éveille un sentiment très rapide, très inconscient, ou la nécessité et la force de vie s’expriment à plein… nous révèle ce qui est, ce qui n’est pas… à moins que la peur la violence t’emporte, ou la soumission passive…
      « La désolation consiste dans le sentiment d’inutilité, de non-appartenance au monde, dans l’abandon par autrui, dans le déracinement, dans le sentiment de se faire défaut à soi-même. En tant que telle, elle est la condition préliminaire de la superfluité, le fondement de la domination totalitaire, comme l’avaient bien compris les nazis » (Sylvie Courtine-Denamy, in « Préface » à Qu’est-ce que la politique d’Hannah Arendt).

    2. @ Roma

      Un deuil collectif est un deuil fait en commun après que chacun ait fait le sien pour lui-même. Simple.
      Lorsqu’un deuil n’est pas fait, les réactions qui émergent spontanément sont rarement « bien » fondées. Elles reflètent juste nos névroses individuelles et collectives et remplissent par un vent (Eole s’y connait…) de folie le vide laissé par le manque de « l’objet » disparu. C’est bien ce que professait Hanna Arendt. Un régime totalitaire nait systématiquement de cette précipitation qui court-circuite le deuil collectif parce qu’il est relativement facile à un petit groupe organisé de manipuler les affects névrotiques qui émergent des foules à ces moments là.
      Une solution hative n’est jamais une solution adaptée et s’avère souvent un remède pire que le mal, un emplâtre de boues acides sur une jambe de bois vermoulue.

    3. Eole, hier Poutine au 70e anniversaire du massacre de Katyn, où 22 000 officiers polonais ont été abattus par la police secrète soviétique, n’a pas prononcé le mot de pardon, ce deuil traîne encore son poids de vengeance; à l’échelle d’une nation, qu’on suppose uniforme, ce deuil s’appuie sur l’oubli, c’est un enterrement, rien d’un deuil, le deuil n’a pas affaire au temps. à le commémorer pour remplir la figure désormais absente de la mémoire filiale. Quid du deuil des Algériens et des Français et des Allemands etc… je comprends très bien ce que vous dites mais quand les cadavres bougent encore, de la mélancolie en héritage d’être mort pour rien, de la rage d’absolument rien, du temps qui ne passe pas… Freud, dans « Deuil et mélancolie » décrit la mélancolie comme une scission de l’identité, qui voit s’affronter un tyrannique surmoi et un moi blessé. Si bien que le mélancolique se reconnaît dans la perte de l’estime de soi, ce qui « se manifeste en des auto-reproches et des auto-injures et va jusqu’à l’attente délirante du châtiment ». Et qui pour s’éprouver s’exerce contre la figure de l’autre. Peur de quelque chose qui a déjà eu lieu. il ne nous suffit pas de penser ce que les choses sont censées dire et être pour nous en débarrasser, de les réduire au schème qui a pu nous servir. Hannah Arendt nous désigne comme orphelin des valeurs qui ont présidé à notre existence. jamais l’information n’a ressemblé autant à une falsification systématique de l’état réel de notre vie; viendront bientôt les mots-d’ordre pour changer, on nous habillera pour le deuil. de ce rien qui nous échoie du seul fait de vivre faisons en sorte que la vanité de nos illusions apparaisse; celle qui consiste à croire que « l’humanité » s’en sortira en est une et non des moindres. comme vous les deuils on s’y doit, oui, aller de l’avant.
      ces mots, de Jan Karski, Yannick Haenel, Gallimard
      « Car l’extermination des Juifs d’Europe n’est pas un crime contre l’humanité, c’est un crime commis par l’humanité. »
      « Il ne faut pas croire qu’en 1945 on a libéré les camps, dis-je, il ne faut pas croire qu’en 1945 on a gagné la guerre : en 1945 on a enterré les dossiers, en 1945 on a effacé les traces, en 1945 on a lancé la bombe atomique. »
      Bonne journée!

  18. Le « message » de Paul est publié dans LE MONDE ECO.
    La partie eco du quotidien « du soir » français ..ce n’est pas anodin.
    Je ne connais pas le profil type du lecteur de ce medium mais il semble que ce ne soit pas du bas de gamme.
    Il y a comme un genre de « cri d’effroi » (élégant et discret bien que ces adjectifs semblent antinomiques) dans la ligne éditoriale du Monde en général qui transpire depuis qq mois.
    Le troupeau va-t-il en tenir compte?

    1. Ah, je ne pense pas que ce soit devoir en « tenir compte ».
      Et déjà, vouloir en tenir compte fait partie de l’axe de continuation du système en place. Hors, tu sais comme chacun ici qu’il est allé trop loin. Et, surtout, qu’il ne peut plus être arrêté ni même modifié.
      Trop puissant pour cela.
      Et ce n’est pas un constat d’échec ou de fatalisme ou.. non : c’est du constat pur et dur et de la logique implacable.

      Je pense qu’il n’y a que deux solutions.
      Guerres civiles avec arrivée de joyeux dictateurs et guerre mondiale à la clef.
      Guerres civiles avec protectionnisme complet de certaines zones, dans le même style que l’URSS. Ce qui n’empêcherait pas une guerre mondiale d’ailleurs…
      (voir la réaction naturelle de l’Iran qui refuse de se faire dominer par les US…)

    2. Arrêtons de théoriser notre impuissance, bon sang ! 😉

      Nous avons à notre disposition un outil incroyable qui s’appelle Internet.
      Alors utilisons-le.

      L’exemple de Paul devrait nous instruire qu’il est possible dans un temps relativement court de diffuser des concepts clés dans un périmètre assez large.
      Bien entendu, ce n’est pas assez, le « grand public » n’est pas encore vraiment touché.

      Mais les idées font leur chemin. Il n’est qu’à voir le chemin parcouru par Paul en deux ans.
      C’est considérable. Paul au delà des cercles intellectuels spécialisés était un illustre inconnu. Il est maintenant cité un peu partout. Paul doit juste faire attention à ne pas diluer son message en répondant à des invitations où les conditions ne sont pas remplies pour exposer ses idées phares, et son message ne pourra que se diffuser plus encore.

      Nous nous dirigeons certainement vers des temps difficiles, c’est une évidence qu’il faut marteler, comme Paul l’a fait avec talent dans « Le fil rouge ». Ce message clairement s’adressait aux décideurs et à ceux qui ne connaissent pas encore le blog.
      Pour qui connaissons les idées de Paul Jorion, le problème n’est plus là.
      Le problème maintenant est de savoir quels seront nos bagages intellectuels lorsqu’il sera temps de reconstruire. Car ce temps viendra.

      Dans les moments critiques, il faudra trouver les mots pour convaincre.
      Or il se fait ici un véritable travail collectif. Nous ne sommes pas ici seulement pour discuter doctement d’un certain nombre de sujets, ou bien pour regarder en spectateur un monde s’effondrer.
      Quand la situation sera telle que nous serons peut-être démunis de tout, que nous restera-t-il, si ce n’est des idées et des convictions ?

  19. Le pessimisme semble de mise effectivement puisque les équipes, les méthodes et les objectifs n’ont pas changés. Le lite-motiv étant toujours à la fois l’origine et le soi-disant traitement du malade : le downsizing à tous prix.
    La question est plutôt : quand sera passé le point de non retour ? C’est à dire peut-être le moment où la transparence rendue au système ne pourra plus suffire à assurer la simple marche arrière.

  20. Bravo pour ce billet, je pense cependant que face à l’ ‘elevator music’ et peut-etre à l-auto-censure,censure que s’imposent certains médias, les chiffres sont le meilleur ami de la vérité:

    Sur l’Europe et son exposition à la Grèce:

    « Voici une raison pour laquelle l’Europe, tout en faisant tout son possible pour faire en sorte qu’un sauvetage de la Grèce soit hors de question, continue et continuera de faire tout ce qui est en son
    pouvoir pour éviter un effet domino pour les pays PIIGS. Selon le FMI, l’exposition des banques internationales européenees atteint 1,54 trillion de $. Et, alors que beaucoup ont dit que l’Allemagne serait la plus exposée à une implosion dans le Sud de l’Europe, ceci n’est pas la vérité: avec 781 mds de $, la France a beaucoup plus en jeu que l’Allemagne, dont les banques ont ‘seulement’ 522 milliards de $ d’engagements ‘sud-européens. Et alors que le FMI vient de réduire sa prévision de croissance pour l’Allemagne, en partie à cause de l’exposition des banques allemandes à l’Europe du Sud, il apparait que la France est la suivante sur la liste… »

    30.03.2010: PIIGS Claims on EU banks: France most on hook in PIIGS implosion

    1. Oui…
      Il semblerait que ce soit la période des concours de déficit, actuellement.
      C’est toujours comme ça, au printemps, tout pousse.

      Sinon, il va VRAIMENT falloir que quelqu’un m’explique pourquoi la GB n’est pas encore tombée…
      Car, même s’ils peuvent aussi faire tourner la planche à billets au maximum, leur monnaie n’est pas vraiment une monnaie de réserve.

      Il doit y avoir quelque chose de pas clair derrière.

    2. Oui, tiens, ça m’avait échappé :
      L’OCDE vient de sortir des « perspectives » de croissance…

      Si quelqu’un peut nous fournir leurs dernières « perspectives » avant la mi-septembre 2008, je sens qu’on rigolerait bien.

  21. Je ne suis pas aussi pessimiste que beaucoup sur cette file, bien que la situation soit très difficile.

    Je ne conçois pas, je ne pense pas que les problèmes de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne (pour être très limitatif) ne soient pas pris dans leur dimension par les politiques. Abandonner ces pays c’est au meiux se tirer une balle dans le pied.

    Par contre, je crois que nos politiques sont parfaitement cyniques, et que les atermoiements que l’on constate permettent (liste non limitative) :
    – Une dépréciation bienvenue de l’Euro
    – Un délai de grâce pour Mme Merkel avant les élections de mai
    – Une préparation de l’opinion publique à une phase d’austérité sans précédent
    – La mis en place d’une politique d’inflation « providentielle », mais mesurée (4 à 8 %) que l’on ressent déjà à travers toutes les augmentations que nous subissons (de type «gaz »), et à laquelle participe un Euro affaibli.

    Nous n’allons pas vers une catastrophe incontrôlée mais vers une période d’austérité longue et difficile (à la limite de l’acceptable ?) ; on notera que l’Allemagne est en période d’austérité – relative – depuis longtemps déjà.

    Le choix des gouvernements est la stagflation ; la stagnation n’est pas un choix, l’inflation en est un.

    1. Un doute m’habite quant à la possibilité de choix de l’inflation…

      Les strates supérieures ont faim d’argent, et leurs pompes habituelles sont désamorcées. Ils tirent donc sur tout ce qui bouge (et ne bouge assez… voir chapitre spéculation)

      Hors, quand on regarde bien, ils se tirent une double balle dans le pied :
      – leur cher capital va fondre, (sauf si converti en ooor)
      – les gueux que nous sommes allons commencer à avoir faim au sens physique du terme.

    2. Vous avez tout-à-fait raison. Mais l’inconnue est quand on parle de période d’austérité, nous ne savons pas encore où le curseur est placé dans sur les unités de degrés de pauvreté imposés. Deuxième inconnue, ‘l’opinion l’acceptera-t-elle, et là, les surprises sont toujours au rendez-vous pour casser la belle mécanique des politiques.

    3. Votre vision des choses est assez lucide, mais le problème est le moyen et long terme. Les programmes pour soutenir le peu de croissance arriveront bientôt à leur terme, l’export recule à nouveau dans certains pays, la consommation dans les pays accidentaux ne reprend pas, bien au contraire….., bref, « ca freine » déjà. Nous ne sommes qu’au début d’une longue période pavée de crises successives, une situation à la 1929, version durée indéterminée. L’exemple de la Grèce nous illustre vers quoi les autres pays – y compris l’Allemagne -évolueront. Il n’y a que deux possibilités: soit il y aura une révolte du style 1789, ou un retour au status quo ante, c’est-à-dire un retour au 19e siécle. Dans la séconde hypothèse, la société sera pas dominé par une aristocratie moderne, la ploutocratie. On voit une telle tendance se développer en Allemagne: recul net de la solidarité, valorisation des privilèges, des attributs de l’aisance matérielle et de la tradition par les élites……La première hypothèse me parait peu probable, du moins pour l’instant, la deuxième est déjà en train de prendre forme.

    4. @ yvan et reveil

      Merci de m’avoir lu et de m’avoir répondu.

      Le choix de l’inflation est une volonté, je crois incontournable ; en cas de stabilisation même fragile des fondamentaux économiques, c’est la meilleure solution. Le sort des épargnants n’intéresse pas les politiques, les épargnants attentifs limiteront peut être les dégâts, de façon marginale.

      Quant à la position du curseur, on nous prépare à accepter sa position optimale pour réduire au maximum la dette, sans gêner ceux qui ne sont déjà pas dans la gêne. Tout dépendra du gradient de température (allégorie de la grenouille).

  22. En tous cas tout est en place pour favoriser l’acceptation par les Peuples de la perte de nombreux « avantages acquis » (qu’y disent) selon le schéma de Naomi Klein.
    Est-ce que la stratégie du « choc » ,même non comploté, n’est pas une aide à la gouvernance en termes de « progrès négatif » selon l’acception lagardienne?
    La peur/évocation de quelque guerre de diversion serait bien entendu un moyen de pression vers les réformes régressives plus « efficace ».
    Penser à réviser SunZu et Klausewitz.

    1. Oui, AH.
      C’était le but aussi un peu, non?

      Sauf qu’il me semble que le mouvement accéléré n’était pas prévu au départ.
      Et ceci nous renvoie à juste l’après sept 2008 avec le dictateur chinois qui, au sortir du premier G20, prononce une phrase marrante : « Nous sommes sur un bateau sur lequel chacun a son propre gouvernail ».
      Te dire la chance…
      Car cela montrait en ces temps reculés que les US ne pouvaient plus dominer le monde ou que la Chine plantait le premier pieu dans le coeur de freedom.
      Koikyl en soie, il faut tout de même reconnaître que nous avons vécu comme des améric.. pardon, Romains bien décadents en ne bossant quasiment pas de nos propres mains.
      Ceci tout en oubliant SURTOUT pas que toi comme moi pratiquons le mi-temps, soit, 12 heures de boulot par jour.

      Dire que certains gagnent du fric juste en se levant paresseusement à 10 heures sans avoir besoin de bosser car leur capital leur rapporte de quoi vivre dans des châteaux…

      1 justice, 2 justice, 3 … révolution.

  23. Pour moi, le fil rouge s’appelle Limites à la Croissance (cfr. rapport Meadows), mais ce concept est bien sûr trop simple et bien trop évident pour qu’on en parle … Conclusion, on contemple béatement l’entrée dans l’ère des rendements décroissants en croyant que l’on pourrait retourner à l’ère des rendements croissants.

    1. Oui, vous l’avez déjà dit, et votre nom le rappelle d’ailleurs, mais ce n’est pas une raison suffisante pour vous désintéresser systématiquement de l’actualité comme vous nous conjurez de le faire : vous aussi êtes concerné !

    2. @Paul Jorion
      Si je reviens à la charge avec ce concept, c’est qu’il me semble parlant au regard de la crise que nous vivons, une crise qui n’en est qu’à ses prémices et qui ne peut mener qu’à du « chacun pour soi » surtout si on évite soigneusement de renvoyer chacun à sa part de responsabilité. Le concept des limites à la croissance à cela de bien qu’il inclut tout le monde.

      Et puis, devons-nous laisser les élites décider de notre sort alors qu’elles cernent très bien la réalité du monde dans lequel nous rentrons et qu’elles se gardent bien de le crier trop fort. Ces élites qui tiennent notre avenir entrent leurs mains semblent sclérosées par leurs illusions et obsédées par la partie de poker qu’elles ne veulent en aucun cas laisser tomber. De plus, je suis scandalisé que nos Etats aient pu s’endetter comme ils l’ont fait en période de croissance et je me demande ce qu’il va advenir des cigales et des fourmis quand on sait que les fourmis ne sont rien d’autres que des cigales relookées à coup de pommades anti-âge. Tout cela ne m’inspire guère confiance.

      Une anticipation honnête de ce qui va fort probablement se passer nous permettrait de faire des choix judicieux, cela nous permettrait d’ouvrir l’horizon au lieu de continuer à l’obstruer. A ce propos, le temps politique et médiatique ne permettent plus grand chose de très constructif. Sinon, merci à vous, car je pense que des espaces comme le vôtre sont sans doute notre dernière chance pour nous reprendre en main.

      J’espère que d’ici à la prochaine convulsion du système, sinon quand elle se produira, nous aurons encore la capacité de remetre les choses à plat.

    3. @Peak.Oil.2008: ben oui, on est d’accord, le pic pétrolier est là. Et pas tout seul du reste: il y a aussi le réchauffement climatique, la fin des espèces, les hécatombes dans les ruchers, les pollutions en tous genres, les ressources qui s’épuisent ou vont s’épuiser, les forêts primaires qui partent en fumée,… Bref, tout ce qui constitue ce qu’on appelle « la pression sur l’environnement », lequel environnement ne pourra pas tenir 107 ans si on continue à ce train-là. Mais le rappel lancinant des données de base n’apporte rien au débat.

    4. @Crapaud Rouge
      Vous avez raison, je devrais m’abstenir de revenir à la charge, c’est sans doute stérile. Cela vient peut-être d’une frustration de ne jamais entendre parler de ce concept alors que c’est un des rares concepts qui propose une vision accessible à tous et cela me touche. Sinon je suis également surpris par le peu de gens qui connaissent le concept des Limites à la Croissance. Mais ici, il est vrai, c’est bien moins le cas.

  24. L’Orient est plus philosophe que l’Occident, le moindre va-nu-pieds vous dira des choses extraordinaires sur la vie, sur le monde. Chacun est philosophe parce qu’il a le temps de réfléchir, de penser, de voir le monde passer. En Occident on court derrière l’argent, on achète des choses, puis on meure sans avoir vécu. Moi je pense que j’ai vécu minute par minute.

    Je suis toujours indigné de tout ce que je vois, l’imposture universelle, ce monde vit sur une imposture totale.

    Albert Cossery

    1. @Octobre

      Vous savez ce qu’Albert Cossery répondait lorsqu’on lui posait l’éternelle question « Pourquoi écrivez-vous ? » :
      — « Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain ».

      Jolie référence que ce scrutateur de génie, discret et mal connu du grand public. Merci.

  25. A force d’intervenir nous nous répétons; à force d’écrire nos pensées, nos impressions, nos vécus ils finissent par tout savoir de nous comme dans nos échanges, mais nous ne savons toujours pas mieux qui sont ces gens de l’ombre et qui influencent de plus en plus à distance nos élites politiques complétement dépassées au fur et à mesure que la technologie bancaire et financière avance très rapidement, par contre sur le plan de l’éthique et de la moralité c’est pas encore ça, tout n’est que duperie et mascarade démocratique perte de temps aussi beaucoup d’entre nous, dire néanmoins ce qui doit-être dit, écrire ce qui doit être écrit, et puis savoir apprendre aussi
    à se retirer et à accepter aussi bien difficilement en son Ame et conscience que le cours des événements prenne un cours plus  » conditionnel  » pour beaucoup de gens de plus leur histoire
    celle qu’ils veulent d’abord faire subir aux gens et jusqu’au bout quand cela se produira-t-il ?

  26. Bonsoir,

    Ce billet n’est pas véritablement pessimiste, mais plutôt dans le « fil rouge » de celui sur les nervures du temps…

    D’ailleurs, la question du Salut Public est dans un certain air du temps (le programme du MRC est intitulé « programme de Salut Public »)…

    Et j’en reviens à ma question : c’est évident que c’est ce qui va se passer mais quand ? Je ne suis pas si sûr que les choses soient arrivées au point de rupture, mais je peux me tromper…

    Il y a encore à mon avis du sang de la peine, des larmes et de la sueur avant que la majorité ne réagisse, et ce ne sera pas nécessairement dans le bon sens…

    Au passage, je ne sais pas pourquoi on limite la citation du célèbre discours de Churchill, il a dit « blood, toil, tears and sweat », ce qui est bien plus large et plus beau que le tryptique « sang, larme et sueur »…

    Mais nous vivons une époque qui a perdu de vue ses classiques, et c’est dommage…

    Cordialement,

    CM

    1. « blood, toil, tears and sweat »,
      I toiled over this essay for years!
      Merci pour ce nouveau mot dans ma petite besace!
      Je le range à côté de Tripalium Pall.
      L’humanité n’a jamais été si jeune, et je n’ai jamais été si vieux au souvenir de ce bedonnant fumeur de havanes…..
      We toiled down the hill on foot.

      Mais au fait, ce charmant Winston ne disait-il pas : « Quand l’envie de faire du sport me prend, je me couche, et j’attends que ça passe! » ?
      Il faudrait donc toujours envisager un homme de guerre dans sa globalité….
      « Messieurs les Anglais, couchez vous les premiers » c’est une prochaine saillie à proposer à notre président en une du Télégraph, parole de jogger!

    2. Pour poursuivre dans le HS (encore qu’un Churchill ne nous ferait pas de mal, ou un Clemenceau, ou autres…).

      Non la légende d’un Churchill anti-sport est… une légende. Il fut un grand sportif durant sa jeunesse (ce qui allait de pair avec une éducation militaire), et ses prouesses durant la guerre des Boers ou aux Indes démontrent un physique entretenu…

      Certes, plus tard il remplacera le sport par une consommation assidue et extraordinaire d’alcools en tous genres et à toutes heures, ainsi que la pratique de divers hobbies (peintures, motos, avion, etc…).

      Cette citation tronquée est d’autant plus dommage que les 4 éléments présentent un splendide balancement oratoire entre le deuil (larmes, sang) et l’effort (labeur, sueur)…

      Mais, bon l’art oratoire aujourd’hui….

      CM

  27. Bonsoir, tant qu’à faire, pour le conseil de la résistance, autant prendre l’original.. 🙂

    Le Programme du Conseil national de la Résistance français a été adopté le 15 mars 1944.

    Le CNR ne se limite pas à la coordination d’actions militaires, mais établit un véritable programme de gouvernement. De nombreuses mesures, souvent progressistes, seront mises en œuvre dès la Libération.

    Dans le programme du CNR, on peut noter:

    châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration
    la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères
    l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie
    le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques
    un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État

    Ces positions se traduiront par:

    l’épuration des Collaborateurs ;
    l’interdiction des journaux collaborationnistes; le soutien à de nouvelles publications ;
    des lois sociales comme la création des comités d’entreprise ;
    de nombreuses nationalisations de sociétés disparates, qui donneront naissance à Électricité de France, ou de sociétés ayant collaboré (Renault) ou de sociétés déjà partiellement publiques (Société Nationale des Chemins de Fer) ;
    la création de la Sécurité sociale : assurance santé et régime général de retraite par répartition.

    1. « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! »
      Denis Kesler le très vielle ami de DSK , élu ‘Industry Personality of the Year 2008’ par le jury des ‘Worldwide Reinsurance Awards’ remis à un dirigeant pour sa contribution au secteur de l’assurance et de la réassurance
      (3 septembre 2008) écrit ça dans le magazine Challenges le 04.10.2007 :

      « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. (…) Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.
      Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.(…) et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. »

      La solution? Le divan vous dis-je!!!!! Couchons nous, d’ailleurs, 1:09 il est l’heure.

    2. Le CNR? Que dit-il aujoud’hui?
      L’appel du CNR (2004):

      (désolé je ne sais pas mettre une vidéo)

      C’est vraiment à écouter et à méditer…

      Un autre discours que je trouve magnifique (malgré le format -montage sur fond musical- je vous invite à y porter attention), celui la a deux siècle…
      PS: je ne cautionne pas personnellement l’imagerie de la vidéo. Mais vraiment ce discours… Vos avis?


      Maximilien Robespierre discours en musique
      envoyé par contre-la-connerie. –

    3. @Pierre: « Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. » : toujours cette satanée compétition internationale ! Quand les « partenaires » cesseront de vouloir à tout prix faire la course en tête, il n’y aura plus de traînards.

      Avant d’écrire une constitution pour l’économie, faire la liste des concepts à refonder. En tête, je mettrais volontiers la concurrence et la propriété.

    4. @guillaume
      « Nous appelons les mouvement, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la résistance à dépasser les enjeux sectoriels et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux (…) sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance, de la guerre qui elle même se nourrit toujours de l’injustice sociale. » Philippe Dechartre

      Au cour d’une distribution de tracts électoraux pour les législatives de 1973, alors âgé de 15 ans, je connu le baptême du feu en recevant mon premier matraquage en règle par les barbouzes kakis du SAC, les milices de Philippe Dechartre, alors secrétaire d’état UDR et candidat malheureux contre mon père.
      C’est donc avec un plaisir de fin gourmet que j’entends son appel à la politisation des associations, des institutions, des syndicats…… Et pourquoi pas des blogs économiques.

      Je me pince. Le bon vin vieillit bien, à moins que ce ne soit un retour d’âge.

      La désaffection des Français pour le monde politique ne viendrait-elle pas de la négation des contradictions majeures qui traversent depuis tré longtemps de façon transversale tout les partis dits « de gouvernement »?
      Je pense à la construction européenne, à la place de l’état, aux privatisations, à l’indépendance stratégique et militaire, à la vision écologique, au rapport au capital, et j’en passe et des meilleurs.

      Allez, pour ne pas se monter le cou, spéciale dédicace à « brother » Robespierre :
      « You’re running and running and running away, but you can’t run away from yoursef. Must have done something wrong….. » Robert « maximilien » Marley

    5. Les paroles de Bob en français :

      ils sont fous,ils sont fous
      Nous allons chasser ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Nous avons bâti la cabane
      Nous avons planté le maïs
      Mon peuple ne le faisait pas avant moi
      Pour les esclaves de ce pays
      Maintenant que tu me vois avec ce maïs
      Tu veux le dévorer en entier
      Nous allons chasser ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Nous construisons votre prison
      Nous construisons votre école
      L’enseignement au lavage de cerveau nous rend fous
      Haïr est la récompense de notre amour
      En nous parlant de votre Dieu au-dessus
      Nous allons chasser ces fous
      Chassez ces pequenots fous
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la vie
      C’est encore l’escroc qui vient
      Avec son contre-projet
      Nous ne prendrons pas de pots-de-vin
      Nous devons rester vivant!
      Nous allons chasser ces Blancs chauves
      Chassez ces Blancs chauves
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la ville

      http://www.dailymotion.com/video/xbvt17_bob-marley-crazy-baldhead-running-a_music

  28. Il y a finalement quelque chose de « choquant » dans cet article : il annonce un avenir sombre, ce que nous savions déjà, et dénonce l’absence de solution globale et concertée, ce ne nous savions itou. Dans le fond, rien de neuf; dans la forme, un « fil rouge » qui n’est pas sans rappeler le « téléphone rouge » qui reliait jadis la Maison Blanche au Kremlin. Un signe de crise, donc, mais juste un signe. Si j’étais Sarko, que devrais-je en faire ? Prendre mon téléphone rouge et appeler Obama ? Les présidents, on peut les imaginer comme ces militaires en tenue commando, de la boue jusqu’au menton et le fusil haut sur la tête : ils progressent mais lentement, parce qu’ils ne voient pas où ils mettent les pieds. En période de crise, ce sont les faits qui commandent et décident. Ils ne laissent place ni à la concertation ni à l’élaboration de nouvelles solutions.

    1. « ils progressent mais lentement, parce qu’ils ne voient pas où ils mettent les pieds. » : non, ils progressent lentement parce que « la boue jusqu’au menton » leur oppose une forte résistance. Le réel, ce dans quoi on est plongé, ne se laisse pas transformer comme la pâte à modeler.

  29. Sur l’Europe, nous sommes en train de payer la facture de la boulimie d’intégration de pays trop disparates pour former un ensemble un minimum cohérent.

    S’il ne se crée pas un « noyau dur » d’au moins 200 millions de citoyens décidés à vivre leur avenir ensemble, alors l’UE, dans sa substance, aura vécu et nous conserveront une vaste coquille vide de sens.

    Ce Noyau dur ne peut comprendre que des pays aux économies et aux règlementations homogènes avec une véritable gouvenance qui n’est pas l’essence du traité de Lisbonne.
    Actuellement, huit à neuf pays seraient probablement prêts à franchir ce pas. L’obstacle, c’est que , même si c’est très évidemment son intérêt à long terme en raison de ses relations clients/fournisseurs, ce n’est pas la vision actuelle à court terme d’une composante majeure qu’est la RFA.

    Nous nous dirigeons donc à marche forcée soit vers une Europe à deux vitesses jusqu’ici rejetée par simple pusillanimité, soit vers pas d’Europe du tout. Trancher le fil rouge c’est revenir à l’esprit du traité de Rome.

    C’est seulement une fois passée la crise européenne qui se développe sous nos yeux, qu’il faudra songer au modalités d’intégration progressive des autres membres de l’UE à ce « noyau dur ».

    1. @EOLE
      A vous entendre, il paraitrait entendu que la France serait en train de payer la facture de sa boulimie d’intégration de régions trop disparates pour former un ensemble un minimum cohérent?

      En 2004, le conseil général des hauts de seine avait un budget de 1,7 milliard d’euros et employait 5 500 agents. Le PIB par habitant est trois fois plus élevé dans les Hauts-de-Seine que la moyenne nationale. Par ailleurs, le département accueille plus de 6 000 sièges sociaux d’entreprises.

      Les Hauts-de-Seine sont la troisième région NUTS-2 de l’Union européenne en termes de PIB (PPA) par habitants, avec 62 374 € (source : Eurostat) par habitants en 2002, derrière Paris et Inner London mais devant Région de Bruxelles-Capitale et Luxembourg.

      Selon l’INSEE, en 2000, les Hauts-de-Seine sont le département où le PIB/emplois est le plus élevé en France : 108 000 euros par emploi, devant Paris (86 000 euros) puis les Yvelines (70 000 €) et le Rhône (60 000 €)[9]. Les Hauts-de-Seine concentrent donc les emplois à hauts revenus.

      Toujours selon l’INSEE, en 2000, le PIB des Hauts-de-Seine dépasse légèrement les 90 milliards d’euros, tandis qu’en 2000, le PIB conjoint de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, les deux autres départements de la petite couronne de Paris, est tout juste sous les 63 milliards d’euros.

      Ce PIB de 90 milliards d’euros place les Hauts-de-Seine à eux seuls devant de grandes métropoles européennes telles que Bruxelles (57 millards d’euros) ou Barcelone (20 milliards d’euros).

      Les Haut de seine et leurs « seigneurs » ont-ils annexé la France?

    2. @ Pierre

      Quelque département métropolitain que ce soit, ses habitants dérivent une faible part de leurs revenus à leur région et à leur département et une énorme à la république française (TVA, IS, IRPP, URSSAF CSG, CRDS, etc.).
      Que je sache, rien de tel pour aucun citoyen européen pour l’Europe.
      Dit autrement l’habitant du 92 contribue avant tout à l’économie de la France et non spécifiquement à celle des Hauts-de-Seine; fiscalement chaque citoyen européen est un très petit contributeur à l’UE.
      Les différences entre départements sont vite gommées par l’Etat. Les différences entre Etats ne sont pas facilement gommées par l’UE.

      Maintenant, le poids politique du 92 est probablement plus fort que celui de bien des départements de la République. Au fait, pouvez-vous me dire de quel département notre actuel Président était-il l’élu?…

    3. @EOLE
      Vous devriez suivre l’actualité des provinces d’un peu plus prés. La fameuse péréquation a du plomb dans l’aile à en croire les multiples procès intentés contre l’état par les régions et les départements.
      http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/04/07/budget-les-collectivites-locales-interpellent-l-etat_1330211_823448.html

      En ce qui concerne le budget Européen, la contribution de chaque État, et donc de ses contribuables est proportionnelle à sa richesse et à son niveau de développement. Ainsi, la somme des contributions de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni représentent presque les deux tiers des recettes totales de l’Union. En effet, l’Allemagne participe (en 2006) à hauteur de 20,56%, la France à 16,43%, l’Italie à 13,70% et le Royaume-Uni à 12,36%. L’Espagne contribue quant à elle à hauteur de 8,93%. Certains États contribuent plus qu’ils ne perçoivent des politiques communautaires, ils sont appelés « contributeur net ».

      Notons que le Royaume-Uni bénéficie depuis 1984 d’un rabais de sa contribution. Les pertes occasionnées (5,7 milliards d’euros en 2006) sont compensées par la prise en charge de la « correction britannique » par les autres États membres. La France est le premier contributeur de cette correction (1,5 milliards d’euros sur les 5,8 milliards d’euros prévus en 2003). Cet correction avait été accordé à une époque où le Royaume-Uni recevait moins des politiques communes qu’il n’y contribuait…..
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Budget_de_l'Union_europ%C3%A9enne#Contribution_par_types

    4. @ PIERRE

      Vos chiffres ne m’impressionnent pas: le budget de l’UE est ridicule face à ceux de ses principaux membres; ceux des régions et des départements idem vis à vis de celui de l’Etat ./
      Fiscalement, la République Française est un état cohérent avec une assez forte redistribution homogénéisante, pas l’UE./

  30. Je suis toujours touché par ces gamins, ces enfants de la rue. Quel qu’il soit.
    Eux arrivent encore à « torturer » la langue française, non sans plaisir d’ailleurs.
    La langue officielle, celle des mass médias par exemple, est une langue morte. Elle passe en boucle depuis mon enfance par tous les haut/faux-parleurs de ce de monde servile des petits bourgeois.

    1. Oui, bon, ok, ok, mais à défaut de ne pas pouvoir user du même langage que ces gamins des rues, éviter de torturer inutilement notre langue en disant qu’elle est morte.

      Merci pour elle.

  31. La situation pour l’euro est bien plus catastrophique en l’état actuel des choses que le dollar où le yen.
    Le dollar est la monnaie qui sert de transaction pour les matière premières. Le yen les Japonnais peuvent tout de même user d’une certaine souplesse puisqu’ils sont maîtres de leur monnaie.
    L’euro c’est vraiment une tout autre affaire et se révèle compte tenu des disparités économique un instrument inadapté et qui ne sert finalement qu’à mettre les pays de la zone euro au niveau de l’Allemagne en terme de valeur ce qui profite en dernière instance aux exportations Allemande.
    Bien sûr laisser la Grèce a son sort permet à l’euro de maintenir sa valeur spéculative.

  32. Bonjour à tous car il y a du monde c’est bien.
    nouveau venu sur le blog de Paul Jorion dont j’ai appris l’existence ce matin en écoutant France Cult. La radio comme moyen de diffusion d’informations et de surprises, c’est réjouissant.
    attention j’ai un homomyne qui a commis un livre sur « Natixis »

    Dans la crise grecque, j’ia lu dans un journal professionnel de la finance « Investir » que les marchés financiers demandaient une plus grande coopération économique et financière entre états de la zone €uro.Ils sont demandeurs d’un abandon de la souveraineté nationale pour développer un état « fédéraliste », cadre supra nationale, quserait plus à même de répondre aux difficultés passagéres de la Gréce (puis de l’Irlande, et d’autres). Les « maudits » marchés qui poussent à la roue d’une plus grande intégration , que les politiques, prétextant que leurs peuples ne sont pas prêts – serait ce bien le cas en Allemagne ?-, refusent. Situation surprenante, non ?

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