Le Monde – Économie, lundi 5 – mardi 6 avril 2010

Le fil rouge

Subprimes, tarissement du crédit, Lehman Brothers, Grèce, CDS, avenir de l’euro, la presse suit à la trace les catastrophes devenues quotidiennes mais malheureusement, selon l’expression consacrée : « le nez dans le guidon ». Le risque est grand quand l’attention n’est accordée qu’au coup par coup, que les arbres ne finissent par cacher la forêt et que le fil rouge mortifère du risque systémique ne devienne lui invisible.

Pourtant le fil rouge est là, qui relie la suite de ces événements, et pour en faire la preuve, le fait que chacun était déjà en pleine lumière – les projecteurs braqués sur lui – quand eut lieu la précédente catastrophe.

La tentation est grande bien entendu de focaliser l’attention sur chacun de ces désastres et, au lieu de l’interpréter précisément par rapport au fil rouge qui le connecte au suivant, de l’examiner dans la perspective rassurante du routinier et du déjà connu. Ainsi, il y a des fourmis et des cigales – et la Grèce appartient à la famille des cigales et l’Allemagne à celle des fourmis, les CDS (Credit–Default Swaps) sont des instruments dérivés – à manipuler donc avec précaution, Chrétiens Démocrates et Libéraux tirent à hue et à dia au sein du gouvernement de Mme Merkel – comment pourrait-il en être autrement ? la France et l’Allemagne se disputent – une fois de plus…

La situation est malheureusement bien plus dramatique que ne tendraient à le suggérer de telles banalités. Car le fil rouge relie la Grèce au Portugal et celle-ci à l’Espagne, et cette dernière au Royaume-Uni… De la même manière exactement qu’il reliait il y a deux ans à peine Bear Stearns à Lehman Brothers et Lehman Brothers à Merrill Lynch. Le fil rouge reliait les banques entre elles mais il était manifeste, quand le gouvernement américain sauva d’un coup ce qu’il restait de Wall Street, la compagnie d’assurance AIG et les jumeaux maudits Fannie Mae et Freddie Mac – opération au prix combiné de près de mille milliards de dollars –, que c’était lui-même qui s’en trouvait déséquilibré et se mettait à chanceler. Et les États-Unis n’étaient pas, parmi les nations, la plus vulnérable. Après les banques, les États sont entraînés à leur suite, perdent pied et sont en train de se noyer : la dette souveraine et son coût croissant les entraînera un à un par le fond. Pareils à ces sauveteurs de bonne volonté mais inexpérimentés, qui finissent par y laisser la vie.

Qu’on ne s’y trompe pas : les chamailleries au sein de la zone euro au cours des semaines passées ne relèvent pas de la comédie mais de la tragédie. Suivons du regard le fil rouge : ce que nous voyons, c’est le repli des nations sur elles-mêmes dans un « Sauve qui peut ! Chacun pour soi ! » généralisé. La Chine et l’Allemagne ont indiqué la marche à suivre. Les gouvernements d’unité nationale sont pour bientôt, quand il sera devenu évident aux yeux de tous qu’aucun parti ne connaît à lui tout seul la solution des problèmes insolubles qui se posent, suivis alors de Comités de Salut Public, quand il sera clair que même tous ensemble ils n’y comprennent rien et – si Dieu nous prend alors en pitié – suivi enfin d’un nouveau Conseil National de la Résistance, au moment où il faudra, par-delà les divergences conçues aujourd’hui comme irréductiblement inconciliables, lancer une ultime tentative de sauver ce qui peut encore l’être.

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111 réflexions sur « Le Monde – Économie, lundi 5 – mardi 6 avril 2010 »

  1. Pour moi, le fil rouge s’appelle Limites à la Croissance (cfr. rapport Meadows), mais ce concept est bien sûr trop simple et bien trop évident pour qu’on en parle … Conclusion, on contemple béatement l’entrée dans l’ère des rendements décroissants en croyant que l’on pourrait retourner à l’ère des rendements croissants.

    1. Oui, vous l’avez déjà dit, et votre nom le rappelle d’ailleurs, mais ce n’est pas une raison suffisante pour vous désintéresser systématiquement de l’actualité comme vous nous conjurez de le faire : vous aussi êtes concerné !

    2. @Paul Jorion
      Si je reviens à la charge avec ce concept, c’est qu’il me semble parlant au regard de la crise que nous vivons, une crise qui n’en est qu’à ses prémices et qui ne peut mener qu’à du « chacun pour soi » surtout si on évite soigneusement de renvoyer chacun à sa part de responsabilité. Le concept des limites à la croissance à cela de bien qu’il inclut tout le monde.

      Et puis, devons-nous laisser les élites décider de notre sort alors qu’elles cernent très bien la réalité du monde dans lequel nous rentrons et qu’elles se gardent bien de le crier trop fort. Ces élites qui tiennent notre avenir entrent leurs mains semblent sclérosées par leurs illusions et obsédées par la partie de poker qu’elles ne veulent en aucun cas laisser tomber. De plus, je suis scandalisé que nos Etats aient pu s’endetter comme ils l’ont fait en période de croissance et je me demande ce qu’il va advenir des cigales et des fourmis quand on sait que les fourmis ne sont rien d’autres que des cigales relookées à coup de pommades anti-âge. Tout cela ne m’inspire guère confiance.

      Une anticipation honnête de ce qui va fort probablement se passer nous permettrait de faire des choix judicieux, cela nous permettrait d’ouvrir l’horizon au lieu de continuer à l’obstruer. A ce propos, le temps politique et médiatique ne permettent plus grand chose de très constructif. Sinon, merci à vous, car je pense que des espaces comme le vôtre sont sans doute notre dernière chance pour nous reprendre en main.

      J’espère que d’ici à la prochaine convulsion du système, sinon quand elle se produira, nous aurons encore la capacité de remetre les choses à plat.

    3. @Peak.Oil.2008: ben oui, on est d’accord, le pic pétrolier est là. Et pas tout seul du reste: il y a aussi le réchauffement climatique, la fin des espèces, les hécatombes dans les ruchers, les pollutions en tous genres, les ressources qui s’épuisent ou vont s’épuiser, les forêts primaires qui partent en fumée,… Bref, tout ce qui constitue ce qu’on appelle « la pression sur l’environnement », lequel environnement ne pourra pas tenir 107 ans si on continue à ce train-là. Mais le rappel lancinant des données de base n’apporte rien au débat.

    4. @Crapaud Rouge
      Vous avez raison, je devrais m’abstenir de revenir à la charge, c’est sans doute stérile. Cela vient peut-être d’une frustration de ne jamais entendre parler de ce concept alors que c’est un des rares concepts qui propose une vision accessible à tous et cela me touche. Sinon je suis également surpris par le peu de gens qui connaissent le concept des Limites à la Croissance. Mais ici, il est vrai, c’est bien moins le cas.

  2. L’Orient est plus philosophe que l’Occident, le moindre va-nu-pieds vous dira des choses extraordinaires sur la vie, sur le monde. Chacun est philosophe parce qu’il a le temps de réfléchir, de penser, de voir le monde passer. En Occident on court derrière l’argent, on achète des choses, puis on meure sans avoir vécu. Moi je pense que j’ai vécu minute par minute.

    Je suis toujours indigné de tout ce que je vois, l’imposture universelle, ce monde vit sur une imposture totale.

    Albert Cossery

    1. @Octobre

      Vous savez ce qu’Albert Cossery répondait lorsqu’on lui posait l’éternelle question « Pourquoi écrivez-vous ? » :
      – « Pour que quelqu’un qui vient de me lire n’aille pas travailler le lendemain ».

      Jolie référence que ce scrutateur de génie, discret et mal connu du grand public. Merci.

  3. A force d’intervenir nous nous répétons; à force d’écrire nos pensées, nos impressions, nos vécus ils finissent par tout savoir de nous comme dans nos échanges, mais nous ne savons toujours pas mieux qui sont ces gens de l’ombre et qui influencent de plus en plus à distance nos élites politiques complétement dépassées au fur et à mesure que la technologie bancaire et financière avance très rapidement, par contre sur le plan de l’éthique et de la moralité c’est pas encore ça, tout n’est que duperie et mascarade démocratique perte de temps aussi beaucoup d’entre nous, dire néanmoins ce qui doit-être dit, écrire ce qui doit être écrit, et puis savoir apprendre aussi
    à se retirer et à accepter aussi bien difficilement en son Ame et conscience que le cours des événements prenne un cours plus  » conditionnel  » pour beaucoup de gens de plus leur histoire
    celle qu’ils veulent d’abord faire subir aux gens et jusqu’au bout quand cela se produira-t-il ?

  4. Bonsoir,

    Ce billet n’est pas véritablement pessimiste, mais plutôt dans le « fil rouge » de celui sur les nervures du temps…

    D’ailleurs, la question du Salut Public est dans un certain air du temps (le programme du MRC est intitulé « programme de Salut Public »)…

    Et j’en reviens à ma question : c’est évident que c’est ce qui va se passer mais quand ? Je ne suis pas si sûr que les choses soient arrivées au point de rupture, mais je peux me tromper…

    Il y a encore à mon avis du sang de la peine, des larmes et de la sueur avant que la majorité ne réagisse, et ce ne sera pas nécessairement dans le bon sens…

    Au passage, je ne sais pas pourquoi on limite la citation du célèbre discours de Churchill, il a dit « blood, toil, tears and sweat », ce qui est bien plus large et plus beau que le tryptique « sang, larme et sueur »…

    Mais nous vivons une époque qui a perdu de vue ses classiques, et c’est dommage…

    Cordialement,

    CM

    1. « blood, toil, tears and sweat »,
      I toiled over this essay for years!
      Merci pour ce nouveau mot dans ma petite besace!
      Je le range à côté de Tripalium Pall.
      L’humanité n’a jamais été si jeune, et je n’ai jamais été si vieux au souvenir de ce bedonnant fumeur de havanes…..
      We toiled down the hill on foot.

      Mais au fait, ce charmant Winston ne disait-il pas : « Quand l’envie de faire du sport me prend, je me couche, et j’attends que ça passe! » ?
      Il faudrait donc toujours envisager un homme de guerre dans sa globalité….
      « Messieurs les Anglais, couchez vous les premiers » c’est une prochaine saillie à proposer à notre président en une du Télégraph, parole de jogger!

    2. Pour poursuivre dans le HS (encore qu’un Churchill ne nous ferait pas de mal, ou un Clemenceau, ou autres…).

      Non la légende d’un Churchill anti-sport est… une légende. Il fut un grand sportif durant sa jeunesse (ce qui allait de pair avec une éducation militaire), et ses prouesses durant la guerre des Boers ou aux Indes démontrent un physique entretenu…

      Certes, plus tard il remplacera le sport par une consommation assidue et extraordinaire d’alcools en tous genres et à toutes heures, ainsi que la pratique de divers hobbies (peintures, motos, avion, etc…).

      Cette citation tronquée est d’autant plus dommage que les 4 éléments présentent un splendide balancement oratoire entre le deuil (larmes, sang) et l’effort (labeur, sueur)…

      Mais, bon l’art oratoire aujourd’hui….

      CM

  5. Bonsoir, tant qu’à faire, pour le conseil de la résistance, autant prendre l’original.. 🙂

    Le Programme du Conseil national de la Résistance français a été adopté le 15 mars 1944.

    Le CNR ne se limite pas à la coordination d’actions militaires, mais établit un véritable programme de gouvernement. De nombreuses mesures, souvent progressistes, seront mises en œuvre dès la Libération.

    Dans le programme du CNR, on peut noter:

    châtiment des traîtres et à l’éviction dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration
    la pleine liberté de pensée, de conscience et d’expression; la liberté de la presse, son honneur et son indépendance à l’égard de l’État, des puissances d’argent et des influences étrangères
    l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie
    le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques
    un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État

    Ces positions se traduiront par:

    l’épuration des Collaborateurs ;
    l’interdiction des journaux collaborationnistes; le soutien à de nouvelles publications ;
    des lois sociales comme la création des comités d’entreprise ;
    de nombreuses nationalisations de sociétés disparates, qui donneront naissance à Électricité de France, ou de sociétés ayant collaboré (Renault) ou de sociétés déjà partiellement publiques (Société Nationale des Chemins de Fer) ;
    la création de la Sécurité sociale : assurance santé et régime général de retraite par répartition.

    1. « Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! »
      Denis Kesler le très vielle ami de DSK , élu ‘Industry Personality of the Year 2008’ par le jury des ‘Worldwide Reinsurance Awards’ remis à un dirigeant pour sa contribution au secteur de l’assurance et de la réassurance
      (3 septembre 2008) écrit ça dans le magazine Challenges le 04.10.2007 :

      « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. (…) Cette «architecture» singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Elle a même été renforcée en 1981, à contresens de l’histoire, par le programme commun. Pourtant, elle est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires.
      Le problème de notre pays est qu’il sanctifie ses institutions, qu’il leur donne une vocation éternelle, qu’il les «tabouise» en quelque sorte. Si bien que lorsqu’elles existent, quiconque essaie de les réformer apparaît comme animé d’une intention diabolique. Et nombreux sont ceux qui s’érigent en gardien des temples sacrés, qui en tirent leur légitimité et leur position économique, sociale et politique. Et ceux qui s’attaquent à ces institutions d’après guerre apparaissent sacrilèges.(…) et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. »

      La solution? Le divan vous dis-je!!!!! Couchons nous, d’ailleurs, 1:09 il est l’heure.

    2. Le CNR? Que dit-il aujoud’hui?
      L’appel du CNR (2004):

      (désolé je ne sais pas mettre une vidéo)

      C’est vraiment à écouter et à méditer…

      Un autre discours que je trouve magnifique (malgré le format -montage sur fond musical- je vous invite à y porter attention), celui la a deux siècle…
      PS: je ne cautionne pas personnellement l’imagerie de la vidéo. Mais vraiment ce discours… Vos avis?


      Maximilien Robespierre discours en musique
      envoyé par contre-la-connerie. –

    3. @Pierre: « Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. » : toujours cette satanée compétition internationale ! Quand les « partenaires » cesseront de vouloir à tout prix faire la course en tête, il n’y aura plus de traînards.

      Avant d’écrire une constitution pour l’économie, faire la liste des concepts à refonder. En tête, je mettrais volontiers la concurrence et la propriété.

    4. @guillaume
      « Nous appelons les mouvement, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la résistance à dépasser les enjeux sectoriels et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux (…) sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance, de la guerre qui elle même se nourrit toujours de l’injustice sociale. » Philippe Dechartre

      Au cour d’une distribution de tracts électoraux pour les législatives de 1973, alors âgé de 15 ans, je connu le baptême du feu en recevant mon premier matraquage en règle par les barbouzes kakis du SAC, les milices de Philippe Dechartre, alors secrétaire d’état UDR et candidat malheureux contre mon père.
      C’est donc avec un plaisir de fin gourmet que j’entends son appel à la politisation des associations, des institutions, des syndicats…… Et pourquoi pas des blogs économiques.

      Je me pince. Le bon vin vieillit bien, à moins que ce ne soit un retour d’âge.

      La désaffection des Français pour le monde politique ne viendrait-elle pas de la négation des contradictions majeures qui traversent depuis tré longtemps de façon transversale tout les partis dits « de gouvernement »?
      Je pense à la construction européenne, à la place de l’état, aux privatisations, à l’indépendance stratégique et militaire, à la vision écologique, au rapport au capital, et j’en passe et des meilleurs.

      Allez, pour ne pas se monter le cou, spéciale dédicace à « brother » Robespierre :
      « You’re running and running and running away, but you can’t run away from yoursef. Must have done something wrong….. » Robert « maximilien » Marley

    5. Les paroles de Bob en français :

      ils sont fous,ils sont fous
      Nous allons chasser ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Nous avons bâti la cabane
      Nous avons planté le maïs
      Mon peuple ne le faisait pas avant moi
      Pour les esclaves de ce pays
      Maintenant que tu me vois avec ce maïs
      Tu veux le dévorer en entier
      Nous allons chasser ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la ville
      Nous construisons votre prison
      Nous construisons votre école
      L’enseignement au lavage de cerveau nous rend fous
      Haïr est la récompense de notre amour
      En nous parlant de votre Dieu au-dessus
      Nous allons chasser ces fous
      Chassez ces pequenots fous
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la vie
      C’est encore l’escroc qui vient
      Avec son contre-projet
      Nous ne prendrons pas de pots-de-vin
      Nous devons rester vivant!
      Nous allons chasser ces Blancs chauves
      Chassez ces Blancs chauves
      Chassez ces Blancs chauves en dehors de la ville

      http://www.dailymotion.com/video/xbvt17_bob-marley-crazy-baldhead-running-a_music

  6. Il y a finalement quelque chose de « choquant » dans cet article : il annonce un avenir sombre, ce que nous savions déjà, et dénonce l’absence de solution globale et concertée, ce ne nous savions itou. Dans le fond, rien de neuf; dans la forme, un « fil rouge » qui n’est pas sans rappeler le « téléphone rouge » qui reliait jadis la Maison Blanche au Kremlin. Un signe de crise, donc, mais juste un signe. Si j’étais Sarko, que devrais-je en faire ? Prendre mon téléphone rouge et appeler Obama ? Les présidents, on peut les imaginer comme ces militaires en tenue commando, de la boue jusqu’au menton et le fusil haut sur la tête : ils progressent mais lentement, parce qu’ils ne voient pas où ils mettent les pieds. En période de crise, ce sont les faits qui commandent et décident. Ils ne laissent place ni à la concertation ni à l’élaboration de nouvelles solutions.

    1. « ils progressent mais lentement, parce qu’ils ne voient pas où ils mettent les pieds. » : non, ils progressent lentement parce que « la boue jusqu’au menton » leur oppose une forte résistance. Le réel, ce dans quoi on est plongé, ne se laisse pas transformer comme la pâte à modeler.

  7. Sur l’Europe, nous sommes en train de payer la facture de la boulimie d’intégration de pays trop disparates pour former un ensemble un minimum cohérent.

    S’il ne se crée pas un « noyau dur » d’au moins 200 millions de citoyens décidés à vivre leur avenir ensemble, alors l’UE, dans sa substance, aura vécu et nous conserveront une vaste coquille vide de sens.

    Ce Noyau dur ne peut comprendre que des pays aux économies et aux règlementations homogènes avec une véritable gouvenance qui n’est pas l’essence du traité de Lisbonne.
    Actuellement, huit à neuf pays seraient probablement prêts à franchir ce pas. L’obstacle, c’est que , même si c’est très évidemment son intérêt à long terme en raison de ses relations clients/fournisseurs, ce n’est pas la vision actuelle à court terme d’une composante majeure qu’est la RFA.

    Nous nous dirigeons donc à marche forcée soit vers une Europe à deux vitesses jusqu’ici rejetée par simple pusillanimité, soit vers pas d’Europe du tout. Trancher le fil rouge c’est revenir à l’esprit du traité de Rome.

    C’est seulement une fois passée la crise européenne qui se développe sous nos yeux, qu’il faudra songer au modalités d’intégration progressive des autres membres de l’UE à ce « noyau dur ».

    1. @EOLE
      A vous entendre, il paraitrait entendu que la France serait en train de payer la facture de sa boulimie d’intégration de régions trop disparates pour former un ensemble un minimum cohérent?

      En 2004, le conseil général des hauts de seine avait un budget de 1,7 milliard d’euros et employait 5 500 agents. Le PIB par habitant est trois fois plus élevé dans les Hauts-de-Seine que la moyenne nationale. Par ailleurs, le département accueille plus de 6 000 sièges sociaux d’entreprises.

      Les Hauts-de-Seine sont la troisième région NUTS-2 de l’Union européenne en termes de PIB (PPA) par habitants, avec 62 374 € (source : Eurostat) par habitants en 2002, derrière Paris et Inner London mais devant Région de Bruxelles-Capitale et Luxembourg.

      Selon l’INSEE, en 2000, les Hauts-de-Seine sont le département où le PIB/emplois est le plus élevé en France : 108 000 euros par emploi, devant Paris (86 000 euros) puis les Yvelines (70 000 €) et le Rhône (60 000 €)[9]. Les Hauts-de-Seine concentrent donc les emplois à hauts revenus.

      Toujours selon l’INSEE, en 2000, le PIB des Hauts-de-Seine dépasse légèrement les 90 milliards d’euros, tandis qu’en 2000, le PIB conjoint de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, les deux autres départements de la petite couronne de Paris, est tout juste sous les 63 milliards d’euros.

      Ce PIB de 90 milliards d’euros place les Hauts-de-Seine à eux seuls devant de grandes métropoles européennes telles que Bruxelles (57 millards d’euros) ou Barcelone (20 milliards d’euros).

      Les Haut de seine et leurs « seigneurs » ont-ils annexé la France?

    2. @ Pierre

      Quelque département métropolitain que ce soit, ses habitants dérivent une faible part de leurs revenus à leur région et à leur département et une énorme à la république française (TVA, IS, IRPP, URSSAF CSG, CRDS, etc.).
      Que je sache, rien de tel pour aucun citoyen européen pour l’Europe.
      Dit autrement l’habitant du 92 contribue avant tout à l’économie de la France et non spécifiquement à celle des Hauts-de-Seine; fiscalement chaque citoyen européen est un très petit contributeur à l’UE.
      Les différences entre départements sont vite gommées par l’Etat. Les différences entre Etats ne sont pas facilement gommées par l’UE.

      Maintenant, le poids politique du 92 est probablement plus fort que celui de bien des départements de la République. Au fait, pouvez-vous me dire de quel département notre actuel Président était-il l’élu?…

    3. @EOLE
      Vous devriez suivre l’actualité des provinces d’un peu plus prés. La fameuse péréquation a du plomb dans l’aile à en croire les multiples procès intentés contre l’état par les régions et les départements.
      http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/04/07/budget-les-collectivites-locales-interpellent-l-etat_1330211_823448.html

      En ce qui concerne le budget Européen, la contribution de chaque État, et donc de ses contribuables est proportionnelle à sa richesse et à son niveau de développement. Ainsi, la somme des contributions de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni représentent presque les deux tiers des recettes totales de l’Union. En effet, l’Allemagne participe (en 2006) à hauteur de 20,56%, la France à 16,43%, l’Italie à 13,70% et le Royaume-Uni à 12,36%. L’Espagne contribue quant à elle à hauteur de 8,93%. Certains États contribuent plus qu’ils ne perçoivent des politiques communautaires, ils sont appelés « contributeur net ».

      Notons que le Royaume-Uni bénéficie depuis 1984 d’un rabais de sa contribution. Les pertes occasionnées (5,7 milliards d’euros en 2006) sont compensées par la prise en charge de la « correction britannique » par les autres États membres. La France est le premier contributeur de cette correction (1,5 milliards d’euros sur les 5,8 milliards d’euros prévus en 2003). Cet correction avait été accordé à une époque où le Royaume-Uni recevait moins des politiques communes qu’il n’y contribuait…..
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Budget_de_l'Union_europ%C3%A9enne#Contribution_par_types

    4. @ PIERRE

      Vos chiffres ne m’impressionnent pas: le budget de l’UE est ridicule face à ceux de ses principaux membres; ceux des régions et des départements idem vis à vis de celui de l’Etat ./
      Fiscalement, la République Française est un état cohérent avec une assez forte redistribution homogénéisante, pas l’UE./

  8. Je suis toujours touché par ces gamins, ces enfants de la rue. Quel qu’il soit.
    Eux arrivent encore à « torturer » la langue française, non sans plaisir d’ailleurs.
    La langue officielle, celle des mass médias par exemple, est une langue morte. Elle passe en boucle depuis mon enfance par tous les haut/faux-parleurs de ce de monde servile des petits bourgeois.

    1. Oui, bon, ok, ok, mais à défaut de ne pas pouvoir user du même langage que ces gamins des rues, éviter de torturer inutilement notre langue en disant qu’elle est morte.

      Merci pour elle.

  9. La situation pour l’euro est bien plus catastrophique en l’état actuel des choses que le dollar où le yen.
    Le dollar est la monnaie qui sert de transaction pour les matière premières. Le yen les Japonnais peuvent tout de même user d’une certaine souplesse puisqu’ils sont maîtres de leur monnaie.
    L’euro c’est vraiment une tout autre affaire et se révèle compte tenu des disparités économique un instrument inadapté et qui ne sert finalement qu’à mettre les pays de la zone euro au niveau de l’Allemagne en terme de valeur ce qui profite en dernière instance aux exportations Allemande.
    Bien sûr laisser la Grèce a son sort permet à l’euro de maintenir sa valeur spéculative.

  10. Bonjour à tous car il y a du monde c’est bien.
    nouveau venu sur le blog de Paul Jorion dont j’ai appris l’existence ce matin en écoutant France Cult. La radio comme moyen de diffusion d’informations et de surprises, c’est réjouissant.
    attention j’ai un homomyne qui a commis un livre sur « Natixis »

    Dans la crise grecque, j’ia lu dans un journal professionnel de la finance « Investir » que les marchés financiers demandaient une plus grande coopération économique et financière entre états de la zone €uro.Ils sont demandeurs d’un abandon de la souveraineté nationale pour développer un état « fédéraliste », cadre supra nationale, quserait plus à même de répondre aux difficultés passagéres de la Gréce (puis de l’Irlande, et d’autres). Les « maudits » marchés qui poussent à la roue d’une plus grande intégration , que les politiques, prétextant que leurs peuples ne sont pas prêts – serait ce bien le cas en Allemagne ?-, refusent. Situation surprenante, non ?

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