L’instinct de survie des peuples

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Un système sain présente en général une très grande capacité à supporter la présence de parasites. Mais si ceux-ci pullulent alors, passé un certain seuil dans l’affaiblissement, leur présence peut tuer l’animal. La mort de l’hôte n’est pas dans l’intérêt du parasite mais comme il ne sait rien faire d’autre que d’être ce qu’il est selon sa nature, il n’interrompt pas son effort, provoquant la perte de son hôte ainsi que la sienne propre.

On en a eu l’illustration en 2009 : alors que l’économie était toujours dans les derniers dessous, le secteur bancaire, sauvé par les aides étatiques, retrouvait la santé et dispensait à nouveau ses largesses à ses dirigeants et à ses employés les plus talentueux dans l’accumulation du profit. Largesses qui ne trahissaient pas la folie, mais ne faisaient que refléter la proportion colossale dans laquelle ce secteur parvenait à nouveau à détourner vers lui la richesse. Quand les politiques proposèrent de plafonner les bonus, ils choisirent d’ignorer que ces primes indécentes n’étaient que des commissions relativement modestes sur des sommes elles à proprement parler pharamineuses. Quand des velléités apparurent de taxer ces profits monstrueux, les financiers firent immédiatement savoir que toute charge ponctionnée sur leurs opérations serait automatiquement répercutée par eux sur leurs clients. Vu l’impunité de principe dont ils bénéficient, cela aurait sûrement été le cas.

Au cours des semaines récentes, le travail d’investigation des régulateurs et les bureaux des procureurs d’États américains a mis toujours davantage en lumière le rôle joué par la simple cupidité dans le déclenchement de la crise. L’économie étant devenue au fil des années l’otage du secteur financier – et ceci, d’intention délibérée, par choix idéologique – s’effondra dans son sillage. Les États se précipitèrent alors au secours de ce secteur financier, en raison du risque systémique que son écroulement faisait courir. Mais en se refusant à opérer dans les activités financières un tri entre celles utiles à l’économie (ce que Lord Adair Turner, président de la FSA, le régulateur des marchés britanniques appelle les transactions « socialement utiles ») et celles dont la seule fonction est de siphonner une partie de la richesse vers les plus grosses fortunes. Les États ayant épuisé leurs ressources, imposent ce qu’ils appellent l’« austérité » ou (pourquoi se gêneraient-ils ?) la « rigueur », c’est-à-dire se tournent vers les classes populaires et les classes moyennes en exigeant d’elles par un impôt non-progressif et en opérant des coupes sombres dans les mesures de protection sociale en place, de rembourser les sommes manquantes.

La logique en marche est implacable : une évolution a eu lieu, d’une situation où le parasitisme de la finance était relativement tolérable à une autre où il a cessé de l’être. Les États, et les organismes supranationaux peut-être encore davantage, au lieu de tenter d’exterminer le parasite, se tournent au contraire vers l’animal et exigent de lui un effort supplémentaire. Comme c’est de sa propre survie qu’il s’agit désormais, la réaction de celui-ci est prévisible.

Imbécillité profonde des États, encouragée par les « vérités » charlatanesques de la « science » économique, ou complicité caractérisée avec les ennemis de leurs peuples ? Au point où l’on en est arrivé, la distinction a cessé d’être pertinente. Facteur aggravant : ces mêmes États ne manqueront pas de considérer que les sursauts des peuples, réaction saine de leur instinct de survie, sont excessifs et les condamneront, sans penser à leurs erreurs et à leur propre responsabilité dans l’aggravation de la crise.

Un retour à la progressivité de l’impôt est souhaitable. Pourrait-elle seulement être réinstaurée – ce qui paraît peu probable vu le pouvoir historique de l’argent à prévenir un tel rééquilibrage – qu’elle ne parviendrait encore qu’à figer la concentration de la richesse dans son état présent. Or cette concentration est telle aujourd’hui qu’aucune économie ne peut plus fonctionner dans son cadre : les ressources font à ce point défaut là où elles sont requises comme avances dans la production des marchandises ou comme soutien à la consommation des ménages, que le montant des intérêts versés compris dans le prix de tout produit ou service rend celui-ci excessif. Il faudra donc remédier à la concentration des richesses telle qu’elle existe dans son état présent. C’est seulement après qu’une certaine redistribution aura été opérée qu’une imposition progressive pourra s’assurer que le processus de concentration ne reprenne une nouvelle fois son cours mortifère. Bien sûr, ceux qui ont accumulé des fortunes colossales s’affirmeront spoliés (le mot « liberté » sera sans aucun doute galvaudé par eux une fois encore) et prétendront que la possession de ces sommes leur est indispensable pour être ceux qu’ils sont à leurs propres yeux. La réponse qu’il faudra leur opposer est que l’image qu’ils se font d’eux-mêmes importe peu puisque leur fonction est claire désormais : ils se contentent de pomper le sang de leur hôte. Quant à celui-ci, la dégradation généralisée du capitalisme l’a acculé à faire un choix entre sa propre survie et celle des parasites qui l’infestent. Et ce choix, il l’a fait.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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86 réflexions sur « L’instinct de survie des peuples »

  1. Je n’ai pas pour coutume de me répandre en éloges, mais franchement c’est un bon texte. Il décrit la terrible réalité, dans des termes dont la force est proportionnée au problème.

  2. J’ai lu récemment que les armateurs grecs pas amateurs auraient élu domicile dans la City, eux où sans doute les sociétés sous lesquelles leurs navires battent pavillon. Voulant retrouver cet article je suis parti à la pêche à l’armateur grec.
    Je suis sidéré, consterné, ……. par les prises effectuées, des petites et des grosses :
    Une petite et non moins significative, il y a grec et grec :
    http://www.desirsdavenir.org/les-d-bats-participatifs/forum-participatif/marre-dentendre-les-grecs
    Une grosse, de fond et de fonds, l’engagement des banques françaises, un article de Challenges :
    http://www.challenges.fr/magazine/enquetes/0212-030718/la-mise-est-sauvee.html
    Témoignage de la Suisse voisine :
    http://www.24heures.ch/actu/economie/suisse-protege-milliards-grecs-redoutant-fisc-2010-05-13
    La plus belle de Jean Ziegler (un autre Robin des Bois) interrogé par l’Humanité, bravo Monsieur Ziegler :
    http://www.humanite.fr/article2765791,2765791
    ………..

  3. Quel parcours idéologique M. Jorion, par rapport à vos analyses d’il y a encore deux ans … la lutte des classes. Je ne peux qu’approuver mais le mépris des élites, leur enferment et leur isolement, bref leur indifférence absolue au sort des peuples était déjà TRANSPARENT il y a deux ans. Ce n’est pas un complot … parce que leur objectif n’est pas secret … c’est le retour aux féodalités.

  4. @Hououiji Fuu
    On ne peut pas dire mieux que vous et votre rappel de la force du dogme sous l’Inquisition me parait approprié….

  5. Ne se dirige-t-on pas vers un scénario simpliste qui consisterait pour les occidentaux (USA, Canada, Japon, Europe) à décréter un moratoire de 50 ou 100 ans (cela revient à peu près au même) pour le remboursement des dettes souveraines, assorti d’une limitation des intérêts payés à un pourcentage très faible de l’ordre de 1% ?
    Cela reviendrait à faire payer la crise à ceux qui en on profité et à ceux qui l’ont favorisée, sans taxer les véritables acteurs économiques de la consommation et de la production.
    Puisque de toute manière il y aura nécessité d’un tour de passe-passe pour « sortir » de cette crise systémique, au moins qu’il soit le moins amoral possible et qu’il n’engendre pas une chute progressive de l’activité économique « réelle » en offrant un possible avenir à nos enfants.

  6. La finance était utile pour gérer la croissance, et la répartition de ses fruits.
    Aujourd’hui, avec la crise énergétique (pic oil) et la crise écologique, et idéologique (marre du capitalisme), c’est la décroissance qu’il nous faut gérer.
    La finance n’est plus utile. Les « fruits » capitalisés (stockés / accumulés) doivent être utilisés maintenant pour gérer ce nouveau contexte.

    Tout est simple.

  7. Tant dans son texte que dans la video, l’auteur dit les choses de la manière la plus claire. Et cette simplicité rejoint celle qui est exprimée dans les cafés, dans les entreprises, entre amis ou connaissance, avec ces formules simples que d’aucuns trouvent simplistes parce qu’ils n’en saisissent pas la profondeur lapidaire.
    L’expérience permet de transcender la technique. Ainsi en est-il en économie/réflexion, comme il en est pour la musique, les arts en général.
    Les raccourcis décrivant la crise interminablement exponentielle sont pertinents, car leur justesse s’allie à leur force. D’une analyse, il semble que l’auteur – Et le texte de Francois Leclerc lui fait « étrangement » écho – nous passons avec lui à une mise en jugement en regard de valeurs.
    C’est de mon point de vue le plus intéressant, ici comme dans des analyses. C’est ce que cherche tout lecteur dans un travail expert qui arrive à la concentration de sa force et à l’excellence de sa projection. Le facteur humain. Le facteur humain, là, comme un fil rouge sang.
    La tentation est sans doute toujours là, pour les analystes de rester dans le froid paradis des entrelacs conceptuels. Mais il faut bien quitte le paradis et dire le pourquoi, le comment la bête a mal et quelle sont les justes actes pour la sauver. Science sans conscience naturellemet ne porterait pas de fruits. Il est plaisant de voir cela rappelé encore une fois.

    Il serait bien, il serait légitime et il même urgent que nos politiques ici interpellés et par tant d’autres, reprennent conscience.

  8. « DE LA SUEUR, DU SANG ET DES LARMES «

    Nous voici cette fois au pied du mur. Capitalistes et dirigeants des Etats d’un coté, prolétarisés de l’autre.
    Une plaisanterie sommaire explique que les riches doivent prendre l’argent là où il est : chez les pauvres. L’allégorie de Paul Jorion y fait référence avec la prolifération des parasites qui doivent sucer le sang de la bête au point de menacer la vie du peuple.
    Que faut-il comprendre ?
    C’est dans la mesure où, comme abstraction objective, le capital mystifie l’origine subjective de sa propre substance, le travail vivant, l’extorxion du surtravail, qu’il est un fétiche. « C’est dans le capital porteur d’intérêt que ce fétiche automate est clairement dégagé : valeur qui se met en valeur elle-même, argent engendrant de l’argent. Sous cette forme il ne porte plus les stigmates de sa naissance. Le rapport social est achevé sous la forme du rapport d’un objet, l’argent, à lui-même. » « De l’argent produisant de l’argent – A-A’ représente la forme vide du contenu du capital, l’inversion et la matérialisation des rapports de production élevés à la puissance maxima : la forme productrice d’intérêt, la simple forme du capital où il est la condition préalable de son propre procès de reproduction ; la capacité de l’argent ou de la marchandise de faire fructifier leur propre valeur, indépendamment de la reproduction – c’est la mystification capitaliste dans sa forme la plus brutale. » « La conversion du capital total en capital financier sans qu’il y ait personne qui achète et utilise les moyens de production…est proprement un non sens. Mais ceci contient une absurdité encore plus grande : sur la base du mode de production capitaliste, le capital rapporterait de l’argent sans être employé productivement, c’est à dire sans créer de plus-value dont l’intérêt n’est qu’une fraction ; le mpc poursuivrait sa route sans qu’il y ait production capitaliste. » (Marx – Le Capital Livre III)

    En désignant les pauvres, les chômeurs, les retraités, les salariés et jusqu’aux couches moyennes comme les catégories pour lesquelles on va exiger partout en Europe des sacrifices considérables et auxquelles on a déjà imposé depuis un quart de siècle un mode de vie épouvantable (l’urbanisme démentiel, la destruction des services publics, la liquidation du droit du travail, sans oublier l’escroquerie que fut la mise en place de l’euro, le traité de Lisbonne…) le système établi est contraint d’abattre ses cartes. Toutes les supercheries de la propagande la plus mensongère sont éventées. Les élus n’ont même plus de légitimité morale puisque – outre la corruption dont ils donnent de si beaux exemples – quand la justice de classe exonère Pasqua par du sursis mais condamne à de la prison ferme des gamins de dix-sept ans pour vol à la roulotte – sont élus par moins de 20% du corps électoral. La duperie est épuisée : Malgré lui, le capital est contraint à la démystification : nous savons maintenant que « la valeur est produite exclusivement par le travail vivant » et qu’il faudra encore des gens pour traire les vaches. Parce que le destin du capital porte en lui comme son secret dissimulé la praxis subjective des individus vivants. « Dès qu’il s’en sépare – Et le progrès technologique inaugure l’ère de cette séparation – la valorisation et le capitalisme ne sont plus possibles ». (Michel Henry – Marx)

    Le fétiche automate, dans la poursuite délirante de son absurdité, solidement appuyée sur les intérêts privés d’une classe privilégiée et de ses laquais auxquels l’élite a su accorder des avantages substanciels, est entré à nouveau dans une crise structurelle où cette pléthore de capital financier, de capital argent créditable, manifeste le caractère dérisoire des déterminations économiques et les limites atteintes (par la destruction du vivant et des ressources naturelles) du mode de production capitaliste.

  9. Une idée m’est venue en vous lisant.
    Comment cela a-t-il pu arriver.
    Pour moi c’est l’expression conjuguée d’une incompétence alliée à un asservissement à la machine.
    Cela ne remet pas en cause la volonté de main mise de quelques uns sur la totalité.
    Mais cela a été rendu possible par la conjonction de deux phénomènes : la volonté de la masse de vouloir devenir parasites eux mêmes et une confiance aveugle dans la machine qui devait dans l’imaginaire collectif faire le garde fou.
    La machine, on le découvre, ne peut rien empêcher, car elle a été programmée dans le sens de ne pas déranger. Et le troublion, le libre penseur, par définition dérange. C’est le filtre absolu et irrémédiable du contre pouvoir des masses .
    Même sur les blogs les plus libres, certains gardes fous, pour se garder des fous deviennent des véritables armes anti-pensée libre.
    Je pense donc que malheureusemnt la pensée libre elle-même va s’éteindre.

    1. Je suis assez en accord avec vous et effectivement quand je vois ce que sont devenus certains forums de discussions après avoir évincés, éliminés de beaux esprits libres, qui réveillaient nos consciences et proposaient des directions honnêtes pour permettre à une majorité de mettre en place les moyens de survivre sans avoir recours aux systèmes………..

  10. Bonsoir Mr Jorion,

    Vous écrivez :  »Quant à celui-ci, la dégradation généralisée du capitalisme l’a acculé à faire un choix entre sa propre survie et celle des parasites qui l’infestent. Et ce choix, il l’a fait. »

    J’avoue ne pas comprendre ce que vous insinuez en disant que le peuple a fait son choix.
    De quel choix parlez-vous ?

    A ce stade, je crains que le choix si on peu le nommer ainsi est celui de la passivité.
    Peu de monde aux manifestations du 1er Mai…
    J’ose espérer que vous ne sous entendez pas que le choix des peuples est celui de la capitulation devant cette armée de parasites…

    Je suis pessimiste mais j’ai encore de l’espoir que les peuples se réveilleront.
    Merci de préciser le fond de votre pensée.

    1. Non non, moi je pense que Paul veux expliquer ce qui se passe… malheureusement pour le moment nous avons choisi la survie du parasite en endettant massivement les états et en combinant des niveaux d’emprunts Européen gigantesques pour globalement protéger les banques et les finances au détriment des peuples qui seront juste bon à régresser. La prochaine étape c’est la monétisation de la dette Européenne par la BCE et lorsque notre monnaie aura valeur de monnaie de singe peut-être qu’il sera grand temps de s’occuper de nos potagers à plein temps! :-/

    2. Paul ne parle pas du peuple, il dit « celui-ci » : l’hôte. C’est à mon avis l’Etat, qui a fait le choix de disparaitre avec ce plan européen à la con et les mesures de rigueur qu’il va appliquer.

  11. Bonsoir Paul, et vous aussi François,
    Depuis quelques jours je sens, dans vos écrits, une difficulté croissante à contenir une juste colère! D’autres vous diront comme je l’ai lu que vous pouvez adpoter la voie du Tao, et espèrer par votre absence de « resistance » voir les erreurs, les errements, et les sacrifices s’effacer par « la force de l’esprit »….Ce n’est pas mon avis!
    Les absurdités reprisent en choeur par tous les leaders dans le monde entier ne leurrent plus grand monde. Laissez les riches s’enrichir comme ils le veulent, et tout y ira bien dans le meilleur des mondes.
    -« oui, le leur, pas le nôtre! », car ne nous trompons pas nous ne vivont rien de commun avec un Président de banque, ou un Président d’Etat, ou riche héritier.
    Hier, il pouvait faire illusion puisque quelques miettes atteignaient leur cible: « NOUS ».
    Aujourd’hui, les miettes ne nous sont plus destinées. Elles sont jalousement gardées par les plus avides. Fini, les idioties de la redistribution par le haut, il n’ont même plus besoin de faire semblant.
    Leur soif d’orgie n’a plus de limite…c’est là notre chance, peut être?
    Je n’en ai aucune certitude car le monde est de plus en plus vaste, et quelque part sur cette planète il y a tant de gens qui ne demandent qu’à croire à ces promesses de jours meilleurs…

    1. AAA+ dit :  » il y a tant de gens qui ne demandent qu’à croire à ces promesses de jours meilleurs…  »

      c’est en ce moment que l’on ressent encore plus les dégats de l’aventure stalinienne …….

      car ce qui fait accepter depuis pas mal de temps aux peuples la terreur des idéologues libéraux c’est l’abscence de perspectives et la certitude que la révolte ne peut finir que mal ….

      et comme les peuples vont réagir, le risque est grand de voir l’extrême droite et les idées les plus rétrogrades gagner la partie.

      le plus grand chantier des hommes épris d’égalité et de liberté, c’est bien de reconstruire un espoir en un autre monde possible.

  12. Concentration des richesses dans son état présent .Les anciennes colonies et le tiers monde nous l’ont dit jusqu’à plus soif , mais nous ne l’avons pas entendu. Nous l’entendons aujourd’hui car nous nous sentons menacés dans nos avantages acquis,acquis aux dépens de qui ?.Il n’y a plus de souliers vernis pour monter l’escalier mais beaucoup de galoches pour le descendre, pour paraphraser Jack London.Quand tout semble perdu, il faut faire un feu avec……les banques.

  13. Bonjour,
    Je lis irrégulièrement votre blog, mais toujours avec un grand intérêt. J’aimerais pour ce premier commentaire, remercier les auteurs, et surtout les contributeurs ; il est en effet bien rare de voir des commentaires d’une si grande qualité.

    bien à vous

  14. Pour illustrer cet article, je vous invite à lire celui-ci :
    http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/f/fiche-article-les-parasites-manipulateurs-24931.php

    Mais je propose une petite bouffée d’optimisme :

    Vers un Capitalisme Social ?

    Il est clair que si le parasite n’a qu’un seul hôte et qu’il le tue, il se suicide par la même occasion, à moins de ne pas en avoir conscience ou de percevoir l’hôte comme un Etat ou une devise en pensant pouvoir rebondir d’hôte en hôte, ce qui repousse le problème au dernier hôte.

    S’il n’y a pas aujourd’hui d’unique devise et d’unique Etat, le mot de « Mondialisation » va quand même siffler aux oreilles de certains, et par conséquence personne n’est à l’abri.

    S’il s’agit du dernier hôte, alors il va lui falloir muter rapidemment, car certains parasites n’ont d’autre choix que d’entrer en symbiose avec leur hôte pour une question de survie.
    Je ne vous fait pas la liste des parasites dit « positifs » (je ne suis pas biologiste), qui ont du muter pour vivre dans les hôtes, pour aider à la digestion par exemple (degradation de cellulose ou lactose, etc…) car la liste doit être longue…

    Une possibilité que le parasite néglige souvent, est la mort prématurée de l’hôte pour d’autres raisons, auquel cas son infection ne lui a même pas permis de se reproduire.
    Il devient donc urgent pour lui de muter, dans le bon sens du terme pour toutes les parties en présence.

    PS en rapport avec certains commentaires lu sur la file: pour ceux qui pensent que la population est attentiste, je pense au contraire qu’elle regarde du coin de l’oeil en se voilant la face, mais au premier « bank run » la réalité économique et financière sera balayée et les politiques dans la foulée. Et c’est là que le parasite regarde, car quelque chose me dit qu’il en est parfaitement conscient…

    Quoi, suis-je moi-même infecté ?

  15. Il me semble, Paul, dans votre texte à caractère fondamentalement politique, avoir décelé comme un écho au papier de Lordon publié lundi sur le diplo et repris pas Marianne.

    Il y analysait la situation après les dernières exigences de la tique géante sur le corps européen. Il ne voyait plus qu’une alternative pour une sortie par le haut:

    – ou les états, et plus ses grands commis d’ailleurs que les élus je crois dans son esprit, refusent l’abandon de souveraineté qu’on leur impose, au non de ce qu’il leur reste de sens de la nation, et renverse la table de jeu.

    -ou les peuples, devant la trahison de leurs élites, mettront ces messieurs devant leurs responsabilités, avec bruit et fureur…

    Par ailleurs une idée qui vous paraîtra peut être naïve ou ridicule, mais au point où on en est: pourquoi ne pas envisager de publier une tribune rassemblant quelques signatures comme vous même, Lordon, Gréault, Sapir, Généreux, et tous ceux qui sont d’accord sur l’essentiel. Un appel à nos dirigeants avant un appel au peuple, et en pleine lumière… Un peu d’unité chez les hétéroxes, ça serait pas un luxe. Une plateforme commune quoi.

    1. Quelque pau « naîf » ou utopiste comme vous sans doute et ne crayant pas le ridicule je trouve votre idée plutôt bonne.
      Cela ferait au minimum écho à la page hebdo de France Culture du samedi matin « l’économie en question » qui me semblait voler assez bas ce matin face aux réalités.
      J’aurais tout de même appris que sur le sujet du partage des fruits du travail et du capital, contrairement à ce que dénonçait JL Mélenchon dans le Monde du 12 mai et qui l’oppose à l’économiste Jean Peyrelevade, de mémoire
      « Il n’y a pas sujet à discussion sur ce thème, de nombreuses études ont conlu dans ce sens, pas de dégradation ». Tiens donc ! Pour qui ?
      Ce type de querelle pourrait être abordé de manière rationnelle dans cette triubune.
      Les partis politiques ou les 5 tanks pourraient ensuite effectuer leur marché et nous proposer leurs engagements fermes ou leurs décrets datés.

    2. J’en arrive même à me demander si Paul ne devrait pas se résoudre à passer à l’action directe!
      Etant donné le crédit dont il bénéficie sur la blogosphère, comme dans les quelques médias encore ouverts aux idées justes, une attaque virulente et nominative de quelques-uns des escrocs de tous poils les plus emblématiques qui mènent encore la danse serait bienvenue.

      Une sorte de « J’ACCUSE » de circonstance en quelque sorte…

      Sans doute serait ce forcer sa nature, mais de ce fait même qu’il ne fait partie d’aucune chapelle ni ne peut être soupçonné de nulle compromission, se délester de son image douce et « raisonnable » ne donnerait que plus de poids à une attaque ad hominem.
      On ne peut plus ignorer les déterminismes de notre société du spectacle; d’éclaireur doit il devenir embraseur?
      J’ai peur qu’autrement il ne quitte le jeu, écœuré de l’inertie, de l’inanité rédhibitoire.

      Je sens dans son texte, comme dans sa vidéo, une profonde lassitude mêlée d’une sourde révolte.
      Comme un désir d’ailleurs qui nous dirait: merci de m’avoir suivi, soutenu, d’avoir bougé dans vos consciences: prenez le témoin, et à vous de jouer!

    3. Quand c’est le système qui pose problème, jeter en pâture quelques noms est le meilleur moyen de ne pas faire porter le chapeau au vrai coupable et de préserver de facto le statu quo.

  16. D’un certain point de vue, ne sommes nous pas, nous autres primates auto-dénommés « homo sapiens » (sapiens, quel orgueuil !) prédateurs ultimes de notre plançte et de son éco-système, les ultimes parasites de l’éco-système et de la planète ???
    Parasites, auto_parasités … une forme de régumation immanente peut être ?
    Pensons trés fort à la Grèce et à ses contribulables heureus car il va falloir « dé-graisser ».
    Amitiés respectueueuses.

  17. Et le salaire des gens qui n’augmente toujours pas dans l’iniquité de plus,

    Et le prix des timbres qui augmente,
    Et le prix du courant qui augmente,
    Et le prix du carburant qui augmente,
    Et le prix du tabac qui augmente,
    Et le prix de l’eau qui augmente,
    Et le prix du gaz qui augmente,
    Et le coût du politicien qui augmente,
    Et le coût du privilège qui augmente,
    Et le coût du bureaucrate qui augmente,
    Et le coût de secourir qui augmente,
    Et le coût du travail qui augmente,
    Et le coût de l’éducation qui augmente,
    Et le coût du soin à l’autre qui augmente,
    Et le coût d’avoir une caisse qui augmente,
    Et le coût du bus qui augmente,
    Et le coût du train qui augmente,
    Et le coût de la putain qui augmente,
    Et le coût d’avoir des enfants qui augmente,
    Et le coût d’enterrer sa famille qui augmente,
    Et le coût d’enterrer un politicien qui augmente,
    Et le coût du papier toilette rose ou bleu qui augmente,
    Et le coût de produire plus vite et plus mal qui augmente,
    Et le coût du misérable que je jette à la rue qui augmente,
    Et le coût du petit noir que l’on mène encore à l’esclavage qui augmente,
    Et le coût de l’homme que je préfère encore payer plus mal qu’autrui qui augmente,
    Et le coût d’offrir une maîtresse supplémentaire à nos élus qui augmente,
    Et le coût d’entretenir les bonnes choses qui flattent qui augmente,
    Et le coût de voter différemment qui augmente c’est la rigueur,
    Et le coût de penser différemment qui augmente,
    Et le coût de diriger autrement qui augmente,
    Et le coût du vivre ensemble qui augmente,
    Et le coût d’un bon service qui augmente,
    Et le coût de se loger qui augmente,
    Et le coût de la liberté qui augmente,
    Et le coût du bonheur qui augmente,
    Et le coût de recevoir qui augmente,
    Et le coût de la paix qui augmente,
    Et le coût de la sécurité qui augmente,
    Et le coût de se protéger qui augmente,
    Et le coût d’avoir une plage propre qui augmente,
    Et le coût d’avoir une nature propre qui augmente,
    Et le coût d’avoir une société pure qui augmente,
    Et le coût de l’homme mauvais qui augmente,

    Décidément qui arrive encore à joindre les deux bouts et à suivre le très grand train supplémentaire des grands de ce monde.

  18. On est bien d’accord! Et c’est bien sur à chacun de se mettre en cause en tant qu’agent objectif et agissant de ce système. Mais ce système est ainsi fait qu’il assourdit le bruit de fond qui pourrait perturber sa trajectoire suicidaire.

    Et vous avouerez que certains agents monopolisent sévèrement les points de connexions des flux d’information, et donc de richesse, et donc de pouvoir.

    On appelle ça communément des « responsables »!

    Et croyez moi ils sont tout à fait capables de digérer dans le bruit de fond toute attaque, même la plus radicale, si elle reste du domaine du concept, de la critique rationnelle du système. ils ont même tout loisir de l’initier ou de la manipuler, si elle peut faciliter leurs fins (voir le débat climatique, le choc civilisationnel ou la défense de la Démocratie).

    Et plutôt que de gloser sur le système mieux vaut s’attaquer nommément à ceux qui en constituent les clés de voute. Tous coupables certes, mais jusqu’à un certain point…
    Ne pas oublier qu’avant les cahiers de doléances, et dans un même contexte de dépression comme d’endettement massif de l’état, quelques libels assassins avaient bien préparé le chemin vers la nuit du 4 aout…

  19. Le problème: ceux qui devraient débarasser la bête de ses parasites – la classe politique dans notre cas – n’est pas la solution, bien au contraire, elle fait partie du problème. Mais je n’ai pas vu de manifstations contre les abus de la spéculation, ni contre l’inhumaine hyperfinanciarisation. Ce comportement collectif – de ne pas réagir et encore moins agir – est une aubaine pour le pouvoir en place. C’est la raison pour laquelle les apôtres et serviteurs/profiteurs de cette idéologie ont eu tellement de facilités pour déstructurer le tissu social en France et ailleurs. La France, patrie de la Révolution? J’en doute fortement.

  20. pour ceux qui croyent encore faire partie de la « classe moyenne », et qui lisent l’allemand, voici le site de Harald Wosniezki:

    http://www.meudalismus.dr-wo.de/index.htm

    Idée de départ de son analyse: « classe moyenne », ça veut dire pourvoir d’achat moyen. Où est la moyenne dans le pouvoir d’achat, càd dans l’argent que l’on a à disposition?
    Une façon de le calculer: on compte toute la masse monétaire M1 (forcément M1, donc espèces et compte courant, sans compter les livret d’epargne, placements, assurances etc, puisqu’on veut compter ce qu’on a à disiposition réellement). la Bundesbank connait ses chiffres très exactement. puis on divise par le nombre de ménages du pays (connu aussi, par les services statistiques), et on obtient un chiffre « moyen », la quantité que le ménage « moyen » a à sa disposition à un instant T. (il ne compte pas les collectivités territoriales, considérant que leurs liquidités sont négligeables).
    Et savez vous quel chiffre en sort pour le ménage allemand « moyen »? 30 000 Euros.
    Et devinez combien de ménages sont en dessous de cette « moyenne »? 95 %.
    Je pense qu’en France ça ne doit pas être très différent.
    Qu’en pensez-vous?
    Sur le site il y a aussi pas mal de liens interessant sur le « Meudalismus » = moderner Feudalismus.

  21. Meudalismus suite
    ce déséquilibre et le fait que l’on en soit si peu conscient, viendrait du fait que l’on n’a pas assisté à une forte baisse apparente des salaires (ça aurait fait gueuler) ni à une augmentation forte des prix (ça aurait fait gueuler aussi), mais ce serait dû plutôt à l’augmentation permanente de la masse monétaire M1 (10% /an) qui passe à côté de la majorité des gens, lesquels ne s’en aperçoivent même pas.

  22. Et s’il s’agissait simplement de s’unir pour réfléchir à un nouveau modèle de civilisation ? D’autres l’ont fait avant nous. Certains ont réussi des révolutions pacifiques (Gandhi). Vouloir la fin de l’humain, c’est haïr vos propres enfants. Se résigner c’est mourir. On a toujours le choix. Toujours.

  23. Bonjour,

    Ce choix, il n’est pas sur que les peuples l’ai fait. Il y a des chances que l’on n’assiste qu’au dernier soubresauts avant la fin. L’espèce politique n’inspire plus grande confiance peut-être, mais rien n’a été fait pour la remplacer.

    Quand à l’Homo Economicus, il est mort. Les USA ne sont plus qu’un gigantesque Casino. Exit de l’ex-première puissance mondiale. Les décisions se prennent en Asie maintenant.

    Pourtant une solution existe déjà, en théorie du moins car ses premières applications sont tout sauf probante. Elles ont même pour la plupart rejoint ou en train de rejoindre le grand cirque mondial. On s’en approcherait pourtant, d’autant plus que des recherches ont prouvé que le capital mondial est concentré à 80 % dans dix entités seulement.

    Encore un effort, et on y sera.

    Si un jour les peuples se réveillent, les évènements risquent d’être sanglants.
    C’est à se demander si certains ne s’y préparent déjà. Car le contrôle des médias (encore) libres est en court, et les mobiles retenus guère crédibles, si l’on s’en tient aux faits réels.

    Qui vivra verra. Mais je parierais que ce n’est pas pour cette fois-ci. Les peuples ne sont pas encore murs pour l’action.

  24. @ Ken Avo:
    Vous dites:
    « Ce qui m’étonne le plus en fait et de jour en jour est que d’autres éventuellement plus fragiles n’aient pas déjà franchi ce pas en Grèce. »

    Et bien je pense qu’il y a quelque part une espèce d’instinct de survie qui fait qu’au fond de nous-mêmes une révolution « matérielle » n’est plus possible, elle serait même contre productive.
    Cette révolution appartient aujourd’hui à l’esprit, elle demande réflexion, préparation, essais erreurs, en un mot, imagination et créativité.
    Qu’on soit Africain, Argentain, Américain, Chinois ou Européen nous sommes tous sur le même bateau en pleine tempête aux milieu des récifs.
    Le rapport de force ne se situe pas autant entre des hommes qu’entre ces mêmes hommes et le système qui les dirige sans que plus personne ne le pilote.
    Personellement je ne vois pas de guerre à l’horizon mais de vastes débats durs et parfois violents qui à force de taper sur le clou finiront par fissurer les certitudes, les aprioris et les idées reçues engendrées par ce système agonisant.
    Il ne nous reste plus qu’à nous engoufrer dans ces fissures, nous remettre en question et expliquer, expliquer et encore expliquer.
    Certains ont déjà une certaine avance dans cette direction, d’autres n’en sont encore qu’à découvrir.

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