L’actualité de la crise: vite à l’étape suivante ! par François Leclerc

Billet invité.

VITE A L’ÉTAPE SUIVANTE !

Au menu d’aujourd’hui jeudi : énième sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement ! On sait déjà qu’ils aborderont de nouveau la même lancinante question sans intérêt, puisque leurs débats semblent se résumer à cela : quel axe de communication vont-ils privilégier ?

Comment vont-ils tenter d’illustrer leur contrôle d’une situation qu’ils ne maîtrisent pas afin de présenter un front uni de façade ? Jusqu’où vont-ils aller dans l’affirmation aveugle de la seule désastreuse politique d’austérité qu’ils parviennent à énoncer et à laquelle ils se raccrochent ? Avec quelle emphase vont-ils se réfugier derrière une pseudo-gouvernance économique masquant une absence de stratégie ? Quelle va bien pouvoir être, à ce sujet, la crédibilité de la stratégie 2020 pour la croissance économique et la création d’emplois, qui va en catimini succéder à la précédente, la fameuse stratégie de Lisbonne restée lettre morte ? En vertu de quel déni vont-ils continuer d’affirmer que l’Espagne n’est le sujet d’aucune inquiétude de leur part, et jusqu’à quand vont-ils pouvoir tenir cette fiction ? La discipline, ce nouveau mot magique, va faire son entrée en fanfare, mais elle ne se prépare pas pour autant à être respectée.

Deux petits rappels : 23 pays sur 27 sont désormais sous le coup d’une procédure pour déficit excessif initiée par Bruxelles, et la liste va encore s’allonger. Ne serait-il pas temps de s’interroger sur la règle plutôt que de tenter de faire rentrer des ronds dans des carrés ? Le marché obligataire continue de se tendre là où cela fait mal, en Espagne et au Portugal. Avec pour conséquence de placer la BCE devant la décision politiquement scabreuse de poursuivre et d’accroître ses achats de dette souveraine, ne suscitant comme réponse officielle et publique qu’une nouvelle demande à ces pays de prendre des mesures d’austérité accrues.

Devant un tel afflux de questions, d’incertitudes et d’absurdités, ne vaudrait-il pas mieux se résoudre à rédiger par avance le compte-rendu de ce sommet, à la manière des communiqués finaux bouclés avant que ne débutent les réunions ?

Le sujet des stress-tests des banques devrait finalement émerger, sous l’impulsion des Espagnols qui jouent leur va-tout en réclamant une opération vérité sur leurs banques, car la poursuite des rumeurs serait encore plus destructrice que la publication des résultats de ces tests (qui peuvent être enjolivés). Tardivement, les Allemands se sont au bout du compte ralliés à cette idée, craignant d’abord la révélation de l’état réel de leur système bancaire et le contre coup de la réaction des marchés, si des mesures concrètes et impopulaires d’aide n’étaient pas ensuite mises en vigueur. La parole est désormais à ceux qui ne se sont pas prononcés !

Par ce biais, la dette privée se rappelle aux mauvais souvenirs, alors que l’austérité et la lutte contre le déficit public restent la ligne officielle que l’on martèle pour escamoter la première.

Deuxième pilier de ce semblant de politique, après l’austérité érigée en valeur cardinale, les gouvernements européens ne savent plus quoi inventer pour conjurer le mauvais sort, en d’autres termes calmer les marchés. Comme si ceux-ci étaient irrationnels, une appréciation trompeuse qui ne fait qu’illustrer le refus complice d’affronter leur rationalité dévastatrice ! Jean-Claude Junker, chef de file de l’Eurogroup, vient de clairement exprimer le puéril agacement des dirigeants européens, en s’exclamant à propos de la dégradation de la note de la Grèce, que « les marchés s’apercevraient dans quelque temps qu’ils ont eu tort », faisant une entorse au catéchisme libéral. Dans l’erreur, car ils battent en brèche les malhabiles tentatives de colmatage.

Une remarque dans la même veine que le projet d’agence de notation européenne, illusoire tentative des gouvernements de mettre les marchés de leur côté ou de les berner. Michel Barnier se dépêche avec lenteur sur ce dossier, placé devant un dilemme : comment cette agence pourra-t-elle être crédible aux yeux des marchés et remplir la mission qui lui est confiée, en raison même de celle-ci ?

De Bruxelles, on entend également des échos de la préparation de mesures européennes de régulation financière, prenant tardivement la suite des décisions américaines sur ce chapitre et n’offrant comme perspective peu encourageante que de devoir remonter le courant. Le risque est fort – même avec des propositions limitées – de heurter de plein fouet les intérêts des Britanniques, qui s’y opposeront résolument. Un rapport et des propositions sont annoncés pour l’automne par Michel Barnier, le commissaire en charge.

En attendant, le dossier de la taxe bancaire continue d’être agité, dans la perspective d’un G20 la semaine prochaine, où il a toutes les chances d’être enterré. Avec pour conséquence de laisser les Européens devant le choix de faire cavaliers seuls – et d’instaurer selon les banques un désavantage compétitif avec leurs consoeurs et concurrentes américaines – ou bien d’en faire autant à leur tour. Seuls les Britanniques ont choisi de poursuivre l’application de la loi adoptée sous le précédent gouvernement. Tout va être question de mesure dans cette affaire, c’est à dire d’assiette et de taux, une fois le principe proclamé haut et fort pour la galerie.

Ce n’est décidément plus à ce niveau des chefs d’Etat et de gouvernement que sont prises les vrais décisions. Une deuxième ligne pour l’instant plus solide est déjà à l’oeuvre, constituée par les banques centrales qui jouent aujourd’hui un rôle prépondérant tant qu’elles ne seront pas à leur tour dépassées. Contrairement à la doctrine et à l’espoir que manifestent encore ses tenants de les faire retrouver leurs leviers monétaires aujourd’hui inopérants, leurs nouvelles responsabilités ne sont pas provisoires mais tendent à s’installer, faisant fonctionner vaille que vaille et en crabe un système financier toujours incapable de retrouver seul son assise.

Depuis les deux grands pôles financiers que sont Washington et Londres, les banques centrales voient actuellement leurs prérogatives très renforcées, accroissant l’ambiguïté de leurs relations avec un système dont elle font partie tout en acquérant la mission de le réguler. Dissimulant sous le voile de leur indépendance la réalité de leurs arbitrages. Loin des projecteurs et caméras qu’affectionnent ceux qui, de temps en temps, ont encore des comptes à rendre.

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183 réflexions sur « L’actualité de la crise: vite à l’étape suivante ! par François Leclerc »

  1. @Papimam
    Vous avez tout à fait raison.
    En me relisant j’ai compris le malentendu : “… le pire « oil-spilleur: BP ” etc… Cela concernait le Pentagon et cloturait ce que j’en dis avant. Donc ni BP ni d’autres. Ma phrase est mal construite, j’aurais du mettre un point avant BP ! Une leçon d’écriture.

  2. Monsieur Leclerc,

    En effet, l’on pourrait s’interroger indéfinimment sur la problématique de la finance redistributive. Mais de mon point de vue, cela n’a aucune importance stratégique.
    La réalité est beaucoup plus simple que cela: Inlassablement, les rond et les carrés de la finance moderne tournent sur une table aussi virtuelle, que vide.
    Suivent alors des bonnes questions qui vont de pair avec la bonne logique économique:

    1) Si l’écroulement ( j’assume mon appréciation de la situation ) se poursuit de façon visible depuis 2007, est-ce la faute de la finance, de la politique des Etats, ou tout bêtement de L’ABSENCE DE CONTRÔLE DES ACTIFS ?
    Les mascarades financières gouvernementales ou celles des marchés des capitaux sont finalement déjouées par la réalité du contrôle politique des actifs ( localisation et droit de propriété ), car c’est celui qui contrôle les actifs, qui en tire des bénéfices sains et couverts par des quantités de la monnaie adéquate. Dans mon postulat de base, seul le contrôle objectif des actifs de transformation permet de disposer d’une machine économique saine.

    2) Que se t’il passé depuis 1980, dans ce domaine précis des actifs économiques ? Ils sont progressivement partis vers l’Asie, de telle façon qu’aujourd’hui la Chine seule contrôle pratiquement la moitié de la production mondiale. Quel actif contrôlons-nous, après le départ de la production réelle ? La réponse est très simple aussi : Uniquement la monnaie et ses dérivés, et même sur cet actif ( un actif très particulier, car stérile s’il n’intervient pas convenablement dans le processus de la transformation ) nous avons definitivement perdu le contrôle en 2007.

    3) Que reste t’il aux entrepreneurs sans entreprises ? Les mains vides. Nous en sommes là, aujourd’hui. Nous avons les mains vides et nous cherchons à blâmer tel ou tel autre, au lieu de chercher à nous sortir de cette situation. Je dis bien nous, car pendant que les détenteurs du vrai pouvoir ( je vous prends au mot ) mènent des querelles des marchands de tapis ( au MEDEF autant que plus haut dans les instances internationales ) et cherchent à tirer la couverture sur soi, au détriment des autres, le peuple laisse faire. Sur le fond du barratin démocratique, le peuple demeure content et stupide ( … là, c’est du Machiavel observé in vivo).

    4) Plus loin encore, si une telle déliquessence du pouvoir occidental se poursuit ( de façon plus en plus visible ) , qui en est le bénéficiaire automatique ?
    Réponse encore plus simple : Celui qui contrôle la masse critique des actifs dans le monde : Et c’est la Chine. Avec la moitié du potentiel de la transformation mondiale sur leur propre sol, personne ne peut résister objectivement à une projection de la puissance industrielle chinoise. Même-si une politique protectionniste et fortement étatisée est adoptée à ce stade de l’évolution de la chute : Alors nous nous éteindrons derrière une porte fermée au lieu de nous éteindre avec la porte ouverte, comme nous le faisons actuellement. Les posessions des occidentaux en Chine sont tout aussi illusoires, que leur volonté de les maintenir dans la durée : L’affaire de Franck Riboud et de Wahaha étant la demonstration de ce qui attend tout le monde au bout de l’aventure asiatique.

    Les chinois, seuls destinataires ad-ultimo de l’ensemble des “aides” et des “stimulus packages” se servent de ces ponctions automatiques pour les investir dans leur potentiel local. Si la transformation en cours, visant la création du puissant marché interne et domestique chinois réussit, c’est la fin effective de la domination occidentale.

    Aujourd’hui, la Chine lui montre le chemin, demain elle lui dictera les conditions de l’exercice de son pouvoir. Ce n’est pas , finalement, sans rappeller les photos des années 20 relatant les visites des officiels des puissances coloniales chez les Rois-nègres.

    C’est un peu notre dernière chance, de minorer les dégâts, car en ce moment les USA ne sont plus vraiment là et les Chinois ne se sont pas encore installés. Je vous en prie, faites tout ce qui est dans votre pouvoir, vous et vos alliés, pour bloquer les américains et les chinois. Si la transformation du monde réussit dans le mauvais sens, telle qu’elle est engagée et qu’elle continue : Alors vous en serez le premier perdant. Quant au peuple ” content et stupide “, qu’il se prépare à vivre entre Goya et Bosch.

    Je vous souhaite bonne chance, Monsieur Leclerc, tout en espérant qu’une action positive demeure encore dans le champs du possible.

    1. Il semblerait que votre parade ultime contre l’impérialisme chinois consiste essentiellement en la promotion de l’or, valeur productive s’il en est….
      Le métal jaune contre le péril jaune!
      Quant à votre prose opportuniste en diable, mon prisme n’en retient qu’une couleur: celle du même métal et de la pisse d’âne.

    2. C’est la phynance anglo-saxone, à la tête des USA, qui a décidé d’accueillir la Chine dans la mondialisation pour pouvoir profiter d’une main d’oeuvre à coûts dérisoires par rapport à ceux des pays développés.
      La production va vers l’Asie, mais la phynance va l’y rejoindre; un japonais a un siège au conseil d’administration de Morgan Stanley, le coeur de la phynance au service de l’hyperclasse.
      There is no alternative.

  3. Avez-vous vu l’émission où on voit François Bayrou essayer de parler face à ses trois interlocuteurs, dont Éric Zemmour : un vrai dialogue de sourds ! Bayrou va jusqu’à parler de germanophobie et les trois autres répondent : ce n’est pas l’objet du débat !
    C’est-à-dire que plus personne ne veut entendre comment on en est arrivé où on en est et pourquoi ! Il faudrait uniquement dire que la situation est ce qu’elle est, que personne n’aurait pu faire mieux et que les Allemands sont des emmerdeurs parce qu’ils ne sont pas comme les autres ! François Bayrou insiste sur le fait que les Allemands ont fait ce qui avait été prévu et comme cela avait été prévu. Contrairement aux autres qui pensent que les bonnes résolutions ne sont jamais faites pour être tenues ! Il veut faire inscrire dans la constitution que les déficits de fonctionnement seront interdits. Les autres trouvent que cela ne serait pas possible ! Il parle de bon sens, de valeurs, de ne pas se laisser dicter sa conduite par le reste du monde, les autres parlent de la faillite comme d’une chose normale ! Aberrant ! J’aurais voté pour Bayrou qui est, incontestablement un homme, un vrai, un homme honnête et qui une véritable ambition pour le pays au lieu d’en avoir seulement pour lui-même !

    1. Super Senec!
      Vous le savez, j’apprécie le brio de votre style, mais beaucoup moins le fond de votre discours. Je suis heureux que vous ayez trouvé un homme politique à votre convenance, et qui n’est pas, loin de là, le pire! N’hésitez pas à participer activement à son site, vous y serez accueilli à bras ouverts!

    2. Bonjour,

      Je ne voudrais pas vous décevoir sur Bayrou, mais j’ai bien peur que vous ne déchantiez sur l’honnêteté de l’homme ainsi que sur ses prétendues valeurs et absence d’ambition personnelle.

      Quant à inscrire l’interdiction des déficits de fonctionnement dans la constitution, il me semble (je parle sous le contrôle de François Leclerc ou d’autres) que c’est justement le drame des Etats fédérés aux USA, qui sont contraints de licencier à tour de bras tous les salariés des services publics et de fermer ces derniers.
      Les déficits sont néfastes, quoi qu’il en soit, et inscrire ou non leur interdiction dans la constitution ne change rien au problème : une simple mesure démagogique.

      Cordialement,

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