BFM RADIO, LUNDI 27 DECEMBRE A 10h45 – L’ANNEE QUI S’ACHEVE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

D’abord, un petit rappel. Le cadre global, c’est celui d’un système où l’argent manque en général là où il est nécessaire. Il faut alors l’emprunter et payer des intérêts. Comment se détermine le niveau des taux d’intérêt ? C’est le produit d’un rapport de force où interviennent trois facteurs : 1) l’offre et la demande de capitaux, 2) le rendement de l’économie (on est « partageux » quand le choses vont bien, beaucoup moins quand elles vont mal) et 3) le risque de contrepartie, c’est-à-dire le risque de non-remboursement. (Les économistes mentionnent aussi l’anticipation de l’inflation. Une « anticipation » est une représentation, elle peut déterminer le degré de résolution individuelle mais elle n’a aucun impact sur le rapport de force entre prêteur et emprunteur).

Quand, comme aujourd’hui, les taux sont élevés essentiellement parce que la part « prime de risque » est élevée, l’emprunteur se trouve pris dans un cercle vicieux : la prime de risque élevée accroît sa difficulté à rembourser, autrement dit augmente son risque de défaut. C’est le drame de l’Europe aujourd’hui.

L’Europe doit réduire ses déficits, aggravés par la crise financière et économique, d’où l’austérité ; elle doit aussi relancer la machine économique, ce qui exclut l’austérité. Les agences de notation qui mesurent le risque réclament bien entendu les deux. C’est l’impasse ! Pas nécessairement : il existe une solution : augmenter les salaires bas et moyens et baisser parallèlement (pour éviter toute inflation) les revenus du capital et les salaires extravagants. Entre une solution pareille et l’impasse, on n’hésite pas une seconde en haut-lieu : l’impasse fait l’unanimité !

Les États-Unis ont joué cette année sur le statut de monnaie de référence du dollar américain. L’argent ne coûte rien dans ce pays : quand il manque, on en imprime. Cela durera tant qu’il y aura une demande internationale pour le dollar. Si elle s’évanouit, le dollar s’effondre. Les États-Unis doivent aussi relancer leur économie. Ils ont choisi de reconduire une fiscalité amicale aux grosses fortunes. L’argent dégagé de cette manière ne pourra pas s’investir dans une économie déprimée, une partie sera consacrée à l’achat de produits de luxe, l’autre se retrouvera dans la spéculation, c’est-à-dire dans la prédation sur l’économie mondiale. Est-ce bien de cela que nous avons besoin ?

La Chine a entrepris sur le tard sa révolution industrielle. Dans un contexte où une monnaie nationale, le dollar américain, est aussi monnaie de référence, il n’existe qu’une seule solution : celle que la Chine a choisie, ancrer sa devise nationale à la monnaie de référence. Le dollar devient monnaie de singe ? qu’importe, le yuan le devient aussi ! et le commerce entre les deux pays se poursuit sur une base inchangée.

Le mélange de dirigisme et de capitalisme sauvage auquel recourt la Chine en ce moment est détonnant : bulle immobilière aujourd’hui, inflation demain, bulle boursière après-demain, etc. Cela ne peut fonctionner que dans le cadre d’un système politique autoritaire où des changements de cap instantanés sont possibles : séduire les investisseurs aujourd’hui, les assassiner demain, pour les ressusciter après-demain, si nécessaire. Il faut avoir le cœur bien accroché !

La Chine soutient aujourd’hui le système monétaire international tout entier à bout de bras : le dollar cette semaine, l’euro la semaine suivante et le yen la semaine d’après. C’est son intérêt bien compris, dit-on. Le jour où elle cessera de le faire, ce sera parce que cela aura cessé d’être son intérêt bien compris. N’empêche, on l’accusera alors sûrement de tous les maux.

La Chine réclame depuis l’année dernière une refonte du système monétaire international. On ne l’écoute que d’une oreille distraite. Si l’on ignore sa proposition, la guerre sino-américaine aura lieu sur le marché des capitaux et il n’est pas difficile de deviner qui l’emportera. Mais on n’évitera pas les dégâts collatéraux parmi les spectateurs, pour employer l’expression consacrée. Avis aux Européens.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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152 réflexions sur « BFM RADIO, LUNDI 27 DECEMBRE A 10h45 – L’ANNEE QUI S’ACHEVE »

  1. China is not the problem

    « The US can accomplish the post-bubble deleveraging by their private sectors by stimulating domestic demand through fiscal policy and via the income growth allowing private saving ratios to rise. What China does is irrelevant to that capacity. « 

  2. La reforme monétaire que propose la Chine n’est que la restauration de Breton Wood.
    Si la Chine souhaite la mise en place du SDR (DTS), pourquoi refuse-t-elle aujourd’hui de laisser sa monnaie flotter et s’apprécier, réduisant d’autant ses exportations?
    Acceptera-t-elle de le faire dans le cadre du Bancor? (probablement pas).

    La Chine est-elle dépitée de voir que son modèle mercantiliste ne fonctionne pas dans un système monétaire fiat? (tres certainement).
    Que d’avoir accumulée de la dette US n’aura aucun impact sur les US? (et d’autre pays, la Chine accumule des actifs financiers en euros et en yen, pas pour soutenir ces monnaie mais bien pour favoriser ses exportateurs et maintenir le yuan artificiellement bas par rapport a ces monnaies).
    Le Japon trouve cela assez pénible d’ailleurs puisque la Chine peut acquérir des obligations d’autres pays mais n’en émet pas elle-même et interdit donc aux autres pays de faire baisser leur monnaie par rapport au yuan.

    Une monnaie internationale? Espèrons que non!

    Les États-Unis ont joué cette année sur le statut de monnaie de référence du dollar américain. L’argent ne coûte rien dans ce pays : quand il manque, on en imprime. Cela durera tant qu’il y aura une demande internationale pour le dollar. Si elle s’évanouit, le dollar s’effondre.

    L’argent ne coute rien DANS tous les pays souverains (monnaie inconvertible et taux de change flexible), cela est vrai pour le Japon, le Canada, l’Australie, UK, US.

    La demande internationale pour le dollar durera tant que les US seront l’importateur en dernier ressort et que tous les pays feront reposer leur croissance sur le modèle de l’export.

    Export-led growth strategies will fail

    1. ah, n’y comprenant rien, mais étant dans le doute …
      voici un extrait du post d’Aliena sur le Bancor …qui n’est pas non plus la panacée, semblerait-il :

      … »Ainsi, alors que le système du Bancor impose des problèmes massifs d’organisation et de confiance, l’idée d’une monnaie unique supranationale signifie ce qui suit.

      Tout d’abord, il y aurait une banque centrale mondiale. Cela signifie qu’il y aurait un seul taux d’intérêt mondial à court terme et donc une seule courbe de rendement mondiale.
      Je ne considère pas que ce soit une possibilité d’organisation viable. Je ne pense pas qu’il y a suffisamment d’homogénéité a travers nos espaces nationaux pour rendre souhaitable une seule politique monétaire.
      Je n’ai pas besoin de souligner toutes les questions évidentes – où sera la banque centrale? qui élit le conseil? serait-ce seulement une organisation de type FMI, qui est un échec terrible pour les nations les moins développés? etc..

      Deuxièmement, pour éviter les mêmes dislocations qui handicapent l’euro, une banque centrale unique doit aller de pair avec un trésor unique (qui exécute la politique fiscale (budgétaire)).
      Cela veut donc dire un gouvernement mondial, à moins qui nous accordions la conduite de la politique macroéconomique a un organisme non-élu comme le FMI. Ce serait une catastrophe (voir point suivant).

      En troisième lieu, par voie de conséquence, nous aurions un seul électorat mondial…. »

      ??? …qu’en penser ? il me semble que ce n’est pas le regard de l’Hôte …mais je suis Candide
      au Pays de la phynance .

    2. @M
      J’ai moi aussi des problèmes a comprendre la position de M. Jorion.
      Mais, a sa décharge, j’avais moi-même la même vision il y a peu de temps encore, tout simplement parce que la doctrine économique néo-libérale est partout, dans tous les journaux, livres d’économistes de droite ou de gauche, dans tous les cours d’économie, etc, etc…

      Une monnaie unique internationale n’est tout simplement pas faisable ni même souhaitable.
      Cela n’apporte aucune solution aux problèmes de déséquilibre des balances commerciales, cela ré-instaure le risque de faillite pour les États et les empêchent d’utiliser la politique fiscale (budgétaire) pour générer le plein emploi.
      Cela ne règle pas le problème de spéculation sur les monnaies, au contraire, la parité entre les monnaies nationales et le bancor sera extrêmement facile a casser.

      Je ne comprend pas non plus la position qui est a la fois contre le déficit public mais aussi contre l’austérité. Ce sont deux positions contradictoires.
      Un budget en « équilibre » ou en surplus, nécessite l’endettement du secteur privé auprès des banques. Encore, complète contradiction.

      Je le remercie néanmoins de me laisser exposer les problèmes liés a une monnaie internationale, et le non-problème que sont le déficit et la dette publique.

    3. Un extrait significatif de la traduction par aliena du texte de Bill Mitchel (à propos des suites à la déclaration du Gouverneur de la Banque populaire de Chine, Zhou Xiaochuan, en mars 2009 qui proposait de remplacer le dollar comme monnaie de réserve mondiale et de créer en remplacement « une monnaie de réserve internationale déconnectée des nations individuelles capable de rester stable sur le long terme ») :

      Cette déclaration a reçu beaucoup d’attention dans la presse ces derniers temps et nourrit l’industrie massive de la peur menée par l’école autrichienne et d’autres qui rêvent d’un retour à un système étalon-or a taux de change fixe, sans comprendre ce que cela signifie.

      Plus inquiétant est que cela encourage également une vague croissante a gauche – conduite par une sorte de dévotion aveugle à John Maynard Keynes – basée sur l’idée qu’une monnaie supra-nationale est souhaitable – et que la crise financière est un reflet de l’échec du système de taux de change flexible.

      C’est très effrayant quand les économistes hétérodoxes se mettent au lit avec les Autrichiens.

      🙂

      …. bah ! Faut pas s’inquiéter PSDJ, et même Jorion et les autres « hétéros » ! Il vous fait juste une p’tite crise de jalousie un peu hystéro le Bill Mitchel, australien inconnu au bataillon soit-dit en passant…

    4. @vigneron

      to get into bed with: s’allier avec quelqu’un

      J’ai choisit de traduire de façon littérale parce que je trouvais cela amusant en français et plus évocateur mais je vais probablement le changer maintenant.
      Bill Mitchell n’est pas connu du grand public, mais très connu des banquiers par contre.
      Ses collègues L.Randall Wray et James K. Galbraith sont beaucoup plus connu du grand public.

  3. « La Chine réclame depuis l’année dernière une refonte du système monétaire international. On ne l’écoute que d’une oreille distraite. Si l’on ignore sa proposition, la guerre sino-américaine aura lieu sur le marché des capitaux et il n’est pas difficile de deviner qui l’emportera. Mais on n’évitera pas les dégâts collatéraux parmi les spectateurs, pour employer l’expression consacrée. Avis aux Européens. »…Ce que les dirigeants Européens refusent de faire par ignorance, devront le faire par nécessité…Et en cela les dirigeants Chinois ont une mesure d’avance sur nous…Les dégâts collatéraux d’une guerre sino-américaine dont parle Paul en sera la révélation…Alors messieurs mesdames les dirigeantes vous voilà prévenues…Les spectateurs doivent dès maintenant devenir acteurs et se prononcer maintenant ou se taire à jamais.

  4. Monter les salaires et avec quel argent s.v.p. ? L’argent virtuel ? L’argent des autres ? L’argent des riches (où sont-ils) ? L’argent du futur ? Ayant le luxe inestimable d’avoir le salaire moyen belge, je suis d’accord que l’on augmente les taxes sur mon salaire pour que l’Etat belge apprenne à vivre de ses moyens et augmente le salaire de ceux qui gagnent trop peu.

    1. « il existe une solution : augmenter les salaires bas et moyens et baisser parallèlement (pour éviter toute inflation) les revenus du capital et les salaires extravagants. »

      Je dois écrire de manière incompréhensible.

    2. Vous exprimez très clairement mais je vous titille car je pense que cela n’arrivera pas.

      – Car taxer les riches ne suffira pas surtout en Europe où l’écart des richesses n’est pas si important que cela quand on le compare à d’autres ensembles économiques. Et il suffit de voir l’exponentielle des montants associés aux différentes crises que connait notre civilisation pour se rendre compte que le méga-riches ne peuvent pas supporter le système à eux-seuls.

      – Car taxer les revenus du capital ne devrait pas voir le jour à cause du ‘Tous les pays le font ou on le fait pas par peur de l’évasion fiscale’, ce qui est certes dommage, je serais assez naïvement prêt à voter pour même si les autres pays disent non. Je ne suis pas contre faire le chasse aux richesses, et si certains riches s’en vont et bien bon débarras, cela nous forcera à vivre de nos moyens et à penser le cité de manière plus intelligente.

    3. Peak-oil
      Ne vous laissez pas abuser par les discours des riches. Ils ne peut-être pas très nombreux (quand même 10 à 20% de la population) mais leurs revenus et surtout leurs capitaux sont tellement énormes qu’il y a moyen de satisfaire beaucoup de pauvres avec un peu plus de justice sociale.
      Ce n’est pas aux décroissants de réclamer une stabilisation voire une diminution des salaires. Cela, les néo-libéraux s’en chargent. Réclamons plutôt des différentiels de prix: des diminutions (voir plus haut) sur les consommations nécessaires ou utiles et des suppléments sur les consommations de luxe ou néfastes (avant le néolibéralisme les produits de luxe avaient une TVA à 25% et ceux de première nécessité à 5%). Aujourd’hui, ce sont les restaurants (de luxe notamment) qui ont des taux de TVA préférentiels: cela fait marcher le commerce et avantage les riches (ce ne sont pas les minimexés qui vont au resto chaque jour…).

    4. Augmenter mes taxes pour les voir filer dans la poche des riches par l’intérêt souverain, je ne suis pas d’accord. Et je suis comme vous de la classe moyenne.
      A mes yeux, si nous voulons nous en sortir, le système basé sur l’intérêt financier doit être bani et remplacé par un système basé sur l’intérêt énergétique.
      Je l’ai déjà dit, j’ai remplacer les chassis de ma maison et la chaudière pour réaliser des économies d’énergie et c’est effectivement le cas. Environ 40%
      Ces quelques milliers de m3 de gaz économisés (en plus de l’argent que j’ai économisé) peuvent servir à la société pour réaliser autre chose. Si cette réalisation est intelligente elle pourra aussi faire d’autres économies qui serviront à autre chose etc…
      C’est cela l’intérêt énergétique qu’il faut mettre en oeuvre.
      Mais il y a un hic, à travers le prix des produits qu’il faut installer pour réaliser cet intéêt énergétique, il y a des intérêts financiers qui sont perçus in fine par les plus riches qui peuvent se payer un effet rebond sur mon dos ( bateau de plaisance, piscine, 4×4 etc;;;)
      Nous n’avons pas d’autre alternative pour le moment que de sortir nos économies des banksters et les placer dans des banques éthiques que nous surveillerons et auxquelles nous proposerons des projets d’intérêts énergétiques. On pora discuter à l’intérieur de ces banques du tansfert de l’intérêt financier vers l’intérêt énergétique.
      A mes yeux, il faut courcircuiter les baksters, leur couper l’herbe sous le pied, et peut-être qu’à ce moment ils perdront de leur superbe et on pourra les taxer sans avoir peur de l’évasion fiscale.
      Ce n’est qu’une idée!!

  5. Une année qui s’achève ,est-ce un année qui se suicide , une année pour rien ?

    Déjà qu’il fallait bien achever les chevaux et selon certains , le capitalisme ….

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