L’actualité de la crise : L’INSOLVABILITÉ EN QUESTION, par François Leclerc

Billet invité

« Et pourtant, les fondamentaux sont sains !» : cette assurance tient lieu de réconfort aux yeux des autorités européennes, prises à contre-pied par la décision de Moody’s de placer « sous perspective négative » l’Allemagne, tout en mettant cruellement en évidence qu’elles ne comprennent pas ce qui leur arrive. Accusant les marchés de « péter les plombs » confrontés à la panique bancaire d’hier. Toute la question est en effet de savoir ce qui doit être rangé dans la catégorie des dits « fondamentaux ».

L’agence de notation, comme c’est sa mission, anticipe sur les conséquences qu’aurait pour l’Allemagne un éclatement de la zone euro, à commencer par une sortie de la Grèce, l’un pouvant déclencher l’autre. Sans emphase, les jours qui viennent vont être décisifs.

Un sauvetage de l’Espagne va devoir d’une manière ou d’une autre être mis sur pied. El Ecomista évoque une version « assouplie », qui serait à l’étude au sein du gouvernement espagnol, qui consisterait à ce que soit dans l’immédiat accordé au pays une ligne de crédit sur laquelle il pourrait tirer pour financer ses proches échéances. Notamment celle d’octobre, d’un montant de près de 28 milliards d’euros. Une manière de gagner du temps et d’éviter un sauvetage à la dimension de la quatrième puissance économique européenne, assorti d’un train supplémentaire de mesures de rigueur, car l’effondrement financier est imminent. Les 18 milliards du fonds réunis avec le concours de la loterie nationale du pays, destinés à soulager les régions espagnoles étant par ailleurs probablement insuffisants, ces dernières demandant les unes après les autres à y puiser. Seul un achat massif de la dette espagnole par la BCE permettrait de détendre la situation et de repousser les échéances, sans rien régler.

Il est également envisagé par Jean-Claude Juncker, chef de file de l’Eurogroupe, de faire la courte échelle à la Grèce, sous la forme d’une « aide intérimaire » qui lui éviterait de faire défaut le 20 août prochain sur le remboursement de 3,2 milliards d’euros d’obligations détenues par la BCE. Un simulacre de négociation permettrait aux autorités européennes de sauver la face et d’éviter l’effondrement, afin de voir venir. Mais c’est tout vu, la question se pose désormais très crûment : faut-il encore verser 35 milliard d’euros à la Grèce, qui vont s’additionner à ce qui a déjà été prêté, et prendre le risque de ne jamais les revoir eux non plus ?

La déclaration de Mario Monti estimant ne pas voir la nécessité de convoquer dans l’urgence un sommet ne peut avoir qu’une seule raison : rien ne serait plus désastreux que d’ajouter à la situation actuelle – où la capitalisation boursière des banques continue de se réduire comme peau de chagrin – un sommet qui n’aboutirait pas à des décisions concrètes et se réfugierait dans de vagues proclamations. En attendant, la prochaine réunion des ministres des finances est programmée pour la fin août, autant dire une éternité.

Le Conseil constitutionnel allemand ne rendra son avis à propos de la constitution du MES – le nouveau fonds de soutien européen – que le 12 septembre prochain, ce qui permet d’envisager, dans la plus optimiste des hypothèses, qu’il puisse être à pied d’œuvre fin septembre. D’ici là, il faut tenir. Ne disposant que d’un pare-feu aux moyens limités, et dont les fonds vont devoir être utilisés avec parcimonie en attendant que le suivant prenne la relève, les autorités européennes se retrouvent avec sur les bras la construction d’une union européenne renforcée dont seules la fondation de l’austérité budgétaire prend tournure. Les architectes restent en désaccord sur les plans de la maison et sur l’ordre dans lequel les travaux doivent être effectués.

Hier, les marchés étaient en panique, aujourd’hui ils sont fébriles. Dans quel état seront demain les autorités européennes ? La solvabilité de l’ensemble de la zone euro est en question et le refinancement de sa dette globale ne fait que repousser le dénouement. Laisser chacun en tête-à-tête avec propre fardeau ne produira pas non plus les meilleurs effets.

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22 réflexions sur « L’actualité de la crise : L’INSOLVABILITÉ EN QUESTION, par François Leclerc »

  1. Le Conseil constitutionnel allemand ne rendra son avis à propos de la constitution du MES – le nouveau fonds de soutien européen – que le 12 septembre prochain

    Je suppose que la Cour de Karlsruhe est en baguenaude à Ibiza,à moins qu’elle ne cherche l’inspiration sur le chemin de Compostelle.C’est vrai que l’Espagne,c’est un gros problème.

  2. Pour l’Allemagne, c’est le « Deutschland unter alles » : les pays du « Club Med » lui souhaitent la bienvenue et bonne chance pour une cure d’humilité elle aussi plus que bienvenue!

  3. Je pense que tout dépend des informations qui circulent en ce moment parmi les chefs financiers des pays. le tout coordonné par Mr.Van Rompuy et orchestré par les usa

  4. Bonjour Julien,

    I hope this message finds you well. J’ en termine avec le 1 er epidode des ‘ Chroniques martiennes espagnoles’ , proposees pour lecture a Paul et a l’ Equipe. Le Feuiileton de
    l’ Ete, l’ Espagne, la Catalogne, les feux de forets…

    Je voudrais votre adresse e-mail afin de vous faire parvenir le WYSYWYG de la Page1.html

    I trust you will understand. Anticipativement, regards,

    Charles

  5. Dans un communiqué commun, les gouvernements espagnol, italien et français ont « exigé l’application immédiate des accords » du dernier sommet de fin juin. Ceux-ci prévoyaient la possibilité de prêter des fonds aux banques directement et réaffirmaient la possibilité pour le FESF d’intervenir sur le marché secondaire de la dette pour en soulager les tensions, la BCE ayant cessé.

    C’est un pavé dans le jardin du gouvernement allemand.

      1. Les Espingouins sont aux abois. Je répète. Les Espingouins sont aux abois.
        C’est quand même vachement dur de devoir expliquer que la potion chevaline et idéologique qu’ont vient de faire avaler à son peuple ne sert à rien.
        Et Merkel pourrait avoir un vague remord de l’avoir prescrite. Un remord suffisant pour lâcher 100 Md€ de plus ?

      2. Pour être plus précis il y a eu réellement un communiqué du ministère des Affaires étrangères espagnol qui affirmait les gouvernements espagnol, italien et français ont « exigé l’application immédiate des accords » du dernier sommet de fin juin. La France et l’Italie viennent de démentir avoir fait cette demande.
        Si le gouvernement espagnol se met à faire de fausses déclarations ou qu’il n’arrive plus à se mettre d’accort avec la France ou l’Italie sur ce qui doit être rendu publique ou gardé secret c’est que la situation est vraiment grave.

    1. Qui a fait ce « communiqué commun » démenti dans l’heure suivante?

      C’était un fake? Ou alors le gouvernement Français s’agite-t-il comme une poule sans tête?

      1. Selon toute vraisemblance, Estado Mendez de Vigo, le secrétaire d’Etat espagnol pour l’Union européenne a voulu trop bien faire. Un document de travail a été malencontreusement présenté comme un texte adopté.

      2. http://www.romandie.com/news/n/_L_Espagne_dement_avoir_parle_d_une_declaration_commune_avec_Paris_et_Rome70240720122248.asp

        « Le communiqué du ministère espagnol des Affaires étrangères citait nommément M. Cazeneuve et son homologue italien, Moavero Milanesi, affirmant qu’ils avaient demandé avec M. Vigo l’application immédiate des accords de ce sommet.

        Dans la mise au point publiée mardi soir, Madrid affirme que le secrétaire d’Etat a défendu devant ses collègues européens la nécessité d’appliquer rapidement les accords adoptés en réponse à la crise de la zone euro, mais qu’il n’existait pas de déclaration commune. »

  6. si tu dois 10 000 à la banque, tu as un problème, mais si la Grèce et l’Espagne doivent des centaines de milliards aux épargnants européens, ce sont les épargnants qui ont un problème.
    Vive l’éclatement de la zone euro!

  7. « Les fondamentaux sont sains » est une antienne datant d’au moins 30 ans. Elle a toujours servi à justifier la politique en cours quand elle ne marche pas. Cette habitude continue.

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