L’actualité de la crise : COMMENT ENRAYER LE MÉCANISME INFERNAL ? par François Leclerc

Billet invité.

Comment vont-ils s’en sortir encore une fois ? Otages d’une ligne de conduite allemande qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, mais pas plus brillants, les dirigeants européens doivent à nouveau décider de sauvetages dont chacun s’avère plus difficile à négocier que le précédent.

Leur coût financier accumulé s’alourdit sans qu’il puisse être tiré un trait permettant une fois pour toutes d’arrêter l’addition. Comment enrayer ce mécanisme infernal ? Quelques timides voix font remarquer que s’ils s’y étaient pris avant, cela aurait coûté moins cher. D’autres vont plus loin et disent qu’il aurait fallu faire autrement, et qu’il n’est pas trop tard pour bien faire. Mais les dirigeants continuent de s’enfoncer dans ce tunnel dont ils ne voient pas la fin.

Car il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt : les divergences nationales exprimées par les gouvernements existent, mais elles sont secondaires par rapport au choix stratégique pris dès l’origine et qu’il n’est pas question de remettre en cause. Entre deux aventures, ils préfèrent suivre celle qui leur laisse l’espoir irréaliste, qu’ils ne veulent pas abandonner, que tout va recommencer comme avant.

Des forces centrifuges continuent de menacer une cohésion de la zone euro très entamée : chaque gouvernement est tenté de privilégier ce qu’il considère être les intérêts de son propre pays, et advienne que pourra ! Plus réalistes de ce point de vue, mais non moins inconséquents, les marchés ne voient de salut que dans une intervention de la BCE qu’ils appellent sans vergogne de leurs vœux.

Il va falloir passer par le chas d’une aiguille pour éviter une sortie en catastrophe de la zone euro de la Grèce et s’engager sans plus attendre dans le sauvetage de l’Espagne. Mariano Rajoy poursuit un jeu dérisoire qui consiste à devancer les mesures de rigueur qui lui seront demandées en contrepartie pour ne pas avoir l’air de capituler. Pour utiliser le terme consacré, c’est pourtant « plié » !

Reste l’incertitude grecque, qui va se jouer à peu de choses et va encore demander des semaines d’irrésolution. Toutes les données sont sur la table mais aucune solution n’est encore en vue. Jusqu’à quand pourra être tenue la stratégie de la tension qui prévaut ?

Des rumeurs font état de nouvelles dispositions que pourrait prendre la BCE. Mais celles-ci, à peine évoquées dans la presse grâce à d’opportunes fuites, suscitent un tir immédiat de barrage du gouvernement allemand. Un porte-parole de la BCE estime en retour qu’il est « absolument trompeur d’écrire à propos de décisions qui n’ont pas encore été prises » – ce qui n’est pas un démenti – après une réaction allemande sur le thème qu’elles seraient « très problématiques ».

De quoi s’agit-il ? De créer une automaticité entre les interventions de la BCE sur le marché obligataire secondaire et le dépassement d’écarts donnés (les spreads) entre les taux obligataire d’un pays donné et ceux de l’Allemagne en référence. Une fois acte d’allégeance de ce dernier fait auprès du FESF/MES, bien entendu. Mais tout processus qui ne serait pas soumis pas à pas à l’accord du gouvernement allemand, et donc du Bundestag, n’est pas recevable. Retour à la case départ : acquis pour les banques, l’aléa moral n’est pas admissible pour les États !

Cette stratégie crée une situation impressionnante d’enfermement. Avant d’en faire autant pour la zone euro, elle fait voler en éclat le mythe de l’indépendance de la BCE, puisque le gouvernement allemand se révèle de facto disposer d’un droit de véto qu’il vient pour la première fois d’exercer publiquement. Partisan d’un renforcement à marche forcée de l’intégration européenne, soumis à des pressions politiques internes de plus en plus fortes, Mario Monti craint que l’euro ne devienne « un facteur de désagrégation qui réveille les préjugés du Nord contre le Sud et vice-versa ».

C’est s’en tenir à la surface des choses. Selon PricewaterhouseCooper, un millier de milliards d’euros de dettes pourries sont stockées en Europe dans des band banks ou dans le hors-bilan, qui s’additionnent aux dettes des États et ne sont pas officiellement comptabilisées. Dans ces zones grises de la finance, il faut également ranger les programmes autorisés par la BCE d’Emergency Liquidity Assistance (ELA) des banques centrales nationales, comme par exemple en Irlande ou en Grèce. Tout cela s’additionne, comme les engagements financiers des Etats via le FESF et le MES, si ce dernier est mis en place après accord de la Cour de Karlsruhe. Tout cela contribue à faire disparaitre la confiance (d’être remboursé) et à tendre les taux obligataires sur ce marché unique où se présentent à la fois les banques et les Etats, rendant encore plus insoluble l’équation du désendettement.

C’est à ce mécanisme-là, et pas un autre, auquel il faut s’attaquer, mais cela suppose des petits sacrifices autres que les grands qui sont actuellement exigés.

Partager :

62 réflexions sur « L’actualité de la crise : COMMENT ENRAYER LE MÉCANISME INFERNAL ? par François Leclerc »

  1. Selon PricewaterhouseCooper, un millier de milliards d’euros de dettes pourries sont stockées en Europe dans des band banks ou dans le hors-bilan

    Question, peut-être idiote, mais…. que deviennent ces dettes pourries avec le temps? Ne vont-elles pas s’amoindrir (un peu comme un emprunt, même pourri, qui se rembourserait plus lentement) ou ,au contraire, des intérêts la font encore gonfler?

    1. Très bonne question à laquelle il n’y a pas de réponse ! Seule une analyse détaillée de ces actifs permettrait d’estimer leur niveau de dépréciation actuel et prévisionnel… C’est toute l’opacité du système financier qui s’exprime à nouveau, génératrice d’incertitude et de poursuite de la crise financière.

      1. Bonjour,

        Et si Alexis Tsipras était hollandais et s’appelait Emile Roemer ?

        Le parti de gauche anti austérité et anti plan Merkozy favori des sondages pour les prochaines élections législatives du 12 septembre aux Pays bas…. (ps : il s’engage à ne pas ratifier le traité sur la règle d’or)

        http://www.bfmbusiness.com/article/1/aux-pays-bas-les-socialistes-disent-non-%C3%A0-l%E2%80%99aust%C3%A9rit%C3%A9-177462

        Quels arguments vont trouver les lobbys de la finance qui sont derrière les médias mainstream pour essayer de retourner l’électorat hollandais d’ici le 12 septembre ? à suivre…

      2. Je suppose que si on ne veut pas les rendre public depuis 5 ans c’est qu’ils doivent être catastrophiques non?Que ce passerait il si une opération ‘vérité’ ou ‘banques propres’ était organisée et ses résultats publiés?

  2. Comment vont-ils s’en sortir encore une fois ?

    Depuis le temps que la question est posée sur ce blog , semaine après semaine, mois après mois, j’ai désormais le sentiment que la réponse importe peu finalement : «  « ils » s’en sortent à chaque fois.
    Tout au plus pouvons nous espérer qu’à force de pirouettes et d’acrobaties il y en ait un qui se casse une guibolle ou chute lourdement, provoquant un énorme éclat de rire (jaune, vert, rayer la couleur iutile) parmi ceux qui assistent impavidement au spectacle depuis des années.

  3. Avant d’en faire autant pour la zone euro, elle fait voler en éclat le mythe de l’indépendance de la BCE, puisque le gouvernement allemand se révèle de facto disposer d’un droit de véto qu’il vient pour la première fois d’exercer publiquement

    Merci pour cette formule lumineuse, François Leclerc!

  4. Il est temps que les politiques reprennent les rennes de la gouvernance aux financiers/banquiers. La seule solution, à mes yeux, est de ne plus leur obéir et donc que les états, unanimement, s’engagent à ne rembourser aucune dette et redeviennent souverains sur leur monnaie.

    1. « Il est temps que les politiques reprennent les rennes de la gouvernance »
      Les rennes ?
      Vous croyez au père Noël, wykaaa !

  5. « les marchés ne voient de salut que dans une intervention de la BCE « François leclerc
    « la BCE semble la seule à pouvoir ramener la confiance sur les marchés.  » l’expansion
    Mario Draghi précisera la donne le 6 septembre , donc si j’ai bien compris la BCE va donner les taux d’intérêts maxi des obligations d’état le 6 , cool je suis content , après les gars du marché y vont dire « le taux maxi étant de 5%  » sinon au dessus c’est la BCE qui va racheter , ça fait peur !!
    Et ben en voila une belle avancée !!
    Encore quelques avancées comme cela et c’est gagné , Mario il faut prendre les sous où y sont !! La spéculation , les paradis fiscaux , les sociétés non imposable qui ont des résultats dépassant toutes les espérances , le travail dissimulé , ce n’est pas les solutions qui manquent .Diminuer les pensions, salaires, aides sociales ce n’est que de l’injustice qui se rajoute à l’injustice

    1. Tiens, hard échoit, puisque tu abordes ce sujet : « le travail dissimulé »
      L’OCDE a « calculé » que la moitié du travail sur terre était au black.
      Info a relativiser au vu de la source car l’haut cédé eux bosse pour les plus riches qui ne peuvent RIEN percevoir sur le shadow working…
      Et ça, ça les gène…

      1. Soupape du système, je ne sais pas, mais soupape pour ceux qui ont été largués du système, indéniablement, oui…

        Je lisais toute à l’heure que la Grèce fait la chasse aux fraudeurs fiscaux :

        http://fr.news.yahoo.com/gr%C3%A8ce-autorit%C3%A9s-veulent-lutter-contre-fraude-fiscale-182709815–finance.html;_ylt=Au18o5iuHDB0MM0NNCv6p9iQfsl_;_ylu=X3oDMTQ2Y2Y4ZjM0BG1pdANMYXRlc3ROZXdzIExpc3RpbmcEcGtnA2IxZDdhODZhLTRiYjctMzc3Zi1iMWE1LTVjNDExZGVkZDkxZgRwb3MDOTEEc2VjA01lZGlhU3RvcnlMaXN0VGVtcAR2ZXIDM2I0N2JkYjEtZWFmNS0xMWUxLWE4OTgtOThiNzEwMzM1MTk1;_ylg=X3oDMTFsdWZmZHBzBGludGwDZnIEbGFuZwNmci1mcgRwc3RhaWQDBHBzdGNhdANhY2N1ZWlsBHB0A3NlY3Rpb25z;_ylv=3

        !Vaya fraudeurs! Ils ont détroussé l’état sur la base de quelques repas ! Fortiches les gars, c’est vraiment des vilains !

        Les armateurs et grands concessionnaires de ce pays, quant à eux, comme ici en Espagne, s’acquittent, sans l’ombre d’un doute, du moindre centime de taxe qu’ils doivent à l’état, malgré ce que veulent faire croire certains mauvais médias qui « révèlent » des « affaires » qui n’en sont pas…

        Là, pardon du peu, mais le gouvernement Grec nous prend vraiment pour des billes ou quoi ?

      2. @Marlowe
        « Si le travail au noir était la soupape de sécurité » ce serait aussi la fin de toute protection sociale , avec en plus un dérèglement du marché du travail , il n’a pas besoin de cela , car il est mal en point le canard .

      3. à Ardéchoix,

        Vous semblez raisonner par rapport à la France de ces dernières années.
        Il faut penser à tous les pays du monde dans lesquels n’existe pas la bienveillance de l’Etat.
        Pensez, par exemple, à cette population des bidonvilles de la planête (plus d’un milliard d’humains en 2005) et à tous ces ateliers clandestins contrôlés par les diverses mafias, en Chine comme dans la banlieue de Naples.

        Par ailleurs je ne parle pas de ce qui est souhaitable mais de la réalité telle que nous pouvons l’apercevoir et de la tiers-mondisation des pays occidentaux.

  6. Tant qu’il reste de la bidoche à ronger sur l’os, pourquoi s’arrêter ? Et après il y a la moelle !! mmmm, c’est bon la moelle !! C’est ça la stratégie de ces pantins/gangsters/mafieux qui nous mènent en bateau. Pas très compliqué en définitive à comprendre. Et nous, on applaudit, on commente, on vote en croyant que l’on peut orienter notre destin !! Ah ah ah !! Une chose nous consolera, qu’ils oublient : si le bateau coule, eux aussi !!

    1. Si le bateau coule, ils ont les canots de sauvetage et déjà acheté l’île sur laquelle se « réfugier »… Je ne crois pas ces mafieux assez stupides pour se suicider, ce qui me fait penser que derrière les apparences, il y a quand même bien une stratégie… Nous en reparlerons

      1. Et si ces dominants n’étaient que les pantins de quelque chose d’inconnu qui les dépasse .

        Je ne pense pas aux aliens mais à une entité abstraite réalisée, le capital qui est essentiellement un mouvement.

      2. Ils auraient réussi à créer un monstre échappant à tout contrôle et indestructible car sa mort tuerait ses propres créateurs ?

  7. Vous avez bien raison de souligner le 2 poids 2 mesures, en provenance du neoliberalisme affiche
    du super-Etat technocrate, l’ UE, la Commission et ses souris grises et les ‘ dictateurs bienveillants’ ainsi baptises par Anton Costas dans El Pais aujourd’ hui: ‘ Ces dictateurs agissent de facto comme des contrabandistes de la Reforme, et vendent comme reformes en matiere de Sante en realite des amputations au systeme public de la Sante..Incapables-logiquement-de convaincre leurs opinions publiques, ils en appellent souvent a la rhetorique de la souffrance-Mark Rutte aux Pays-Bas et son obsession declaree pour le livret de famille est un autre exemple, qui devrait etre balaye lors des elections neerlandaises du 12 Septembre prochain- et du decret-loi..La realite est que la politique d’ austerite que l’ Allemagne impose a la Grece, au Portugal, a l’ Irlande, et l’ Espagne est au benefice de ses banques.’

    1. « l’ Allemagne impose a la Grece, au Portugal, a l’ Irlande, et l’ Espagne »

      Ces pays peuvent trouver un moyen de quitter l’Euro. Mais non, ils préfèrent la soumission et les rallonges monétaires.

      1. Oui, c’est ce qui semble totalement incroyable, d’ailleurs… Ou plutôt, dirons nous, les élites de ces pays préfèrent continuer à péter plus haut qu’ils n’ont l’anus…
        Je crois que c’est une affaire d’orgueil de la part des dirigeants prétentieux qui ne voudront jamais perdre la face.

    2. “Les gens sont de plus en plus convaincus qu’il existe, au sein de l’UE, une sorte d’ « agenda caché », dicté par les marchés, avec deux objectifs concrets : 1) réduire au maximum la souveraineté des Etats (en matière budgétaire et fiscale) ; 2) démanteler ce qui reste de l’État providence (pour transférer au secteur privé éducation, santé et retraites). Preuve de l’existence d’un tel « agenda », les récentes déclarations de Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne (BCE) : « Le modèle social européen est mort – affirme-t-il – et quiconque ferait marche arrière dans la réduction des budgets sociaux serait immédiatement sanctionné par les marchés… Quant au Pacte budgétaire européen, il s’agit en réalité d’une avancée politique majeure parce que, grâce à ce Pacte, les Etats perdent une partie de leur souveraineté nationale [The Wall Street Journal, New York, 24 février 2012]. » Impossible d’être plus clair “(I. Ramonet, Contre l’oppression « austéritaire »).

      1. SI il y a un tel agenda alors il est impossible d’arrêter le carnage. Il n’y a même plus de démocratie, les élections sont bidon, pas de compte des abstentions, bulletins blancs rien… Cette élite représente de moins en moins de monde c’est hallucinant que personne ne bouge.

      2. Salvador Allende avertissait déjà de ce danger il y a 40 ans devant l’Assemblée générale des Nations-Unies :
        « Nous assistons à un conflit frontal entre les grandes transnationales et les Etats. Ces derniers se trouvent parasités dans leurs décisions essentielles, politiques,militaires, économiques, par des organisations mondiales qui ne dépendent d’aucun Etat et ne répondent de leurs actes devant aucun parlement ni devant aucune institution garante de l’intérêt collectif . En un mot , c’est toute la structure politique du monde qui est en train d’être sapée  »

        Cité par Luis Sepulveda dans son article intitulé « Le chat de Felipe Gonzalez »
        (Monde Diplomatique de ce mois)

      1. Combien le montant de leurs actifs Dissy ? En % du Pib par ex. Et c’est quoi la répartition de ces actifs de ces sacrés fonds de pension allemand ?

      2. Aucune idée Vigneron,je ne suis pas vraiment spécialiste de l’Allemagne et notre ‘bonne’ presse mainstream comme on dit,n’a jamais à la bouche que le ‘mauvais’ modèle Allemand.
        Modèle bientôt adopté en UK,je veux parler des mini jobs à 400 euros..belle perspective pour les puissants,une sous sous classe populaire.

        Treasury ‘considers tax-free mini-jobs to spur employment’
        The Treasury is considering the introduction of « mini-jobs », which allow people to take on work without paying tax or national insurance, in a bid to boost employment.

        http://www.telegraph.co.uk/finance/economics/9486693/Treasury-considers-tax-free-mini-jobs-to-spur-employment.html

        Vivre à Londres avec 400 euros par mois,une plaisanterie de très mauvais gout.

  8. De créer une automaticité entre les interventions de la BCE sur le marché obligataire secondaire et le dépassement d’écarts donnés (les spreads) entre les taux obligataires d’un pays donné et ceux de l’Allemagne en référence.

    Ah bon c’est juste le spread qui serait plafonné ? Pas le taux nominal ? Mais c’est se tirer une balle dans le pied non ? C’est laisser la main au marché qui pourra continuer à mettre la pression en jouant sur les taux allemands, non ?
    C’est un peu comme si on voulait bloquer les loyers en plafonnant les allocs versées au proprio selon un écart maximum avec un loyer de référence faible, sachant que c’est ce même propriétaire qui possède et loue ces logements référents… qu’il n’a plus qu’à augmenter.
    Ah sûr qu’on sortirait de la logique actuelle de grand écart jusqu’à pétage d’ischio-jambiers entre taux froids du nord et taux chauds du sud. Pour pire.
    Je vois pas la RFA prendre ce risque, encore moins la France.

    1. Oui cher Vigneron, mais je me fais l’avocat de la mafia.

      En soi la dette d’un état est bien différente d’une dette privée et n’est pas un vrai problème. Quelque part l’état a déjà remboursé sa dette puisqu’il a investi l’argent emprunté dans la communauté. Non ?

      Par contre, la différence d’endettement entre des états appartenant à une même zone financière et ayant une monnaie unique me semble plus problématique. Si le spread est fixé et que le taux de l’Allemagne, enfin le taux le plus bas, s’envole. La BCE peut, par exemple, ajuster son taux directeur à celui de l’Allemagne et ainsi rétablir un certain équilibre. Quelque part j’ai l’impression que si le spread est contenu on pourra créer une compensation, une correction numérique (offset) dans les calculs. Maintenant quel serait l’effet d’un emballement de l’offset sur l’économie ? Pfff… aucune idée.

      Le jour où l’on pourra calculer l’effet d’une réforme comme celle proposée dans ta citation avec un modèle (faux mais pas trop) faisant consensus, sera un jour vraiment bien doux. Trop doux diront certains. Ce n’est pas complètement inenvisageable puisque l’on peut fixer les lois que doit décrire le modèle. Bien sûr l’imprévu sera toujours au rendez-vous, mais un modèle n’est pas fait pour prédire l’imprévu. Par contre, il peut souvent, de manière paradoxale je vous l’accorde, en sentir les prémices en cernant des dérèglements où en observant une accélération de l’apparition d’aberrations dans les données.

      Même avec la meilleure volonté du monde, l’avocat du diable se doit de reconnaitre que cette proposition est encore une rustine usagée dont l’efficacité dépend, à tous instant, de l’épaisseur du prochain caillou. Usagée avant même d’avoir vu le jour, comme beaucoup d’autres rustines n’ayant jamais vu le jour. J’en reviens à la douceur du jour, un jour socialiste scientifique [sic], où l’on pourra calculer l’épaisseur de ces rustines. Si l’épaisseur efficace de la rustine est la même pour tous les pays qui pédalent sur le tandem, alors on parviendra à la meilleure des solutions plus facilement, on changera la chambre à air où la roue. En fixant les spread, on augmente les chances que la prochaine rustine soit aussi profitable pour tout le monde.

      zé où quj’ai toutfaux ?

      1. quelque part l’Etat a déjà remboursé sa dette puisqu’il a investi l’argent emprunté dans la communauté. Non ?

        Très juste mais seulement dans l’idéal démocratique. Qu’en est-il de la part illégitime (celle des dépenses qui n’ont rien à voir avec l’intérêt général). Et quid du prêteur hors communauté (nationale bien sûr) ?
        Pour le « spread sous contrôle », on atteint juste le comble de l’ironie (ou de l’absurde) à l’intérieur du cadre fondateur de l’eurozone puisqu’on tenterait de rendre au pouvoir politique la charge de rapprocher les taux des eurozonards en fixant un écart maximum en lieu et place des marchés censés le faire de façon optimale et ce, qui plus est, via une BCE censément indépendante. Bref du masquagnage de fieffés gribouilles.
        Tiens d’ailleurs, mine de rien, un indice, un taux que j’aimerais voir, c’est celui qui rendrait compte du yield moyen de tout les titres souverains eurozonards, calculé bien sur en tenant compte du poids relatif de chaque pays émetteur (par ex sur le 10 ans : encours France OAT à 2,40% + encours Allemagne Bunds à 1,50& + Italie à 6% + Espagne à 7% + etc ). Bref, si les investissements de chaque pays profitent bien à toute la communauté eurozonarde (et bien au-delà), alors qu’on sache ce qu’il en coûte globalement à toute la communauté.

      2. On parie 10 euros, à verser à Paul et François, que ton indicateur est stable depuis 4~5 ans ?
        Tu sais où récupérer les données dans un format analysable ?

      3. Jave, ai essayé de collecter tout ça, mais trop long, faisable sûrement à l’aise pour un pro. Ouais je subodore aussi fortement une certaine stabilité.

    1. Un référendum ???? et pourquoi pas la vraie démocratie aussi tant que vous y êtes avec le peuple qui détient DIRECTEMENT le pouvoir ! Le cauchemar total pour tous les rentiers de la politique et de la finance.
      Le vote dans nos « démocraties » n’est utilisé que lorsque le capitalisme et ses valets n’ont rien à craindre du résultat. On remplace un bouffon de droite (réelle) par une baudruche de gauche (supposée) et tout continue comme avant. Bien entendu, on prend soin de laisser quelques extrêmes (qui font parti de la pantalonnade électorale) se présenter afin que la catharsis opère et que l’on reparte pour cinq ans de profits bien gras pour le CAC40. Des décennies de vote « utile à ce que rien ne change » devraient pourtant avoir ouvert les yeux aux citoyens. Mais apparemment non, puisque l’illusion opère toujours.
      http://www.inegalites.fr/spip.php?article166
      http://blog.agone.org/post/2012/04/26/Les-dindons-de-la-farce-electoral
      http://flegmatique.net/2012/06/07/quidam/
      http://www.laviedesidees.fr/Tirage-au-sort-et-democratie.html
      http://reporterre.net/spip.php?article2461

      1. …et même quand le résultat n’est malgré tout pas celui espéré ? On signe le traité de Lisbonne par exemple…
        ¡ Vive l’abstention qui rend moins con !

    2. D’accord avec Nick. Pour Paul Jorion c’est peut-être seulement mettre une rustine pour contrer un soliton mais c’est l’enjeu politique du moment ! On a besoin de parler de l’Europe pour mobiliser les esprits progressistes en France. Souvenez vous de la constitution Européenne, cela avait lancé le front de gauche. M. Leclerc, la dénonciation d’une austérité contre productive est un trait récurrent de vos billets. Avec votre connaissance de la question pourriez-vous en écrire un nouveau sur les raisons, que vous pourrez bien trouver, de s’opposer au Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire ?

      merci

  9. En Hollande, le changement c’est maintenant ?

    Le prochain Premier ministre néerlandais pourrait bien être un ancien instituteur héraut de la gauche radicale. Le Socialistische Partij d’Emile Roemer a le vent en poupe et pourrait devenir incontournable lors de la formation du gouvernement après les élections du 12 septembre. Avec ses positions anti-austérité, il viendrait ainsi renforcer l’axe Hollande-Di Rupo.

    http://www.rtbf.be/info/monde/detail_en-hollande-le-changement-c-est-maintenant?id=7824397

    1. Excusez moi, travaillant actuellement a Amsterdam, le ´beeldvorming´ cher aux Neerlandais, marche a fonds pour Emile Roemer, le candidat du SP.

      Mais, alors que l´economie est dans un double dip, une recession prolongee, le SP est completement improbable en matiere economique-les grands travaux pour relancer l´emploi, peut-on lire dans le programme du parti pour les elections du 12 Septembre ; se tamponne le coquillard du deficit dans les marges fixees par Bruxelles-la raison fondamentale de la chute du cabinet minoritaire de Marc Rutte, et socialement conservateur: on ne touche ni aux retraites, ni a la Sante, ni a l´Etat providence. Un cousin de Melenchon en somme, que le representant des PME-PMI aux Pays-Bas a remis en place publiquement aujourd´hui. Suivez plutot le PvdA, le parti des socio-democrates, pour le changement.

    2. Précision importante, aux Pays-Bas comme en Belgique on a toujours droit à un gouvernement de coalition vu le système électoral et ce après de très longues négociations.Donc une soupe imbuvable de centre gauche ou de centre droit.

  10. Toutes les données sont sur la table mais aucune solution n’est encore en vue. Jusqu’à quand pourra être tenue la stratégie de la tension qui prévaut ?

    Si au terme de cette année l’Allemagne n’a pas cédé aux injonctions des politiques des PIGS sur le rôle de la BCE, Il est probable que les peuples du sud l’y contraignent.

  11. s’il n’existait pas de ligne hors bilan, on aurait vu les problèmes quand?

    1990?
    2000?
    2008?

    c’est dingue ces normes comptables ubuesques!!!!

    ou alors quelqu’un peut m’éclairer sur leur utilité (à part celle d’avoir l’air « mort-vivant »)?

  12. « que tout va recommencer comme avant »
    Non, Monsieur Leclerc.
    Ils ont les chiffres et l’étendue réelle de la monstruosité.
    C’est juste donner le change, de façon commerciale. Rien d’autre.
    En écrivant cela, vous faites leur jeu. Car tout le monde n’a pas la faculté de comprendre les vrais ressorts.

    « C’est à ce mécanisme-là, et pas un autre, auquel il faut s’attaquer, mais cela suppose des petits sacrifices autres que les grands qui sont actuellement exigés. »
    Que les plus riches acceptent de perdre…??
    Arrêtez de tourner autour du pot…

  13. La machine infernale poursuit la trajectoire de ses concepteurs militaires. Asservissement de l’ennemie par lavage du cerveau. L’expérimentation in situ donnait déjà des résultats prometteurs et la longueur d’avance, si elle était maintenue, permettrait de garder l’avantage. La paix des armes retrouvée, le Japon bon gré mal gré prend très tôt le parti de l’adopté pour retrouver sa dignité, L’URSS cède en 1989 et l’adopte dans la foulée, l’Allemagne après une longue période de second plan volontaire, se réunit dans la douleur mais avec la ferme intention de retrouver son rang, la Chine besogneuse et économe, s’y arriment à la même époque.
    Japonais, Allemand, Chinois et Russes ont tous en tête de prendre le contrôle de l’arme fatale.
    Les Japonais capitulent en 1980 laissant une place vacante, un appel d’aire pour les viennent ensuite.
    Nous sommes dirigés par des crétins de militaire dont le jouet a pété. Si la couleur de leur uniforme diffère, la vacuité de leurs esprits les unis, et pour qui a eu l’honneur de tâter à la hiérarchie militaire à la sauce Peter, je pense que ma description est complaisante.
    La guerre froide reprend des couleurs, réchauffement oblige…

  14. Article assez incroyable trouvé sur le site du monde ; il est ici question d’inflation :

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/08/16/le-choix-de-l-inflation-par-la-bce-est-desastreux-pour-la-jeunesse-europeenne_1746770_3232.html

    On y apprend que « de toutes les taxations possibles, l’inflation monétaire est la plus inégalitaire ». En effet, l’impôt sur le revenu est progressif et ne touche que les plus aisés, ce qui est acceptable (et les riches exonérés d’impôts ?) et en ce qui concerne la TVA, il suffirait de moins consommer pour y échapper, ce qui favoriserait l’épargne (encore faut-il avoir de quoi épargner). En revanche, la vilaine inflation obère le pouvoir d’achat et détruit l’épargne des salariés. Elle pénalise ainsi « les plus faibles ». On ne l’avait pas compris : depuis 10 ans, la BCE œuvrait pour le bien commun. En revanche, pas un mot n’est dit sur ceux qui perçoivent les intérêts et que la nouvelle politique de la BCE risque de pénaliser. Quoi de plus normal lorsque l’on apprend que l’auteur de cet article est gestionnaire de fonds à Londres et analyste financier.

    Mais le meilleur est pour la fin : il faudrait autoriser les états à se déclarer en cessation de paiement (votre groupe aurait-il un avantage à voir se déclencher les CDS, Monsieur l’annaliste ?), ce à quoi la BCE se refuse absolument. La raison est simple : c’est la faute aux baby-boomers ! Je cite :

    leur grand projet politique l’augmentation du pouvoir d’achat par la dette. Dans les années 1970, ils ruinèrent leurs parents en s’octroyant par la force des hausses de salaires et des nouvelles protections sociales.

    Ainsi, les nouveaux « papy-boomers » refusent de renégocier les termes du contrat social car ils auraient trop à y perdre en raison de leurs biens immobiliers, des marges qu’ils s’accaparent en compressant les salaires dans les entreprises qu’ils détiennent… Quelle surprise de constater que la génération 68 fait partie des 1% que dénonce Occupy Wall Street ! Manque de chance pour moi, mes parents ne font pas partie de cette heureuse minorité. Je ne savais pas que Le Monde offrait désormais tribune à de grands comiques… à moins que ce journal ne soit devenu libéral au point d’être hautement caricatural.

    Une question : l’auteur de cet article étant ingénieur des Mines de Paris, peut-on réussir dans ce genre de filière en étant hétérodoxe (et singulièrement moins drôle) ?

    1. Il fallait s’y attendre, non? La haine de l’immigré n’a pas fait recette, alors autant rentrer dans la brèche et bien remuer.

      Pourquoi j’insiste sur ce problème depuis le début? Ca ne sert à rien de l’éviter. Le pire, serait de continuer de s’en foutre.

  15. l’espoir irréaliste, qu’ils ne veulent pas abandonner, que tout va recommencer comme avant.

    « Tout va recommencer comme avant » c’est en substance ce qu’ils ont promis avant d’être élus, non?

    (Bien sur, il y avait quelques petits désaccords sur comment c’était avant.)

    Quand la situation n’est pas très brillante, que la voiture tombe en panne et que le garagiste prétend qu’il vaudrait mieux en acheter une neuve on lui demande souvent de la réparer quand même (P.J. prend l’exemple d’une vielle moissonneuse-batteuse et il est vrai que ça ressemble plus à la vieille machine déglinguée qu’ils voudraient réparer!)

    Un peu comme :

    Une nouvelle vérité scientifique ne triomphe pas parce qu’elle convainc ses opposants et leur fait voir la lumière, mais plutôt parce que ses opposants meurent et qu’une nouvelle génération grandit avec elle.

    Max Planck (physicien allemand, 1858-1947)

  16. A qui vraiment profitent toutes ces mesures?Surtout aux creanciers pour qui le produit financier serait a haut rendement et sans risque. Si la BCE garantit en quelque sorte les obligations à partir d’un certain seuil, n’assistons nous pas encore à une perversion qu’engendre ce type de solution? On cherche le point d’equilibre entre un taux attractif pour les fonds d’investissement et pas trop elevé pour ne pas nuire aux croissances potentielles des états. Quand on achete des obligations á 7% on doit accepter la part de risque de ce type d’achat.Demander ensuite aux pays de faire des reformes pour garantir son investissement, c’est diminuer le risque, tout en gardant le rendement à sept pour cent.
    Si ce taux est insoutenable pour un pays alors il ne faut pas en acheter.
    C’est jouer à un jeu de hasard en cherchant à le supprimer.

    Amicalement

  17. Merkel contre l’avis de la Bundestbank, soutiendra la BCE pour ‘sauver'(pour le 28ème fois..)l’Euro.

    Germany backs Draghi bond plan against Bundesbank.

    Germany’s director at the European Central Bank has thrown his weight behind mass purchases of Spanish and Italian debt to prevent the disintegration of the euro, marking a crucial turning point in the eurozone debt crisis.

    http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/ambroseevans_pritchard/9488698/Germany-backs-Draghi-bond-plan-against-Bundesbank.html

  18. il y a un moment ou croire qu’il y aurait des sauveteurs et des sauvés ou des « à sauver » relève d’une même grande illusion
    tant qu’on ne cherchera pas à sauver la situation plutôt que l’argent
    la situation se dégradant amènera encore plus d’argent à défaillir
    occupons nous de la situation qui elle est mesurable.

    1. pas d’accord. un noyé peut appeler de l’aide . c’est sur , s’il ne veut pas, il ne se sauve pas . mais de là à dire que la réalité d’un sauvetage n’existe pas , non. cela met en jeu le sauvé et les sauveteurs , forcément . tout a son prix . c’est simple, mais rude, celui qui s’est engagé à quelque chose de cet ordre sait ce que ça lui coûte: même si « lui » est libre, lui n’existe aussi qu’en fonction de l’autre , bref, sauvant il « se » sauve .
      sinon, imagine ce que peut être sa vie en sachant l’absence, ou la souffrance de l’être aimé , par exemple . cela revient à une chaine brisée . tout se délite .

  19. Pourquoi sauver l’Euro ,monnaie qui a introduit la régression sociale.Dans le fond on veut le sauver par peur de l’inconnu et surtout dans l’espoir qu’on peut revenir à la situation antérieure ..Là aucun espoir,toute relance impliquera des problèmes énergétiques et écologiques…

Les commentaires sont fermés.