C’est l’été… on a le dos tourné dix minutes et on se retrouve avec une guerre mondiale sur les bras !

Vous souvenez-vous de la Seconde guerre mondiale ?

Je vous la rappelle en deux mots. Il existait un axe fasciste composé de méchants vraiment très mauvais. Si mauvais que tout le reste du monde (dont nous à très juste titre) s’est uni pour leur tomber dessus à bras raccourcis. Les méchants ont fini par prendre une raclée bien méritée.

L’histoire ne s’arrête pas là. Il y avait quand même eu quelques hésitations au départ sur qui serait avec qui et contre qui, et il avait fallu mettre entre parenthèses quelques différends sérieux pour rassembler comme alliés, en particulier, capitalistes et communistes. Si bien que tandis que nous tapions ensemble sur les Allemands, nous nous préparions quand même activement à en découdre les uns contre les autres.

Nous avons eu à l’arrivée, la guerre froide, soit quand même, 45 ans d’équilibre de la terreur thermonucléaire.

Or voilà que pendant que nous nous interrogions s’il fallait peut-être nous contenter du bronze alors que nous méritions l’or haut-la-main, et que nous prenions parti avec passion sur les nouvelles réglementations municipales de la longueur des maillots de bain, le scénario de la seconde guerre mondiale a pu se redessiner, en à peine plus d’un mois.

L’issue optimiste, c’est celle d’un nouvel épisode de 45 ans d’équilibre de la terreur, et cette fois dans un cadre d’environnement naturel de plus en plus dégradé et au comportement de plus en plus chaotique, d’un système financier à la dérive et de délégation de la totalité de nos emplois et de nos décisions à la machine.

Les méchants vraiment très mauvais, ce sont aujourd’hui les Islamistes, et nous nous retrouvons heureusement une fois de plus dans le camp des bons. Lequel se divise une fois encore et à mesure que le temps passe, en deux factions, lesquelles seront face à face dans la nouvelle guerre mondiale en gestation, dont il faut espérer qu’elle aura le bon goût de rester « froide ».

Dans la période qui a précédé le coup d’état raté en Turquie du 15 juillet, il y avait d’un côté, l’OTAN, de l’autre, la Russie soutenant la Syrie, les deux nations étant apparemment assez isolées. Un mois plus tard, la situation a dramatiquement évolué : face à l’OTAN se retrouve aujourd’hui une coalition qui a su se constituer en un éclair : en son cœur, le noyau Russie-Syrie-Iran – des avions militaires russes ayant décollé pour la première fois d’une base aérienne iranienne mardi 16 août, alors même que la constitution du pays interdit spécifiquement les bases étrangères sur son territoire (on annonce aujourd’hui lundi 22 août que ces raids sont pour l’instant terminés). Un peu en retrait par rapport au noyau Russie-Syrie-Iran (mais pour combien de temps ?), la Turquie et la Chine.

Qu’a-t-il bien pu se passer pour expliquer un changement de la donne aussi fulgurant ? Le coup d’état raté en Turquie le 15 juillet précisément. Celui-ci a fait s’éloigner cette nation de celle des deux factions de la coalition anti-islamiste qui s’observent en chiens de faïence (en particulier à la frontière russo-ukrainienne) à laquelle elle appartenait, pour rejoindre insensiblement l’autre. La Turquie prend ses distances par rapport à l’OTAN pour se rapprocher de l’alliance récente Russie-Syrie-Iran – même si le pouvoir à Ankara demeure farouchement anti-el-Assad. Le motif : la Turquie soupçonne les États-Unis sinon d’avoir fomenté activement le coup, du moins de l’avoir suivi en direct et vu d’un bon œil – une suite d’événements qui rappelle étrangement le renversement de Mossadegh en Iran en 1953, à la différence près que celui-ci réussit.

Symptôme particulièrement significatif du glissement d’alliance en cours : dans la période qui précédait le coup du 15 juillet, et depuis juillet de l’année dernière, c’étaient les Américains qui menaient des raids aériens à partir de la base turque d’Incirlik, or il est désormais question que ce soient les Russes qui opèrent à partir de là, même si le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a tenu vendredi 19 août à fermement démentir cette rumeur persistante.

Reuters, samedi 20 août 2016 :

« Hasaka [Nord-est de la Syrie] est divisée en deux zones contrôlées par les Kurdes et par le gouvernement syrien ; les combats entre eux y ont tué des dizaines de civils au cours des dernières 48 heures. […] L’avion appartenant à la coalition menée par les États-Unis arriva à Hasaka alors que deux SU-24 syriens, ayant effectué les frappes, la quittait. »

Parviendront-ils indéfiniment à maintenir un timing aussi délicat ?

L’avenir (très sombre) nous le dira !

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