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32 réflexions sur « Préface à Fuck Work ! de James Livingston »

  1. Votre conclusion, Paul, me laisse sur le cul !
    La solution, c’est l’amour ! oO
    Lire ceci dans un texte traitant d’économie, je ne l’avais pas vu venir.

    Ma propre conclusion, à la lecture de votre texte, est que si la solution à tout nos problèmes est « d’upgrader » notre nature humaine, alors, on est pas dans la merdre…

    Merci Paul, et Saint Paul…

  2. « ..nous avons encore rien vu »
    C’est possible. Il y aura toujours du travail, mais pas pour tous. Je me demande quelle attitude et quelle politique les sociétés occidentales adopteront face à la masse des désoeuvrés. A entendre les gens de Silicon Valley, l’avenir pour cette population serait impitoyable – the fittest will survive. On ne persécutera plus les Juifs, mais cette fois-ci, les ressentiments pourraient s’adresser à ceux pour lesquels la société n’aura plus de la compréhension ni de la compassion chrétienne: les pauvres, les « improductifs », bref, les facteurs de coût. On sait que chaque entreprise est à la chasse des facteurs de coût. Aujourd’hui, on estime qu’un état se gère comme une entreprise – donc on va éliminer les facteurs de coût. De plus, l’afflux de migrants en Europe n’arrangera rien, du moins en ce qui concerne les emplois de basse qualification – qui se rarifient. En somme, pas très optimiste le tout.

  3. La nature humaine s’accomplirait-elle uniquement par la guerre à la « nature » ou en général ? c’est un peu réducteur, je propose de lire Matthew Crawford
    http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-_loge_du_carburateur-9782707160065.html
    Pour moi il éclaire ce besoin de faire quelque chose, de résoudre un problème, d’agir sur la réalité des objets qui nous tiens.
    Et puis ce qui disparait c’est l’emploi/le travail marchand, il reste beaucoup d’activités utiles à ses congénères dans la santé l’éducation, la justice peut-être la guerre, aider les vieux et puis créer un peu de beauté, toutes activités qui rentrent mal dans le cadre de l’emploi marchand dépendant de son client solvable. L’état providence proposait une solution intéressante mais voila nos riches d’aujourd’hui ne sont plus d’accord pour financer ce genre de trucs.
    Dans mes moments optimistes je crois que ce besoin de travail va se perpétuer voire prospérer dans une économie grise, en cédant à l’euphorie on peut imager que le capitalisme marchand touche aux limites de son expansion et entre dans une phase de rétrécissement de son territoire.
    C’est le genre de pensées qui m’entretiennent un peu d’optimisme pour le genre humain.

    1. @ Eddie
      Livingstone s’amuse néanmoins aussi à détruire Matthew Crawford , plus ou moins dans la foulée de sa critique à Hannah Arendt et à Richard Sennett qui fut l’élève de Arendt.
      Sa critique, c’est que cela les activités « bonnes » selon Arendt Et Sennet, et peu ou prou Crawford, sont des actives de « création idéale », idéalisées même, qui sont une espèce d’idéalisation platonicienne de l’activité créative. Je n’ai pas le volume de Livingstone sous la main, mais il est clairement crtique sur ces trois là pour cause , disons, d’idéalisation trop poussée…

  4. Beau tour d’horizon du « problème ». Mes problèmes principaux avec votre texte:

    Un monde sans argent? Même si les machines produisaient tout ce dont nous avons besoin et en quantité suffisante, il faudrait encore décider ce qu’elle produisent (tout le monde n’a pas les mêmes goûts) et qui a droit à quoi/combien. En effet, même si les machines produisaient tout, les quantités produites seraient finies et limitées, de par la limitation d’énergie, de matière et d’espace disponible. Pour traiter ce problème de la répartition juste, il est difficile de ne pas utiliser les notions d’étalon et de réserve de valeur, bref, d’argent.

    Il faudrait que j’aille voir précisément d’où vient ce chiffrage différent de la gratuité de l’essentiel versus le revenu de base, mais ce rapport du coût des deux systèmes de 1 à 6 n’a aucun sens. Après tout, les deux systèmes sont censés apporter grosso modo les mêmes service à la même population. Il n’y a aucune raison (sauf peut-être dans l’esprit complètement tordu des économistes) de penser qu’un des deux systèmes soit beaucoup plus cher que l’autre. Il pourrait y avoir une différence de second ordre à cause de la différence des incitants dans les deux systèmes, mais je suis prêt à parier que la différence obtenue par les auteurs du rapport ne sont pas des cet ordre et proviennent d’une erreur grossière.

    Finalement, je suis bien d’accord qu’il faudrait canaliser les énergies à des entreprises folles, mais pas destructrices de nos conditions d’existence ici-bas. L’espèce humaine manque d’imagination…

    1. Je ne suis pas vite choqué, mais dire qu’une équipe de University College dirigée par Henrietta Moore et Jonathan Portes a probablement fait une erreur grossière, là, désolé : shocking! most shocking!
      (et tout particulièrement, un jour de mariage princier !)

      Mais je suis certain que vous n’aurez aucune à trouver l’erreur grossière : voici le rapport.

    2. La différence de coût entre gratuité et revenu de base est grosso modo un facteur 3.
      Tiens, c’est le facteur de marge d’à peu près toute la distribution !

      Le gérant d’une épicerie qui veut gagner ses 2000 euros par mois doit vendre 6000 euros ce qu’il achète 2000, et avec les 4000 de différence, il a à payer ses frais fixes qui boufferont la moitié des 4000 qui restent: frigos électriques, éclairage, maintenance caisse et fermertures, payer quelqu’un (au lance-pierre) pour quelques raccord ou coup de feu.

      Bon, c’est vrai que la marge peut-être plus basse sur les gammes low-cost (un français qui va en Belgique peut se faire une petite idée des marges excessives en France, d’ailleurs), mais au total, je pense qu’en gratuité des choses essentiel, on est en « prix de gros », tandis qu’en « revenu universel », on est en « prix au détail ».

  5. Qui vivra « verra » …

    Sous la flèche du temps , et si « rien » n’est pas au rendez vous .

  6. Je vais afficher ma colère. Pour une fois. Et comme cela ne passera sans doute pas la rampe ici, comme d’hab, je vais y aller froidement. Je veux expliquer ce que signifier travailler pour un ouvrier, pour un membre de la classe ouvrière, pour un prolétaire. Il se fait que je sais de quoi je parle. Et je ne trouve pas ce que nous ressentons en lisant le texte de Livingston, celui de Madeleine Théodule, celui de Paul Jorion. Je n’ai achevé aucun des trois textes, car ma colère m’en a retenu : il me faut dire ce qu’il en est avant de me perdre dans ces méandres de ceux qui ne savent pas ce qu’être ouvrier.
    Et l’affaire est importante, selon moi. On ne peut faire une analyse de « l’humanité » ou du « genre » ou des « dominations » sans analyse de classe. Or elle fait cruellement défaut.
    Je lis chez Livingston : « Le travail représente tout pour nous autres Américains. Cela fait des siècles — depuis, disons, 1650 — que nous croyons dur comme fer que le travail forge le caractère (ponctualité, esprit d’initiative, honnêteté, auto-discipline, et ainsi de suite). Que nous voyons dans le marché de l’emploi, où nous recherchons du travail, une source suffisamment fiable d’opportunités et de revenus. Et que nous sommes convaincus qu’un boulot, même pourri, procure du sens, un but à notre vie, et qu’il structure notre quotidien — qu’en tout cas il nous tirera du lit, paiera les factures, nous fera nous sentir responsables et nous évitera de passer toute la journée devant la télé.
    Mais ces credos ne fonctionnent plus. »
    Bref une vision « utilitariste » du boulot contre salaire et comme discipline « ascétique ». (Inspiration protestante, par ailleurs). Ce n’est pas du tout cela.
    Je lis chez Madeleine Théodule (qui commente Livingston) :
    « Cette manière qui nous est propre de concevoir notre existence « à la sueur de notre front », elle est enracinée en nous depuis des millénaires, et c’est pourquoi Hegel y percevait une notion « transhistorique », donnant à la succession des générations une impression de continuité. (…)Parcourant à travers l’histoire les différentes approches du travail, l’auteur nous montre bien le caractère tout aussi particulier que relatif du capitalisme, échouant à créer de l’égalité, et réussissant néanmoins à créer un premier espace de liberté grâce au salaire, pour disparaître finalement en même temps que la classe des prolétaires qu’il avait engendrée. (…)
    Bref, un rappel à la conception biblique du travail comme sanction divine et même comme torture, ce qui est aussi discipline. Mais ce n’est pas du tout cela.
    Paul Jorion nous emmène dans un de ces détours (dont il a le secret) par le métayer et le journalier (et c’est dicutable, car c’est faire l’impasse de l’exode rural). puis une discussion du piège de la firme puis une autre sur la réduction du travail. Mais ce n’est pas du tout cela.
    L’usine a cela de différent qu’elle incorpore chacun de nous dans un collectif, organisé, qui nous met dans un rôle de rouage indispensable au fonctionnement d’un tout basé sur la machine. Ce tout peut être constitué d’une chaîne d’industrie lourde (les diverses phases de l’installation sidérurgique : cockerie, agglomération des matériaux, haut-fourneau, convertisseur, laminoir, etc.) ou d’industrie manufacturière (la production automobile, par exemple). Dans ce tout fonctionnant, notre rouage s’associe peu ou prou avec une compétence, simplifiée, apprise sur le tas, mais développée en un vrai savoir faire qui se rajoute à la puissance de la machine (le fondeur, le verrier, le tourneur, l’ajusteur).
    Il y a bien sur des niveaux de compétence, et des niveaux de postes de travail, qui peuvent diviser les travailleurs et dont joue le patron par son placement arbitraire et sa politique de répartition salariale (il est de tradition chez les travailleurs de ne pas révéler à autrui leur salaire – qui peut varier avec diverses primes).
    Il y a donc une fierté collective des travailleurs d’appartenir à ce groupe qui fait fonctionner les machines, qui les sert de manière indispensable. Une fierté qui ne se résume pas au fait du salaire et des opportunités qu’il offre. Bref à l’utilitarisme des économistes.
    Cette puissance se manifeste pareillement dans la grève, qui met les machines à l’arrêt. Et il y a une jouissance à le manifester : qui peut ressentir cela ? La grève, c’est la puissance et la liberté.
    Cette puissance se manifeste enfin dans le paysage des villes industrielles, de ces cheminées, de ce bruit et de ce mouvement, de ce « pays noir » qui vaut de l’or, parce qu’il est libéré du rythme des saisons, et des années improductives de l’activité agricole.
    Mais il ne faut pas se leurrer : le travail en usine est synonyme de nombreuses frustrations. Vous ne participez pas au choix de la production, vous ignorez le pourquoi et le comment des commandes, vous creéz un nombre de pièces ou de produits qui dépassent l’idée même de satisfaction d’un client. En outre, le système de commandement sert à vous rappeler votre sujétion, votre esclavage, votre impuissance. L’arbitraire est la loi. Arbitraire de l’emploi, arbitraire du salaire, arbitraire des petits chefs, arbitraire du licenciement. Jeu des divisions entre travailleurs. Et par delà, permanence du mépris (marque suprême de toute domination). N’entrons pas dans tant de détails évidents de la vie quotidienne en usine. Encaissons ces discours répétés et toujours actuels sur les grévistes, les fainéants et les profiteurs (car les chômeurs, ce n’est pas « eux », c’est nous hier et demain, c’est nos enfants, nos oncles et nos cousins). Et enfin les entraves. Il fut un temps où les ouvriers (les mineurs surtout) changeaient de patron comme de chemise. Mauvais salaire, mauvais boulot, mauvais proprio, mauvaise réputation : on mettait les quatre meubles et la famille sur une charette et on allait voir ailleurs. Il a fallu des lois, des « carnets ouvriers » (registre de vos contrats de travail), des interventions de la police et de la troupe pour briser ces libertés et ces violences ouvrières contre l’exploitation. Contre cette discipline, les organisations ouvrières ont organisé leur propre solidarité qui organisait une discipline positive, à protéger le malade et le vieillard (mieux que par la bienfaisance bourgeoise), à aider les grévistes. Il fallut encore de grandes manoeuvres du patronat et de l’Etat pour s’introduire dans la gestion de ces caisses, ce qui aboutira à la Sécurité sociale universelle. Nous parlons souvent « d’allocations » comme si elles provenaient du ciel, alors qu’elles sont d’abord du bien commun des travailleurs (mais très dénaturé aujourd’hui).
    Je termine. Le travailleur salarié, c’est d’abord l’élément d’un collectif. Et c’est une puissante intégration sociale, dans le conflit de classes qui structure nos sociétés. Une expérience sociale qui se continue dans une culture de classe, fière d’elle-même, méprisante pour ce qui l’entrave et l’écrase, structurée aussi dans des organisations propres, syndicats et partis, et ces activités « d’éducation ouvrière » ou populaire qui lui ouvrent des perspectives non élitaires.
    Sur cette base, je dis que le salaire n’est pas l’essentiel, même s’il constitue un revenu social légitime (lié arbitrairement au travail pour le discipliner), dont les quelques variations sur des centimes servent à nous leurrer — et cela marche, sans être dupes. (Ce point est important, le revenu ne remplace pas l’importance du travail collectif).
    Je dis que le travail n’est pas une sanction divine, parce que le loisir nous ennuie, nous perd, puis nous abrutit dans la consommation et la télévision.
    Je dis que la réduction du temps de travail ne fut plus souhaitée quand nous avons atteint les 40 heures (en 1936-37, puis perdues et reconquises dans les années 1960). Mais que le partage du travail fut souhaité, dans le même esprit de solidarité — ce qui ne fut jamais envisagé comme tel.
    Alors oui, les quarante années (1980-2020) qui ont suivi les trente glorieuses et la chute du mur ont été effroyables de liquidation, de perte, de désespérance. Disparition des grandes entreprises et des grands ateliers, bastions ouvriers, disparition ou détournement des organisations ouvrières, perte de compétences et de savoir faire devant les machines intelligentes, délocalisation du travail et anéantissements de secteurs industriels, divergence accrue entre les postes à avantages hors salaire (chèques-repas, assurance-groupe, cartes d’achat…) et les postes peu rémunérés (divergence jamais décrite ou mesurée). C’est un monde qui s’écroule. Et rien n’est fait qui s’en soucie. D’ailleurs c’est trop tard, c’est une autre vie qui nous est offerte, qui n’a plus ce sens-là d’intégration sociale.
    Alors voilà, les élucubrations sur la société qui vient sont indispensables (et je vais maintenant les lire plus sereinement), mais elles ne peuvent être d’une telle ignorance et d’un tel déni de ce qui a structuré durant cent années la vie pour 50% et plus de la population européenne. Car le mépris de classe reste. Et de manière évidente, à travers les lignes.

    1. J ‘applaudi à votre texte. J’ai été ouvrier et votre description reflète exactement ce que je ressentais. Se fondre pour une part infime dans le processus de production qui nous échappe a sa grandeur et même sa beauté.
      Un rouage qui fait bien ce pourquoi il a été dressé a le droit d’en tirer de la fierté, mais vu de loin ?
      N’est-ce pas une forme d’aliénation?
      La réponse est simple : c’est justement ce que nous devons désapprendre.

      Ceci dit, Paul et d’autres se trompent : le travail, et le travail salarié, ne disparaîtra pas dans une société fondée sur la consommation de biens matériels et d’énergie . Avoir éliminé les usines de nos paysages et de nos réflexions cré cette illusion. Nous importons toujours plus de matières premières plus ou moins ouvrées. Au grand dam de l’équilibre écologique. Reporter le processus de production dans les pays à bas coût n’est pas différent du colonialisme en vogue jusqu’au milieu du 20. ième siècle.
      A nous les joies de la consommation, à eux les cadences imposées par des automatismes de plus en plus intelligents pour extraire le maximum de plus-value.

      1. Pour ma part, je pense que les usines les plus abondantes en main d’oeuvre et/ou polluantes en ont pour sans doute une cinquantaine d’années en Asie du sud-est, mais ça n’ira pas plus loin, en moyenne.
        Les fringues peut-être plus tard que les autres, et/ou les cimenteries, que sais-je.
        Mais le gros des biens de consommation est de plus en plus automatisé. Les écrans plats sont en pointe (les dalles n’enferment plus de poussières si aucun homme n’entre dans la zone de traitement). Pour avoir vu une boîte d’objet électroniques « moyen marché » comme DeltaDore, familiale et sise en Bretagne (genre 400 employés), il y a encore une trentaine d’années, mais décliner une gamme d’objets électronique modulaires adressables pour les marchés de masse (domestique) pourra se faire en Asie, et le cycle vers l’automatisation continuera.
        Il faudra en revanche des plombiers, des carreleurs, des chauffagistes et autres VMC, etc.
        Bref, l’usine va se réfugier sur les prod de pointe (Airbus, ST microelec, une partie des voitures). La question du savoir-faire associé à l’usage des machines va évoluer car les machines sont complexes (pour faire des skis ou pour étamer des circuits imprimer). La fierté collective me parait devoir décroitre en douceur, et il nous faut repenser tout ce que cela implique.
        Je me demande d’ailleurs si l’incapacité d’une grosse organisation au fond industrielle comme la SNCF à assurer à la fois un management correct en interne et une communication correcte en externe n’est pas un signe avancé de l’incapacité à re-former une fierté presque disparue ou au moins mal en point, sans jugement de valeur sur le mérite des uns et des autres.
        Mais je suis d’accord avec Daniel que la dimension de « prêtre auxiliaire des machines » que confère l’usine (ma version) et l’impression de « démiurge auxiliaire » qui va avec représentent un vécu de première grandeur, même s’il est destiné à l’extinction dans les pays avancés.

      2. « il y a encore une trentaine d’année ***d’horizon*** » voulais-je dire pour DeltaDore.

    2. @Pierre :

      Je ne sais pas le retrouver , mais j’avais déjà raconté ( plus brièvement ) comment le travail n’était pas qu’une source de « revenus » mais aussi et peut être surtout un moyen d’éducation personnelle , sociale , politique parmi les plus présents et affectant presque chacun .

      J’y racontais aussi que , travail disparaissant ou plus vraisemblablement concernant de moins en moins de monde pendant de longues périodes , le « nouveau monde  » qu’il fallait inventer devra forcément recréer un ou des lieux où tous ces apprentissages se forgeaient et se forgent encore .

      Cette « perte » d’humanité par le travail ne concerne ( n’a pas concerné) d’ailleurs que ce que l’on qualifie d’habitude de « classe ouvrière  » , en tant qu’elle est une forme « d’aristocratie » telle que je l’aime.

      Les « aristocraties » paysanne , enseignante , d’ingénieurs ou chercheurs…tous les lieux qui fonctionnent sur le mode apprentissage par le compagnonnage et la dynamique de groupe sont bouleversés par les nouveaux outils qui les marginalisent .

      Je vous rejoindrai pour dire , en conclusion , que perdre le travail ça n’est pas que perdre un revenu , et qu’on ne parera pas humainement cette perte par les seuls RUS ou gratuités , qui permettront peut être la subsistance des corps mais fabriqueraient des zombies si on en restait là .

      1. Merci a Pierre et à Juannessy. A ce dernier : attention de ne pas réduire ce vécu à un apprentissage (thème de la formation du garçon, de la sortie de chrysalide) une éducation, un écolage individuel. Le travail ouvrier a donné un « monde » ouvrier, qui a ses règles et sa cohérence interne (c’est une construction sociale, mais qui prend une force, une effectivité par une culture, des civilités, des valeurs, des symboles, des grands hommes propres. On n’en échappe pas tout à fait, même en le fuyant (par des études). (à Pierre : donc c’est une aliénation, mais ce n’est pas à désapprendre ; tout dominé (dont toute dominée !) a un vécu qui n’est pas sans valeur.)
        C’est aussi un monde où le groupe d’hommes (l’équipe) est très prégnant (qui se reproduit dans les groupes de manifestants ou d’occupants d’usine, de piquets de grève, mais aussi d’équipe sportive ou de fan-club, etc. Chasseurs, motards, mais ici l’influence rurale doit être prise en compte.
        En passant, lire le récent « Qui a tué mon père » de Edouard Louis. C’est aussi le récit d’un vécu de classe. Cherchant à retourner le mépris.

    3. Chabian, je ne peux pas m’empêcher de penser que votre obstination à vous référer à la « classe ouvrière » témoigne de votre nostalgie de la dictature du prolétariat, et que vous avez envie de remettre le couvert à la soviétique.

      1. Cependant la question que vous posez sur « ce qui a structuré durant cent années la vie pour 50% et plus de la population européenne » est réelle. Comment remplacer l’espace de socialisation que représente le travail ?

        On a beaucoup critiqué G Schröder avec ses emplois sous-rémunérés en Allemagne, mais ils avaient l’avantage de maintenir les chômeurs dans un espace de socialisation. Il faudrait imaginer d’autres espaces de socialisation, non virtuels, en dehors du travail, car la tendance naturelle de l’Homme est de s’isoler des autres, de maintenir le lien social à son minimum (n’est ce pas ce qui explique réellement le succès de Facebook, avoir des amis tout en restant dans la solitude ?) . Des loisirs collectifs gratuits de proximité par exemple, pourraient jouer ce rôle.

    4. Si « La grève, c’est la puissance et la liberté », pourquoi ne la fait-on pas tous les jours ?

      À mon avis c’est à cause de cette puissance dont vous parlez, car elle consomme beaucoup !

      Il doit être possible de vivre utilement, à plusieurs, sur des projets assez modestes pour ne pas se transformer automatiquement en monstres imaginaires dont les espèces vivantes sont peu à peu exclues..

      (désolé je n’ai pas tout lu ø:)

  7. Un jour pourtant, un jour viendra couleur d’orange
    Un jour de palme, de feuillages au front
    Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
    Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche….
    L. ARAGON

  8. Mais les ouvriers bichonnent (bichonnaient) leurs machines comme personne ! Ils sont (étaient) donc les mieux placés pour imaginer la suite des événements et la solution. Mais voilà, ils aiment leur travail !

    Et en effet les syndicalistes, les partis ouvriers type Lutte Ouvrière ne peuvent pas imaginer le travail disparaître, celui-là même qui fut au cœur de la pensée revendicative et politique. Les corps intermédiaires n’ont pas pu ou pas su aider à conduire les débats.

    « si nous voulons survivre en tant qu’espèce, nous n’aurons en effet pas d’autre choix que d’aller conquérir les étoiles. »
    Quant aux étoiles et au chemin qui y mène, je lis qu’en fond et fin de billet, il était une métaphore de l’amour.
    Aimer son travail à aimer tout court, voilà l’programme !

  9. Très beau texte M Jorion, sur lequel je n’ai presque rien à critiquer, si ce n’est ceci. Lorsque vous dites :
    « Quel serait l’équivalent aujourd’hui du plein emploi, dans cette perspective de minimisation du ressentiment au sein des populations ? La réponse me semble évidente : un monde sans argent. (…) »

    Abandonner l’argent du jour au lendemain, ce serait assurément le récupérer le surlendemain, devant le sentiment de dépossession dans lequel seraient plongés les riches ET les pauvres. A moins de projeter l’abandon de l’argent dans un contexte autre que démocratique, je ne vois pas comment cela pourrait être possible du jour au lendemain.

    Si néanmoins, l’abandon de l’argent est une chose souhaitable à terme, et on peut penser que ça le sera, puisque le travail disparaissant, l’argent aura de moins en moins de raison d’être, il faut d’ores et déjà imaginer une étape intermédiaire, une sorte de « révolution culturelle », sans non plus vouloir l’imposer à tous « à la chinoise ».

    L’abandon de la publicité et la « libération » de l’information pourrait constituer cette étape intermédiaire. D’une part cela ne pénaliserait pas notre économie dans l’immédiat, et cela nous permettrait de retrouver collectivement une pensée « naturelle », débarrassée de toutes les « aliénations », générées par la propagande des firmes . Une deuxième étape intermédiaire serait de se réapproprier l’innovation technologique, pour lui redonner des objectifs citoyens, mais ça ce serait encore une autre paire de manches, et on ne voit pas comment un pays pourrait le faire tout seul.

    Vincent Rey, findutravail.net

  10. Bonjour,
    Le travail salarié va disparaître, comment en douter? L’automatisation est en route dans tout les secteurs de la société. Le plein emploi est un leurre. Dans les pays comme l’Allemagne ou l’Angleterre où le taux de chômage est à 4%, on observe une importante population de salarié avec des temps partiels. Ils sont le reflet d’une société qui s’automatise et repousse toujours plus loin l’employabilité de l’homme. Ce que les gens ne comprenne pas c’est que la plupart des emplois ne vont pas disparaître du jour au lendemain. C’est juste une partie de leur contenu qui est grignoté par la robotisation (physique et logicielle). Un emploi est rarement remplacé par « du tout machine ». (enfin…. pour le moment ;-). Aujourd’hui, en règle générale, l’automatisation ne touche qu’une partie, le reste devient un emploi partiel. CQFD
    C’est d’ailleurs l’une des principales différences avec la France où nous privilégions encore les emplois à temps plein. Macron veut y remédier en assouplissant le code du travail et donc faire comme l’Allemagne et les lois Hartz IV. Là, on est dans l’idéologie mais l’idée c’est qu’il vaut mieux un emploi précaire que rien du tout car l’emploi est moral et source de sens. Je ne dis que ce que j’observe …..Je ne partage pas l’idée.
    Mais bon , revenons à nos moutons, l’emploi salarié disparaît mais comment pouvait il en être autrement? J’entends ci et là que l’entreprise est là pour faire travailler les gens mais c’est faux! Une entreprise est là pour offrir un service et l’emploi n’est juste là que pour permettre ce service. A ce titre, le salarié est une coût pour le capital et même le plus important. Si demain, de nouveaux processus de production me permette d’économiser ce capital, je robotise. Fin de l’histoire, le reste n’est que littérature et sentimentalisme vis à vis d’un monde du travail qui nous a donné l’illusion de faire partir d’un même famille et même pour certains a donner un sens à leur vie. ….Réveillez vous, c’est fini tout çà! Il va falloir trouver de nouveaux ressorts pour la cohésion de nos sociétés (occidentale ou pas, la Chine est face au même probléme….) .
    Concernant le revenu de base, c’est une idée mondiale et qui traduit la peur des élites de voir se constituer des hordes de « désœuvré ». Afin de l’éviter, ils imaginent donner un peu d’argent afin de prévenir les risques d’incendies. Je pense même que l’idée à terme sera de nourrir les plus pauvres mais de leur interdire d’avoir des enfants par la suppression de toutes les aides familiales. Comme cela , au bout d’une génération, les pauvres meurent et ils ne restent plus que les riches, dans une société automatisé et sur une terre redevenu soutenable. A ce niveau là, j’imagine pas mal de dystopie.
    Enfin, on verra bien….si la vie nous en donne le temps!

    1. Plusieurs références historiques me viennent à l’esprit. D’abord les systèmes hindous des castes pour se justifier (aboutir ? ) à la caste des  »intouchables ».
      Pyi la philosophie chinoise à base de Confucianisme – Morale + Politique- et de Taoïsme ( Le Grand Tao qui donne Le premier Tao Manifesté….puis Le Yi King ….
      Ici je ne vois depuis des siècles qu’ une classe dirigeante autoproclamée , qui utilise et crée des corps de véritables mercenaires de diverses appellations.
      Je laisse à votre sagacité le soin de les repérer

    2. « Concernant le revenu de base, c’est une idée mondiale et qui traduit la peur des élites de voir se constituer des hordes de « désœuvré ». Afin de l’éviter, ils imaginent donner un peu d’argent afin de prévenir les risques d’incendies. Je pense même que l’idée à terme sera de nourrir les plus pauvres mais de leur interdire d’avoir des enfants par la suppression de toutes les aides familiales. Comme cela , au bout d’une génération, les pauvres meurent et ils ne restent plus que les riches, dans une société automatisé et sur une terre redevenu soutenable. « 

      On tourne en rond et on en revient à Malthus!

      Dans une Angleterre qui ne savait que faire de ses journaliers en surnombre (les progrès de l’agriculture y étant plus rapides que le développement de l’industrie) il était prévu que chaque paroisse leur distribue le pain nécessaire à la survie de leur famille (poor laws) mais ça ne fonctionnait pas vraiment.

      La solution que proposait Malthus (après avoir démontré que jusque là ça avait été les disettes, les guerres, les épidémies et les catastrophes naturelles qui avaient adapté la population aux ressources disponibles) était d’interdire de se marier à ceux qui ne seraient pas en mesure de nourrire une famille par leur travail.

      À cette époque comme aujourd’hui les riches pesaient n’avoir plus besoin des pauvres. La bonne solution serait évidemment que les pauvres trouvent le moyen de se passer des riches…

      1. Quand on lit ou écoute Gaspard Koenig , le libéralisme adore le RUS .

        Si on décolle un peu , qu’il s’agisse de travail ou autre chose , quand on essaie d’exprimer « l’agir » de l’humanité , on trouve toujours ( jusqu’à ce jour , restons optimistes ) la Propriété et le Pouvoir .

        La Propriété , que les nouveaux outils et concepts étendent à tout y compris autrui , avec la complicité naïve d’autrui ( très futé billet d’Attali ce jour ) .

        Le Pouvoir que tous ceux qui en sont assoiffés savent habiller du dernier néologisme plus ou moins effrayant ou sympathique , et qui est l’expression du désir d’asservissement de l’autre ( ce qui est étranger par essence et ça en fait des choses et des êtres ) , alors que , pour être justifié et efficace , ce devrait être , selon l’expression de Tolstoï , « l’état de plus grande dépendance où l’on se trouve vis à vis d’autrui » .

        Et inexorablement la vie sur terre meure de ce couple infernal , aussi surement que de la collision avec un météorite géant .

      2. @Juannessy
        « l’expression du désir d’asservissement de l’autre ( ce qui est étranger par essence et ça en fait des choses et des êtres ) »
        Oui, et/ou simple appréhension de l’étrange ou l’étranger ?
        Et comme dit Luis Régo:  » c’est terrible, il y a de plus en plus d’étrangers dans le monde  » !

  11. pour le pouvoir, je suis comme souvent d’accord avec vous.
    dès qu’un humain rencontre un autre humain, il y a rapport de force
    (c’est sans doute le cas dans le règne animal également). A la suite de W.Reich,
    je crois que le facteur sexuel est essentiel pour bien comprendre cette fatalité.
    Je serais plus optimiste en ce qui concerne la propriété et la capacité humaine à pouvoir
    s’en passer avec effet induit positif possible sur la diminution de l’agressivité dans
    les rapports de force.
    n.b.
    il s’agit bien sur d’un commentaire totalement à contre courant du monde occidental dans le quel nous dépérissons.
    bien à vous

  12. J’ai 55 ans, et après m’être fait virer 15 fois pour incompatibilité d’humeur avec mes petits chefs, je ne travaille plus depuis 10 ans. Pourquoi retenter toujours la même chose pour le même résultat (Einstein?). Il faut tout de même rajouter que grâce à une psychothérapie, je sais d’où vient mon petit problème…

    Aujourd’hui je n’ai plus ni télé, ni bagnole et bien sûr pas de moyen de voyager. Mais je ne m’emmerde pas. J’ai trouvé un truc à faire, un petit truc, mais qui remplit mon temps « libre ». Et qui me permet même d’avoir quelques relations sociales. Il ne faut pas avoir peur de la fin du travail, c’est vraiment super! Bien sûr, vive internet. Mais même sans, je pense que je trouverais à passer mon temps sans rêver de changer le monde: pour ce qui me concerne les élites esclaves de leur argent peuvent dormir tranquilles.

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