DOUGLAS RUSHKOFF : « DE LA SURVIE DES PLUS RICHES »

Je reproduis un article publié sur LaSpirale.org pour l’ouvrir ici à la discussion. J’ai voulu leur écrire pour confirmer avec eux qu’ils en étaient d’accord (c’est le principe implicite sur la toile), malheureusement leur interface « Contact » est hors-service. Je leur demande du coup de me contacter si cela leur cause un souci. Ouvert donc aux commentaires.

Quand des patrons de fonds d’investissement new-yorkais font appel à un spécialiste de la société de l’information, afin d’améliorer leurs chances de survie après l’Évènement qui détruira le monde tel que nous le connaissons.

[ AVERTISSEMENT, CECI N’EST PAS UNE FICTION ]


À l’initiative de Céleste Bruandet (que l’on remercie chaudement), une traduction française de l’article Survival of the Richest de Douglas Rushkoff, paru au début du mois de juillet 2018 sur le site Medium.com, qui a fait beaucoup de bruit sur le réseau.

Il s’agit de la troisième apparition de Rushkoff sur LaSpirale.org, déjà interviewé sur nos pages au début des années 2000, puis déjà traduit à la même période pour son essai, L’Évolution comme sport d’équipe.

Auteur d’une quinzaine d’essais, de deux romans et de plusieurs scénarios de bandes-dessinées, Douglas Rushkoff, né à New York le 18 février 1961, est un écrivain, journaliste, chroniqueur, conférencier, graphiste et documentariste américain. Ce spécialiste de la société de l’information est notamment connu pour son association avec la culture cyberpunk et son plaidoyer en faveur de solutions open source.

Publication avec l’accord de l’auteur, traduction de Céleste Bruandet, avec la participation de Laurent Courau


Quand les riches conspirent pour nous laisser derrière.

L’année dernière, j’ai été invité à donner une conférence dans un complexe hôtelier d’hyper-luxe face à ce que je pensais être un groupe d’une centaine de banquiers spécialisés dans l’investissement. On ne m’avait jamais proposé une somme aussi importante pour une intervention – presque la moitié de mon salaire annuel de professeur – et délivrer mes visions sur « l’avenir de la technologie ».

Je n’ai jamais aimé parler du futur. Ce genre de séance d’échange se termine fatalement par un interrogatoire, à l’occasion duquel on me demande de me prononcer sur les dernières « tendances » technologiques, comme s’il s’agissait d’indicateurs boursiers pour les investisseurs : blockchain, impression 3D, CRISPR. L’audience s’y préoccupe généralement moins des technologies en elles-mêmes et de leurs implications, que de savoir si elles méritent ou non que l’on parie sur elles, en mode binaire. Mais l’argent ayant le dernier mot, j’ai accepté le boulot.

À mon arrivée, on m’a accompagné dans ce que j’ai cru n’être qu’une vulgaire salle technique. Mais alors que je m’attendais à ce que l’on me branche un microphone ou à ce que l’on m’amène sur scène, on m’a simplement invité à m’asseoir à une grande table de réunion, pendant que mon public faisait son entrée : cinq gars ultra-riches – oui, uniquement des hommes – tous issus des plus hautes sphères de la finance internationale. Dès nos premiers échanges, j’ai réalisé qu’ils n’étaient pas là pour le topo que je leur avais préparé sur le futur de la technologie. Ils étaient venus avec leurs propres questions.

Ça a d’abord commencé de manière anodine. Ethereum ou Bitcoin ? L’informatique quantique est-elle une réalité ? Lentement mais sûrement, ils m’ont amené vers le véritable sujet de leurs préoccupations.

Quelle sera la région du monde la plus épargnée par la prochaine crise climatique : la nouvelle Zélande ou l’Alaska ? Est-ce que Google construit réellement un nouveau foyer pour le cerveau de Ray Kurzweil ? Est-ce que sa conscience survivra à cette transition ou bien mourra-t-elle pour renaître ensuite ? Enfin, le PDG d’une société de courtage s’est inquiété, après avoir mentionné le bunker sous-terrain dont il achevait la construction : « Comment puis-je conserver le contrôle de mes forces de sécurité, après l’Événement ? »

L’Évènement. Un euphémisme qu’ils employaient pour évoquer l’effondrement environnemental, les troubles sociaux, l’explosion nucléaire, le nouveau virus impossible à endiguer ou encore l’attaque informatique d’un Mr Robot qui ferait à lui seul planter tout le système.

Cette question allait nous occuper durant toute l’heure restante. Ils avaient conscience que des gardes armés seraient nécessaires pour protéger leurs murs des foules en colère. Mais comment payer ces gardes, le jour où l’argent n’aurait plus de valeur ? Et comment les empêcher de se choisir un nouveau leader ? Ces milliardaires envisageaient d’enfermer leurs stocks de nourriture derrière des portes blindées aux serrures cryptées, dont eux seuls détiendraient les codes. D’équiper chaque garde d’un collier disciplinaire, comme garantie de leur survie. Ou encore, si la technologie le permettait à temps, de construire des robots qui serviraient à la fois de gardes et de force de travail.

C’est là que ça m’a frappé. Pour ces messieurs, notre discussion portait bien sur le futur de la technologie. Inspirés par le projet de colonisation de la planète Mars d’Elon Musk, les tentatives d’inversion du processus du vieillissement de Peter Thiel, ou encore les expériences de Sam Altman et de Ray Kurzweil qui ambitionnent de télécharger leurs esprits dans de super-ordinateurs, ils se préparaient à un avenir numérique qui avait moins à voir avec l’idée de construire un monde meilleur que de transcender la condition humaine et de se préserver de dangers aussi réels qu’immédiats, comme le changement climatique, la montée des océans, les migrations de masse, les pandémies planétaires, les paniques identitaires et l’épuisement des ressources. Pour eux, le futur de la technologie se résumait à une seule finalité : fuir.

***

Il n’y a rien de mal aux visions les plus follement optimistes sur la manière dont la technologie pourrait bénéficier à l’ensemble de la société humaine. Mais l’actuel engouement pour les utopies post-humaines est d’un tout autre ordre. Il s’agit moins d’une vision de la migration de l’ensemble de notre espèce vers une nouvelle condition humaine, que d’une quête pour transcender tout ce qui nous constitue : nos corps, notre interdépendance, la compassion, la vulnérabilité et la complexité. Comme l’indiquent maintenant depuis plusieurs années les philosophes de la technologie, le prisme transhumaniste réduit trop facilement la réalité à un conglomérat de données, en concluant que «  les humains ne sont rien d’autre que des centres de traitement de l’information ».

L’évolution humaine s’apparente alors à une sorte de jeu vidéo labyrinthique, dont les heureux gagnants balisent le chemin de la sortie pour leurs partenaires les plus privilégiés. S’agit-il de Musk, Bezos, Thiel… Zuckerberg ? Ces quelques milliardaires sont les gagnants présupposés d’une économie numérique régie par une loi de la jungle qui sévit dans le monde des affaires et de la spéculation dont ils sont eux-mêmes issus.

Bien sûr, il n’en n’a pas toujours été ainsi. Il y a eu une période courte, au début des années 1990, où l’avenir numérique apparaissait fertile, enthousiasmant, ouvert à la création. La technologie y devenait le terrain de jeu de la contre-culture, qui vit là l’opportunité de créer un futur plus inclusif, mieux réparti et pro-humain. Mais les intérêts commerciaux n’y ont vu pour leur part que de nouveaux potentiels pour leurs vieux réflexes. Et trop de technologues se sont laissés séduire par des IPO (introduction en bourse) chimériques. Les futurs numériques s’en retrouvèrent envisagés sous le même prisme que le cours de la bourse ou du coton, dans ce même jeu dangereux de paris et de prédictions. Ainsi, la moindre étude documentaire, le moindre article ou livre blanc publié sur ce thème n’étaient plus interprété que comme un nouvel indice boursier. Le futur s’est transformé en une sorte de scénario prédestiné, sur lequel on parie à grands renforts de capital-risque, mais qu’on laisse se produire de manière passive, plus que comme quelque chose que l’on crée au travers de nos choix présents et de nos espoirs pour l’espèce humaine.

Ce qui a libéré chacun d’entre nous des implications morales de son activité. Le développement technologique est devenu moins une affaire d’épanouissement collectif que de survie individuelle. Pire, comme j’ai pu l’apprendre à mes dépens, le simple fait de pointer cette dérive suffisait à vous désigner d’emblée comme un ennemi rétrograde du marché, un ringard technophobe.

Et plutôt que de questionner la dimension éthique de pratiques qui exploitent et appauvrissent les masses au profit d’une minorité, la majorité des universitaires, des journalistes et des écrivains de science fiction ont préféré se focaliser sur des implications plus abstraites et périphériques : « Est-il juste qu’un trader utilise des drogues nootropiques ? Doit-on greffer des implants aux enfants pour leur permettre de parler des langues étrangères? Les véhicules intelligents doivent-ils privilégier la sécurité des piétons ou celle de leurs usagers? Est-ce que les premières colonies martiennes se doivent d’adopter un modèle démocratique? Modifier son ADN, est-ce modifier son identité ? Est-ce que les robots doivent avoir des droits ? »

Sans nier le côté divertissant de ces questions sur un plan philosophique, force est d’admettre qu’elles ne pèsent pas lourd face aux vrais enjeux moraux posés par le développement technologique débridé, au nom du capitalisme pratiqué par les multinationales. Les plateformes numériques ont modifié un marché déjà fondé sur l’exploitation (Walmart) pour donner naissance à un successeur encore plus déshumanisant (Amazon). La plupart d’entre-nous sommes conscients de ces dérives, rendues visibles par la recrudescence des emplois automatisés, par l’explosion de l’économie à la tâche et la disparition du commerce local de détails.

Mais c’est encore vis-à-vis de l’environnement et des populations les plus pauvres que ce capitalisme numérique désinhibé produit ses effets les plus dévastateurs. La fabrication de certains de nos ordinateurs et de nos smartphones reste assujettie au travail forcé et à l’esclavage. Une dépendance si consubstantielle que Fairphone, l’entreprise qui ambitionnait de fabriquer et de commercialiser des téléphones éthiques, s’est vue obligée de reconnaître que c’était en réalité impossible. Son fondateur se réfère aujourd’hui tristement à ses produits comme étant « plus » éthiques.

Pendant ce temps, l’extraction de métaux et de terres rares, conjuguée au stockage de nos déchets technologiques, ravage des habitats humains transformés en véritables décharges toxiques, dans lesquels es enfants et des familles de paysans viennent glaner de maigres restes utilisables, dans l’espoir de les revendre plus tard aux fabricants.

Nous aurons beau nous réfugier dans une réalité alternative, en cachant nos regards derrière des lunettes de réalité virtuelle, cette sous-traitance de la misère et de la toxicité n’en disparaîtra pas pour autant. De fait, plus nous en ignorerons les répercussions sociales, économiques et environnementales, plus elles s’aggraveront. En motivant toujours plus de déresponsabilisation, d’isolement et de fantasmes apocalyptiques, dont on cherchera à se prémunir avec toujours plus de technologies et de business plans. Le cycle se nourrit de lui-même.

Plus nous adhérerons à cette vision du monde, plus les humains apparaitront comme la source du problème et la technologie comme la solution. L’essence même de ce qui caractérise l’humain est moins traité comme une fonctionnalité que comme une perturbation. Quels que furent les biais idéologiques qui ont mené à leur émergence, les technologies bénéficient d’une aura de neutralité. Et si elles induisent parfois des dérives comportementales, celles-ci ne seraient que le reflet de nos natures corrompues. Comme si nos difficultés ne résultaient que de notre sauvagerie constitutive. À l’instar de l’inefficacité d’un système de taxis locaux pouvant être « résolue » par une application qui ruine les chauffeurs humains, les inconsistances contrariantes de notre psyché pouvait être corrigée par une mise à jour digitale ou génétique.

Selon l’orthodoxie techno-solutionniste, le point culminant de l’évolution humaine consisterait enfin à transférer notre conscience dans un ordinateur, ou encore mieux, à accepter la technologie comme notre successeur dans l’évolution des espèces. Comme les adeptes d’un culte gnostique, nous souhaitons atteindre la prochaine phase transcendante de notre évolution, en nous délestant de nos corps et en les abandonnant, avec nos péchés et nos problèmes.

Nos films et nos productions télévisuelles continuent d’alimenter ces fantasmes. Les séries sur les zombies dépeignent ainsi une post-apocalypse où les gens ne valent pas mieux que les morts vivants – et semblent en être conscients. Pire, ces projections fictives invitent les spectateurs à envisager l’avenir comme une bataille à somme nulle entre les survivants, où la survie d’un groupe dépend mécaniquement de la disparition d’un autre. Jusqu’à la série Westworld, basée sur un roman de science-fiction dans lequel les robots deviennent fous et qui clôt sa seconde saison sur une ultime révélation : les êtres humains sont plus simples et plus prévisibles que les intelligences artificielles qu’ils ont créées. Les robots y apprennent que nous nous réduisons, tous autant que nous sommes, à quelques lignes de code et que notre libre arbitre n’est qu’une illusion. Zut ! Dans cette série, les robots eux-mêmes veulent échapper aux limites de leurs corps et passer le reste de leurs vies dans une simulation informatique.

Seul un profond dégoût pour l’humanité autorise une telle gymnastique mentale, en inversant ainsi les rôles de l’homme et de la machine. Modifions-les ou fuyons-les, pour toujours.

Ainsi, nous nous retrouvons face à des techno-milliardaires qui expédient leurs voiture électriques dans l’espace, comme si ça symbolisait autre chose que la capacité d’un milliardaire à assurer la promotion de sa propre compagnie. Et quand bien même quelques élus parviendraient à rallier la planète Mars pour y subsister dans une sorte de bulle artificielle – malgré notre incapacité à maintenir des telles bulles sur Terre, malgré les milliards de dollars engloutis dans les projets Biosphère – le résultat s’apparenterait plus à une espèce de chaloupe luxueuse réservée une élite qu’à la perpétuation de la diaspora humaine.

***

Quand ces responsables de fonds d’investissement m’ont interrogé sur la meilleure manière de maintenir leur autorité sur leurs forces de sécurité « après l’Évènement », je leur ai suggéré de traiter leurs employés du mieux possible, dès maintenant. De se comporter avec eux comme s’il s’agissait des membres de leur propre famille. Et que plus ils insuffleraient cette éthique inclusive à leur pratiques commerciales, à la gestion de leurs chaînes d’approvisionnement, au développement durable et à la répartition des richesses, moins il y aurait de chances que « l’Événement » se produise. Qu’ils auraient tout intérêt à employer cette magie technologique au service d’enjeux, certes moins romantiques, mais plus collectifs, dès aujourd’hui.

Mon optimisme les a fait sourire, mais pas au point de les convaincre. Éviter la catastrophe ne les intéressait finalement pas, persuadés qu’ils sont que nous sommes déjà trop engagés dans cette direction. Malgré le pouvoir que leur confèrent leurs immenses fortunes, ils ne veulent pas croire en leur propre capacité d’infléchir  le cours des événements. Ils achètent les scénarios les plus sombres et misent sur leur argent et la technologie pour s’en prémunir – surtout s’ils peuvent disposer d’un siège dans la prochaine fusée pour Mars.

Heureusement, ceux d’entre nous qui n’ont pas de quoi financer le reniement de notre propre humanité disposent de meilleures options. Rien nous force à utiliser la technologie de manière aussi antisociale et destructive. Nous pouvons nous transformer en individus consommateurs, aux profils formatés par notre arsenal de plateformes et d’appareils connectés, ou nous pouvons nous souvenir qu’un être humain véritablement évolué ne fonctionne pas seul.

Être humain ne se définit pas dans notre capacité à fuir ou à survivre individuellement. C’est un sport d’équipe. Quel que soit notre futur, il se produira ensemble.

Douglas Rushkoff

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32 réflexions sur « DOUGLAS RUSHKOFF : « DE LA SURVIE DES PLUS RICHES » »

  1. Hé les gars, hé les dames (surtout),
    On va devoir y aller au culot,
    il n’use que de ça mais non plus l’air de savoir ce que c’est. On est pas différent on a pas compris les mêmes choses c’est juste ça.

    C’est pas drôle.

    PS. En hommage aux laissés-pour-compte
    https://youtu.be/mnu5Dnnts1s

  2. « Éviter la catastrophe ne les intéressait finalement pas »

    C’est exactement ce que démontrent les Monsanto papers.

    Au cas où cet exemple ou une entreprise fait tout ce qu’elle peut pour que la dangerosité de ce qu’elle produit ne soit pas évalué vous aurait échappé:

    En juin 2017, le journal français Le Monde [articles de Stéphane Foucart et Stéphane Horel] révèle les résultats de son enquête sur Monsanto. La firme tenterait de nuire au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) pour défendre son produit le plus vendu, le Roundup. Le Roundup contient du glyphosate, substance que le CIRC a classée « cancérigène probable » pour l’homme. Pour ce faire, Monsanto a notamment fait paraître des articles coécrits par ses employés et signés par des scientifiques contre rémunération.

    La déclassification en mars 2017 de documents confidentiels du groupe Monsanto a permis aux journalistes de constater comment ce groupe a réussi à convaincre Jess Rowland, un dirigeant de l’Environmental Protection Agency, d’empêcher toute agence de régulation des produits chimiques de s’intéresser au glyphosate. Elle a aussi dévoilé les manœuvres de Monsanto contre le CIRC : les chercheurs sont menacés par les avocats de Monsanto, leur travail dénigré, leur honnêteté mise en cause, les bailleurs de fonds de l’institution approchés pour qu’ils cessent de la financer.https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsanto#Monsanto_Papers

  3. Ce qui confirme nos inquiétudes, on va droit au mur. Ou sera t-on en sécurité sur Terre si ces gens s’y préparent avec des abris, emagasines des vivres. Que seront nos lendemains. Pas la panacée pour nous.

    1. Oui, merci Peska, poser les bonnes questions et changer notre « regard », s’ouvrir à de nouvelles perspectives, fait aussi parti des pistes évoquées par B.Latour.

      Dans «Où atterrir ? Comment s’orienter en politique», le philosophe et sociologue fait un lien entre climatoscepticisme, dérégulation, migrations et explosion des inégalités, livrant une réflexion-projection salutaire sur les enjeux du siècle à venir. Il y a un nouveau monde à découvrir, loin des frontières et des identités existantes.

      « Notre capacité à localiser et à déterminer quels sont les enjeux réels sur un territoire donné a été altérée.
      Comment parvenir à les redéfinir ? »
      « On ne sait pas du tout ce dont on dépend. C’est pour cela que j’aimerais réhabiliter les cahiers de doléances. Mais ce n’est pas si simple car la mondialisation nous a mis dans une méconnaissance complète des dépendances et des appartenances. Il est très difficile de savoir sur quel territoire on vit, et quels sont nos intérêts. Nous sommes dans une période postpolitique, comme dans le Léviathan de Hobbes. Il n’y a pas de politique possible, parce qu’il n’y a pas de territoire. La politique, ce ne sont pas des valeurs, des débats, c’est la description d’un monde, et ce monde doit se transformer. »

      « Faut-il changer la rhétorique autour du changement climatique, passer de la peur et du danger à la découverte, la curiosité ?
      Le catastrophisme est à la fois une erreur en ce qui concerne les émotions et une nécessité. Le problème des sciences est justement de travailler cette distance entre ce que l’on peut faire sur le terrain et la manière de l’écrire. C’est aussi un problème d’organisation à l’intérieur des sciences elles-mêmes. Comment chercher, puis décrire ? »

      « L’Europe peut-elle vraiment être à la pointe de ce qu’il faudrait expérimenter dans cette crise ? »
      « Oui, à condition de considérer l’Europe non comme une institution légale, mais comme une patrie ou matrice alternative. L’Europe constitue la bonne échelle pour tenter des choses, et elle possède la «bonne» histoire, parce que c’est elle qui est responsable de tout cela. Et c’est bien en Europe qu’arrivent les migrants. C’est donc l’endroit où toutes les questions se posent. »

      « En tant que romancier, je me pose la question de savoir comment cette profonde crise écologique, politique, va affecter l’art et la littérature. Comment cela va-t-il, selon vous, se manifester ?
      Le parallèle avec le XVIe siècle, celui des grandes découvertes, est encore une fois passionnant, parce que le théâtre, la musique, la littérature vont alors complètement se transformer. Ce changement est déjà tout à fait visible aujourd’hui, notamment dans les arts plastiques, la danse, le théâtre. L’invention de nouvelles sensibilités et de nouveaux sols est très frappante. Et c’est là que l’invention d’une sensation ajustée à la situation est indispensable. La réinterprétation par l’écocritique de la littérature ancienne révèle qu’on s’est bien sûr toujours passionné pour ces questions de monde, de territoire et de cosmos. Le projet conjoint des sciences, de la politique et de l’art est de rendre sensible à. Mais le lien est assez subtil entre ces différents domaines. »

      http://www.liberation.fr/debats/2018/03/16/bruno-latour-avec-le-rechauffement-le-sol-se-derobe-sous-nos-pieds-a-tous_1636709

  4. J’ai retrouvé un entretien de Bruno Latour accordé le 16 mars 2017 à deux journalistes du Nouvel Obs. Je ne lis pas ce magazine habituellement et étais tombé dessus à l’occasion de recherches.
    A noter que la réflexion de Bruno Latour vaut qu’on lui consacre un peu de temps.
    Désolé, ce texte peut sembler long. Mais une pensée intéressante mérite de la place pour se développer, n’est-ce pas ?

    Bruno Latour : « Les super-riches ont renoncé à l’idée d’un monde commun »

    Pourquoi le climat intéresse-t-il si peu nos dirigeants? Le philosophe Bruno Latour livre une
    hypothèse radicale: les classes dominantes ont conscience de la menace écologique, mais elles
    gardent le silence. Et préfèrent se construire un avenir hors du monde commun.
    L’OBS. La campagne pour l’élection présidentielle française bat son plein, et la question climatique
    en est largement absente chez les trois candidats en tête dans les sondages: Marine Le Pen, François Fillon et, dans une moindre mesure, Emmanuel Macron. Vous qui réfléchissez depuis dix ans au sein de Sciences-Po à faire de l’environnement un véritable enjeu politique, comment expliquez-vous ce grand silence?
    Bruno Latour. L’erreur est de parler de «climat». Le terme évoque quelque chose de trop lointain,
    dont on n’a pas à se préoccuper. Il faudrait en donner une définition plus proche, en le reliant aux
    notions de territoire et de sol. Les écologistes s’occupent de l’environnement comme s’il s’agissait
    d’un objet extérieur à la politique. Ils ont beaucoup de mal à fabriquer du politique avec ce qu’ils
    appellent la «nature», alors même que, depuis toujours, le politique est fait d’enjeux de territoires,
    de sols, de ressources, de blé, de villes, d’eau. En réalité, la politique est par définition écologique.
    Ce silence est d’autant plus frappant que tout le monde sent bien que la globalisation n’est plus
    tenable. On fait comme s’il était possible de continuer à se moderniser et que la Terre pouvait le
    supporter. Or il n’y a plus d’espaces ni de ressources correspondant à ce projet politique. Il faudrait
    cinq ou six Terres comme la nôtre. La conséquence politique que l’on voit à l’œuvre dans la
    campagne française comme ailleurs sur la planète, c’est le repli sur l’État-nation.
    Rendez-nous la Pologne, dit le PiS. Rendez-nous l’Italie, dit la Ligue du Nord. Rendez-nous l’Inde,
    dit Modi, le Premier ministre indien. Rendez-nous l’Amérique, dit Trump. Le raisonnement est
    toujours le même; s’il est vrai qu’il n’y a plus d’espace pour la globalisation de tous, alors, revenons
    chacun chez soi. Mais la rupture la plus extraordinaire, c’est le Brexit. L’Angleterre, cette petite île
    sans ressources, qui a abandonné en 1820 l’idée de nourrir sa population, qui a imposé à l’Europe la version la plus globalisée du marché… voilà qu’elle décide de redevenir une île. D’un point de vue
    historique, c’est une régression fascinante. En même temps, ce n’est pas idiot.
    Donneriez-vous raison aux partisans du Brexit ?
    Dans l’absolu, ils ont tort. Mais on peut comprendre que certains en arrivent à se dire : «Donnez-nous au moins notre État-nation, puisque vous nous avez abandonnés et trahis.»
    Qui a trahi ? Les classes possédantes ?
    Je fais l’hypothèse suivante, dont je n’ai pas la preuve, mais quelques indices : à un moment,
    quelque part à la fin des années 1970 ou au début des années 1980, les membres les plus astucieux
    des classes dominantes ont compris que la globalisation n’était pas soutenable écologiquement.
    Mais, au lieu de changer de modèle économique, ils ont décidé de renoncer à l’idée d’un monde
    commun. D’où, dès les années 1980, des politiques de déréglementations qui ont abouti aux
    inégalités hallucinantes que l’on connaît aujourd’hui. Cette brutalité économique – redoublée par une brutalisation de l’expression politique – est une manière de dire aux autres classes: « Désolés, braves gens, nous avons renoncé à faire un monde commun avec vous. » La classe dominante s’est
    immunisée contre la question écologique en se coupant du monde.
    Mon collègue Dominique Pestre, historien des sciences, a montré comment, dès les années 1970,
    après l’appel du Club de Rome sur l’avenir de la planète, les économistes de l’OCDE ont nié, ou en
    tout cas euphémisé, la question des limites écologiques. A mes yeux, le niveau actuel des inégalités
    ne peut se comprendre qu’en l’inscrivant dans un projet global où l’on admet que tout le monde ne
    pourra pas se développer, un monde où les riches concentrent des profits démesurés et se retirent
    dans leur gated community.
    Un article récent du «New Yorker» raconte comment des milliardaires se préparent à vivre après la
    catastrophe. Ils achètent des terres et construisent des abris luxueux dans les trois endroits qui seront le moins impactés par la transformation climatique : la Nouvelle-Zélande, la Terre de Feu et le Kamchatka. Jadis, le survivalisme était le fait de zozos en treillis militaires. Aujourd’hui, ce sont des super-riches qui abandonnent le monde. Face à cela, il n’est guère étonnant que les peuples disent : « Si la globalisation n’est pas notre horizon commun, donnez-nous au moins un canot de sauvetage. » Et le premier canot de sauvetage qui se présente, c’est l’État-nation.
    Décroissants, démocrates, catastrophistes: comment se repérer dans la pensée écolo. Certains
    politistes parleraient de «populisme», pas vous. Pourquoi ?
    « Populisme » est un terme accusatoire, qui ne décrit rien. On l’utilise pour ne pas réfléchir aux
    bonnes raisons que les gens ont de se méfier, pour ne pas voir les drames qu’ils ont déjà vécus. Au
    nom de la mondialisation, on leur a demandé de nombreux sacrifices. Ils ont dû abandonner des
    protections pour des bénéfices qui ne sont pas toujours venus. L’accusation de populisme est
    dramatique. Il n’est pas absurde de vouloir être protégé, cela ne fait pas de vous quelqu’un de droite.
    Comment analysez-vous le phénomène Trump ?
    Historiquement, les États-Unis sont le deuxième pays, après l’Angleterre, à avoir profité à fond de la globalisation. Il est d’autant plus remarquable qu’ils élisent Donald Trump juste après le Brexit en disant au reste de la planète: « Nous montons des murs, le reste du monde n’est plus notre problème.
    » Trump est intéressant parce qu’il revient en arrière (« Make America great again ») tout en
    prolongeant le rêve de globalisation, mais uniquement à l’échelle d’un pays, et même de la moitié de son pays. Dès son installation à la Maison-Blanche, à quoi s’est-il occupé ? A l’arasement des montagnes des Appalaches pour récupérer le charbon ! Ce rêve de globalisation pour un groupe social restreint s’appuie sur une conception de l’économie qui n’est plus l’industrie, ni même la finance, mais un mélange d’immobilier et de télé-réalité : construire des tours hors-sol, vivre dans des décors artificiels.
    Faut-il y voir un lien avec le rapport très singulier que Donald Trump entretient aux faits et à
    la vérité scientifique ?
    Il est possible de relier l’appétit de Trump pour les « faits alternatifs » au déni de la crise climatique.
    En 1992, Bush avait affirmé que le mode de vie américain n’était pas négociable. Trump franchit
    une étape supplémentaire en refusant d’envisager la responsabilité humaine dans le changement
    climatique. Mon hypothèse est que, sans ce déni, il ne pourrait tenir aucune de ses promesses. D’où un gouvernement entièrement climato-négationniste, où le représentant d’Exxon est le seul vaguement conscient qu’il y a un problème. Et d’où la « post-vérité » : pour imaginer que l’American way of life peut se développer demain comme hier, il faut avoir une conception, disons, particulière de la vérité…
    Et l’idée que le trumpisme serait un fascisme ?
    Il y a peut-être dans le trumpisme une composante fasciste au sens banal du terme, autour de la
    tentation autoritaire. Mais la comparaison ne va pas au-delà. Le fascisme était une invention
    originale, qui a réussi à faire croire pendant quelques années qu’il est possible d’archaïser et de
    moderniser en même temps. Ce croisement impossible, les Européens ont appris par leur histoire à
    le repérer et à le critiquer. Trump, c’est une invention beaucoup plus difficile à décoder. Comment donner à des milliardaires la tâche de protéger la classe moyenne en faisant disparaître l’État-providence ? Le fascisme était pour l’État total, Trump veut « déconstruire » l’État fédéral. Sans le déni de la crise écologique, l’absurdité de sa solution se verrait. En un sens, il est plus pervers que le fascisme.
    Ce que propose Trump existe-t-il déjà ailleurs – chez Erdogan en Turquie et Poutine en Russie
    -, ou est-ce radicalement différent ?
    Il y a un esprit du temps consistant à dire : alors même que les problèmes que nous avons à traiter,
    tels que le climat, la migration ou la finance, dépassent les compétences des États-nations, revenons tout de même aux États-nations. C’est une contradiction totale. Nous refusons d’admettre que nous appartenons non à un État-nation, mais à une terre commune dont les composants doivent être évalués avec les scientifiques. Tout cela s’appuie donc sur le déni des sciences, et ce déni se retrouve en effet en Russie et ailleurs.
    En voyez-vous une traduction dans le débat politique français ?
    La France reste dans une classique opposition droite-gauche. Or on ne peut poser la question
    écologique qu’en sortant de ce clivage, sans pour autant tomber dans un « ni droite ni gauche », qui
    est une façon d’en rester tributaire. Ce qu’il faut changer, c’est l’appartenance au territoire. Les
    événements actuels sont passionnants parce qu’ils placent la question du territoire au cœur des
    préoccupations. Des pratiques émergent qui ne sont plus définies par une position politique
    traditionnelle, mais par de nouvelles formes d’appartenance au sol.
    Les positions politiques sont comme les aiguilles d’une boussole, il faut une masse magnétique pour les faire bouger. L’opposition droite-gauche a longtemps joué ce rôle. Mais elle est démagnétisée, et les aiguilles tournent dans tous les sens. Si on parvient à transformer la question « quelles sont les conditions terrestres pour que le monde soit habitable ? » en une nouvelle masse magnétique, on verra réapparaître une division tout à fait féconde entre progressistes et réactionnaires. Mais la vie politique française n’en est pas encore là.
    Si l’État-nation n’est pas l’échelle adéquate pour bouleverser notre appartenance au sol,
    quelle est la bonne ?
    Notre chance, c’est l’Europe. L’Europe est ce lieu qui a abandonné les rêves impériaux et dépassé
    l’État-nation. C’est l’expérience la plus avancée du point de vue de l’innovation politique.
    Ce n’est pas toujours l’impression qu’elle donne …
    Pour une institution hors-sol, Bruxelles ne fonctionne pas si mal. Mais, en plus de l’Union
    européenne, il y a l’Europe à quoi nous appartenons, l’Europe-patrie. C’est sous cet angle qu’il faut
    regarder la question des migrants par exemple. Nous autres, Européens, sommes aussi en migration sur notre propre sol.
    Par exemple, je suis d’une famille de négociants en vins. Le changement climatique nous oblige à
    trouver d’autres lieux pour planter la vigne, à faire du bourgogne en dehors de la Bourgogne. Ma
    famille migre en rachetant des sols, et c’est le cas de beaucoup d’autres entreprises dans le monde
    entier. Il ne s’agit pas d’y voir un équivalent à la tragédie de ceux qui traversent la Méditerranée sur un canot pneumatique. Mais il y a là les ferments d’une fraternité nécessaire avec les migrants.
    L’Europe se pense encore comme forteresse, alors qu’elle est un refuge.
    Ce n’est pas le chemin qu’elle prend …
    En tant qu’institution, elle est infiniment plus avancée que l’État-nation. Tellement plus intelligente, subtile, pleine de possibilités, de droits, d’inventions. Les inventions juridiques, la moralisation de la vie politique, l’organisation de l’activité scientifique, c’est elle qui nous les a apprises. Il faut être Anglais pour l’oublier. Il est vrai que l’Europe ne se conçoit pas comme sol. Dernièrement, j’ai vu à Florence le tout premier drapeau européen. Il comptait six étoiles, deux bandes horizontales – l’une noire, l’autre bleu -, pour signifier le charbon et l’acier. Au sortir de la guerre, nous avons su faire l’Europe par le bas, c’est-à-dire le charbon et l’acier.
    Aujourd’hui, il faut refaire l’Europe à partir du sol. Nous avons la chance d’avoir dépassé la question de la souveraineté, nous avons une conscience historique de notre responsabilité, nous avons des territoires inouïs, divers, multiples, nous avons des villes. La patrie européenne est d’une grande puissance mythique et d’une solidité scientifique et écologique rare. Je suis très surpris que les candidats à l’élection présidentielle n’en parlent presque jamais.
    Où voyez-vous les germes d’un espoir ?
    Partout il y a des exemples, du film «Demain» aux Amap [associations pour le maintien d’une
    agriculture paysanne, NDLR] et autres commerces en circuit court en passant par le retour de la
    notion de « commun ». La question de lutte des classes revient, mais territorialisée. Certes tout cela est souvent perturbé par l’idée de localité. La globalisation a imposé l’opposition global-local et l’on a cru qu’il suffisait de relocaliser pour régler le problème. En réalité, notre terre distribue autrement le local et le global. Mais cet effort de désignation, qui revient aux partis, n’a pas été fait. Il faudrait que l’écologisme donne lieu au même travail intellectuel que celui dont a bénéficié le socialisme. Cela suppose de s’allier avec les scientifiques, avec les mouvements d’innovation sociale, mais aussi avec ceux à qui on attribue le nom de « populisme », ceux qui aspirent à être protégés. Nous avons besoin de protection – Sloterdijk dit qu’il nous faut des « bulles » et des « enveloppe s». La globalisation a voulu nous faire sortir de toute enveloppe, mais c’est mortel. La gauche ne doit plus parler d’environnement, mais de territoire et de classes géo-sociales, de protection, de tradition, de transmission, d’appartenance.
    Que désignez-vous par «classe géo-sociale » ?
    La lutte des classes d’aujourd’hui est aussi une lutte d’appartenance à des territoires. Bien sûr, André Gorz et les utopistes du XIXe siècle se sont déjà posé ces questions, mais la situation est nouvelle. En 1989, quand se sont effondrés à la fois le socialisme et le capitalisme et que la question écologique a vraiment émergé, il aurait fallu réancrer la question sociale dans la question
    territoriale. C’est là où on a pris du retard. On va le rattraper, bien sûr, je suis optimiste, mais
    pendant ce temps-là le système se détraque et pour longtemps. Comme le dit l’anthropologue Anna Tsing, « il faut apprendre à vivre dans les ruines du capitalisme ».
    Parce qu’il est déjà trop tard ?
    Il n’est jamais trop tard pour apprendre à vivre dans les ruines! Il est juste trop tard pour les
    imaginaires glorieux de la mondialisation.
    Propos recueillis par Eric Aeschimann et Xavier de La Porte

      1. C’est en fait un vieux débat qui n’a pas encore trouvé d’issue performante :

        – faut il faire de l’écologie un élément parmi d’autres dans le cadre d’une action politique globale mue par des attendus autres ou plus « traditionnels » ? ,

        – ou articuler tout le projet politique autour d’attendus centrés principalement sinon exclusivement sur l’écologie ?

        L’offre via un ou des partis , a déjà tenté et tente encore de répondre à l’une ou l’autre des ces approches , mais visiblement la bonne formule n’a pas encore été trouvée.

        Il faut reconnaitre que l’affaire n’est pas simple , et on peut excuser les déchirements internes ou externes des  » verts » sur le sujet , tant que les citoyens ne sont encore que des consommateurs de jouissances .

        Pour ma part , j’ai tendance à ne pas faire de distinguo entre écologie et économie ,toujours en référence à l’étymologie grecque de économie , soit : l’art ( domaine du sensible , donc de l’expression démocratique ) , d’aménager( domaine de la loi , de la créativité et de l’industrie , de la mesure des impacts ..) , sa MAISON ( la terre , qui se révélera de plus en plus à tous comme « finie » sans espoir de fuite intergalactique , domaine de prédilection des « verts » ).

        C’est la démocratie qui doit faire accoucher le projet qui respecte la maison( écologie ) , en la transformant ( économie ) sans la piller( capitalisme financier et hubris consommation ) .

        Comme on a pu dire qu’il n’y a d’économie que politique, il n’y a d’écologie que politique .

        Mais il n’y a de politique qu’avec des citoyens ( et des partis citoyens ) , c’est impossible avec des consommateurs ( et des partis de flatterie consommatrice ).

  5. Si c’est pas une fake-news, ça montre :
    1/ le délire produit par la concentration du capital,
    2/ qu’une clause de confidentialité n’a encore pas fonctionné.
    3/ que les 5 loustics ont l’ambition de l’immortalité.
    D’où ma proposition :
    qu’on les cryogénise tout de suite, en leur expliquant qu’ils sont tellement indispensables à la survie de l’humanité, qu’on les réveillera quand ça ira mieux, et qu’en attendant, ça leur évitera d’avoir chaud. Crie-au-génie-zation illico.

  6. Fin du deuxième paragraphe: « Mais l’argent ayant le dernier mot, j’ai accepté le boulot ».

    Il est clair que le problème est l’argent. Nous le savons tous mais on le dit en chuchotant. Si l’argent disparaît, le problème disparaît . Il faudrait donc penser à remplacer ce que nous appelons l’argent par autre chose et gérer nos ressources de façon équitable mais l’homme d’aujourd’hui ne le fera pas. L’homme d’aujourd’hui doit changer mais en aura-t-il le temps?
    Au Danemark, les enfants ont des cours d’empathie obligatoires https://mrmondialisation.org/au-danemark-les-enfants-suivent-obligatoirement-des-cours-dempathie/.
    Si on commençait déjà par accepter les migrants?

    1. Empathie?
      Tout d’un coup, je prends conscience que ces Riches ont beaucoup de problèmes. Tout ça et j’en savais rien. Vraiment leur vie est dure. Je suis si désemparé de ne pouvoir les aider.

  7. « Quels que furent les biais idéologiques qui ont mené à leur émergence, les technologies bénéficient d’une aura de neutralité. »
    Il ne va pas jusqu’à l’écrire, mais il faudrait revoir cette affirmation de la neutralité de la technologie. Aucune technologie n’est neutre. Elle est inventée, conçue et mise en œuvre à dessein, aucune neutralité la-dedans, une intention pas toujours bien définie, peut-être, mais certainement pas neutre !

  8. Un riche fabrique des objets de survie à ceux qui s’illusionnent sur le moyen de vivre. Version Béta ad aeternum, la machine chauffe à bloc. Le riche ne pense strictement à rien, sinon à s’enrichir. Réunir des penseurs à ce sujet glorifie leur narcissisme que goûtent en supplément d’âme leurs courtisans, réjouis d’alimenter une mythologie d’immortalité vide et affamée. En attendant leurs problèmes de survie supposent pour commencer de tuer toute vie. Dans l’attente nous nous satisferons en partage de la solitude gloutonne de nos frères les robots.

  9. Bonjour,
    Témoignage intéressant qui démontre que « l’événement » est pris au sérieux par nos élites….
    J’ai bien aimé le passage :
    « Ils avaient conscience que des gardes armés seraient nécessaires pour protéger leurs murs des foules en colère. Mais comment payer ces gardes, le jour où l’argent n’aurait plus de valeur ? Et comment les empêcher de se choisir un nouveau leader ? Ces milliardaires envisageaient d’enfermer leurs stocks de nourriture derrière des portes blindées aux serrures cryptées, dont eux seuls détiendraient les codes. D’équiper chaque garde d’un collier disciplinaire, comme garantie de leur survie. Ou encore, si la technologie le permettait à temps, de construire des robots qui serviraient à la fois de gardes et de force de travail. »
    Ce sont des questions pratiques mais elles ne sont pas anodines venant de personnes qui ont l’habitude de diriger des êtres humains. Effectivement,quand on fuit une société où on était un « premier de cordé », on sait ce qu’on y perds mais on ne sait pas ce qu’on va gagner dans la société remplaçante….
    Mais bon, je ne les trouve pas cyniques ces 5 gars. Ils essayent juste de sauver leur peau. Et nous qu’est ce qu’on fait au fond? Est ce qu’on est mieux? Je ne sais pas….Donc, on va se garder de donner des leçons….

    Après, c’est à chacun d’entre nous de mettre l’ espoir qu’il veut dans le futur de l’humanité. Pour les plus pessimistes, une apocalypse, pour les plus optimistes, une révolution sur un chemin paré de roses….Au fond, c’est un peu la couleur de notre âme que l’on mets dans ces questions….

    Pour ma part, je reste optimiste même si je pense qu’il y aura de la casse….J’ai encore du mal à croire que l’on pourra changer une part de l’humanité shooté au capitalisme…Mais, je ne demande qu’a être convaincu…..

  10. Paradoxe…. Il va de soi que tout sursaut organisé et consenti par un grand nombre ayant pour but de retarder (et non stopper) l’inéluctable fin à projections constantes… ne fait qu’augmenter la probabilité que « certains » aient le temps de (et le fric pour) s’organiser pour s’extraire d’une manière ou d’une autre du désastre annoncé… En quelque sorte, les  » « activistes « freinateurs » de la course à la croissance mortifère »  » sont les complices objectifs du collectif des 1/°°° financièrement capables et décidés à survivre quels qu’en soient les moyens… N’est-il pas..? ((Pas joli tout ça…! Bah..! remets m’en un dernier pour la route« …)).

  11. Personne comprend que les carottes sont cuites quoi ont fassent !
    Rapport Meadows « 72 » paix a son ame a ce brave homme que nul a ecouter .

  12. En cas de catastrophe, ce sont les riches qui seront inutiles. Il faudra des gens débrouillards qui connaissent la réalité quotidienne. Donc s’il s’agit de sauver les riches, tout le monde disparaitra au final.

  13. A la réflexion je fonctionne assez comme ces milliardaires. Pour le moment il y a de l’eau et de l’électricité qui sort du mur, et de la bouffe au frigo/congélo. Un peu après l’Evénement, je compte bien égoïstement me barrer. Je ne sais pas encore trop comment, mais je rêve parfois de sauter de la falaise à Etretat, l’Aiguille du Midi n’étant plus accessible en téléphérique.

    1. Mais je tiens à rappeler que je fais germer puis je plante des cormiers (sorbus domestica), arbre fruitier oublié mais très résistant aux sécheresses pour les éventuels survivants. Comme les riches ont toujours fait un peu de charité…

      1. Très bien, j’en plante aussi mais pas pour les mêmes raisons( il est en voie de disparition): pas facile de se nourrir de cormes en novembre, mais c’est bon quand même !

  14. Les Riches: l’aversion au risque pour commencer, la fuite ignominieuse pour finir.
    Nous , fidèles au poste, nous maintiendrons quel qu’en soit les conséquences pour nous même, luttant pour le bien de tous. Non mais !
    Faire de nécessité vertu…

  15. Bonjour le blog,
    Les riches n’ont plus à s’inquiéter, les pauvres vont mourir tout seul…..
    Les États-Unis, homme malade des pays du Nord

    Deux analyses de la mortalité concluent que la baisse récente de l’espérance de vie américaine est liée à un problème « systémique ».
    https://www.lemonde.fr/demographie/article/2018/08/16/les-etats-unis-l-homme-malade-des-pays-du-nord_5342838_1652705.html

    L’épidémiologiste Philip Landrigan (Boston College), qui n’a pas participé à l’étude, salue des travaux « très solides ». « Les données présentées ne permettent pas de distinguer les déterminants profonds de cette dégradation de l’état de santé des Américains. Mais il est clair que lorsque vous créez des inégalités sociales fortes, vous créez une catégorie de la population qui finit par voir son espérance de vie se réduire, dit-il. Il faut aussi avoir à l’esprit ce que montrent de nombreux travaux : les plus pauvres sont aussi ceux qui sont les plus exposés à presque tous les polluants environnementaux comme le plomb, les pesticides, la pollution de l’air… Ce facteur potentiel est fréquemment négligé. »

    Huuum, mes amis, c’est tellement bon le capitalisme….J’en reprendrais bien une bonne tranche….
    PS:
    RIP Aretha; C’est des gens comme elle qui me font dire que cela vaut le coup, l’humain!

  16. Je pense moi aussi qu’il va se produire un big collapse (et ça peut aller très vite quand le réseau s’effondre), mais pas avant 20 ou 40 ans.
    Seulement l’avenir ne sera pas dans des bunkers mais dans des petites collectivités paysannes, soudées, isolées… et bien armées. Un monde à la Stephen King !

  17. Profitez de votre famille, et de vos enfants le plus possible.
    Et même, Espérez que vous n’aurez PAS de petits enfants. Ceux-ci feront les frais de la réalité actuelle.
    Y a t-il qqu’un, vraiement, dans son Ame et Conscience, qui souhaite le dénouement qui nous attends pour ceux-ci !!
    Que Dieu nous garde de la Folie de l’Homme. …. Ca l’Homme s’en Fou !

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