Réflexions sur Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité d’Aurélien Barrau, par Dominique Temple

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J’admire l’art avec lequel vous associez des informations d’origine très différente, montrez leur convergence et révélez l’ampleur de la tragédie promise à la nouvelle génération, comme la sirène avant les bombes, souvenir des années de la guerre mondiale : le but principal de votre essai est atteint. Et, mieux encore, dans la deuxième partie de votre texte, vous proposez des solutions pour écarter le danger. 

À la page 65 de votre livre vous écrivez : « Une des causes essentielles de l’inaction vient de la controverse sur les causes du désastre. Chacun a son analyse. L’origine évidente est pour les uns le capitalisme, pour les autres la démographie, pour d’autres encore la religion, etc. Le fait est que nous ne nous mettions jamais d’accord sur les causes. Autrement dit : si nous attendons que la grande cause (sachant que chacun pense avoir identifié ce qu’elle est) soit traitée en profondeur avant d’agir, nous n’agirons jamais. (…) Pour une fois, je crois qu’il faut renverser l’ordre usuel et s’attaquer aux conséquences – la négation de la vie et de l’avenir –  avant de s’attaquer aux causes. Agissons. Agissons maintenant en ciblant les effets et nous verrons bien quel système permet d’y parvenir. Commençons par la fin et cela éclaircira l’origine. Sans aucun doute, la mutation devra être profonde

La science médicale pourrait récuser de tels présupposés : ne pas avoir identifié les causes d’une pathologie n’implique pas que ne soit pas mises en œuvre des actions thérapeutiques. Découvrir qu’un événement est motivé par un ensemble de facteurs et non par un seul est toujours un progrès. Néanmoins, votre introduction a le mérite de  préciser que ce n’est pas le but de votre analyse d’engager cette polémique mais d’en appeler à l’urgence d’une intervention immédiate sur les lieux mêmes où la nature et la société sont déjà en perdition. Et la question doit être reprise d’un point de vue plus conforme à l’esprit de votre étude. Vous dites que l’intervention pour sauver des innocents s’impose bien plus rapidement par l’émotion que le danger suscite, que par la réflexion sur les causes du danger car si celle-ci eut pu être plus efficace elle arrive trop tard. Et vous avez raison. Les sciences cognitives confirment que l’émotion précède la réflexion et meuvent l’action, au point que la plupart de nos représentations viennent vérifier ou confirmer l’action incitée par la conscience affective. Mieux encore, ces représentations sont le plus souvent des justifications, des explications a posteriori de notre action, et il est donc arbitraire de faire dépendre nos actions de leurs explications. Dit plus simplement encore, la conscience affective précède la réflexion rationnelle pour ce qui concerne le salut de l’être humain, et ici il s’agit du salut de l’humanité. 

« Il est vital que l’écologie soit la priorité absolue de tout pouvoir politique. Il faut que nous nous engagions solennellement à ne plus élire quiconque ne mettrait pas en œuvre des mesures fermes, claires, concrètes pour éviter la « fin du monde », en s’opposant, chaque fois que nécessaire, aux lobbies et aux pouvoirs financiers. Ce n’est pas une mince affaire, ce n’est peut-être plus même véritablement possible dans le système économique mondial actuel. Si tel est le cas, il faut le changer, ou périr. » Cette conclusion est une avancée décisive. 

Vous dites alors dans le même élan « Une croissance exponentielle de l’utilisation des ressources n’est pas tenable éternellement dans un monde fini. ». Et, bien que vous ne vouliez pas attendre de connaître les causes profondes pour agir immédiatement, vous reconnaissez donc qu’il faudra les supprimer si elles sont identifiées et s’avèrent mortelles. Mais quand ? Après vérification de leur effet ? Je ne comprends pas ici votre raisonnement ! C’est le jugement éthique le plus immédiat qui ordonne de dénoncer la cause que vous identifiez comme mortelle vous-même (le système économique mondial actuel). On ne vous tiendra pas rigueur d’utiliser des euphémismes comme “lobbies” et “pouvoirs financiers”, “système économique mondial”, car tout le monde comprend que vous ne visez ni l’économie mondiale, ni les pouvoirs financiers, ni même les lobbies : les pouvoirs financiers sont hautement providentiels lorsqu’ils mettent à la disposition de qui n’en dispose pas des capitaux nécessaires aux investissements que la situation exige (le prêt). Que l’économie si elle est au service du monde soit mondiale n’est pas un handicap mais plutôt une sécurité, et les lobbies peuvent se faire apprécier pour leur compétence. Nous comprenons que vous désignez sous ces mots d’un usage métaphorique le détournement de la fonction sociale de l’économie par le profit et la déconnexion de la puissance financière de sa fonction économique au bénéfice des intérêts mus par une compétition aveugle pour le pouvoir. Vous le dites aussi : « Bien sûr il faudra changer aussi le cœur du système », mais aussitôt pour rejeter l’urgence de la question « mais je crois que cela viendra par la suite. On ne peut plus se permettre d’attendre qu’il s’agisse d’un préalable ». Donc le système peut continuer ? Pourtant, dites-vous « On ne peut pas échapper aux lois de la physique. On ne peut pas ignorer les leçons de l’éthique ». Mais si c’est là une question de vie ou de mort, pourquoi faut-il attendre ? Pourquoi faudrait-il en faire un préalable ? Et qui doit attendre ? Vous répondez en somme ceci : il semble impossible d’atteindre le cœur du système sans provoquer le chaos : 

« Il est clair que dans un marché mondialisé, un pays qui prendrait la décision de freiner sa croissance se mettrait en difficulté par rapport à ses voisins. Il sera de la responsabilité des Etats de se mettre d’accord sur un infléchissement mondial, collectif et raisonné. Est-ce absolument impossible ? Je ne sais pas, mais c’est indispensable. On ne peut plus se permettre de ne pas faire ce pari. (…) Si nous décidons que “c’est impossible”, nous choisissons explicitement la mort ». Attention, toutefois de ne pas s’en remettre à un pari qui ressemblerait à celui de la roulette russe. 

D’une part, vous dites que l’urgence est absolue et oblige à intervenir avant même de s’inquiéter des causes, de l’autre, vous vous en remettez aux promoteurs et aux défenseurs du système en pariant qu’ils infléchissent le système avant la catastrophe. 

Cette difficulté semble récurrente dans votre analyse comme si elle devenait un obstacle infranchissable. 

Les propositions que vous empruntez aux personnes qui sont d’ores et déjà conscientes et que vous appliquez à vous-même éveillent certes l’intelligence sur la gravité de la situation. Mais vous constatez qu’elles sont impuissantes à endiguer le cours des choses, comme des barrages de paille ou de sable un tsunami. Dans le domaine médical, nous apportons aussi notre assistance immédiate au symptôme, par exemple par la pose d’un garrot sur une hémorragie : cette image va dans le sens que vous souhaitez. Il en vient une autre : on peut aussi supprimer la douleur. Mais dans ce cas, l’effet peut être paradoxal : grâce à la disparition de la douleur, la cause de l’accident peut être ignorée voire reproduite. De l’image, si l’on passe  à présent à un fait réel, on peut penser à cette personne, médecin d’urgence, devenue responsable des missions sur les catastrophes humanitaires dues à des conflits armés, qui devant la corrélation entre l’aide humanitaire apportée aux réfugiés réunis dans des camps et la progression des ventes d’armes aux belligérants a dit Non. Elle a refusé de continuer à couvrir les faits, comme Alexandre Grothendieck de continuer une partie de ses recherches lorsqu’il découvrit qu’elles étaient financées par le Ministère des Armées. 

J’en viens à l’idée qu’autorise cet exemple : nous sommes tous compromis dans ce système comme pendant la guerre où l’on disait que si la France ne s’alignait pas sur l’Allemagne elle disparaitrait. Les Français avec ce raisonnement s’en sont remis à Philippe Pétain dans un pari selon lequel l’Etat devait infléchir le pouvoir mondial (à l’époque, en Europe, le national-socialisme). Cela leur paraissait indispensable sinon ils choisissaient la mort. 

Je suis désolé de ces résonances très fortes. Pourtant écoutez-les. Elles viennent d’une génération qui précède juste la vôtre ! Elles font appel à l’expérience. 

La génération dont je vous parle a été détruite par quatre années de collaboration active avec l’ennemi de l’humanité. Jamais la France ne s’est encore inquiétée que tant de monde ait pu collaborer avec un Etat qui marqua de l’étoile jaune de sa propre initiative des Juifs et les conduisit de lui-même à l’extermination. Elle a fermé les yeux sur les causes du crime contre l’humanité. Mais elle ne les a jamais ouverts. Elle utilise la fonction d’oubli sur les causes comme une thérapie. Et aujourd’hui la société a oublié cette époque, mais elle a pris le pli de la collaboration et n’est pas capable de s’en délivrer, peut-être parce qu’il lui semble qu’elle n’a apparemment plus de raison de s’en souvenir. Mais voilà que vous dénoncez un crime contre la nature dont cette société a parfaitement conscience et vous vous en remettez à un pari selon lequel les hommes au pouvoir devraient infléchir le cours des événements. 

Cela me conduit à la réflexion d’un de mes amis qui ne cessant de lutter pour l’éveil des consciences me dit : « la difficulté, c’est que nous sommes tous compromis pour être nés dans un système qui menace l’humanité mais nous ne savons pas où passe la limite entre la compromission et la collaboration. »

Je devine, cependant, que vous refuserez l’analogie : elle est trop forte. Le national-socialisme prétendait que la conscience est déterminée par la nature, plus précisément par la génétique, et que les lois de la vie éliminaient le plus faible (le racisme). La force décidait du destin de l’humanité. L’antisémitisme visait à détruire l’idée que la conscience se réfère à sa propre réflexion pour définir la Loi (ce dont attestait le peuple juif sous le nom de révélation). Or, ce sont les forces alliées du communisme et du libéralisme qui sont venues à bout du national-socialisme en s’appuyant et en mobilisant la conscience universelle, à moins que ce ne soit l’inverse, la conscience universelle qui ait mobilisé le capitalisme et le communisme. Quoi qu’il en soit, c’est par une force physique supérieure à la force physique mue par le national-socialisme que le communisme et le capitalisme l’ont vaincu. Mais est-ce à dire que la conscience universelle soit la même chose que le capitalisme et le communisme ? Nous ne pouvons plus faire cette confusion car elle a été dénoncée pour ce qui est du communisme et par les communistes eux-mêmes en Union soviétique. Et qu’en est-il alors du capitalisme ? Hérite-t-il de la conscience universelle ? Il est aussi fondé sur la force matérielle. Ses partisans prétendent que l’économie obéit à des relations de forces  que traduisent les relations monétaires et militaires. Aujourd’hui, la conscience universelle dénonce la confusion entre la compromission (due au fait que nous sommes tous nés dans le capitalisme) et la collaboration qui signe la démission de l’esprit devant ce qui pourtant à une réflexion élémentaire est l’évidence. 

 « J’ignore, dites-vous, pourquoi il est si complexe de faire preuve d’un peu de mesure. Un salaire minimum – qui assurerait une vie décente à chacun – et un salaire maximum – qui freinerait les folies de certains – ne sont-ils pas, par exemple, une sorte d’évidence pour une société mature ? » 

 Si vous remplacez salaire par revenu vous touchez du doigt, si je puis dire, la solution proposée par l’économie politique pour juguler l’économie capitaliste. Mais la chose devient compliquée si vous dites salaire (minimum et salaire maximum) car alors vous vous faites le chantre de l’économie capitaliste. Le salaire c’est la rémunération de la force de travail que le capitaliste achète à l’ouvrier une fois que celle-ci a été décapitée de sa fonction sociale et de la valeur d’usage qu’elle aurait dû produire si l’ouvrier était resté propriétaire de son travail, ou l’artisan de la valeur d’usage qui est en réalité aliénée dans le contrat de travail et qui devient la propriété exclusive du propriétaire des moyens de production. La force de travail est alors soumise à la production de la valeur d’usage que décide son nouveau propriétaire. C’est lui qui la vend, et la différence entre le prix de la valeur d’usage sur le marché et le prix des subsistances nécessaires à l’ouvrier (la différence entre le prix de sa force de travail, le “salaire”, et le prix de son travail sur le marché) constitue, une fois déduits charges et amortissements, le profit capitaliste. Certes, les capitalistes sont contraints s’ils veulent demeurer dans la compétition économique de réinvestir le capital et de mobiliser les ouvriers dans cette production par un salaire amélioré, mais l’unique but de ce réinvestissement est d’accumuler toujours plus de pouvoir économique. La concurrence pour le pouvoir conduirait à la diminution du taux de profit jusqu’à ce que le vainqueur s’assure du monopole de la production et règne sans partage. Mais il y a un moyen pour relancer la course au pouvoir de sorte qu’elle soit exponentielle, sans limite et aveugle, c’est d’inclure dans la règle du jeu l’interdiction du monopole. C’est chose faite de façon mondiale. L’économie capitaliste est mature, et les choses sont donc compliquées par ce que faussées dès le commencement par la privatisation des moyens de production, de la nature et du travail de l’homme. 

Comme vous savez tout cela, je soupçonne qu’en disant salaire maximum et salaire minimum vous ne vouliez pas défendre le système capitaliste et que vous vouliez dire autre chose. J’entends bien alors ce que vous avez voulu dire : « Un revenu minimum – qui assurerait une vie décente à chacun – et un revenu maximum – qui freinerait les folies de certains – ne sont-ils pas, par exemple, une sorte d’évidence pour une société mature ? Auquel cas, nos pensées  ne seraient pas loin de se rejoindre : 

« La limite absolue du profit et l’allocation universelle sont comme le plancher et le toit de la maison commune dans laquelle le droit à la réciprocité permet à la société de produire les valeurs fondamentales de l’humanité : la liberté, la fraternité et l’égalité promises formellement par la Déclaration Universelle des Droits de l’homme, et qui sont le moyen d’échapper à l’abîme auquel conduit le capitalisme. »

 Cette proposition qui vise le cœur du système est d’une évidence aussi forte que celle du désastre auquel conduit le capitalisme au vu et au su de tout le monde. La conscience affective est ici sommée de dénoncer le crime contre la nature et contre la société humaine en allant droit au fait, et l’urgence ne conduit pas à la mise au placard de la théorie mais à son approfondissement. J’ouvre ici une incise : si vous voulez seulement infléchir la dynamique du système, vous pouvez effectivement vous inquiéter de ce que vous appelez le néolibéralisme. Mais alors cela devient très vite compliqué : il est difficile de comprendre comment les prises de risque des banques qui accompagnent leurs prêts aux pays en crise, calculées sur des prévisions de leur capacité ou incapacité à les rembourser, entraînent un surcroît d’endettement qui passionne les traders tout à fait indépendamment des conséquences sociales ou politiques de ce genre de pari. Oui, vous avez raison de dire : « Si l’on choisit, par exemple, le néolibéralisme comme origine majeure de la catastrophe (ce qui a du sens), faut-il attendre le grand soir pour passer à l’action ? ». Non, bien sûr ! Mais si vous remettez en question seulement la spéculation financière, vous ne remettez pas en cause le système dont le néolibéralisme n’est qu’une phase de développement (et qui ne demande qu’à être dépassée par une phase de développement supérieure). On comprend que vous vous en remettiez alors aux responsables du système. Mais attention que la compromission ne devienne pas une forme de  collaboration. 

Mais… nous n’en sommes plus là ! Tout le monde sait qu’un système fondé sur le profit et la privatisation de la propriété ne peut plus fonctionner, ne serait-ce que pour la raison que vous donnez vous-même : une croissance économique sans limite ne peut s’inscrire sur un territoire aux ressources limitées sans aboutir à un désastre pour la nature et pour une plus grande partie de l’humanité, en clair sa disparition. Ce n’est donc pas le néolibéralisme ou l’ultra-néolibéralisme ou le nu-libéralisme qui est en question, c’est le système capitaliste entier. Je voudrais observer ici que lorsqu’un système économique s’effondre, quelle qu’en soit la raison, c’est au commencement de l’économie que l’on est ramené, c’est-à-dire à des principes qui sont connus dès l’origine par tous ; et que c’est de ces principes qu’il est question aujourd’hui. Si vous consentez à ce point de vue, alors vous pouvez admettre que tout le monde puisse de façon immédiate changer le destin de l’humanité. 

Pour montrer que la destruction de la vie est généralisée, vous avez cité les innombrables parades spontanées de la société. Leur nombre effectivement parle toutes dans le même sens : agir d’abord et immédiatement sur les lieux de la catastrophe. Cependant vous dites : 

 « Au-delà des “rustines” précédemment esquissées, je pense qu’une évolution plus profonde, plus radicale, plus révolutionnaire, est nécessaire. » Et c’est alors que vous mettez en cause la recherche théorique sur les causes (texte cité plus haut), avec ce corollaire. « Si l’on choisit par exemple le néolibéralisme comme origine majeure de la catastrophe (ce qui a du sens), faut-il attendre le “grand soir” pour passer à l’action ? »

Personne que je sache ne conseille à personne d’attendre le grand soir, bien évidemment, mais j’attire votre attention sur le mot rustine : toutes les solutions immédiates, empiriques, que vous avez préconisées comme les réponses éthiques de chacun d’entre nous devant l’urgence, et que nous avons reconnues comme fondamentales car elles témoignent de la primauté de la raison éthique sur la raison calculatrice du pouvoir, vous les nommez soudain “rustines”. Eh bien, je ne dirais pas cela. Ici, permettez-moi de retrouver le sens de votre propre analyse et de la défendre contre votre image, car une rustine cela sert à réparer un pneu crevé, à le regonfler, et qu’ainsi la roue retrouve sa fonction et que ça marche ! Et c’est bien ainsi que l’économie de profit ou l’économie capitaliste ou l’économie de libre-échange, du nom que vous voudrez la nommer, envisage les choses ! Les analyses de nos prédécesseurs tout aussi impatients d’échapper à l’aliénation qui nous conduit désormais – nous avec les autres vivants sur terre – au bord de l’extinction (au moins spirituelle), les analyses situationnistes avaient conclu à l’impuissance de la critique, lorsqu’elles ont observé que la dialectique libérale en avait besoin pour jauger ses défauts, connaître ses failles, ses imperfections, afin de les surmonter, au point de breveter et payer à prix d’or d’excellents chercheurs et de leur assurer une audience permanente sur les plateaux de télévision (les experts) pour dénoncer à temps ce qui pourrait être préjudiciable à la vitalité du système et à ses intérêts. Certains ont cru respecter leur conscience en choisissant une solution désespérée : l’affrontement (le suicide terroriste, l’action directe). Ils ont refusé la compromission, mais à quel prix ? Aujourd’hui, le capitalisme traite même cette contradiction. Les conseillers en communication doublent les experts et l’on crée des “conseils scientifiques” ad hoc pour confiner les questions fondamentales à des microcosmes neutralisés, on substitue de “grands débats” sur des questions prédéfinies aux débats posés par le peuple, on neutralise la vie parlementaire et l’on réduit la représentation nationale à un commando de partisans qui fait allégeance au pouvoir. La société de spectacle est devenue une société où la collaboration est indissolublement confondue avec la compromission. La collaboration est l’arme la plus offensive du système : elle contraint la conscience collective à effacer de sa réflexion les causes premières du crime contre la nature et contre la société car c’est d’elle-même en effet qu’elle refusera de les voir en face pour ne pas se reconnaître coupable. Le déni de culpabilité vient verrouiller l’impuissance de la société. Le profit capitaliste et la privatisation de la propriété sont alors des interdits sémantiques dictés par autocensure qui obligent à parler par euphémismes et voilent le réel sous des nuages de dénégation. Le langage des intellectuels, la parole vide de la communication formelle, le calcul qui s’affranchit du sentiment, les jeux de stratégie pour le pouvoir en émergent pour définir l’homme à l’image de l’homme capitaliste. L’intelligence artificielle serait innocente si l’intellect humain ne devenait pas lui-même artificiel ! On demande à l’homme de devenir comme un robot. On comprend que les mots-clefs qui fondent le système économique que vous mettez en cause aient disparu. Alors le pas suivant est vite franchi : Une fois escamoté le commencement, on peut commencer par la fin : « Agissons, agissons maintenant en ciblant les effets et nous verrons bien quel système permet de supprimer les causes du désastre (…) Commençons par la fin et cela éclaircira l’origine» Mais les propriétaires, et les usagers du système c’est-à-dire tout le monde, existent, et le système capitaliste ce n’est pas du vent. Ceux qui le dirigent sont même plus conscients que quiconque, puisqu’ils sont à ses commandes, que le profit dont ils font la condition de leur existence est incompatible avec la relation à autrui fondée sur le contraire du profit, c’est-à-dire le partage. Tout le monde connaît cette contradiction, mais le pouvoir sait la dominer de façon dialectique en inféodant jusqu’à la solidarité la conscience universelle à la production du capital ! La raison inavouable du capitalisme, c’est que le pouvoir est la compensation de sa défaillance éthique. On peut conclure : 

 « N’ayons pas peur d’une véritable révolution, rien ne serait plus irrationnel et suicidaire que la poursuite à l’identique d’un être-au-monde qui, manifestement, nie le monde. » C’est vous qui parlez !

 Je voudrais alors accompagner l’essentiel de ce que je reçois de votre message, même si au cours de cette critique j’ai pu témoigner de profonds désaccords. 

 « Le seul espoir, dites-vous, face à la catastrophe en cours, c’est que, forcés d’inventer un autre rapport à la Nature, du dedans, nous soyons aussi contraints d’inventer un autre rapport à nos semblables. Peut-être la nécessité écologique sera-t-elle finalement l’origine du renouveau social tant attendu ? Nous pouvons ici tout perdre. Mais aussi gagner ce qui semblait inaccessible. Les temps sont décisifs ». 

Cet “autre rapport à nos semblables”, quel est-il ? Voilà  l’urgence qui peut nous sortir de l’impasse. Or, dans les toutes dernières pages vous dites : 

 « La solution évidente (et unique) serait à la portée d’un enfant de cinq ans, mais nous n’osons pas la voir en face : le partage. La pensée dite rationnelle a perdu son chemin. »

 Merci ! Nous arrivons à notre commencement ! Oui, l’économie politique repose sur une fondation, et pas plus que le théorème de Pythagore pour la géométrie celle-ci n’a changé depuis le commencement, et elle est connue de tout le monde. On peut lire encore Aristote aujourd’hui qui dans son économie politique observe que dans l’économie domestique tout est en commun, et que lorsque les communautés de parenté décident de s’allier pour fonder la cité, la division du travail entre les uns et les autres oblige à répartir les bienfaits des uns aux autres selon une norme, et cette norme c’est le « partage » (metadosis, pour faire savant ! ). Les équivalents de réciprocité naissent de la contribution de chacun aux besoins de tous et sont prédéfinis par la part à laquelle chacun a droit. Le philosophe de l’économie politique envisage alors les quatre opportunités possibles de l’économie, car si désormais la production dépend du travail humain et pas seulement de la vitalité de la nature, elle doit former avec la consommation un cycle cohérent et équilibré : soit la production est collective et la consommation aussi (solution envisagée de façon imaginaire par Platon), soit la production est individuelle et ordonnée à la consommation collective, soit la production est collective et ordonnée à la consommation individuelle, soit elle est individuelle et la consommation est aussi individuelle. 

Aristote critique le collectivisme de Platon et considère l’individualisme systémique comme inhumain car il fait disparaître le rapport à l’autre qui fonde la cité (la réciprocité) – ce qui est contradictoire du but que s’assignent ceux qui veulent vivre ensemble. Quant aux deux autres solutions, l’une que l’on dit être le commun aujourd’hui, l’autre le libéralisme politique. Aristote les dit toutes les deux efficaces, mais il penche en faveur du libéralisme au nom du sentiment de responsabilité que cette solution engendre. C’est la naissance de la démocratie ! Soit ! Mais le partage est la clé des deux solutions. Dès lors, la propriété individuelle des moyens de production doit être répartie par l’assemblée des hommes, et scellée à sa fonction sociale : si propriété individuelle il doit y avoir pour libérer la responsabilité de chacun vis-à-vis de tous, sa fonction sociale la met au service de la communauté entière. La Loi condamne l’oubli de la fonction sociale de la propriété, elle condamne comme inhumaine et contre-nature la privatisation de la propriété. La propriété de la terre, de ses ressources, est universelle et inaliénable. Nul n’a le droit d’en priver quiconque en se l’appropriant par la force. Et à plus forte raison en est-il de même du travail. Marx ne dira pas autre chose : il montre comment cette privatisation est devenue interne au cycle du travail humain de façon dialectique. La spoliation pure et simple de tout le fruit du travail d’autrui moyennant la pitance et le gîte (l’esclavage) a été relayée par l’intégration (volontaire ou non) de l’exploité à la croissance du capital, du moment qu’il en tire une amélioration de ses conditions d’existence, mais le moteur du système n’en reste pas moins le pouvoir de domination des uns sur les autres par la privatisation de la propriété. Cette aliénation fondamentale est le piège que l’humanité doit déjouer depuis ses origines sous des formes diverses, l’esclavage, le servage, le salariat ; les deux premières ayant été à peu près abolies ou en passe de l’être, la troisième continuant à exercer ses ravages et conduisant, comme vous l’observez en constatant ses effets, à la destruction de la terre autant que des hommes. Et cela, je ne dirais pas qu’un enfant de cinq ans peut le comprendre, mais qu’un enfant de sept ans peut le comprendre sans hésitation. Alors, pourquoi ne pas le voir en face ? La pensée rationnelle, dites-vous, a perdu son chemin ! Peut-on en rester à cet aveu plutôt défaitiste ? 

 Je voudrais pour conclure cette critique reconnaître encore plus de sens à vos réflexions, malgré les difficultés auxquelles j’ai fait allusion.

Vous m’accorderez que si la physique dont vous êtes un spécialiste s’intéresse au processus d’homogénéisation de l’univers, la biologie décrit plutôt le phénomène inverse de la différenciation de la matière. L’affectivité, qui naît entre l’organisme vivant et le monde extérieur est, elle, à la fois une et différente comme un tiers entre l’énergie physique et la matière vivante, extérieure à l’une comme à l’autre, néanmoins au cœur de leur interaction et, de surcroît chez les organismes supérieurs, conduite, rassemblée et organisée dans un troisième corps par rapport à celui de l’organisme biologique et celui de l’environnement physique : le cerveau où toutes les sensations interagissent entre elles pour constituer ce que l’on appelait autrefois l’âme (la puissance psychique) ou encore et lorsque celle-ci se rapporte au monde, le sens de nos représentations, l’esprit. Si vous m’accordez que cela soit possible de saisir au moins intuitivement que l’éthique, la conscience, résulte de la réflexion de la sensation affective sur elle-même lorsqu’elle entre en relation réciproque avec celle d’autrui (ce que vous appelez dans votre texte, l’amour) force est d’admettre qu’elle peut naître partout dans l’univers où se constituent des relations de réciprocité, et par conséquent pour l’humanité partout où elle reconstitue ces relations entre les hommes, ce qui veut dire qu’il n’y a pas d’évolution de la conscience qui soit monophylétique, pas plus qu’il n’y a d’évolution monophylétique de la vie, et que la conscience universelle se constitue d’un réseau de relations de réciprocité. Toutes les résurrections fragmentaires des instants de conscience, que vous appelez des rustines, sont des sources vives de la conscience qui naissent comme les feux follets sur les étangs putrides par forte chaleur d’été ou encore les traits de lumière des lucioles dans la nuit des tropiques, ou pour nous rapprocher d’une image plus récente comme les élans de fraternité sur les ronds-points des Gilets jaunes. Ce qui permettrait à toutes ces consciences spontanées, que vous dites fragiles et fragmentaires, de trouver d’un seul coup une efficacité déterminante serait de se comprendre les unes les autres et de connaître les conditions de leur pérennité. Elles le peuvent parce qu’il n’y a qu’un principe qui les anime toutes. Comme vous le dites : « La singularité de ce temps tient à ce que l’initiative ne vient ni des philosophes, ni des artistes, ni des politiques, pas même des scientifiques. Elle émerge du monde, du monde lui-même, en lui même… ».

Alors on comprend que le plus urgent, l’immédiat absolu est de se situer au cœur du monde lui-même en devenant conscient de cette émergence. 

Comme vous le disiez précédemment :

« Une chose est certaine : il est impossible de continuer sur la trajectoire actuelle. Qu’on le veuille ou non, ça ne durera pas. (…) N’ayons pas peur de cette révolution. Elle peut dévoiler un immense paysage hors du chemin que nous parcourions. Elle peut contribuer à ouvrir sur une économie de l’amour en lieu et place d’une gestion de la finance. L’amour n’est pas qu’un ressenti, il est une exigence. Il impose une réinvention constante de ce qui se donnait pour acquis. Il requiert un “vers l’autre” qui excède la logique de la gestion. Il est toujours, nécessairement, profondément révolutionnaire. Peut-être ne s’agit-il que d’apprendre – enfin – à aimer. » 

Nous avons reconnu que tout sentiment est premier par rapport aux représentations que nous nous en donnons. Du moins, en avons-nous convenu. La raison indique seulement que ce sentiment absolu naît et croît systématiquement partout où les hommes recréent une relation réciproque de bienveillance (c’est Aristote qui parle…). Nous rejoignons ici la forme politique qui au commencement de toute économie politique permet à tous d’accéder à l’amour ou l’amitié (la philia du philosophe de l’économie), sans exclusion. Est-ce si difficile à comprendre ? Est-ce si difficile à mettre en œuvre ? Oui, car il y faut le renoncement à la jouissance du pouvoir des uns sur les autres – cette jouissance qui vient nécessairement combler le vide, l’absence programmée de la puissance de chacun d’entre nous lorsqu’il est privé du droit de participer à la réciprocité qui fonde son humanité (son amour disiez-vous). Pourtant, tout le monde essaie d’arriver à vivre selon une démocratie qui ne soit plus conditionnée par les enjeux du pouvoir. C’est même ce que révélait la confrontation des deux débats des ronds-points et des intellectuels. Le peuple veut qu’elle soit reconnue dans son principe, et qu’elle se généralise sans entrave : c’est la condition de notre avenir. Et tout le monde connaît la condition de cette liberté commune : le partage. Alors l’urgence vient de le graver dans le marbre, et de l’assurer par l’inaliénabilité de la propriété universelle et le droit de tous à la réciprocité. 

« Nous sommes tous d’accord qu’inciter à ne pas commettre de meurtre n’est pas suffisant : il faut interdire le meurtre. La loi a pour rôle d’entraver certaines libertés individuelles qui nuiraient trop au bien commun. Et elle préserve ainsi, en réalité, les libertés essentielles ? (…) Nous ne sommes pas libres de torturer, de violer, de mutiler nos semblables. Heureusement. Pourquoi sommes-nous libres de détruire le monde et de décider que nos enfants ne pourront pas y vivre ? Donc de les tuer. »

 La Loi ?  Une nouvelle Constitution…

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47 réflexions sur « Réflexions sur Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité d’Aurélien Barrau, par Dominique Temple »

  1. Un grand texte !
    Les dix ans qui viennent de s’écouler n’auront pas été de trop pour arriver à ce degré de maturité dans la réflexion et dans l’attitude qu’il convient d’embrasser pour susciter l’adhésion des esprits embrumés.

    1. Un peu trop grand pour mon goût, je me suis un peu endormi…

      Il me semble que Alexandria Ocasio-Cortez (quelle belle femme !) aux USA était arrivée à la solution du partage en moins de mots. Voir cette vidéo

      je résume ce qu’elle dit dans cette vidéo :

      « Qu’arrive-t-il si l’on intègre pas la politique écologique dans le même cycle que la politique sociale ?

      A : la politique devient insoutenable pour les citoyens (et les gilets jaunes en France en sont un bon exemple)
      B : la société commence à se désintégrer
      C : on devient incapable de régler les questions environnementales »

  2. Messieurs,
    Je suis un peu désolé de vous le dire mais il faut que vous sachiez qu’il y a plusieurs mondes.
    Il me semble que vous pensez vivre dans une sphère unique de gens qui lisent, comptent et pensent.
    Michel Onfray ne cesse de le dire : l’école apprend à lire, compter et penser. Permettez-moi d’en douter fortement et je ne vais pas m’étendre sur le sujet.
    Allez dans les petites rues, les quartiers, les bistrots minables, les cantines des ouvriers du bâtiment et des usines de manufacture, allez dans les campagnes profondes, les forêts où on coupe le bois des communes et parlez avec les gens.
    Oubliez Aristote, Pythagore, spoliation, dialectique, sémantique, microcosme…
    Parlez, écoutez et j’espère que vous me direz.

    1. @ Michel Authelet

      « Allez dans les petites rues, les quartiers, les bistrots minables, les cantines des ouvriers du bâtiment et des usines de manufacture, allez dans les campagnes profondes, les forêts où on coupe le bois des communes et parlez avec les gens.
      Oubliez Aristote, Pythagore, spoliation, dialectique, sémantique, microcosme… »

      J’y étais tout à l’heure. J’ai eu la surprise que la patronne du bar-tabac vienne me serrer la main quand je suis venu m’asseoir. Son mari l’a fait lui aussi un peu plus tard.

      Qu’est-ce que j’ai entendu et appris ? Une comparaison des mérites de différentes tombolas disponibles dans ce bar-tabac. Le résultat des courses à Chantilly. Un exposé apparemment bien documenté sur le salaire des sportifs professionnels de différents sports, avec des chiffres femmes vs. hommes (un facteur de 1 à 5 dans certains sports).

      1. Les gens sont désespérés, ils sentent tous que la fin est proche, non seulement la leur, individuellement comme ça a toujours été (ce qui amusait Nietzsche il me semble, vous pourrez éventuellement confirmer), mais aussi collectivement. C’est mieux d’oublier. Pour le moment.

      2. Nietzsche voulait plutôt faire advenir un sous-groupe de Surhumains (des fêtards ayant enterré le christianisme). On a dit que sa soeur avait déformé sa pensée quand elle avait rassemblé après sa mort des inédits. Ce n’est apparemment pas le cas : il avait bien écrit tout ça. Le soupçon vient du fait qu’elle avait épousé un antisémite fanatique.

        C’était en tout cas une forte femme cette Elisabeth. Tiens, je vais mettre sa photo, pour ceux qui ne l’ont jamais vue. Déjà toute petite …

        Elisabeth Nietzsche, soeur de Friedrich.

    2. On pourrait à votre suite rajouter Michel,

      Allez dans les parcs d’attractions, à Disney Land, dans les grands centres commerciaux, dans les restaurants étoilés, dans les concessions automobiles, dans les cinémas XXL 4D, dans les soirées des bars branchés, dîner dans cercles affairés et assister à toutes les AG de France et de Navarre de la moindre associations, du moindre syndicats, de la moindre entreprises, et vous m’en direz aussi des nouvelles.

      Bon moi je l’ai fait à mon niveau, je le fais toujours, et bien il se passe quelque chose, mais vers où ou quoi, je ne suis pas très certain des nouvelles en faits, ni de ce que j’entends, ni de ce que je ressens aussi étrangement. Et vous ?

    3. Mais précisément ce texte n’ignore pas qu’il existe plusieurs mondes, ainsi lorsqu’il évoque les débats séparés des gilets jaunes et des intellectuels, suggérant que ces débats sont voués à se conjoindre ou à ne point exister plus avant.
      Après c’est à chacun d’entre nous de le traduire dans notre langue propre, dans notre vécu, pour nous adresser à tous ceux qui croisent notre chemin, et à tous ceux auxquels on voudra s’adresser.

      C’est se faire une bien piètre idée de l’intelligence du coeur et de l’esprit que de décréter que le ‘populo’ n’est pas apte à entendre un propos cohérent, si ce propos dit quelque chose d’essentiel sur notre monde social. Le ‘populo’ n’est pas moins réceptif aux syllogisme que n’importe qui. Bien au contraire, c’est parce que les syllogismes des capitalistes et de leurs relais ne tiennent pas la route, qu’ils les rejettent, ce qui montre bien qu’ils en connaissent un rayon, aiguillés qu’ils sont par le sentiment qu’ils subissent des injustices.

      Bref, attention de ne pas succomber à l’anti intellectualisme. De même que d’autres succombent stupidement à la haine des passions, des sentiments, forcément populistes et illégitimes… Souvent d’ailleurs, l’un s’alimente de l’autre.
      Dominique Temple, si l’on y prête quelque attention, dit fort bien que raison et sentiment, il n’y aucune raison de les opposer, puisque le sentiment précède toujours la raison, et que sans les sentiments (ou affects) il ne saurait y avoir de raisons nouvelles qui émergent.

      1. « le sentiment précède toujours la raison  »
        Pour ceux à qui il reste des sentiments, parce que quand on voit comment les Gilets Jaunes se fond tirer en pleine figure ou dans les parties génitales, sans que ça n’émeuve plus que ça….

        Cependant, je crois que pour entraîner les foules (indispensable si on envisage d’être élu), le mieux est d’émouvoir, plutôt qu ‘essayer d’expliquer des choses compliquées

        Demander aux gens : « comment la société pourra-t-elle fonctionner quand il n’y aura plus de boulot ? Comment pourra-t-on payer les écoles et les hôpitaux ?  »

        sera toujours plus utile que de faire l’étalage compliqué des raisons pour lesquelles le climat change…

    4. Vers quoi nous amène le savoir lire, compter et penser : La servitude volontaire ou La désobéissance civile ?
      C’est une question.

    5. Salut,
      Je plussoie votre commentaire, rien qu’hier on a voulu me casser la gueule dans un bistrot-pmu de mon village lorsque j’ai trop longuement évoqué la nécessité d’une réciprocité bienveillante pour sauver ce qui restait à sauver – en gros, j’avais une trop grande bouche Mr je sais tout et paf dans le pif !
      Je fréquente beaucoup plus volontier les milieux dits populaires – que les universitaires ou libéraux professionnels – mais dieu sait qu’il est compliqué de leur faire entendre la raison de l’amour ^^

  3. En relisant les lumineux Dominique Temple et Aurélien Barrau, je songe parfois à l’orchestre du Titanic qui joua, dit-on jusqu’à la dernière minute. Je veux dire que le naufrage aura lieu en toute lucidité. Serait-il fatal à toute l’espèce humaine, la question est ouverte. Mais les désastres promis, les révolutions technologiques permanentes, et qui sait quelle rencontre avec une autre présence dans l’Espace-Temps, notre monde va changer radicalement dans les deux siècles qui viennent. Avec de terribles tragédies, d’épouvantables effondrements, d’effroyables cataclysmes et peut-être un jour d’épaule nue aurait dit Aragon, de feuillages au front, une Renaissance inouïe viendra à nouveau écrire l’odyssée de l’espèce … ? Je voudrais tellement l’espérer.

  4. on tourne en rond, mais le cercle se resserre ce qui permet d’augmenter les échanges.
    atteindra-t-on la masse critique pour amorcer le réaction?
    je le crois.
    je l’attends.

  5. @Dominique Temple
    « La génération dont je vous parle a été détruite par quatre années de collaboration active avec l’ennemi de l’humanité. »
    Cette assertion n’a pas beaucoup de sens. Qu’entendez-vous par « détruite » ? A ce que je sache il y a eu aussi une résistance héroïque à l’ennemi de l’humanité.

    « Elle a fermé les yeux sur les causes du crime contre l’humanité. Mais elle ne les a jamais ouverts. » Ah bon ? Il y a pourtant une littérature abondante et pléthore de monuments du souvenir.

    « Or, ce sont les forces alliées du communisme et du libéralisme qui sont venues à bout du national-socialisme… »
    Il y a une façon plus juste de présenter les événements:
    Or, ce sont les forces alliées de l’Union Soviétique et des USA (États-nations à prétentions impériales) qui sont venues à bout de l’Allemagne (et de son projet impérial concurrent).

    1. Bien évidemment « ce sont les forces alliées de l’Union Soviétique et des USA (États-nations à prétentions impériales) qui sont venues à bout de l’Allemagne -nazie- (et de son projet impérial concurrent) ». Tout le monde le sait. Mais merci de confirmer.

    2. @Arkao; Dominique Temple

      Medellín, le 7 juin 2019

      Même si c’est difficile, essayons d’être aussi raisonnable, précis et nuancé que possible.

      1. Le gouvernement, ou, au moins, quelques membres du gouvernement allemand ont bien aidé à la création du gouvernement bolchevique (dans la logique de Marx >> Lénine >> Staline >> etc etc), avec la proposition explicite de détruire ¨l’ennemi¨ russe dès l’intérieur.

      A (re-)lire: https://www.dw.com/en/how-germany-got-the-russian-revolution-off-the-ground/a-41195312

      2. Quelques, et pas les moindres, entreprises multinationales des EEUU n’ont pas seulement ‘aidé’ au réarmement INTERDIT par Versailles, de l’état allemand, non, elles ont MêME contribué beaucoup au développement de la ‘machine’ Nazi d’une facon impressionante PENDANT la période 1940 – 1945.

      https://www.youtube.com/watch?v=MaWz42tmxug

      3. Alors, soyons précis, mais sans grâce: l’être humain souffre beaucoup, et trop souvent, par des automutilations.. par la misère AUTO-imposée, non-nécessaires.

      Dans les cas présentés par vous deux (Arkao // Temple), que ca soit d’origine allemande, américaine, ou russe.

      De nos jours: les folies de Washington/la mafia gringa (c’est la même chose) et sa ¨war on drugs¨, et les attaques (racistes comme le dit à juste titre Paul Jorion) contre la Colombie et contre le Mexique, dans lesquelles le couteau gringo tranche de deux cotés.. (contrôle, par la HAUSSE de prix des drogues // vente des armes).

      4. Le sentier (étroit) vers la paix permanente et durable sur la terre, est un sentier difficil.

      B.à.v. JL

    3. Il parlait des causes. Nous n’aurions jamais ouvert les yeux sur les causes…les monuments ne seraient que des jalons, posés ici où là, mais la réflexion sur les causes n’aurait pas été faite.

      Ça me laisse perplexe aussi, il me semble que c’est assez détaillé maintenant…

      Ce qui me navre, par contre, c’est la façon dont beaucoup d’intellectuels restent comme figés dans la gelée de la seconde guerre mondiale. Ainsi Gluksmann « le jeune » (j’ai oublié son prénom) ne veut voir dans le FN que des successeurs potentiels des nazis… c’est un peu court dans l’analyse des causes pour le coup…

      1. @Vincent Rey
        Les causes on commence à bien les connaitre. Mais pour cela, comme dirait Paul Jorion, il faut prendre le temps de lire. Dix pages de Wikipédia ne suffiraient pas à ne présenter rien que la bibliographie critique sur ce sujet.

  6.  » Pour une fois, je crois qu’il faut renverser l’ordre usuel et s’attaquer aux conséquences (…) nous verrons bien quel système permet d’y parvenir. Commençons par la fin et cela éclaircira l’origine. Sans aucun doute, la mutation devra être profonde.  »

    Je suis bien d’accord… Un pas ou 2 ( 3 ? non… si?) en arrière et hop! on voit mieux nos erreurs (« faire et refaire c’est toujours travailler »: disais-je aux couturières chargées de mettre en forme mes idées; ce qui les énervait mais… avec le sourire, lol)
    Il y a un hic cependant (d’après moi) : la manie humaine de s’enfermer dans les habitudes, et depuis si longtemps !
    Donc un petit retour en arrière (que je préconise depuis… j’ai pas assez de doigts pour compter, même avec les orteils) pourrait provoquer une nouvelle habitude au point que, qui sait, on risquerait de tous revenir à l’état de nourrisson faisant pipi dans nos culottes (bon c’est vrai, quand on devient trop vieux, c’est ce qu’il advient…). Savoir où s’arrêter dans ce retour aux sources risque de devenir un tantinet dangereux jusqu’à une nouvelle forme d’anéantissement (par la soustraction qui peut finir pas 0).
    Aurélien Barrau écrit : « Chacun a son analyse. L’origine évidente est pour les uns le capitalisme, pour les autres la démographie, pour d’autres encore la religion, etc. Le fait est que nous ne nous mettions jamais d’accord sur les causes. » : C’est bien vrai ! Mais c’est la conséquence du progrès par lequel chacun dispose de moyens pour se faire son avis…
    Et si on admettait que « capitalisme, démographie, religion… » etc. (tout le reste) étaient liés ? Peut-être enfin un point commun entre tous quelles que soient les opinions de chacun, non ? (c’est pour cela que je n’aime pas les spécialisations à outrance qui isolent chacun dans la bulle de sa spécialité et engendrent des dialogues de sourds tout en faisant les mêmes constats…. Vive l’éclectisme ! )

    1. D’ailleurs j’ai une idée par rapport à cet « éclectisme »…. Toujours la même idée que je voudrais bien enfin pouvoir confier (à autres que ceux de mon ex profession) à qui voudra l’entendre mais….. en qui j’aurais confiance (pas à un mal intentionné qui n’y verrait que ses seuls intérêts).

      1.  » […] idée que je voudrais bien enfin pouvoir confier […] à qui voudra l’entendre mais….. en qui j’aurais confiance  »

        Ben ça tombe bien: j’ai comme l’impression qu’y en a pas des masses qui voudraient l’entendre, cette méga-idée. Ça doit être ça: pas prêts, pas assez murs, évolués même.
        Je les imagine, attendant assis en rond, la langue pendante et la tête vide.

        Et pis, me connaissant et extrapolant normalement, je crois pouvoir être en mesure de déclarer que des types à qui vous pourriez faire confiance, c’est comme qui dirait que nous sommes pas des masses. Notez-le: pas les mêmes. C’est qu’il en faut des qualités pour savoir apprécier à sa juste mesure, votre méga-confidence. Et pas seulement la recueillir passivement, juste pas assez trop con en plus pour vous la voler et en faire du fric… Mais vous le subodoriez déjà.

        La vraie générosité a son prix, c’est toujours utile de le voir écrit.

      2. Daniel, ce n’est pas qu’une idée : étudiée, mûrie pendant 4 ans environ, à partir de bcp d’exemples; et je devais la mettre en forme avec plusieurs personnes, dont industriels dans mon secteur d’activité. Elle est complète et regroupe tous les acteurs de mon ancienne profession : école, bureaux de style & méthode, graphistes, façonniers, tricoteurs, fabricants tissus, imprimeurs, délaveur, brodeur, boutiques.. + investisseuse.. Mais mon ancien métier, c’est fini pour moi depuis longtemps avec bcp de douleurs. Je ne veux pas la rédiger par écrit, trop long, difficile pour moi. Je veux en parler en expliquant ce qui serait trop technique éventuellement et ce quelqu’un en qui j’ai confiance, c’est Paul Jorion (pas des cupides de ma profession, capitalistes sans scrupule, qui à partir de mon travail sur ce concept très nouveau pourraient en faire autre chose que mon intention, je sais comment ils fonctionnent) . J’estime Paul jorion, à force de le lire, capable de l’interpréter s’il la juge valable, de sorte qu’elle puisse servir à très nombreux d’autres secteurs d’activité (il est mille fois plus compétent que moi pour cela); à chacun ensuite selon son secteur de l’adapter. C’est ça ma « générosité » ; pas donner une idée rationnelle et toute pondue à ceux que l’on critique unanimement, et moi depuis longtemps. Paul Jorion le sait (par mails). Pas emballé de l’entendre apparemment, me prend pas au sérieux. C’est donc à lui que je fais des « clins d’œil » régulièrement. S’il la trouve intéressante, il pourrait en parler sur son blog dans un contexte plus général et mieux écrit que je ne saurais le faire.
        Mieux compris ? Aidez moi à le convaincre !

  7. En ce qui concerne les interventions médiatiques de Monsieur Barrau , il les fini toutes par « ça ne changera pas », C’est vraiment triste, donc on va dire aussi gentiment qu’on peut s’en passer.

  8. je suis passé à vélo près d’un rond point de gilets jaunes il y a trois mois , ces gens ne sont pas plus bêtes que d’autres , certains ont même sans doute un QI plus élevé que certains érudits , non le problème est tout simplement qu’ils commencent à avoir faim

  9. Pour finir un dernier commentaire. Barrau, mais aussi Dominique Temple parlent volontiers de Révolution, de changements conséquents et difficiles à faire admettre, et à faire comprendre…etc.

    Mais qu’y a-t-il de difficile à dire « la publicité, ça fait chier tout le monde, et on en a pas besoin », avant de la supprimer pour commencer à attaquer l’aliénation à la consommation. C’est là où commence la collaboration à mon avis. On cautionne l’aliénation capitaliste à la consommation ? on collabore.

    1. J’aurai dû dire : « on cautionne la production d’aliénation à la consommation : on collabore ».
      Et j’aurai pu ajouter : « on nie que le travail disparaît, et on fait croire que le retour au plein emploi est possible : on collabore ».

      Vu sous cet angle, notre cher président (« E. Macron oh tête de …etc ! ») a bien tort de se prendre pour un grand résistant,. Cérémonies après cérémonie, il a des trémolos dans la voix…alors qu’il crève des yeux à tour de bras, avec son petit camarade le boucher Castanner. Aussi stupéfiant que ce soit, même après ça, il se se croit profondément résistant !

      Car Tout est profond chez Macron, comme chacun sait…

    2. @Vincent Rey
      Il me prend soudain l’envie de vous chatouiller un peu sur la question de la publicité qui semble vous préoccuper grandement.
      Quand vous dites « la publicité, ça fait chier tout le monde, et on en a pas besoin », vous oblitérez le fait qu’il s’agit aussi de productions artistiques, esthétiques et parfois pleines d’humour (cf. celle mise en ligne récemment sur les haricots et les astronautes). On peut les regarder aussi sous ce prisme là, avec l’œil de l’esthète en photographie ou en court-métrage cinématographique.
      Pour dire que la vraie question ne me semble pas celle du besoin ou non de la publicité mais celle notre regard critique par rapport à celle-ci qui devrait, je vous l’accorde, être enseignée à l’école.

      1. Arkao, je réponds, puisque tu me chatouilles ! Bien sûr qu’il y a des publicités drôles et artistiques, et elles sont généralement magnifiquement réalisées..etc. Mais il y a surtout des publicités qui perpétuent des valeurs éculées de puissance, et d’aristocratie vulgaire. Exemple la DS7 Crossback ».

        Le problème que j’y vois est que dans l’univers des médias, dominé par les médias de masse, c’est que ces valeurs influencent (c’est d’ailleurs la raison même de leur existence) les esprits peu critiques ou peu éduqués, et génèrent de la frustration.

        Et aussi qu’elles utilisent des ressources publiques dans ce but, des réseaux hertziens, de la bande passante, des espaces visuels… et on en arrive au stade où à l’école, si tu ne portes pas des « Fila » ou des « Nikes », tu es considéré comme un « doulos » (ou je ne sais plus quel terme qui veut dire clochard).

        Quelle est l’utilité de générer de la frustration, et de consacrer des ressources à fabriquer des « castes de marques », d’inciter à l’hyper alimentation sucrée et grasse ? Ce n’est pas neutre, c’est manifestement nocif.

        Et en plus ça coûte cher. Les firmes du Cac40 y consacrent en moyenne 2% de leur chiffre d’affaires (!), jusqu’à 16% dans les cosmétiques ! (la frustration que cela peut générer, chez les jeunes femmes qui ne sont pas dans les canons de la beauté, inculquées par les publicités pour les parfums ! pourquoi se résigner à ça, au nom de la Liberté ?).

        Enfin ces publicités finançant en partie plus ou moins grande les médias de masse (une quarantaine de millions d’euros sur la radio publique France Inter par exemple), les firmes en arrivent à installer un pouvoir d’influence sur les contenus d’information. Comme on le voit en ce moment avec les Gilets Jaunes, les relais médias de l’oligarchie arrivant à mettre au même niveau un petit chahut devant le domicile de Marlène Schiappa, et des yeux crevés par les CRS, quand on y pense c’est dingue !)

        Donc pour résumer à la manière d’Ocasio-Cortez :

        A / ça coûte très cher au consommateur, c’est un impôt non avoué.

        B / ça génère des castes, de la frustration, des besoins artificiels, quelquefois même des épidémies (obésité)

        C/ ça « dope » la consommation, alors que tout le monde dit que nous devrions justement « moins consommer » ou « mieux consommer »

        D/ ça détruit l’Environnement (emballages plastiques, incitations multiples au voyages en avion, en voiture, promotion de voitures de 400 chevaux..etc)

        E / ça fait reculer la perception de la science et de la culture, la parole des scientifiques devenant « peanuts » face à la production d’influence des firmes (15000 scientifiques signent un papier disant que c’est la fin du monde, et cela ne pèse rien dans l’univers médiatique)

        Bref : une plaie sociale qui s’ignore, et qu’ignorent volontiers la plupart des écologistes « embeded », ce qui est pour moi incompréhensible. Nous devrions, si nous étions raisonnables, supprimer totalement la publicité, et rendre sa liberté à l’information.

        Ah il ne faut pas me chatouiller là dessus ARKAO !! 🙂

        Vincent Rey
        findutravail.net

      2. @arkao & @Vincent Rey

        excellentes ces « chatouilleries » !
        C’est sûrement une (bonne manière) de prendre les problèmes par le bout qui va bien…

        C’est un feuilleton, éducatif, qui peut créer de l’audimat.

  10. Je lis un peu Bruno Latour (« face à Gaïa »), je le trouve parfois confus (masquant le chemin par lequel il nous ballade), il se paye de grands mots (Révolution naturelle, nouveau Régime climatique) et en plus il évoque Michel Serres, donc (…). Mais écoutons-le. Il dit notamment que la recherche des causes est celle d’un esprit contemplant la « Nature » comme inanimée. Alors que les boucles de rétroaction du climat à nos actions la montre animée d’un esprit de répartie qui nous sidère… Elle est l’acteur, nous sommes l’objet. Ce n’est plus une question de causes… Or c’est la guerre que mènent les climato-sceptiques : nous n’avons pas fini de discuter des causes, nous devons discuter des constats et des modèles explicatifs, il y a doute, donc le temps n’est pas venu de discuter de l’agir éthique (contre les intérêts des lobbys sceptiques). *Et en fait, l’important c’est que la guerre est effectivement déclarée, les constats sont accablants et nous imposent d’agir et de renverser les résistances qui refusent de considérer l’agir éthique à leur détriment. Les causes n’apparaissent qu’a posteriori, elles ne sont démontrées que par une répétition.
    Oui mais voilà, nous vivons un temps de « drôle de guerre », déclarée mais pas vraiment entamée, désirée mais non souhaitée, d’inaction et d’inertie et d’indécision. Le temps des larmes et du sang n’est pas encore mûr, hélas.

      1. Merci. C’est justement cet article qui m’avait incité à relire du Latour, près de 20 ans après son Nous n’avons jamais été modernes. Mais je le trouve confus aujourd’hui, je l’ai dit.

  11. Il y a je suis sur, pour beaucoup d’entre nous, une période assez courte de temps où nous avons relié les points entre eux. Un moment où les différents symptomes séparés de l’état du monde on fait sens, comme on dit.

    Certaines célébrité transforme cet éveil privé en un coming out bruyant.

  12. Point commun à la publicité(1), l’écologie(2), la justice sociale(3) : des « Communs », pour reprendre le titre du livre de Christian Laval et Pierre Dardot.

    Point 1 d’abord : En effet, sans pub, comment choisir un produit ? même si il n’y en a que peu de chaque sorte, il y a plein de famille de produits, on ne se contente plus d’avoir à la maison du savon noir, de l’huile de noix, du suif, du brou, du vinaigre et de se débrouiller avec (la vaisselle au vinaigre redevient à la mode toutefois). Bref, il faut bien une agora quelque part, des « savoir-faire » distribués sur ces choses là. Certes dans mon quartier si je prends les 1000 habitants dans un rayon de 300 m d’ici, j’ai plein de compétence, mais elles sont « illiquides », non mobilisables. Un.e tel.le sait que les biscuits Chabrior (marque d’Intermarché) sont moins sucrés que les Delacre, tel.le autre qu’il me suffit d’huiler ma veille table de balcon pour lui redonner jeunesse, et j’en passe de l’isolation mur/plafond au vélo à entretenir (mon point 2 étant inclus dans cette séquence).

    Les « communs », et les communautés qui gèrent les communs sur le long terme répondent à ce besoin de partage d’information, de biens, et généralement (par la proximité) de revenu (point 3:justice sociale).
    Pour à peine forcer le trait, outre la Huerta de Valencia, pont aux ânes des « communs » avec son tribunal des Eaux au folklore connu dans la ville de Valencia elle-même, je mettrais le milieu aéroportuaire presque dans le même panier : besoin d’efficacité pour gérer des flux, marché sous-jacent (le ticket d’avion) médié hors de l’enceinte et déjà conclu quand on s’y rend, etc. Ainsi ne reste sur place qu’un grand marché social où l’on se côtoie. Pas vraiment tous égaux, le « commandant de bord » n’est pas très loin du commandant de brigade dans le régiment, sa supériorité a pourtant pâli entre les 707 et les 787, le film sur Sully/Sullenberger « le pilote héros de l’Hudson » (Tom Hanks) où on lui fait procès est un symptôme non pas tant du déclassement que du fordisme nouveau de ce milieu, loin de la noblesse de Guynemer mais proche du monde fordien « créateur de classe moyenne » en son temps (1908 +). Le besoin de sécurité/Habilitation fait que le système marche en vivier « labellisé », avec les bons côtés que cela implique socialement (et le retard à la détection des brebis galeuses : cf. les bagagistes de Roissy).

    Bref, les communs vous dis-je. On ne peut supprimer la pub sans rentrer dans cette optique: commun d’information implique commun d’objets, de flux, d’énergie.

    Mais il est vrai que si les 70% du peuple se mettent à « faire du commun », mais pas les 30% ou 3% du haut, on va vers une polarisation, scénario discuté à l’envi quand on prolonge la divergence des actuelles inégalités.

    1. Medellín, le 8 juin 2019

      @ Timiota

      En réponse à votre ‘classification’ sur une polarisation sociale apparente/éventuelle, la vision d’un poète-migrant de l’Iraq aux Pays-Bas (Rodaan Al Galidi, ayant gagné le prix de l’Union Européenne de la litérature en 2011 avec son livre¨La personne autiste et le pigeon voyageur¨: https://en.wikipedia.org/wiki/Rodaan_Al_Galidi et aussi:
      page 135 e.a. dans : http://archive.euprizeliterature.eu/files/pdf/anthologies/EUPL%20Twelve%20winning%20Authors%202011.pdf )

      Ce poème exprime probablement un défi / obstacle universel/global également important: l’ennui vécu par beaucoup des gens lors des réunions interminables.

      La ‘gauche’ a quelques brevets spéciaux à ce sujet….. pour le dire un peu plus direct: beaucoup de gens en ont marre de ça….

      C’est important, ce que George Lakoff dit à ce sujet: le style des ¨réunions¨ de la (ultra-) droite et leur succès éclatant…

      Source: https://www.salon.com/2014/11/22/this_is_why_conservatives_win_george_lakoff_explains_the_importance_of_framing_and_what_democrats_need_to_learn/

      De retour au poète Rodaan Al Galidi, je le cite, lui:

      Réunion

      Où va le Hollandais ?
      A une réunion.
      D’où vient-il ?
      D’une réunion.

      La maison
      est la réunion du Hollandais.
      avec son chien.

      La douche
      est la réunion du Hollandais.
      avec l’eau chaude.

      Dormir
      est la réunion du Hollandais.
      avec son lit.

      Réveil
      est la réunion du Hollandais.
      à la hâte.

      La réunion
      est la réunion du Hollandais.
      avec la réunion.

    2. En effet, sans pub, comment choisir un produit ?

      Je crains que vous confondiez la liberté d’informer, et la liberté de manipuler les masses. Le but de la publicité (du moins celle dont je parle) n’est pas d’informer, mais d’influencer. On ne peut pas dire que c’est la même chose, ni que ce soit positif en aucune manière, car ce serait reconnaître que l’influence du plus fort est toujours la meilleure. Mais peut-être que j’ai mal compris ce que vous dites, ça m’arrive, tout comme quand je lis Paul Jorion…

      1. Oui, Vincent, mais même dans un système disons « planifié humanistiquement », vous trouverez que les systèmes d’informations destinés à écoulés les produits PA et PB des usines A et B qui remplissent tous les deux le besoin X ne sont pas des purs canaux neutres. La coopérative de A va chercher à influencer (façon Géménos) des clients pour ne pas être fermée si elle est un peu en perte de vitesse (les goût et els couleurs…) et la coopérative B itou parce que les trois sous-chefs se disent que leurs cousins bien-aimés y trouveront un bon job, c’est humain, si la croissance continue même au détriment de A (argh, la croissance).

        C’est là qu’une « intégration verticale » des gens et pas des industries peut sauver la mise. Vous demandez, puisqu’il s’agit mettons de savonnettes, à des gens qui savent par leurs tripes d’où viennent matières grasses, alcali et arômes (les ingrédients du savon), et emballage en plus, on peut même intégrer une source micro-hydraulique dans le paysage. Sans une communauté qui tiennent compte de cette chaine verticale par son pan humain, on retombe dans des affres proches ici où là dans le processus, « pub » était utilisé en effet dans la suite de mon idée comme le nom générique de la fonction « on reçoit de l’information ». Si c’est humain, on ne fait pas que la recevoir, on la « partage », c’est la notion de « système associé », chère à Stiegler (et à redéfinir dans le cadre de « communs » et de « pratiques », d’une « humanité verticale » dans l’ordre des choses et des dignités)

  13. Juste pour le plaisir.
    Il y a les gènes, les mèmes et aussi les strèmes. C’est un élément structurant reconnaissable, reproduit, inoculé et transmis d’une civilisation vers des autres.

    Les Chinois l’ont greffé par bouturage et le garde sous contrôle, les Européens avec les Britt en géniteur (de la démocratie moderne un peu aussi) vive avec elle tell des zombies et l’Empire , finalement, l’inocule pour immobiliser ses proies et en sucer toutes les ressources. Les Russes ont manifestement un bon système immunitaire, et en général tous les pays riches en énergie fossile.

    1. Je pense que l’Empire l’a même utilisé pour bâtir son unité. Le « Make America great again », « Just do it », « Forward », « Change we need »… en sont des lointains échos.

  14. Bonjour,

    J’arrive comme un cheveux sur la soupe, mais pour moi le problème est clairement identifié :

    Ci-après un bref extrait de ce petit livre issu des échanges que nous avons eu sur votre blog, Paul.
    « Comprendre l’Arnaque capitaliste, Imaginer le système d’après ». pdf gratuit en lien sous mon pseudo.
    —————-

     » Le capitalisme vise à maximiser les échanges de tout et n’importe quoi, échanges motivés par des profits privés, sans aucune réflexion globale.
    Cela engendre un gaspillage invraisemblable de ressources naturelles, et une dégradation rapide de la biosphère. Cerise sur le gâteau, le capitalisme ignore les limites de notre planète, considérées comme infinies !

    Cela a fonctionné tant que l’écosystème le supportait. Mais un seuil a été franchi. Durant des millénaires, l’emprise de l’homme sur la nature se limita à des déforestations certes catastrophiques, mais sans aller jusqu’aux troubles majeurs que nous connaissons, telles les perturbations du climat. 
    Ce n’est qu’avec l’invention des machines utilisant des énergies fossiles que l’homme démultiplia ses capacités de nuisance.
    En particulier, la combustion du pétrole rejette des quantités considérables de polluants dans l’atmosphère, à tel point que l’homme et d’autres espèces animales, pourraient disparaître à cause des bouleversements climatiques en chaîne que cela va provoquer comme l’indiquent les rapports du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

    Malgré l’urgence de la situation, curieusement, aucune autre voie n’est envisagée par les gouvernements alors que ce sujet est sans aucun doute l’enjeu le plus important pour notre planète. La raison en est simple : remettre en question le système capitaliste, c’est remettre en question ce qui jusqu’ici tenait lieu de fondement de nos sociétés : la propriété lucrative privée des ressources premières.

    Le système perdure sur la crainte ressentie par certains et justifiée par l’absence d’autre voie, de perdre ce qu’ils ont acquis.

    Et puisqu’il est impensable de le remettre en question, on préférera toujours considérer que ces catastrophes écologiques et sociales sont la conséquence de comportements strictement individuels, qu’il est de bon ton de blâmer… « 

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