Les ressources consacrées à la défense augmentent partout, par Alexis Toulet

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Pourquoi les ressources consacrées à la défense sont-elles en augmentation un peu partout dans le monde ? Etats-Unis, pays européens dans une certaine mesure, Russie également, surtout la Chine.

  1. Il y a clairement plusieurs raisons, les principales me semblent être :1. Montée en puissance rapide de certains pays, avant tout la Chine, d’où d’une part ambitions avivées et désir de davantage de pouvoir chez le pays en ascension, d’autre part craintes de déclassement et de perte de position hégémonique chez le pays actuellement dominant, les Etats-Unis
    2. Série de décisions déséquilibrantes dans les vingt dernières années, essentiellement de la part des Etats-Unis, de l’invasion de l’Irak aux déstabilisations de régime et aux embargos à objectif d’écrasement comme actuellement contre l’Iran, d’où craintes avivées chez les pays qui peuvent se sentir visés, de la Russie à l’Iran en passant bien sûr par la Corée du Nord, et craintes par effet secondaire chez les pays qui peuvent se sentir menacés par la réaction des précédents, de la Pologne à Israël et l’Arabie saoudite en passant par Corée du Sud, Japon ou Suède
    3. Extension des zones d’Etats faillis, au Moyen-Orient bien sûr entre Irak et Syrie, dans certaines parties de l’Afrique de l’ouest et centrale, la corne de l’Afrique, en Libye, au Mexique etc. d’où développement d’organisations violentes de type idéologique (djihadistes) et/ou criminel (drogue), lesquelles posent des problèmes croissants aux Etats constitués qui réagissent par une augmentation de leur budget de défense

La cause numéro 3 est particulièrement difficile à combattre. Le premier niveau serait au moins d’arrêter d’aggraver la situation en favorisant l’effondrement d’Etats fragiles, et de s’attaquer sérieusement au changement climatique qui sinon aura parmi ses effets de faire s’effondrer encore d’autres Etats peu solides… d’où développement multiplié des organisations violentes, idéologiques ou criminelles.

Quant aux deux premières causes, le moyen de les contrebalancer est à la fois simple à énoncer et difficile à mettre en oeuvre – surtout quand beaucoup font tout le contraire ! Il s’agirait de faire baisser progressivement la température et calmer les peurs des uns et des autres avec : application du droit international, maintien et développement des traités de limitation des armements, levée des embargos et autres dispositifs de guerre aux populations, négociations de « réassurance » militaire type contrôle et visite réciproques des installations des voisins.

Le souci bien sûr est que non seulement la plus grande puissance a fait le plus souvent le contraire dans les vingt ou trente dernières années, même s’il y avait des exceptions comme le traité avec l’Iran en 2015, elle a même passé la vitesse supérieure depuis l’élection d’un certain Donald Trump : destruction systématique des traités de limitation des armements nucléaires, destruction du traité avec l’Iran et embargo visant à écraser la population de ce pays au risque de le pousser à la guerre… Le deuxième souci est l’évolution de la Chine d’un régime de dictature bureaucratique vers un régime de dictature personnelle et une exaltation de la puissance nationale notamment militaire avec Xi Jinping.

En Europe, la démarche et l’objectif proposés par Emmanuel Macron d’une « architecture de sécurité et de confiance » à échelle européenne est clairement la voie à suivre, qui permettrait de rassurer tous les Européens des Russes aux Polonais en passant par Ukrainiens et autres. Reste à savoir si elle sera suivie – au moins quelqu’un a t il entamé le travail.

A l’échelle du Monde, l’essentiel se joue à l’évidence aux Etats-Unis et en Chine, et là les 700 millions d’Européens n’y peuvent rien – sinon se placer en dehors du chemin, ce qui n’est pas le cas actuellement entre dépendance de la plupart de nos voisins envers les Etats-Unis pour leur défense les ouvrant à toutes les pressions et dépendance de la Russie envers sa superpuissance parraine à elle même si Vladimir Poutine a réussi pour l’instant à faire croire à la plupart que Moscou est autre chose qu’un partenaire junior de Pékin.

L’élection en 2020 d’un président conscient des exigences de la paix serait un indispensable préalable. Il ne pourrait évidemment s’agir de Trump… et pas de Biden non plus, qui est un homme des Etats-Unis « d’avant », la superpuissance demi-ivre de son pouvoir. Un Sanders, une Warren pourraient-il faire l’affaire ? Au moins, l’un comme l’autre représenteraient une amélioration.

La Chine ? Là… je sèche. Une dictature non seulement retournant vers le totalitarisme, mais développant à marche forcée les outils permettant de construire une tyrannie telle que le monde n’en a jamais connue (Big Data et IA appliquées à la mise à l’écart des dissidents), ce n’est pas un beau spectacle 🙁 …

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8 réflexions sur « Les ressources consacrées à la défense augmentent partout, par Alexis Toulet »

  1. Alexis TOULET écrit: …  » La Chine ? Là… je sèche « . …

    Ce qui me permet , en parfait lien avec mes commentaires sur le précédent billet  » À propos de « La peur d’avoir peur » : Le sentiment de créer sa propre réalité, par Alexis Toulet  » … …………..et en particulier celui-ci:
     »  »  »
    Comme on l’aura compris juste plus haut..
    Il va falloir faire un CHOIX entre DEUX (2) « lignes rouges »… :
    ++++++++++ celle , 100%?certaine , où la vie de l’humanité est mise en péril …
    ++++++++++ celle , de faible probabilité , où la vie de quelques centaines/ quelques milliers/ quelques dizaines de milliers… d’individus pourrait être menacée….

    Bon choix… ! » » » le risque…c’est de ne pas agir… » » «
     »  »  »
    de proposer au lecteur d’étudier attentivement: https://www.lemonde.fr/blog/huet/2018/01/08/le-nucleaire-chinois-accelere-en-2018/
    dont un résumé m’a été proposé :

     »  »  » elle va rapidement disposer du plus grand nombre de réacteurs en activité pour un seul pays. Aux 38 réacteurs en exploitation, vont s’ajouter en quelques années les 19 en construction. Soit 57, un de moins que les 58 d’EDF pour 63 GW de puissance installée. Mais le gouvernement chinois a déjà décidé d’aller nettement plus loin. Il vise entre 120 et 130 GW de puissance installée en 2030.
    … La Chine a mis en service en 2011 un petit réacteur rapide expérimental, de 20 MW, construit avec l’aide de la Russie. Mais, elle vient surtout, fin décembre 2017, de couler le « premier béton » d’un réacteur rapide de 600 MW à Xiapu, dans la province de Fujian (photo ci-contre). Ce réacteur de conception chinoise utilise le sodium comme fluide caloporteur, pour refroidir le coeur et en extraire la chaleur, similaire de ce point de vue aux réacteurs rapides Phénix et Superphénix qui ont fonctionné à Marcoule et Creys-Malville.
    … La Chine ne se limite pas aux réacteurs rapides, mais teste également d’autres technologies pour le futur. En décembre 2017, la deuxième des deux cuves du réacteur de démonstration Shandong Shidaowan (baie de Shidao, province de Shandong) a reçu son couvercle. Ce réacteur dit HTR fonctionne à très haute température (750°C), utilise un combustible à l’uranium enrichi à près de 9% en uranium-235 (contre environ 4% dans les réacteurs à eau pressurisés standards) sous forme de petites billes placées à l’intérieur de billes de graphite et est refroidi à l’hélium. Il devrait entrer en service en 2018. Cette technologie présente plusieurs avantages en termes de sûreté et pour disposer de réacteurs de puissance moyenne.
    le seul stock d’uranium appauvri conservé en France (300 000 tonnes) suffirait pour produire l’électricité du pays durant plus de mille ans.
    Le second avantage possible d’un tel réacteur est que les neutrons rapides cassent les noyaux des actinides mineurs en noyaux dont la période radioactive est beaucoup plus courte, diminuant drastiquement la durée de la nocivité des déchets nucléaires
     »  » « .

    Voilà , voilà….!?  » Faites vos jeux … »

    1. Ici, on a arrêté le projet Astrid… Il se pourrait donc qu’on achète un jour un Superphénix aux chinois, ce qui serait cocasse (rions-en pour ne pas en pleurer) sauf que d’ici là, passé 2030, le grand bazar climatique sera sans doute en pleine activité et l’on aura d’autres priorités, si l’économie fonctionne encore un peu.

      1. Ermisse (14/12 à 15h49) écrit :
         » Ici, on a arrêté le projet Astrid Il se pourrait donc qu’on achète un jour un Superphénix aux chinois  »

        Pour ne pas mourir idiot… rappelons mon ( « notre ») ASTRID mise au surgélateur de la « realpolitik » intérieure.. https://solidariteetprogres.fr/actualites-001/arret-du-projet-nucleaire-astrid.html

        … » En France, c’est le président Jacques Chirac, qui, en janvier 2006, charge le CEA d’étudier un projet de réacteur de IVe génération. La France a arrêté alors son choix sur la filière à neutrons rapides (RNR) utilisant le sodium , et non plus l’eau, comme caloporteur (généralement un liquide permettant de transmettre la chaleur). L’utilisation de ce métal a l’avantage de moins freiner les neutrons que l’eau et de ne pas corroder les éléments en acier du réacteur .
        Après tout, la France ne part pas de rien et dispose déjà d’un savoir faire reconnu en la matière. Car, dans les années 1970 et 1980 elle a déjà construit deux réacteurs à caloporteur sodium, notamment le « surgénérateur » SuperPhenix, projet annulé par Lionel Jospin pour une poignée de voix écologistes .
        … ( … ) …
        L’avantage énorme d’un réacteur du type Astrid c’est donc de pouvoir brûler aussi bien l’uranium-235 et de multirecycler le plutonium. Le nouveau réacteur permet par ailleurs de transmuter l’uranium-238 non fissile en plutonium-239 fissile par un phénomène dite de « surgénération ».
        En clair, pour une même quantité d’uranium, ce type de réacteur pourrait produire 50 à 100 fois plus d’électricité qu’un réacteur actuel !
        Disposant d’environ 250 000 tonnes de combustible usé stockées à la Hague, la France, si elle opte pour cette filière, disposerait alors d’assez de combustible pour assurer sa consommation actuelle pendant 3000 ans
        !
        Aujourd’hui, le 30 août 2019, le gouvernement annonce l’arrêt d’ASTRID tout en affirmant… qu’il ne s’agit pas d’un abandon !
        En premier lieu, sans surprise, le cabinet d’ Elisabeth Borne constate « l’abondance d’une ressource bon marché en uranium » (Nos amis nigériens apprécieront la perspective de rester sous-payés durant les trente ans à venir pour leur contribution à notre prospérité) et que les caisses sont vides .
        … (… ) …
        Suite à l’émotion qu’un tel abandon suscite dans le secteur ainsi que chez certains écologistes conscients du rôle que jouera le « nucléaire du futur » pour traiter les déchets, le gouvernement a tenté de calmer les esprits
        « …

        etc…etc…etc…

    2. Je n’ose imaginer ce que pourrait provoquer un accident majeur dans une centrale nucléaire chinoise, quand règne la censure et l’absence de contre-pouvoirs. La Chine est avec la Turquie le pays qui partage le triste privilège d’avoir le plus de journalistes emprisonnés.

  2. Alors que nous devrions nous mobiliser (terme combatif et guerrier) tous pour lutter contre le réchauffement climatique qui constitue la menace dénoncée scientifiquement comme possible destruction majeure pour le vivant sur terre, nos Etats dépensent des sommes extravagantes chacun dans leurs laboratoires et bunkers secrets pour pouvoir dominer les autres. Non seulement cette énergie dépensée est mortifère puisque c’est sa destination même mais de plus c’est une énergie perdue pour la poursuite du bien-être et la paix que l’on met à la disposition de la destruction et de la guerre.
    Cette marche du monde est de l’ordre du tragique.
    Voir ainsi s’affairer ces laborieuses fourmilières comme autant d’Etats ou d’entités d’Etats avancer tous d’un même pas cadencé vers de pareille chimère est aussi tristement comique.
    A quand une grève des chercheurs et des militaires ?

  3. L’humanité est organisée en nations. Ces nations forme une société (n’y a-t-il pas eu la Société des Nations ?), ou plutôt, compte tenu de son absence d’institutions, une tribu.
    Comme toute tribu digne de ce nom, elle s’est donné un roi sacré, les États-Unis d’Amérique, aussi vénéré et respecté que haï et voué aux gémonies.
    Le sort d’un roi sacré est de finir à la casserole.
    Les USA sentent bien que l’heure du sacrifice se rapproche. Ils multiplient fautes et crimes comme pour donner raison à ceux qui veulent leur condamnation et leur mise à mort.
    La Chine est un candidat tout trouvé pour prendre la suite. Elle suscite déjà fascination et répulsion, ingrédients essentiels à son accession au trône. Elle s’y prépare activement, bien décidée, une fois dans la place, à Paris ne jamais la céder….

    La France, pays rationnel, raisonnable, instruit, savant, écouté, devrait tout faire pour sortir, tant qu’il en est encore temps, de cet engrenage mortel, de cette tentation d’un autre âge.

  4. La politique de défense est à revoir de fond en comble. Par exemple, à l’époque des missiles supersoniques , +- 9000 km/ heure peut être plus, un missile lancé de la Russie arrive en 1/4 d’heure sur Bruxelles ou Evere. A quoi servent les F16 ou même les F35 ( sur ces derniers il y a beaucoup de choses à en dire ) dans ce cas ???. C’était comique d’entendre les iraniens déclarer que la présence de porte-avion US dans le golfe persique étaient une garanti qu’ils n’attaqueraient pas car les porte avions sont des cibles trop faciles. Les chinois doivent se dire la même chose dans la mer de Chine du sud. Il y a d’autres perles a sortir mais c’est assez.. Je pense qu’on dépense trop en systèmes d’attaque ( pour attaquer qui d’abord ? ) et très peu en systèmes de défense. Erdogan semble le comprendre en achetant les S400. En plus si on veut vraiment se défendre on doit être autonome en technologies. Voilà un débat ouvert.

  5. On est maintenant à peine à plus d’un an de la date de péremption de l’accord américano-russe de contrôle des armements stratégiques START, lequel est le dernier accord de ce type encore « vivant » après presque vingt ans de déconstruction busho-trumpiste. Si cet accord n’est pas prolongé, alors le Monde se trouvera sans plus aucun accord de ce genre, pour la première fois en cinquant ans.

    Lors d’une conférence de presse, Vladimir Poutine a déclaré :
    *** Début de traduction ***
    « Mais jusqu’à présent, aucune réponse à toutes les propositions russes n’a été reçue des États-Unis. Et s’il n’y a pas de traité START-3, il ne restera plus rien au monde qui puisse freiner la course aux armements. Et ça, à mon avis, c’est mauvais. »
    La Russie est prête à prolonger le traité START-3 avec les États-Unis à tout moment, mais jusqu’à présent, les États-Unis n’ont pas donné leur accord. C’est ce qu’a déclaré le président russe Vladimir Poutine lors de sa grande conférence de presse.
    Selon le dirigeant russe, le Traité sur des mesures visant à réduire et à limiter davantage les armements stratégiques offensifs (START 3) est l’une des dispositions sur lesquelles la Russie et les Etats-Unis devraient fonder leurs relations mutuelles. Il s’agit d’une question de sécurité mondiale, et c’est pourquoi, a souligné Vladimir Poutine, la Russie est prête à proroger immédiatement l’accord existant.
    *** Fin de traduction ***

    La source est ici https://politros.com/156479-dogovor-snv-3-poslednee-chto-sderzhivaet-mir-ot-gonki-vooruzhenii-putin

    Il y a des moments où je pourrais presque souhaiter que Trump soit vraiment une môle russe sous contrôle du Kremlin. La politique étrangère américaine serait beaucoup moins dangereuse !

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