Quartier général : « L’État-providence doit être inscrit dans la Constitution », par Paul Jorion, le 25 mars 2020

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Sur le site de QG, le texte a été  légèrement modifié : « une hésitation entre faire primer des choses sur les êtres humains ou mettre l’humain au premier plan » est devenu « une hésitation entre faire primer le fonctionnement général sur les êtres humains ou mettre l’humain au premier plan ». « Le Brexit, une catastrophe économique et financière » est devenu « le Brexit, une catastrophe économique et financière à mes yeux ».

Ce qui suit est le texte original.

Le Coronavirus est en train de produire un effet domino catastrophique sur l’économie mondiale, tout particulièrement dans les pays occidentaux, où l’enchaînement des politiques néolibérales ont rendu les structures économiques plus fragiles. De quoi redonner ses lettres de noblesse à l’État-providence, selon l’anthropologue et sociologue Paul Jorion, qui publie ces jours-ci « Comment sauver le genre humain », coécrit avec Vincent Burnand-Galpin, aux éditions Fayard. Il appelle à une exigence populaire face aux pouvoirs, pour en tirer des leçons et ne pas répéter les erreurs de la crise de 2008-2009. Interview par Jonathan Baudoin

QG : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la crise du Coronavirus, notamment sa transformation de crise sanitaire en crise économique ?

Paul Jorion : Dans la mesure où une maladie provoque des arrêts de travail, il est évident que si des gens sont alités, sont à l’hôpital ou s’ils meurent, cela a un impact sérieux sur le travail réalisé, sur l’économie. Le choix des dirigeants de laisser ouvertes certaines entreprises non-essentielles montre une hésitation entre faire primer des choses sur les êtres humains – une tare fondatrice de l’ultralibéralisme – ou mettre l’humain au premier plan, ce qui devrait être le principe directeur d’une société digne de ce nom.

QG : Est-ce que cette évolution de l’impact de la pandémie sur l’économie mondiale, notamment sur les économies développées, va fragiliser ces dernières face aux puissances émergentes, selon vous ?

P.J : C’est-à-dire qu’il y a une puissance émergente, où d’ailleurs la pandémie a démarré, mais qui a su la juguler assez rapidement. Il est intéressant de se souvenir d’ailleurs de l’indignation devant les mesures qu’elle avait prises, des pays qui sont, maintenant, les plus affectés, parce qu’ils sont incapables de gérer la pandémie d’une manière aussi efficace que la Chine. Elle qui n’a pas eu de nouveaux cas de contamination récemment sur son territoire et qui peut relancer son économie, alors que les nôtres sont en train de s’enfoncer dans le plus profond des marasmes.

QG : Est-ce que ça met à mal l’orgueil occidental, quelque part ?

P.J : Certainement. Et on n’a encore rien vu ! Ce seront les États-Unis, selon mes analyses des derniers chiffres, qui seront les plus affectés. Et comme la pagaille là est totale en ce moment pour ce qui est de la gestion de la crise, ce pays sera véritablement à terre quand la pandémie aura suivi son cours. Vers la fin de l’été sans doute pour les États-Unis qui ont embrayé relativement tardivement. Leur impréparation fait que l’accélération est terrible. Ils sont passés rapidement au second rang des contaminations alors qu’il y a deux semaines, ils se trouvaient encore très bas dans la liste des pays affectés.

QG : En parlant des États-Unis, quel serait le degré d’influence du Coronavirus sur l’élection présidentielle états-unienne, prévue pour novembre prochain ?

P.J : Les électeurs Républicains croient Trump – les sondages le confirment – quand il considère la pandémie comme un bobard. Ce sont par ailleurs des gens sans civilité aucune qui ne respecteront pas la distanciation sociale. Il y aura donc une auto-sélection qui fera d’eux des victimes de premier choix. Trump est un démagogue autocrate, un identitaire, surfant sur le ressentiment d’une population blanche pauvre et malheureuse qui n’a plus qu’un seul souci : que les minorités afro-américaine et amérindienne soient encore plus malheureuses qu’elle. Trump a 73 ans et son obésité constitue une « condition préexistante », il est donc tout particulièrement exposé, et il le sait. Les quelques mesures positives qu’il prend sont motivées seulement par sa peur de mourir. 

QG : Est-ce que l’expansion du Covid-19 est un exemple pour à la fois mettre à mal la mondialisation et opter pour une politique de décroissance, selon vous ?

P.J : Il y a une décroissance de fait. Du côté de la mondialisation, ça n’aura pas d’effet défavorable : on imagine mal par exemple que les emplois délocalisés vers la Chine retournent vers leur pays d’origine. Ça s’est fait à petite échelle de la Chine vers des pays où le travail était encore moins bien rémunéré, comme le Vietnam ou l’Indonésie. Pour ce qui est de la coopération mondiale, elle ne pourra au contraire que se renforcer.

Une chose qui apparaîtra évidente avec cette crise, c’est qu’une pandémie, comme d’ailleurs le réchauffement climatique, ne peut être régulée que par une coopération au niveau mondial. Des naufrages, comme celui du Royaume-Uni avec le Brexit, une catastrophe économique et financière qui débouchera à terme sur l’éclatement (sécession de l’Écosse et de l’Irlande du Nord) du Royaume qui aura cessé d’être uni, constitueront des avertissements allant dans le même sens. C’est-à-dire qu’ils vont décourager les mouvements centrifuges, de repli des nations sur elles-mêmes. L’idée de concertation nécessaire va s’imposer parce que même si les dirigeants ignorent cela, les peuples auront conscience du degré dans lequel la Chine nous aura aidé à éviter le naufrage, et que ce n’est que tous ensemble que nous pouvons résoudre nos problèmes. De la même manière que le nuage de Tchernobyl a ignoré les frontières, une pandémie nous montre à quel point les frontières sont des barrières artificielles : voyez aujourd’hui la coopération de fait entre les hôpitaux d’Alsace, de Lorraine, de la Sarre et de la Rhénanie, fonctionnant sur le terrain comme une unité.

QG : Dans le livre Comment sauver le genre humain, que vous avez coécrit avec Vincent Burnand-Galpin, vous parlez à plusieurs reprises de « moment Pearl Harbor », signifiant qu’un problème peut être pris à bras le corps si un fort ressenti existe dans la population. Est-ce que la crise du Coronavirus peut faire office de « moment Pearl Harbor » ? Si oui, de quelle manière ?

P.J : Les États vont nationaliser, de fait, ou même légalement, les entreprises essentielles à l’économie qui tomberont l’unes après l’autre, faute de ressources financières. Ce sera à nous de mettre le holà au moment où nos gouvernants tenteront de re-privatiser.

Il faudrait que la population tire enfin les leçons de 2008, qui ne furent pas tirées au moment-même. Nous, le peuple, n’avons pas été assez outragé du fait que les leçons qu’il fallait tirer de 2008 aient été ignorées. Pensez au discours de Toulon de M. Sarkozy par exemple : par défaitisme, nous n’avons pas exigé de ces personnages qu’ils tiennent parole.

J’espère que nous aurons cette fois retenu, non seulement, la leçon des événements d’aujourd’hui mais aussi ceux de 2008, et que nous parviendrons, par leur combinaison, à proclamer : « Pas de retour en arrière ! ». L’État-providence doit être inscrit dans la Constitution ! La spéculation doit être de nouveau interdite, comme elle l’était autrefois. Un ensemble de choses essentielles comme celles-là.

QG : Ça permettra de remettre en cause la volonté d’instaurer un régime de retraites par capitalisation, et au-delà, de la logique de privatisation ?

P.J : Ce qui se passe en ce moment fournit un excellent exemple. Les gens qui à l’étranger ont des retraites du type de celles qu’on voulait nous imposer ont perdu tout leur argent ces jours récents. Et là, le défaut de ces systèmes-là, qui sont liés à la valeur actionnariale des entreprises, apparaîtra en plaine lumière.

Cela aura valeur d’exemple. La population est furieuse de la modification du régime des retraites, et quand ils deviendra évident que dans les pays où ont été mises en oeuvre les « réformes » que l’on voulait appliquer chez nous, les prétendus « bénéficiaires » ont tout perdu, sa détermination en sera encore renforcée.

C’est à des gens comme nous, journalistes, intellectuels, d’attirer l’attention là-dessus. Ayant vécu aux États-Unis, je vois de près que ma retraite de l’État, j’en bénéficie toujours, alors que de celle de l’entreprise privée où je travaillais, qui était liée à la valeur des actions de cette entreprise, il ne reste rien.

QG : Comment faire en sorte d’éviter qu’il y ait encore un scénario de privatisation des profits et de socialisation des pertes, à l’instar de la crise financière de 2008-2009 ?

P.J : On reparlera bientôt de nationalisations, de planification impérative : des choses de cet ordre-là, qui n’étaient plus à l’ordre du jour. Quand on fera les comptes et qu’on s’apercevra, à l’automne par exemple, que la Chine représente désormais, je ne sais pas, à elle seule, 50% à 60% de l’ensemble de l’économie mondiale dans l’état où elle se trouvera, je suis convaincu qu’absolument tout le monde en tirera les conséquences : nous certainement, mais la Chine aussi.

QG : Est-ce que cette crise pourrait fournir un mouvement vers une sortie du capitalisme qui peut être considéré comme malade et comme rendant malade tout ce qui l’entoure ?

P.J : Je pense que oui. Je crois que certains en sont conscients. Vous avez sans doute vu cette lettre hystérique d’un patron français à ses employés qui terminait sa diatribe en maudissant « ceux qui pensent que c’est une bonne occasion pour détruire le système capitaliste qui leur donne à manger ». Il est clair qu’il a très bien compris où était le problème : que ce n’est pas le capitalisme qui nous donne à manger (sauf dans le cas de gens comme lui) c’est la générosité de notre planète autour de nous et le travail que nous consentons pour qu’elle nous nourrisse. Il a sans doute eu tort, de son point de vue, de révéler sa terreur, la peur panique qui l’a saisi.

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31 réflexions sur « Quartier général : « L’État-providence doit être inscrit dans la Constitution », par Paul Jorion, le 25 mars 2020 »

  1. Les jeunes qui m’entourent n’arrivent pas à faire le lien entre luttes pour la survie, action locale/globale, matérialisme, virus, politique néolibéralisme, rôle de l’État, changement climatique etc…
    Je trouve ces mêmes jeunes abasourdis et un peu désemparé par le fléau qui frappe l’humanité.
    Paul, je vous suggère, vous et vos amis, d’inviter Greta Thunberg, si c’est pas déjà fait.
    🙂

    1. @ Un Lecteur, en effet c’est une question décisive !
      Il faut informer, diffuser, argumenter, contacter etc. Avec ce blog ou bien avec des liens comme celui qu’a mis Michel en ligne (témoignage dans Libé).
      Malgré tout, les gens (vieux et jeunes) devraient avoir plus de temps de cerveau disponible et les faits parlent.

      J’entrevois donc une lueur d’espoir malgré tout en me référant au concept d' »affect » tel que le développe F. Lordon. Pas de révolte sans le moteur des affects (cf. http://www.seuil.com/ouvrage/les-affects-de-la-politique-frederic-lordon/9782021343328 .
      Il devient évident que le message de la totalité du personnel de santé en France (y compris avec les chefs de service qui en sont venu à démissionner nombreux) est désormais parfaitement lisible et c’est ça qu’il nous faut expliquer à tous, vos jeunes en premier. Reconnaissons que la solidarité des Français n’était pas à la hauteur de leurs cris de révolte.

      Politique ultralibérale => diminution drastique des budgets de l’État-providence => grands risques prévisibles devant une crise sanitaire (inéluctable : lire Bill Gates) => fléau catastrophique, milliers de morts, effets induits terribles.
      L’affect : la survie.
      Mais au fond pourquoi les campagnes se sont soulevées en 1789 ? Pense-t-on que c’est parce qu’ils avaient lu les philosophes des Lumières ? Non, c’est à cause des famines et des disettes et il devenait clair que les classes parasitaires étaient des accapareurs qui les laissaient crever. Ensuite, oui, les gens éduqués du Tiers ont joué leur rôle. Et la pédagogie compte pour éviter par exemple les dérives potentielles type boucs émissaires que les classes dominantes cherchent toujours à susciter (Trump et son « Chinese virus »).
      Nous jouerons le nôtre dans la mesure de nos moyens, confinés mais reliés.

      1. C’est marrant ça comme les flux de réflexions se collisionnent parfois ! Voir ma réponse à votre autre com de 12h22, là :

        https://www.pauljorion.com/blog/2020/03/25/lamour-au-temps-du-coronavirus-veille-permanente/#comment-779251

        Il faut une force de frappe grand public au BPJ ! Du peu d’accès que j’ai à un flux FB, il y a un peu de Ruffin qui circule, jamais de Jorion. Je sais que ce n’est représentatif que des gens connectés sur celui-ci (ce flux) mais si tous, nous servions de passerelles sur nos réseaux respectifs, pour des messages « brefs », percutants, un peu les « conférences gesticulées » de Lepage en mode concentré (savoirs universitaires/expériences personnelles/humour, qui me semble un vecteur puissant d’affects) on pourrait sûrement parvenir à un excellent résultat…

        Non ?

      2. A cet égard, je propose à l’instar de l’Italie où il y a eu invasion de sardines à la rescousse de la démocratie, que les « moineaux » se lèvent partout en France ! Le symbole est top, ce petit piaf si banal qu’on différencie à peine, présent partout et tellement insignifiant qu’on ne remarque qu’à peine sa disparition progressive…

        En plus il y a des précédents facilement identifiables et populaires :

        https://ctr.cdnartwhere.eu/sites/demo/files/styles/manual_crop/public/2020-03/pirates-des-caraibes-jack-sparrow-johnny-depp-dr.jpg

        à refourguer fastoche version masques V pour Vendetta, Anonymous ou Casa de papel, qui ont préparé l’opinion à ce type d’identificateurs forts.

        Mais aussi block buster :

        https://www.youtube.com/watch?v=SiMyExHhAC4 vers 2.45

        « Have you ever sown a field, Lady Olenna? Have you ever reaped a grain? Has anyone in House Tyrell? A lifetime of wealth and power has left you blind in one eye. You are the few, we are the many. And when the many stop fearing the few…. »

        et là :

        https://www.youtube.com/watch?v=GsT15p87eCM vers 2.30

        « No doubt many of us will fall. But who are we ? We have no name, no family, everyone of us is poor and powerless and yet together, we can overthrow an empire. »

        Il y a là une puissance subversive à la portée du peuple qui me fait vraiment réfléchir. Pas vous ?

      3. Deux omissions :

        Sparrow = moineau

        Jack Sparrow, pirates des caraïbes (alias Jonnhy Depp, identification facile et flatteuse) , et le « grand moineau » (le « high sparrow » de Game of Thrones) leader d’un mouvement de révolte populaire sur fond de rigueur morale et religieuse.

        C’est pour l’aspect grand public de la chose…

        Ca nous fait un symbole facile : le moineau, déclinable à l’infini, et deux ancrages médiatiques populaires forts alliant, paradoxe suprême, goodies et philosophie christique ou pas loin. Avec un précédent en Italie marqué du sceau du succès… pômal nan ?

      4. Il nous faut donc,

        1 graphiste pour styliser le piaf :

        https://storage.gra.cloud.ovh.net/v1/AUTH_ca60d77ddd5e42749d7c4c17f753540d/ugm-data/pictures/ma-papeterie/1117021-54-scrapbooking-decoupes-moineau-1_medium.jpeg

        1 ou 2 formateurs en réseaux sociaux (pour les largués comme moi) FB, Twitter (pour y pépier, pépiter), Insta et autres, et peut-être des relais sur youtube pour des formats intermédiaires.

        Ensuite tout viendra se greffer sur le réseau de diffusion (dessins, formules percutantes, courtes vidéos, formats plus longs, etc) clairement identifié (logo à partager, même pseudo pour la diff « jacques Moineau » p.ex., unité dans la diversité et tout et tout…)

        Et toute la créativité d’Hervey, d’Octobre, et des autres, cumulée aux savoirs produits ici (Jorion, Toulet, Soubeyrand…) avec l’humour de Piotr, CloClo, vigneron…

        Yapuka 🙂

        Et les accréditations de Julien :
        C’est pas la bonne file pour ces commentaires Julien, faudrait les mettre sous la vidéo « le monde change… », si possible, pour pas parasiter ici, enfin bon, c’est toi qui vois !

      1. Quoi ?! Donner la chasse aux gens portants bâtons, mendiants, flatter ceux du logis, à son Maître complaire ?!

        … Il court encor’…

  2. Il faudra batailler ferme pour éviter de revenir à la situation pré-épidémie.
    Surtout avec les politiciens actuellement en place.
    Entendu aujourd’hui eux infos en Belgique, 50% de la population est maintenant partiellement ou totalement payée par l’Etat (chômeurs pré-épidémie, chômeurs temporaires, fonctionnaires…).
    Réaction du ministre-président flamand (NVA, parti nationnaliste-populiste) : il faut que les gens retournent travailler, surtout dans le domaine de la construction et des titres-services (système de travail subventionné, principalement femmes d’ouvrage, aide ménagère, atelier de blanchisserie/repassage etc).
    Il faut que ces politiciens aient des comptes à rendre après la crise….en temps de guerre on aurait fusiller ou pendu des ordures pareilles….

    1. Tant qu’à faire, en plus des politiciens, ne faudrait-il pas inviter les dirigeants des médias et journalistes-missionnaires du politiquement correct à rendre des comptes?

  3. « Le jour d’après ». Si nous laissons passer ce moment historique (est-il possible de le qualifier d’anthropologique?), il ne se représentera pas. C’est « maintenant ou jamais ». Ça me prend aux tripes. Mais je suis un grand émotif. Perdu pour le système (qui s’en fout d’autant plus que -retraité- je suis totalement improductif).

    1. 0 Michel
      Très délicat de mettre en oeuvre du collectif non-gouvernemental car il nous interdit de nous rapprocher physiquement, ça n’aide pas ceux qui en ont un besoin empathique.

      Ce qui voudrait dire qu’il faut secouer le gvt, mais ça veut dire passer par l’Assemblée ou le Sénat (Ah, Larcher…), sinon, comme le dit un article de MP, les matamores qui ont toujours rêvé en se rasant d’être sauveur de la nation vont proposer des packages aux bourgeois.e.s dont 97% ne devraient d’ailleurs pas clamser, car avec l’héritage, ils ne sont même pas si vieux que ça.

      Ah, ben oui, c’est anthropologique dans ces conditions, c’est vrai, même trop vrai.

    2. On peut rêver. Ya ka focon, au conditionel.
      La chambre des députés, le sénat ? Rêves au carré. Voir Ruffin. Motion de censure? du vent. C’est la loi de la démocratie représentative qu’il faut respecter. Dissolution ? du vent dans les branches de sassafras.

      Mais nous avons encore une arme bien réelle: les Gilets Jaunes et le RIC. Le RIC surtout. Ils sont actuellement entre parenthèses par nécessité. Ne les oublions pas. La colère parlera. A nous, le peuple, de la rendre productive.

      [ Je m’inscris en faux contre une des thèses mineures de Todd dans son dernier ouvrage, par ailleurs remarquable : les Gilets Jaunes étaient destinés à échouer. Ce, bien qu’il ait montré auparavant qu’ils avaient fait plier un gouvernement affaibli et paumé. 17 milliards d’impôts abandonnés.]

    1. Je comprends plus… mais c’est pas grave !

      Ouais je sais Julien, ça fait un peu campagne marketing. Impératif hypothétique. Toucher le plus grand nombre et changer de coeur de cible.

      Remarque formelle : il faut que contrairement à ce qu’il s’est passé avec les gilets jaunes et la fausse démocratie des non-leaders téléguidés et ainsi éviter l’introduction aussi subreptice que délibérée des culs de sac des créationnistes monétaires, que tout se fasse en pleine lumière. Processus de décision et autres. Qu’il n’y ait pas, contrairement à ce que les faux-nez de la gauche radicale – semble-t-il – font, de différences entre la fin poursuivie et les moyens employés. Manipuler les gens, quand ça remonte à la surface, ça fait des dégâts irréparables. Voulons-nous vraiment être comme nos adversaires ?

      1. Manipuler les gens, quand ça remonte à la surface, ça fait des dégâts irréparables. Voulons-nous vraiment être comme nos adversaires ?

        Plaît-il ? Tu fais référence à quoi ?

      2. Le RIC, si tu suis ma pensée. Pourquoi pas une bonne idée, à débattre, mais komenkséty qu’elle est arrivée là, celle-là ? Comme Lepage et son acolyte en session constitutionnelle… La pitié !

      3. Je vous trouve excessivement dur, et un rien condescendant…

        Madame (Mlle?) Komenkséty est une personne absolument remarquable, équilibrée, qui manque certes de bagage « technique » et de confiance en elle à ce niveau (elle semblait boire les âneries de Lordon, « âneries théoriques et conceptuelles dont il faudra bien un jour se décider à faire la liste », pour blablater comme « icelui ») mais d’un grand courage, ce qui est le plus important.

      4. Bonjour Zoubida,

        Désolé si j’ai pu vous apparaître dur ou condescendant à l’égard de cette demoiselle. Je n’ai a priori rien contre les gilets jaunes, bien au contraire, ni contre le RIC, moyennant quelques réserves : la facilité avec laquelle les gens se font balader et la manipulation dont ils peuvent être l’objet.

        Ce qui me conduit à être très critique en revanche à l’égard de ses promoteurs et de leurs méthodes, ça certainement.

        Car

        1/ on ne m’ôtera pas de l’idée que les non-leaders auto-proclamés se sont ou faits balader ou ont baladé les gilets jaunes. J’avais déjà, à l’époque, souligné le heureux hasard qui avait conduit notre motard à organiser en deux deux une conférence, ô combien opportune, avec les rois du confusionnisme – i.e. les créationnistes monétaires grands défenseurs et ardents diffuseurs devant l’éternel des bullshit grignonnaises.

        2/ Que le RIC n’est pas sorti d’un chapeau et que l’on sait très bien d’où cela arrive – avec le tirage au sort et autres machins dans le genre ateliers constitutionnels.

        Quand je parle de moyens qui ne doivent pas différer de la fin poursuivie, j’entends bien sûr par là la manipulation et le mensonge dont ces confusionnistes se sont faits les spécialistes, à tel point qu’on ne sait même plus qui ils sont : fachos tout court, ce que je pensais au départ, fachos de gauche, ce qui me semble plus probable maintenant. En tout cas, les exécuteurs des basses oeuvres et soutiers de méthodes qui les rendent identiques à ce qu’ils prétendent combattre.

        Quant à Lordon, si vous pouviez m’éclairer sur les âneries théoriques et conceptuelles qu’il raconte, vous m’en verriez tout-à-fait satisfait, n’ayant pas moi-même le bagage nécessaire pour les percevoir. On s’épargnera les critiques stylistiques, la prétention à l’universel du jugement de goût me laissant souvent sceptique et, dans ce cas précis, pas du tout d’accord.

        Serviteur, Madame.

      5. Un truc qui m’agace, mais alors qui m’agace vraiment – Bacri, sort de ce corps ! – c’est les pontifiants qui viennent vous lâcher la Vérité du haut de leur Olympe et qui ensuite, ne vous répondent pas. 🙁 Parfois, la longue suite de monologues à laquelle se réduisent les échanges sur le blog me laissent à penser que le medium n’est pas le bon..

        Oui je sais Julien, c’est un doublon, mais ils ne méritent pas mieux !

      6. Zoubida,

        Nous attendons toujours l’analyse serrée « des âneries théoriques et conceptuelles » du sieur Lordon.

        Impatiemment,

        2Casa

  4. Il semble que la locution latine signifiant peu ou prou « génération spontanée » ou « à partir de rien » ne cause quelques désagréments aux commentaires… D’où mes errances. Sorry !

  5. N’y a-t-il pas un télescopage à dire en même temps :

     » il y a une puissance émergente, où d’ailleurs la pandémie a démarré, mais qui a su la juguler assez rapidement.  »
    et
     » Une chose qui apparaîtra évidente avec cette crise, c’est qu’une pandémie, [ … ], ne peut être régulée que par une coopération au niveau mondial. »

    A la Chine, Etat continent il faut ajouter la Corée et Taïwan qui ont aussi endigué la pandémie, essentiellement parce que ces pays en sont à leur troisième et qu’ils ont pris les mesures que leur expérience a su leur dicter. La communauté internationale s’est doté depuis belle lurette d’un organisme mondial pour la santé, c’est l’OMS, ne réinventons pas la poudre. Ses recommandations sont en phase avec les actions menées par ces trois pays qui ont jugulé l’épidémie, à ce jour, il peut y avoir des rechutes bien entendu.

    Par ailleurs, le projet de modification des retraites a-t-il pour but premier la capitalisation ? Cette dernière n’est-elle pas mise habilement en pâture ? N’est-elle pas qu’un épouvantail qui cache le but réel qui est le découplage de la pension du salaire. Le régime à points c’est le découplage du salaire en ce que l’évolution de la valeur du point pourrait librement être déterminée par le pouvoir politique.

    Pas très consensuel, mais c’est mon sentiment.

  6. Procéder à des nationalisations, d’accord, mais qui dit nationalisations dit nation.

    Inscrire l’Etat-providence dans la Constitution, d’accord, mais qui dit Constitution dit nation et donc frontières même si « une pandémie nous montre à quel point les frontières sont des barrières artificielles ».

    Ce n’est pas être nationaliste que de rappeler cette cohérence.

    Les acteurs sur la scène du monde sont les nations. L’oublier c’est se condamner à l’impuissance.

    Les nations, comme les individus, peuvent être égoïstes, fermées, envieuses. Elles peuvent aussi être guidées par les plus beaux idéaux et la défense du bien commun. Faisons en sorte que ce soit le cas de la France.

  7. Bonne idée
    Mais tant que les subsides de l’état providence dépendront d’un Europack déficient rien de bougera
    Si l’eurogroupe des ministres des finances, le directoire de la banque centrale et les hauts fonctionnaires de la commision européenne ne bougent pas et ne définissent pas, clairement l’augmentation des budgets européens et la création d’un plan financier cohérent, le monde court à sa perte
    Pour financer rapidement la santé, les retraites, et à très court terme pour sauver la planète, les trente personnes qui décident du fameux pacte de stabilité doivent changer de modèle ou laisser la place
    Ce qui nous attend en terme de catastrophe humanitaire et de réchauffement climatique est en marche
    https://www.theguardian.com/environment/2020/mar/23/coronavirus-pandemic-leading-to-huge-drop-in-air-pollution
    Il serait temps que ces décideurs non élus et soi disant spécialistes de la finance regardent la réalité en face et fassent preuve de bon sens et non d’un immobilisme obtus et rétrograde !
    Daniel

  8. Ce coronavirus nous permet d’apercevoir ce que pourrait devenir une société en décroissance, qui serait plus supportable que la propagande économiste le proclame. En outre, nos systèmes décisionnels européens se révèlent moins mauvais que hurlé par les idéologues « yakafokon ». L’illustrent les courbes logarithmiques de P Jorion.
    En ce qui concerne l’état providence, constatons que le budget des états européens (surtout France et Belgique) se chiffre déjà à +- 50% du PIB. Difficile de qualifier cela d’ultralibéralisme. Croit-on qu’il faille s’acheminer vers une économie socialiste ? Si oui, comment éviter la dictature et comment garantir l’efficacité des administrations ?
    Enfin notre virus démontre bien que la destruction de la planète n’est autre que le PIB.

    1. Il n’y a pas que le socialisme et le libéralisme, hein… il y a aussi différentes formes d’anarchisme, le républicanisme sous différentes formes, et bien d’autres « modèles d’organisation » empruntés à à des sociétés plus « traditionnelles ».
      De même il y a 4 manières de gérer une ressource, au moins : laisser-faire (confondu pour des raisons idéologiques avec les « commons » par les libéraux, afin de discriminer ces derniers/ institution de droits de propriété + « marché » / gestion centralisée (étatique) / gestion intégrée (commons), et beaucoup de modèles mixtes.
      Même si selon P.J il n’y a que 2 moyens d’organiser l’avance de capital (mais une infinie façon de les mixer entre elles), ca laisse quand même pas mal de combinaisons possibles!
      Rassurez vous, il y a donc des alternatives entre le fascisme corporatiste (union de l’industrie et de l’armée… ce à quoi finit toujours, de facto, l’ultra-libéralisme) et le totalitarisme soviétique.
      Le pb de l’efficacité des administrations existe tout autant dans les grands groupes, passé une certaine taille et un certain niveau de complexité organisationnelle. Des solutions permettant de « limiter » le problème existent.
      Bref, keep calm. Ca peut bien se passer.

      1. S’agissant de gestion de la ressource ( d’ans la mesure où on ne peut pas s’en passer , ce qui semble être le cas ) , j’ai souvent ici cité Jean Cazeneuve ( l’ethnologie 1967 ) : »…distinction entre deux types de vie matérielle ( et d’accès à la ressource , c’est moi qui traduit ), celui qui consiste à piller la nature ( gestion capitalo-libérale de profit ) , et celui qui la transforme ( et l’épargne en restant en dessous de la capacité de charge , gestion qui n’a pas encore de traduction structurelle politique et nécessairement mondiale ) .

        Une vielle histoire de conquistadors et d’autochtones , de conquérants américains et d’indiens , de guerriers et de paysans , de nomades et de sédentaires ., de psychopathes et de gens à peu près équilibrés .…..

        25% des français seraient persuadés que le Conarddevirus est une fabrication artificielle volontaire via on ne sait quel Méphisto . Si ce foutu virus pouvait zigouiller par affinité de connerie ces 25 % là , on s eporterait déjà mieux .

    2. La partie PIB qui concerne « le bas de la pyramide de Maslow » doit être décomptée une bonne fois pour toute, c’est une autre façon de parler de l’argument de la gratuité des choses de base.

      Au XXIème siècle, s’il veut bien s’assagir, « c’est ainsi que les (hommes vivent) humains voudraient vivre ».
      (me revient le poème d’Aragon « est-ce ainsi que les hommes vivent… »)

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