Vidéo – Nous sommes très mal équipés pour la suite

Tiens ! Quelqu’un qui parle de la même chose que moi, même si c’est de tout autre autre chose 😉 . Et qui réagit de la même manière que moi devant les questions insolubles 😀 :

Le culte des saints populaires

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57 réflexions sur « Vidéo – Nous sommes très mal équipés pour la suite »

  1. Votre émotion (qui nous « émotionne » à notre tour) est soluble dans le meilleur de l’Humanité que vous nous proposez tous les jours sur votre Blog!

  2. Je ne vois pas trop en quoi nous sommes mal équipé, Puisque à droite comme à gauche de la carte notre espèce possède les mêmes organes reproducteurs.

  3. Quelle différence entre se fier à Raoult et se fier à Bouddha ?

     » et depuis que j’ai trouvé le chemin du Mont Sokei , je sais que la naissance et la mort ne sont pas différents …. »

    Peut être que antivirus et virus aussi .

    Je me demande ce que Maître Taisen Deshimaru pourrait dire du terme  » la suite » .

    Je reste avec mes quatre temps et quelques mystères .

    1. Vous ne voyez pas la différence entre Raoult et Bouddha ? Là, vous commencez à sérieusement m’inquiéter.

      Voici ce que Lévi-Strauss dit à propos de sa visite dans un temple bouddhiste :

      Entre ce culte et moi, aucun malentendu ne s’introduisait. Il ne s’agissait pas ici de s’incliner devant des idoles ou d’adorer un prétendu ordre surnaturel, mais seulement de rendre hommage à la réflexion décisive qu’un penseur, ou la société qui créa sa légende, poursuivit il y a vingt-cinq siècles, et à laquelle ma civilisation ne pouvait contribuer qu’en la confirmant.

      Tristes tropiques, 1955, p. 475

      1. Si ça ne fait que commencer , ça n’est pas trop grave .

        Quelle différence entre « rendre hommage » à une idole ou « rendre hommage » à une réflexion ?

        ( pour finir de vous désespérer )

      2. Remplaçons quelques termes et voyons ce que ça donne:
        « Voici ce qu’un chinois cultivé dit à propos de sa visite dans un monastère chrétien :

        Entre ce culte et moi, aucun malentendu ne s’introduisait. Il ne s’agissait pas ici de s’incliner devant des idoles ou d’adorer un prétendu ordre surnaturel, mais seulement de rendre hommage à la réflexion décisive qu’un penseur, ou la société qui créa sa légende, poursuivit il y a vingt siècles, et à laquelle ma civilisation ne pouvait contribuer qu’en la confirmant.

        Est-ce que ça marche ? Pour moi oui…
        Vous voyez peut être où je veux en venir ?

  4. Le film dont vous parlez, n’est-ce pas « en pleine tempête » ou « the perfect storm », film sorti en 2000, avec Georges Clooney ? Effectivement, dans mon souvenir, pas une prière mais des ordres pour tenter de sauver ce qui peut l’être et qui ne le sera d’ailleurs pas…

      1. Je dois reconnaitre que j ai prié sincèrement une fois dans ma vie au plus fort de la tempête de 1999… Face aux éléments ça reste encore le comportement le plus rationnel 😉

      2. Moi, non. Probablement parce qu’en matière de formation religieuse, mon milieu familial ne m’avait pas même fourni le minimum syndical (à part d’avoir été baptisé, mais je ne m’en suis jamais souvenu) :-D.

  5. Boujour aux lecteurs du blog et à Paul Jorion,

    J’ai été frappé par plusieurs de vos remarques récentes :
    la première concerne votre vidéo du 20/07, « Trump rattrapé par la réalité ». Vers 13.20 vous parliez de l’incompréhension d’un haut fonctionnaire américain, cloué au pilori alors qu’il avait l’impression d’être professionnellement parfaitement compétent puis vous donnez l’explication : « il n’a pas compris, sa femme est une démocrate, il est contaminé, ça suffit à l’éliminer. »
    De même, aujourd’hui, à propos de Raoult, vous expliquez bien que puisqu’il s’agit d’une foi, l’épreuve de vérité ne tient pas : sur le plan des faits, Raoult a été à chaque fois mis en défaut et cela n’a absolument aucune conséquence dans l’esprit des gens qui le soutiennent.
    Un troisième fait me vient d’ailleurs à l’esprit, à propos d’un texte de Marc Alizart dans lequel celui-ci explique que le climatoscepticisme n’est pas une opinion rationnellement construite mais une posture politique (https://diacritik.com/2020/04/01/mark-alizart-le-climato-scepticisme-doit-se-comprendre-comme-un-fait-politique-non-comme-une-opinion-coup-detat-climatique/).

    Il me semble que ces trois faits, auxquels on pourrait rajouter quantité d’autres, dessinent la grande énigme de l’époque présente. Peut-être la formuliez-vous à votre manière le 20 juillet en évoquant une curieuse « tolérance à l’anomalie ».
    Comment expliquer « la tolérance à l’anomalie » Trump et j’ajouterais comment se peut-il que nous ayons déjà évacué l’anomalie Daesh, qui à mon sens constitue une sorte d’absolue catastrophe anthropologique.

    Vous évoquiez aussi, dans votre vidéo du 20/07, « des gens à la personnalités très abimée » ; j’imagine qu’il faut chercher dans cette direction.

  6. L’argument qui revient souvent comme des oeillères pour accepter l’inéluctable dans la venue du Covid-19, c’est de l’envisager comme une réponse à la surpopulation mondiale. Pas d’allusion à l’au-delà mais une sorte de solution plus acceptable qu’une guerre pour corriger d’un ou deux zéros le nombre d’habitants peuplant la planète… et lorsqu’on demande quel sera le continent qui aura la faveur du virus, les tenants de ce discours pensent aux pays pauvres et lointains. Une foi peu chrétienne, en sorte, qui leur sert d’assurance tous risques.
    La foi dans le progrès est, elle-aussi, superbe à entendre.
    Les statistiques pays par pays ne sont pas aussi rassurantes mais qu’importe.

  7. Et moi je pense que nous ne sommes pas si mal équipés que ça. Témoignage de ma tante née en 1936 à la campagne. Parfois à l’école un(e) camarade disparaissait subitement et définitivement. Poliomyélite. Chaque enfant savait que ça pouvait lui arriver. Ma mère née en 1942. Pour éviter les mauvaises herbes dans les récoltes les gens passaient dans les champs pour les arracher à la main. Ce n’est pas si vieux. C’est la vie qui nous attend. Nous nous y remettront facilement puisque ce sera la condition pour vivre. Il y aura beaucoup de morts pendant la transition. Ben oui, et alors ? Nos anciens n’ont pas construit le paradis occidental en étant douillets. Il est juste dommage que nous n’arrivions jamais à le garder, ce paradis.

    1. On ne dit plus  » ne pas être douillet » , on dit  » être résilient » . Pour le paradis je suis plus circonspect , mais c’est vrai que mon baron préféré écrivait déjà en 1664 ( comme la bière, mais ses « sentences « circulaient déjà sous le manteau ):

      « Nous avons plus de force que de volonté , et c’est souvent pour nous excuser à nous même , que nous nous imaginons que les choses sont impossibles . »

      En clair , notre corps est mieux équipé que notre  » tête » , et c’est ce qui fait que l’espèce humaine est encore là .

      Ceci étant , avec un virus vicelard qui a l’air de déglinguer aussi bien le corps que le cerveau , l’affaire devient inédite et non prévisible .

    2. @ Arnould

      Avant de retourner desherber à la main, nous exercerons tout notre pouvoir pour retarder ce moment, et pour transférer sur d’autres que nous l’inconfort de ces taches ( article recent de Mediapart sur les esclaves desherbeurs polonais de carottes bio des landes, à deux pas de chez moi ) , Elysium existe, et nous y habitons.

      A l’heure de distribuer  » les sucettes en moins  » comme dit Jancovici, la jungle va devenir plus sauvage encore.

      Comment répartir cette pression qui arrive ?

      1. A propos d’Elysium, une excellente vidéo du Washington Post sur les pandémies du passé en Europe et aux États-Unis. Plusieurs historiens expliquent : confinement pour les riches, immunité de groupe pour… les autres.

        Exemple éclairant de la Louisiane, décimée en permanence par la fièvre jaune : mort dans d’atroces souffrances mais immunité permanente pour les survivants, appelée « acclimatation » (en français dans le texte bien entendu). Quand un travailleur pauvre meurt de la fièvre jaune, un de ses parents : cousin, neveu, beau-frère, vient d’ailleurs pour prendre sa place, cherchant à s’inoculer délibérément pour gagner l’acclimatation, dans une belle roulette russe à laquelle les pauvres de toutes les époques et de tous les pays sont … acclimatés !

      2. Quand je dis que le paradis c’est ici et maintenant, c’est quand même avec quelques ajustements proposés par Paul et quelques autres. Mais nous n’arriverons pas à le garder. C’est dommage, Jared Diamond nous avait expliqué que c’est une question de volonté, cf cette communauté d’humains sur une île perdue qui, lors de cérémonies religieuses je suppose, rendait à l’océan les bébés nés en trop. Équilibre rompu de l’extérieur lors de l’arrivée des curés.

    3. Je suis désolé, je n’ai pas tout écrit sur la disparition d’enfants atteints de polio jusqu’en 1945. Je complète, c’est mieux pour les archives du futur.

      D’abord je n’ai jamais rien entendu de tel concernant la France alors que mon père est né à Paris en 1930. Ma tante et ma mère sont nées resp. en 1935 et 1942 en Allemagne. Du coup, après avoir écrit mon commentaire sur la dure vie de nos parents, j’ai été pris d’un sérieux doute. Une recherche très simple trouve l’article suivant qui est une assez bonne version de l’article équivalent sur le wikipedia allemand :

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Euthanasie_des_enfants_sous_le_Troisi%C3%A8me_Reich

      En résumé le programme d’assassinat de masse par les autorités nazies a commencé dès le début de 1939 (avant la guerre) sur des bébés et enfants handicapés. Et il fait suite à des lettres écrites par des parents adressées au Führer lui demandant d’autoriser l’euthanasie de ces enfants ; apparemment les Allemands savaient que ce dernier était au dessus des lois.

      C’est surtout la déclaration de ma tante que chaque enfant savait que ça pouvait lui arriver qui m’avait choquée. Je pense maintenant qu’elle a vécu une telle disparition, ou bien que les enfants avaient évoqué l’affaire entre eux : on sait à quel point les enfants peuvent avoir des comportements monstrueux appréciés de notre point de vue d’adultes.

  8. Très intéressante réflexion, qui me donne envie de réagir (j’arrive au milieu de votre vidéo). Parmi la foule de choses qui me viennent à l’esprit :
    Qu’est-ce que la religion ?
    Quand on dit « la religion est l’opium du peuple  » ou quand on dit « Il existe autant de religions qu’il existe d’individus  » on a deux définitions diamétralement opposées.
    Dire que la religion a disparu car la peur a disparu c’est invoquer la première. Mais dans ce cas on devrait s’empresser d’ajouter  » et la peur a disparu laissant la place à une audace qui nous a conduit au plus belles réalisations comme aux pires exactions.  » Dostoïevski a très bien vu ce que signifiait la perte de Dieu, au travers de ses romans il montre comment la pensée nouvelle fait le jeu des opportunistes de tous poils (et particulièrement dans L’idiot).
    La peur a disparu laissant la place à une angoisse existentielle terrible (voir la consommation d’anxiolytiques actuellement).
    Être Athée n’est pas un rempart contre la religion, être athée signifie être profondément religieux. Face au théâtre de l’existence deux choix sont courants: dire que tout cela découle d’un Dieu omnipotent et bienveillant. Ou faire le choix que tout cela est dû au hasard. Chacune de ces attitudes est une croyance. Que savons nous en réalité ?
    Mais il existe une troisième voie, une voie du milieu. Qui peut apaiser l’angoisse sans réactiver le fanatisme. Qui peut rendre l’humilité sans retomber dans la peur.
    Je conclurai en citant Pessoa de mémoire (excusez pour les imprécisions)
    « Un Dieu naît, d’autres meurent
    La vérité n’est pas venue, n’est pas partie
    C’est l’erreur qui a changé.
    Nous avons maintenant une autre éternité (…)
    Aveugle la science laboure la glèbe vaine
    Démente, la foi vit le rêve de son culte… »
    Quelle est l’éternité de l’athée aujourd’hui ?
    Le néant (c’est un concept tout comme le paradis).
    Quel est le dieu de l’athée ?
    Le moi? Le bien commun? La postérité ?

  9. Mao cite Lao Tseu, Confucius, (au passage deux pensées dont je ne pense pas qu’elles soient vues comme complètementaires par les chinois). Cherche-t-il a s’inscrire dans une pensée, dans une tradition? Il pourrait aussi habilement à convoquer l’imaginaire de son peuple, éveiller ses plus profonds sentiments pour mieux le manipuler.
    Taoïsme et athéisme sont deux choses bien différentes. Encore une fois on confond la lecture des classiques et la réalité vécue. C’est un peu comme lire Maitre Eckhart et l’associer au christianisme tout entier. Si c’est ça, alors que cette religion est belle !

    1. Cf. mon Compte-rendu de Claude Larre, Mao et la vieille Chine, Paris : Épi, 1972, ici sur le blog, le 22 janvier 2017

      En 1971 paraît aux éditions Champ libre Les habits neufs du Président Mao, signé du nom de Simon Leys, pseudonyme du sinologue Pierre Ryckmans (1935-2014). Dans ce livre, l’auteur cite très peu ses sources, il reconnaîtra plus tard la part importante qu’il doit pour son information et ses propres analyses aux articles du père jésuite Laszlo Ladany dans la revue China News Analysis que celui-ci édite à cette époque à partir de Hong Kong.

      L’année suivante, en 1972, paraît aux éditons Épi, Mao et la vieille Chine, dont l’auteur est là aussi un père jésuite, Claude Larre qui aura vécu en Chine de 1947 à 1952. Larre aura été le dernier prêtre ordonné en Chine (cf. Vandermeersch), il observera la Chine depuis le Vietnam, puis la Révolution culturelle depuis Paris. L’un des chapitres de Mao et la vieille Chine, intitulé « La lance et le bouclier » et paru originellement dans la revue Études l’année précédente, est lui de la plume de Marie-Ina Bergeron.

      L’originalité du livre réside dans l’analyse qu’opèrent les deux auteurs de la synthèse qu’a réalisée Mao entre l’héritage culturel chinois qui est le sien de par sa naissance, et ce qu’il assimile ensuite d’un héritage occidental sous la forme telle qu’elle lui apparaît du marxisme-léninisme :

      « Il devient alors légitime de se demander si, tout en affirmant solennellement sa fidélité au marxisme-léninisme d’origine occidentale, le même Mao Tse-toung, le Parti, l’Administration et tout le peuple, quand il s’agit de la Praxis, ne sont pas les disciples très inconscients, mais d’autant plus fidèles, de la vieille tradition, celle de Lao tseu, celle du Yi King » (p. 21).

      Synthèse tout particulièrement marquante quand Mao produira une version véritablement syncrétique du concept de « contradiction », moteur de l’histoire pour Marx et Lénine, à partir des deux traditions culturelles distinctes que sont la sienne et l’occidentale.

      Larre note qu’« antérieurement au marxisme-léninisme se dressait déjà une dialectique authentiquement chinoise […] le taoïsme […] ce que nous connaissons en Occident sous le nom de Dialectique du Yin et du Yang » (pp. 15-16). Mais Bergeron précise que quand il s’intéresse à la contradiction, Mao se refuse à prendre comme son modèle l’opposition du Yin et du Yang, fait de deux contradictoires complémentaires, vivant en bonne entente ou pouvant vivre en bonne entente, pour choisir un autre couple d’opposés, qu’il emprunte au légiste Han Fei Zi (mort en 233 av. J.-C.), celui de la lance (mao) et du bouclier (touen), représentant des contradictoires nullement complémentaires mais véritablement exclusifs l’un de l’autre, qui ne peuvent cohabiter parce que c’est l’un ou l’autre, et non l’un et l’autre, puisqu’il s’agit de la lance et du bouclier que, dans une anecdote, un homme s’efforce de vendre au même acheteur : la lance capable de percer n’importe quel bouclier, et le bouclier qu’aucune lance ne parviendra jamais à percer (p. 101). « Logiquement, commente Han Fei Zi, un bouclier absolument impénétrable, et une lance omnipénétrante ne peuvent aller de pair » (ibid.)

      Bergeron écrit : « Mao-touen annonce une discontinuité dans la routine intellectuelle, un abandon de la notion de complémentarité et de la vieille tradition d’harmonie. Le passage de la société d’hier à celle de demain ne pouvait s’opérer que dans une rupture » (p. 110).

      Ceci n’empêchera pas Mao de renvoyer selon les occasions à deux types de contradictions : l’exclusive du mao-touen et la complémentaire du yin-yang.

      Larre écrit : « … ce qui est plus propre à Mao Tse-toung, c’est une sorte d’instinct naturel à s’ébattre, entraînant des milliers, puis des millions d’hommes avec lui, dans le maelström de la Contradiction » (p. 24).

      Quelles sont pour Mao les valeurs suprêmes ? Celles de Justice et de Peuple. Lorsque la justice a cessé de régner, c’est au Souverain de la rétablir. À défaut, un Chef du Peuple, promis à devenir Souverain, mènera la guerre révolutionnaire et rétablira un « accord profond du Souverain et du Peuple ». Sun Tzu (VIe siècle av. J.-C.), général fameux, auteur de L’art de la guerre en définira les conditions :

      « Le Tao de Sun Tzu, c’est l’accord profond du Souverain et du Peuple : un seul esprit, une seule volonté tendue vers un même but ; c’est l’unanimité des deux faces de la réalité globale : le Souverain et le Peuple, dont le rapport dialectique produit la vie de la nation, à travers la paix comme à travers la guerre. […] Il y avait déjà dans la position traditionaliste de Sun Tzu, réemployée selon les schèmes plus modernes du marxisme, tout ce qu’il fallait pour faire triompher, par-dessus même les exigences du Parti, une position de Chef du Peuple, de Souverain Vertueux qui défend tout ensemble soi-même et le Peuple, à travers la paix comme à travers la guerre » (pp. 93-94).

      Un Peuple, à qui revient la justice qui, si elle devait avoir disparu, sera rétablie par la guerre révolutionnaire :

      « La guerre révolutionnaire qui apparaîtra comme juste et comme populaire mettra progressivement de son côté tous ceux qui sont amis de la justice et tous ceux qui se reconnaissent dans le peuple. […] car la justice n’a pas de patrie et la conscience populaire peut s’établir par-dessus les frontières » (p. 92).

      Mais qu’est-ce que le juste ? Et sur ce point, Mao s’éloigne de la tradition chinoise pour intégrer un élément qui lui vient de la tradition occidentale : le test du réel se développant dans un processus historique, tel que Hegel l’a défini, et que Mao découvre ayant subi deux traitements théoriques successifs : Hegel traduit par Marx, puis Marx traduit par Lénine, ce qui s’exprime dans cet adage qui résume la pensée-Mao Tse-toung tout entière pour qui, de même que « la révolution n’est pas un dîner de gala », « les idées justes ne tombent pas du ciel » :

      « À deux mille ans d’intervalle, et devant une situation sociale et politique analogue – incurie totale du gouvernement, pagaille à tous les échelons, corruption et misère – Mao Tse-toung veut aussi recourir à l’idée de « justice ». Instinctivement d’ailleurs, il adopte le vocabulaire confucéen, la « rectification de cœurs », le retour aux « idées justes ». Mais les « idées justes » de Mao ne se rencontrent plus au bout du cœur de l’homme : « D’où viennent les idées justes ? Tombent-elles du ciel ? Non. Sont-elles innées ? Non. Elles ne peuvent venir que de la pratique sociale : la lutte pour la production, la lutte des classes, l’expérimentation scientifique » » (p. 113).

      Or on voit mal pourquoi des considérations à ce point raisonnables et rationnelles devraient causer des morts par millions. D’où proviendra alors l’hécatombe dont la pensée-Mao Tse-toung sera à l’origine ?

      Écoutons Claude Larre en 1972 :

      « La population apparaît à ceux qui en ont la charge comme la couverture humaine du globe, assez comparable à la couverture végétale des géographes. On ne nie pas la valeur inestimable de l’homme, « le plus spirituel de tous les êtres du monde », mais cet homme n’est jamais qu’un individu dont le destin singulier n’intéresse personne. L’homme individuel n’a pas encore eu sa chance dans la société politique chinoise » (pp. 48-49).

      Les hommes comme « végétation couvrant la terre », ou « mousse couvrant un toit ». Expression de la vie sans doute, mais relativement indifférente, comme ces fourmis que nous écrasons dans notre promenade sans nous préoccuper de la dévastation que nous créons parmi elles.

      « Oublier qu’il s’agit d’hommes », nous dit Larre :

      « Ceci est communiste et ceci est chinois. Ce qui est encore plus extraordinaire, c’est de considérer la société dans laquelle on est comme un élément naturel déchaîné, d’oublier qu’il s’agit d’hommes pour ne plus voir que les forces totales que représentent l’addition d’efforts individuels parcourus par le pouvoir unificateur de l’intelligence et de la volonté du chef, bref de voir la société comme un magma et les humains comme une masse.

      Or ceci est profondément traditionnel. C’est la seule explication satisfaisante de ce respect profond pour le Peuple allié au mépris des destins individuels (de l’autre, ou même de soi). L’effet marxiste vient se redoubler de l’effet sinique. C’est ce qui rend irrésistibles les mouvements internes et les mouvements externes des « campagnes » et des actions militaires de la Chine Populaire » (p. 25).

      Les millions de morts, en réalité, Mao s’en fiche : il se sera satisfait d’avoir rétabli l’équilibre entre le Ciel, le Yang, et la Terre, le Yin, entre le Souverain et le Peuple. Et Larre de conclure : « Mao Tse-toung aura été un très grand Empereur, affronté à d’immenses problèmes » (pp. 7-8)

      … pour autant, bien entendu, que les hommes ne soient pas davantage que « végétation couvrant la terre », mousse couvrant un toit.

      ==================================

      Léon Vandermeersch, « Claude Larre (1919-2001) », Lettre d’information de l’Association française d’études chinoises, N°33, février 2002

      1. Merci pour ce partage.
        Je voudrais revenir sur la notion de Taoïsme.
        Relisez le premier poème du Tao Te King :
        La conclusion est
        « Un qui est secret
        Mystère du mystère
        Porte secrète des mystères »
        Le taoïsme même dans le texte n’est pas du tout athée. Le mystère de l’existence est au coeur de sa démarche.
        Par ailleurs un autre extrait pour montrer que Mao n’a pas du tout compris le taoïsme, mais a manipulé froidement des concepts. (Et pour cela il me suffit de regarder ses actes sans connaître sa pensée):
        Conclusion du poème 8 :
        « Ne rivalisant avec personne
        On reste irréprochable.  »
        Comment peut on accorder une once de crédit à quelqu’un qui a fait tuer jusqu’aux membres de sa propre famille ?

  10. Le régime chinois selon vous veut sauver les gens ? Mmmm
    Ou bien cacher les morts sous le tapis et enfermer ou faire disparaître ceux qui tentent de faire remonter une autre vérité ?
    Enfin quoi qu’il en soit il est tellement rare et tellement précieux de voir quelqu’un ouvrir sa personne comme vous le faites. Désolé de découper vos propos au scalpel.
    Je vous trouve très courageux.

  11. Lorsque plus rien de rationnel ne peut plus être tenté et que tout semble devoir échouer, il est tentant pour les hommes de se tourner vers l’un des dieux d’une quelconque religion pour lui adresser une supplique ; il en a été ainsi pour le gouvernement de Paul Raynaud, voyant le désastre militaire se profiler, invoquer la protection divine le 19 mai 1940 lors du Te Deum à la cathédrale Notre-Dame…

  12. Pour enfoncer le clou je cite un autre poème du Tao te king, et là on pourrait non seulement dire que Mao n’était pas taoïste mais également que Lao Tseu était d’avance contre Mao (je crois que c’est possible).
    « Un prince conseillé selon la voie
    Ne soumet pas l’empire par les armes
    Car il connaît le choc en retour.

    Là où l’armée a campé
    Les épineux croissent.
    Là où une armée est levée
    Les mauvaises récoltes surviennent.

    Aussi l’homme juste doit-il se montrer résolu
    Sans user de forces.

    Résolu sans fanfaronnade
    Résolu sans orgueil
    Résolu sans arrogance
    Résolu car il n’y a pas d’autre choix
    Résolu sans violence.

    La puissance blesse l’âge
    Elle va à l’encontre de la voie.
    Ce qui va contre la voie
    Se termine précocement. « 

  13. Bonjour,

    Exemple : Développer le sens de l’orientation, ce n’est pas acheter un GPS,

    Remarque : le sens de l’orientation est un élément essentiel pour l’être humain,

    Commentaire : si on a plus le sens de l’orientation, nous sommes mal équipé,

  14. Politique « rugueuse »? La suite risque de se révéler effectivement longue, et décourageante voire déprimante pour beaucoup. La communication actuelle gouvernementale laisse toujours planer l’espoir non dit ou non contrarié d’une hypothétique résolution spontanée avec une façade de sérieux institutionnel. On laisse toujours la place à la stagnation d’en sentiment de naïveté et de candeur, face à des observations ailleurs assez inquiétantes. On ne va pas au bout de l’explication. Il y a de nombreuses observations qui renseignent maintenant que ce sera un phénomène échappatoire au moindre relâchement (cf courbes de cas Luxembourg, Australie, Israel) même dans des environnements sécuritaires et éduqués (et plus on est éduqué, plus on se considère comme exceptionnel et on passe à un comportement d’exception individuelle dans le groupe). Il faut pousser l’autocontrôle à des niveaux asiatiques pour (jusqu’à présent) avoir un effet de maîtrise. C’est un des nombreux paradoxes de ce modèle pandémique, plus on isole les agés, plus ce sont les jeunes qui diffusent et plus cette diffusion (infusion est plus juste compte tenu de la temporalité) passe inaperçue.
    Tant que les gens ne comprendront pas que porter un masque n’est pas simplement une condition imposée pour rentrer dans un commerce, qui les absout de toute autre responsabilité, que c’est isolement complètement insuffisant, mais que cela fait parti d’un tout appelé à durer et qui doit commencer dès la sortie de la porte du domicile, et guider les précautions de chaque mise en relation avec autrui, on ne sera nulle part. Soit on le comprend, soit les dirigeants comprennent que personne ne comprend et l’imposent. Dans le doute de l’évolution future de se modèle de propagation inédit, on a pas le luxe du choix.

    1. @C.A. 26/7 à 9h28 écrit : … » paradoxes de ce modèle pandémique, plus on isole les âgés, plus ce sont les jeunes qui diffusent et plus cette diffusion (infusion est plus juste compte tenu de la temporalité) passe inaperçue. « …

      Peut-être voudriez-vous développer un peu… tenant compte (ou non) de ceci :
      a) Seuls les « âgés NON autonomes » (ex: EHPADS) ne peuvent effectivement maîtriser ni leur zone extérieure ni , encore moins , leur zone intérieure de vie . La « rétention en isolement » (trop souvent dans des conditions indignes) qui leur fût imposée ne me semble pas reproductible « humainement »… A-t’on profité de l’ « entracte » actuel pour définir une attitude « au cas où »..? A-t’on demandé leur avis?
      b) Les « âgés autonomes » ont maintenant bien intégré le danger mortel que représenterait toute attitude de rejet des recommandations prophylactiques bien connues. Ils me semblent bien capables de prendre leur(s) responsabilité(s) en toute connaissance de cause.
      Pour ceux qui décideraient librement de s’isoler « 100% at home » , resterait à gérer leur recensement et la mise en place cohérente de services de survie sans contact. (au niveau des mairies..)
      c) Quant aux « plus jeunes » il me semble impératif d’axer toutes les recommandations/impositions relatives aux occasions/tentations/organisations/…/ au travers le filtre d’une politique « favorisant » la « vie commune » à bas bruit « avec ce virus… = le meilleur compromis entre vie active « normale » individuelle responsable et réactivité/disponibilité du système de soins de santé.

      ((Pour le point c)… c’est vite dit… et maintenant  » vous avez quatre heures « ! ))

  15. Ce que vous dites sur les Saints populaires me rappelle un documentaire sur la Chine où l’on exposait une pratique courante chez eux : le matin sur le chemin de l’école une personne récolte l’urine des jeunes enfants pour ensuite la faire bouillir et y faire cuire des œufs. Les personnes âgées les achètent pour les manger. Cela est censé leur apporter la longévité. Une vieille femme à qui on demande si ça marche vraiment répond : « ça marche si on y croit » (je crois que c’est dans le documentaire arte « les super-pouvoirs de l’urine ».
    Je n’y voit d’ailleurs pas forcément qu’une superstition mais n’est on pas la typiquement dans la pensée magique que vous évoquez ?
    Je ne crois pas les chinois si différents de nous à cet égard

    1. Oui il y a peut-être quelque chose. Un souvenir d’enfance (j’ai 3 ou 4 ans) : j’avais un jour malencontreusement fait pipi sur l’une de mes deux pantoufles (en cuir rouge). J’étais inconsolable d’une tragédie faisant pâlir en comparaison Oedipe-Roi. Jusqu’au jour où mes pantoufles ayant vieilli, l’une s’était ridée : celle qui avait été épargnée, alors que l’autre était toujours pétante de santé. Un grand mystère était apparu !

      Si je me souviens de ça – la Providence s’occupant de tout – c’est probablement pour que quelqu’un ici résolve simultanément le mystère des oeufs chinois et de la pantoufle rouge !

      1. Je laisse à un autre le soin de s’y atteler. Merci d’avoir partagé ce souvenir cocasse et très évocateur d’une enfance haute en couleurs.

      2. Pour la pantoufle , on peut imaginer que celle ci a été nettoyé après les petits dégâts . Ce seul soin a pu la préserver car « la longévité d’un bon cuir dépend aussi de son nettoyage et de son entretien. Un cuir non nettoyé perdra de son éclat et finira par se dessécher » .
        Pour le côté symbolique de la chose , tout est question d’interprétation .Par exemple, certains accidents de la vie peuvent révéler des conséquences heureuses voir étonnantes.

        Pour l’urine bouillue d’enfant Chinois du cru , n’importe quel médecin confirmera qu’un remède fait du bien ( du point de vue du malade) d’autant plus qu’on y croit. Ressort humain bien connu du professeur Raoult qui, pour sa défense , ne prétendra à devenir un saint que le jour où l’on proposera sa propre urine comme remède à tout faire.
        Pour l’explication culturelle de la chose , n’étant point chinois mais amateur de chinoiseries, il est possible que l’on sous estime le poids de certains tabous propres à chaque culture.

        https://www.youtube.com/watch?v=TFRg5jCNZSM

  16. J’espère que c’est mon dernier commentaire sur ce post 🙂 (vous aussi peut-être !)
    Lorsque vous évoquez le fond de religion qui ressort au moment où l’on est face à la mort:
    Vous analysez ce phénomène comme un dernier ressort désespéré contre une issue qui semble fatale. Une sorte de carte joker pour affronter le sort moins douloureusement. C’est très certainement juste. Mais on pourrait peut-être y dégager une autre signification en y regardant de près. Lorsque nous avons la peur de notre vie, on voit sa vie défiler devant ses yeux. Ce n’est pas simplement une expression, beaucoup de personnes disent l’avoir réellement vécu. Comme si on a besoin de faire un point rapide avant de rendre l’âme, pour y dégager l’essentiel. Et si le sentiment religieux vient au même moment où dans un temps plus long, s’il refait surface à cet instant précis après des années de refoulement, du fond de la plus tendre enfance, c’est peut-être parce qu’il y a ici quelque chose d’essentiel que l’on a oublié. Pas forcément la religion en elle-même mais un sentiment religieux que nous aurions jeté avec l’eau du bain si j’ose dire. L’âge de raison nous aurait il amputé de quelque outil essentiel. C’est alors que sous le choc de la proximité de la mort il surgit, entier, demandant à être pris en compte, regardé une dernière fois à défaut d’en avoir pris soin toutes ces années.
    C’est souvent avec une profonde nostalgie que je me souvenais de ma petite enfance. Jusqu’à ce que j’accepte de laisser couler les larmes. Et il y en avait des torrents. Après cela beaucoup d’angoisses qui me hantaient se sont évanouies.

  17. « L’opposition du Yin et du Yang n’est pas seulement un principe de base de toute la culture chinoise, elle se reflète également dans les deux tendances dominantes de la pensée chinoise. Le confucianisme était rationnel, masculin, actif et dominateur. Le Taoïsme, en revanche, mettait l’accent sur tout ce qui était intuitif , féminin, mystique et souple.
    Ne pas savoir que l’on sait, voilà l’excellence, dit Lao-tseu, et le sage adopte la technique du non-agir et pratique l’enseignement sans parole. Les taoïstes croyaient que déployer les qualités de souplesse de la nature humaine était la façon la plus simple de mener une vie parfaitement équilibrée, en harmonie avec le Tao. Leur idéal est bien résumé dans un passage de Tchouang-tseu décrivant une sorte de paradis taoïste :

    Les hommes de l’ancien temps, avant le Chaos, partageaient la sérénité de l’univers entier. A cette époque, le yin et le yang étaient harmonieux et tranquilles ; repos et mouvement alternaient sans heurt ; les quatre saisons étaient spécifiées ; il n’était fait de tort à aucune chose, et aucun être vivant n’était mené à une fin prématurée. Les hommes, bien que doués de la faculté de connaître, n’avait point l’occasion de l’exercer. Cela était ce qu’on nomme l’état d’unité totale. En ces temps-là il n’y avait pas d’action de la part de quiconque ; mais une manifestation constante de la spontanéité. »

      1. « La mer, eau la plus pure et la plus impure : pour les poissons bonne à boire et cause de vie, pour les hommes imbuvable et cause de mort. »

  18. Une petite observation le son est bcp trop bas sur vos vídeos meme avec les écouteurs a fond au dela des messages d avertissement pour les oreilles on a du mal a entendre. Et j ai eu tout bon niveau audition a la derniere visite medicale du travail en novembre dernier.

      1. L accoustique de la piece ? La distance au micro, des obstacles devant celui ci autour de votre ordinateur si vous utilisez le micro intégré ? Je reecoute sur le pc branché sur la télé a la maison mais sur le téléphone au boulot ça le fait pas 😞

  19. Avoir la foi, ce n’est pas croire en des superstitions (les philosophes des Lumières obscures croyaient cela). Les athées croient ce qu’ils voient et les croyants voient ce qu’ils croient. Ce n’est pas parce que cette formule est simpliste qu’elle ne contient pas un enseignement profond.
    Avez-vous entendu parler de la notion de Tradition Primordiale développée par René Guénon ?
    L’amour chasse la peur et inversement.

      1. Demandez à Paul Jorion, il en parle au moins 4 fois dans sa vidéo. Je suppose qu’il s’agit de la peur de la mort. Paul Jorion souhaite, si j’ai bien compris, que les gens ne deviennent pas croyants à cause de leur peur car, si j’ai toujours bien compris, ils deviendraient alors moins viligeants face à la covid-19.
        Je voudrais le rassurer en lui affirmant que ce n’est pas parce qu’un vrai croyant n’a pas peur de la mort qu’il n’est pas sensible à la vie. Il n’a aucune raison d’être moins vigilant que les autres personnes au sujet de la covid-19. Paul veut peut-être parler des fanatiques qui ne sont pas de vrais croyants.
        Une petite conférence sur le sujet ?
        https://www.youtube.com/watch?v=540fQmYBWj0

      2. Merci de cet écho plutôt positif .

        Je ne crois pas que Paul Jorion ( pas moi en tous cas ) , en bon laïc , dénie aux croyants d’être sensibles à la vie . J’imagine plutôt qu’il avance que lorsqu’on n’a pas « l’assurance vie dans l’au delà  » , on est plus enclin à être imaginatif pour rester en vie .

        J’ai accompagné, dans l’urgence ou le temps posé , des croyants et des non croyants dans leurs dernières semaines. Je n’ai pas eu la démonstration que l’une ou l’autre des situations rendaient plus lucides ou « sans peurs » devant la mort .

        Heureusement et dans la grande majorité des cas, la nature était assez bonne mère ( ou le patch de morphine ) pour ôter la conscience suffisamment tôt pour que la question n’ait aucun sens .

        PS : bien que votre lien soit fort intéressant et riche , vous ne m’en voudrez pas de rester sur l’intuition que les deux minutes de fin des temps modernes de Charlie Chaplin, me conviennent mieux que cette longue conférence de 1h 25mn .

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