3 réflexions sur « Vidéo – Cinéma anglais (1959-63) VI – « The Loneliness of the Long Distance Runner » »

  1. Bonjour monsieur Jorion,

    Réduire nos échanges – qu’au demeurant j’ai trouvé extrêmement stimulants 😉 – à la question du jugement de valeur ou de goût et de la fausse problématique du « chef-d’oeuvre » me paraît un résumé pour le moins… synthétique.

    Bonne journée !

  2.  » Quelle étrange chose que la solitude, et combien elle est effrayante ! Nous ne nous permettons jamais de nous en approcher de trop près ; et si par hasard nous le faisons, nous la fuyons rapidement. Nous ferons tout pour échapper à la solitude, pour la dissimuler. Notre préoccupation consciente et inconsciente semble être de l’éviter ou de la surmonter. Éviter et surmonter la solitude sont tout aussi futiles ; bien que réprimée ou négligée, la douleur, le problème, est toujours là. Vous pouvez vous perdre dans une foule, et pourtant être totalement seul ; vous pouvez être intensément actif, mais la solitude s’insinue silencieusement en vous ; posez le livre, et il est là. Les divertissements et les boissons ne peuvent pas noyer la solitude ; vous pouvez l’éviter temporairement, mais lorsque les rires et les effets de l’alcool sont terminés, la peur de la solitude revient. Vous pouvez être ambitieux et avoir du succès, vous pouvez avoir un grand pouvoir sur les autres, vous pouvez être riche en connaissances, vous pouvez vous adorer et vous oublier dans la rigolade des rituels ; mais faites ce que vous voulez, la douleur de la solitude continue. Vous pouvez n’exister que pour votre fils, pour le Maître, pour l’expression de votre talent ; mais comme les ténèbres, la solitude vous couvre. Vous pouvez aimer ou haïr, vous en échapper selon votre tempérament et vos exigences psychologiques ; mais la solitude est là, attendant et observant, se retirant seulement pour s’approcher à nouveau.

    La solitude est la conscience d’un isolement complet ; et nos activités ne sont-elles pas auto-enfermantes ? Bien que nos pensées et nos émotions soient expansives, ne sont-elles pas exclusives et divisantes ? Ne recherchons-nous pas la domination dans nos relations, dans nos droits et nos possessions, créant ainsi une résistance ? Ne considérons-nous pas le travail comme « le vôtre » et « le mien » ? Ne sommes-nous pas identifiés au collectif, au pays ou à quelques-uns ? Toute notre tendance n’est-elle pas à nous isoler, à diviser et à séparer ? L’activité même du moi, à quelque niveau que ce soit, est la voie de l’isolement ; et la solitude est la conscience du moi sans activité. L’activité, qu’elle soit physique ou psychologique, devient un moyen d’auto-expansion ; et lorsqu’il n’y a pas d’activité d’aucune sorte, il y a une prise de conscience du vide du soi. C’est ce vide que nous cherchons à combler, et en le remplissant nous passons notre vie, que ce soit à un niveau noble ou ignoble. Il peut sembler qu’il n’y ait aucun dommage sociologique à combler ce vide à un niveau noble ; mais l’illusion engendre une misère et une destruction indicibles, qui peuvent ne pas être immédiates. Le désir de combler ce vide – de le fuir, ce qui est la même chose – ne peut être sublimé ou supprimé ; car qui est l’entité qui doit être supprimée ou sublimée ? Cette entité même n’est-elle pas une autre forme de désir ? Les objets du désir peuvent varier, mais tous les désirs ne sont-ils pas similaires ? Vous pouvez changer l’objet de votre envie en passant de la boisson à l’idéation ; mais si vous ne comprenez pas le processus de l’envie, l’illusion est inévitable.

    Il n’y a pas d’entité séparée du désir ; il n’y a que le désir, il n’y a personne qui a un désir. Le désir prend différents masques à différents moments, en fonction de ses intérêts. Le souvenir de ces intérêts variables rencontre la nouveauté, qui provoque un conflit, et ainsi naît le choix, qui s’établit comme une entité séparée et distincte du désir. Mais l’entité n’est pas différente de ses qualités. L’entité qui tente de remplir ou de fuir le vide, l’inachèvement, la solitude, n’est pas différente de celle qu’elle évite ; elle l’est. Il ne peut pas se fuir lui-même ; tout ce qu’il peut faire, c’est se comprendre lui-même. Il est sa solitude, son vide ; et tant qu’il la considérera comme quelque chose de séparé de lui-même, il sera dans l’illusion et le conflit sans fin. Lorsqu’il fait l’expérience directe de sa propre solitude, c’est seulement alors qu’il peut être libéré de la peur. La peur n’existe qu’en relation avec une idée, et l’idée est la réponse de la mémoire en tant que pensée. La pensée est le résultat de l’expérience ; et bien qu’elle puisse réfléchir au vide, avoir des sensations à son égard, elle ne peut pas connaître le vide directement. Le mot « solitude », avec ses souvenirs de douleur et de peur, empêche d’en faire une nouvelle expérience. Le mot est mémoire, et lorsque le mot n’est plus significatif, alors la relation entre l’expérimentateur et l’expérimenté est totalement différente ; alors cette relation est directe et non par un mot, par la mémoire ; alors l’expérimentateur est l’expérience, qui seule apporte la libération de la peur. »

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