Aurons-nous l’opportunité d’un « moment Pearl Harbor écologique » pour déclencher un Etat d’Urgence écologique et la transition ?, par Cédric Chevalier

L’actualité nous montre des images d’apocalypse par le feu en Californie, rappelant celles que nous avons vu au Brésil récemment et précédemment, en Australie. Pendant que des rapports nous annoncent que l’Humanité est en train d’exploiter et détruire la nature à une échelle jamais vue.  L’année 2020 pourrait devenir la plus chaude jamais mesurée. Bref, il semble que le concept « d’effondrement » sorte de la catégorie des concepts théoriques pour devenir un questionnement pratique sur notre réel, le où et le quand nous vivons tous.

Comme pour la catastrophe de Fukushima, nous évaluons déjà très mal les risques et l’incertitude liés aux événements rares de grande ampleur, mais nous évaluons encore plus mal l’interaction des risques (conjonction-amplification-rétroaction), et en particulier la conjonction des risques de grande ampleur (perfect storm en anglais, soliton pour Paul Jorion).

Or c’est probablement ce genre de phénomène multiple qui a causé plusieurs des grandes extinctions massives du passé. Si nous voulons vivre et avons le moindre intérêt dans la poursuite de l’aventure humaine, nous ferions peut-être bien de nous inquiéter un peu plus et d’agir vite et massivement.

Pour le coauteur de notre essai « Déclarons l’Etat d’Urgence écologique », Thibault de La Motte, et moi, la question qui se pose est « quelle est la taille de l’événement » suffisant pour provoquer une « prise de conscience suffisante », une rupture du continuum, une cessation de l’inertie politique qui nous projette tendanciellement vers les effondrements ? Ce que Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin nomment « le moment Pearl Harbor » dans leur récent essai « Comment sauver le genre humain ». L’idée est qu’avant cet événement du « réveil brutal », le changement de trajectoire est politiquement, psychologiquement, socialement impossible et qu’après oui (on peut du moins essayer). Qu’en fait la possibilité de changement est liée au déblocage (toujours momentané) de la pensée permanente de l’impossible (imaginaire dominant, ordre du discours, état de fait, inertie du système, dogmes). Il faut des chocs pour avancer : il faut Dutroux pour supprimer la gendarmerie en Belgique et fusionner avec la police, suite à leurs échecs de fonctionnement. Il faut les Gilets jaunes en France pour libérer quelques budgets sociaux. Il faut Pearl Harbor pour que les USA entrent en guerre et appuient l’Europe militairement sur le terrain.

Le « moment Pearl Harbor » est finalement un moment où « l’impossible » qui prévalait devient soudaine politiquement possible.

Ce raisonnement a aussi conduit Naomi Klein à théoriser la « stratégie du choc » lorsque l’événement de « réveil brutal » est créé de toute pièce par des forces mal intentionnées, comme l’incendie du Reichstag en 1933, que l’on soupçonne d’avoir été provoqué par les Nazis eux-mêmes dans un but de choc politique sur la population. D’un point de vue trivial, nous sommes nombreux à avoir observé que nous éprouvions des difficultés à changer sérieusement tant que nous ne sommes pas coincés dans un cul de sac, ou le front écrasé contre un mur qui s’oppose à la poursuite de nos vieilles habitudes. Mon grand-père disait fameusement : « laissez l’enfant se piquer aux orties, après il fera attention ». Selon le raisonnement du « choc » nécessaire, il va falloir de grosses catastrophes climatiques, écologiques pour que des pays entament une transition écologique réelle. Il ne faut pas appeler à déclencher soi-même un choc comme les Nazis mais il y a une certaine logique éthique à souhaiter ce choc nécessaire pour éviter davantage de victimes, dans une perspective conséquentialiste. Nous aurions donc besoin de notre « Pearl Harbor écologique » pour pouvoir enfin avancer sérieusement et mettre en place une sorte « d’économie de guerre écologique », un Etat « d’urgence écologique » et la mobilisation de la puissance publique et des citoyens en vue d’effectuer concrètement et massivement la transition.

Après les événements de 2018, l’Australie et la Californie en raison de leur richesse et de leur place assise au premier rang des effondrements, de leur nature démocratique et libérale, font figure d’excellents laboratoires (« expérience naturelle » en méthodologie scientifique : soit un choc externe dont on « profite » pour étudier scientifiquement un phénomène, car ce choc génère des causes et des effets qu’on peut mesurer). La Floride et le Canada également, chacun pour leurs raisons (tempêtes et réchauffement plus rapide des pôles).

Le Royaume-Uni fait partie également des zones d’expérience pour les observateurs de la transition écologique, à cause de la force politique qu’y a acquis Extinction Rebellion, et de la réaction autoritaire que lui oppose Boris Johnson et la police britannique.

Il y a plusieurs hypothèses quant à la taille et au timing du « moment Pearl Harbor ». Il semble jusqu’à présent que les méga-phénomènes de destruction climatique que nous avons connu n’ont pas encore suffi : le gouvernement australien de droite climato-sceptique tient toujours, Boris Johnson aussi, Donald Trump au moins jusqu’aux élections. On peut poser que la taille moyenne des événements « collapsologiques », comme les méga-feux, va augmenter à mesure que t tend vers l’infini, à mesure que le temps passe. Et on doit poser qu’il existe une taille T = TS qui est Suffisante, performante pour jouer le rôle de « moment Pearl Harbor écologique ». Il faut ensuite placer la balise SI qui est le Seuil d’Irréversibilité systémique qui conduirait à l’extinction humaine, sur la même ligne du temps. Il existe des univers dans lesquelles TS a TOUJOURS lieu après SI et donc nous allons nous éteindre, NECESSAIREMENT. Il existe d’autres univers dans lesquels T PEUT survenir avant SI mais alors deux cas de figure existent : parvenons-nous à saisir ce momentum (comme le président américain Roosevelt avec Pearl Harbor) ou pas ?

Sachant qu’on peut poser aussi T1, T2, T3 avec chaque fois une opportunité de momentum Pearl Harbor en fonction de la capacité des forces du changement de faire gagner leur interprétation de l’événement (hégémonie culturelle), où la hausse de la taille de T va progressivement nous aider : il sera de plus en plus facile d’avoir une taille d’événement facile à interpréter en notre sens, alors qu’à mesure que T croît, il faut s’attendre à ce que le mouvement pour le changement croisse. Quel sera le T qui aura la taille suffisante pour devenir le « moment Pearl Harbor écologique », le TS ? Nous ignorons s’il en existe un et du quel il s’agira, nous ne le saurons qu’après coup. Mais nous devons quand même chaque fois faire « comme si » le choc était suffisant, afin de nous montrer « opportunistes » (comme les néolibéraux dénoncés par Naomi Klein), afin de « récupérer » l’interprétation de l’événement comme « devant nécessairement déclencher la transition écologique massive ». Ce raisonnement paraîtra machiavélique, problématique, l’auteur de ces lignes affirme pour sa défense que c’est l’éthique de protection de la vie humaine et son observation de l’histoire politique qui l’amène à penser de la sorte. Idéalisme et pragmatisme mêlés donc.

Le point de bascule aura lieu si le mouvement devient « hégémonique » (le pourcentage de « majorité » nécessaire dépend des institutions : 5%, 30%, 50%, 66% ?).

Mon coauteur Thibault de La Motte se demande si quand T surviendra, il ne sera pas « déjà trop tard ».

Il faudrait affiner ceci mathématiquement et illustrer par des schémas pédagogiques mais cela correspond à un article dans Nature où les auteurs plaident pour reconnaître que nous sommes dans un « état d’urgence planétaire » et que nous devons « agir en conséquence ». Cet article contient quelques équations reliant risque et urgence par rapport au temps d’intervention pour éviter le risque, et qui intéressera les plus matheux d’entre nous. Je cite le passage intéressant (et les non matheux passeront à la suite) :

« URGENCE : FAITES LE CALCUL

Nous définissons l’urgence (E) comme le produit du risque et de l’urgence. Le risque (R) est défini par les assureurs comme la probabilité (p) multipliée par le dommage (D). L’urgence (U) est définie dans les situations d’urgence comme le temps de réaction à une alerte (τ) divisé par le temps d’intervention restant pour éviter un mauvais résultat (T). Ainsi, dans les situations d’urgence, l’urgence (U) est définie comme le temps de réaction à une alerte () divisé par le temps d’intervention restant pour éviter un mauvais résultat (T) :

E = R × U = p × D × τ / T

La situation est urgente si le risque et l’urgence sont tous deux élevés. Si le temps de réaction est plus long que le temps d’intervention restant (τ / T > 1), nous avons perdu le contrôle. »

Actuellement en Californie, on observe : méga-incendies + pandémie (confinement à domicile) + banlieues pavillonnaires + records de chaleur (climatiseurs électriques) + sécheresse + coupures de courants + émeutes raciales + suprémacistes blancs surarmés + président US qui évoque la non reconnaissance du résultat des prochaines élections + état démocrate clef + groupes d’intervention police des frontières envoyés par le fédéral (description en actes et en potentiel) + …

Avec un driver général conséquent : le mépris des limites écologiques en actes, la médiocrité de la démocratie US (plus assez de citoyens réflexifs et autonomes) et la faiblesse de la pensée systémique-complexe en raison.

On pourrait transformer les éléments listés en un schéma en boucles de rétroactions positives… on peut intuitivement deviner les sentiers possibles qui s’orientent vers des effondrements démocratiques, écologiques, sociaux et économiques.

En Australie, on peut ajouter dans les boucles le processus de censure des scientifiques écologistes du privé et du public.

Au Royaume-Uni, le fait que les activistes et l’intelligentsia vont aller en prison s’ils se rebellent contre l’extinction.

En Belgique, le déni paresseux suffit, l’urgence climatique ne semble plus un thème d’expression publique prioritaire ni pour les partis écologistes, ni pour les autres partis. On semble veiller à ce que la population puisse dormir tranquillement depuis 2 ans avec un gouvernement qui a environ 30% des députés du Parlement derrière lui.

En France, on n’aime peut-être pas la bonhomie belge, donc on fait toujours de grandes envolées lyriques au sommet de l’Etat, on lit même des ouvrages de collapsologie (l’ancien Premier ministre a lu Pablo Servigne et Raphaël Stevens : « Comment tout peut s’effondrer »), mais on est expert pour dégonfler avec un art politique byzantin le bel écrit ambitieux de la pensée française une fois qu’il faut le traduire en réalité concrète (articles du Monde sur comment reporter, diluer, nier, décortiquer, torpiller toutes les propositions du rapport de la Convention citoyenne pour le climat).

Tout cela fait un très beau système de tempête parfaite, à même de générer de belles envolées lyriques. Ce sentiment de sublime face aux catastrophes (naturelles), décrit par Emmanuel Kant, nous fait aussi penser à l’essai « Le mal qui vient » de Pierre-Henry Castel. L’esthétique de la catastrophe devient presque une forme d’épicurisme et de stoïcisme « de survie » en époque d’effondrement : puisque je n’y peux rien, pourquoi ne pas contempler l’incendie en cessant de lutter ? Quitte à vivre ces expériences, autant y trouver un peu de joie malsaine, non ?

Ce sentiment du sublime qui nous plonge dans un état de contemplation inerte, et qui dépolitise une partie du public collapsonaute, est un piège mortel évidemment ! Il faut se botter les fesses et lutter ! La vue de l’incendie doit nous conduire à l’action pratique : regroupons-nous (citoyens), prenons des seaux, faisons une chaîne à partir du puit et éteignons ensemble (Etat, associations, communes, entreprises, syndicats) l’incendie de notre maison (la Terre) !

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66 réflexions sur « Aurons-nous l’opportunité d’un « moment Pearl Harbor écologique » pour déclencher un Etat d’Urgence écologique et la transition ?, par Cédric Chevalier »

  1. Entièrement d’accord sauf peut être avec la  » joie malsaine  » car je n’arrive pas à voir ce qu’il y aurait de malsain à kiffer quand le doigt se pose avec sobriété sur l’interrupteur.

      1. @chevalier Cédric,
        Il faut commencer par le début.
        Ex : l’habitant de la campagne peut défricher un terrain pour y faire du maraîchage.
        Ex : l’habitant de la campagne peut clôturer un terrain pour y faire de l’élevage
        Ex : l’habitant de la campagne peut louer des terres à l’habitant de la ville pour y faire la même chose etc….
        Il est ridicule de soumettre les habitants aux lois du commerce.

      2. On doit donc souscrire à l’intégralité de votre texte pour que vous ne vous fourvoyez pas. Ça perd en charme
        Je rigole c’est bon !

  2. « J’aimais faire de la randonnée, chercher des légumes sauvages, trouver des champignons sauvages. Mais maintenant, c’est tellement dangereux », explique M. Kanno, en référence aux niveaux élevés de césium radioactif encore présents dans les forêts denses d’ici. « Nous ne pouvons plus avoir de relation avec la nature. Elle a disparu ».

    https://www.npr.org/2020/09/10/904356338/in-rural-fukushima-the-border-between-monkeys-and-humans-has-blurred

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    1. @PAD.
      Dans la bande dessinée « La Caste du Métabaron », il y a une phrase amusante : « Vous devez accepter la réalité telle qu’elle est Madame, il y a des siècles que la Nature a cessé d’exister ».
      Je peux envisager l’opinion qui dit « peu importe si l’Humanité survit heureuse ».
      Sauf que j’ai des raisons de penser que c’est impossible biophysiquement, et que existentiellement, supprimer l’Altérité radicale de la Nature pour la remplacer par la fausse altérité des machines (nos productions propres), c’est nous exposer au mimétisme destructeur de nous-mêmes vis-à-vis de nous-mêmes, une mise en abîme qui va retirer l’essentiel du mystère de l’existence et nous conduire au nihilisme total (enfin je ne sais pas expliquer ceci très clairement mais je crois que nous avons besoin de l’Altérité radicale du Vivant autre que nous pour exister en tant qu’Humanité : l’Autre est nécessaire à la définition de notre identité, comme limite.

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  3. Cédric, le pendant de la modeste réaction aux vifs signaux,
    c’est une expérience récente cumulée sur 30-40 ans d’un échec des réactivités de tous domaines
    (Je parle ici des réactivités qui sont encore réformistes, qui tracent un chemin mais sans « grand soir »).
    Echec parce qu’il n’y a eu, dans les N luttes en France ou Belgique, que des victoires sporadiques (telle boite, tel journal, tel catégorie d’handicap)
    , et très peu de « fronts » qui enchainent les victoires. (Et dans ces sporades on peut placer le moment Dutroux, etc.). On ne peut placer l’octroi des libertés formelles (PACS, mariage gay etc., appelons les des succès des droits) sur un même plan réformiste. Il s’agit de dans ces cas du fait que la richesse et la conduite des affaires ayant été moins patriarcale depuis quelques décennies, la société ré-envisage toutes les tuyauteries familiales/de groupe possibles, presque sans tabou. Il ne s’agit pas d’une correction de dérives capitalistes touchant aux choses matérielles et vraiment économiques.

    Pour être plus positif, les moments de réaction forte n’ont-ils pas besoin pour se former d’une « hernie institutionnelle », d’un endroit où ça coince fort dans les tuyaux institutionnels eux-mêmes (Etats ou « corps intermédiaires ») ? On en viendrait alors à chercher la conjonction avec des chiffrages probabilistes comme ceux qui sont proposés par votre travail, avec ces « coinçage », et ce n’est qu’à des « doubles noeuds » que quelque chose se passerait.

    Pour info, il y avait les Dardot et Laval (je dis les, ils bossent à deux depuis tant de temps) ce midi 09/0920 à « La Grande Table Culture », toujours bien interviewée par Olivia Gesbert.

      1. Ahiii il y a plus qu’à
        allumeeeeer YouTube
        et vos yeux vont sortir de leurs orbites pendant que vous allez saigner du nez.
        Hahahaha

    1. @timotia.
      Merci. Je dirais non pas « Et pourtant, elle tourne ! » mais « Et pourtant, il y a d’immenses changements sociétaux dans l’Histoire ! ».
      Dès lors la thèse de l’inertie impossible à débloquer ne tient pas la route.
      Reste la question : avons-nous le moindre pouvoir individuel ou collectif sur la marche de l’Histoire ou bien en sommes-nous les jouets ?
      Il y a des arguments que je fais miens pour dire que nous ne maîtrisons pas tout mais que nous avons un pouvoir d’influence déterminant sur la trajectoire historique de nos sociétés. Il y a des bifurcations, nous aurions pu en prendre d’autres, certains pays en ont pris d’autres (1933 : aux USA Roosevelt, en Allemagne Hitler, tout ça après 1929).

      Le constat des 50 dernières années est désespérant car nulle force n’est parvenue à stopper la course folle du capitalisme technoscientifique et de plus en plus néolibéral (pas même le communisme après la défaite cuisante du fascisme, mais peut-être étaient-ce deux variantes du capitalisme également…).

      Mais de deux choses l’une soit c’est une force externe soit c’est une force interne qui nous arrêtera : Gaia ou bien le mouvement écologiste au sens large du terme.

  4. Bonsoir, c’est à chacun de nous de construire quelque chose. C’est notre individuation. Ce n’est pas la theorie des ensembles puisque nous sommes tous et toutes différents. Bonne nuit.

    1. Je ne crois plus à la théorie du Colibri individualiste qui change le monde parce qu’il se change soi. Il faut une force collective donc politique, c’est bien la théorie des ensembles qui nous sauvera et pas la méditation (pour le dire un peu abruptement).

      1. La Loi nous autorise certains de nos comportements mortifères, la Loi peut l’inverse. Oui, la théorie des ensembles est la seule possible pour vivre ensemble, « Biogée sociale ».

      2. Oui, il faut une force politique capable de renverser tous ces bureaucrates technocrates. Il faut penser autrement, non la théorie des ensembles ne peut pas renverser tout ce que eux chaque bureaucrate et technocrate a créé. Les partis politiques font de la politique pour eux. Ce sont eux qu’il faut renverser. Il en est de même pour les têtes syndicales.

  5. C’est vrai, devant l’empilement en continu de ces catastrophes annoncées et qui défilent, surgissant chaque jour au fil de l’information, passant d’un continent à l’autre en suivant la course du soleil, on se sent habité, envahi, débordé par une rage sourde qui ne sait comment s’exprimer.
    Ce constat d’impuissance devant ce monde en destruction aux multiples visages me rend nerveux, inquiet, agressif, « me rend malade » comme on dirait à un proche qui ferait connerie sur connerie.
    « Le moment Pearl Harbor »… je ne le vois pas. Belle image mais trop martial pour sauver l’humanité.

    Ici, la nature a souffert cet été. Coup de chaud sur les arbres dans les forêts (une fois de plus).
    Dans une dizaine de jours les sources seront à sec…
    « Le bébé qui tousse » en commandant en chef ?
    Tsss…

    1. « Ce constat d’impuissance », dis-tu, est-il proportionnel à celui de passivité ?
      Si oui, quel est l’antidote ? La puissance de l’action ? Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’agir ?
      Bref, de quoi avons-nous si peur ?

      1. @PHILGILL et @Hervey
        « Alors, qu’est-ce qui nous empêche d’agir ?
        Bref, de quoi avons-nous si peur ? »

        Paul a parlé de la « peur de la peur » dans une de ses chroniques.
        Notre inertie face au « mal écologique qui vient » (et qui est déjà bien là depuis longtemps) est le mystère qui me préoccupe le plus dans l’existence. De nombreuses thèses concurrentes et non mutuellement exclusives pour expliquer cette inertie : notre cerveau inadapté, notre faiblesse morale, notre ignorance, notre égoïsme, notre nihilisme, notre incapacité à modifier nos institutions, notre aliénation à des intérêts puissants et minoritaires (ou majoritaires), l’hétérogénéité géographique entre territoires des causes et territoires des effets (mais ceci ne vaut pas pour la Californie par exemple), déni des dirigeants (ça ne vaut pas pour la Californie), notre incapacité à cesser de chérir les causes dont nous déplorons les effets (je suis contre le réchauffement climatique mais pour le SUV… cherchez l’erreur), etc.

        Selon moi et mon coauteur, tout se ramène in fine au nihilisme : un problème par rapport à la volonté, la pulsion de vie, d’exister. Car les autres « causes » sont secondaires et peuvent cesser d’être des causes dès lors que nous aurions formé la volonté d’agir avec toute la puissance de la multitude dont nous sommes capables. Même alors nos biais cérébraux, nos institutions périmées, notre ignorance seraient seulement des barrières à lever et non des obstacles terminaux pour notre espèce.

        Voilà : voulons-nous nous hisser à la hauteur de l’urgence écologique ou bien allons-nous nous laisser mourir à petit feux, collectivement ?

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      2. @PHILGILL
        Non, la rage n’est pas la peur.
        Si j’enrage c’est de voir sans filtre ce qui se passe et je n’ai pas l’impression d’être tétanisé par ce qui me tombe sur la tête.
        C’est l’absence d’action ou (et) de réaction qui me met en rage.
        Tout autre chose.
        L’histoire de l’action du colibri ne m’en guérit pas.
        C’est le vide des coordinations pour y faire face qui est une connerie, qui est la tragédie.

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      3. @ Chevalier Cédric
        « Tout se ramène in fine au nihilisme : à un problème par rapport à la volonté, la pulsion de vie, d’exister. » Autrement dit, ce dont nous avons le plus peur aujourd’hui, c’est… de vivre ?!
        Si c’est ainsi, d’où vient cet abandon soudain, et que signifie-t-il ?
        Cela correspond-il à une volonté inconsciente de nier la vie afin de mieux nier la mort ?
        Hmmm, je me souviens aussi que Monsieur Paul Jorion avait parlé dans une de ses chroniques, via une étude désenchantée, d’un certain « passage de flambeau »…
        https://www.pauljorion.com/blog/2015/08/22/trois-chercheurs-britanniques-si-lintelligence-extra-terrestre-est-tres-repandue-sa-tendance-a-lautodestruction-lest-surement-egalement/

      4. @ Hervey
        Oui, je comprends ton ressenti. Et je suis désolé si tu t’es senti visé personnellement, mais je parlais plus globalement de l’état actuel de la société. « La France est malade de ses peurs », disait l’ancien publicitaire Christophe Lambert.
        Mais encore une fois, quelle est donc cette peur qui semble dominer nos comportements individuels et collectifs, voire conditionne notre avenir ?
        Enfin « comment a-t-on basculé en si peu de temps d’une société de l’espoir à une société de la peur ? »

        Vois-tu, j’ai participé le week-end dernier à la seconde édition du Festival des idées à La Charité-sur-Loire. Peut-être tu y étais aussi, Hervey ?
        Cette « université citoyenne », comme la surnomme Christian Paul, commença vraiment avec la plénière d’ouverture du vendredi soir. Je ne sais pas comment te dire, mais avant même que ne débute le Festival, j’appréhendai quelque peu ce mélange de peur et d’espoir… De fait, cela n’a pas manqué. Car, au cours de ce premier débat entre des citoyens et les invités politiques de la soirée (dont Olivier Faure et Adrien Quatennens), l’agora semblait habitée, envahie, débordée par une peur sourde et, en même temps, par un espoir encore sans visage… Cependant, plusieurs citoyens eurent le courage d’exprimer leur peur et/ou leur crainte, et Quatennens parla lui-même de la peur, avant même toute question. Aussi, quand ce fut autour de Faure de faire son speech, un peu plus nerveux, inquiet et…, et que je le vis s’avancer seul au milieu de l’arène, eh bien j’ai bien cru à un moment qu’il allait prononcer le « n’ayez pas peur » de Jean-Paul II !

      5. @PHILGILL
        Non non, je suis aucunement vexé ou quoi que ce soit, du tout, vraiment.
        Je ne ressens pas de peur car je sais m’imaginer le pire si l’on ne fait pas le nécessaire. C’est plus qu’une formule.
        Mais c’est un discours que je tiens à moi-même et qui me pousse à agir en conséquence. C’est beaucoup plus difficile de le faire partager à d’autres car c’est le résultat de tout un cheminement et un cheminement continu.
        Je n’étais pas à La Charité/Loire, mais je comprend le malaise des politiques ne serait-ce qu’en lien avec ce qui précède. Il y a aussi d’autres responsabilité en jeu. Les politiques ont pas mal abimé la foi du militant et du simple citoyen aussi… un phénomène qui n’est pas nouveau dans l’Histoire…
        Je découvre ton commentaire tardivement n’ayant probablement pas du coché la case « Prévenez-moi… »

  6. Attention, on est sur un terrain glissant. On pourrait facilement déduire et justifier la nécessité d’une action terroriste sur cette base de réflexion. L’exemple guerrier ne me plaît guère…
    L’écologie est aussi intérieure. Cesser d’alimenter notre jardin de nos peurs et rancœurs pour s’accrocher aux cercles vertueux de l’amour et de la fraternité. Le changement politique ne sera pas suffisant, il serait bien naïf de le croire à mon sens.

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    1. @Yann.

      Attention, terrain glissant, on pourrait facilement justifier de se laisser tous mourir sans se battre si on fait de la non violence le critère à optimiser avant tous les autres. Hitler n’a pas été vaincu par un mouvement non violent allemand ou français. (je vous prends à rebrousse-poil même si je suis un fervent partisan de la non violence mais aucun principe ne doit être absolu dans certaines situations : sinon au revoir le droit à l’avortement et la légitime défense).

      Quand notre époque regarde 40-45, elle justifie parfaitement d’un point de vue éthique la commission d’actions terroristes envers les forces d’occupation allemandes et les collaborateurs français : crimes, sabotages, enlèvements, etc.

      Nelson Mandela a eu sa période « terroriste ». La pensée de Gandhi et de Martin Luther King (papes de la non violence) ne fait pas un traitement simple de la violence, elle garde une place dans leur théorie de l’action politique.

      Si tous nous en restons à « l’écologie intérieure » et restons sagement en méditation, il m’apparaît clairement que les forces de destruction « à la Trump » auront un boulevard devant elles.

      Je défends une « écologie extérieure » (évidemment fondée sur une écologie intérieure), donc une écologie politique, et donc un rapport de force.

      Il y a un point dans la réflexion éthique que chacun doit examiner : à partir de quand la destruction de l’environnement devient un crime contre l’Humanité et justifie de notre part un regard éthique sympathisant envers d’éventuelles actions dites « terroristes » par l’ordre établi ? (de la même manière que notre regard éthique sympathisant envers la Résistance en Europe de l’Ouest en 40-45) (ceci au niveau collectif)
      A partir de quand vous, votre personne, allez-vous accepter de commettre un crime pour vous défendre vous ou votre famille contre la destruction écologique de vos conditions d’existence ? (principe de légitime défense)

      Je termine en disant que le rejet « simple » de la violence fait directement face à des objections logiques que le droit, la philosophie et l’histoire ont validé dans notre culture (la guerre 40-45 est le réservoir archétypal de ces réflexions éthiques qui forcent chacun à sortir d’un raisonnement « simple ») mais que pour ma part, je garde une grand confiance dans la valeur supérieure (d’un point de vue éthique et instrumental) d’une action COLLECTIVE qui respecte les principes de la NON VIOLENCE.

      Je pense que les Palestiniens seraient déjà libres et indépendants s’ils avaient pu bénéficier d’un Mandella ou d’un Gandhi palestinien, plutôt que de s’enfoncer dans un terrorisme contreproductif vis-à-vis d’Israël.

      Alors la stature morale du « criminel structurel » aurait chuté tant et si bien que les Palestiniens (les faibles) se seraient retrouvé en situation de force pour obtenir leur liberté.

      1. @Cédric chevalier,
        Nelson Mandela est originaire d’Afrique du Sud et a beaucoup fait contre l’apartheid mais Nelson Mandela n’a rien fait pour les « petits blancs ». Nelson s’est battu pour sa couleur de peau.
        Nous français annexés à l’Europe, il a fallu subir des guerres, aller au combat, et nous sommes paraît il toujours en guerre économique, j’oubliais le Covid. Marre des guerres qui coûtent chères en armement. Ces guerres qui tuent et deportent des milliers de famille. Ces guerres sont des guerres civiles, des attentats suicides. Les enfants soldats qui se font exploser en plein marché. Où va le monde ? Et où allons nous ?

      2. @ Cédric : Le coup de la caricature sur la méditation c’est pas la première fois que je l’entends mais bon passons. Vous prenez l’exemple de la 2nd guerre mondiale et de la résistance pour justifier la violence, on pourrait aussi évoquer la révolution. On invoque le sentiment patriotique qui annihile d’avance toute nuance. Je vais m’y risquer pourtant : si la résistance et l’entrée en guerre des États-unis (grâce à Pearl Harbor) on précipité la chute du Nazisme, cela ne veut pas dire que c’était la seule façon de s’en débarrasser. Des actions engendrent des conséquences, la violence engendre la violence. 14-18 a donné naissance à 39-45, 39-45 va peut-être donner naissance à quelque de pas très chouette, regardez la montée de l’extrême droite en Europe et en particulier en Allemagne. Et il y a des exemples où la non-violence a permis de réelles victoires. Vous avez citez les protagonistes. D’ailleurs dites moi s’il vous plaît quelle est la place de la violence dans leur théorie de l’action politique ??
        Enfin je terminerai en disant qu’il n’y a pas de consensus : on est non-violent ou on ne l’est pas. On ne peut pas dire je suis non-violent sauf si, ça ne tient pas. Lorsque les Freedom fighters sont partis dans le sud profond, il ont été au bout, jusqu’à se laisser tuer pour certains. Et ils ont obtenu d’immenses victoires sur l’opinion qui a fait bouger les lignes. Imaginez qu’un de ces types sortent d’un coup une kalachnikov en disant finalement il y a crime contre l’humanité, je terrorise? Et la crédibilité ?

  7. Faudrait que tous les plan B des 1% crament.

    Là peut-être qu’on prendrait plus soin du plan A…ici et maintenant.

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    1. @Jeanson Thomas.
      Tout à fait d’accord : si il y avait une liaison systématique entre « pouvoir » et « exposition aux conséquences des décisions prises en vertu du pouvoir », on bouclerait la boucle de la responsabilité et le 1% se secouerait autrement les puces pour une transition d’urgence.
      A voir la Californie, on espère que des « propriétés » de riches américains pollueurs soient réduites en cendres pour qu’ils sentent le vent du boulet et commencent un peu à se politiser dans le sens de l’écologie.
      La capacité des élites à échapper aux premières conséquences des effondrements a été identifiée comme un facteur critique de ces effondrements (Jared Diamond mais d’autres également).

    2. Certaines iles sont déjà vouées à devenir la piscine (montée des eaux) d’une illusion d’un refuge type plan B 🙂 avec l’abri anti-atomique comme nouveau récif pour la faune et flore aquatique!

  8. En Chine, le choc pourrait venir du barrage des Trois Gorges qui a mis à rude épreuve cet été, ce furent en effet les plus graves inondations depuis 1983 sur le Long Fleuve, soit à une époque qui a précédé sa construction. Notons que l’activité sismique dans la région a sensiblement augmenté depuis la construction du barrage, ce qui confirme les craintes des géologues chinois et étrangers qui avaient pointé la non viabilité de cette gigantesque entreprise.
    Le projet de la construction du barrage est en quelque sorte un héritage de la période stalinienne , beaucoup d’ingénieurs chinois avaient été formés en Union soviétique, avant la rupture des relations entre les deux pays en 1960. C’est pourtant en Chine même lorsque la décision finale fut prise en 1992 de le construire que s’éleva une certaine contestation puisque fait rarissime en RPC, un membre sur 3 du Congrès National du Peuple s’était opposé à sa construction. Il est vrai, un de ses ardents promoteurs n’était autre que Li Peng le premier ministre d’alors, en poste lors du massacre de Tian’an men, formé en Union soviétique pendant l’ère stalinienne à L’institut énergétique de Moscou spécialité hydroélectricité, il inaugurera le début des travaux en 1992.

    https://www.20minutes.fr/planete/749875-20110629-chine-barrage-trois-gorges-pose-plus-plus-problemes

    https://www.cnews.fr/monde/2020-08-20/chine-le-plus-grand-barrage-du-monde-soumis-un-volume-deau-record-990397

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_des_Trois-Gorges

      1. Et pourtant le plus grand accident techno-industriel de l’histoire humaine est celui de barrages chinois en 1975
        (Une série, déjà dénoncée par un lanceur d’alerte de l’époque, architecte) avec 100 000 à 200 000 morts le long des tronçons de vallée impactés.
        Il était certes tombée > 1m d’eau (1000 mm) en 24 h (typhon, pourtant au Nord…)

        https://en.wikipedia.org/wiki/1975_Banqiao_Dam_failure

      2. Timiota, c’est exact, mais c’était en pleine Révolution Culturelle.
        Dans la Chine d’aujourd’hui, si le Barrage des Trois Gorges cédait, l’impact politique et « culturel » serait beaucoup plus grand, il me semble. . Ce barrage est un des emblèmes de la réussite du PCC. L’idéologie croissantiste dans ce pays en prendrait un coup si une telle catastrophe advenait.

  9. La connaissance est pessimiste, mais le vouloir et l’espoir sont optimistes. Albert Schweitze
    Si les « catas » peuvent arriver, il reste qu’a la fin du compte on s’en sortira!

      1. Cédric: Le Homo sapiens neanderthalensis est toujours la,en chacun de nous…
        Quant au Mammouth, des biologistes travaillent sur son DNA pour le reimplanter dans les steps au nord de la Russie. Dans un sens « Rien ne se perd tout se transforme » C’est la vie!

    1. @PAD
      Vous connaissez le concept de « shifting baseline » ? Allez voir sur internet.
      Nous avons vu ces images en Australie, au Brésil, en Californie (tous les ans maintenant). Un enfant qui commence à regarder le journal télévisé aujourd’hui, pour lui, les méga feus de l’été, ce sera la nouvelle « baseline ». Dans 3 générations, quand l’Europe sera dans le même état, personne ne se souviendra vivant des étés sans méga feux…
      Ce principe de mémoire collective « glissante » est sans doute une excellente sélection naturelle qui a favorisé le maintien de notre espèce, notamment durant les inversions entre âges glaciaires et autres âges : il valait mieux libérer le cerveau pour survivre et se reproduire que de se remémorer le merveilleux passé sans calotte glaciaire, au risque de se faire tuer par le mammouth.
      Cet oubli « glissant » est un formidable avantage évolutif et adaptatif dans une certaine mesure, le drame de notre espèce depuis des millénaires autrement : nous ne tirons pas les leçons du passé, même quand tout est documenté par les historiens et les philosophes (Paul ne cesse de le répéter).

      1. Dur pour les nostalgiques de la Peugeot 104 et son feulement (lié au moteur incliné à 72° entre autre), et pour les nostalgiques des simples moineaux disparus de Paris, alors que les criailleries des perruches, un brin envahissante dans mon coin d’IdF, sont devenues la règle.

      2. Une population de presque dix mille perruches sur l’Ile de France … J’en ai une vingtaine sur l’acacias à 5 mètres, bruyantes les « moineaux »! Formidable avantage évolutif et adaptatif dans une certaine mesure …

      3. Cédric,
        Un français sur 10 a démarré un potager lors du confinement.
        Je ne dis pas cela pour cautionner la thèse oiseuse du colibri.
        Je dis seulement que la mémoire vive peut se substituer à la mémoire industrielle lorsque les chocs se produisent, pour appréhender l’histoire collective. Dans l’exemple du potager, le savoir-faire que l’on développe soi-même, le goût retrouvé des bonnes nourritures induit certainement une autre vision de l’agriculture qu’on soit pour ou contre le capitalisme au départ. Actuellement la mémoire industrielle assujettie au capitalisme écrase la mémoire vive des homos sapiens-démens. Ils sont constamment bombardés d’informations via la télévision et l’Internet, mais ces informations sont formatées de telle façon (à l’exception de quelques îlots indépendants, mais payants le plus souvent) que le message qui domine est que tout est sous contrôle et que ma foi, on résoudra bien tous ces problèmes dans le cadre du système actuel. Cela nous rend passifs. La réappropriation de la mémoire collective par chacun devient alors un enjeu crucial pour amorcer une sortie du capitalisme. A condition bien entendu que l’évolution de chacun embraye sur des changements institutionnels. C’était tout le combat de Bernard Stiegler que de lier savoir-faire de tout un chacun et mémoire collective via des supports numériques à condition que ceux-ci soient délivrés de l’emprise de la logique capitaliste. Je cite Stiegler, mais il y a bien d’autres auteurs qui disent et font des choses du même ordre.
        Quant aux décroissantistes, que l’on regarde souvent d’un air dédaigneux ils sont, peut-être, naïfs de penser que l’on pourra nourrir tout le monde en régime décroissant, mais au moins ils ont acté que le système actuel n’est pas viable. Autrement dit ils sont déjà dans le coup d’après.
        Ils mettent en accord leurs idées et leur pratique pendant que les autres en sont encore au stade spéculatif.

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      4. Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, fait pression pour accélérer les efforts de son État dans la lutte contre le changement climatique, alors que les feux de forêt traversent la région à un rythme record et qu’une nappe de fumée de 1 000 miles de long porte la qualité de l’air à des niveaux dangereux.
        « C’est une satanée urgence climatique. C’est réel », Newsom a dit dans un briefing vendredi …

      1. Bien sûr on ne s’invente pas jardinier, on ne part pas de zéro (même si certaines plantes comestibles poussent toutes seules), tous les conseils et livres sont les bienvenus. Mais cela reste un savoir-faire accessible à toute personne disposant d’un morceau de terre. Il ne faut pas avoir fait polytechnique pour démarrer 😉
        L’intérêt de ce genre de ce savoir-faire c’est qu’il procure un plaisir immense inscrivant ainsi dans la mémoire personnelle un profond sillon. C’est une voie qui en vaut une autre, et plutôt plaisante pour embrayer sur une remise en cause globale du monde comme il va si ce n’est déjà fait. 🙂 Bon, je retourne à mes premières courgettes ! Plantées un peu tardivement, mais les fleurs sont là !

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  10. D’un côté la tentation de continuer à réfléchir dans le cadre de la techno-science, du capitalisme et des institutions en place…
    De l’autre celle de contempler et de jouir des catastrophes en s’étourdissant de mille manières …
    Deux impasses.
    J’ai toujours pensé que les peuples ( quel autre mot ? ) ne réagiraient que lorsque les enfants commenceraient à mourir par milliers dans nos  » sociétés développées  ». Par millions ?
    Je corrige mon intuition.
    Nos sociétés ne réagiront que lorsqu’elles prendront conscience de la catastrophe éducative en cours qui conduira inévitablement au délabrement des capacités intellectuelles et au découragement. Et à l’incapacité généralisée de créer de l’extraordinaire, de l’inédit…
    Les capitalistes croient qu’ils peuvent jouer finement avec la situation en imposant une alternative numérique à l’enseignement ex cathedra pour générer de nouvelles sources de profits. Mais n’avons-nous pas admis qu’ils ne sont pas que des salauds, ce sont aussi des cons. ( Ça fait du bien )
    Faire comme si l’explosion avait déjà eu lieu. Plus aucun outil n’étant utilisable, tout est désormais à réinventer. Et d’abord le cadre de pensée qu’il faut de toute urgence s’employer à décrire avant de l’installer. Favoriser la constitution de communautés de proximité, aux rêves sages, et qui peu à peu réinventeront les relations entre les peuples.

  11. C’est bizarre cette idée qu’il y encore quelque chose à faire, à cause d’un hypothétique moment Pearl Harbor, ou dans son jardin. C’est définitivement foutu, point barre.- Il y aura énormément de morts, moi-même, Paul, tous les lecteurs de ce blog, mais aussi quelques survivants, c’est certain. Tout ce qu’on peut faire à notre niveau, c’est essayer d’aider par avance ces quelques survivants.

    Vous souvenez du film que Paul prend parfois en exemple « La Route » ? Si le gamin s’en sort (mais pas le héros…), c’est parce que le chien trouve une cave remplie de conserves enterrées là par un survivaliste fou et déjà décédé (peut-être même bouffé par les cannibales trumpistes armés qui se sont installés par là).

    Enterrer des victuailles partout, ce n’est peut-être pas le meilleur cadeau à faire à nos futurs survivants… Mais quoi d’autre ? Personnellement je fais la promotion des cormiers, arbres fruitiers qui livrent des fruits même sur les pentes arides du Vésuve ou de l’Etna. Et arbre fruitier qui, semble-t-il, repousse parfois après un incendie :

    https://www.visoflora.com/photos-nature/photo-un-sorbier-a-l-abandon-repousse-apr.html

    Je me souviens que mamiemonique m’avait indiqué la position de cet arbre dans les commentaires qui ont disparus, et qu’il avait brûlé dans les années 1970. Mais de toute façon je n’ai plus les moyens de faire du tourisme en Corse…

  12. Une remarque sur l’image choisie – mais qui me semble avoir son importance.

    Pearl Harbor, c’est la mobilisation d’une nation face à une urgence militaire et un affront, mais une mobilisation qui se fait suivant des modalités et avec des moyens déjà connus. Certes le développement de nouveaux matériels militaires bat son plein, mais il ne s’agit que de versions améliorées de matériels déjà existants, certes les tactiques évoluent mais les institutions (armée) comme les méthodes générales (principes de stratégie) existent déjà au soir du 7 décembre 1941. Bref, Pearl Harbor est « juste » une question de volonté d’organisation et de ressources, il n’est pas nécessaire d’inventer des solutions radicalement nouvelles.

    En revanche, les voies et moyens pour parer à l’effondrement de la biosphère comme au réchauffement climatique (nouvelles énergies, institutions et manières de coopérer pour rester « dans les clous » des limites de notre environnement naturel…) n’existent pas encore ! Cela me semble assez clair s’agissant des institutions et méthodes : comment par exemple négocier entre nous la répartition de la « place » que l’humanité peut raisonnablement s’attribuer sans continuer à pousser la nature vers un effondrement, comment d’ailleurs définir exactement la limite et d’une manière qui fasse sens pour tous… nous ne savons pas encore détailler le « comment ». C’est tout aussi vrai, même si c’est moins connu, s’agissant des énergies qui nous permettraient de conserver quelque chose des bienfaits pour nous du progrès techno-scientifique, sans condamner en même temps notre avenir : les « énergies renouvelables » telles qu’elles existent aujourd’hui ne le permettent absolument pas. Il y faudra d’autres énergies renouvelables, ou tout autre chose encore.

    Il s’agira donc non seulement de volonté, d’organisation et de ressources… mais de recherche, d’expérimentation et de mise au point, au sens social du terme très probablement, au sens techno-scientifique certainement.

    J’évoquerais plus volontiers l’image de la course à la Lune annoncée par Kennedy en 1961, et encore plus la course à la bombe atomique déclenchée par la lettre d’Einstein à Roosevelt en 1939. C’est qu’il s’agissait bien alors de mettre au point quelque chose de radicalement nouveau, même si la possibilité au moins théorique en était déjà vérifiée : Kennedy s’est assuré avant de faire son discours que les Etats-Unis avaient de bonnes chances de mettre au point rapidement les moteurs hydrogène-oxygène pratiquement nécessaires aux mission pilotées lunaires, et c’est bien la possibilité théorique de la bombe atomique qui pousse Einstein à supplier Roosevelt de la faire construire au plus vite, de peur que Hitler n’y parvienne le premier.

    C’est le prestige qui a motivé la course à la Lune, et la peur qui a motivé la course à l’arme atomique. La peur, et pas seulement : il a fallu encore la conviction partagée parmi les dirigeants et le peuple américain qu’il serait bien possible aux Etats-Unis de réaliser cet objet sans précédent s’ils s’y mettaient sérieusement, et qu’on n’allait pas laisser un Allemand plus que suspect y parvenir le premier ! En somme : une combinaison de peur et de confiance en soi.

    Est-ce qu’un, ou j’imaginerais plus sûrement une série d’événements catastrophiques pourraient suffire à motiver un ou plusieurs des plus puissants groupes humains – Etats-Unis, Chine, Europe – à lancer la course à la préservation écologique ?

    J’ai énormément de mal à répondre à cette question. Ce qui me paraît augmenter la probabilité d’une réponse positive, de l’enclenchement d’une telle course :

    1. Tout ce qui permet de donner sens aux événements déjà inquiétants en cours
    ===> Notamment, combattre l’effet « base de référence glissante » dont il a déjà été question, dont la conséquence est que des changements même majeurs s’ils sont étalés sur plusieurs décennies peuvent être relativement négligés ou minorés

    2. Tout ce qui permet d’amener la plus grande partie des gens à regarder les réalités en face
    ===> Il s’agit de parer à la fois le négationnisme anti-scientifique climatique ou écologique et l’illusion « nouveaux renouvelables » et « verdissement généralisé » comme quoi nous saurions déjà faire et il suffirait d’appliquer ces recettes connues et de construire suffisamment d’éoliennes pour que tout s’arrange. Et d’autres illusions encore si elles apparaissent, tant nous autres êtres humains savons parfois être créatifs quand il s’agit d’oublier ce qui nous dérange

    3. Tout ce qui renforce la confiance en la capacité de notre humanité à faire face « Si nous nous y mettons sérieusement, nous trouverons un moyen ! »
    ===> L’équilibre est ici délicat, car bien sûr une confiance exagérée pourrait être une autre forme de fuite devant les réalités « On va s’y mettre… demain ! » Mais une confiance insuffisante, soit dans la puissance de l’ingéniosité humaine, soit dans les chances de la stabilité sociale, rendrait impossible une réaction efficace, sous la bannière de « C’est fichu, retirez-vous sur votre ferme… et stockez les munitions ! »

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    1. « Pearl Harbor, c’est la mobilisation d’une nation face à une urgence militaire et un affront, mais une mobilisation qui se fait suivant des modalités et avec des moyens déjà connus. »

      Vous négligez le projet Manhattan (hiroshima et Nagasaki) pour lequel il a fallu faire confiance à des spécialistes d’une science qui était encore très marginale (ils ne sont devenus célèbres que parce que ça a marché!)

      Si j’ai bien compris ils n’ont été écoutés que parce qu’on craignait que Hitler n’ait la bombe avant les Etats-Unis.

      L’équivalent actuel c’est plus ou moins la fusion nucléaire (Iter à Cadarache, avec la Chine, l’Union européenne, l’Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis) qui risque au mieux d’arriver nettement trop tard. 

      Si un pays trouvait un moyen efficace de stocker l’énergie qu’on ne sait produire que de manière intermittente il serait peut-être dans la même situation que les US après la seconde guerre mondiale ? 

      1. « Vous négligez le projet Manhattan (hiroshima et Nagasaki) »

        Euh non… j’en parle trois paragraphes plus loin.

        Je sais que j’ai écrit un post assez long, mais je me permets quand même de suggérer de le lire en entier 🙂 !

      2. Sinon, concernant les pistes que je verrais pour des énergies apportant potentiellement de vraies solutions – à condition d’arriver d’abord à les faire fonctionner – il y a les deux dont vous parlez, plus deux autres pour un total de quatre :
        – La fusion nucléaire
        – Un stockage énergétique efficace
        – Le nucléaire fertile
        – Le solaire spatial

        Je ne dis pas que la liste est close, mais il y a au moins celles-là.

        Chacune est cependant fort loin d’être au point. Par exemple, la fusion nucléaire, au rythme actuel, ça ne serait pas à la bonne échelle avant deux générations au bas mot – bien trop tard.

      3. Tant que le projet est de transformer la Terre en parc d’attraction, toute découverte d’énergie ne fera qu’accélérer la crash course…

      4. Mais tout projet différent de la transformation de la Terre en parc d’attractions (et après, tout s’effondre), s’il doit être réaliste politiquement et humainement, a besoin de nouvelles sources d’énergie.

        Sans cela, l’alternative est entre d’une part la combinaison parc d’attractions plus effondrement, d’autre part la transition à marche forcée vers une civilisation agrarienne, très pauvre et très peu peuplée (à coup sûr moins d’un milliard) Dans ce deuxième cas
        préférable, car moins destructeur au final ! – prévoir un peu de violence de masse : quand on joue aux chaises musicales à dix, et qu’on enlève tout à coup neuf chaises, la bousculade est probable, d’ailleurs Hitler et Mao n’étaient que des petits garçons. Tout cela plutôt deuxième moitié du siècle oui, mais on en voit déjà certains prodromes…

    2. Si une source d’énergie dense et quasi infinie genre ITER ou stellarator fonctionne assez vite alors ce sera la fin du monde car nous serons ensevelis sous nos déchets. C’est l’une des courbes de « Les Limites de la Croissance ». Il faudrait que nous prenions consciemment la décision de retourner en 1750, un monde entièrement renouvelable comme dit Jancovici. Perso. je préfèrerais 1950 avec internet, mais je pense que ce n’est pas possible.

      1. Certains font remonter les origines de nos problèmes remontent à l’apparition de l’agriculture (indispensable pour les villes, les empires, et tout ce qui s’en suit) avec quelques arguments.

        En1750 l’énergie était fournie par le bois (déboisement), les animaux de trait (qu’il fallait nourir), les esclaves et quelques moulins.

        Même si tout le monde était décidé à rechercher la meilleure solution sans chercher à imposer celle qui lui convient le mieux il n’est pas certain qu’on y parviendrait.

      2. Justement, Jancovici, qui est un excellent expert en énergétique est un partisan du nucléaire.
        Or s’il existe une énergie centralisée, nécessitant une sureté et sécurité maximales, et surtout qui d’emblée crée une « offre » d’électricité sur laquelle il est difficile de revenir une fois la machine lancée à cause de l’inertie du dispositif, c’est bien le nucléaire. Bref le nucléaire est étroitement associé à une logique de croissance. Dommage, car Jancovici est un excellent pédagogue.

  13. Un exemple qui mériterait peut-être qu’on y réfléchisse est le long et difficile combat des anti-nucléaires.

    Certains pensent qu’il n’a servi à rien mais c’est faux: si ce combat n’avait pas eu lieu, la construction de centrales se serait poursuivie sans que les accidents les plus graves aient plus d’effet que les barrages qui lâchent n’en ont sur l’utilisation de l’énergie hydraulique.
    Ce combat (qui se poursuit) n’est bien sur pas parvenu à ses fins mais pourtant il me semble évident que sans lui les cahiers des charges des EPR auraient été beaucoup moins exigeants et que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) – pour autant qu’elle aurait pu exister et être distincte d’EDF – se serait contentée de faire quelques discrètes remarques plutôt que de provoquer une bonne dizaine d’années de retard.
    Un accident comparable à celui de Fukushima au beau milieu de la France un jour de vent d’ouest suffisamment fort pour arroser la moitié de l’Europe serait-il un événement Pearl Harbor assez fort pour faire changer d’avis le gouvernement chinois et autres pays lointains désirant ardemment avoir leurs propres bombes atomiques (comme on les appelait les armes nucléaires quand j’étais jeune)  ?

  14. « Les gens n’ont pas peur du covid, mais de ses conséquences. Le vrai virus c’est le ventre vide. »
    Jérôme RODRIGUEZ. Gilet Jaune.

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