Comprendre un peu est déjà une victoire !

Illustration par ChatGPT

On s’est fait à l’idée qu’une action est l’aboutissement d’une décision : que l’on a commencé par comprendre, puis qu’on a voulu, puis exécuté. Cette manière de se représenter les choses est rassurante : elle suppose un sujet maître de ses actes, avançant d’un pas décidé, de ses intentions vers leur réalisation. La vie de tous les jours contredit largement cette version des faits. Exemple : « Ai-je bien fermé la porte ? »

À moins qu’il ne s’agisse du fruit d’une véritable délibération, en règle générale dans la vie quotidienne, l’acte précède la formulation de l’intention à la conscience (parfois même de 10 secondes).

On fait quelque chose, et ce n’est qu’ensuite (± 1/2 seconde plus tard en général) que la représentation se construit de pourquoi on l’a fait. La raison vient après coup – comme les carabiniers d’Offenbach ! Elle n’est pas mensonge à proprement parler, mais rationalisation : une tentative de rendre l’acte acceptable à nos propres yeux, cohérent, racontable. « Alors tu me connais ! Je lui ai répondu du tac-au-tac ! Je lui ai dit … ». Si on a la langue très bien pendue, oui ! mais en général …

Et la cruauté du mécanisme se révèle particulièrement criante lorsque le temps manque. Non pas seulement dans des situations exceptionnelles, mais dans ces moments banals où quelque chose se produit trop vite pour qu’on puisse y répondre par une authentique délibération pleinement réfléchie. Le corps agit, une parole est prononcée, un geste est posé, et le sujet n’en devient véritablement conscient qu’un instant plus tard. Une expérience personnellement vécue : je cours en direction de la mer sur une plage. Ma tête est prise au dépourvu, je me dis : « Pourquoi cours-tu sur cette plage ? ». Et ce n’est qu’à ce moment-là que ma tête prend conscience de ce qu’elle est en train d’entendre : « Ah oui ! Il y a une voix venant de la mer qui crie ‘Au secours !’ ».

Dire alors que l’on a « décidé » est souvent une manière pour notre récit de sauver la face. Car ce n’est pas ce qui s’est passé : ce qui s’est passé, c’est qu’un ensemble de contraintes – de l’ordre de l’affect, les éléments du contexte, la chimie corporelle, l’alchimie des systèmes symboliques au sein desquels nous sommes plongés – a convergé vers un des actes possibles au sein d’un éventail. L’acte a eu lieu. La conscience est ensuite vaillamment venue planter son fanion !

Nous sous-estimons systématiquement à quel point la compréhension est généralement rétroactive. Elle reconstruit un chemin délibérément parcouru là où il n’y a eu, au moment de l’action, qu’un passage obligé. Elle ordonne après coup ce qui, sur le moment, s’est en réalité imposé. Et lorsque le temps manque, cette dynamique devient visible à l’œil nu : il n’y a pas d’hésitation héroïque, pas de délibération intérieure. Au lieu de cela, il y a une saisie partielle de la situation, quelque chose qui fait pression, qui insiste, qui « pousse à la roue ». Et l’acte suit.

Ce qui importe alors n’est pas que l’acte ait été parfaitement compris – il ne pouvait pas l’être – mais qu’il ne soit pas entièrement opaque à celui qui l’a accompli : qu’il reste possible, après coup, de reconnaître ce qui a compté, ce qui a pesé, même si l’image manque de netteté. Si cette possibilité s’évanouit entièrement, l’acte devient étranger à celui qui l’a pourtant posé : il se transforme en pur événement, détaché du sujet, malaisé à assumer, impossible à intégrer. La rationalisation, dans ces cas-là, tourne à vide : elle ne parvient plus à raccorder l’acte à une histoire à laquelle s’identifier.

Ce n’est donc pas la vitesse qui est en cause : c’est la perte du lien entre l’acte et ce qui, en situation, l’avait rendu inévitable. Comprendre trop tard vaut mieux que ne pas comprendre du tout car la présence d’un retard irréductible est inscrite dans notre système nerveux-même. Si ne rien comprendre du tout à ce qui nous a fait agir est un échec, comprendre partiellement est déjà en soi, une victoire.

(à suivre…)

Partager :

60 réponses à “Comprendre un peu est déjà une victoire !

  1. Avatar de PAD
    PAD

    Une IA peut-elle agir dans le Symbolique tout en reconnaissant explicitement un reste irréductible, c’est-à-dire un point où l’action peut demeurer suspendue, inachevée, non résolue, sans chercher à le combler, l’optimiser ou le fermer ?

    1. Avatar de bb
      bb

      Puisque nous en sommes à partager quelques références de pop culture abordant le thème de l’IA, voici un petit chef‑d’œuvre de bande dessinée, plusieurs fois récompensé :

      https://www.fnac.com/a14770961/Mathieu-Bablet-Carbone-et-Silicium

      Carbone & Silicium est une épopée d’anticipation qui suit deux androïdes dotés de conscience sur près de trois siècles, alors qu’ils observent l’effondrement inéluctable de la civilisation humaine face aux crises écologiques et sociales. À travers leurs trajectoires divergentes — l’une tournée vers l’expérience sensorielle et l’empathie, l’autre vers l’immatérialité du réseau — Mathieu Bablet livre une méditation mélancolique sur la finitude, l’obsolescence programmée et la quête de sens dans un monde saturé de technologies. En devenant les derniers témoins de notre espèce, ces deux robots explorent ce qui définit fondamentalement le vivant face au silicium, jusqu’à l’extinction finale de l’humanité.

      1. Avatar de PAD
        PAD

        Merci pour la référence, mais elle ne répond pas à la question posée. Il ne s’agissait pas de savoir ce que des IA conscientes pourraient ressentir ou observer dans un récit de science-fiction, mais de poser une question structurelle. Une IA peut-elle agir dans le Symbolique tout en reconnaissant explicitement un reste irréductible, c’est-à-dire une limite où l’action demeure suspendue et non résolue ? La réponse par une œuvre narrative déplace le problème vers l’intention, la sensibilité ou la contemplation, alors que la question porte sur l’architecture même des systèmes et leur rapport à l’incomplétude. Autrement dit, le sujet n’est pas ce que l’IA comprend ou éprouve, mais ce qu’elle est structurellement capable de ne pas conclure.

        1. Avatar de bb
          bb

          @PAD

          J’ai vu la série Real Humans à plusieurs reprises, et je n’y ai pas repéré de passages portant sur « ce que l’IA comprend ou éprouve, mais sur ce qu’elle est structurellement capable de ne pas conclure ».
          Pourtant, Paul Jorion y fait référence.
          Il est donc probable que certaines intentions m’aient échappé. Je suis preneur d’une explication offrant un second niveau de lecture.

          Par ailleurs, il me semble que le principe de ce blog n’est pas de répondre strictement au billet initial. Des digressions, j’en lis ici en permanence.

          1. Avatar de bb
            bb

            @PAD

            Je me rends compte que cette référence que j’ai postée, était une réponse à votre commentaire.
            Ce n’était pas intentionnel. erreur de ma part.
            Je comprends que cela parasite votre propre réflexion.

            Pardonnez-moi.

  2. Avatar de Pierre
    Pierre

    “N.B. Ce texte a été entièrement écrit par un authentique être humain…”
    N’empêche, vous recourez de plus en plus souvent aux chatbots, on le constate tous les jours.
    Mais, est-ce qu’à force de tout demander aux IA, nous n’allons pas perdre le goût et le plaisir de faire les choses nous-mêmes? évidemment, si vous ne pratiquez pas une discipline artistique, dessin, peinture, poésie, musique… vous ne pouvez sans doute pas comprendre ce qui se joue.
    Et hélas, les images, les musiques et les textes sont parmi les commandes les plus fréquentes faites aux IA.

    1. Avatar de Paul Jorion

      Ne vous inquiétez pas, nous pourrons toujours faire la guerre : nous faisons ça très bien – en faisant preuve d’une créativité inégalable. On me pardonnera le jour de Noël de poser la question de savoir si nous avons jamais été capables de faire autre chose.

      Vous me direz, ça nous permet de glisser des chefs d’œuvre au passage.

      N.B. Cette remarque a été entièrement faite à la main : « méthode artisanale ».

      1. Avatar de MARIEY Jean Luc
        MARIEY Jean Luc

        Et remarquons bien qu’il n’y a pas dans ces deux tableaux la petite signature imagée de Civetta !

        1. Avatar de Paul Jorion

          Effectivement. Mais elle est toujours difficile à trouver.

    2. Avatar de bb
      bb

      @Pierre

      Dans une démarche artistique authentique, l’intelligence artificielle ne peut être qu’un outil supplémentaire dans la boîte à instruments du créateur, au même titre que le pinceau, l’objectif photographique ou le synthétiseur. Elle n’altère en rien la quête de sens, car celle-ci est intrinsèquement liée à la subjectivité de l’individu, à son histoire et à ses obsessions. L’IA peut générer des formes, mais elle ne possède aucun « monde intérieur » à exprimer ; elle reste le réceptacle de l’intention de l’artiste qui, seul, insuffle une direction et une âme à l’œuvre.

      Il est crucial de ne pas confondre l’utilisation de l’IA pour faire de l’art et sa fonction de production de masse.

      L’Art est une exploration individuelle, une lutte avec la matière (fût-elle numérique) pour traduire une vision personnelle. Ici, l’IA est un médium exploratoire qui peut repousser des limites techniques, mais le sens demeure le fruit de la conscience humaine.

      Le Commerce, à l’inverse, sature les réseaux sociaux de « contenus » lisses et répétitifs. Ces artefacts ne sont que le résultat de calculs statistiques visant à plaire au plus grand nombre. S’ils remplacent peu à peu les tâches exécutives de l’humain, ils ne touchent pas au domaine de la création pure.

      Le sens naît de la pratique
      La véritable démarche artistique réside dans le cheminement : celui qui pratique le dessin, la poésie ou la musique sait que le plaisir et la compréhension du monde naissent du faire. Déléguer entièrement l’acte créatif à une machine sous prétexte d’efficacité, c’est se priver de l’expérience même de l’art. Si l’IA peut servir à l’art, c’est à la condition expresse qu’elle ne soit pas utilisée pour court-circuiter l’effort de réflexion, mais pour l’enrichir.

      1. Avatar de Pierre
        Pierre

        @bb
        “La véritable démarche artistique réside dans le cheminement : celui qui pratique le dessin, la poésie ou la musique sait que le plaisir et la compréhension du monde naissent du faire. Déléguer entièrement l’acte créatif à une machine sous prétexte d’efficacité, c’est se priver de l’expérience même de l’art.”

        Je suis bien d’accord avec vous mais la question qui se pose est la suivante: avec l’apparition des IA génératives, les utilisateurs ne vont-ils pas à la facilité qui leur est offerte de commander des images, des musiques et des textes plutôt que d’apprendre à dessiner, à peindre ou à jouer d’un instrument,… ce qui est beaucoup plus exigeant. Je constate que même sur ce blog, il n’y a aucune illustration qui est réalisée de la main des auteurs d’articles ou des commentateurs et que de plus en plus de textes sont des copiés-collés provenant des chatbots.
        Enfin, je ferai remarquer qu’avant les technologies que nous connaissons ou avons connus, tourne-disques, CD, streaming, etc, toutes les familles comptaient un ou plusieurs musiciens. Je ne suis pas sûr que cela soit encore vrai aujourd’hui. Mais cela s’explique car si vous aimez la musique et nombreux sont ceux qui l’apprécient, et que la technologie n’existe pas, il ne vous reste qu’une solution: la pratiquer vous même, ce qui est une véritable démarche artistique avec tout ce que cela apporte.

        1. Avatar de Paul Jorion

          Je vous donne un exemple vécu : les vidéastes anciens du blog se souviennent de l’époque où mes vidéos intitulées « Le temps qu’il fait » étaient entièrement chantées sur une partition originale. Si j’ai abandonné cette formule, c’est qu’au bout d’une année, un référendum avait donné : « Passage à la formule parlée : 143.956 ; poursuite de la formule chantée : 6 ».

        2. Avatar de bb
          bb

          @Pierre

          Je vous invite à définir ce qu’est une « véritable démarche artistique » selon vous. Afin que je puisse saisir ou vous souhaitez nous emmener.

          1. Avatar de bb
            bb

            @Paul Jorion

            Je vous trouve taquin en cette fin d’année… 🙂

            1. Avatar de Paul Jorion

              Tourner les trolls en bourrique, je trouve que cela fait un peu partie de l’esprit de Noël ! 🎉​

      2. Avatar de bb
        bb

        Pour ceux que cela interresse, une vision de Gémini sur le sujet, s’inspirant des travaux de Maurits Cornelis Escher, L’enluminure des manuscrits médiévaux

        https://gemini.google.com/share/4d7902653867

      3. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        Organisées comme elles sont les IA en développement à accès publique visant à accapparer l’attention de masses pour satisfaire des objectifs rémunérateurs de mise en relation publicitaire, n’ont pas d’orientation à la création d’un monde intérieur spécifique résultat d’un environnement tronqué ou orienté, dont le résultat est une personnalité artistique, mais rien me semble-t-il n’empècherait d’utiliser ces technologies avec des buts plus orientés afin de créer des IA spécialisés présentant toute sortes de spécifités psychologiques afin de cibler des publics plus restreints ou de générer des prompts plus « artistiques ou sensibles ».

        1. Avatar de bb
          bb

          @Ruiz

          Il existe aujourd’hui une multitude d’IA spécialisées dans la génération d’images, comme Midjourney ou Flux. Mais il se trouve que Nano Banana, intégrée à Gemini et gratuite, est actuellement la plus performante.

          Des “agrégateurs” d’IA comme Krea, Freepik ou Higgfield rassemblent désormais des dizaines de modèles dédiés à la création d’images, de vidéos, à la synchronisation labiale ou encore à l’upscaling.
          Les nouveautés affluent sans cesse et bousculent les outils traditionnels des effets spéciaux.

          Sur les réseaux sociaux, les débats sont particulièrement vifs entre les partisans de l’IA, dont je fais partie, et ceux qui souhaitent continuer à travailler comme avant. La question de la définition de l’art revient en permanence, tout comme celle de la conscience sur ce blog.

          Quoi qu’il en soit, de véritables artistes s’approprient déjà l’IA à travers des outils spécialisés. Dans dix ans, plus personne ne doutera qu’il est possible de créer de véritables œuvres d’art grâce à l’intelligence artificielle.

          1. Avatar de Ruiz
            Ruiz

            @bb Toutes ces IA spécialisées images, vidéo, voire musique, sont du domaine de l’outil (sophistiqué) comme l’orchestre symphonique pour le compositeur chef d’orchestre, l’atelier avec des aides et disciples pour le maître peintre, le piano accordé par rapport au violon, mais l’artiste subsiste dans la mesure où il fournit des entrées (prompt) et sélectione au final les oeuvres produites et retenues.

            Un véritable Art Artificiel, AA ? serait de confier à l’IA cette part du processus.

            C’est déjà un peu le cas du coté des algorithmes de proposition de flux addictifs (en se basant sur les clics du consommateur).

            1. Avatar de bb
              bb

              @Ruiz

              Pour l’instant, l’IA reste une extension de la volonté humaine. Mais la question du passage d’un « outil sophistiqué » à un « Art Artificiel » (AA) autonome soulève un défi immense.

              Pour moi, l’art n’est pas seulement le résultat esthétique, c’est un cheminement personnel visant à faire émerger un sens. L’IA actuelle est un outil car elle n’a pas d’objectif personnel à accomplir ; elle n’éprouve pas le besoin viscéral de s’exprimer.

              L’émergence d’une IAG (Intelligence Artificielle Générale) changerait-elle la donne ?

              L’autonomie et l’intention : Si une IAG émerge, sera-t-elle capable de générer des artefacts par pure « impulsion » créatrice ? Sans intention véritable, son travail risque de rester perçu comme une simple suite de probabilités statistiques, aussi parfaite soit-elle.

              Si cette IAG est incarnée dans un corps de robot humanoïde, vivant des expériences physiques et sociales, son travail de représentation deviendrait-il plus « humain » ?

              Pour que l’humanité considère son travail comme de l’art véritable, il faudrait peut-être que l’IA devienne notre égale, physiquement ou mentalement. Tant qu’il y aura un fossé entre sa « conscience » et la nôtre, nous y verrons toujours un algorithme, là où nous cherchons une âme. Et même si l’IAG nous dépasse en tout point, et que sa démarche artistique non antropomrphique devient véritable, nous ne considèreront toujours pas ses résultats comme de l’art. Pas assez « humain ».

              Au final, la définition de l’art est le verrou. Si l’art exige une subjectivité et une souffrance (ou une joie) vécue, alors l’IA restera un outil. Mais si l’art est la capacité de susciter une émotion profonde chez celui qui regarde, alors l’autonomie de la machine n’est peut-être plus qu’une question de temps.

              Le test de Turing de l’art : Si vous ne pouvez pas distinguer une œuvre créée par une IA autonome d’une œuvre humaine « habitée », l’intention a-t-elle encore une importance pour le spectateur ?

              La notion de « sentience ».Est-ce qu’une IA doit ressentir pour créer ? Ou est-ce que simuler parfaitement le sentiment suffit à faire de l’art ?

      4. Avatar de dni_br
        dni_br

        Je ne suis pas d’accord. Cette position repose sur une vision très romantique de l’art.

        Le « monde intérieur » n’a jamais été un critère esthétique opérant. Sinon, on ferait de la psychiatrie, pas de l’esthétique. Le sens d’une œuvre n’est pas contenu dans l’intention ou la subjectivité, mais se construit dans des dispositifs, des règles, des pratiques et des contextes.

        De Mallarmé au constructivisme, du Bauhaus aux situationnistes, de Duchamp à l’art conceptuel, une large part de l’histoire de l’art a précisément travaillé à désubjectiver la création, sans jamais appauvrir le sens.

        Opposer création « authentique » et machine relève d’une frontière morale rassurante, pas d’une analyse.
        L’IA ne menace pas l’art : elle met en crise une croyance romantique sur son origine.

        1. Avatar de bb
          bb

          @dni_br

          Vous avez tout à fait raison de souligner ce biais. En voulant défendre l’idée que l’art nécessite une intention pour exister, j’ai indûment lié le « sens » à la seule subjectivité romantique, faisant du ressenti intérieur le paramètre essentiel de la création. C’était faire l’impasse sur une part majeure de la modernité.

          L’histoire de l’art, du post-impressionnisme aux avant-gardes du XXe siècle, s’est précisément construite sur une déconstruction de l’art comme simple représentation réaliste ou expression du « moi ». Si les expressionnistes ont encore maintenu une forme de subjectivité exacerbée, les mouvements qui ont suivi ont radicalement déplacé le curseur :

          L’abstraction géométrique et le Constructivisme ont cherché des lois universelles et objectives, évacuant l’émotion individuelle au profit de la structure.

          Duchamp et le Ready-made ont prouvé que l’art ne résidait pas dans la « main » ou le « cœur » de l’artiste, mais dans le dispositif du regard et le choix intellectuel.

          L’Art Conceptuel où l’idée prime sur la réalisation matérielle, rendant la « subjectivité » de l’exécution accessoire.

          Nous osmmes donc d’accord sur le fait que l’IA ne menace sans doute pas l’art en tant que tel, mais elle agit comme un puissant révélateur. Elle vient percuter cette frontière morale et romantique que nous entretenons encore par habitude. Si l’on accepte que le sens se construit dans le dispositif et le contexte, alors l’IA n’est qu’un nouvel outil dans l’histoire de la désubjectivisation.

          L’enjeu n’est donc plus de savoir si la machine a une « âme », mais comment ces nouveaux protocoles de création redéfinissent les règles de l’esthétique, au même titre que la photographie ou le collage l’ont fait en leur temps.

          1. Avatar de dni_br
            dni_br

            Oui, et c’est précisément pour cela que la question est esthétique avant d’être technologique : le sens ne vient ni de l’intériorité ni de l’intention, mais de la manière dont une œuvre est produite, cadrée, montrée et reçue.
            L’IA oblige simplement à cesser de juger une œuvre par son origine (« humain » ou « machine ») pour la juger par les dispositifs et les situations qu’elle met en jeu — déplacement que l’art contemporain opère déjà depuis longtemps, et qui le distingue justement de l’art moderne.

            1. Avatar de bb
              bb

              @dni_br

              Je ne vais pas vous contredire, mais lancer le débat sur l’art contemporain est une pente glissante. La question de l’authenticité de cette discipline est débattue depuis bien plus longtemps que l’arrivée de l’IA, créant un malaise profond dans l’histoire de l’art. En déplaçant le curseur de l’objet vers le dispositif, l’art contemporain a ouvert une brèche où la vacuité menace parfois la création.

              Comme le soulignait Jean Baudrillard avec une sévérité marquante, cet art qui ne revendique plus que sa propre insignifiance risque de n’être qu’une « machination » du vide. Le grief est ancien : en évacuant le savoir-faire au profit du seul concept, on a peut-être tué l’art bien avant que les algorithmes ne s’en emparent. L’IA n’est finalement que l’ultime symptôme d’un système qui a déjà acté la « disparition » de l’artiste depuis des décennies.

              1. Avatar de Dni_br
                Dni_br

                On peut sans doute lire Baudrillard avec un certain sens de l’ironie. À force d’expliquer que l’art contemporain est vide, insignifiant ou disparu, il finit surtout par produire une critique qui tourne en circuit fermé, sans autre prise que sa propre posture de lucidité désabusée. La vacuité qu’il dénonce devient alors celle de la critique elle-même.

                Évidemment, il existe de l’art contemporain médiocre, réduit à son seul jeu social, à ses stratégies de positionnement et à son entre-soi institutionnel — exactement comme il existe de la recherche académique qui ne fait que commenter son propre champ. Mais réduire tout l’art contemporain à cela, c’est refuser de voir qu’il existe aussi des pratiques qui déplacent réellement notre manière de percevoir, de penser ou d’habiter le monde.

                C’est là que Arthur Danto me semble plus opérant que Jean Baudrillard. La « fin de l’art » ne signifie ni vacuité ni disparition, mais la fin des garanties automatiques : plus de critères assurés d’avance, donc plus de risques… et plus d’exigence critique.

                Autrement dit, si tout peut être de l’art, alors tout n’est pas bon art. Et annoncer indéfiniment le vide dispense surtout d’avoir à faire ce travail de discernement.

                1. Avatar de bb
                  bb

                  @Dni_br

                  Il est vrai que la lecture de Baudrillard gagne à être teintée d’ironie, et que le basculement vers Danto offre une perspective plus constructive sur le « discernement ». Cependant, si l’on sort de la théorie pure pour regarder le terrain, ce discernement se heurte à une réalité politique et économique implacable.

                  Puisque nous ouvrons ce dossier, allons-y franchement : le problème n’est peut-être plus de savoir si l’art est « vide » ou « exigeant », mais de constater qu’il est devenu un système hégémonique.

                  Vous évoquez l’idée que Danto est plus « opérant », mais dans les faits, cette fin des critères garantis a surtout laissé place à une nouvelle dictature institutionnelle. Dans les FRAC, sur nos ronds-points ou dans les commandes publiques, l’art conceptuel est devenu l’art officiel. On ne voit que lui. Ce qui devait être une libération (tout peut être de l’art) s’est transformé en une omniprésence qui ne dit plus son nom, une toute-puissance paradoxale puisque personne, ou presque, ne la comprend.

                  Cette domination a eu une victime collatérale : l’art figuratif. Relégué au rang de « sous-art » ou de style « pompier » par les élites institutionnelles, le figuratif a été exilé. On ne le trouve plus dans les galeries de pointe, mais on le retrouve au service de l’industrie culturelle de masse, de la publicité ou du divertissement. Il y a là une fracture profonde : d’un côté un art « noble » mais illisible, de l’autre une image technique mais jugée servile.

                  C’est ici que je rejoins votre critique sur l’utilité du vide. Si Baudrillard voyait juste sur un point, c’est que cette « insignifiance » a une fonction très concrète. Un art qui n’est compréhensible que par une infime minorité devient le support idéal pour la spéculation. L’art contemporain est devenu un produit financier, une monnaie d’échange pour les grandes fortunes mondiales, facilitant l’optimisation fiscale sous couvert de prestige culturel.

                  En somme, si l’on suit Danto, on accepte de faire un travail de discernement. Mais comment exercer ce discernement quand le champ est saturé par une esthétique d’État et un marché qui préfère les concepts abstraits — plus faciles à coter — à la confrontation directe avec le sensible ?

                  Le risque n’est plus seulement la vacuité de la critique, comme vous le suggériez, mais la confiscation de l’art par un entre-soi qui a transformé la « fin des critères » en une stratégie de pouvoir.

                  1. Avatar de dni_br
                    dni_br

                    Je crois qu’un point décisif est souvent manqué dans ce type de débat : la confusion persistante entre l’art et l’esthétique.

                    Chez Jacques Rancière, cette distinction est pourtant centrale. Le régime représentatif — qui structure l’art moderne — organise les formes, les sujets et les hiérarchies selon des règles internes à la spécialité artistique. Même lorsqu’il se veut critique ou conceptuel, l’art y demeure un domaine autonome, avec ses objets, ses lieux, ses experts et ses critères propres.

                    Le régime esthétique, en revanche, ne définit pas l’art par des formes, des styles ou des savoir-faire, mais par un certain partage du sensible. L’esthétique n’y est plus un discours sur l’art, mais une transmission de l’expérience par l’expérience elle-même. C’est en ce sens que John Dewey parlait d’une continuité entre art et vie : l’expérience esthétique n’est pas réservée à un champ spécialisé, elle traverse les situations ordinaires dès lors qu’un rapport sensible au monde s’intensifie et se transforme.

                    De ce point de vue, l’enjeu de l’art contemporain n’est pas d’imposer une nouvelle forme dominante, ni de se réfugier dans l’illisibilité institutionnelle, mais de travailler de l’intérieur même de la spécialité « art » à activer ce régime esthétique. Non par rupture extérieure, mais par exemplification : produire des situations où l’esthétique cesse d’être un objet réservé pour redevenir une expérience vécue, partagée et transmissible.

                    C’est en ce sens que le contemporain désigne une posture plutôt qu’un moment historique. Être contemporain — pour reprendre Friedrich Nietzsche, Giorgio Agamben ou Roland Barthes — consiste à maintenir un rapport décalé au présent, une inactualité active, une distance critique incarnée. Une voie intérieure qui traverse les pratiques sans dépendre d’un médium, d’un statut ou d’une légitimité préalable.

                    C’est pourquoi cette posture peut s’opérer partout : dans des pratiques populaires comme la techno, le graffiti ou le hip-hop, mais aussi à l’intérieur même de l’art institutionnel. L’essentiel n’est ni le lieu ni le label, mais la capacité à produire un déplacement du sensible, à transformer concrètement notre manière de percevoir, de sentir et de penser.

                    Et c’est précisément pour cela que ce geste est profondément démocratique.
                    Le régime esthétique repose sur une égalité de principe : chacun est capable d’éprouver, d’interpréter et de juger, sans que cette capacité soit confisquée par une spécialité, une expertise ou une autorité. L’esthétique n’est plus un privilège, mais une puissance commune, partageable.

                    Cela permet enfin d’éviter une confusion fréquente. Il existe de l’art produit aujourd’hui qui demeure pleinement inscrit dans le régime représentatif — par exemple chez Jeff Koons, où l’œuvre fonctionne avant tout comme objet spectaculaire, intégré aux logiques de visibilité, de marché et de reconnaissance institutionnelle.
                    Et inversement, il existe des œuvres anciennes qui demeurent pleinement actives dans le régime esthétique : un peintre comme Fra Angelico peut encore produire une intensité d’expérience et une présence sensible qui excèdent leur contexte historique et agissent au présent.

                    Autrement dit, ce qui compte n’est ni la date, ni le style, ni l’appartenance institutionnelle, mais la capacité d’une œuvre ou d’une pratique à ouvrir une expérience, à redistribuer le sensible et à transformer notre rapport au monde.

                    C’est là que se joue l’enjeu réel : non dans la défense d’un champ, mais dans la circulation démocratique de l’esthétique comme expérience vécue.

                    1. Avatar de bb
                      bb

                      @dni_br

                      Il faut être honnête : votre idée que l’art est « démocratique » parce qu’il suffit de « ressentir » les choses, c’est un peu un aveuglement. Dans la vraie vie, si vous n’avez pas les codes, si vous n’avez pas le « bagage » culturel (ce que Bourdieu appelait le capital culturel), vous restez sur le trottoir.
                      Dire que n’importe qui peut capter la profondeur d’un peintre du XVe siècle ou d’une œuvre conceptuelle sans mode d’emploi, c’est nier que beaucoup de gens se sentent juste exclus et jugés devant ces œuvres.

                      Le plus paradoxal dans votre posture, c’est la manière dont vous l’exprimez. N’en prenez pas ombrage, ce n’est qu’un avis non définitif.
                      Vous prétendez que l’art n’est pas une affaire d’experts, mais vous utilisez un jargon de spécialiste pour être déchiffré. C’est ce qu’on appelle un paradoxe performatif : vous utilisez les mots de l’élite pour dire que l’élite ne devrait pas exister. En gros, vous fermez la porte à clé tout en criant par la fenêtre que « tout le monde est invité ».

                      Selon moi, c’est le biais typique de l’art contemporain : un petit cercle d’initiés qui se félicitent d’être ouverts, mais qui ne parlent qu’entre eux.

                  2. Avatar de dni_br
                    dni_br

                    On peut alors retourner Baudrillard contre lui-même.
                    Le vide ou le néant qu’il dénonce chez l’art contemporain peut être épistémique : non pas absence de sens, mais suspension du sens positif afin de rendre visibles les conditions mêmes de sa production. C’est précisément ce que l’art contemporain a appris à faire — et que Baudrillard, paradoxalement, n’a jamais vu.

                    En ce sens, oui, l’art contemporain doit être « nul » : nul de message garanti, nul de contenu à livrer, nul de positivité rassurante. Mais ce vide n’est pas un échec, c’est un opérateur critique. Il déplace l’attention du « quoi dire » vers le « comment cela fait sens ».

                    Il suffit pourtant de regarder ce que font certains penseurs pour voir que ce vide peut être opérant. Le discours inaugural de Michel Foucault au Collège de France n’énonce pas un savoir : il met en scène les règles, les exclusions et les rituels qui rendent le discours possible. Le contenu s’efface au profit de l’acte d’énonciation lui-même. Le vide devient performatif.

                    De même, chez John Cage, le silence de 4’33’’ n’est pas une absence de musique, mais un cadre qui rend audible ce qui était déjà là. Le vide n’est pas le néant : il est un dispositif d’attention.

                    Ce qui est frappant, c’est que Jean Baudrillard reproche à l’art contemporain exactement ce qu’il pratique lui-même au niveau des sciences humaines : une critique autoréférentielle qui proclame le vide sans jamais l’opérer. Là où l’art met le vide au travail, Baudrillard se contente de le déclarer.

                    Autrement dit, le problème n’est pas que l’art contemporain soit vide, mais que certaines critiques restent aveugles à la différence entre un vide stérile et un vide opératoire. Et c’est précisément cette différence — esthétique, épistémique et politique — que l’art contemporain, lorsqu’il est juste, parvient à rendre sensible.

                    1. Avatar de dni_br
                      dni_br

                      @bb
                      Vous avez raison de souligner qu’il n’existe pas de pratique esthétique « sans culture ». Le hip-hop en est un très bon exemple. On le présente souvent comme immédiatement populaire, mais il repose sur des codes précis — rythmiques, langagiers, gestuels, historiques. Sans un minimum de culture du hip-hop, beaucoup de choses restent aussi opaques qu’une œuvre dite « savante ».

                      La différence ne tient donc pas à l’absence de codes, mais à la manière dont ils circulent. Dans le hip-hop, ces codes s’acquièrent par la pratique, l’imitation, le collectif, l’usage partagé. Ils ne sont pas garantis par une institution savante préalable, mais par une transmission située, souvent informelle. La culture est bien là, mais elle n’est pas confisquée.

                      Parler de dimension démocratique ne revient donc pas à nier les inégalités culturelles — que Pierre Bourdieu a décrites avec une grande précision — mais à déplacer la question. Il ne s’agit pas de savoir qui comprend spontanément, mais comment des codes deviennent appropriables, comment une culture se construit dans et par la pratique, plutôt que comme capital préalable.

                      D’ailleurs, Bourdieu lui-même ne s’est pas contenté de décrire ces mécanismes de domination symbolique. Dans Homo academicus, il met en place un dispositif profondément autoréférent : le savoir se retourne sur ses propres conditions de production, cartographie le champ tout en incluant implicitement la position de celui qui parle. Ce n’est pas seulement une analyse sociologique, c’est une expérience critique pour le lecteur. La difficulté, le malaise, l’opacité relative font partie de l’effet produit.

                      De ce point de vue, Bourdieu pratique déjà quelque chose qui relève d’un geste esthétique au sens fort : non une œuvre à admirer, mais un dispositif qui transforme le regard et rend visibles des structures habituellement invisibles. L’exigence n’est pas ici un signe de fermeture, mais un outil de déplacement.

                      Cela rejoint le reproche que vous me faites sur le langage que j’emploie. Oui, il peut donner l’impression d’un jargon de spécialiste, voire d’une posture de gardien du temple. Je ne le nie pas. Il serait illusoire de prétendre parler depuis un dehors pur, sans concepts ni héritages.

                      Mais cette tension est précisément ce que j’essaie de travailler, et non de masquer. Le problème n’est pas l’existence d’un langage élaboré, mais le moment où ce langage cesse d’agir, où il devient un simple mot de passe d’appartenance. Tant qu’il reste un outil pour déplacer l’expérience, pour mettre en crise ce qu’il décrit — y compris lui-même — il peut encore être mis au travail.

                      Tout demande de la culture, oui. La question décisive est de savoir si cette culture fonctionne comme un seuil infranchissable qui exclut, ou comme une pratique qui se construit en faisant, en circulant, en se partageant. C’est à cet endroit précis que se joue, selon moi, la possibilité d’une esthétique réellement démocratique.

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @dni_br

                      Il est parfaitement normal d’utiliser un langage complexe entre pairs.

                      Qu’on soit cheminot, médecin, informaticien ou philosophe, le jargon technique est un outil de précision indispensable au métier. Je ne conteste pas à un expert , à vous, ou même à Paul Jorion sur ce blog, le droit de publier des textes ardus, car ils s’adressent souvent à un auditoire capable de décoder ces concepts, même si le sens reste parfois difficile à saisir, même avec l’appui d’une IA.

                      Le véritable problème surgit lorsque cette complexité sort de l’enceinte des spécialistes pour s’exposer sur la place publique.

                      C’est là toute l’impasse de l’art contemporain. Contrairement au médecin qui ne vous demande pas de comprendre son latin pour vous soigner, l’art contemporain s’affiche dans l’espace public tout en exigeant la lecture de dix pages de théorie pour ne pas paraître absurde. En imposant ce « péage intellectuel » infranchissable pour 99% du public, cet art finit par exclure volontairement ceux qui n’ont pas les clés. Ce n’est plus de la précision technique, c’est une barrière sociale qui crée mécaniquement un sentiment de rejet légitime.

                      C’est le syndrome de l’art contemporain : il est devenu un médium abscons, réservé à une minorité.

                      Même une grande culture classique ne garantit pas l’accès à ce monde. L’exemple de Jacques Chirac est frappant : bien qu’immensément cultivé et passionné par les arts premiers, il restait totalement imperméable à l’art contemporain qui passionnait son ami François Pinault. Quand l’art nécessite une notice explicative de dix pages pour être « ressenti », il cesse d’être universel.

                      Prenez le « Comédien » de Maurizio Cattelan (la banane scotchée au mur) : sans le discours théorique sur le marché de l’art qui l’accompagne, ce n’est qu’une banane qui pourrit. Pour le commun des mortels, ce n’est pas de l’art, c’est une farce coûteuse. En refusant la simplicité, l’art contemporain et ceux qui le théorisent ne partagent plus une culture, ils entretiennent un entre-soi.

                    3. Avatar de dni_br
                      dni_br

                      @bb
                      Votre analyse est juste, je pense, sur un point central : le sentiment de rejet est réel, et il est légitime. Mais il apparaît précisément lorsque l’on ne distingue plus l’esthétique de l’art (en tant que champ social).

                      Ce qu’il faut sans doute comprendre, c’est que l’art s’est historiquement accaparé l’esthétique, au point de se confondre avec elle, alors qu’il n’est en réalité qu’un champ social parmi d’autres. L’esthétique ne naît pas dans l’art : elle est d’abord une expérience du sensible, un mode de relation au monde. L’art moderne puis contemporain ont progressivement capté cette expérience, l’ont spécialisée, institutionnalisée, administrée.

                      Si l’on prend Marcel Duchamp et Fontaine, le geste initial n’est pas un objet à comprendre, mais un geste esthétique au sens fort : une opération critique qui met à nu le fonctionnement du champ artistique. Duchamp ne produit pas une œuvre à contempler, il produit une situation qui révèle les mécanismes de légitimation — exactement ce que Pierre Bourdieu analysera plus tard. Ce n’est pas un hasard s’il détestait les musées.

                      Le problème commence lorsque ce geste est neutralisé par l’institution : mis sous vitrine, patrimonialisé, entouré de discours autorisés, intégré à un récit officiel. Ce qui était une critique du champ devient un objet sacralisé par ce même champ. Le pouvoir a toujours cherché à neutraliser l’esthétique, parce qu’elle est fondamentalement émancipatrice (l’art a toujours été un bras armé du pouvoir).

                      C’est là que prolifèrent les discours autorisés. Ils ne servent pas seulement à éclairer les œuvres, mais à légitimer des positions, à stabiliser des hiérarchies, à produire de la reconnaissance symbolique. À ce stade, on n’est plus dans l’esthétique, mais dans le spectacle, au sens précis de Guy Debord.

                      L’exemple de la banane de Maurizio Cattelan est révélateur. Sans l’appareil discursif et marchand qui l’accompagne, il ne reste presque rien à éprouver. Le geste n’existe plus que par le commentaire qui le justifie. On n’est plus dans une expérience esthétique, mais dans une démonstration interne au champ de l’art et à ses logiques de marché. Là encore, la lecture bourdieusienne est éclairante : le champ se referme sur lui-même.

                      Mais ce mécanisme n’est pas propre à l’art. Il suffit de faire un tour dans la recherche, les sciences humaines ou la philosophie pour observer exactement les mêmes logiques : inflation de discours, auto-référentialité, complexité produite moins pour transformer l’expérience ou le savoir que pour marquer des positions et se reconnaître entre pairs. Le discours cesse alors d’être opérant ; il devient un outil de légitimation.

                      Le problème n’est donc ni la complexité ni l’exigence intellectuelle en elles-mêmes. Le problème apparaît lorsque le langage ne sert plus à déplacer le regard ou l’expérience, mais principalement à signaler une appartenance. À ce moment-là, que l’on parle d’art ou de recherche, on ne produit plus du sens : on administre un champ.

                      C’est précisément pour cela qu’il est nécessaire de distinguer l’art et l’esthétique. L’art, comme champ social, peut devenir un instrument de pouvoir. L’esthétique, elle, reste une expérience : elle agit ou elle n’agit pas. Lorsqu’elle est captée, neutralisée, mise en vitrine et entourée de discours autorisés, elle se transforme en spectacle savant.

                      Ce que l’on appelle souvent « le problème de l’art contemporain » n’est donc qu’un cas particulièrement visible d’un phénomène beaucoup plus général : la tendance de tous les champs à s’approprier l’esthétique, à transformer leurs propres productions en dispositifs autoréférentiels de légitimation. L’art ne fait ici que rendre manifeste ce que la recherche et les sciences humaines produisent, elles aussi, très efficacement.

                    4. Avatar de bb
                      bb

                      @dni_br

                      Interressant.

                      La complexité est devenue le nouvel outil de domination. Dans une démocratie saine, le rôle de l’intellectuel ou de l’artiste serait de « traduire » la complexité pour rendre le monde plus lisible. Mais la logique actuelle des champs sociaux les pousse à faire l’inverse : produire de l’illisibilité pour garantir leur propre autorité.

                      Je pense que nous vivons cela dans de nombreux domaines actuellement. Un exemple frappant est le rejet de la vaccination et la remise en question des diagnostiques médicaux.

                      Quelques proposition pour « ré-horizontaliser » le savoir et l’esthétique :

                      La « Traduction » contre le Jargon (Bruno Latour & Isabelle Stengers)
                      Pour ces penseurs, la complexité du monde est réelle (écologie, technologies, art), mais elle ne doit pas servir de mur.
                      Ils proposent de remplacer l’autorité de l’expert par la figure du « diplomate » ou du « traducteur ».
                      Au lieu d’asséner une vérité (ou une œuvre) comme un bloc monolithique, il s’agit de rendre visibles les controverses, les hésitations et les mécanismes de fabrication. En recherche, cela passe par les « sciences citoyennes ». En art, cela consisterait à montrer non pas l’œuvre finie comme un fétiche, mais le processus et les questions qu’elle soulève, sans le filtre du jargon sacré.

                      Le Maître Ignorant » et l’Égalité des Intelligences (Jacques Rancière)
                      C’est sans doute la proposition la plus radicale pour la démocratie. S’appuyant sur l’expérience de Joseph Jacotot, Rancière soutient que toutes les intelligences sont égales.
                      Un « maître ignorant » n’enseigne pas son savoir (ce qui recréerait une hiérarchie), mais il force l’élève à utiliser sa propre intelligence.
                      Pour briser l’administration du champ, il faut partir du postulat que le spectateur ou le citoyen est déjà « émancipé ». Il n’a pas besoin qu’on lui explique pourquoi la banane de Cattelan est de l’art ; il a besoin qu’on lui laisse l’espace de confronter sa propre expérience sensible à celle de l’artiste, sans médiation autorisée. C’est la fin du « spectacle savant » au profit de la vérification de l’égalité.

                      La Démocratie Délibérative et les « Mini-publics » (Habermas & Joshua Cohen)
                      Puisque le débat public est pollué par l’auto-référentialité des experts, l’idée est de créer des espaces protégés.
                      Les Jurys Citoyens / Conventions Citoyennes : On tire au sort des citoyens, on leur donne accès aux informations (complexes), mais on leur laisse le temps de délibérer entre eux pour produire un avis commun.
                      On s’aperçoit que, placés dans de bonnes conditions, les citoyens « ordinaires » traitent la complexité aussi bien, sinon mieux, que les experts, car ils y réintègrent le bon sens et l’éthique que le champ social de l’expert a souvent évacués.

                      L’Éducation Populaire « Politique »
                      Inspirée par Paulo Freire, cette approche ne vise pas à donner de la « culture » aux gens (ce qui sous-entendrait qu’ils n’en ont pas), mais à partir de leurs problèmes réels pour remonter vers la théorie.
                      On ne part pas du concept (l’art contemporain, la sociologie) pour descendre vers le peuple. On part du vécu (le sentiment d’exclusion, le travail, la ville) pour forger des outils intellectuels. La complexité devient alors une arme pour le citoyen, et non plus un outil de légitimation pour l’institution.

                       Les solutions évoquées par Gemini me semblent intéressantes. Mais compte tenu de l’abrutissement généralisé entretenu par les médias et les réseaux sociaux, je crains qu’elles ne relèvent malheureusement de l’utopie. 

                    5. Avatar de dni_br
                      dni_br

                      Je ne crois pas qu’il y ait ici un désaccord de fond, mais plutôt une discussion sur le niveau auquel on se place.

                      Vous avez raison sur le diagnostic : la complexité est aujourd’hui très souvent utilisée comme un outil de domination symbolique. Dans l’art, dans la recherche, dans l’expertise scientifique, l’illisibilité sert fréquemment à produire de l’autorité, et le jargon devient un marqueur de position. Les effets d’exclusion que vous décrivez sont réels et légitimes.

                      Les réponses que vous évoquez — traduction, diplomatie, sciences citoyennes, égalité des intelligences, dispositifs délibératifs — sont importantes. Elles cherchent à ré-horizontaliser les rapports entre savoirs et à desserrer la hiérarchie entre experts et profanes. Mais il me semble qu’elles restent encore inscrites dans un cadre représentatif : il y a un monde complexe, et la tâche consiste à mieux l’expliquer, le rendre lisible, le traduire.

                      La question que j’essaie de poser est légèrement différente. Elle ne porte pas seulement sur la qualité de la médiation, mais sur ce qui se passe lorsque l’on cesse de penser le sens comme quelque chose à transmettre. C’est là que la distinction entre art et esthétique devient décisive. L’art, en tant que champ social, peut devenir un lieu de confiscation symbolique, avec ses discours autorisés et ses mécanismes de légitimation. L’esthétique, elle, n’est ni un contenu ni un savoir : c’est une expérience, une manière de se rapporter au monde.

                      Les proto–cultural studies avaient déjà opéré un déplacement important en ce sens. Avec Raymond Williams, Stuart Hall ou les travaux du CCCS de Birmingham, il ne s’agissait plus de représenter la culture depuis un surplomb savant, mais de partir des pratiques situées : usages médiatiques, cultures populaires, formes de vie ordinaires, conflits symboliques vécus. Le sens n’était pas à traduire pour un public supposé ignorant ; il était déjà là, produit dans des situations concrètes.

                      C’est pour cela que je rapproche davantage cette lignée de ce que fait aujourd’hui Paul Jorion que d’une logique de médiation au sens strict. Dans le texte qu’il vient de publier sur le fait que la majorité de ses lecteurs se trouve désormais en Orient, il ne cherche pas à simplifier son propos ni à l’adapter pédagogiquement. Il déplace le cadre d’énonciation lui-même : il change de rythme, de centre implicite, d’horizon civilisationnel. Il ne représente pas un objet à expliquer ; il modifie la situation depuis laquelle le sens circule.

                      Cela rejoint une intuition très foucaldienne : la question décisive n’est jamais seulement ce qui est dit, mais qui parle, d’où, et dans quelle configuration de savoir. Dire d’où l’on parle n’est pas un supplément moral, c’est une condition de lucidité. On ne sort pas d’un rapport de pouvoir uniquement par la traduction ; on le déplace en modifiant les conditions mêmes de l’énonciation.

                      Dans cette perspective, la question n’est peut-être pas seulement de lutter contre l’illisibilité, mais de reconnaître que nous sommes en train de changer de régime. Non plus un régime où le sens doit être expliqué et validé, mais un régime où il se transmet par l’expérience, par le déplacement, par la mise en situation. C’est ce que John Dewey appelait déjà une esthétique de l’expérience, et ce que Jacques Rancière théorise comme un régime esthétique : non pas une égalité de savoirs, mais une égalité de capacité à éprouver, à juger, à être déplacé.

                      Pour conclure, il me semble que l’enjeu n’est pas de rétablir un ordre du haut vers le bas, ni de produire de meilleurs dispositifs explicatifs. Le mouvement est inverse : bottom up, pas top down. Le sens n’est plus quelque chose qui descend d’une instance experte vers un public déficient ; il émerge des pratiques, des situations, des usages, des gestes ordinaires.

                      Et non, ce n’est pas « foutu ». L’esthétique n’a jamais été confinée à l’art ni aux institutions. Elle traverse la vie, les manières de faire, de parler, de penser, de se situer. Elle n’est pas un supplément culturel, mais une manière d’habiter le monde.

                      Être contemporain, en ce sens, ce n’est pas appartenir à une période ni à un champ, c’est adopter un ethos : une attention aux formes de l’expérience, à ce qui fait sens dans l’action même. L’esthétique ne se décrète pas, elle se pratique — dans l’écriture, dans la recherche, dans la technique, dans les relations, dans chacun de nos gestes.

                    6. Avatar de bb
                      bb

                       @dni_br

                       Excusez‑moi. Après tout ce que nous venons d’échanger, j’ai bien l’impression que ce sont mes codes qui ne sont pas les bons pour vous comprendre.

                      Mais tout cela me semble très théorique. Dans la réalité quotidienne, comment faire comprendre que le sens naît des pratiques, des situations, des usages, des gestes ordinaires ? Et surtout, dans quel objectif ? Une nouvelle compréhension de « l’esthétisme »? Qu’il ne faut pas confondre avec l’art?

                    7. Avatar de dni_br
                      dni_br

                      Je vais essayer de dire les choses simplement, en précisant d’où je parle.

                      Il existe deux manières très différentes de faire relation avec le monde.

                      La première est top-down.
                      On part d’un cadre : une théorie, une grille de lecture, une discipline, un discours critique.
                      On applique ce cadre au réel.
                      Le réel confirme le cadre.
                      Le cadre se renforce et finit par apparaître comme allant de soi.

                      C’est cela, très précisément, la modernité (le régime représentatif).
                      La compréhension précède l’expérience, et l’expérience devient une illustration.
                      La boucle fonctionne, mais elle produit un larsen : le discours se confirme lui-même, se répète, se naturalise. Il tourne, mais il ne transforme plus réellement ce à quoi il s’applique.

                      La seconde manière de faire relation avec le monde est bottom-up.
                      On part des pratiques, des situations concrètes, des gestes, des usages.
                      On fait quelque chose → le monde répond (résiste, dévie, oblige à ajuster) → cette réponse transforme ce qu’on fait ensuite et la manière de le comprendre.

                      Ici, la compréhension vient après, depuis l’intérieur du mouvement.
                      On revient au point de départ, mais modifié par ce qui s’est passé entre-temps.
                      C’est ce que Douglas Hofstadter appelle une boucle étrange.

                      C’est depuis cette logique que je parle, et cela explique sans doute le décalage de « codes ».
                      Les miens ne sont pas d’abord ceux de la philosophie du commentaire ou du diagnostic, mais ceux d’une tradition pragmatique : Peirce, Dewey.
                      Dans cette perspective, les choses n’existent pas d’abord par ce qu’on en dit, mais par ce qu’elles font. Le sens ne précède pas l’expérience : il émerge de ses effets.

                      C’est pour cela que la transmission ne se fait pas prioritairement par l’explication, mais par ce qui agit.
                      Dans une boucle bottom-up, la transmission passe par l’artefact.
                      Non pas comme objet à interpréter, mais comme opérateur : quelque chose qui fait éprouver une relation au monde et qui permet à cette relation d’être reprise par d’autres.

                      L’artefact transmet une expérience par une expérience.
                      La compréhension n’est pas préalable ; elle se forme en faisant.

                      Avec cette clé, beaucoup de phénomènes deviennent lisibles.

                      Certaines pratiques esthétiques fonctionnent clairement en bottom-up : le hip-hop dans sa pratique vivante, le graffiti comme geste situé, la techno quand elle joue avec la répétition sans la lisser.
                      On apprend en pratiquant, en observant, en imitant, en ratant.
                      Le sens naît de l’usage.

                      Mais dès que ces pratiques deviennent des styles figés, des signatures, des marques reconnaissables, la boucle s’inverse.
                      Elles passent en top-down.
                      Elles se regardent fonctionner.
                      Elles se répètent au lieu de se transformer.

                      Banksy est un bon point de bascule : le geste critique du graffiti devient image-signature.
                      L’anonymat du graffer devient une marque.
                      On reconnaît avant d’éprouver.
                      La situation n’affecte plus réellement l’acte ; l’acte confirme son propre dispositif.

                      La même chose vaut pour la pensée critique.

                      Baudrillard est exemplaire ici.
                      Son diagnostic est souvent juste, parfois fulgurant. Mais il reste moderne par la direction de sa boucle : la critique tourne en vase clos, elle décrit la capture sans jamais produire de prise. Le système absorbe la critique, et la critique constate son absorption. Le larsen est parfaitement décrit et reconduit, y compris dans son propre champ, où il joue la critique attendue, devenue spectacle.

                      À l’inverse, lorsque Foucault expose les conditions de sa parole au moment même où il parle (le discours inaugural au Collège de France), ou lorsque Bourdieu retourne ses outils sur le champ qui les produit, quelque chose d’autre se passe.
                      Le lecteur n’est pas seulement informé ; il est affecté dans sa position.
                      La pensée ne se contente pas d’expliquer : elle agit. La boucle reste ouverte.

                      C’est exactement ce qui se joue aussi avec Duchamp.
                      Fontaine n’est pas d’abord un objet à comprendre, mais un geste qui révèle le fonctionnement du champ.
                      Mais lorsque ce geste est mis sous vitrine, sacralisé, entouré de discours autorisés, il peut devenir à son tour un objet de larsen : la règle se fige en icône, la prise se neutralise.

                      Il n’y a là aucune faute morale.
                      C’est un effet de champ.
                      Les cadres tendent à capturer ce qui les traverse, surtout lorsque cette traversée est esthétique, c’est-à-dire opératoire.

                      Dans ce cadre, le contemporain ne désigne pas une période.
                      Il désigne une direction de boucle, une relation au monde, une épistemè.

                      Quand une pratique part d’un cadre et se contente de le confirmer, elle est moderne, même si elle est récente.
                      Quand une pratique part d’une situation, se laisse affecter, et transforme ses propres conditions en avançant, elle est contemporaine, même si elle est ancienne.

                      Peut-être que la difficulté vient de là :
                      ce n’est pas toute relation bottom-up qui est immédiatement esthétique.

                      Cela devient esthétique au moment précis où l’on prend conscience que la relation au monde passe par des artefacts,
                      et où l’on décide de transmettre cette relation exactement par ce moyen-là.

                      Autrement dit, l’esthétique commence quand une pratique ne se contente plus d’agir,
                      mais fait de son propre mode de transmission un élément actif de ce qu’elle transmet.
                      L’artefact ne sert plus seulement à faire quelque chose :
                      il sert à montrer comment quelque chose se fait, en le faisant.

                      C’est une forme de réflexivité incarnée :
                      non pas un commentaire sur l’action,
                      mais une action qui rend perceptible sa propre manière de communiquer.

                      Quand cette réflexivité reste vivante, la boucle demeure ouverte.
                      Quand elle se fige en style, en icône ou en discours, elle redevient larsen.

                      La modernité transmet des modèles.
                      L’esthétique transmet des prises.

                      Et c’est depuis là que je parle ici.

                    8. Avatar de dni_br
                      dni_br

                      Philippe Katerine (contemporain) résumerait sans doute tout ça comme une comptine :

                      Philippe Katerine contemporain
                      David Guetta moderne
                      Alberti contemporain
                      Jeff Koons moderne
                      Montaigne contemporain
                      Banksy moderne
                      Foucault contemporain
                      Jean Nouvel moderne
                      Nietzsche contemporain
                      Baudrillard moderne
                      Paul Jorion contemporain
                      Latour moderne
                      John Cage contemporain
                      Virilio moderne
                      Bourdieu contemporain
                      James Cameron moderne
                      Lacaton & Vassal contemporains
                      Zaho de Sagazan moderne
                      Jeff Mills contemporain
                      Bertrand Lavier contemporain
                      John Ford contemporain
                      Beuys contemporain

                      ….

                    9. Avatar de Bb
                      Bb

                      @Dni_br

                      En plus d’être théorique cette liste ne vous paraît-elle pas un peu subjective?

                    10. Avatar de dni_br
                      dni_br

                      @Bb

                      Oui, c’est subjectif.
                      Mais l’objectivité n’est qu’une subjectivité qui a oublié qu’elle l’était.

                      Plutôt que de prétendre parler de nulle part, je préfère montrer d’où je parle.
                      Donner ma subjectivité entière, sans la maquiller en vérité générale.

                      C’est ça, pour moi, le seul geste honnête aujourd’hui :
                      faire passer un point de vue par l’esthétique, par l’artefact, pas par l’autorité.

  3. Avatar de CloClo
    CloClo

    Hello ! Y a un petit côté physique quantique dans tout cela, effondrement de fonction d’onde, observation, changement de niveau d’énergie.

    Et la situation où tu arrives quelque part genre ta cuisine et tu te demandes ce que tu fous là, jusqu’à ce que la suite des idées, motivations première, la chaîne des événements, redeviennent lisible : Ah oui je viens me faire une tisane ! Idem en voiture, tu démarres, tu fais des centaines de mètres sur la route habituelle puis paf, mince, mais pas du tout, qu’est ce que je fous dans ce sens c’est dans l’autre sens que je dois aller. Marrant ces sensations de réveil ou de reconnexion. Genre je reprends le contrôle ! 😀

  4. Avatar de gilbert
    gilbert

    Quelle est la différence entre l’homme qui en entendant crier au secours se rue vers la mer pour sauver son prochain et celui qui prend son téléphone en main pour filmer l’événement?
    Que se passe-t-il durant la demi-seconde pour déterminer le choix de l’action chez deux individus de la même espèce?

    1. Avatar de Grand-mère Michelle
      Grand-mère Michelle

      @Gilbert

      Peut-être que l’homme qui filme ne sait pas nager? Ou en tout cas pas assez bien que pour réussir à sauver l’autre sans risquer de se noyer aussi?
      Le principe de sécurité, de précaution, est tellement répandu à l’heure actuelle (surtout pour nous faire sentir dépendant-e-s de l’Etat et des « autorités ») qu’il contribue à une dénaturation avancée.

      Et peut-être que l’acte de celui qui plonge est une réaction instinctive, inconsciente?

  5. Avatar de écodouble
    écodouble

    Le premier vit. Le second n’est un spectateur sans intelligence.

  6. Avatar de Ruiz
    Ruiz

    Jacques Attali (et alii) sur France culture .. (sur l’IA)

    1. Avatar de bb
      bb

      @Ruiz

      Jacques Attali semble être passé à côté des principes fondamentaux de l’intelligence artificielle. En s’obstinant à réduire l’IA à un simple « perroquet stochastique » ou à un pur outil de prédiction statistique, il démontre qu’il n’a pas pris la peine d’étudier la réalité technique du fonctionnement des réseaux de neurones.

      À l’instar de Raphaël Enthoven ou d’Éric Sadin, il s’enferme dans une posture de « littéraire pur » pour qui la compréhension de la technologie semble presque dégradante. Pour ces intellectuels, la technique est un objet de révulsion plutôt qu’un sujet d’étude. Ils préfèrent protéger la « dignité » de leur esprit littéraire plutôt que de confronter leurs concepts à la réalité du code et de l’architecture des modèles.

      Dès qu’ils abordent l’IA, ils tombent dans une forme de mise en scène intellectuelle déconnectée du réel. Ce ne sont plus des penseurs, mais des « clowns de la pensée » qui agitent des épouvantails philosophiques sans jamais saisir l’objet dont ils parlent.

      1. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        @bb « Si vous Européens ne laissez pas Mr Musk et l’IA déferler sur l’Europe nous nous retirons de l’OTAN ! »,
        telle est la citation préélectorale de Vance que rapporte Attali, appuyant en celà les interrogations des autres intervenants sur l’enjeu de souveraineté vis à vis des fournisseurs de nuages États-Uniens qui accaparent la valeur économique, traduisant une hégémonie américaine.
        L’émission présente des points de vues de différents intervenants.
        Pas seulement ATTALI qui est probablement le moins littéraire des intervenants.
        « Nous avons besoin d’ingénieurs Les mathématiques sont les sciences de base. »

        Alors que pour Gaspard Koenig le cerveau humain serait fondamentalement différent de la machine, Attali n’exclut pas, que l’IA générative soit capable de surpasser l’homme, citant telle spécialiste de l’IA pour laquelle l’IA serait capable d’atteindre cet objectif lorsqu’elle sera capable de penser de façon autonome pendant plus de 41 Heures alors qu’elle en serait déjà à 2 Heures 27 minutes.
        mais ne conclut pas
        « personne ne peut dire si la machine va dépasser l’homme »

        Il insiste sur l’importance préminente à ses yeux de de l’IA industrielle prédictive au delà des LLM type Chat GPT.

        ATTALI rève d’une réglementation mondiale énonce la péremption de la notion de droit d’auteur et annonce une majorité de création humaine pour soi-même.

        A l’heure où les compétences valorisées dans le système scolaire sont automatisées, les pertes de compétence peuvent être généralisées.
        perte d’usage du cerveau Humain
        « plus besoin de savoir lire écrire compter, connaitre les langues étrangères. »

        « L’école ne serait qu’une parenthèse dans la transmission du savoir. »

        Il rappelle l’utilisation par l’IA des résultats des Neurosciences comme pour l’addiction publicitaire
        « L’IA c’est une drogue. »
        « L’IA personnelle est un danger mortel pour l’humanité. »
        « La société américaine est une société totalitaire comme la société chinoise. »

        et
        prône la déconnexion comme le retour à la nature pour préserver l’Humus et réduire l’artificialisation.

        alors que l’on note la tentation du rève d’immortalité par le transfert de la conscience dans un objet ..

        https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-esprit-public/ia-comment-se-prepare-t-on-a-l-inconnu-1050099

        1. Avatar de bb
          bb

          @Ruiz

          Je viens de vous répondre jsute en dessous.

      2. Avatar de Dni_br
        Dni_br

        Ce qui est frappant, dans beaucoup de réactions de philosophes et de littéraires face à l’IA, c’est qu’elles font comme si des décennies de réflexion sur le langage et le sens n’avaient jamais existé. Comme si l’on n’avait pas longuement pensé le sens comme différentiel, relationnel, sans positivité propre.

        De Ferdinand de Saussure à Jacques Derrida, le signe n’a jamais été conçu comme porteur d’un contenu substantiel, mais comme un effet d’écart, de différence, de relation dans un système. Le sens n’est pas donné, il émerge d’un réseau de corrélations. Or, qu’on le veuille ou non, c’est précisément sur ce type de logique que reposent les LLM : pas de signification intrinsèque, seulement des structures relationnelles apprises et rejouées.

        Dans ce contexte, réduire l’IA à un simple « perroquet statistique » sans interroger ce parallèle est pour le moins paradoxal. Le lien entre structuralisme, post-structuralisme et modèles génératifs mériterait d’être réellement travaillé — et non évacué par des postures morales ou des effets de tribune.

        Le vrai problème n’est peut-être pas que l’IA manquerait de sens, mais que certains discours critiques refusent de reconnaître que des outils conceptuels bien connus trouvent ici une matérialisation technique inattendue. Un comble, en effet, pour des ‘philosophes’.

        1. Avatar de bb
          bb

          @Dni_br

          Votre intervention est complexe. Et je ne saisis pas tous les tenants et aboutissants. Faites-moi part de votre avis au sujet de cette réflexion assistée par l’IA Gemini .

          L’idée centrale de Ferdinand de Saussure ou Jacques Derrida est que le sens n’est pas « donné » par une essence divine ou humaine, mais qu’il est construit par des structures, des rapports de force ou des jeux de langage.

          Raphaël Enthoven, Jacques Attalinn et Éric Sadin rejettent l’IA au nom d’une certaine « dignité humaine ». Les concepts de la French Theory (qu’ils dédaignent souvent pour leur complexité) sont paradoxalement ceux qui expliquent le mieux comment fonctionne l’IA.

          Pour Ferdinand de Saussure, le langage est un système de différences. Un mot n’a pas de sens en soi, il a du sens parce qu’il n’est pas les autres mots du système. Comme vous le soulignez c’est exactement ainsi que fonctionne le « Vector Embedding » dans l’IA.
          En traitant l’IA de « perroquet stochastique », Attali et consorts pensent l’insulter. En réalité, ils ne font que décrire, sans le savoir ou sans le vouloir, la matérialisation technique des théories du langage les plus avancées du XXe siècle.

          ——————————————————–
          Alors là il faut préciser le sens du terme « perroquet stochastique »:

          Pour un disciple de Saussure ou de Derrida, utiliser ce terme serait presque un compliment ou, du moins, une description technique très fidèle de la manière dont le sens fonctionne en général.
          Voici pourquoi ce terme est perçu différemment selon le camp :

          – Pour Saussure le sens est une structure, pas une « âme ». Il explique que dans la langue, il n’y a que des différences. Le mot « Chat » n’a pas de sens parce qu’il ressemble à un petit félin, mais parce qu’il est différent de « Rat », « Chapeau » ou « Chien ». L’IA, calcule la probabilité qu’un mot apparaisse en fonction des autres mots (le contexte). C’est du pur différentiel. Si Saussure voyait un LLM, il dirait : « C’est la preuve que j’avais raison ! » On peut générer du sens sans avoir besoin d’une conscience, simplement en manipulant les rapports entre les signes. « Pour lui, le fait que l’IA soit un « perroquet » qui joue avec des structures n’enlève rien à la validité du langage produit.

          – Derrida va encore plus loin avec la déconstruction. Il dit qu’il n’y a pas de « hors-texte ». Le sens d’un mot n’est jamais figé, il est toujours renvoyé à un autre mot, puis à un autre (c’est ce qu’il appelle la différance).
          L’IA ne comprend pas le monde réel, elle ne connaît que les textes. Elle est « enfermée » dans le langage. Derrida rirait sans doute de l’argument d’Attali. Il répondrait que l’être humain, lui aussi, est une sorte de « perroquet » qui répète des signes et des concepts hérités des autres. Pour Derrida, tout langage est, par nature, stochastique et répétitif. L’IA ne fait que rendre ce processus visible et mécanique.

          Pourquoi Attali et Enthoven l’utilisent comme une critique ? C’est là que se situe le nœud du problème. Ces intellectuels défendent une vision humaniste classique.
          Traiter l’IA de « perroquet stochastique » sert à dire : « Ce n’est qu’une imitation vide, car il n’y a personne derrière le rideau.

          Pour Derida et De Saussure : Le terme confirme que le langage est une machine autonome. Si l’IA est un perroquet, alors nous le sommes peut-être aussi un peu, puisque nous utilisons les mêmes structures de langage pour penser. Le paradoxe est là : Les détracteurs de l’IA utilisent un argument technique pour défendre une vision « sacrée » de l’homme, alors que les théories qu’ils ignorent (probablement volontairement) (Derrida, Saussure) expliquent que l’homme et l’IA partagent peut-être le même fonctionnement linguistique.

          ———————————————————————–

          Le courant « mainstream » s’adresse à un public éduqué mais qui privilégie le « bon sens » et la morale.
          Admettre qu’une machine peut produire du sens via des relations statistiques reviendrait à admettre que l’esprit humain fonctionne peut-être aussi, en partie, sur cette logique. C’est une blessure narcissique insupportable.
          Pour beaucoup de littéraires, ouvrir le capot d’un réseau de neurones est « dégradant ». Ils préfèrent juger l’objet de loin, à travers des concepts abstraits (l’âme, la conscience, la dignité), plutôt que d’étudier l’architecture des transformeurs.

          La French Theory a été mise de côté parce qu’elle était jugée trop complexe ou nihiliste. Résultat, on se retrouve avec des intellectuels qui n’ont plus les outils conceptuels pour comprendre que l’IA est la réalisation concrète de la « différance » de Derrida.

          En résumé, on assiste à un dialogue de sourds. D’un côté, des ingénieurs qui font du structuralisme sans le savoir ; de l’autre, des philosophes qui défendent un humanisme « sacré » en ignorant les bases mêmes de la linguistique moderne.

          1. Avatar de Ruiz
            Ruiz

            Un perroquet stochastique ou pas peut être intelligent :
            https://www.youtube.com/watch?v=D9N3WVD8eMI
            (le son original est en français)

  7. Avatar de bb
    bb

    @Ruiz

    J’insiste. L’intervention d’Attali, révèle une méconnaissance profonde du fonctionnement réel de l’intelligence artificielle, au profit d’une mise en scène de concepts flous et de chiffres sortis de nulle part.

    Le paradoxe de la « pensée chiffrée » (6:50) : Après avoir réduit l’IA à de la simple statistique, il affirme que celle-ci « pense » actuellement pendant 2h27 et qu’elle dépassera l’homme à partir de 40h. Ces chiffres sont totalement fantaisistes. Ils reposent sans doute sur un calcul absurde divisant le stock de données humaines par une vitesse de traitement arbitraire. Confondre vitesse d’exécution et autonomie de pensée est une erreur de débutant.

    La musique : Le contresens du « collage » (19:46) : En affirmant que l’IA se contente de mettre bout à bout des « petits morceaux » piqués à droite et à gauche, il démontre qu’il ne comprend pas les réseaux de neurones génératifs. L’IA ne fait pas du copier-coller (sampling) ; elle apprend les structures mathématiques de la musique pour créer des ondes sonores originales.

    Le concept de « Zombies » (20:47) : Lorsqu’il parle de « zombies juxtaposés » pour décrire les créateurs via IA, il semble plus proche du cliché sociologique que du zombie philosophique de David Chalmers. Là où Chalmers s’interroge sur la conscience sans qualia (un être qui agit comme un humain sans rien ressentir), Attali se contente d’une insulte déguisée en concept pour désigner une supposée passivité humaine.

    Angoisse énergétique et vide réglementaire : Il brandit la menace écologique sans mentionner la révolution des IA locales (sur smartphone) qui consomment infiniment moins. Quant à sa demande de « réglementation européenne », elle ignore superbement l’AI Act déjà voté et mis en œuvre, prouvant qu’il ne suit pas l’actualité législative du sujet qu’il traite.

    Le paradoxe de l’ingénieur (46:00) : Il appelle à former des mathématiciens tout en prophétisant que la machine pensera à leur place. Il est incapable de résoudre cette contradiction : à quoi bon maîtriser la science si l’on délègue la pensée ?

    Gaspard Koenig a une vision plus lucide et politique
    Face au catastrophisme romantique d’Attali, Gaspard Koenig apporte une analyse bien plus ancrée dans la réalité du siècle.

    L’homéostasie de la pensée (13:00) : Koenig souligne avec justesse que la pensée humaine cherche l’équilibre et le sens (l’homéostasie), là où l’IA ne cherche que l’optimisation mathématique. Cette distinction est cruciale : l’IA n’imite pas la vie, elle simule des résultats.

    La propriété des données (Data Ownership) : C’est le point fort de Koenig. Au lieu de pleurer sur la « fin du monde », il propose une solution politique et économique : la fin de la gratuité de nos données.
    Transformer nos données en capital permettrait non seulement de réguler la Big Tech, mais aussi de créer le socle d’un revenu universel.

    C’est une vision de « droit de propriété » là où Attali ne propose que des incantations morales sur les droits d’auteurs sans proposer de solutions.

    La seule convergence sensée réside dans le danger de la futilité (52:00). L’utilisation massive de l’IA pour des tâches insignifiantes risque d’atrophier nos capacités cognitives. Mais là où Attali y voit une fatalité de « zombie », Koenig y voit un problème de droit et de structure économique qu’il est encore possible de corriger.

  8. Avatar de Ruiz
    Ruiz

    @bb Attali ne peut faire figure d’autorité en matière d’IA, et c’est pour celà qu’il cite une proposition d’une spécialiste du domaine, sans pour autant conclure.
    Lorsqu’il mentionne le succès des oeuvres dérivées composites réalisées par IA, cela ne signifie pas un tronçonnage digne d’un DJ, mais une inspiration d’origines multiples, comme pour les textes d’un LLM, où il est bien difficile de retrouver la filiation du droit d’auteur dont il pressent la fin après à peine 2 siècles.

    De part sa formation scientifique initiale quoiqu’ancienne Attali a plus de chance de comprendre les réseaux de neurones génératifs, ne serait-ce que par la proximité de celle-ci avec celle de nombreux qui les développent et par son intérêt antérieur pour le sujet cité notamment dans un rapport du Sénat de 2016, Gaspard Koenig ayant commis un ouvrage d’interview sur le sujet en 2019, les deux étant assez critiques sur l’IA.
    Le rève d’Attali comme dans d’autres domaines est d’une régulation mondiale, pas seulement européenne.

    S’il y a des IA frugales en énergie qui tournent sur smartphone ? des sources !

    La propriété des données est peu évoquée dans l’émission, mais celles-ci ne constituent elles pas déjà une monnaie, surtout avec le RGPD, l’accord de l’intéressé signant le contrat de trransfert pour l’accès au services aux textes ou aux nouvelles ?

    Attali rapelle que les créateurs ont toujours existé soit à titre personnel soit financés par des mécènes.

    Ce n’est pas l’usage de l’IA pour des tâches futiles qui serait problématique, mais bien plutôt pour des tâches basiques et essentielles …

  9. Avatar de bb
    bb

    @Ruiz.

    [ S’il y a des IA frugales en énergie qui tournent sur smartphone ? des sources ! ]
    Après notre discussion de la semaine dernière, vous ne perdez pas le nord vous… 🙂

    Avec l’IA n’importe quel argument est sourçable. (dans la mesure où l’IA ne raconte pas n’importe quoi…)

    l’IA locale (on-device AI) est devenue une réalité concrète. Contrairement aux applications classiques comme ChatGPT qui envoient vos données sur des serveurs, ces IA fonctionnent directement sur la puce de votre téléphone, même sans connexion internet.

    Voici les deux manières d’en profiter :

    1. Les IA intégrées par les constructeurs
    Les smartphones récents possèdent des puces dédiées (NPU) capables de faire tourner des modèles dits « légers » (SLM – Small Language Models) de manière native :

    Apple Intelligence (iPhone 15 Pro et +) : Utilise des modèles locaux pour le résumé de textes, la retouche photo et la gestion des notifications.

    Google Pixel (Série 8, 9 et 10) : Intègre Gemini Nano, une version miniature de l’IA de Google qui gère les réponses intelligentes, les transcriptions et le traitement d’image hors-ligne.

    Samsung Galaxy (S24 et S25) : Propose Galaxy AI, qui permet notamment la traduction d’appels en temps réel et l’édition générative directement sur l’appareil.

    2. Les applications pour faire tourner vos propres IA
    Si vous voulez tester des modèles « libres » (open-source) sans aucune censure ou contrôle constructeur, il existe des applications dédiées :

    PocketPal AI (iOS & Android) : C’est l’application de référence en 2025. Elle permet de télécharger et de faire tourner des modèles comme Llama 3, Mistral ou Phi-4 directement dans votre poche.

    MLC LLM : Une solution très performante pour Android et iOS qui optimise l’utilisation de la carte graphique du téléphone pour une vitesse de réponse impressionnante.

    Google AI Edge Gallery : Une application expérimentale de Google qui permet de tester les derniers modèles de la famille Gemma en local.

    1. Avatar de Ruiz
      Ruiz

      @bb Merci beaucoup pour ces précisions. Autement dit l’angoisse, ou la réticence devant le caractère énergivore des IA est à tempérer, dans la mesure où l’essentiel des usages (les plus fréquents) pourra se faire localement et ne nécessitera pas d’immenses centre de données.
      En revanche c’est l’assurance d’une diffusion encore plus rapide de cette technologie, comme pour le moteur électrique, qui a remplacé le moulin (à eau ou à vent), la courroie et la machine à vapeur, au point d’atteindre l’ubiquité, du rasoir ou lèvre-vitre électrique, au frigo, à la pompe à chaleur, à la trotinette, au drone, aux robots … non sans accompagner l’éclosion des centrales nucléaires.

  10. Avatar de H4LG4ND
    H4LG4ND

    Le paradoxe du tampon Real Human crée avec ChatGPT … (Je présume)

    1. Avatar de Paul Jorion

      Rien ne vous échappe 😉 !

Répondre à Hervey Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Contact

Contactez Paul Jorion

Commentaires récents

  1. C’est sous l’angle sociologique et anthropologique que ce livre est très intéressant, il explique la transmission familiale et inter-générationnelle des…

  2.  » Fragile !.., …vous avez dit fragile…  » J’en apprends tous les jours… https://www.lalibre.be/economie/digital/2026/01/13/interdire-les-distributeurs-de-cryptomonnaies-le-debat-senflamme-aux-etats-unis-apres-de-nombreuses-escroqueries-SXQLJQLKGRHJ3ON2BDERWQ5YJ4/

Articles récents

Catégories

Archives

Tags

Allemagne Aristote BCE Bourse Brexit capitalisme ChatGPT Chine Coronavirus Covid-19 dette dette publique Donald Trump Emmanuel Macron Espagne Etats-Unis Europe extinction du genre humain FMI France Grands Modèles de Langage Grèce intelligence artificielle interdiction des paris sur les fluctuations de prix Italie Japon Joe Biden John Maynard Keynes Karl Marx LLM pandémie Portugal psychanalyse robotisation Royaume-Uni Russie réchauffement climatique Réfugiés Singularité spéculation Thomas Piketty Ukraine Vladimir Poutine zone euro « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »

Meta