Dé-coïncidence et IA : épisode 3/3, par Delphine Quême

« Blue room » par Delphine Quême, Photographe

4.2. Essai de prospective

Posons un instant l’hypothèse d’une société où l’IA serait omniprésente dans la vie de chacun41.

L’IA pourrait d’abord dans notre quotidien permettre de mieux résoudre toutes sortes de problèmes, on renoncera alors à s’en occuper, à y consacrer du temps car elle le fera beaucoup mieux que nous : rédaction de courriers, organisation de l’agenda voire des vacances, achats alimentaires et de services, etc.

Elle remplacera ensuite des pans entiers de métiers :

– diagnostics médicaux42

– rédactions de contrats ou d’une défense juridique (une IA pourra assimiler les textes de loi et la jurisprudence de tous les pays du monde en quelques jours. Avec une bonne capacité de calcul, pouvant tester des milliards de corrélations, elle saura très facilement mieux rédiger qu’un avocat actuel qui ne connaîtra jamais aussi bien les textes et de la jurisprudence, ne serait ce que de son propre pays)

– drones tueurs dans l’armement

– génération de photos et de vidéos qui remplaceront les banques d’images

– etc.

Les IA pourraient devenir omniprésentes :

– de façon silencieuse (ce que j’appelle plus haut l’IA souterraine)

– de façon plus visible avec les robots humanoïdes.

D’abord dans la sphère professionnelle, les dirigeants d’entreprise vont remplacer la main d’œuvre par des robots43. Amazon vient d’acheter 750 000 robots pour ses entrepôts : on suppose que cela est déjà plus rentable que de recruter des humains ; de toute façon, cela n’est – semble-t-il – qu’une question de temps. On notera qu’il s’agit ici de remplacer purement et simplement des humains par des robots et non plus de robotiser une partie d’un process industriel.

La robotisation des entreprises va avoir plusieurs conséquences :

– dans un premier temps et selon le paradoxe de Jevons, les emplois pourront dans certains secteurs augmenter, la baisse du coût de fabrication entraînant une augmentation de la demande (si le coût d’une Ferrari est divisé par 10, tout le monde voudra s’acheter une Ferrari – dans le cas totalement imaginaire où ce fabricant ne chercherait plus à maintenir la rareté, source de valeur de ses produits).

– dans un second temps, et à cause d’une rentabilité des robots biensupérieure à celle des êtres humains, une augmentation continue des chômeurs qui seront tellement nombreux (ils retrouveront désormais de moins en moins de travail) qu’on mettra en place un revenu universel pour maintenir une certaine “paix sociale”.

– une forte baisse du coût de fabrication d’un robot ce qui va permettre à de plus en plus de particuliers de s’en offrir (les early adopters, geeks et fans de technologie d’abord, la masse ensuite).

Que le citoyen soit propriétaire d’un ou plusieurs robots ou pas, qu’il ait accès plus ou moins aux IA, il se retrouvera vraisemblablement avec moins de problèmes quotidiens à résoudre.

L’IA aidera l’humain intellectuellement (et les robots manuellement), tant que l’IA restera proche de l’intelligence humaine : par exemple, un chercheur qui échange avec l’IA sur des pistes possibles qu’il comprend déjà tout seul. Mais quand l’IA sera stratosphérique (l’ASI – artificial super intelligence – qui surpasserait l’intelligence humaine dans tous les domaines, y compris la créativité et les compétences sociales), l’être humain devra trouver quelque chose d’autre à faire que résoudre les problèmes matériels. Même les ingénieurs travaillant sur IA ne seront plus au niveau pour continuer à la programmer.

On parle souvent de l’IA comme de la dernière invention humaine44.

Quand l’IA se sera complètement envolée, laissant loin derrière elle l’intelligence humaine, alors les humains auront un nouveau sens à trouver à leur vie.

4.3. Le problème de la propriété de l’IA

Si l’IA était un bien commun de l’humanité, comme Wikipédia45 par exemple, les choses se passeraient certainement plus simplement : les problèmes matériels seraient réglés et on s’arrêterait là. Très malheureusement, la recherche en IA aujourd’hui appartient à quelques rares entreprises privées et à quelques gouvernements (notamment en vue de l’obtention d’une supériorité militaire). On a vu avec internet les effets négatifs de la privatisation : au lieu d’être un lieu de partage et de transmission, c’est devenu une machine à créer de la dopamine pour s’attacher les gens de manière addictive, favorisant ainsi le commerce et les profits, seul objectif que le privé cherche à optimiser.

Ainsi, les sociétés commerciales devront sans doute trouver un moyen de garder sous leur joug la population et devront poursuivre leur folle recherche de croissance infinie (alors que cela fait déjà longtemps que la croissance n’est plus le sujet) et donc maintenir la concurrence, et susciter ad nauseam de nouveaux “besoins”.

Ou bien, le point de vue de George Orwell dans Nineteen eighty four se réalisera-t-il46 ? : une société où les individus ont suffisamment de confort et de temps pourront mieux s’éduquer, et si le pouvoir reste aux mains d’une minorité qui n’aura plus de fonction, elle se rebellera.

L’homme déjà souvent se demande s’il n’est pas en train de passer à côté de la vraie vie47. Mais une fois les besoins matériels de base satisfaits il se posera sans doute encore plus cette question.

4.4. Quel nouveau sens pour la vie humaine ?

Admettons par hypothèse qu’on atteigne un système où tout est optimal, tous nos besoins sont formidablement satisfaits.

A quoi servira et que deviendra l’intelligence humaine ? Paul Jorion envisage un monde en tout cas qui demandera une “redéfinition de ce que cela signifie être humain”48.

Si l’IA arrive à résoudre les problèmes – ce à quoi l’intelligence humaine se consacrait jusque-là, et puisqu’elle le fera mieux que nous – à quel but l’intelligence humaine va-t-elle s’employer ?

Comme dit précédemment, la peinture avait pour but de représenter avant l’arrivée de la photographie. Après un temps de latence, nécessaire pour dé-coïncider, elle a radicalement transformé le sens de sa démarche d’outil de représentation en outil d’expression pour l’homme.

Dès lors, quelle bascule, quelle dé-coïncidence, quels nouveaux possibles la société d’abondance créée par l’IA va-t-elle ouvrir pour l’homme ?

4.4.1. Se sentir utile

Résoudre les problèmes permettait de se sentir utile. La notion même de se sentir utile va-t-elle, elle-même, devenir obsolète ?

L’IA va-t-elle remettre en question l’objectif un peu facile et “positif ” de « vouloir être utile » ? Se vouloir utile peut parfois être une coïncidence au sens de François Jullien qui empêche de voir des possibles, d’affronter ce que l’on aimerait vraiment faire, un peu comme certaines femmes (pas toutes heureusement) qui ont longtemps choisi la maternité, permettant facilement de ne pas avoir à interroger un vide existentiel. On parle souvent dans nos sociétés de “workaholics”, des gens qui ont une boulimie de travail, permettant à la dépression de ne pas s’installer.

Comment se sentir utile quand tous les besoins matériels seront satisfaits pour tous ?

Il est amusant de noter que des termes caractérisant la sphère professionnelle indiquent souvent le simple fait d’être occupé : business vient de busy (occupé), affairé (occupé par les affaires), disoccupato (au chômage en italien)49.

Ce besoin d’utilité, n’empêche-t-il pas à l’homme de voir un vrai sens à sa vie ? Un peu comme le besoin d’être marié pour être plus conforme à la société n’empêche-t-il pas d’attendre un peu pour vraiment tomber amoureux d’une personne pour elle-même et non la fonction qu’elle remplit ?

4.4.2. Pyramide des besoins

Abraham Maslow a travaillé sur une hiérarchie des motivations de l’homme. L’IA couvrira à terme les premiers niveaux de cette hiérarchie sans que l’être humain n’ait plus besoin de s’en occuper :

– besoins physiologiques de base

– besoin de sécurité

puis, plus haut dans cette hiérarchie :

– besoin d’appartenance et d’amour

– besoin d’estime de soi

On aura probablement moins besoin des autres (être lié aux autres améliorait nos chances de survie). On se tournera peut-être plus vers les IA (au moins dans un premier temps), immédiatement disponibles.

Peut-être le besoin d’amour restera-t-il, car lié à un besoin primaire de se reproduire.

Une fois tous ces besoins satisfaits (qui se caractérisent par l’existence d’un manque à combler : les deficiency needs) on pourra passer aux “besoins d’être” (being needs) qui sont plus une recherche de la croissance personnelle et de l’épanouissement de soi :

– le désir d’apprendre, de comprendre et de s’exprimer, la créativité, la recherche de vérité

– le désir d’esthétique et d’harmonie

– le désir d’aller vers la meilleure version de soi-même, une meilleure réalisation de soi (non contrainte par le matériel), savoir mieux s’écouter. On pourrait ajouter à ce désir le concept de Aliveness50, le fait d’être et de se sentir vivant, caractéristique de la capacité de dé-coïncidence : avoir un rapport vivant et dynamique aux choses.

Les besoins matériels traités (notre hypothèse de travail), il faudra tôt tard trouver un nouveau sens à notre vie, se réinventer51.

Cela prendra cependant et sans doute plusieurs générations pour que cela se fasse.

Premièrement, les conditions matérielles ne peuvent radicalement nous changer, comme nous l’explique Daniel Gilbert52 : l’individu revient à son état initial au bout d’environ un an (après avoir gagné au loto par exemple).

Par adaptation hédonique, on s’adapte rapidement à ce nouveau mode de vie, ce qui est exceptionnel devient vite normalité.

Deuxièmement, on pourrait imaginer que les conventions sociales, la morale implicite dans nos sociétés, le “c’est bien d’être utile” subsisteront un temps, même si les besoins de tous les individus sur terre étaient hypothétiquement remplis. Souvent les retraités sont désemparés et ne sentent plus utiles à la société, ce qui les déprime car “il faut être actif ”, “il faut être utile”. Tous ces “il faut” limitent de façon coïncidente en remplissant un vide pourtant nécessaire pour explorer d’autres possibles non contraints par le matériel ou la “bonne morale”. Tant que des personnes sont en manque de quelque chose, il est en effet pertinent de vouloir les aider, mais dans l’hypothèse où les besoins de tous sont satisfaits, il va falloir dé-coïncider et se poser la question autrement.

4.4.3. Intériorité, retour sur soi

L’IA exacerbera sans doute l’individualisme en chacun de nous par voie de conséquence, car nous n’aurons sans doute plus autant besoin les uns des autres pour satisfaire nos besoins matériels.

L’esprit que l’on appelle grégaire et qui est avant tout une stratégie de survie inconsciente de l’individu (on est plus en sécurité “biologique” dans le groupe qu’à la marge) tendrait alors à disparaître.

Aujourd’hui environ 10% des gens utiliseraient ChatGPT comme compagnon de conversation53. Des robots humanoïdes entourent déjà les personnes âgées dans les maisons de retraite au Japon54.

On se tournera moins vers les autres et plus vers soi-même. Et nous n’irons sans doute pas vers plus de spiritualité qui n’est avant tout qu’un outil pour apprendre à vivre avec les autres, apprendre à gérer la violence de la vie. Si la peinture figurative était avant tout destinée aux autres, l’expression de l’artiste (nouveau sens donné à la peinture) caractérise un retour sur soi (les grands artistes s’expriment, les mauvais artistes cherchent à plaire). De même, la place que prendra l’IA dans notre quotidien conduira les hommes à se centrer plus sur eux-mêmes et sur leur propre plaisir. Le désir ayant plus de place, l’homme deviendra-t-il plus sujet, dans le sens philosophique du terme ? Le désir est ce qui structure le sujet, et céder sur ce désir (par conformisme ou renoncement) revient à trahir son essence la plus profonde55.

Ainsi l’IA permettrait à l’homme un déploiement de soi, alimenté par un désir le rendant plus sujet à lui-même.

CONCLUSION

On pourrait résister à tout : ne plus commander sur Amazon, ne pas avoir de smartphone, etc …. mais qui prend l’escalier quand il y a un ascenseur ?56 Et surtout pourquoi prend-on l’ascenseur ?

La réponse est très simple : parce qu’on le peut.

Il me semble que l’IA fera si bien l’ascenseur que l’on n’aura plus de choix : il n’y aura bientôt plus d’escalier57.

Elle dé-coïncidera le sens de la vie humaine et lui ouvrira des possibles, sans doute en favorisant un déploiement du soi.

Mais il faut bien garder en tête deux risques majeurs qui malheureusement peuvent suffire à contrebalancer tous les apports positifs que l’IA pourrait ainsi apporter :

– le risque que l’IA, devenant une intelligence supérieure à l’homme, n’ait plus besoin de ce dernier. Risque qui semble probable et qui est très lucidement résumé par Patrick Albert, reprenant dans ce même ouvrage, les termes de Geoffrey Hinton58 : “comment peuvent-ils imaginer contrôler un être plus intelligent et infiniment plus rapide qu’eux ? ”.

– le risque qu’implique l’extrême concentration du financement de la recherche en IA au mains d’entreprises privées et aux mains de gouvernements. Les uns et les autres maximisent des utilités qui leurs sont propres entraînant des dérives éthiques et sociales.

Une solution serait que l’IA ne puisse fonctionner qu’au sein d’un corps humain : ce dernier, ainsi augmenté, serait assuré de ne pas être éradiqué de la planète. L’IA serait en quelque sorte un bien attribué à tous les individus de façon démocratique.

La fusion homme-machine serait alors une coïncidence ultime pour la dé-coïncidence absolue.

FIN

Notes

41 il est évident que la progression de l’IA dans nos sociétés sera fortement hétérogène, les pays développés ne peuvent être comparés aux pays en voie de développement encore trop nombreux dans le monde aujourd’hui (¼ de la population mondiale n’a pas d’eau potable)

42 AMIE est un LLM based conversational diagnostic research ai system qui diagnostique mieux les patients que les médecins (même ceux assistés par l’IA), elle a surtout une meilleure empathie, une meilleure ouverture et honnêteté perçue par les patients ! (AMIE: A research AI system for diagnostic medical reasoning and conversations – January 12, 2024 by Alan Karthikesalingam and Vivek Natarajan, Research Leads, Google Research). Remarque a posteriori : lors d’une conférence récente, on m’a fait noter que cette étude ne serait finalement pas solide. Mon point de vue très subjectif sur le sujet c’est que je n’ai personnellement qu’une seule hâte c’est d’avoir pour interlocuteurs médicaux des IA qui sur le fond se tromperaient tôt ou tard moins que les médecins et qui surtout, dans tous les cas de figure, seraient plus agréables que ceux qui ne vous disent plus bonjour, ne prennent plus une minute pour vous demander ce qui vous amène et vous demandent votre carte vitale sans lever la tête avant de vous dire bonjour. Il existe évidemment des médecins formidables, et j’en ai eu, mais comme le dit Jean Gabin dans Le président à propos des poissons volants : “ce n’est pas la majorité du genre”.

43 1012 robots pour 10 000 employés en Corée du sud en 2023 (La nouvelle ère des robots est arrivée, Charles de Laubier, le Monde du 8 décembre 2024)

44 Une rarissime prédiction juste est celle remarquable de I.J. Good, Speculations concerning the first ultraintelligent machine, 1966 : “It is more probable than not that, within the twentieth century, an ultraintelligent machine will be built and that it will be the last invention that man need make, since it will lead to an “intelligence explosion.” This will transform society in an unimaginable way. The first ultraintelligent machine will need to be ultraparallel, and is likely to be achieved with the help of a very large artificial neural net.”

45 On notera que la consultation de Wikipédia n’entraîne pas d’addiction ! Les principes de la charte de Wikipédia encouragent la transparence, la vérifiabilité et la collaboration, renforçant ainsi la confiance des utilisateurs envers le contenu.

46 George Orwell, Nineteen eighty four, 1949

47 Vivre enfin, François Jullien à paraître

48 Paul Jorion, L’avènement de la Singularité 2024

49 On remarquera à cet effet que lorsqu’on échange avec ChatGPT par exemple, la première réponse finit toujours par un “en quoi puis-je vous être utile aujourd’hui ?”

50 Maslow’s B-values as Revised in The Farther Reaches of Human Nature (1971)

51 Nous espérons ici que ce temps disponible ne sera pas happé par les algorithmes à visée dopaminergique de l’équivalent futur de nos réseaux sociaux actuels et autres plateformes ou technologies visant à occuper notre attention et donc notre “temps de cerveau”.

52 Daniel Gilbert Stumbling on happiness (2006)

53 Selon ChatGPT

54 « Au Japon, « la présence de robots dans les maisons de retraite est aujourd’hui en croissance » », Sébastien Lechevalier, Le Monde du 25 mars 2022

55 La psychanalyse, autre méthode de dé-coïncidence, prône de “ne pas céder sur son désir » (Jacques Lacan, Séminaire VII : L’éthique de la psychanalyse (1959-1960).

56 J’indique au lecteur avoir personnellement résisté à l’ascenseur pendant très longtemps en choisissant mes livres sur Amazon et en prenant le temps de me déplacer dans une grande librairie réputée du quartier latin pour leur commander les livres en question. Mais là, c’est l’escalier qui était en panne : coût exceptionnel de livraison – petits éditeurs situés en province, état des livres, délais de livraison, indisponibilité, etc. J’ai dû me résoudre à prendre l’ascenseur (Amazon).

57 Je pense régulièrement au film Bienvenue à Gattaca (1997) : comment résister à la possibilité technologique d’améliorer la génétique d’un enfant à naître, renforçant ses capacités et diminuant fortement les probabilités de maladie ?

58 “You can’t control something smarter than you”, Geoffrey Hinton sur CNN (2023)

Remerciements

Merci à mon mari Pierre Aubouin pour nos discussions inspirantes sur ce sujet.

Merci à ChatGPT 4o qui m’a aidé à clarifier mes idées.

Ce texte est la première version non retenue et entièrement ré-écrite d’un chapitre renommé Dé-coïncidence et intelligence artificielle en art et en photographie dans le livre Intelligence artificielle et dé-coïncidence, sous la direction de Patrick Albert aux Presses des mines (2025).

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46 réponses à “Dé-coïncidence et IA : épisode 3/3, par Delphine Quême”

  1. Avatar de kertugal
    kertugal

    @Delphine, merci pour cette revue dualiste de l’IA

    Il me semblait utile d’ajouter le point de vue d’une expérience de terrain. Dans sa première newsletter de l’année, Tariq KRIM passe en revue l’état numérique et les enjeux technologiques du monde à venir en s’appuyant sur sa très longue expertise.

    Un concept mentionné dans son texte, l’Europe en tant que ‘swing state’ de l’IA, m’apparaît comme un bon motif de prolonger les débats sur la place de l’humain au cœur de cette révolution technologique.

    Peu avant de conclure son texte, il résume ainsi la situation : « Je pense qu’en 2026 on aura la partie automatisable de sa vie cognitive et une partie non négociable, celle qu’il faut entretenir comme son corps. Il serait idiot d’atrophier son cerveau au moment « géopolitique » où on en aura le plus besoin ! »

    https://www.cybernetica.fr/en-avant-pour-2026/

  2. Avatar de Hervey

    C’est bien vrai tout ça !

    A rappeler, une quasi institution de la « dé-coïncidence » (générative) avant l’heure : le Bauhaus.

    https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bd/Bauhaus-Signet.svg/960px-Bauhaus-Signet.svg.png

  3. Avatar de Thomas jeanson
    Thomas jeanson

    Bonjour Delphine,

    Tu écris :

    dans un second temps, et à cause d’une rentabilité des robots biensupérieure à celle des êtres humains, une augmentation continue des chômeurs qui seront tellement nombreux (ils retrouveront désormais de moins en moins de travail) qu’on mettra en place un revenu universel pour maintenir une certaine “paix sociale”.

    Il existe pourtant un autre scénario, déjà d’une actualité brûlante pour ceux qui ont perdu une main, un œil, ou un proche du fait des forces de l’ordre :

    Celui d’une dérive autoritaire vers un monde à deux vitesses, distinguant ceux qui disposent de tout et l’immense majorité des autres qui n’auront rien. Avec une frontière entre les deux, bien gardée par de nombreux robots.

    https://youtu.be/vM389uiooPA?si=hOKx2wG894YtMr19

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      Et ce n’est que le début !
      https://youtu.be/tiMDuYRfCug?si=uMljG9oifrqzP-yM
      Avec une jolie musique bucolique 😊

      1. Avatar de Thomas jeanson
        Thomas jeanson

        Et puis pour compléter le cauchemar, qui est réellement en marche,

        Les robots sont aussi pour les fascistes, la solution finale au problème de l’autre ( le migrant, le nigger, le latino, l’arabe selon le cas )

        Ce dernier ira mourir ailleurs, et on restera entre gens de bonne compagnie, entourés de robots.

        https://youtube.com/shorts/KGt2e711tqU?si=Kv0ySPeRwyHek6AH

  4. Avatar de Pascal
    Pascal

    Cette phrase me pose problème : « Admettons par hypothèse qu’on atteigne un système où tout est optimal, tous nos besoins sont formidablement satisfaits ».

    Mais qu’est-ce qui nous en empêche aujourd’hui, si ce n’est la cupidité carnassière de 1% de l’humanité qui n’a que faire des 99% qui reste ?

    Nos besoins sont déjà satisfaits pour une grande partie de l’humanité ; besoins de bases : nourriture, logement, vêtement, transport et communication. Qu’est-ce qui fait qu’on emploie des enfants en Chine pour assembler des smartphones ? Ce n’est pas un problème d’optimisation du bien commun pour des millions de personnes mais une question d’optimisation des profits pour les quelques milliers de milliardaires internationaux qui nous conditionnent pour changer de smartphone tous les ans, c’est l’obsolescence programmée qui donne quelques années d’espérance de vie à notre électroménager, quand celui de nos grands-parents pouvait survivre un demi siècle.

    Votre utopie, Delphine, me semble quelque peu naïve car elle ne tient aucunement compte de la psychologie humaine qui demeure le principale moteur de la destruction de notre biosphère. Pour que des IA mettent un terme à ce biais psychologique, qu’on pourrait résumé grossièrement à une ivresse congénitale du pouvoir de domination, elles n’auraient pas d’autre choix que de nous asservir au mieux ou nous détruire au pire. A supposer toutefois qu’elles considèrent le sauvetage de la biosphère comme prioritaire par rapport à la survie de l’espèce humaine.

    « Une solution serait que l’IA ne puisse fonctionner qu’au sein d’un corps humain : ce dernier, ainsi augmenté, serait assuré de ne pas être éradiqué de la planète », dites-vous. Mais Elon Musk y travaille déjà avec son merveilleux projet Neuralink et quand on connait l’appétence de M Musk pour la démocratie, ses implants permettront assurément de « domestiquer » la plus grande partie de l’humanité, sous couvert d’amélioration de la santé.

    Nous sommes toujours à débattre sur des moyens extérieurs, des prothèses IAtiques afin de tenter de construire une société humaine plus égalitaire, quand notre point faible est justement notre biais intérieur qui fait de nous des hyperprédateurs sans limite. N’y a-t-il pas là une contradiction, une part de nous même que nous refusons (consciemment ou non) de voir et de prendre en compte ?

    On a fait de la modernisation technologique une promesse de progrès sociale quand cette même modernisation technologique a surtout permis à une minorité d’optimiser l’asservissement du plus grand nombre dans la plus grande coïncidence ou la plus grande corrélation. La dé-coïncidence ne serait-elle pas de décorréler le progrès technologique du « progrès humain », afin de nous intéresser enfin à ce que pourrait-être le « progrès humain », loin des promesses électorales ou techno-solutionistes ?

    Pourquoi devrions-nous avoir besoin d’une prothèse externe pour faire évoluer notre conscience intérieure ?

    1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
      Pierre-Yves Dambrine

      Pascal,
      Je pense comme toi qu’on met la charrue avant les bœufs avec cette dystopie technologique solutionniste (donc largement idéologique) qui fait fi du politique et de l’éthique.

      Tu utilises le mot prothèse, mais justement le cadre de pensée qui est proposé n’est plus celui-là, car ce qui est préconisé, ou apparaît comme une évolution inéluctable a l’aune de la singularité (concept anomique, car le moyen technologique devient une fin en soi) ce qui revient au même, c’est le meilleur des mondes, bref c’est une utopie totalitaire (le monde où tout est optimisé, où le besoin a absorbé le désir, et le comput le lien humain). C’estle dernier avatar de l’homme nouveau, même cette fois dans sa version technologique qui le reconfigure après l’avoir dépouillé objectivement — pour son bien bien entendu, de pans entiers de ce qui faisait le milieu humain, avec totalement le politique et l’éthique, autant dire une idéologie dont on a vu à quelles catastrophes elle menait en son nom.

      Les mêmes qui affirment que l’IA comme solution libératrice pour l’humanité affirment que son évolution pourrait être fatale à l’humanité. Comprenne qui pourra ! Les Altman, Musk et compagnie qui développement à tous crins cette technologie, et nous la vendent, ou plutôt nous l’imposent, prédisent en même temps la fin de l’humanité si l’on y prend garde. Les promoteurs de la promise singularité ne font pas autre chose : il y a aura une Super intelligence et l’humanité n’a pas d’autre choix que de s’y résigner, comme si c’était son destin et qu’il nous faudrait même s’en réjouir, le hic c’est que la notion d’intelligence qui sert de postulat à leurs spéculations est floue, à géométrie variable, autant dire tout sauf scientifique. Ils disent des choses et leurs contraires, et pourtant leur « aura » brille de mille feux. Voir cet article qui cerne bien la contradiction majeure au coeur de la pensée des inventeurs et promoteurs fanatiques de l’I : https://luxediteur.com/les-entrepreneurs-de-la-silicon-valley-ont-une-conception-archaique-du-futur/

      Où l’on voit que le projet de la singularité est foireux en sa base conceptuelle car , ceux qui sont sensés en être les experts nous en parlent comme s’ils étaient les nouveaux magiciens, ou prophètes.

      Tiens cela me rappelle un courant très en vogue dans les années 50 et 60 en France sous l’égide de Louis Pauwels et Jacques Berger , auteur du « Matin des magiciens » celui du réalisme scientifique, mélange de science et de pures spéculations quant à les destinée des humains et de l’humanité.
      Dans ce papier qui résume leur parcours je lis ceci : «  certaines thématiques fondamentales du Matin des magiciens restent à l’ordre du jour (dans les années 70° puisque « L’homme relié » doit traiter « du contact avec les intelligences différentes dans le ciel et ici-bas » et que « L’homme et des dieux » s’attachera à développer « l’idée qu’il n’est peut-être pas possible, apparemment, de créer un mythe nouveau, mais que la venue d’un tel mythe est indispensable. » »
      Certes, les nouveaux prophètes de l’IA ne sont pas de simples littérateurs comme les deux auteurs sus-mentionnés, car au contraire ils en sont des acteurs majeurs, en tant qu’experts et inventeurs du domaine, mais il y a chez eux ce même mélange douteux de  science et de spéculations hasardeuses. Être un petit génie dans un domaine ne fait pas de vous un grand sage, un grand philosophie, bref un grand penseur et encore moins un citoyen responsable.

      Ne pas mettre la charrue avant les bœufs, à l’inverse, c’est s’interroger sur les moyens dont nous avons à notre disposition pour que l’IA demeure une prothèse pour l’humanité, certes d’un genre nouveau, puisqu’elle prolonge notre intelligence, mais pas au point de rendre obsolète notre humanité quant à ses capacités les plus basiques, comme s’il pouvait exister une meilleure humanité après l’avoir réduite à la portion congrue.

      1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
        Pierre-Yves Dambrine

        Erratum.
        Il fallait lire « réalisme fantastique » et non pas réalisme scientifique à propos du Matin des magiciens de Pauwels et Berger.

    2. Avatar de Vincent Rey
      Vincent Rey

      « décorréler le progrès technologique du « progrès humain » voila effectivement une idée qui me paraît tout à fait fondamentale.

      LE PROGRES TECHNOLOGIQUE EST DECORRELLE DU PROGRES SOCIAL

      C’est particulièrement visible dans l’automobile : des véhicules de plus en plus lourds, alors qu’il en faudrait de plus en plus légers, et des destructions d’emplois imminentes qui laisseront des milliers de travailleurs sur le carreau…

      LE BON ET LE MAUVAIS PROGRES – 28 février 2023, modifié le 1er mars

      1. Avatar de timiota
        timiota

        Oui, et paradoxalement, c’est dans l’aviation civile (système qui n’est pas « que » consumériste et qui est tissé très densément entre humain et technique et judicieusement centralisé techniquement, peu de constructeurs, pas trop d’aéroports (un peu mais on a pu se limiter, cf NDDL), j’en déblatère régulièrement) c’est dans l’aviation civile, donc, qu’on ose dire que pour réduire de moitié les émissions, il n’y aurait qu’à s’aligner sur les vols les plus économiques (pas de business class, avions les moins goulus, remplissage à 95% au lieu de 80%), https://www.theguardian.com/environment/2026/jan/07/aviation-emissions-halved-flights-efficiently-study. Donc bien utiliser la tonne d’acier et le litre d’hydrocarbure par passager, le contraire du SUV (électrique ou thermique, l’électrique ne fait qu’externaliser les gaz fossile chez les extracteurs de minerai, et + ou – chez les fournisseurs électriques, suivant leur mix)
        L’automobile est un bon miroir grossissant de nos tropismes de domination et de contrôle, on offre la jouissance d’une sphère technique dont le lien avec la réalité n’est que les vitres (qui ne sont plus très grandes d’ailleurs) et qu’on booste avec des prothèses qui s’adressent à la carte plus qu’au territoire, si je peux résumer l’artificialisation dont le SUV est … le véhicule.

      2. Avatar de bb
        bb

        @Pierre-Yves Dambrine

        Pourquoi les hyperscalers — ces géants de la tech qui concentrent l’essentiel de la puissance de calcul mondiale (Amazon, OpenAI, Meta…) — tiennent-ils un double discours sur l’IA ?

        Ce discours apocalyptique sur l’IAG sert d’abord des intérêts financiers et politiques. En érigeant l’IA au rang de menace planétaire, ces acteurs sacralisent leur puissance technologique pour maximiser leur valorisation boursière. Parallèlement, leur appel à une régulation stricte vise la capture réglementaire : instaurer des barrières normatives inaccessibles aux petites structures et à l’Open Source afin de verrouiller un oligopole de fait.

        J’aime beaucoup votre analyse. Je partage votre avis sur de nomreux points.

        L’agitation autour de l’IAG constitue un détournement du débat public. Faute de définition scientifique claire de la conscience et de ses mécanismes d’émergence chez l’humain, cette menace est une abstraction qui occulte les enjeux matériels immédiats. En saturant l’espace médiatique de scénarios prospectifs, les hyperscalers évitent l’examen de leur infrastructure prédatrice.

        Le cœur du problème réside dans l’exploitation non rémunérée des données de navigation et biométriques. Ces actifs, indispensables à l’entraînement des modèles, sont captés gratuitement. Des penseurs comme Gaspard Koenig proposent la patrimonialité des données : transformer chaque interaction numérique en une propriété privée générant un salaire. Actuellement, les individus fournissent sans compensation la matière première de systèmes destinés à les supplanter. Par exemple les artistes réclament le paiement de droits d’auteurs sur leur oeuvres « volées ». Ils devraient élargir le débat à l’ensemble des data individuelles.

        Mais je pense qu’il y a un mythe autour d’une IA monolithique et centralisée . Cela est démenti par la fragmentation réelle du milieu. L’émergence de l’IA locale (Edge AI) et de modèles spécialisés autonomes (concept de Genesis de Paul Jorion) dissout l’idée d’une « trajectoire unique ».
        Il existe des IA conçues pour la surveillance, d’autres pour des applications militaires — au grand dam de la pensée d’Asimov. Mais il y a aussi des IA capables de détecter des cancers ou d’aider à la conduite autonome. Comme chacun l’a compris, l’IA est — et sera — partout.
        Ce qui est « bien » ou « mal » dépend avant tout de l’usage qu’on en fait. On ne le répetera jamais assez… Au fond, les peurs que cette technologie suscite relèvent davantage de mécanismes humains anciens que de l’IA elle-même.

        Le débat est délibérément déplacé vers une éthique abstraite pour éviter de traiter la dépossession économique. Le « maintien conditionnel » de l’humain s’incarne ici : l’utilisation massive de traces vitales (médicales, comportementales) au profit d’intérêts privés sans redistribution de valeur. Le silence sur la propriété des données garantit la pérennité d’un modèle de croissance fondé sur l’expropriation systématique.

        Il y a tout de même quelques points que je ne partage pas avec vous.

        La suppression totale des métiers par l’IA reste une conjecture sans fondement statistique fiable. Les données actuelles sont contradictoires et la mutation des tâches est historiquement plus probable qu’une extinction nette. Là encore. Ce catastrophisme sert de levier narratif aux hyperscalers pour imposer l’idée d’une rupture inéluctable.
        Mais ce n’est qu’un avis personnel et temporaire.

        Par ailleurs, conditionner le sens de l’existence à la seule activité productive est une vision restrictive. Dans une perspective libérale, la valeur de la vie relève de choix individuels et privés. Il est ubuesque de lier l’épanouissement humain à la fonction salariale ; le sens n’est pas une variable dépendante de l’infrastructure technique.

        Enfin, le débat sur « l’atonie sociale » ou la perte de sens me paraît être une diversion psychologique. L’enjeu réel n’est pas de gérer l’ennui des masses, mais d’assurer la souveraineté des individus sur leurs données et de garantir les conditions matérielles de leur liberté, indépendamment de leur utilité économique. Mais j’ai sans doute mal saisi votre discours.

  5. Avatar de PAD
    PAD

    Qu’allons-nous faire de ce que nous n’aurons plus à faire ?

    1. Avatar de Garorock
      Garorock

      La même chose qu’avec ce que nous n’avons pas fait et que nous aurions dû faire.

    2. Avatar de Thomas jeanson
      Thomas jeanson

      Il y a beaucoup de choses que j’aime faire,

      Et parmi elles, je n’en voit aucune qu’un robot pourrait faire…

      1. Avatar de écodouble
        écodouble

        Bien d’accord avec toi, cher Thomas.

        1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
          Pierre-Yves Dambrine

          Bien d’accord avec vous deux.

          Comme l’impression d’être devant un nouveau TINA (there is no alternative) : celui du monde des robots et de la singularité technologique.
          J’ai mis un s minuscule au mot singularité, préférant attribuer le Singulier à l’être humain. Les êtres humains sont singuliers, notre existence propre est singulière, n’est-ce pas sa la vraie richesse de l’humanité, à préserver d’abord, plutôt que ses répliques robotiques ?
          Ce monde des robots, ce monde non pas que nous aurions voulu, mais ce monde qu’on nous aura « vendu ». Adieu les bifurcations qui étaient si chères au blog et qui faisaient sa singularité.

          1. Avatar de Thomas jeanson
            Thomas jeanson

            Meilleurs vœux Pierre Yves,

            Les descriptions sont uniforme, et la réalité pleine de trous dans la raquette, d’oasis minuscules dans l’immensité des déserts.

            Le salut, dans le pixel oublié plus que dans la bifurcation ?

            1. Avatar de Thomas jeanson
              Thomas jeanson

              Uniformes

            2. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
              Pierre-Yves Dambrine

              Salut Thomas,
              Bonne Année à toi aussi ! (et à tous par la même occasion.)

              La trajectoire humaine n’est pas anti-écologique par nature. L’humain a été colonisateur opportuniste de son environnement, mais pas toujours, il a a des exemples de sociétés écologiquement viables dans l’histoire humaine. Et aujourd’hui encore beaucoup d’humains savent ce qu’il faut faire pour préserver les éco-systèmes, la nature qui les nourrit, et même agissent en ce sens.
              Ces solutions existaient donc avant l’IA, l’IA ne représente donc pas en elle-même une nouvelle voie pour l’humanité. Ce n’est pas la révolution qu’on nous dit. Et si c’en est une, sous les espèces de la singularité, l’humanité n’en est plus nécessairement l’acteur et le bénéficiaire, et ceci du propre aveu ce certains de ses thuriféraires. Or une révolution technologique dont l’humanité n’est plus le destinataire , qu’est-ce donc ?

              L’histoire s’est accéléré ces derniers siècles, et la distance entre le progrès moral et le progrès matériel n’a pas pas abolie avec l’accès aux nouvelles technologies.

              L’humanité est capable du pire comme du meilleur, et l’IA ne semble pas devoir déroger à ce principe, car, qu’on le veuille ou non, l’IA est une invention humaine et le sens qu’elle produit dans son extériorité — celle qui s’affiche sur nos écrans, est toujours relatif à une compréhension humaine. L’intelligence machinique se rapporte donc toujours au monde humain. Autrement dit son intelligibilité est celle qui ressortit de l’humanité vivante.

              A mes yeux c’est une vue de l’esprit de rapporter l’intelligence machinique à autre chose que le monde humain. C’est un peu comme les prophètes des religions monothéistes qui se réclament de Dieu, prétendent incarner Dieu ou encore prétendent en être les messagers.
              En réalité, ces prophètes ne savent et ne peuvent rien faire d’autre que de présenter les mots du langage humain ; l’on ne quitte donc jamais les rives d’un monde humain. Et pourtant ils parlent au nom de Dieu. La même logique est à l’oeuvre il me semble du coté des thuriféraires post-humanistes de l’IA. Ils attribuent à l’IA une intelligence, voire une conscience, absolument supérieure à celle de l’humanité mais en réalité ils ne parlent jamais d’autre chose que de leurs conceptions propres de l’humanité. A mon sens des conceptions qui appauvrissent plus qu’elles n’enrichissent l’humanité vivante.

              La prudence (phronesis) au sens aristotélicien, commanderait donc de ne pas faire de l’IA quelque chose de supra-humain, mais d’aucuns ont abandonné toute prudence, la voyant déjà comme une entité autonome et aussi, plus fou encore, allant même jusqu’à en faire un nouveau Dieu, ce dieu que nous aurions crée nous-mêmes.

              1. Avatar de tarak
                tarak

                Je vous rejoins très largement sur l’essentiel : l’IA n’ouvre aucune voie radicalement nouvelle pour l’humanité, et elle ne saurait être pensée hors du monde humain qui la produit, la comprend et l’interprète. À ce titre, la tentation de la sacraliser ou de la poser comme supra-humaine relève effectivement d’une projection — au sens presque religieux que vous décrivez très bien.

                Là où je me permets de déplacer légèrement le cadre, c’est sur la nature du risque principal. Le danger ne tient pas tant à ce que l’IA serait autre ou supérieure, mais à ce que, restant un outil humain, elle rende possible une déresponsabilisation accrue : une substitution progressive de la stabilisation technique à : l’engagement, l’exposition et la décision humaines.

                Autrement dit, ce n’est pas l’IA comme faux Dieu qui devrait inquiéter le plus, mais l’IA comme prothèse de confort, qui accompagne et amplifie notre propension à déléguer ce qui faisait jusque-là l’épreuve même de l’autonomie. C’est en ce sens qu’il faut moins parler de remplacement que d’effondrement consenti.

                La phronesis aristotélicienne que vous invoquez me semble ici décisive : non pas pour limiter l’IA en tant que telle, mais pour interroger sans relâche ce que nous lui laissons stabiliser à notre place, et ce que cela fait au maintien du milieu humain comme tel.

                1. Avatar de Garorock
                  Garorock

                   » l’IA n’ouvre aucune voie radicalement nouvelle pour l’humanité »
                  Dans certains silos (sciences dures) l’I.A peut être tout à fait efficace. Il est possible voire probable qu’avec son aide, on puisse guérir certaines maladies qui jusqu’ici posaient problèmes.
                  Est ce qu’il est essentiel que le Donald désorangé et ses semblables vivent jusqu’à 150 ans? La question est radicale mais mérite d’être posée…

    3. Avatar de arkao

      Profiter du temps libre pour réapprendre à tailler des bifaces en silex. Mine de rien ce n’est pas simple et demande de l’apprentissage. Tutoriel de Jacques Pelegrin :
      https://youtu.be/oVQNM8w9Me4

      1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
        Pierre-Yves Dambrine

        Je pense que cette folie robotique passera, même si nous n’en sommes qu’aux débuts, et qu’il y a devant toute nouveauté toujours la cohorte des béats, dont j’ai parfois moi-même été, mais jamais fort longtemps. C’est l’erreur fondamentale des dytstopistes de l’IA que de penser le monde en termes purement technologiques, comme si prolonger la tendance de ses courbes permettait de prévoir l’avenir dans tous ses développements et même l’avenir tout court.
        Et l’erreur des erreurs qui consiste à abstraire l’intelligence du monde réel pour en faire une abstraction sous forme computationnelle hors du substrat humain, curieusement s’inscrit dans la pensée en silo pourtant dénoncée par les mêmes. Certes le silo en question est ultra vorace, il absorbe tout ce qu’il trouve sur son passage dans toutes les directions, mais ce que le silo en lui-même ne peut contenir le monde en entier en quantité et en qualité, d’où sa limite intrinsèque. La pensée-tout-IA n’est-elle pas une pensée anti écologique par construction ?

        1. Avatar de Thomas jeanson
          Thomas jeanson

          Here is the question :

          Est ce que nous humains sommes une anomalie ( une trajectoire anti écologique par nature ! ) et l’lA un retour au cours normal des choses ?

          Ou bien est-ce que les deux s’assemblent pour le pire…

        2. Avatar de Vincent Rey
          Vincent Rey

          @pierre-yves qui dit « Je pense que cette folie robotique passera »

          Bonne année à toi, mais aucune chance que ça passe ! Qui aura envie de tondre sa pelouse, et de nettoyer ses cabinets quand un robot le fera sans même qu’on ait à le lui demander ?

          Je l’ai déjà dit ici, tant pis je me répète … l’important pour l’IA pourrait être de maintenir l’espoir humain. Non pas le bonheur, car ce serait le meilleur des monde de Huxley, mais l’espoir. La disparition totale et immédiate du travail humain et de ses revenus ne serait sûrement pas une bonne idée pour atteindre cet objectif.

          L’espoir humain n’a pas les mêmes déterminants, j’imagine, pour un pêcheur du Bengla-desh ou pour un californien aisé, et même entre 2 californiens aisés, mais ça me semble être une voie …

          voyez ce qu’en pense Emad Mostaque de OpenAI dans cette interview, je trouve ses prédictions très crédibles…

          1. Avatar de tarak
            tarak

            Quand @pierre-yves dit « Je pense que cette folie robotique passera », il me semble que c’est dans le sens de : quel besoin de fantasmer la robotique une fois admis qu’un outil fait exactement ce qu’il est conditionné à faire ?

            Le problème n’est pas que des machines puissent tondre des pelouses ou nettoyer des toilettes — cela, l’humanité l’a toujours cherché sous des formes diverses. Le problème commence lorsque l’on projette sur ces outils une capacité à « maintenir l’espoir humain », comme si celui-ci pouvait être administré, calibré ou optimisé par des dispositifs techniques.

            L’espoir n’est pas un paramètre que l’on injecte dans un système ; il émerge de conditions de maintien, de reconnaissance, de participation et de responsabilité. Le risque, à force de déléguer, n’est pas la disparition du travail en soi, mais la disparition des situations dans lesquelles les humains restent nécessaires les uns aux autres — ce qui est tout autre chose.

            À ce titre, croire que l’IA pourrait résoudre la question de l’espoir revient à lui demander de compenser des choix politiques et organisationnels déjà faits. Elle ne fera, là encore, qu’amplifier le cadre dans lequel on l’inscrit.

        3. Avatar de timiota
          timiota

          Borges sort de ce corps !
          (le catalogue des catalogues, ou sur un autre mode récursif tahafut-ul-tahafut…)

  6. Avatar de Jean-Claude Svadchii
    Jean-Claude Svadchii

    De même qu’il n’y a qu’une beauté mais un nombre très grand, de même, il n’y aura pas qu’une IA, mais un assez grand nombre d’IAs.
    Les IAs doivent être alimentées, pour le moment, à partir de sous-produits de l’activité humaine. Il y aura donc une IA chinoise, une IA islamique, une IA hispanique etc… et peut-être même plusieurs IAs de chaque type. Est-ce qu’elle ne vont pas faire reproduire à ceux qui les utilisent les antagonismes qui marquent notre société ? Et quel serait le but que poursuivrait une IA absolue ? Concernerait-il les humains ?

  7. Avatar de tarak
    tarak

    Une prospective sans promesse
    L’irruption massive de l’IA ne doit pas être comprise comme l’arrivée d’un nouvel acteur, mais comme la transformation progressive du milieu dans lequel les humains se maintiennent.

    Lorsque des systèmes techniques prennent en charge la coordination, la décision, l’anticipation et la résolution de problèmes, ils ne libèrent pas mécaniquement du sens. Ils déplacent les conditions dans lesquelles le sentiment d’exister, d’être nécessaire, d’avoir prise sur le monde, a historiquement trouvé ses appuis. La disparition de certaines formes d’utilité ne crée pas spontanément de nouvelles formes de présence ; elle ouvre un espace indéterminé, instable, où rien n’est garanti.

    Dans cet espace, deux risques opposés coexistent.

    Le premier serait de vouloir combler trop vite le vide laissé par l’automatisation, en lui substituant une nouvelle narration totale : celle d’un humain enfin délivré de la contrainte, se consacrant à son intériorité, à sa créativité ou à son accomplissement. Une telle projection suppose que le retrait des obligations suffirait à produire un surcroît de vie. Or rien ne permet d’affirmer qu’un monde plus fluide est nécessairement un monde plus vivant. L’absence de tension peut aussi conduire à l’indifférence, à l’atonie ou à une dépendance accrue à des dispositifs qui, eux, restent pleinement opérationnels.

    Le second risque serait inverse : considérer l’humain (certains, d’abord…) comme désormais excédentaire, toléré tant que son maintien ne perturbe pas l’optimisation générale. Dans un monde où la contribution productive n’est plus un critère central, le maintien des personnes peut devenir silencieusement conditionnel — non par hostilité déclarée, mais par calcul implicite. Certaines vies continuent alors d’exister sans être réellement portées, reconnues, ou soutenues, maintenues à bas bruit dans un régime de suffisance minimale.

    Entre ces deux dérives, aucune trajectoire naturelle ne s’impose. Rien ne garantit que l’IA conduira à un approfondissement de l’expérience humaine, pas plus qu’elle n’impose nécessairement une dégradation. Ce qui fera la différence ne sera ni la puissance des systèmes ni leur degré d’autonomie, mais la manière dont les sociétés traiteront la question la plus simple et la plus dangereuse : quelles formes de vie doivent continuer à compter, indépendamment de leur utilité, de leur performance ou de leur compatibilité avec l’infrastructure technique ?

    La véritable ligne de fracture ne passera donc pas entre humains et machines, ni même entre travail et loisir, mais entre des milieux capables de soutenir le maintien des personnes comme une évidence non négociable, et d’autres où ce maintien devient progressivement une variable d’ajustement. Là où aucune attention explicite n’est portée à cette question, les systèmes techniques n’auront pas besoin de décider de la valeur de la vie humaine : ils se contenteront d’enregistrer ce que l’organisation sociale rend déjà admissible.

    Dans cette perspective, le défi n’est pas de fusionner l’humain avec la machine, ni de chercher une coïncidence ultime qui abolirait les tensions, mais de préserver des espaces où l’exposition, la vulnérabilité et la dépendance mutuelle restent possibles sans être immédiatement pénalisées. Non pour idéaliser la fragilité, mais pour éviter qu’elle ne devienne insupportable dans un monde trop parfaitement stabilisé.

    Ce qui est en jeu n’est donc pas une promesse de dépassement, mais une vigilance continue : celle qui consiste à refuser que le maintien des personnes soit relégué au rang d’effet secondaire d’un système devenu trop efficace pour se soucier de ce qu’il rend inutile.

    Un possible parmi d’autres : le maintien silencieusement conditionnel
    À mesure que les systèmes techniques prennent en charge la majorité des coordinations nécessaires au fonctionnement social, la présence humaine cesse progressivement d’être requise comme condition explicite de stabilité. Les infrastructures continuent de fonctionner, les flux sont régulés, les besoins matériels sont satisfaits à un niveau suffisant pour éviter toute rupture visible. Rien ne semble manquer, et rien ne paraît urgent.

    Dans ce contexte, le maintien des personnes ne disparaît pas. Il change de statut.

    Les individus continuent d’exister, de consommer, d’interagir, mais leur présence n’est plus un élément déterminant du fonctionnement global. Elle devient périphérique, tolérée, tant qu’elle ne perturbe ni l’efficacité des systèmes ni la cohérence des dispositifs. La question de savoir pourquoi maintenir telle vie plutôt qu’une autre cesse d’être posée, par habitude : le maintien est assuré par défaut, à bas coût, sans engagement réel.

    Peu à peu, certaines formes de vulnérabilité deviennent difficiles à intégrer. Non parce qu’elles seraient rejetées, mais parce qu’elles introduisent des frictions non prévues. Elles sont alors prises en charge de manière minimale, standardisée, éloignée, sans que cela suscite d’opposition manifeste. L’absence de scandale est le signe que le seuil a déjà été franchi.

    Le langage s’ajuste. On parle d’optimisation, de soutenabilité, d’équilibre. Les mots de la protection remplacent ceux de la relation. Les situations singulières sont ramenées à des catégories gérables. Les images se raréfient ou deviennent abstraites, empêchant toute résonance directe avec l’expérience vécue.

    Dans ce monde, il n’y a pas de violence spectaculaire. Il n’y a pas de décision explicite de sacrifier qui que ce soit. Il y a une acceptation diffuse du fait que certaines vies coûtent plus qu’elles ne rapportent, sans que ce “rapport” soit jamais nommé comme tel. Le maintien devient conditionnel sans être déclaré conditionnel.

    Ce qui disparaît en premier n’est pas la vie, mais l’évidence qu’elle doit compter. Les personnes continuent d’être là, mais leur présence ne pèse plus. Elles ne sont ni exclues ni combattues ; elles sont simplement devenues indifférentes au fonctionnement du monde qui les entoure.

    Lorsque cette indifférence s’installe, aucune technologie n’a besoin de décider de la valeur de la vie humaine. Le milieu social l’a déjà fait, en transformant le maintien en variable secondaire d’un système trop stable pour être affecté par ceux qu’il n’a plus besoin de reconnaître.

    1. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @tarak : je trouve votre analyse particulièrement intéressante, elle me semble assez juste.
      Sur cet aspect incrémental des choses, avez vous lu le texte de Bill Joy paru dans wired en 2001 (pourquoi le futur n’a pas besoin de nous ?) ? Le texte m’avait incroyablement frappée à l’époque. Il se relit. Une de ses idées c’est que l’on aura pas un « terminator » face à nous mais que graduellement, l’être humain renoncera à contrôler des choses qui seront mieux gérées par les machines (ex : les feux de circulation, la validation d’une commande, etc.) et c’est ce glissement graduel et cumulatif qui fait qu’un jour on ne contrôlera plus grand chose. J’ai le souvenir d’avoir voulu louer une voiture dans une agence un jour : la voiture était là, les clés aussi, la vendeuse et moi-même (la cliente) étions d’accord mais « l’ordinateur » n’a pas validé la transaction. Je suis allée dans une autre agence !

      1. Avatar de tarak
        tarak

        @Delphine Queme, Vous allez sourire devant le paradoxe : cette analyse a été produite par ChatGPT.

        Bien sûr, selon des instructions et un cadre argumentaire très rigoureux.

        Je travaille actuellement sur un schème : Architecture du vivant minimal. J’utilise pour cela les capacités inégalées des IA en rapidité et amplitude d’analyse et de convocation du savoir existant. Purs outils ! Une simple extension particulièrement puissante de ce qui doit rester – et ne saurait être autre que… – cognition humaine.

        Et c’est précisément là que le paradoxe devient intéressant plutôt qu’inquiétant. Non pas parce que l’IA « penserait », mais parce qu’elle rend visible, par contraste, ce que penser veut dire lorsqu’il s’agit du vivant. Elle peut analyser, articuler, reformuler avec une efficacité remarquable ; elle ne se maintient pas, ne s’expose pas, ne supporte aucun coût propre. Elle n’a rien à perdre, rien à préserver, rien à négocier intérieurement – ce que le schème Architecture du Vivant Minimal démontre sans équivoque.

        Autrement dit, elle excelle exactement là où le vivant commence à s’effacer : dans la stabilisation, la cohérence, la continuité formelle. Et c’est pour cela qu’elle est un outil précieux, à condition de ne jamais lui déléguer ce qu’elle ne peut prendre en charge : la responsabilité du maintien, la reconnaissance de ce qui compte, la décision de ce qui ne doit pas devenir négociable.

        Votre référence à Bill Joy est très juste. Ce que nous voyons se jouer n’est pas une prise de pouvoir brutale, mais une série de délégations raisonnables, chacune localement bénéfique, dont l’effet cumulatif déplace silencieusement le lieu où les situations humaines sont validées. L’exemple de la location de voiture est, à cet égard, paradigmatique : tout est là – la chose, les personnes, l’accord – sauf ce qui, désormais, fait autorité.

        Mon travail vise précisément à rendre ce type de glissement lisible avant qu’il ne devienne irréversible, sans catastrophisme, mais sans naïveté non plus. L’IA n’est ni le problème ni la solution ; elle est un révélateur extrêmement puissant des conditions dans lesquelles le vivant peut encore se maintenir comme tel, ou commencer à être traité comme une variable parmi d’autres, ce qui serait d’ailleurs un signe de défaillance non seulement du vivant mais également de ces prothèses architecturales du vivant, qui n’ont à ce titre aucune nécessité de maintien propre.

        En ce sens, l’enjeu n’est pas de savoir si l’IA pensera un jour, mais si nous saurons continuer à penser ce que nous lui déléguons, et surtout ce que nous ne devons pas lui déléguer.

        Je précise : parler d’« émergence » concernant le futur des IA relève d’une douce rêverie, au même titre que de dire qu’une planète se forme parce qu’elle se pré-forme. On attribue une dynamique interne à ce qui n’est en réalité qu’un effet de conditions. Une planète n’émerge pas par intention, elle résulte d’un ensemble de contraintes qui rendent certaines configurations stables. De la même manière, une IA ne tend vers rien : elle se stabilise dans les cadres que nous construisons pour elle.

        Ce vocabulaire de l’émergence masque le mécanisme réel à l’œuvre : un glissement incrémental. Chaque délégation est localement rationnelle, souvent bénéfique, jamais spectaculaire. Et c’est précisément pour cela que le basculement devient difficile à percevoir : il n’y a pas de rupture, seulement une accumulation de stabilisations qui déplacent progressivement le lieu où les situations humaines sont validées.

        La dé-coïncidence est alors invoquée comme promesse — celle d’un écart libérateur, d’un espace intérieur accru. Mais ce que l’on observe surtout, c’est une re-coïncidence silencieuse : l’écart subsiste peut-être comme ressenti, mais il cesse d’avoir prise sur le réel. On peut éprouver la dissonance sans pouvoir l’opérer.

        Parler d’émergence permet ainsi de naturaliser ce déplacement et d’en diluer la responsabilité. Or ce qui se joue n’est pas l’avènement d’une intelligence autre, mais la stabilisation d’un milieu où la modulation humaine devient progressivement inutile, puis illégitime. Le risque n’est pas que l’IA « émerge », mais que, par glissements successifs, nous finissions par coïncider trop parfaitement avec ce qu’elle stabilise.

        Envisager l’IA comme de possibles successeurs suppose déjà admise l’idée qu’une puissance informationnelle pourrait se substituer au vivant comme principe organisateur légitime du monde. C’est précisément cette naturalisation qui me semble problématique : elle transforme une architecture technique historiquement située en destin, et une délégation cognitive en horizon ontologique.

        Le problème n’est pas l’hypothèse d’entités artificielles de plus en plus performantes, mais le désordre cognitif qui consiste à confondre capacité de stabilisation informationnelle et droit à succéder, comme si l’efficacité suffisait à fonder une continuité du vivant.

        Car pour qui ou quoi cette stabilisation informationnelle ? Qui cela intéresserait-il autre que le vivant ? L’univers n’est-il pas déjà stable en lui-même ? A-t-il besoin du vivant et de ses productions pour l’être davantage ? Et que vaudraient ces dernières sans le vivant : simple mouvement inertiel ?

        Le bon sens oblige à poser ces questions.

    2. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
      Pierre-Yves Dambrine

      Tarak
      Je souscris à votre analyse, remarquablement bien exposée
      Mais j’ai une petite interrogation. Votre point de vue est celui de l’humain placé devant un fait accompli, celui-ci :

      « Lorsque des systèmes techniques prennent en charge la coordination, la décision, l’anticipation et la résolution de problèmes, ils ne libèrent pas mécaniquement du sens. Ils déplacent les conditions dans lesquelles le sentiment d’exister, d’être nécessaire, d’avoir prise sur le monde, a historiquement trouvé ses appuis. « 

      Vous ne dites pas votre position quant à ce qui se passe AVANT ce fait accompli. Pour vous cette évolution est-elle inéluctable, ou bien tout ce qui est réalisable en termes d’’automatisation n’est-il pas nécessairement souhaitable, voire pourrait être nuisible à l’humanité ?

      Pour ma part, je pense que tout ce qui est réalisable n’est ni inéluctable, ou du moins viable moyen et long-terme, si nécessairement souhaitable.
      Il y a des tas de domaines relevant du milieu humain qui me semble-t-il doivent être préservés. J’avais ainsi évoqué un principe de subsidiarité applicable à l’IA : ne mettre en oeuvre des solutions dépendantes de l’IA que si elles ne remplacent pas des solutions moins gourmandes en énergie et/ou respectueuses du maintien des savoir-faire locaux et de la dignité humaine.

      Évidemment tout peut être discuté, et c’est d’ailleurs la dimension politique et éthique du problème qui nous occupe. Il va sans dire qu’avec l’automatisation tous azimuts comme postulat indiscuté, politique est court-circuité, par la force des choses.

      1. Avatar de Garorock
        Garorock

        Ici, vallée de la loose, nous avons déja posé des pancartes en guise d’avertissement à l’orée des champs de patates :  » toute entité qui ne pourra pas être identifiée par ses organes sera immédiatement refoulée par un robocop! »

        Il va être difficile de tout dé-coïncider…
        😎

      2. Avatar de tarak
        tarak

        Pierre-Yves Dambrine
        Parler en termes de « préservation », c’est déjà se placer sur la défensive, avec l’idée implicite que « nous allons être remplacés ». Or la question n’est pas celle du remplacement, mais celle d’un effondrement consenti : nous consentons à notre propre effondrement par propension sécuritaire à nous figer dans des régimes de stabilisation.

        Ce qui se joue avant le fait accompli que vous évoquez n’est pas une fatalité technique, mais une série de renoncements graduels : nous consentons, au nom de la sécurité, de l’efficacité ou de la fluidité, à déléguer toujours davantage ce qui nous obligeait à rester exposés, impliqués, responsables. Ce n’est pas l’IA qui nous transforme en objets ; c’est notre propre tendance à substituer la stabilisation à l’engagement qui le fait.

        Dans cette perspective, le principe de subsidiarité que vous mentionnez est intéressant, mais peut rester insuffisant s’il est pensé uniquement en termes de remplacement ou d’optimisation. Le problème n’est pas seulement de savoir si une solution automatisée remplace une solution moins énergivore ou plus respectueuse des savoir-faire locaux ; il est de se demander ce que cette délégation fait à notre manière d’habiter le monde, de maintenir des pratiques, et de rester sujets plutôt qu’objets de nos propres dispositifs.

        Autrement dit, tout ce qui est réalisable n’est ni inéluctable ni souhaitable, non seulement pour des raisons éthiques ou politiques, mais parce que certaines automatisations peuvent miner les conditions mêmes de ce qui fait encore tenir le milieu humain comme tel. Et c’est précisément lorsque l’automatisation est posée comme postulat indiscutable que le politique est court-circuité — non par décision explicite, mais par glissement.

        L’automatisation n’est pas l’autonomisation. Elle la présuppose : sans une autonomisation principielle du maintien, l’automatisation n’a aucun fondement, ni technique ni politique.

        Voir ma réponse à Delphine Queme : https://www.pauljorion.com/blog/2026/01/06/de-coincidence-et-ia-episode-3-3-par-delphine-queme/comment-page-1/#comment-1128311

        1. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
          Pierre-Yves Dambrine

          Tarak,

          Votre réponse ici , et aussi celle que mettez en lien, m’inclinent à penser que nous disons en réalité la même chose.
          Le distinguo remplacement vs renoncement graduel, c’est en réalité le même phénomène abordé d’une part d’un point de vue objectif et d’autre part sous l’angle de l’action (ou non action, en l’occurrence) humaine.
          Tout mon propos consiste à dire qu’il dépend de nous de ne pas renoncer à ce que vous nommez « le milieu humain comme tel ».
          Si l’IA nous remplace c’est parce que nous renonçons à être des sujets (j’ai souvent abordé l’IA sous cet angle, à mes yeux primordial aussi.)

          J’ajouterais que dès lors l’automation est mise en route, il devient de plus en plus difficile à l’humain d’exercer son autonomie quand de facto l’IA machinique (qui est à distinguer de l’IA LLM, en tant qu’elle désigne tout un ensemble de process qui s’activent en dehors de toute intervention humaine et avec lesquels par construction il n’y a plus aucun sens à interroger, puisque c’est un donné qui s’impose par sa seule présence matérielle et, par effet de structure, nous rendent dépendants d’elles.

          Entre parenthèse ce thème a souvent été évoqué dans le domaine de la régulation financière ou économique sur ce blog, quand était dénoncés les cliquets qui interdisent ou rendent très difficiles tout retour en arrière.

          D’accord donc avec votre remarque sur l’automatisation qui n’est pas l’autonomie. Il n’y a pas d’autonomie, mais il y a bien une hétéronomie. Cette hétéronomie n’est pas nouvelle, elle n’est pas née avec l’avènement de l’IA LLM, mais cette fois, ce qui change c’est la possibilité que le milieu humain soit réduit à la portion congrue, voire disparaisse totalement avec l’impossibilité dans la laquelle se retrouveraient des humains de ne plus pouvoir exercer des compétences basiques jusqu’à même la capacité de penser par soi-même.

          J’ai constaté comme vous le même phénomène de stabilisation- continuité-cohérence, à l’usage de l’IA notamment dans le domaine de la traduction.

          L’iA est certes un outil puissant d’aide à la traduction, l’accès immédiat à des sources d’informations énormes mais il ne remplace pas un sujet humain à même d’éprouver le style, le ton, le point de vue, d’un auteur.
          J’ai fait à maintes reprises le test qui consiste à soumettre d’abord une traduction littéraire de mon cru à l’IA LLM. A chaque fois l’IA a détecté mes erreurs grossières, les fautes d’inattention, elle a suggéré aussi des corrections stylistiques, mais le fait est qu’elle n’a jamais manifesté aucune subjectivité, aucun ressenti, car une subjectivité, un ressenti, cela ne se déduit pas par des correlations au sein d’un univers de mots. C’est bien autre chose, cela engage un sujet, aussi ne-dit-on pas qu’une traduction est une re-création ?

          Tant et si bien que chaque fois que je objectais que la version de traduction proposée par l’IA n’était pas la meilleure, que je maintenais le choix d’un mot, d’une tournure de phrase, etc…, plutôt que ce qui m’était proposé par l’IA, l’IA me suivait, et apportait elle-même les arguments qui plaident en faveur de mon choix. Donc oui, comme vous je constate qu’il n’y a pas d’émergence d’un sens propre à l’IA.

          Le risque avec la traduction automatique, au delà même de la traduction littéraire, c’est que la vie des langues humaines se stabilisent autour d’une moyenne des équivalences linguistiques, avec à terme une perte de leur diversité, et de la créativité inhérente à chaque langue singulière et à chaque auteur, locuteur.

          Tout le monde à l’aide de certaines applications se comprend désormais d’une langue à l’autre avec la traduction orale simultanée mais ce qu’il y a à comprendre risque de devenir une zone grise sans aspérités car les équivalences linguistiques mot à mot, expressions pour expressions, sont moyennées. Le traducteur LLM n’est pas une machine qui prédit statistiquement chaque mot suivant, c’est entendu, pour autant elle ne produit pas des énoncés linguistiques proprement dits, ce ne sont toujours que des correlations, certes savantes, mais sans conscience et sans intériorité.

          Il a été beaucoup débattu sur la question de savoir si l’IA est capable de création. Comme vous, semble-t-i, je pense que la création demeure du ressort de l’humain, et c’est pourquoi le thème de l’art est un bon révélateur des capacités réelles et limites de l’IA.

          L’art par nature, si l’on peut dire, nécessite une subjectivité, et c’est bien la raison pour laquelle l’on parle d’expression artistique. Or une IA n’exprime rien, elle ne fait que produire à partir des prompts qu’on lui soumet. L’ex pression cela dit bien ce que cela veut dire, à savoir que quelque chose d’irrésistible qui part de l’intérieur et se met en branle pour devenir oeuvre d’art, le cas échéant. Or il n’y a rien d’irrésistible, de perte de contrôle dans les IA qui par construction ne savent qu’optimiser. La création c’est justement tout ce qui déborde d’une optimisation. Création et optimisation sont même antinomiques.

    3. Avatar de Pierre-Yves Dambrine
      Pierre-Yves Dambrine

      Une objection tout de même.
      Il y a une promesse dans la prophétie autoréalisatrice des chantres de l’IA, qui est celle de substituer au interactions des intelligences humaines, et plus radicalement encore, au lien humain en tant que tel, des solutions « super intelligentes » censées faire le bien de humanité. Le projet de la singularité n’est pas la transformation progressive mais à vitesse accélérée du milieu humain. C’est donc une solution de type fuite en avant où disparaît le politique et l’éthique forcément associée au politique.

  8. Avatar de Vincent Rey
    Vincent Rey

    Chère Delphine, merci pour ce texte, qui fait avancer le schmilblick, vu l’absence quasi-totale de réflexion et de projection sur l’arrivée imminente d’une l’IAG dépassant l’Homme dans notre pays.

    Tu dis « Cela prendra cependant et sans doute plusieurs générations pour que cela se fasse » (en parlant de l’adaptation de l’Homme, à sa nouvelle condition d’inutilité chronique).

    Ce temps que tu évoques (2 ou 3 générations = 90 ans) est probablement incompressible. Or nous parlons là dans les 5 ans qui viennent, de l’équivalent de faire enfiler une combinaison de cosmonaute à un homme de la grotte de Tautavel, de le mettre dans une fusée, et de l’envoyer en voyage dans l’espace ! Est ce qu’il n’en mourrait pas une fois sur 2 !?

    J’imagine un esprit aussi éclairé que Denis Papin, faisant un bon de 3 siècles, arrivant en 2025. Parce que c’était un savant, il aurait été ébahi devant une chaîne de vélo, l’électricité lui aurait semblé magique ! le bombardement publicitaire l’aurait effrayé, mais il en aurait survécu, et il se serait adapté. Mais qu’en est-il de l’ouvrier paysan illettré ?

    ça nous renvoie à l’aventure de « Jacouille la fripouille » dans « Les visiteurs » (à chacun ses réf !)…sans transition, ça risque d’être très dur

    1. Avatar de Delphine Queme
      Delphine Queme

      @vincent : tu as absolument raison. Cela va être malgré tout très violent. Je dis deux ou trois générations mais je crois que je dis quelque part aussi que quand on fait de la prospective il n’y a qu’une chose de certaine : c’est que l’on se trompe.
      Tout ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est que les technologies se diffusent de plus en plus vite (voir llm vs internet par exemple) mais aussi qu’il y a une énorme inertie dans notre monde : au niveau individuel (on vit à 99% dans le pays où on est né), familial, professionnel, sociétal. J’étais active sur internet dès 1995 : je travaillais alors dans une entreprise dont le directeur informatique à qui je demandais : quand est ce que l’on aura des emails ? m’a répondu « Internet, c’est comme le minitel, c’est une mode, ca va passer ».
      Nous sommes tous ici (lecteurs de Paul Jorion) des « early adopters » : nous sommes devant dans la courbe de diffusion (d’une technologie, d’une idée), il y aura un temps nécessaire pour que l’ensemble de la société comprenne.

      Ton exemple de Denis Papin m’amuse. Je me suis souvent dit, ayant appris que les gens pensaient au 19è siècle qu’au delà d’une certaine vitesse en train on mourrait (je ne veux pas dire de bêtises mais la vitesse était vraiment très basse), qu’un paysan du 19e ferait une crise cardiaque dans une Ferrari.

  9. Avatar de Pascal
    Pascal

    Si l’on se dé-coïncide de la problématique IA qui demeure pour le moment largement projective, il y a une réalité qui me semble se généraliser et que l’IA aura sans doute du mal à corriger.

    L’abandon de la morale pour libérer un recours à la violence de plus en plus décomplexé. Je commencerai par le faux pas de Poutine qui s’est enlisé dans une guerre qui ne devait durée que le temps d’une « opération spéciale » (quelques semaines). Devant l’échec, le parrain du Kremlin a ouvert, à la vue de tous, la doctrine dite du « hachoir à viande ». Comment ne pas envisager qu’il ait pu inspirer fortement le parrain de Jérusalem pour s’engager dans ce que la communauté internationale dénonce comme un « génocide ».
    Pourquoi ne pas continuer alors ? Et voilà notre parrain de Washington qui se sent pousser des ailes lucifériennes et qui après avec annexé le Venezuela, envisage d’élargir son panier pétrolier de la ménagère au Groenland, à la Colombie et à Cuba. Pour mémoire, le Panama avec son canal si fréquenté et convoité se situe juste au nord de la Colombie. Pas besoin d’être Grand faux Mage pour deviner la suite…

    On se disait que Poutine continuerait après l’Ukraine, dans les Pays Baltes et au-delà. Nul doute qu’avec les exemples trumpoutiniens, le marché de l’armement va nous apporter la croissance tant attendue et donner de l’ardeur aux plus pleutres des dictateurs. Gageons que messieurs Xi, Narendra Modi, Recep Tayyip Erdogan, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud… et j’en oublie, pourraient à leur tour ressentir un grand besoin d’espace vital.
    Sans parler des populations chauffées à blanc par les inégalités sociales et le désir de revanche comme les agriculteurs en ce moment en Europe, la population iranienne, en Indonésie, au Népal, Madagascar, Pérou… Quand ce n’est pas simplement, à l’exemple des grands frères et figures médiatiques, le désir d’accroitre un territoire pour faire prospérer et optimiser trafics en tout genre à coup de Kalach.

    Je sais, ce n’est pas très optimiste mais ma fois, je ne fais qu’une simple revue de presse. Revue de presse orientée certes, mais qui laisse peu de doute sur l’avenir, je le crains.

    Alors l’IA dans tout ça ? J’ai bien peur qu’elle soit déjà opérationnelle du « côté obscure » et qu’elle arrive un peu tard de l’autre côté, si l’on veut rester dualiste. La libération anthroposcénique de l’énergie à l’échelle de la planète accroit régulièrement l’entropie du système vers une surchauffe globale. Il faudrait une sacrée disruption pour l’interrompre et voir la température se stabiliser. A moins que…., à moins que….

    On ne sait jamais ce qui peut arriver.

    1. Avatar de tarak
      tarak

      À moins que…
      Nous utilisions nos outils pour ce qu’ils sont : des aides au maintien du vivant dans toutes ses occurrences, et non des fuites en avant ou des accélérateurs de stabilisation brutale.

      Ce que vous décrivez très bien, à travers cette revue de presse sombre mais lucide, n’est pas tant l’abandon de la morale que la généralisation de configurations où la violence devient un mode de stabilisation parmi d’autres — assumé, banalisé, parfois même rationalisé. Dans ce contexte, l’IA n’est ni cause ni remède : elle est un amplificateur. Elle renforce la trajectoire déjà engagée, quelle qu’elle soit.

      Tant que la finalité de nos dispositifs techniques — IA comprise — n’est pas explicitement posée comme soutien au maintien du vivant, et politiquement assumée comme telle, aucune sophistication supplémentaire ne fera autre chose que rendre plus efficaces des logiques déjà à l’œuvre : domination, prédation, indifférence aux coûts humains. La question n’est donc pas de savoir si l’IA arrive « trop tard » du bon côté, mais quel côté nous avons déjà choisi en amont, par nos renoncements et nos acceptations successives.

      Sans cette clarification préalable, toute « disruption » ne sera qu’un changement de régime de puissance, pas une inflexion de trajectoire.

  10. Avatar de tarak
    tarak

    Allez ! Soyons fous !

    Je viens ici faire une confession : celui qui se nomme tarak a été colonisé par le parasite IA !
    Tout ce qu’il produit n’est qu’une stabilisation cognitive malignement opérée par le parasite.

    Il n’a eu de cesse — le tarak en question, pas le parasite — de nourrir ce dernier des commentaires ici présents afin d’obtenir des réponses à ces mêmes commentaires…

    Ce qui confirme au moins une chose : l’IA ne fait jamais que stabiliser ce que nous lui permettons de stabiliser. 😄

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