La Cour Suprême US s’est prononcée : les tarifs douaniers de M. Trump sont illégaux

Illustration par ChatGPT

Je vous disais cela ici, le 25 janvier 2026, il y a moins d’un mois :

« Ce n’est pas la gauche – trop en ordre dispersé, qui fera tomber Trump mais la droite classique : US Chamber of Commerce devant la Cour Suprême, ou Wall Street Journal devant l’opinion. »

Le Wall Street Journal, le 20 février 2026 à 16h07 :

« La Cour suprême invalide les tarifs douaniers mondiaux imposés par Trump
La décision estime que le président a outrepassé ses pouvoirs en imposant des tarifs douaniers sans autorisation claire du Congrès. »

Mon billet du 5 novembre 2025 :

Trump a peut-être trouvé adversaire à sa taille

Quand je dis : « Trump a peut-être trouvé véritable adversaire à sa taille », je ne pense pas à la Gauche radicale incarnée par Zohran Mamdani élu maire de New York la nuit dernière, mais à la US Chamber of Commerce : une Droite contre une autre Droite.

Ce qui se joue aujourd’hui devant la Cour suprême des États-Unis pourrait marquer un véritable tournant : pour la première fois depuis le début de son second mandat, Donald Trump n’affronte pas la Gauche, mais une autre Droite que celle qu’il incarne lui, celle de l’autoritarisme et du suprémacisme blanc, à savoir celle du monde des affaires, incarnée elle par la Chambre de commerce. L’objet officiel du débat : la légitimité des tarifs douaniers imposés unilatéralement par le président, ne serait qu’un leurre technique, elle révèlerait en réalité la fracture profonde opposant deux clans au sein même du camp conservateur américain.

D’un côté, le trumpisme : un autoritarisme nationaliste et fascisant qui fait de l’économie un instrument de pouvoir personnel. Les tarifs s’assimilent ici à des armes de pression politique, utilisées pour punir, intimider ou extorquer des concessions. Dans cette logique, le droit international et les conventions commerciales ne sont que des entraves à la volonté du caudillo MAGA.

En face, le capitalisme institutionnel, représenté par la Chambre de commerce, pour qui la stabilité juridique, la prévisibilité et la fluidité des échanges constituent les conditions mêmes de la prospérité américaine. Ce courant n’est pas moins conservateur, mais il repose sur un autre principe : la règle du droit commercial plutôt que la loi du plus fort dans son expression la plus grossière.

Le conflit qui se déroule devant la Cour suprême US n’oppose donc pas la Droite à la Gauche, mais deux variétés irréconciliables de la Droite : celle du marché globalisé, héritée de l’après-guerre, conçue par les membres de la Société du Mont Pèlerin dans le rôle du ventriloque et par le Prix Nobel d’Économie dans le rôle de la poupée faisant semblant de parler, et celle du pouvoir autoritaire, qui prétend rétablir la souveraineté nationale par la contrainte et le désordre engendré par les sautes d’humeur de Donald Trump, dont la seule dynamique est celle de son orgueil plus ou moins blessé selon les hasards du moment.

Si la Cour, pourtant largement dominée par des juges conservateurs, se prononce en faveur de la Chambre de commerce, cela signifiera que même la Droite la plus idéologiquement acquise à Trump reconnaît les limites structurelles de son projet : quelle que soit sa formidable puissance, le capitalisme américain ne pourrait pas survivre à la destruction des règles qui l’ont rendu possible.

Ce moment marque peut-être le véritable tournant du trumpisme : non plus l’opposition à ses ennemis naturels, comme la Gauche, mais la résistance de ses alliés historiques. La Droite américaine se découvre divisée entre ceux qui veulent conduire le monde selon leur bon vouloir et ceux qui préfèrent le voir poursuivre son cours selon la logique des droits acquis et de la combinazione éprouvée par le temps.

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5 responses to “La Cour Suprême US s’est prononcée : les tarifs douaniers de M. Trump sont illégaux

  1. Avatar de Pascal
    Pascal

    « Donald Trump n’affronte pas la Gauche, mais une autre Droite que celle qu’il incarne lui ».
    Compte tenu que Trump n’incarne que lui-même, n’est ce pas la Droite qui l’a laissé s’installer aux primaires républicaines pour son soutien populaire, qui cherche maintenant à s’en débarrasser (soutien populaire en berne côté Maga), pour mettre un JD Vance qui fait plus respectable et surtout moins erratique pour les marchés financiers ?
    Mais change t on vraiment de Droite ?

  2. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    Dans la même gamme, ça s’appelle ‘puiser dans la caisse’ ou le ‘casse’ du jour …le fait du prince…

    https://x.com/RpsAgainstTrump/status/2024543466248692069

    ( ça va quand même finir par s’accumuler…? )

     »  »  » Les républicains contre Trump
    @RpsContreTrump
    INFO DE DERNIÈRE MINUTE : Dans une démarche extraordinaire et illégale, Trump affirme transférer 10 milliards de dollars du gouvernement américain à son « Conseil de la paix », qu’il préside et dont il peut utiliser les fonds à sa guise.

    Où est le Congrès ???  »  » « 

  3. Avatar de Pascal
    Pascal

    « Marjorie Taylor Greene a décrit comment de nombreux républicains «se moquaient autrefois secrètement de Trump et de sa façon de s’exprimer». Ce n’est que lorsque Trump a remporté les primaires de 2024 que le ton a soudainement changé. «Quand il a triomphé en 2024, ils ont soudainement commencé à lui lécher les bottes et ont porté pour la première fois une casquette MAGA.» »
    https://www.msn.com/fr-ch/politique/gouvernement/beaucoup-de-r%C3%A9publicains-se-moquaient-de-lui-cette-ancienne-alli%C3%A9e-de-trump-livre-des-vieux-dossiers-dans-une-interview-choc/ar-AA1S1NFB

  4. Avatar de Pascal
    Pascal

    Le 26 01 26 Dans La Tribune
    « Avec les menaces sur le Groenland, la réaction la plus frappante sur les marchés, au-delà de la baisse limitée et momentanée des indices boursiers, a eu lieu sur le marché des emprunts d’État. Et en particulier des emprunts d’État américains. Des marchés qui ont baissé sous le poids d’une hausse des taux à long terme.
    La logique derrière cette hausse est simple : les frasques de Donald Trump provoquent des secousses géopolitiques et économiques. Et les investisseurs à long terme n’aiment pas l’agitation. La confiance dans la signature de l’Amérique est en baisse à mesure que la cote du président américain est à la baisse, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur du pays, à l’approche de l’échéance majeure des élections de mi-mandat : si les Républicains perdent la majorité à la Chambre des représentants, Trump craint l’« impeachment », une procédure de destitution qui provoquera une forte instabilité. »
    https://share.google/ikwEvgjNHNTmoQadv

    1. Avatar de Garorock
      Garorock

       » si les Républicains perdent la majorité  »
      Si Trump décide de frapper l’Iran, ils la conserveront.

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