Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible, c’est une mise à plat aux yeux du public de la manière dont le système financier s’articule avec le fonctionnement global de nos sociétés.

Huit ans de présidence George Bush ont conforté la validité du « principe de Cheney » : si le Vice-Président affirme une chose, le contraire est certainement vrai. Or il a dit : « Madoff est une pomme pourrie au sein du panier ».

Et c’est bien de cela qu’il s’agit : la chose la plus difficile à établir en ce premier jour de l’année nouvelle, c’est en quoi l’affaire Madoff se distingue du reste de l’actualité financière de l’année écoulée. Le mérite d’avoir qualifié les bulles financières de « processus de cavalerie spontané » revient au professeur Robert J. Shiller, celui dont le nom apparaît dans l’indice Case-Shiller évaluant la santé de l’immobilier résidentiel américain. Il ne faisait lui-même que développer l’idée des trois stades de la dynamique du crédit élaborée par Hyman Minsky et dont le troisième est celui du Ponzi scheme. Ce n’était pas par hasard non plus que je consacrais le chapitre 13 de « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte 2007) aux bulles financières et à leur dynamique : la cavalerie ou pyramide.

Qu’est-ce qui distingue alors Madoff du reste ? Le fait qu’il ait menti systématiquement sur ce qu’il faisait en réalité ? Hmm, continuons de chercher… Le fait qu’il est impossible qu’il ait été entièrement dupe, qu’il ait cru lui-même à ses propres explications ? Il me semble que la seule différence réside là : les bâtisseurs du château de cartes financier savaient en leur for intérieur qu’ils ne manipulaient que du carton mais tous ont cru que leur confiance absolue en son avenir radieux solidifiait l’édifice : que l’unanimité suffisait à transformer en pierre le carton. Les notateurs savaient qu’ils ne faisaient qu’extrapoler le « pire apprivoisé » que constituent les données historiques relatives aux catastrophes passées. Les créateurs de modèles financiers savaient sciemment que l’on ne peut rien dire de ce qui se passera dans vingt ans, ni même d’ailleurs la semaine prochaine. Mais l’existence d’une communauté de croyants confortait le mythe du carton transformé en pierre. Quand les gauches américaine et européenne se convertirent à la nouvelle église, l’unanimité fut coulée dans l’airain. Jusqu’à ce que la réalité joue un très mauvais tour et révèle que l’empereur était tout nu, depuis sa naissance.

La thèse de la pomme pourrie isolée au milieu du panier est morte en 2008 : le public a cessé de croire à la fraude individuelle d’un petit Jérôme Kerviel ici, ou d’un gros Bernard Madoff là, qui ne seraient pas représentatifs des comportements dans leur ensemble et qu’il suffirait de mettre sous les verrous pour que tout s’arrange. La candeur du public s’est évanouie avec l’année écoulée : jusque-là à ses yeux, la finance était si compliquée qu’il valait mieux la laisser à ses seuls experts. Le fait qu’on lui présente aujourd’hui la facture des frais de déblaiement du château de cartes écroulé lui a ouvert les yeux. Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible, c’est que ses yeux resteront ouverts.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Partager :

62 réponses à “Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible”

  1. […] réponses à ce bulletin avec le fil RSS 2.0. Vous pouvez répondre, ou faire un rétro-lien depuis votre […]

  2. Avatar de bob
    bob

    Que les « businessmen » jouent à la pyramide de Ponzi c’est une chose, mais que les politiciens de l’UMP et du PS nous aient inclus dedans depuis 20 ans, c’est d’une gravité incroyable pour la DEMOCRATIE.
    Je rappel qu’au moment de la dérégulation financière à outrance dans les années 90, ils n’ont absolument rien dit et surtout rien fait alors qu’ils étaient aux commandes.
    Pourtant ils auraient du défendre les intérêts économiques du pays et des gens qui travaillent pour gagner leur croute.
    Il s’agit certainement d’une débâcle financière mais plus profondément nous assistons depuis longtemps à une DEBACLE politique.

  3. Avatar de Pierre-Yves D.
    Pierre-Yves D.

    @ bob

    eh oui jusqu’il y a peu on prenait pour des imbéciles ou de dangereux marxistes rétrogrades tous ceux qui osaient dire, montrer, et démontrer qu’une partie substantielle de la gauche européenne (en France le PS et sa ligne « officielle ») partageait une même idéologie avec une droite qui se réclamait sans retenue du libéralisme économique et tout ce que cela impliquait de dérégulations tous azimuts, et donc de dérégulation financière.

    Vous situez le tournant dans les années 90, pour ma part je le situerais dès les années 80. Et ce n’est pas un des moindre paradoxe que ce soit, en France, la gauche arrivée au pouvoir après des décennies de pouvoir à droite, qui a enclenchée le mouvement, de concert avec la Comission européenne présidée alors par Jacques Delors. Il est vrai Raymond Barre, à la toute fin des années 70 avait, après des décennies d’économie mixte et keynésienne, lancé ses premières fusées libérales et donnait le ton de ce que serait les décénnies suivantes, ne disait-on pas qu’il était le « meilleur économiste de France » ; la science économique avait déjà comme force de loi.
    C’est vers 1983-84 que l’on a commencé à déréguler le marché des capitaux et que la mondialisation s’est mise en marche après que ses principes furent posés par Reagan et Tchatcher, suite d’ailleurs au sinistre épisode de l’éviction d’un président démocratiquement élu, au Chili, un certain 11 septembre 1973, qui vit l’arrivée de Pinochet et des Chicaco boys de Milton Friedman venus tester grandeur nature les préceptes monétaristes, anti syndicalite, de leur mentor.
    Un excellent livre, de Serge Halimi, intitulé Le grand bon en arrière, — soit dit en passant un excellent analyste de la politique américaine, retrace toute l’histoire de ce basculement idéologique, imaginé d’abord par Hayek et quelques autres, en Europe même, exporté aux USA, puis revenu dans les années 80 avec un puissant vecteur : la CEE aujourd’hui nommée l’Union européenne.

    Ce qui est navrant c’est qu’il y ait eu alors un tel consensus parmi les élites de droite comme de gauche, pour adopter le modèle néo-libéral. A l’époque l’Union, aurait pu jouer une autre carte, refuser la mondialisation telle qu’elle s’esquissait déjà. Et promouvoir d’autres règles du jeu. Mais la démission du politique a été générale, si bien que nous nous sommes retrouvés en 2005 avec un projet de constitution pour l’Europe qui entérinait l’absorption du politique par l’économique, niant de fait toute légitimité d’une économie politique. Et c’est aujourd’hui avec cette Union que nous devons faire face à la crise !!

  4. Avatar de olivier

    ce qui distingue Madoff de ses confrères, c’est qu’il est médiatiquement facile à présenter et que les médias jouent la vieille carte de l’émotionnel, celle dont les foules se repaîssent. Je crois contrairement à M Jorion que l’immense majorité des gens réagissent au registre émotionnel et répugnent à analyser. Comprendre une simple offre de prêt bancaire est déja fort compliqué, comment pouvez vous dès lors imaginer ce qu’est la mécanique du monde financier ? La finance qui brasse des milliards, c’est comme l’Etat, l’armée ou l’Eglise, c’est forcément utile puisque cela existe. Madoff, il a trahi ses amis et des fonds qui aident les miséreux, Kerviel a perdu des milliards au poker financier. Voilà ce que la mémoire imprime.

  5. Avatar de B. Samson
    B. Samson

    Vous me confortez dans l’idée que les « élites » financières savaient que le système ne pouvait pas durer. Le sachant, le mot d’ordre était « prendre le maximum d’argent dans le minimum de temps ». Et, au fur et à mesure que la fin approchait, les exigences de rendement immédiat augmentaient. D’où par exemple les intéressements aux résultats financiers TRIMESTRIELS, alors que le plus petit des entrepreneurs sait que cela n’a aucun sens.
    Ces « élites »-là sont coupables, mais leurs complices (pouvoirs publics, establishment politique de droite et de gauche, médias à la botte, intelligentsia, …) le sont tout autant. Comme on dit en d’autres lieux :  » Que se vayan todos! ». J’ajouterai « rendez le pognon! »
    Bonne année.

  6. Avatar de Pierre-Yves D.
    Pierre-Yves D.

    Bonne Année à tous, santé, meilleures réflexions, résolutions, bonne et fructueuse vie au blog de Paul Jorion !

    La vie continue, malgré tout 😉

  7. Avatar de oppossum
    oppossum

    @ Bob & Pierre-Yves

    Je n’ai pas la même lecture que vous du billet de Paul.

    Oui d’autres pommes sont pourries et certaines contaminées mais il y a eu un aveuglement constant et progressif depuis les années fin 70.
    Et donc dire « ils n’ont absolument rien dit  » , en forme de reproche ne tient pas.

    – S’ils avaient su , les très riches plaçant et leurs conseillers financiers qui ont tant perdu chez Madoff, se seraient retiré
    – S’il avait su, le super boursicoteur se serait retiré plus tôt …
    – Si elle avait su , la gauche aurait critiqué la virtualité du système plutôt que de hurler à la répartition de ce qui n’était que du vent … (mais la gauche sous l’étendart de la générosité aime trop la facilité)
    – et quel a été le 1er homme politique à tirer la sonette (et encore très tardivement) : Le Pen ! (Attention , aux antipodes de ma sensibilité!)
    etc … etc …

    Comme quoi, les choses ne sont pas simples.
    Mais à présent elle le sont , simples. Et pourris.
    Et s ‘il y a coupable c’est le système financier (moralement crapuleux ces 2 dernières années) . Avec derrière, un peu nous tous, depuis pas mal de temps.

    Pierre-Yves, vous dites  » … après des décennies d’économie mixte et keynésienne … » ,

    … et ce n’est pas faux mais n’oubliez pas non plus que ces 30 glorieuses qu’on regrette étaient aussi le règne d’une politique économique plutôt de droite et bien plus libérale sur certains points qu’aujourd’hui !
    Epoque ou l’on équilibrait tous les budgets en temps de vaches grasses selon les préceptes les plus élémentaires de l’économie classique, pour ne pratiquer la relance en période plus difficile .
    Epoque où la préoccupation -toujours classique- était le plein emploi, mais sans perpétuellement passer par le tripotage des monnaies
    Epoque ou se battait pour une distribution plus équitable sans avoir oublié qu’un sous ne vaut que s’il y a du travail, donc de la richesse à partager, derrière.

    Et j’attirerai votre attention sur le fait que la dérégulation venue des USA, n’a jamais été vraiment libérale (dans son orthodoxie pure) en ce sens qu’elle a précisemment encore plus abandonné les marchés aux forces du pouvoir, de la corruption et de la puissance de l’argent.
    (Rappelez vous aussi qu’il y a une tradition protectionniste aux USA et également des politiques post-keynesiennes très volontaires et actives de manipulation des taux d’intérêt)

    De ce point de vue, de par nos règles européennes, nous, européens, sommes des libéraux (sociaux) bien plus sincères (et naïfs) ! C’est peut-être guère mieux mais c’est plus clair et plus sain. Le problème est qu’il n’y a plus d’alternance envisageable ou possible de par des institutions trop vérouillantes. Donc plus d’évolutions, rectifications, expérimentations possibles .

    La City est exclue de ce phénomène , bien entendu, puisque la partie financière technique du mal est venue de là. Sans parler de ses « intérêts » propres où elle a tout intérêt à oeuvrer seule, pour … son intérêt.

  8. Avatar de Mary
    Mary

    Quand vont donc commencer les grands procès contre ces brigands, ces voleurs de grands chemins qu’on a laisser se remplir les poches et mettre leurs butins l’abri dans les paradis fiscaux en Suisse, au Liechtenstein, au Luxembourg, aux Bahamas, en Andorre, à Monaco ? Les pirates au long court sont souvent montrés comme sympathiques par des films pour enfants, mais lorsqu’ils affament des populations entières, on a le devoir de les arrêter.
    La seule question qui se pose est le « comment agir » puisque les politiques sont soit de mèches soit les pantins des multinationales ?

    @ Pierre-Yves D
    Votre analyse est tout-à-fait pertinente, vous oubliez un acteur de poids dans votre description, c’est un certain Pascal Lamy, aujourd’hui grand patron de l’OMC, qui a permis par tous les rounds de négociations de faire tomber toutes les régulations surtout celles des pays les plus pauvres pour permettre aux pays les plus riches de trouver de nouveaux débouchés pour leurs produits.

    Tous mes voeux à tous pour plus de justice dans la répartition des richesses, et pour moins d’avidité chez ceux qui en ont déjà trop et qui en veulent toujours plus.

  9. Avatar de bob
    bob

    @oppossum
    En effet je suis en désaccord avec vous en ce sens que je pense que les milieux financiers ultra libéraux n’ont pu réussir cette escroquerie que grâce à un profond recul de la démocratie et un affaiblissement des structures politiques.
    Je ne pense pas forcément qu’il y a collusion au départ de ce profond recul des représentant politiques mais plutôt une incompétence importante associé à un effet d’aubaine.
    Je suis donc d’accord avec vous pour dire que les politiciens en place n’étaient pas forcément informés des énormes mouvements financiers délétères pour l’économie réelle: Wall Street anéantissant Main Street.
    Mais par contre, je reste persuadé que ces même politiciens savaient que le capital n’était pas investi dans l’outil de production occidental performant.
    Pour résumer, les politiciens ont été INCOMPETENTS pour orienter le capital vers l’économie innovante, pourtant le capitalisme a une culture habituelle d’innovation et c’est là tous le paradoxe de cette histoire.
    Les USA ayant une culture historique de l’innovation, je trouve tout à fait étonnant qu’il subisse une crise d’une telle ampleur.
    Plus que de la malhonnêteté des hommes politiques, je pencherais plutôt pour de l’incompétence (propos de Stiglitz au début de cette crise).
    Quel est l’intêret pour un politicien de mettre son nez dans ce genre de problème tant que sa réélection (et son salaire) est assuré sur des bases politicienne?
    Pourquoi les français regarde la Star Academy?
    Autant de question sans réponse qui pose un réel problème de fonctionnement pour notre démocratie.

  10. Avatar de antoine
    antoine

    Oui je crois moi aussi que vous êtes trop optimiste, Paul. Vous savez, la Finance commence déjà à verser des sommes relativement importantes aux cabinets en lobbying et com d’influence pour « redorer » son blason… cabinets qui acceptent la manne tombée du ciel!!! Il n’y a malheureusement pas de limite aux résultats qu’une propagande savamment orchestrée peut atteindre. Quand on voit la facilité avec laquelle la guerre en Irak a été vendue aux médias américains… J’espère me tromper, mais cette guerre va être dure à gagner. Il ne suffit plus d’avoir raison dans une démocratie de masse. La configuration stratégique de l’échiquier politique français n’incite pas à l’optimisme sur ce point, en tout cas. Vous avez un rôle à jouer là-dedans Paul, mais ne tuez pas la peau de l’ours avant de l’avoir tuée. Il va vous falloir infiltrer la presse conservatrice (celle du « il faut que tout change pour que rien ne change »). Sans cela ce sera très très serré.

  11. Avatar de Fab
    Fab

    « La thèse de la pomme pourrie isolée au milieu du panier est morte en 2008 : le public a cessé de croire à la fraude individuelle d’un petit Jérôme Kerviel ici, ou d’un gros Bernard Madoff là, qui ne seraient pas représentatifs des comportements dans leur ensemble et qu’il suffirait de mettre sous les verrous pour que tout s’arrange. La candeur du public s’est évanouie avec l’année écoulée : jusque-là à ses yeux, la finance était si compliquée qu’il valait mieux la laisser à ses seuls experts. Le fait qu’on lui présente aujourd’hui la facture des frais de déblaiement du château de cartes écroulé lui a ouvert les yeux. Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible, c’est que ses yeux resteront ouverts. »

    Le public est satisfait de savoir qu’il a ouvert les yeux et qu’il va les garder ouverts. Le public qui pense que la finance n’est compliquée que pour ceux qui en sont prisonniers, se réjouirait d’une prise de conscience desdits experts sur le fait que la finance n’est pas malade…mais qu’elle est la maladie ! Quant au public qui se débat avec moins de 2$ par jour, on attend toujours son avis, il hésite, se pose des questions, tergiverse et hésite finalement à ouvrir les yeux. Pourtant, au fond de lui, sans le dire et sans le montrer, ce public à moins de 2$ par jour, il se considère encore comme un être humain, avec un télencéphale hyper développé comme son frère aux yeux ouverts. Oui, j’ai bien dit son frère, car il est inconcevable pour un télencéphale hyperdéveloppé aux yeux ouverts d’imaginer qu’il puisse exister différentes races d’êtres humains ! Sa raison ne peut l’accepter ! Ce sont simplement des télencéphales hyperdéveloppés aux yeux fermés en voie de développement. Elle est pas belle la vie ? Et avec le temps, en regardant bien, en prenant bien exemple, il ne nous est pas interdit de nourrir l’espoir qu’ils arriveront à notre niveau de développement, tant sur le plan technologique que d’un point de vue intellectuel. Et ce jour-là, on pourra dire que l’humanité a atteint le stade de la maturité, qu’elle a finalement mis à profit son télencéphale hyper développé : tout le monde pourra enfin jouer au Monopoly.

    Les mauvaises langues poursuivraient en disant qu’ensuite, l’homme, satisfait de son sort, abandonnerait peu à peu l’usage intensif de son télencéphale hyper développé pour se consacrer à son jeu favori. Et, tout doucement, les écoles, habituées à éveiller l’esprit des enfants (télencéphales hyper développés), à exercer leur esprit critique, à leur faire ressentir leur état d’être vivant temporel, tout doucement donc, les écoles perdront cette ligne directrice afin de se consacrer uniquement à préparer les enfants au grand jeu : mise en place d’un apprentissage renforcé, « au pas de course », suivi d’un tri sélectif afin de repérer les meilleurs éléments pour animer le jeu et de préparer les autres au mieux pour que tout le monde puisse finalement s’amuser ensemble. A écouter ces mauvaises langues, on pourrait aussi continuer en disant que tout ça va finir avec un télencéphale hyper atrophié, ou hyper volumineux mais vide, et qu’on pourra un jour comparer l’espèce humaine aux fourmis ou aux termites (fourmilière ou termitière, migrations biquotidiennes, échange d’informations à l’échelle de la colonie, service de sécurité et de nettoyage, etc.)…

    Mais tout ça n’est que pure fiction, veuillez m’en excuser, et il nous faut revenir à des choses plus sérieuses.
    Miroir, miroir…

  12. Avatar de François Leclerc
    François Leclerc

    Tracer la ligne de frontière entre la fraude de Madoff et les formes modernes de la spéculation financière n’est pas chose aisé, c’est bien vrai. Aux yeux de l’opinion publique, Madoof est ainsi devenu la figure emblématique d’une situation générale. Comme le disent les caricatures de journalistes dans les films, « a good story ». Les scénaristes parlent eux du « human concept » qu’ils ont bâti.

    Dick Cheney a, à ma connaissance, pris le premier l’image de la pomme pourrie pour rejeter Madoff, afin de justifier l’idée que si on la retirait du tas cela le préservait de la contagion. Et donc qu’il ne l’était pas. Pour essayer de contrer, reprenant un argument traditionnel des conservateurs, cette autre vieille idée qui rejailli à l’occasion: « tous pourrris! ».

    Mais ce cri ne reste souvent qu’intériorisé chez ceux qui le poussent et s’accompagne généralement d’une bonne dose de résignation : « Que pouvons-nous y faire, c’est comme ça, cela nous dépasse…? » Bien que dès fois, par contre, la révolte se manifeste.

    Il est frappant de constater que cette indignation s’appuie sur les principes d’une bonne morale, pour ne pas dire d’une moralité perdue, signe à la fois de la profondeur du rejet qu’elle représente et du fait qu’on en restera là, car c’est une cause perdue.

    Repousser les frontières de la fraude plus loin, plus avant, plus haut est pourtant salutaire parce que tout simplement vrai. Il ne manque pas de bonnes questions à poser pour le montrer. De mécanismes à décortiquer qui se cachent sous des habillages abscons et des raisonnements se voulant triviaux. Sous un travestissement idéologique qui a perdu de sa superbe mais s’efforce de faire le beau pour tenir.

    Pour y contribuer, nous bénéficions actuellement d’une fenêtre de tir qui finira par se refermer.

  13. Avatar de thomas

    Entendez vous, ailleurs que dans ce blog et quelques autres lieux confidentiels, des RESPONSABLES tenir un discours qui permette de croire que le changement est en vue ? Non, ou du moins, pas moi.

    Il va donc falloir aller jusqu’au bout de cette génération obsolète pour amorcer l’ombre d’un virage, et voir sortir du bois des noms inconnus aujourd’hui.

    Patience, ce sont des années qui seront nécessaires.

  14. Avatar de bob
    bob

    Voila une belle illustration de la bêtise sans limite de nos dirigeants:
    http://www.latribune.fr/entreprises/services/transport-logistique/20090102trib000327221/alstom-appelle-au-boycott-des-trains-chinois.html
    Quand la Chine devient protectionniste grâce aux transferts de technologies non contrôler et courtermiste. Ca rapporte au début mais à moyen terme ça aurait du se calculer autrement que sur des critères financiers à 12% annuel.

  15. Avatar de Steve
    Steve

    Bonjour et bonne année à tous.

    Dans nos démocraties, Les pouvoirs politiques sont mis en place par les pouvoirs économiques; il n’y a donc pas grand chose à attendre d’eux sinon de prendre les mesures qui les font durer.
    Pour parler de la france, il y a, à mon sens, moins de différence, de par leur formation ( formatage?) , entre Hollande ou Aubry d’une part et Juppé ou Copé d’autre part qu’entre Hollande ou Aubry et un ouvrier de gauche , ou qu’entre Juppé ou Copé et un commerçant de droite.

    Les seuls régimes actuels ayant les poids nécessaires – démographique, économique et militaire – et le régime centralisé, intégré et autoritaire pouvant modifier le système sont d’abord la chine et peut être plus tard l’inde. Mais pas d’illusion: ils ne changeraient le système qu’à leur avantage.

    Certes les yeux se sont ouvert. Mais il suffit aux propagandistes de détourner sans cesse les yeux au moyen d’autres spectacles soigneusement montés et déversés en masse pour détourner l’attention…..

    Etant donné l’immense imbrication d’irresponsabilités diverses et d’intérêts divergents, l’immense inertie – physiquement parlant- de notre système, je ne vois aujourd’hui pas d’ issue paisible et maîtrisée.

  16. Avatar de oppossum
    oppossum

    Oui Mary

    On peut remettre en question le rôle de l’OMC , mais voyez vous, mettre sur le même plan l’Administration Bush et la personnalité de P. Lamy, me semble à moi, relever d’une telle confusion dans le jugement au niveau des valeur et de l’humain , que ma confiance et mon respect dans les analyses et les analystes qui en arrivent là, tombent complètement.

    En ce qui concerne l’OMC, effectivement son rôle est plutôt orienté vers le libre-échange et , ma foi, on peut être contre. Mais être contre ne signifit pas caricaturer et refuser de voir les différences du réel.
    L’OMC ne s’applique qu’aux pays qui souhaitent y adhérer. Les règles font l’objet d’une élaboration multilatérales . L’OMC a toujours dénoncé très activement les pratiques de protectionisme des pays riches à l’encontre des pays pauvres.

    On peut penser que les rapport de pouvoir et les puissances de l’argent s’infiltrent dans les mécanismes d’adhésion et de négociation, comme ils s’infiltrent dans le ‘marché’. Oui mais , si les règles de l’OMC (dont on peut discuter et qui sont perfectibles) s’étaient appliquées au monde de la finance, la crise n’aurait pas eu lieu, ou pas avec cette ampleur. Simple remarque de bon sens.

    Mais en attendant , lorsqu’il n’y a pas le minimum de règles définis par l’OMC, on tombe (car le commerce international existera toujours) dans ce qu’on appelle les accords bilatéraux d’Etat à Etat, qui sont encore bien pires … qu’affectionnent les Etats non démocratiques, et dont , comme par hasard, les USA sont très très friants , pratique que dénoncent régulièrement les ONG.

    Faire pire que le mauvais n’est pas un progrès. Même fardé d’indignation légitime.

  17. Avatar de bob
    bob

    @Mary,
    c’est vrai que les régles de l’OMC ont été appliquées, au pic de la dérégulation, par un socialiste français qui s’appelle Pascal Lamy.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Pascal_Lamy
    Encore une énigme non résolue?

  18. Avatar de nestor
    nestor

    Paul Jorion, ce que vous écrivez est parfois un peu manichéen.

    Les dérapages de la finance ne se sont pas fait dans un laboratoire fermé au public et tenu par des obsédés du secret et du complot! Le public actuel n’a pas plus les yeux ouverts qu’il y a quelques années. On est bien entrain de lui faire gober le truc du réchauffement climatique à grand coup de vagues d’une propagande unique dans l’histoire du monde. L’époque est à l’émotion, alors bien entendu, sauver la planète, ça marche à tous les coups. Regardez les audiences des émissions télévisées! Il faut bien donner une raison de vivre aux classes moyennes. Pour sauver la planète achetez mes nouveaux produits, branchez vous sur le nucléaire! Les écolos des années 70 doivent bien s’amuser…. Le nucléaire qui sauve la planète, c’est super drôle, ne trouvez vous pas? Ca marche, incroyable, non? D’ailleurs, notez qu’en hiver lors des tempêtes de neige et des vagues de froid, on ne parle plus du réchauffement climatique. Le sport remplace les infos le week end….

    Donc la finance, il y a bien fallu un public pour la faire fonctionner. Qui a besoin sans cesse de consommer plus dans un univers où la moitié des richesses est captée par les puissances publiques pour entretenir des armées, des infrastructures souvent inutiles ou des services publics pléthoriques et donc dégradés? Il ne reste plus beaucoup de place pour faire des affaires et c’est ce point qu’il faudrait appronfondir.

    Il faut en revenir au fonctionnement de l’économie et non pas de la finance. Les petits pays disposent d’économies qui ne permettent plus de financer de vastes secteurs publics qu’en matraquant fiscalement. L’économie souffre et plus elle souffre et plus elle enfonce dans la crise les moins dynamiques et plus il faut augmenter la fiscalité pour éviter un effondrement complet. La Belgique est le meilleur exemple que nous ayons sous la main. Même chose en Grèce où on prélève 30% entre 10000 et 20000 euros de revenus annuels, ensuite à partir de 20000 euros c’est 40%! Résultat le salaire minimum de 650 euros mensuels ne permet pas de vivre normalement puisqu’il est calculé pour ne pas être imposable et devient la norme. Même chose en France où le salaire moyen en province c’est le smic majoré de 20%. Il y a eu un invraisemblable nivellement par le bas depuis vingt ans. Et pour combler tout cela on utilise le crédit. Avec les dérives que l’on observe depuis dix ans.

    Il faut se poser la question de savoir pourquelles raisons nos économies fonctionnent mal depuis si longtemps beaucoup plus que se focaliser sur la faillite de la finance et des banques. Ce n’est pas si grave, ça se répare. Beaucoup plus difficile est de reconstruire après une guerre, nos économies ressemblent de plus en plus à celles de pays qui sortent d’une longue guerre.

    Nous ne sommes pas assez innovants et dynamiques. On a cru tout valoriser avec la civilisation des loisirs et on se retrouve avec la moitié de nos populations complètement désoeuvrée et démunie. Nous sommes entrés dans une économie qui n’a plus besoin des classes moyennes, les riches sont assez nombreux pour faire fonctionner leurs propres univers des industries du luxe.

    Paradoxalement il faudrait que les classes moyennes et les plus pauvres refusent les salaires minimum, les allocations qui sont des trappes à pauvreté. Nous devrions exiger aussi la richesse, la qualité, les revenus élevés et leurs cortèges d’impositions. Il y a aujourd’hui une muraille entre le monde des plus riches et celui des classes moyennes. Il faudra bien un jour casser cette muraille pour que l’argent accumulé par les super riches permettent des investissements destinés à financer les revenus des classes moyennes. Les moyens existent, ils sont simplement mal employés, mal organisés. On a oublié que ce sont les nouveaux riches qui font tourner les économies. On leur a tellement tapé dessus qu’ils se sont organisés un monde à part. C’est cela qu’il faut changer. Il faut obliger les super riches à revenir dans la société pour la financer. Les américains commencent à le faire, voyez Warren Buffet qui lègue l’essentiel de ses avoirs de super riche à des fondations destinées à soutenir l’économie. Les américans ou les asiatiquent savent faire ça, pas les européens….

  19. Avatar de Xav'
    Xav’

    « Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible, c’est que ses yeux resteront ouverts. »

    Je suis moi,s optimiste que vous à ce sujet. Ne disait-on pas après les 2 grandes guerres, plus jamais ça?
    Aujourd’hui la Belgique est en guerre une nouvelle fois dans son histoire. Toujours les mêmes politiques…

  20. Avatar de oppossum
    oppossum

    Nestor, vous dites
    « Et pour combler tout cela on utilise le crédit »
    Mais c’est l’inverse : car jusque dans les années 80, le capitalisme se portait bien mais le secteur financier était à sa place.

    A partir du moment ou l’on pratique pendant trop lontemps un crédit pas cher (à la consommation et taux d’intérêt bas), on relance artificiellement l’activité sur des bases malsaines -et pas forcémént l’activité de l’économie réelle qui, à un moment donné, n’absorbe plus cette ‘monnaie’- .
    – le crédit à la consommation est basé sur un endettement permanent et sans fin (la sur-consommation sera suivi à un moment donné d’une sous-consommation pour se desendetter)
    – l’argent happé par les investisseurs potentiels préfère, de plus, se concentrer dans les secteurs plus lucratifs et discrets de la finance ,( d’où un effet de bulle qui auto alimente ce secteur le rendant contamment plus attractif), plutôt que de financer des investissements dans l’économie réelle où effectivement les prélèvements divers et les difficultés croissantes pour exploiter/faire travailler son prochain sont légions.

    Il est certain qu’ en Europe le poids des prélèvements obligatoires , surtout par rapport à leur incapacité à suivre et financer les vrais besoin sociaux, n’est pas toujours propice aux investissements. Mais votre raisonnement qui tend à les rendre responsable de l’absence d’un espace suffisant pour faire de belles marges, est à haut risque et aboutit à un non sens lorsqu’on le prolonge.

    Il faut dégraisser le mamouth non pas pour faire de la place au ‘Prive et à sa logique’ mais pour faire un service public efficace. (En même temps, la fonction publique a un effet ‘atelier nationaux’ de 1848, qui, lorsqu’il est modéré, est stabilisateur -bon, mais d’ici à suivre les syndicats pour lesquels le but est de faire de la France un immense service public destiné à réparer les dégats d’un capitalisme virtuel … il y a un pas que je ne franchis pas !)

    Il faut proteger des espaces d’investissement privé dans l’économie réelle avec des marges attractives (en laissant aux luttes , à l’évolution sociale et à celle des mentalité, le soin de les réguler et redéfinir) , parce que pour l’instant , on ne sait pas faire mieux -sauf à laisser à l’Etat ce rôle …- . (Et que personne n’acceptera de ‘revenir’ en arrière: effet cliquet)

  21. Avatar de barbe-toute-bleue
    barbe-toute-bleue

    Que dire de votre conclusion Paul ?
    Encore une fois, on retrouve toute l’acuité de vos lecteurs dans les commentaires. On retrouve les uns, un peu optimistes,et les beaucoup plus pessimistes. Ceux qui considèrent le court terme, mais alors on espèrera plutôt dans le plus long terme.

    Ceci rejoint une réponse à un de vos billets précédents ! : qu’est-ce qui détermine les prix du marché ?

    Qu’est-ce qui fait marcher le politique ad hoc , surtout si celui-ci avait une occasion de prendre plus de pouvoir par rapport au monde financier ? Ce n’est que le rapport de force sur le terrain qui compte dans les orientations de la société, et il peut y avoir des virements secs, des dérives, des granzécarts, des réajustements…

    Bien sûr que l’industrie et la finance donnent des conseils appuyés aux hommes et femmes de mandat, mais quelqu’un ayant des ambitions politiques doit mal le digérer à chaque fois. Alors personne ne sait pour le moment l’esprit qui va s’imposer. Nous sommes divisé entre les plus ou moins pessimistes. Je ne dirais pas les franchement optimistes, faut pas déconner.

    Je ne vous suis pas quant-à l’espoir que les gens gardent les yeux ouverts, et ce, à jamais. Peut-être ?? Ils ne l’oublieront pas tant que dure la crise. Pour notre chance, je ne vois pas celle-ci s’arrêter demain, vu qu’on ne l’a pas vraiment vu prendre place ailleurs que … Oui, certains y sont déjà.

    Je crois à l’auto-régulation des marchés. Il a été souligné dans un commentaire récent sur un autre fil : la guerre et toutes autres catastrophes en font partie, ce qui peut écarter de la vie un grand nombre d’humains avant leur échéance génétique. Mais ensuite, pour ceux qui ne seraient pas trop morts, les motivations à vivre continueraient.

    Et là je redeviens optimiste quant au bienfait de l’avidité humaine, et je vais me permettre de faire une méchante embardée par rapport à votre billet :

    L’humain ( les autres animaux doivent avoir la même pulsion existentielle ) trouve sa motivation ( on ne va pas faire de parenthèse à propos de bouddhistes parfais ) cet humain atteint des niveaux de tranquillité euuuh nooon je ne dirais pas spirituelle, mais ça arrive quand même, lorsqu’il a l’impression de combler, voir saturer ses besoins vitaux, et un peu plus chez beaucoup.
    Je reste volontiers approximatif en parlant de « besoins vitaux », ce n’est pas le centre de la démonstration.

    Chez l’homme en général, je résumerais ceci par ce besoin de courir après la richesse. Et là je touche le point intéressant, et ouvert à discussion, de ma contribution : qu’est-ce que la richesse ?

    J’ai souvent lu, ici, ailleurs, «  devons-nous nous replier sur l’or ?? Cette valeur est sûrement « la » richesse ??? ». Ceci nous amènerait à discuter supernovae et complications à synthétiser l’or, mais on raccrochera les wagons plus tard.
    Et cette remarque permet de constater que, bien qu’il soit plus facile d’approcher l’idée de ce qu’est la richesse, que ce qu’est la monnaie, les gens ont vraiment une idée anthropo-conceptualisé de ce qu’est cette richesse.

    Reprenez-moi, si vous le souhaitez, mais l’idée que j’en ai, la définition sur laquelle je me risque est : la richesse est la quantité d’énergie, dont on pourrait disposer.

    Je peux développer là-dessus en vous différenciant bien les énergies accumulées, instantanées, et potentielles, addition et annihilation, et on verra qu’on y retrouve tout. Sauf si je me fourvoie dans mon cheminement intellectuel. Je fais confiance à tout lecteur pour me le signaler.

    Et j’en viens donc aux raisons qui me rendrais optimiste, bien que je ne considère pas la casse susceptible de survenir, avant de rentrer dans des comportements de société, nous éloignant encore davantage de celles des autres animaux … quoique … les bonobos arrivent à se la jouer relax, comme tous les gens de wall street ne devaient pas en être capables…

    Que les anthropologues présents dans la salle me corrigent, mais on a toujours cavalé après l’énergie, de manière à la capturer, la domestiquer : plus de glucose pour nos cellules, le feu, la suite … vous connaissez. On a que ça à foutre sur terre.

    Actuellement, quoique tout-à fait débutant dans la fission nucléaire ( 3% de rendement, quelle plaisanterie ) on pense à la fusion.
    Encore une parenthèse pour surcharger le texte : la directeur de ITER vendant son produit en conférence disaieuuuh, « oui, quoi donc ? Ça avance ! Il ne reste qu’un petit problème avec le neutron porteur de toute l’énergie à récupérer, et qui n’est pas « capturable » de manière magnétique … puisqu’il est électriquement neutre !!! »

    Il y a un prix Nobel tombé dernièrement à propos de Spintronique, qui font penser qu’on pourrait récupérer des éléments chargés en énergie autrement que magnétiquement.

    Et je parie que vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ?!

    Ce que je veux dire est, que pour tirer de plus en plus de cette énergie qui est notre richesse, dont nous sommes avides, on a besoin de cerveaux de plus en plus pointus !!! Et on ne fabrique pas ce genre de cerveau par la contrainte, ça ne marche pas !!

    C’est exactement la raison pour laquelle on laisse internet s’étendre, même les pouvoirs à qui ça provoque tout un tas de suées nocturnes. Malgré la perte d’influence sur la population, cette liberté est plus créatrice, innovante, qu’une direction de pensée diffusée depuis un sommet.

    Les courbes de demandes en énergie pour l’humanité sont des exponentielles. Le facteur peut être variable avec le temps, il peut y avoir des paliers, mais ce n’est pas une bonne nouvelle si on est partisan de la décroissance. Pour créer cette énergie future, dès notre époque de technologie seulement balbutiante, quoiqu’en pensent certains orgueilleux, on a besoin de tout le potentiel humain pour y parvenir.
    Pour l’édification des pyramides, le rendement du coup de fouet était sans doute un argument non-discutable. Dès à présent, si vous voulez intéresser les jeunes à la physique quantique, je vous conseillerais de livrer des cours passionnants, en espérant qu’en amont les instits auront aussi fait du bon job d’éveil !!

    Les politiques peuvent être corruptibles, incompétents, avides de sexe, de vin et d’argent, le devenir de nos sociétés est de produire plus d’énergie domestiquée. Donc, les politiques doivent améliorer la vie de tout le monde, qu’ils triment à cogiter, pas seulement améliorer le bien être des élites.

    Oui, c’est théorique, paaaaas … sûr !

    Alors je décline toute responsabilité pour tous les accidents de parcours intermédiaires. Mettez-y guerre, famine, dictature avec ou sans « Cheney-Dick-you-are-a-dick » et catastrophes agricoles si celle-ci n’échappe pas aux pressions de nature capitaliste… Mais si quelque suite de l’humanité passe au travers, l’issue serait plutôt positive.

    Bien entendu, d’ici là, tous ceux qui lisent ce blog seront bien mort avec les yeux fermés … Donc ça ne résout pas notre problème immédiat. Pardon Paul pour tant de bruit sur votre blog.

  22. Avatar de ThierryDorée
    ThierryDorée

    L’explication non convaincante que vous donniez dans un article précédent sur les raisons qui ont poussé les enfants de
    Madoff à dénoncer leur père, alors qu’ils avaient agi de concert avec lui jusqu’alors, trouve son explication dans la loi
    Sarbanes-Oxley qui permet aux victimes américaines, pas les autres, d’une escroquerie, d’être indemnisées.
    Les contribuables du monde entier paieront puisque les Etats-Unis exporteront cette dette-là aussi.
    Concernant cette crise gigantesque déclenchée par la FED en remontant brutalement des taux d’intérêt baissés par elle
    pratiquement à 0% pendant des années pour inciter les gens à s’endetter, je rappellerais cette citation de l’illustre Franklin
    D Roosevelt : soyez sûrs qu’en matière d’économie rien n’arrive qui n’ait été soigneusement programmé.
    Cette crise de la guerre des banques pour resserrer leur nombre en vue d’établir un gouvernement financier unique mondial est la suite
    et dernière étape de l’installation d’un totalitarisme planétaire programmé depuis un siècle maintenant.
    Monsieur Jorion ne croit pas à la théorie du complot mais pense ouvrir les yeux du public par ses articles, je lui conseille de s’appliquer
    ses propres recettes. Vous y viendrez, Monsieur Jorion.Pour l’instant commencez donc par vous renseigner sur qui a financé la révolution bolchévique
    et armé Hitler. Annie Lacroix-Riz, historienne, a écrit « Le choix de la défaite » et bizarrement la Banque de France ne lui a pas intenté de procès.
    Tous les Krach et crises ont été savamment orchestré, cherchez donc à comprendre, c’est facile il suffit d’ouvrir les yeux.On s’aperçoit de la mise en
    place d’états policiers partout , d’un accroissement des systèmes de contrôle des populations et d’une volonté délibérée de décerveler les populations
    par la suppression de l’histoire au Lycée et le retour au religieux, voire même au créationnisme aux USA, le monde créé en 6 jours par Dieu.
    Un décervelage total sans but ? Monsieur Jorion, un peu de sérieux.

  23. Avatar de Mary
    Mary

    @ Opposum
    Je vous invite à consulter la carrière de Pascal Lamy sur le site de wikipedia, vous verrez qu’en fait des liens entre Georges Bush Père et Pascal Lamy ne font pas l’objet d’une confusion mais d’une réalité bien tangible. D’autant plus qu’avant d’être nommé président de l’OMC celui-ci était le commissaire européen chargé du commerce, et c’est lui qui a poussé les négociations pour que les marchés se dérégulent à un train très rapide. Voyez, il a aussi soutenu l’AMI et l’AGCS en son temps. Je ne compare pas les personnalités de Georges Bush Fils et de Pascal Lamy. Ce qui m’intéresse ce sont les politiques qu’ils ont mis en place sans beaucoup de démocratie et souvent avec la plus totale opacité.

    L’OMC peut toujours dénoncer les pratiques de protectionnisme, mais il s’agit du même sujet dont parle Paul Jorion pour la fixation des prix sur un marché. Les négociations ne se font pas selon la loi de l’offre et de la demande, mais selon les rapports de force entre les uns et les autres. Or les rapports de forces financières, économiques et politiques entre les pays les plus riches (nous) et les pays les plus pauvres (la grande majorité) se terminent toujours en faveur des plus riches.

    Alors bien sûr il est prévu des compensations pour ceux qui ont perdu, mais que représentent-elles par rapport aux milliards qui seront engrangés par ceux qui ont gagner le droit de vendre partout dans le monde. Ce ne sont pas les pays membres qui gagnent ou qui perdent, ce sont d’un côté des personnes morales, des sociétés sans foi ni loi, et de l’autre ce sont des personnes, des individus qui sont souvent obligés de quitter leurs terres, de tout abandonner pour aller s’entasser dans les bidonvilles des grandes mégalopoles urbaines ou de fuir vers l’eldorado qu’ils rêvent dans les pays occidentaux.

    Qui va bien pouvoir créer l’OMF : l’Organisation Mondiale de la Finance ? Qui va bien avoir intérêt à le faire ? Les membres d’ATTAC ont depuis une dizaine d’années tenté de faire passer la taxe Tobin, une taxation minime des revenus financiers. « Ce ne sera pas possible si tous les pays ne la mettent pas en application ensemble, sinon les capitaux flottants partiront ailleurs » était la raison donnée au manque de volonté politique de nos édiles.

    A quoi ça sert le commerce international ? J’ai entendu parler de porcs élevés aux Pays Bas (Dans ce pays il y a autant de porcs au Km² que de personnes = 400). Une fois arrivés à la bonne taille ils sont tués, les jambons découpés et expédiés en Italie pour faire du jambon de Parme. Une fois transformés en « jambon de Parme », ils sont retransportés aux Pays Bas pour être vendus comme Jambon de Parme à nos chers amis Hollandais.

    Les exemples aussi absurdes sont légions. Mais nous ne le savons pas. Lorsqu’on nous le révèle nous poussons des cris d’Orfraie. Et pourtant c’est la réalité qui se cache derrière de jolis emballages.

  24. Avatar de François Leclerc
    François Leclerc

    Oui, il ne faudrait pas que Madoff devienne un bouc émissaire dans la recherche illusoire de coupables. par trop insaisissables. Ou que les débats partent trop dans tous les sens.

    Ce ne sont pas les questions qui manquent actuellement, mais plutôt les réponses. On peut notamment se demander si la loi fondamentale de la cuvette va se vérifier une fois de plus. Vous ne la connaissez pas ? Quand on est au fond de celle-ci, quelle que soit la direction que l’on prend, on ne peut que remonter. Moi j’ajoute, sauf s’il y a un trou, pour intégrer le facteur d’incertitude.

    Les économistes, parfois déformés par l’académisme universitaire, s’interrogent, « faut-il croire en Keynes ou Friedman pour comprendre la crise actuelle » ? Plus prosaïquement, beaucoup s’interrogent sur la profondeur et la durée du versant économique de la crise, qui nous touche le plus directement. D’autres sur ce qu’il faudrait faire pour juguler la crise financière et pour que tout rentre dans l’ordre.

    Mais quel ordre ? On ne sait pas trop bien.

    Je me pose une autre question. Si, à l’origine de cette crise, il y a l’éclatement d’une bulle financière destinée à financer la consommation et au travers elle la croissance via l’endettement; et si cet endettement était devenu nécessaire afin de suppléer au partage inégal des gains de productivité entre les revenus du capital et ceux du travail (en faveur du premier pour ceux qui en doutent); que peut-on attendre au final ?

    Va-t-on réguler sérieusement la pompe à finance et restreindre par la même le crédit facile ou, au nom de la croissance, de la consommation et du financement du crédit (on est prié de l’énoncer dans l’ordre), justifiera-t-on de donner du mou à la bride, pour la bonne cause naturellement ? Dans le premier cas, gare aux conséquences sociales. Dans l’autre, combien de temps durera le répit ?

    Voilà le dilemme, faute d’élargir le champ des questions. Mais nous n’en sommes pas là dans le secret des cabinets et des lambris.

  25. Avatar de 2Casa
    2Casa

    @ThierryDorée

    En fait je crois que M. Jorion est chargé de débusquer ce qui reste d’esprits en vue d’achever le décervelage qui aurait manqué ses cibles à l’école !

    (Ceci est une plaisanterie)

  26. Avatar de madar michael

    cher Paul
    Merci pour cette réflexion collective que vous générez par vos billets quotidiens.
    Je lis consciencieusement vos discussions depuis fin aout et observe l’orientation inquiétante de la finance et de l’économie.
    Ce débat sans précédent sur la monnaie m’a rendu dans un premier temps perplexe et je ne parvenais pas à saisir votre prévention voire intransigence quant à la fameuse création monétaire ex-nihilo.
    Sensible aux interventions d’E Chouart (entre autre), j’en suis venu petit à petit à partager son point de vue jusqu’à ce drôle de revirement interieur, suite à votre post du 30 dec
    donnant le lien vers Eberhard hamer. http://www.horizons-et-debats.ch/31/31_21.htm
    Par quelle mysterieuse décantation cette question m’est elle apparue soudain sous un angle différent et à quels arguments avais-je cédés sans m’en rendre compte ?
    Je me souviens de ma surprise quand Eusèbe a fait son apparition, l’explication des choses tournait à un jeu d’enfant.
    Il fallait en passer par des métaphores que chacun soit capable de suivre et pourtant je suis resté encore longtemps dans le doute.
    Comme l’a bien résumé D.Dresse je me suis retrouvé dans la catégorie des scandalisés créationistes (fort novice si ce n’est ignorant au demeurant en cette matière, je suis musicien, mais déterminé à savoir), admettant que cette innondation de crédits sur une longue durée s’apparente de fait à de la création monétaire.

    Les règles que se dev(r)aient de respecter les banques, on voit aujourd’hui qu’elles nous les font payer fort cher.
    Selon vous les banques commerciales sont, strictement parlant, créatrices de reconnaissances de dettes ayant quelque part une contrepartie économique.
    Seules les banques centrales ont le pouvoir de création monétaire ou planche à billets.
    Le reste est une question de circulation monétaire plus ou moins obscure et avisée dans un univers d’une rapacité incalculable.
    Donc soit! Les banques ne créent pas de monnaie mais des dettes.
    Le système financier n’en demeure pas moins un véritable marigot pour les simples citoyens.
    L’escroquerie dont parle Eberhard Hamer nous oblige à garder notre sang froid et à éviter toute erreur d’analyse simplificatrice. Vos contribution de ce point de vue sont
    de précieuses sources de compréhension.
    Musicalement
    Mikl

    ps: Je voulais attirer votre attention sur d’autres questions, d’ordre plus politique, soulevées sur ce blog, ce sera pour une prochaine fois…. en attendant à tous une bonne année 2009

  27. Avatar de Fracture
    Fracture

    Voilà, voilà, toujours les mêmes débats, pas qu’ils soient inintéressants, au contraire, mais futiles bien évidemment car aucun n’arrive à se projeter hors de ce système, pensant qu’il n’y a rien d’autre imaginable et donc toujours les mêmes solutions. (

    Ne faudrait-il pas reprendre le problème à la base, que sommes-nous, une espèce, le prédateur dominant sur une planète bleue ridiculement petite dans un système solaire nain noyé dans une galaxie perdue de l’univers.
    Quels sont nos buts ? Dans toutes les solutions jusqu’ici débattues, toujours les mêmes, dominances et avidités, chacun veut remplacer un système dans lequel il n’a pas profité par un qui lui conviendra mieux, Laborit, ne t’inquiète pas, l’homme n’a pas encore changé son cerveau.
    « La recherche de la dominance dans un territoire donné a toujours été à la base des comportements humains. »

    Alors débat intéressant oui, mais inutile, car il y aura forcement une issue, certains y gagneront, d’autres pas, un risque/chance qu’aucun n’y gagne ne serait pas à exclure. Mais forcement la solution où tout le monde gagnerait est à des années-lumières des schémas imprimés dans les cerveaux, qu’il ne me reste plus qu’à imiter Lucrèce :

    Il est doux, quand les vents troublent au loin les ondes,
    De contempler du bord sur les vagues profondes
    Un naufrage imminent. Non que le cœur jaloux
    Jouisse du malheur d’autrui ; mais il est doux
    De voir ce que le sort nous épargne de peines.
    Il est doux, en lieu sûr, de suivre dans les plaines
    Les bataillons livrés aux chances des combats
    Et les périls lointains qu’on ne partage pas.

  28. Avatar de Fab
    Fab

    @ ThierryDorée,

    Merci d’être intervenu.

    « Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) »
    « Regardez le ciel. Demandez-vous : le mouton oui ou non a-t-il mangé la fleur ? Et vous verrez comme tout change…
    Et aucune grande personne ne comprendra jamais que ça a tellement d’importance ! »

  29. Avatar de Mikael EON
    Mikael EON

    « Nous serons aussi étonnés, plus tard, d’avoir eu des politiciens pour maîtres que nous le sommes aujourd’hui d’avoir eu des barbiers pour chirurgiens. » Espérons qu’il nous sera donné de vivre une politique sans démagogie, émanant des intelligences en réseau, orientée vers le long-terme….. Mais puisque Jean Rostand écrivait « Nous serons…. » j’en accepte l’augure au pied de la lettre. Ne serions nous pas optimiste ou pessimiste par conformation, bien plus que par raison?

  30. Avatar de bob
    bob

    Jusqu’à quel moment peut on penser que le pragmatisme affiché des politiciens est en accord avec leur action réelle sur l’économie?
    C’est à dire, à partir de quand saurons nous si ils nous ont raconté du « PIPO » ou si ils ont réellement agi sur les dérives financières, les paradis fiscaux et tutti quanti?
    Y a t’il des dates importante dans le calendrier 2009 pour voir ça?

  31. Avatar de Telga
    Telga

    Rien de nouveau dirait le barbu …

    1867 Le Capital – Livre III K. Marx
    Le procès d’ensemble de la production capitaliste
    § 5 : Subdivision du profit en intérêt et profit d’entreprise. Le capital productif d’intérêts.
    Chapître XXVII : Le rôle du crédit dans la production capitaliste
    « … La transformation de la production capitaliste sous l’influence des sociétés par actions exerce une influence dissolvante sur la production capitaliste elle-même. Elle provoque dans certaines industries le monopole et appelle ainsi l’intervention de l’État. Elle fait surgir une nouvelle aristocratie de la finance et une nouvelle catégorie de parasites sous forme de faiseurs de projets, lanceurs d’affaires et directeurs purement nominaux ; en un mot, tout un système de filouteries et de tromperie ayant pour base le lancement de sociétés, l’émission et le commerce d’actions. C’est la production privée sans le contrôle de la propriété privée. »

    « Le crédit a donc ce double caractère d’être, d’une part, le pivot de la production capitaliste, le facteur qui transforme en un colossal jeu de spéculation l’enrichissement par le travail d’autrui et qui ramène à un nombre de plus en plus restreint ceux qui exploitent la richesse nationale ; d’être, d’autre part, un agent préparant la transition de la production actuelle à une forme nouvelle. C’est ce double aspect qui fait des prêcheurs du crédit, depuis Law jusque Isaac Pereire, à la fois des charlatans et des prophètes. »

  32. Avatar de Lacrise
    Lacrise

    Finalement ce sont des préoccupations un peu mesquines
    j’ai relu la biographie d’Anna marly récemment, compositrice de la musique du Chant des partisans. Franchement ça ouvre plus l’âme.

  33. Avatar de François Leclerc
    François Leclerc

    Les yeux du public sont désormais ouverts remarque non sans raison Paul Jorion. Son attention a été éveillée et il n’en pense pas moins. Mais que va-t-il pouvoir dire, comment va-t-il se manifester ?

    Il est en effet temps de s’interroger sur « l’après », même si le « pendant » est en cours. Nous entamons désormais une longue montée vers la réunion londonienne d’avril du G20, dans quatre mois, qui va être l’occasion d’une gigantesque opération de communication. De premiers ballons d’essai sur ce qu’il faudrait y annoncer devraient commencer prochainement à « fuiter » dans la presse. L’objectif principal sera de montrer que les responsables ont les choses en main et qu’ils agissent en connaissance de cause. On peut en douter, en tout cas aujourd’hui. On en jugera sur pièce.

    D’autres échéances nous attendent avant, en premier lieu l’adoption du massif plan de relance de l’administration Obama, dont ce que l’on croit en savoir le laisse penser très structuré. Et sans nul doute de nouveaux accidents de parcours, le Trésor américain venant de faire savoir dans deux notes officielles successives de fin d’année qu’il se donnait toute latitude, « au cas par cas », pour sauver les entreprises du secteur de la finance et de l’automobile dont la faillite menacerait l’économie dans son ensemble. C’est l’Etat Fédéral qui va continuer de tenir à bout de bras la finance et l’économie US, et ce pour un temps indéfini. Le reste du monde est prié de se débrouiller de son côté.

    De ce point de vue, le « retour à la normale » n’est pas pour demain, le capitalisme est assisté tel qu’il n’était même pas possible de le concevoir. Son sauvetage est en cours et nous n’en connaissons pas le coût. Il y en aura un.

    Et le public, c’est à dire les gens, vous et moi, nous tous ? Il s’est sans doute fait sa religion, mais elle semble l’inciter plus à la prière qu’à l’action. Quelle traduction va-t-il pouvoir donner à ce qu’il a enregistré ? Ces mouvements profonds de la conscience collective sont parfois long et toujours déroutants. A regarder un peu arrière, c’est vrai, la situation est plutôt à l’ouverture, mais qu’elle soit mise à profit est une autre histoire.

  34. Avatar de Oppossum
    Oppossum

    Mary,

    – Votre exemple du porc voyageur est bien une conséquence de la régulation et de la réglementation : c’est bien parce qu’il est posé quelque part que le jambon de Parme doit bien être fabriqué à Parme, mais que d’autre part, le porc peut provenir d’ailleurs puisque la spécificité de la fabrication tient au savoir faire plus qu’à l’origine de la viande.
    Bon , il s’agit donc de protéger un savoir-faire et le consommateur. ce n’est donc peut-être pas aussi absurde qu’on veut bien le croire.
    Et même su ça l’était (absurde) … ce n’est tout de même pas un catastrophe qui met en danger l’économie , non ?

    – Si vous ne voulez pas comparer la personnalité de telle ou telle personne du clan Bush (que je ne diabolise pas pour autant) et Lamy, concevez tout de même qu’au niveau des patrimoines , la différence est de taille … et qu’on peut penser que Lamy est bien moins interessé et bien plus libre.

    – Si l’OMC est une telle calamité ultra-libérale et dérégulatrice … Comment se fait-il que les USA préfèrent les accord bilatéraux ? Comment se fait-il que les ultra-libéraux n’aiment et critiquent l’OMC … Comment se fait-il donc que les pays pauvres ou PVD souhaitent y adhérer (ce ne sont pas les USA qui vont les y pousser !) .
    D’aileurs derrière Lamy , c’est toute la gauche socialiste qui serait subitement convertie aux vertus ultra-libérales de l’OMC ? Je sais bien qu’ils ont intégré , nos socialistes bon tein, l’église de l’argent facile et magique , mais j’ai de la peine à croire à un tel aveuglement ou revirement de leur part.

    Ceci étant, si votre généreuse idée de fond est qu’on exploite forcément au travers de l’échange économique, les Pays en Voie de Developpement , je n’ai pas les moyens de vraiment discuter avec vous parce que lorsqu’on commerce avec un pays pauvre, on ne sait pas ce que c’est qu’un prix juste.
    Probablement le prix à partir duquel non seulement ils arrivent à vivre selon leur dignité mais aussi celui à partir duquel ils arrivent à se devolopper ? Nous pourrions être d’accord sur ce point , sauf que certains pays ne se developpent pas pour des raisons internes et surtout parce qu’on a tellement désorganisé leur société et leur économie que tout décollage économique devient un effort trop considérable.

    Le problème n’est donc fondamentalement pas le prix, mais l’échange excessif qui les détruit. Et cet échange démoniaque et structurellement mortifère c’est bien notre société basée sur l’idée que le bonheur c’est la consommation boulimique de biens et services , qui l’ a généré, soutenue par l’idéologie productiviste ET distributive.

    C’est pourquoi je pense qu’un protectionnisme négocié serait restructurateur des sociétés, actuellement. Evidemment il en résultera une baisse de nos niveau de vie, en quantitatif , du moins. Protectionnisme négocié et progressif … sinon on risque de faire mourir dans un premier temps, ceux qui ne survivent -précisemment- que grâce à l’exploitation , au fil de leur bol de riz quotidien.

  35. Avatar de A.
    A.

    @ François Leclerc

    Ce qui est désespérant, c’est qu’il est fort possible que rien ne change en profondeur.
    Je prends un exemple que je connais car je le subis à mon corps défendant : le gouvernement Sarkozy.
    L’opération s’est déroulée de la façon suivante :
    1- les « méchants » sont dénoncés. Pour une fois ce ne sont plus les « fénéants » Rmistes, ce sont des grands patrons
    2- on lance de la poudre aux yeux : le MEDEF (syndicat patronal français) sort un guide éthique concernant la rémunération des patrons. Faire une loi sur ce sujet ? N’y pensons pas
    3- on ne modifie pas le coeur de ce qui constitue l’essence de sa politique : promouvoir les inégalités de revenus en pensant que l’accumulation de richesse au sommet se déversera sur les strates inférieures de la société.
    4- On convoque une réunion à Paris puis à Washington : on brasse de l’air et on ne fait rien si ce n’est que de faire remarquer que le principal parti d’opposition s’embourbe dans des querrelles intestines.
    5- On pique la bonne idée de Brown en la dénaturant. On applique un ridicule plan de relance dont les effets ne se feront sentir que dans un an et dans le montant atteint douloureusement 1,5% du PIB alors qu’il est de 4% au E-U. On espère que les Allemands feront de même, ce qui est loin d’être gagné.
    6- On monte une bonne comm’ en misant sur la connerie des Français pour se faire réélire.

  36. Avatar de François Leclerc
    François Leclerc

    D’après l’agence Bloomberg, la SEC viendrait de découvrir, à la faveur de l’enquête qu’elle mène sur la fraude de Madoff, plusieurs autres pyramides du même type. L’une d’entre elles aurait causé un milliard de dollars de perte à des investisseurs (contre cinquante estimées dans le cas Madoff). L’enquête n’étant pas publique, on ne connaît pas d’autres détails.

    Les enquêteurs s’attendent, d’après l’agence, à ce que d’autres cas soient découverts, au fur et à mesure que les investisseurs, incités par la baisse de la bourse, tentent de récupérer leurs avoirs confiés à des fonds d’investissement.

    Il va être de plus en plus difficile de séparer le bon grain de l’ivraie.

  37. Avatar de Oppossum
    Oppossum

    @ Telga
    Le barbu est tout de même bien flou, même s’il sent que tout n’est pas net ! Et le qualificatif de charlatan à Law montre que le barbu , n’est pas le messie !

    @ madar Michael
    Oui, le lien sur Eberhard Hamer. http://www.horizons-et-debats.ch/31/31_21.htm est vraiment super .
    (Il évite les interprétations type complot-névrotiques , ou plus semi-conspirationnistes , type Larouche -même si elles tiennent plus debout-)

    Mais on débouche sur l’ impasse suivante : la nouvelle monnaie qu’il appelle de ses voeux, formelle, neutre et indépendante à la fois des Etats et de toute Entité Privée, comment , dans sa mise en place pourrait-elle échapper aux rapports de force ?

    Une chose m’intrigue Paul, pourquoi Eberhard Hamer, considère-t-il , l’ ex- Banque fédérale d’Allemagne comme un modèle à suivre (Il dit que la B.C.E actuelle serait une B.F.A. émasculée ) ?

  38. Avatar de Une Ville Un Poème

    Dans ce monde de violence, la poésie doit se partager entre tous…

  39. Avatar de JJJ
    JJJ

    Voilà qui me rappelle l’hypothèse de la pomme pourrie au sein des Services secrets anglais, dans le roman « Tinker, Tailor, Soldier, Spy » (La Taupe) de John Le Carré. L’hypothèse s’avère exacte, et il apparaît que tous ceux qui auraient dû être vigilants savaient ou pressentaient la réalité. Après l’éviction de la « pomme pourrie », les Services furent réduits à peu de chose (dans le roman, comme dans la réalité d’où il est tiré)…

  40. Avatar de benoit
    benoit

    Les « Peuples Premiers » pour sauver la planète ?

    Je soupconne un inconscient culturel commun (…tenants et opposants du « systeme » confondus !), dont il nous serait difficile de nous désintoxiquer.
    Un inconscient collectif hérité qui serait à la racine, à l’origine de la Crise.
    Le mettre à jour : une priorité ?

    Pourquoi la Culture des peuples spoliés par l’Occident n’est-elle pas une source de notre Recherche ?

    Pourquoi ne dialoguons-nous pas avec ces peuples pour renverser notre mode de vivre et penser la vie ?
    Ce mode de « penser » à notre insu : de ressentir, de vouloir des choses et pas d’autres, de « faire sens » de ceci et pas de cela, de « faire projets », qui précisemment, nous a mené là où nous en sommes ?

    C’est à dire à l’échec. Et même au delà, puisque nous mettons en péril la petite planète bleue.

    Penser que la solution à l’échec de notre Civilisation réside dans notre Culture, dans notre seule pensée… Cécité ? Prétention ? Inconscience ? Ethno-centrisme incurable ?

    … Ou infériorité intellectuelle de la race blanche ? Boutade bien sûr… cela n’est pas possible ! 😉

  41. Avatar de Oppossum
    Oppossum

    @ JJJ

    Cela me fait penser à l’affaire du sang contaminé. Beaucoup savaient, des mois avant.

    Et cela m’amène à penser cette chose (que soit même « on sait et qu’on pressent » ), à savoir qu’il existe bien une sorte d’auto censure, également, dans le domaine de l’information -mais de façon encore plus subtile car sans culpabilisation aucune-.

    Attention , car cette « intuition » dérive habituellement dans les théories complotistes, qui en fin de compte, font du tort à la vérité.

    Je dirais même plus (et definitivement) : le point ultime et incandescent , logiquement extrême de la théorie complotiste est de devenir son propre objet , c’ est à dire d’être – à son insu- un des élément sdu Grand Complot , puisqu’elle en arrive à se discréditer elle même, dans son infantilisante et aveugle sur-interprétation ! . Quelle fin grandiose qu’être désintégré par sa propre logique, son propre sens : la théorie complotiste contient sa propre négation. Amen.

  42. Avatar de Oufti
    Oufti

    @ Benoît
    http://www.rtbf.be/info/societe/media/prix-de-journalisme-des-radios-francophones-le-canada-laureat-62234
    9’10 » : « On doit revenir à notre passé, pour voir ce qui a permis à notre société de survivre pendant si longtemps »
    J’ai ce désagréable sentiment aussi (désagréable, car produisant un terrible partage intérieur, entre un ressenti (ment ?) et l’éducation – intégration à la société), dans ma campagne …
    Cette espèce de passéisme (mais ce mot biaise déjà l’idée), est-ce de l’intuition ou de la mélancolie ?

  43. Avatar de benoit
    benoit

    @ Oufti

    Je ne sais pas si c’est de l’intuition ou du bon sens :
    Notre Civilisation ne détruit pas seulement la nature, les ressources et l’espoir en nos coeurs, elle a entrepris de détruire l’immense réservoir de connaissance(s) des Cultures et traditions de Peuples entiers qui ne vivaient pas comme le Blanc.

    1 – Cette richesse est un patrimoine immense à l’intérieur duquel se trouve probablement une partie des solutions aux problèmes actuels et à venir de l’humanité.

    Pour le reste :
    2 – Je ne parviens pas à imaginer que nous puissions nous passer de leur enseignement et de leur contribution imaginative (participation aux instances mondiales, aux centres de recherches, aux brain-storming sociaux, regionaux, nationaux) pour nous en sortir.

    Il suffit d’observer comment le blog patine en matière d’innovation (nouveau paradigme, nouvelle organisation, comment penser le monde autrement ? etc…, etc…) pour comprendre à quel point la contribution des « peuples premiers » et des « sociétés autres » nous sont indispensables.

    Nous avons foutu la merde seuls. Nous ne nous en sortirons pas seuls. Telle est mon intuition.
    Si nous persistons à nous penser les cerveaux de l’Humanité, l’Humanité court à la catastrophe.

    Un peu d’humilité ne nous ferait pas de mal.
    Benoit.

  44. Avatar de Stéphane
    Stéphane

    @Benoit

    Tout à fait d’accord.
    Si on regarde l’Histoire, les grandes civilisations se sont toutes effondrées un jour MALGRES leurs supériorités militaires et technologiques.
    Les historiens choisiront une date pour notre Civilisation. Pour ma part, le début de la fin de la Civilisation de la consommation et du tout jetable à commencer en 08/2007.

    Comme on disait dans le film La haine, le plus dur c’est pas la chute, c’est l’atterrissage. Depuis plusieurs mois, on tombe…
    De la à savoir combien de temps va durer la chute et sur quoi on va tomber, ce sont d’excellentes questions !
    Quel que soit la direction prises ces prochains mois, je pense qu’on n’y verra plus clair fin 2009.

    Stéphane

  45. Avatar de Pierre-Yves D.
    Pierre-Yves D.

    @ opossum

    je ne pense pas que la gauche, ou plutôt ses élites ne savaient pas ce qu’elle faisait dans les années 80, même si, vous avez raison, l’économie des années 80 était moins immatérielle que celle que nous connaissons aujourd’hui. Les élites, issues du PS pour être exact, ont abdiqué tout un pan de l’héritage des valeurs de gauche, ne gardant que les possibilités redistributrices du capitalisme, au lieu de s’interroger sérieusement sur les fondamentaux du nouveau capitalisme ( dit actionnarial ou patrimonial) qui se mettait en place et surtout les conséquences sociales, écologiques qui en résulteraient.

    Dès les années 80 il y eut des voix dissonantes à gauche pour contester l’aggiornamento social-libéral qui fut prit par la gauche de gouvernement. Evidemment ce n’était pas des énarques ni des poids lourds de la politique, si bien qu’il ne furent pas entendus. Une preuve, du fait que cette gauche savait tout de même ce qu’elle faisait, est qu’une sorte de novlangue politico-économique envahit alors tout les discours politiques. Dans les médias il ne fut plus question alors que de « modernisation » agrémenté à toutes les sauces, quand il fallait licencier, liquider les industries, et, très vite délocaliser les productions suite à des « restructurations ». Modernisations, restructurations, toujours présentées comme « nécessaires », évidemment. C’est de cela dont je parlais lorsque je disais que le politique avait abdiqué devant une soit disant nécessité économique, univoque, un peu le pendant capitaliste du matérialisme dialectique marxiste.

    Les Delors, Lamy, Fabius, Attali, Rocard, Minc et quelques autres hommes politiques ou influents — certes peut-être pas toujours pleinement conscients des conséquences à long terme de leurs politiques — ont, dans le contexte de la fin des années 70, inflationniste, de baisse tendancielle des taux de profit, emboité le pas aux anglo-saxons dont les théories néo-libérales étaient devenues la vulgate de l’économie mondialisée. Avec Friedman ils furent acquis à l’orthodoxie monétaire (Paul a très bien montré comment les banques centrales sous prétexte de lutter contre l’inflation luttent en réalité contre les hausses de salaires). Avec Hayek, ils furent acquis à l’idée de destruction créatrice ( rappelez-vous, en 1984, l’émission de télévision emblématique de ce concept, animée par Bernard Tapie « Vive la crise » parainnée par le journal Libération). Avec Williamson ils furent acquis à la théorie des coûts de transaction qui justifiait la concentration des entreprises, leur délocalisation et, en bout de chaîne la mise en concurrence des sous-traitants. Avec Rawls, ils intégraient la notion d’équité, délaissant quelque peu l’égalité. (Minc écrivit tout un livre sur le thème). Je ne dis pas qu’ils avaient tous lu ces auteurs, ni étaient tous des convertis, mais, en tous cas, leurs idées circulaient alors largement dans les cercles intellectuels, à un moment où le kéynésianisme, pour diverses raisons, bonnes et mauvaises, connaissait quelques difficultés.

    Je n’invente rien, tout cela est connu. Je ne vois aucune malignité dans cette aggiornamento capitaliste. Le rapport de forces sociales était devenu défavorable aux travailleurs du fait du mouvement puissant de financiarisation de l’économie mondiale amorcée par les anglo-saxons, en l’occurence les USA et la le Royaume Uni.
    Une certaine gauche, technocratique, sans doute alors à court d’idées de rechange, mais aussi parce qu’elle avait des intérêts communs avec la bourgeoisie, préféra en effete, comme vous le dites très bien, la facilité. Aux idéaux d’émancipation sociale fut préféré le traitement social des méfaits du capitalisme. Au niveau européen, on épousa franchement les principes libéraux, faisant de l’Union l’organisation la plus favorable au libre-échangisme et le plus encline à lutter contre les distorsions des marchés, jusqu’à mettre en péril nos industries et à prôner l’abandon d’une certaine souveraineté alimentaire, sacrifiant la vie rurale et l’écologie des campagnes (les terres agricoles françaises sont ainsi parmi les plus polluées du monde) pour une industrie mercantile de l’alimentaire.

    Bref, au niveau macro-économique, dans la tripartition investisseurs-entrepreneurs-salariés, un choix fut fait, celui de favoriser une économie beaucoup plus avantageuse pour les investisseurs, à charge, ce que vous rappelez d’aileurs, de redistribuer ensuite une partie des profits générés par la mutation du capitalisme. Et par n’importe quels investisseurs : les investisseurs court-termistes. Dès lors que le marché des capitaux devenait hors de contrôle des états ou d’une forte instance régulatrice. C’est exact que les Etats-Unis n’étaient pas d’authentiques libéraux, au sens classique du terme, c’est bien pourquoi j’ai mentionné le néo-libéralisme, lequel réunit, dans des proportions diverses, les « pensées » des auteurs que j’ai cité plus haut. L’Etat US a toujours été interventionniste, y compris sous Reagan, mais cet interventionnisme ne visait pas à renforcer les droits des travailleurs, ni à augmenter les salaires de base, mais bien plutôt à subventionner, par exemple, les gros céréaliers. Cet interventionnisme faussait la concurrence, principe cardinal de l’économie libérale, mais cela aboutissait, de fait, à rendre la concurrence entre les systèmes économiques et sociaux des Etats-nations, encore plus féroce. Pas vraiment un interventionisme d’esprit keynésien. Rappelons que Keynes ne detestait rien moins que les rentes de situtation. Le néo-libéralisme est une économie de la prédation, de l’accaparement des richesses, au prix de la destruction des ressources naturelles. Ce type d’économie a ajourd’hui sérieusemente du plomb dans l’aile, mais le modèle n’a pas encore été abandonné. Aucun mécanisme régulateur n’a encore été mis en place.

    Je ne suis pas pour autant un nostalgique des trente glorieuses, lesquelles n’eurent pas que des cotés positifs. Ce fut ainsi l’èpoque où l’on croyait fermement à la technocratie, à la planification, version capitaliste. Un Mac Namara, secrétaire à la défense de l’administration Kennedy, à l’aide de super calculateurs, alla jusqu’à calculer les retombées économiques de chacune des bombes qui étaient larguées sur le Vietnam. Plus généralement, un néo-colonialisme fournissait les matières premières bon marché dont avaient besoin des industries du nord.

    IL faut bien sur des idées neuves pour avancer, mais je ne crois pas inutile de faire l’inventaire des erreurs et errances passées, sans quoi nous restons dans le flou de la pensée, ou plus grave encore, dans le non dit, y compris à gauche.

  46. Avatar de 2Casa
    2Casa

    @ Pierre Yves D.

    Bonsoir et Merci !

    Mais pourriez-vous préciser pourquoi la notion d’équité est pour vous problématique ?

    Faut-il le lier avec l’abandon de la notion d’égalité (arithmétique) au profit d’une correction des méfaits du capitalisme (égalité géométrique) ?

    En quoi cela est-il un problème ?

    (Sinon peut-être à le lier avec ce que disait M. Jorion sur les inégalités. Certaines méritant sûrement d’être éradiquées, d’autres, hélas, ne pouvant être que compensées. Quelles sont celles, enfin, que nous pouvons tolérer ?)

    Merci pour ce texte.

  47. Avatar de 2Casa
    2Casa

    Bonjour,

    Je ne sais pas pourquoi, mais il me semble que l’attachement à « l’égalité stricte » par exemple dans le domaine de l’éducation est le fait de certains républicains, peut-être bien intentionnés, mais qui manquent leur objectif : irréaliste. Ou une manipulation destinée à préserver les privilèges de caste. (Voir les statistiques sur les cursus en fonction des CSP)

    Ne pas confondre les domaines (les champs ?) certains vont exiger cette égalité stricte (arithmétique) : politique par exemple.

    D’autres nécessiteront des corrections, des aménagements : économie par exemple.

    Education aussi, ce, à l’inverse de ce qui se passe aujourd’hui : affaiblissement du service public et dégrèvements fiscaux pour ceux qui ne sont pas que captifs et bien entendu paient des impôts. Déjà le « petit lycée » entre soi pour les CSP supérieures, le CESU pour les classes moyennes, l’accompagnement éducatif (sic) pour les autres ! L’égalité dans ce domaine ne profite toujours qu’aux mêmes.

    Aussi, sinon à percevoir l’équité comme un « coin » enfoncé dans un principe qui n’est pas transposable à tous les domaines, je ne comprends pas bien où est le problème.

    Bien amicalement

  48. Avatar de Jean Christophe Bataille
    Jean Christophe Bataille

    Vous donnez pour certains beaucoup de compétence économique aux journalistes et aux hommes politiques. La réalité est qu’ils n’ont rien vu venir parce qu’ils n’y comprennent rien. Le monde de la finance a été livré à lui-même et même au sein de ce monde beaucoup ont multiplié les leviers de crédit sans en comprendre les conséquences. D’ailleurs si le gotha de la finance avait été plus lucide les marchés ne seraient pas monté si haut. D’ou l’intéret d’un organisme régulateur du monde financier équivalent de l’OMC pour le commerce, comme le réclame Sarkozy. Evitons de mettre Strauss Khan a sa tête car il déclarait mi 2008 : « le pire est derrière nous » …

  49. Avatar de 2Casa
    2Casa

    Encore une remarque : Equité et égalité comme différence entre but et idéal. Ce que l’on peut atteindre et ce que l’on vise, en somme.

  50. Avatar de Di Girolamo
    Di Girolamo

    Ce qui a déjà été perdu sans retour en arrière possible:

    Une grande partie des ressources planétaires.

    Ce qui risque d’être bientôt perdu sans retour en arrière possible :

    Le reste de ces ressources

    Ce qui est stupide :

    Se préoccuper d’autres choses.

    (Voir les ajouts récents du site de Jean Marc Jancovici http://www.manicore.com/index.html )

  51. Avatar de leduc
    leduc

    On a toujours un temps de décalage. Lorsque certaines idées réussissent à percer dans les masses, il y a toujours un gros retard. Toujours trop tard à mon avis, et encore ce qui arrive à percer est toujours une version édulcorée à l’usage des masses et des médias de masses, de la vulgarisation dans tous les sens du terme.
    Certains d’entre nous savent déjà plus ou moins clairement ce qu’il va se passer au printemps, puis au début de l’été et les trimestres suivants, mais comme d’habitude les élites, les leaders, les dirigeants et biensur les masses populaires sont totalement inconsciente ou alors hermétiques à ces prévisions. Lorsqu’ils prendront conscience de l’inévitable, ce sera sous la pression des évènements et l’inéluctable aspect de ce qui est fait, accompli, réalisé.

    Si seulement pour changer on pouvait anticiper et parer au lieu d’attendre passivement et d’acquiescer ensuite lorsque le mal est fait.
    Enfin, c’est un trait de notre époque, scientifique, matérialiste, positiviste, qui ne prend en compte que les faits et observations établies, lorsque ce qui est fait ne peut plus être défait, triste époque….

  52. Avatar de Nikademus
    Nikademus

    On recommande aux rois, aux hommes d’Etat, aux peuples de s’instruire principalement par l’expérience de l’histoire. Mais l’expérience et l’histoire nous enseignent que peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire, qu’ils n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on aurait pu en tirer. Chaque époque, chaque peuple se trouve dans des conditions si particulières, que c’est seulement en fonction de cette situation unique qu’il doit se décider: les grands caractères sont précisément ceux qui, chaque fois, ont trouvé la solution appropriée. Dans le tumulte des événements du monde, une maxime générale est d’aussi peu de secours que le souvenir des situations analogues qui ont pu se produire dans le passé, car un pâle souvenir est sans force dans la tempête qui souffle sur le présent; il n’a aucun pouvoir sur le monde libre et vivant de l’actualité.

    Hegel, La raison dans l’histoire. Introduction aux leçons sur la philosophie de l’histoire

  53. Avatar de mat49
    mat49

    Ce que la Finance m’a appris, c’est de résonner comme elle 😉
    Nous avons eu successivement, une bulle des technos (fin en 2000), une bulle immo (la plus grosse bulle du crédit) (fin en 2006) chevauchée par une spéculation à grande échelle sur les matières premières, (fin été 2008).
    Là, les banques centrales et les états donnent de l’argent gratuit, tout en assurant n’importe quel titre pourri. Question, quelle est la prochain lieu ou s’exercera cette chaîne de Ponzi lié à cet argent gratuit à pertes non sanctionnées?
    Mon petit doigt me dit…que ce seront les actions dans leur globalité qui seront visées, l’objectif étant de faire dégazer le cash présent chez ceux détenteurs de placements sûrs (A.V, bons du trésor aux rendements faiblards…) Vu les sommes allouées, une action au jour le jour sur 6 mois-1 an ne me semble pas impossible….
    Irréaliste????

  54. Avatar de oppossum
    oppossum

    @ Pierre-Yves
    Oui, d’accord avec vous pour l’essentiel.

    Personnellement je ne reproche pas à la gauche d’avoir accepté quelques principes, pour moi de bon sens, concernant le marché par exemple (même si l’idée d’une planification dans l’impulsion ne m’a jamais heurté) , je leur reproche d’avoir , ce faisant, perdu des notions élémentaires de bon sens et d’avoir gaiement accompagné et encouragé la société dans toutes les démagogies faciles.

    Au fond , mon reproche essentiel est que cette gauche se soit situé au même niveau purement matérialiste du système , qui consiste à penser que le bonheur passe nécéssairement par la consommation et le soi-disant temps libre (qui n’est que le temps qu’on nous laisse pour consommer et pour programmer des désirs inutiles de consommation) -Ce qui ne veut pas dire qu’il faille renoncer aux luttes sociales naturelles-
    Et la gauche plus ‘rouge, celle qui a refusé l’ « aggiornamento » libéral, est victime de la même croyance sauf que pour eux ce n’est plus le marché et le libre-échange qui doit-être à la source de cette consommation, mais l’Etat tout puissant, bienfaisant et protecteur (N’ouvrez pas vos livres d’histoire)

    Bon mais je m’emballe …

    En ce qui concerne les 30 glorieuses , je ne suis pas aussi négatif que vous : j’ai même un fond de sympathie pour cet enthousiasme où l’on savait se donner de la peine pour avoir son plaisir et prendre le temps de goûter aux choses même en travaillant plus de 35 h. Tout en sachant que c’est durant cette période que ce sont mis en place les mécanismes, les mythologies et les mentalités qui nous ont gouvernés … ces 30 dernières années.

    Il y a un devoir de résistance au système, à l’argent, au pouvoir mais aussi à la facilité , à la démagogie, à la perte de sens, à la critique systématique.

    Pour revenir au thème de Paul « ce qui a été gagné sans retour en arrière posssible » … je suis assez d’accord avec 2 réserves … :

    -> ne soyons pas naïfs, les puissances de l’argent (sans diaboliser les choses) , sont aussi en train de mettre de place des gardes-fou, ou peut être même de laisser aller le système vers l’etat d’implosion qui leur permettra de conserver un maximum de pouvoir sur le cours des choses. Et il y a des beaucoup d’options qui peuvent permettre ce scénario … qu’on découvrira un peu plus tard.

    -> Et si, peut-être, nous avions là l’occasion d’améliorer un peu le système sur quelques points importants, il faut espérer que les énergies qui vont être libérées par le retrait programmé des USA dans le reste du monde, seront synchrones et de même nature que les nôtres, sinon ça va être le bazar avant qu’on ait pu mettre quoique ce soit en place.

    C’est à dire qu’au fond , je pense que le « cerveau collectif » de Paul doit être lucide , sans quoi on verse, soit dans la cucuterie bien-pensante consensuelle ou bien dans l’aveuglement. (Ok c’est un peu bateau comme remarque , subjectif et peu opérationnel. Et puis c’est pas facile.)

    Bon , j’ai eu beaucoup de plaisir à dialoguer avec quelques uns d’entre vous, même pour dire des conneries -merci-!
    Et sur un blog de qualité, de qualité lalala-la, lalala-la – lalalalaaa – lalalala !

  55. Avatar de Pierre-Yves D.
    Pierre-Yves D.

    @ 2Casa

    Lorsque je mets en parallèle égalité et équité, c’est pour noter que certains faiseurs d’opinion, dits de gauche, s’emploient à connoter péjorativement l’égalité pour lui substituer la notion d’équité. Alain Minc, économiste médiatique, influent homme d’affaires, qui voit alors dans la société française de l’égalitarisme, introduit la notion d’équité pour justifier les principes de l’économie néo-libérale dans la société française, et en premier lieu au sein des élites auxquelles il fournit de nouvelles justifications à leur domination économique et sociale. Il ne faut donc pas confondre égalité et égalitarisme, ce que précisément tendent à confondre les « modernisateurs » de la gauche française.

    La société politique française issue du compromis social pensé à l’origine dans le Programme du Conseil national de la résistance, n’a jamais prôné un égalitarisme arithmétique. Par contre, la valeur d’égalité inscrite au fronton de nos mairies, a clairement été son idéal et pour le réaliser, l’action collective fut mise en avant. L’économie est pleinement assumée dans sa dimension politique et constructive. Il n’est pas question pour moi ici d’examiner dans les détails la teneur exacte de la théorie rawlsienne de la justice, de dire comment Minc lui est fidèle, mais de noter simplement qu’il en fait un usage idéologique. Minc identifie un égalitarisme structurel français là où en réalité il n’y a que le résultat de rapports de force fluctuants, rarement à l’avantage des travailleurs. Dans son rapport « La France de l’an 2000″ , paru en 1994, Minc écrit : » La France est à la recherche d’un compromis qui se substituera à celui des années de forte croissance. La Commission souhaite qu’il soit fondé sur le principe d’équité, par opposition à l’aspiration égalitaire qui a bercé toute l’histoire sociale d’après-guerre. » Comme si « l’aspiration égalitaire » avait fait de notre pays une commune populaire ! C’est une analyse bien optimiste de l’évolution de la société française. Certes le sort de la classe ouvrière s’est amérliorée pendant les trente glorieuses, mais il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat !

    La théorie de la justice de Rawls introduit la notion d’équité conçue à partir d’un « principe de différence », auquel doit répondre une égalité équitable des chances qui se réalise dès lors que les plus avantagés sont motivés pour contribuer à l’élévation du niveau de vie des moins avantagés. Certains commentateurs objectenteront que ce principe peut très bien justifier de très grandes inégalités puisque les plus avantagés n’auraient qu’à simplement souhaiter l’amélioration de leur propre bien être matériel pour que les moins avantagés en bénéficient, peu importerait en somme que le niveau d’amélioration de la base fût minime. Minc prolonge cette idée et enfonce le clou en subordonant nettement la justice sociale à l’économie, jetant par dessus bord l’égalité que retenait encore Rawls. La cible de Minc c’est évidemment l’économie politique lorsqu’il pourfend l’Etat providence.

  56. Avatar de Alain
    Alain

    -« …Ce qui a déjà été gagné sans retour en arrière possible, c’est que ses yeux resteront ouverts. »

    Voilà une année qui s’achève, et avec elle, mes dernières illusions sur le système. Je ne sais pas, si les yeux resteront ouverts, et si même les yeux se sont ouverts. Les miens étaient mi-clos, et ils sont clos aujourd’hui.
    J’ai toujours exercé mon activité professionnelle dans la finance. Dans la banque dite classique, banque de dépôt, puis dans une banque d’affaires, et depuis plus de 15 ans dans l’univers de la gestion de patrimoine.
    On me dit avisé, et mes clients apprécient mes conseils. Suis-je réellement avisé ? Non, bien évidemment, en tout cas moi je le sais.
    Alors pourquoi cette aveuglement ?
    J’ai rencontré tous types de comportements face à l’argent. Tous ont un point commun: un désir d’achilmie, de transmutation du plomb en or.
    Même les plus méfiants, les plus sécuritaires, veulent voir un jour leur plomb se transformait en or.
    Parmi nous, ceux qui veulent croire gentiment aux promesses les plus folles sont les plus nombreux, reste quelques individus, qui ont décidé que le plomb se transformerait en or, pour eux et uniquement pour eux.
    « La fin justifie les moyens », mentir, falsifier, tricher, voler, rien ne les arrête.
    Comme le doute ne les habite plus depuis longtemps, ils se sont accaparés de toutes les mannettes de contrôle. Ils contrôlent tout. Ils théorisent, ils jouent les gourus, ils mentent en permanence.
    Peut-être voulez vous un exemple ?
    Regardez qui est à la tête du Trésor américain . Croyez vous sérieusement un seul instant que ce M. Paulson est impartial ? Vous pensez sérieusement qu’on peut empocher 500 millions de dollars grâce à son travail ? Peut être etes vous passionné d’alchimie ?
    De ce côté ci de l’Atlantique nous avons, nous aussi, ces mêmes falsificateurs. Je me garderai bien de citer des noms…
    Comme je connais aussi un peu, l’Asie, je peux vous dire que là bas c’est plus simple, pas besoin de professer quoique ce soi d’autre que le karma. Ainsi, la bas ,les mêmes falsificateurs s’en donnent à coeur joie, dans un univers rempli d’yeux fermés.
    Je voudrais, moi aussi, croire que les yeux s’ouvent et qu’ils resteront ouverts. Je crains que la vue de réalité soit par trop éblouissante pour être soutenue trés logntemps.
    Jusqu’à présent l’Expérience m’a montré qu’au delà de cinq années bien des yeux se refermaient.

  57. Avatar de antoine
    antoine

    Sur Rawls:
    Ce n’est pas là une interprétation correcte. C’est déjà une version sérieusement édulcorée.

    1/
    Le principe de différence dit seulement qu’entre deux sociétés A et B il faut choisir, si l’on est équitable (Rawls rattache l’idée d’équité à celle d’impartialité et de désintérêt mutuel, pour des raisons trop compliquées à développer ici), celle qui maximise le sort des plus démunis. Le coeur est la COMPARAISON.
    Par ex, entre une société A ou tout le monde à 1,9 et
    une société B ou chaque groupe a 5 sauf un groupe qui aurait 2 il faudrait choisir la deuxième.
    Mais ce n’est pas tout!!! Si jamais un groupe (pas nécessairement le plus favorisé d’ailleurs) pourrait avoir moins sans que le sort des plus défavorisé en soit affecté il convient de lui accorder moins (car une partie de ce qu’il gagne n’est plus justifiable!!!). Les inégalités ne sont pas intrinsèquement inacceptables, mais elles le deviennent dès lors qu’elles ne sont plus à l’avantage des plus défavorisés. Donc il a des chances pour qu’il existe une société C préférable à A et à B.

    2/
    Le principe de différence ne porte pas sur les revenus. Mais sur des « biens premiers », matériels ET immatériels. Parmi lesquels on peut compter la santé, le temps, l’estime de soi (ce dernier point explique en partie pourquoi le principe de différence pourrait conduire à préférer une société une tout le monde a 1,9 à une société ou le plus démuni a 2 alors que tous les autres ont 8)…

    3/ Le principe de différence n’est que secondaire. Il n’est réalisable que quand les deux autres principes QUI ONT PRIORITE sur lui sont réalisés. Et pas avant!!
    Ces principes sont ceux d’égalité des chances et d’égale liberté qui ont tous deux, poussés jusqu’au bout, ont des implications fortement égalitaires. Qu’on songe à tout ce qu’il faut mettre en place pour garantir ces deux points!
    En particulier la priorité du principe d’égalité équitable des chances permet de justifier certaines pratiques d’affirmative action (« discrimination » positive).

    Ceci dit il y a des tas de versions de l’égalité des chances. Les deux plus radicales sont la « brute luck view » de Dworkin et la version rawlsienne. Chacune est lourde d’implications pratiques distinctes, mais qui se tiennent toutes les deux. Il y a aussi celle, à part, qui relève de la théorie de l’égalité complexe d’un M. Walzer.

    4/ Rawls estime que le capitalisme (comme le marxisme) est incompatible avec sa théorie de la démocratie. De même que l’Etat Providence qui y est adossé (qui se contente de corriger les injustices ex post ante, ce qui est inacceptable puisque la condition de possibilité de l’Etat-Providence est donc que l’organisation de la coopération sociale soit inique, non conformes aux requisit des principes de justice). La tâche de l’Etat n’est pas de corriger des inégalités mais de garantir le maintien de ce qu’il appelle logiquement « la justice procédurale pure du contexte social » de sorte qu’il n’y aiat rien à corriger.

    Bref, non seulement le principe de différence est la plupart du temps mal interprêté (typiquement les interprétations d’Harsanyi ou d’A Sen: quand on n’en fait pas un principe de décision dans des conditions d’incertitude on en fait un analogon du principe d’utilité cher aux économistes). Mais en plus de ça on oublie qu’il se tient dans un contexte normatif ou il n’est absolument pas central ou prioritaire.

    A cela il faudrait ajouter:
    1/ Que l’on est encore dans le cadre de la « théorie idéale ». La hiérarchie lexicographique des principes est plus souple dans un contexte tel que le nôtre.
    2/ Qu’il faudrait aussi prendre en compte tout ce qui relève du « contractualisme du gouvernement », qui impose aussi des limites à ce que les agents peuvent faire. Il s’agit de la partie consacrée à la « déduction des devoirs naturels », systématiquement absente des commentaires en général.
    3/ Les principes ne sont pas aussi important que cela. Tout aussi importants sont la caractérisation de « l’idéal de la coopération sociale » (entre CITOYENS également libres et égaux) et nos « intuitions » sur la justice.
    (Le jeu est tripolaire. La PO réalise seulement l’accord entre un « idéal » et des « principes ». Le reste de TJ s’occupe de garantir l’accord entre ces « principes » et nos « intuitions morales ». La postition originelle n’est nullement un dispositif central. On peut très bien s’en passer.)

    Bref, Rawls est par de nombreux aspects très proche d’Aristote et de la tradition républicaine. Les implications de son libéralisme politique (une théorie radicale de la démocratie, pensée pour ne laisser « aucune excuse ») sont fortement égalitaires. A moins de le défigurer complètement, je ne vois pas comment on peut le rattacher aux idées d’un A. Minc. Ou alors si, de la même façon qu’on peut le rattacher la grandeur d’un Leo Strauss à la petitesse de vue des neo-conservateurs. Ceci dit, il y a des « rawlsiens de gauche » et des « rawlsiens de droite », qui essaient en général de tirer la couverture de leur côté.

  58. Avatar de 2Casa
    2Casa

    @ Antoine

    Merci pour ces précisions.

  59. Avatar de antoine
    antoine

    😉

  60. Avatar de Pierre-Yves D.
    Pierre-Yves D.

    @ Antoine

    Merci pour ces précisions. Je ne suis pas un spécialiste de Rawls.

    J »avais bien précisé que Minc fait de Rawls un usage idéologique, car pour Minc il est clair que l’efficacité économique doit impliquer plus d’inégalités et que cette accroissement des inégalités se justifie. J’ai précisé aussi que Minc reprend une certaine interprétation de Rawls, ce qui supposait qu’il y avait d’autres interprétations possibles. La votre semble de toute évidence plus probante que celle de Minc.

    Votre réflexion concernant l’Etat providence est intéressante. Cela rejoint d’ailleurs ce que je disais à propos du traitement social des méfaits du capitalisme, voie qui a été choisie par la droite comme la gauche à des degrés divers, la gauche de gouvernement s’en faisant comme une spécialité.
    Il serait préférable, en effet, de faire en sorte que les règles du système soient suffisamment justes pour que l’Etat n’ait pas à intervenir a posteriori. Ceci dit, entre la situation actuelle et celle qui prévalait auparavant, celle de l’Etat providence, ma préférence va vers l’Etat providence, car elle est moins mauvaise que celle qui prévaut quand sont appliqués les principes du libéralisme économique qui font dépendre le sort des plus désavantagés des seules lois de l’économie : la somme des intérêts individuels supposée profiter à tous. C’est la fameuse théorie du ruissellement : quand les riches s’enrichissent cela profite à tout le monde. On a vu deux dernières décennies ce qu’il en était réellement : le nombre des riches s’accroit, mais aussi celui des pauvres et des précaires. Vous vous situez sur un plan théorique, mon propos était historique et politique. Quand Minc villipende l’Etat providence ce n’est pas parce qu’il souhaiterait plus de démocratie, pour substituer à l’Etat providence une démocratie qui garantisse une « justice procédurale pure du contexte social », mais bien pour faire l’inverse. Son rapport était d’ailleurs adressé à Edouard Balladur, adepte du libéralisme pur jus.

    Quant à la discrimination positive, même si elle va dans le sens d’une correction des inégalités ex post ante, elle a ses limites.
    Elle implique un principe de justice qui se rapporte à des groupes sociaux définis négativement, et non pas à des individus qui auraient des droits positifs.
    Un principe de justice fondé sur des droits individuels qui incluraient des droits sociaux mobilisables à tous les stades de la vie d’un individu grace à l’existence de dispositifs permettant à tous d’accéder par exemple à la culture, l’éducation, me semble plus équitable. En faisant appel au principe de la discrimination positive on reste dans l’idée de correction (on retrouve alors un analogue de l’Etat providence correcteur) plutôt que de potentiel social accessible et on prend le risque d’introduire un certain nombre d’effets pervers : maintien de la mauvaise estime de soi d’un groupe social, fixation des préjugés sociaux. Obama n’a d’ailleurs pas repris à son compte l’idée de discrimination positive, il s’y oppose même.
    D’autres part, si l’on considère les avatars historiques de la discrimination positive, on observe que celle-ci s’accomode très bien du libéralisme économique et du conservatisme érigés en valeurs dominantes d’une société.
    En corrigeant les inégalités d’individus en petit nombre – parce qu’ils sont estimés méritants – on s’abtient de corriger des inégalités plus grandes. Ainsi accorder des accès préférentiels à certaines écoles élitaires pour certains jeunes de banlieue ne traite pas les causes des difficultés scolaires — ou d’un rejet du système éducatif — de beaucoup de jeunes des banlieues. Réduire le chômage et la précarité serait beaucoup plus efficace. Je ne dis pas que c’est là l’idée de Rawls, mais que pris isolément, la discrimination positive peut avoir les effest inverses à ceux recherchés.

    A. Minc, quant à lui, justifie l’abandon de l’Etat providence précisément au nom de la discrimination positive, au nom d’un principe de différence par lequel sont octroyés des compensations pour corriger les inégalités de chances. Evidemment, Minc isole un principe de Rawls de ses autres principes pour lui faire servir des objectifs inégalitaires. Car il est bien évident que l’introduction d’une discrimination positive (à supposer qu’elle soit effectivement pertinente, ce dont on peut douter) à dose homéopathique, sert surtout à masquer les phénomènes globaux de domination économique et sociale.

    Rawls vaut beaucoup mieux que la présentation hative que j’en ai faite, mais certains points de la théorie de Rawls me semblent encore problématiques, comme par exemple ses principes de justice établis sous le voile de l’ignorance des postitions effectives de chacun. Comme l’a noté Paul Ricoeur la théorie de la justice de Rawls présuppose une vision coopérative de la société, elle nie que les rapports de domination puissent préexister à la coopération rationnelle.
    C’est Rawls lui-même qui a une vision coopérative où des individus rationnels et de coeur sont capables de choisir le meilleur pour tous. Concernant l’Etat providence, vous en avez une vision, me semble-t-il, un peu restrictive. L’Etat providence, ce n’est pas seulement l’Etat distributeur de revenus. L’Etat providence ce sont aussi des politiques économiques et sociales qui visent un bien commun, via par exemple l’impôt progressif : une inégalité de traitement individuel qui profite aux moins avantagés. L’Etat providence ce sont aussi des services publics qui n’obéissent pas à des critères de rentabilité à court terme. L’Etat providence ce peut donc être de l’économie directement au service du social.
    Une troisième objection que je ferais, c’est que Rawls s’attache à la réalisation d’un ordre juridique procédural. Le risque est qu’il encourage une juridicisation de la vie des citoyens là où des politiques feraient tout aussi bien sinon mieux. Nous avons vu récemment ce qu’il en est sous Sarkozy du droit au logement opposable :
    une manoeuvre de diversion. Quand dans le budjet primitif 2009 le financement du logement social se voit attribuer 30 % de crédits en moins, les choses sont claires.

    Ces dernières réflexions vont peut-être vous paraître non représentatives de la pensée de Rawls, si tel est le cas, je suis tout prêt à entendre vos nouvelles précisions.
    Mais, il n’en demeure pas moins que les notions d’équité, de discrimination positive ont bien été reprises de Rawls, le cas échéant, il est vrai, pour leur faire jouer un rôle, que Rawls n’aurait pas lui-même approuvé. Mais vous l’avez sans doute compris je parlais plus de la gauche que de Rawls lui-même. En tous cas, votre commentaire m’incite à aller voir les écrits de Rawls d’un peu plus près.

  61. Avatar de Michel MARTIN

    Bonne année à PJ et à tous les commentateurs de ce blog de très haute volée.
    Je souhaite vivement que PJ progresse dans sa mise en forme de l’interdiction de jouer sur la variation des prix. Pour ma part, je pencherais plutôt pour une régulation, c’est à dire une taxation dégressive des plus values sur ces « jeux d’argent » en fonction du temps où le joueur aurait gardé ses titres. Je ne suis pas totalement convaincu que ces jeux soient totalement nocifs et, intuitivement, il me semble qu’une interdiction radicale conduirait à des effets pervers inattendus.

  62. Avatar de antoine
    antoine

    @ Pierre-Yves.
    Je vais essayer de vous répondre:

    1/ La reflexion sur l’Etat Providence est de Rawls, qui y tenait beaucoup. Bien entendu il ne prétend pas que l’Etat-Providence se réduise à l’aspect redistributif. C’est simplement cet aspect qu’il retient dans son texte pour renvoyer dos à dos les objections des libéraux et des socio-démocrates.
    2/ La question de la discrimination positive est plus complexe. Elle implique une réflexion sur l’égalité équitable des chances, une réflexion sur l’idée de « partage social de la responsabilité » et « d’attentes légitimes », une distinction au sein même de la théorie rawlsienne entre la partie idéale et la partie spéciale de la théorie.
    3/ Ricoeur n’a pas du tout compris Rawls. Il est passé « à côté ».
    4/ La P.O n’est pas centrale du tout même si on peut comprendre pourquoi les premiers interprêtes se sont arrêté là-dessus.
    5/ Il y a 2 Rawls. Celui « du début » et « celui de la fin ». Le contenu des principes est le même. Mais leur justification est très différente, et je crois deviner q’une partie de vos critiques correspond seulement à la première version exposée dans TJ. On comprend Rawls quand on comprend les différentes étapes du passage de l’un à l’autre (ceux qui préfèrent le premier Rawls, essentiellement sont plus nombreux, mais ils ont tort de mon point de vue). En gros, on comprend bien l’essentiel de Rawls quand on comprend comment la prise en compte d’un problème que les économistes appellent la « compatibilité des incitations » (qui menaçait la stabilité de la partie idéale de la théorie, mais ce n’était franchement qu’un DETAIL. Personne ne s’en serait aperçu!!!) le conduit progressivement à une redéfinition radicale de sa conception de « l’objectivité pratique » (qui devient constructiviste dans un sens anti-kantien), et à revoir sa stratégie argumentative contre différents courants (essentiellement l’utilitarisme de la welfare economics).
    6/ Rawls est très proche de la pensée classique (le dernier auteur « classique » après Rousseau et L. Strauss). Pour lui au fond les DEVOIRS sont premiers. Les droits ne sont jamais que leur corolaire. L’idée que les individus aient des droits positifs du seul fait de leur existence est une idée séduisante mais au fond dangereuse, injustifiable du point de vue de l’idéal démocratique de la raison publique (elle ne peut s’appuyer que sur une variante séclarisée ou pas de la théorie du droit naturel thomiste, c’est à dire sur une « doctrine morale compréhensive ou englobante »), et qui surtout condamne ceux qui la défendent à accorder TROP PEU!

    En fait ce qui est intéressant chez Rawls c’est sa manière de poser les problèmes, la façon dont la théorie peut servir de guide. Il ne faut pas attendre TROP d’une théorie politique et savoir rester modeste. Si elle nous permet d’y voir plus clair, si elle nous aide à nous repérer un peu mieux sur le plan normatif, c’est déjà un grand pas. En tout cas c’est un bel exemple de la beauté que peut atteindre une théorie morale (pour ceux qui sont sensibles à ce genre de chose). Ensuite viennent des tas de problèmes: internes comme celui de la « covariabilité » des biens premiers, o externes comme des problèmes d’application, d’extension de la théorie à des questions de politique publique (par exemple les droits des handicapés, l’épargne entre générations), mais aussi à d’autres disciplines (économie, psychologie sociale, sociologie, droit constitutionnel)… Tout ceci n’est plus le fait de J. Rawls. Par ailleurs dès lors qu’il s’agit de CREER des modes de coopération sociale nouveaux (banque Wir), Rawls est beaucoup moins utile (à moins d’essayer de le compléter par une théorie de la responsabilité politique, ce que je fais dans mon coin pour occuper mon temps libre de chômeur ^^’).

    Aujourd’hui, pour faire l’état de l’art, tout ce qui est produit sur le plan de la pensée politique est développé à l’intérieur du « cadre » dessiné par Rawls, un obscur professeur de Harvard qui n’avait quasiment rien publié avant l’âge de 70 ans. Ceux qui ne le font pas sont tenus de justifier les raisons pour lesquelles il ne le font pas, sans quoi ils se savent exposés à des objections dévastatrices déjà formulées, tant l’argumentation de Rawls est contraignante et rigoureuse (Nozick Walzer Dworkin Taylor Gauthier Sen Harsanyi Roemer Habermas Pocock …). De fait ils n’ont pas vraiment le choix. Et cette position dominante a donné naissance à un renouveau de la philosophie politique que l’on compare – à juste titre- à ce qui s’est produit à l’époque des Lumières. Les français n’ont que 30 ans de retard sur leurs voisins allemands, belges, italiens, et anglo-saxons.
    Peut-on étendre/amender Rawls dans un projet de constitution pour l’économie (qui a nécessairement comme prémisse une certaine conception de ce en quoi consiste la justice sociale et qui donc à un moment ou à un autre se heurtera éventuellement à des critiques d’inspiration rawlsienne dures)?

    Ce qui me frappe c’est que lors de la Révolution française ces idées avaient pénétré le corps social (même si ce n’est que de manière superficielle). Là le gouffre est énorme, bien pire qu’entre les sciences de la nature et le savoir ordinaire du citoyen lambda. Des conceptions de la justice sociale il y en a facile une douzaine. Ce qui laisse de la place à une douzaine de partis concurrents. Au lieu de ça on se tape encore du « sous-Marx », du « sous-Smith/ Hayek » et du « sous-Rousseau » et RIEN n’est repris de manière constructive par AUCUN des partis en présence.

Contact

Contactez Paul Jorion

Commentaires récents

  1. « TRUMP effect », suite… ‘MDP ce soir’ : Décret présidentiel 14203 : l’instrumentalisation du système financier Contrairement aux sanctions antérieures qui…

Articles récents

Catégories

Archives

Tags

Allemagne Aristote BCE Bourse Brexit capitalisme ChatGPT Chine Coronavirus Covid-19 dette dette publique Donald Trump Emmanuel Macron Espagne Etats-Unis Europe extinction du genre humain FMI France Grands Modèles de Langage Grèce intelligence artificielle interdiction des paris sur les fluctuations de prix Italie Japon Joe Biden John Maynard Keynes Karl Marx LLM pandémie Portugal psychanalyse robotisation Royaume-Uni Russie réchauffement climatique Réfugiés Singularité spéculation Thomas Piketty Ukraine Vladimir Poutine zone euro « Le dernier qui s'en va éteint la lumière »

Meta