Le protectionnisme

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Comme vous avez pu le voir, on me somme de me prononcer plus clairement sur le protectionnisme. Certains ont cessé de se satisfaire de mon laconique « je ne suis pas pour » et voudraient bien que j’en dise davantage. D’autant que pratiquement tous ceux qui défendent des positions proches des miennes, Gréau, Lordon, Todd, se prononcent pour une certaine forme de protectionnisme.

Mon manque d’enthousiasme pour le protectionnisme est de la même nature que mon manque d’enthousiasme pour la fiscalité progressive : ce sont des mesures correctrices post hoc. Comme on n’a pas pu empêcher qu’un problème sérieux se pose, on arrive après la bataille et on s’efforce alors de minimiser ses conséquences négatives. C’est, de manière très typique, ce que j’appellerais « traiter les problèmes en aval ».

Pourquoi est-ce que vous ne m’avez jamais vu émettre la moindre opinion sur la taxe Tobin ou sur toute taxe sur les opérations financières ? Parce ce qu’il s’agit là aussi d’une mesure en aval et que dans ce cas-ci, j’ai proposé une mesure « en amont », l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix, qui règle les problèmes avant même qu’ils ne se posent : avec cette interdiction, les produits financiers qu’une taxe de type Tobin vise à décourager n’existent plus et ceux qui existent toujours sont bénéfiques et il n’y a aucune raison de les décourager, bien au contraire.

Oui, je sais, il y en aura toujours un pour dire « interdiction = Staline », j’ai lu ça ici parmi vos commentaires, et je suis sûr que quand Moïse est descendu du Mont tenant les tables d’airain, il y en a eu au moins un parmi la foule des adorateurs du Veau d’Or pour s’écrier : « Staline ! » ou l’équivalent de l’époque. Tout système moral contient des interdits et à ceux qui défendent l’idée que la finance, voire l’économie en général, sont « amorales » et n’ont que faire de la morale, j’ai déjà eu l’occasion de répondre que cette extraterritorialité par rapport à la morale n’a que beaucoup trop duré et que l’homo oeconomicus est un dangereux sociopathe qu’il convient de mettre hors d’état de nuire sans tarder.

Je ne sais pas quelle mesure en amont préviendrait les effets que le protectionnisme s’efforce de corriger après la bataille, et je demande au cerveau collectif de se pencher sur la question ; je le lui demande poliment : je ne le « somme » pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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194 réflexions sur « Le protectionnisme »

  1. @ Paul,

    Vous parlez de morale, mais de quelle morale s’agit-il ? Celle des philosophes, celle des religieux et laquelle ? Peut-on parler d’une morale universelle ou y a-t-il plusieurs morales, voire une pour chaque individu ? Par delà bien et mal…

    1. Vous parlez de morale, mais de quelle morale s’agit-il ? Celle des philosophes, celle des religieux et laquelle ?

      Aïe ! ça me rappelle un samedi matin récent : « Vous parlez de spéculation, mais de quelle spéculation s’agit-il ? Celle des philosophes, celle des religieux … ? »

    2. Ne commencez pas à m’embrouiller svp 🙂

      Il y a la morale de type Kantienne, ou de celle de Robespierre (ma liberté s’arrête ou commence celle d’autrui) et l’autre morale, Stirnérienne (Schopenhauer, Darwin, Nietzsche…) strictement égoiste qui ne considère que le soi, son propre intérêt plus ou moins instantané. Les existentialistes s’inscrivent dans ce second courant, adouci par l’obligation d’être gentil, en gros… Sartre n’a jamais pu écrire son traité de morale existentialiste, suite à « l’être et le néant » … Comme disait mon prof Marshal, exégète de Leo Strauss, après Nietzsche se repose la question des limites (puisqu’il les dépasse).

      Il y a sans doute plusieurs morales possibles selon les situations, privé/public, cependant, concernant l’espace public il n’existe qu’une seule morale, celle qui tient compte d’autrui. Sinon c’est Hobbes avant le pacte social. La civilisation est synonyme de droit, de destin commun et donc d’abstraction de soi. Les grecs comme Freud avaient envisagé des contradictions à ce niveau, entre les aspirations individuelles et obligations envers la cité;

      Hm, dans une excellente interprétation de Don Giovanni, j’ai entendu récemment :

      Leporello répondre, lorsqu’on lui dit qu’il n’est pas dans un bistro (mais chez les initiés…) ,

      Es ist kein Wirtshaus hier !

      réponse : Noch nich, – pas encore !

      Tout peut changer, rien n’est définitif…

    3. Un billet très précis.

      Et là où PJ fait du bien à nos neurones c’est quand il parle de morale ouvertement et simplement. Et il va falloir réapprendre à nous poser la question de quelle morale ( et je ne dis pas « leur morale et la nôtre » ) car la morale n’appartient pas à un corps social particulier. Ceci dit la réflexion est à peine débutée et c’est déjà bien qu’on en parle, je voudrais lâcher quelque propositions paradoxales. Si la morale est importante, elle ne l’est certes pas depuis qu’on a découvert l’ampluer des bonus des traders ( problème moralement bien pâle à côté du salaire ed Z Zidane ou T Woods) C’est donc que la morale a eu à faire avec l’économie depuis bien longtemps ..

      De plus je ne crois pas qu’une société qui ignore la morale ( au sens où le dit Paul c’est à dire y compris avec les interdits) puissse tenir bien longtemps . On ne peut donc nier que la constitution de nos sociétés – à minima occcidentales – ait reposé sur une morale . Et si nous partions de là : plutôt que d’inventer la société idéale si nous comprenions celle sur laquelle notre société fonctionne.

      Fatalement nous rencontrerons Kant ( qui est tout sauf Robespierre ; Liszt, il a dû se retourner dans sa tombe ! ) dont l’écho est plus important qu’on ne le croit.. On parlera plus aisément des traces de Kant .

      Mais je préfère terminer en citant mon auteur favori  » la justice et la vérité » sont les deux piliers de la société » . Qu’en pensez-vous ?

      amicalement

      un petit PS sur le protectionnisme. Ok sur beaucoup de choses qui sont dites pour les pays développés ; mais n’oublions pas que de nombreux pays émergeants – dont l’Allemagne du XIX ème – ont assis les bases de leur industrialisation sur un certain protectionnisme. Je me vois mal refuser à un Etat africain le droit de protéger son agriculture

    4. Une définition de l’Intelligence que j’aime par dessus toute est celle « d’aptitude au choix biologiquement juste ».
      L’idée de « Biologiquement juste » pouvant se référer à ce qui « sert la Vie », avec un grand V.
      Une fois qu’on se place selon cette logique, l’idée du service de la Vie dépend du cadre dans lequel un individu décide d’inscrire son existence :
      •Seule compte ma survie
      •Seule compte la survie de mes descendants directs
      •Seule compte la survie de mon groupe : famille proche, clan, ethnie, nation
      •Seule compte la survie de ceux qui partage mes idées : religion, idéologie socio-économique (communisme, capitalisme, etc.…)
      •Seule compte la survie de mon espèce : l’humanité
      •Seule compte la survie de l’équilibre de la Vie sur terre
      •Etc…

      L’idée de « Morale » peut être définie comme le « cadre dans lequel inscrire ses actions ». Et ce cadre d’action dépend du cadre dans lequel un individu décide d’inscrire son existence.

      •Si seule compte ma survie, je peux être amoral
      •Si seule compte la survie de mes descendants directs, je peux avoir une morale très limitée
      •Seule compte la survie de mon groupe : famille proche, clan, ethnie, nation, je peux avoir une morale un peu plus étendu prenant une dimension de « bien vivre ensemble »
      •Si seule compte la survie de ceux qui partage mes idées : religion, idéologie socio-économique (communisme, capitalisme, etc.…), ma morale sera construite en cohérence avec cette idéologie
      •Si seule compte la survie de mon espèce : l’humanité, je peux avoir une morale très vaste, humaniste
      •Seule compte la survie de la Vie sur terre, je peux avoir une morale globale, écologiste
      •Etc…

      Donc pour ce qui est de la Morale, tout est relatif. C’est une question de profondeur de vue, cela dépend du sens que l’on veut donner à sa vie, cela dépend du cadre dans lequel une personne va décider d’inscrire son existence.

  2. Ce qui me gêne, c’est que l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix concerne la finance de marché et le protectionnisme vise surtout le commerce des biens et services. Il n’y a pas vraiment de rapport.
    Si la spéculation est interdite, cela n’empêchera pas les entreprises de poursuivre dans la voie du dumping social. L’Europe et les Etats-Unis subventionneront toujours leur agriculture au détriment des pays pauvres d’Afrique notamment. Ce n’est pas la même question.

    1. Je propose comme rapport entre le protectionnisme et la finance mondialisée deux pistes. La première est que la libre circulation des capitaux a donné un avantage gigantesque aux spéculateurs sur tous les autres. Du protectionnisme là dedans rétablirait un peu l’équilibre. La seconde est que l’ouverture des marchés a permit de délocaliser en masse et d’augmenter la marge bénéficiaire des entreprises délocalisées. Cette augmentation de marge est allée dans la poche des financiers. Ce sont deux liens possibles entre le protectionnisme et la finance mondialisée.

    2. >Paul

      Quel est l’objet de l’interdiction des paris sur les prix?
      Si j’ai bien saisi, c’est une mesure « en amont » destinée à rééquilibrer le rapport de force au sein du capitalisme entre ses 3 composants (capitaliste, entrepreneur, salariés) et à interdire ou au moins fortement limiter l’augmentation du risque systémique.

      Quel est l’objet du protectionnisme?
      Au premier ordre, il s’agit de rendre la concurrence plus « locale », dans un environnement contrôlé par l’entité qui pratique le protectionnisme. J’imagine que l’objectif premier est de donner un avantage compétitif aux produits de son économie, mais cet effet est rapidement rendu caduque par les mesures protectionnistes prises par les autres états. Je parle là uniquement des états et entités supra-nationales auto-suffisants ou en passe de l’être rapidement, car bien sûr pour les pays strictement importateurs, c’est la catastrophe. D’un autre côté, je n’imagine pas de situation où un état strictement importateur serait en bonne position…

      Comme l’indique Homard, je ne vois pas de relation directe entre ces deux objectifs. Paul a l’air de dire que le premier implique le second. Peut-être, mais le mécanisme d’implication ne me paraît pas d’une évidence folle. Il mériterait en tous cas quelques développements…

      Je ne vois pas du coup en quoi le fait de prôner l’interdiction des paris sur les prix nous dispense de donner notre avis sur le protectionnisme.

    3. Un pays (un état, une nation, une collectivité, une famille où placer la frontière du groupe) quel qu’il soit, n’a-t-il pas un droit moral à l’autosuffisance alimentaire ?

      Si oui, sans développer d’utopie mais pratiquement et dans pas trop longtemps… ne peut on justifier les mesures protectionnistes que ce groupe (état…..) prendrait pour parvenir à nourrir ses membres en repoussant les pressions des marchés ?

      N’ayant pas sommé P.J. de développer sa vision du protectionnisme mais l’y ayant poliment invité, je suis très satisfait de la réponse qu’il fait:

      Le protectionnisme n’est ni préventif ni curatif mais palliatif.

      Ok, si un jour je dois souffrir de telle maladie dont on a su prévenir l’installation et qu’on ne sait pas guérir, je me satisferai de traitements qui en pallieront les effets néfastes, de prothèses ou même de béquilles.

      En attendant bien sûr l’instauration de mesures constitutionnelles qui remettront l’homme au cœur du système.

      Cette recherche et la simplicité de l’exposé de Paul Jorion m’enchantent.

    4. Homard

      Ce qui me gêne, c’est que l’interdiction des paris sur les fluctuations des prix concerne la finance de marché et le protectionnisme vise surtout le commerce des biens et services. Il n’y a pas vraiment de rapport.

      Mikael Eon

      Le protectionnisme n’est ni préventif ni curatif mais palliatif.

      Paul Jorion a parlé du capital en renversant le point de vue courant. Il a proposé de voir le capital comme l’argent que l’on n’a pas, et dont on a besoin. C’est astucieux et puissant. C’est surtout plus près de la situation la plus courante, donc plus vrai.
      Je vous propose de voir le protectionnisme, non pas comme ce qui est susceptible de nous protéger, mais ce qui pourrait protéger plus faible que nous. Dans toute acte économique, nous (ou la règle que nous cherchons) devrions nous demander, AVANT, à qui cela pourrait nuire.

      C’est exactement le contraire de la démarche a priori de l’OMC, qui vise à « aplanir le terrain » avant de commencer à jouer. Les bulldozers de l’OMC ont été assez efficaces, en cela, depuis 30 ans…

      Retour à la bifurcation. Comme il est acquis qu’homo oeconomicus est un dangereux sociopathe amoral et nuisible, je propose un bon slogan, bien moral, celui-là :

      AUTRUI N’EST PAS UN MARCHE

  3. A priori… (je suis prudent 😉 )
    Le protectionnisme va s’installer tout seul. Comme un grand. Comme une grande zone de libre échange qui vient d’être instaurée par la Chine et met, de facto, les autres pays dans une situation d’isolement (relatif, mais…) (et décribilise l’OMC)
    Autre point que j’ai trouvé chez un autre économiste et qui risque de relocaliser chez nous : l’Europe est financièrement autosuffisante. (sauf pour l’industrie, mais rien n’est plus facile que de construire une usine : si on en a la volonté gouvernementale)
    D’autres courants indirects vont apparaître, je le sens.

    1. J’ai pas pu résister… :
      Un jour de trés fort brouillard, les communications radio étaient devenues impossibles entre l’Angleterre et le continent.
      Un speaker de la BBC avait alors prononcé cette phrase savoureuse : « Le continent est isolé »

    2. Dans la cadre d’un protectionnisme, cela veut dire quoi, pour l’Europe, d’être « auto suffisante » en matière financière quand on ne peut que constater que l’argent, qui fait et profite à la finance, n’est possible que par une consommation d’énergie et qu’en terme d’énergie l’Europe est en tout point dépendante.

      Ensuite, le protectionnisme revient à isoler les économies nationales les unes des autres : thermodynamiquement parlant, isoler des systèmes, c’est gênant.

      Quant aux usines, certes il est possible d’en faire ; et les gouvernements appuient pour en faire, et payent même. Mais en pure perte à mon sens pour celles que l’on construit déjà. Ainsi, j’ai participé à la construction de la nouvelle usine Airbus de Nantes. Gigantesque, pour des cadences de presque 20 avions par mois. Hélas, il y a 6 mois, la cadence prévisionnelle était tombée à 2 avions par mois. Mais l’usine est là, vide et, à mon sens, elle le restera par le fait que le pétrole manque pour « biberonner » des masses de nos beaux avions. L’ancienne usine auraient suffit, avec un réaménagement.

      Les seules usines qu’il faut construire sont celles qui pourraient produire des machines pour récupérer de l’énergie : aérogénérateurs (j’ai fais un commentaire à ce sujet, de l’article sur les écluses de Charleroi un peu plus haut dans ce blog), hydroliennes (ça rame du coté de Quimper), chauffe-eau solaire, moteurs Stirling, turbines, petites maisons bioclimatiques (administration nulle), … L’argent de futur sera dans cette récupération de l’énergie.

      La solution à la crise que nous vivons est, je le pense, énergétique. Et pour ne pas avoir à mettre en application la vieille recette « aval » du protectionnisme, la solution devra comporter la prise en compte de l’aspect « consommation d’énergie ».

      En tout cas, sans énergie, l’argent actuel fondra comme neige au soleil, comme la banquise et les glaciers sous la chape de chaleur résultant de la surconsommation des énergies fossiles, surconsommation largement encouragée par les égarements de la finance.

      Les dures réalités de la Physique !

    3. J’ai publié ci-après le dernier billet de Jacques Attali « Sortir de l’Histoire ».

      Si celui-ci , qui jadis prônait avec ses amis Minc et compagnie une gourvernance mondial, parle des craintes pour l’Europe de sortir de l’Histoire en sous-entendant des décisions rapides à prendre afin de protéger notre vieux continents … c’est qu’il y a urgence quand un personnage de ce calibre retourne sa veste sans mesure et dans la précipitation.

  4. Le sujet du protectionnisme qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène est comme son nom l’indique « protège ». Si l’on souhaite protéger nos industries et services (délocalisation en Inde) je ne pense pas que c’est en augmentant nos droits de douane que proviendra la solution à la crise que nous connaissons. La vente de nos savoirs faire pour obtenir un marché est une des cause de notre déliquescence. Une législation européenne draconiène sur la qualité des produits et services et un taux de polution minimum de ceux-ci ne serait-il pas un des moyens auquel il faudrait penser ? Il y a aussi la problématique des normes en EU qui sont définies par et pour les multinationnales qui sont bien sur contre toutes contraintes ! le profit maximum ! L’exemple du luxe en France est assez significatif. Les Hermès et autres grandes marques pressurisent leurs soustraitants PME/PMI qui détiennent le savoir faire pour maintenir des marges au-dessus de 20% et lorsque elles n’obtiennent pas satisfaction délocalisent la fabrication. Le made in France est devenu une supercherie légale. Le profit immédiat, le rendement de l’action immédiat est devenu la norme !
    La financiarisation de notre société occidentale me fait souvent penser à la Toscane du moyen-âge, passant de producteur à financier.

  5. Bonjour,

    je ne peux que rebondir sur le dernier billet de Jacques Attali « Sortir de l’histoire ». Il rappelle sans détour les lourdes responsabilités qu’incombent à nos dirigeants les directions stratégiques à prendre au regard de l’Histoire qui les jugera en ce début de décennie.

    « Sortir de l’Histoire

    LE 5 JANVIER 2010 7H19 | PAR JACQUES ATTALI

    Allons-nous enfin comprendre, en Europe, ce qu’implique le risque de sortir de l’Histoire? Chacun devrait désormais réaliser que la menace est là, bien tangible. Et de nombreux événements des dernières semaines (l’exclusion des Européens de la négociation finale du sommet de Copenhague, le rachat de Volvo par une firme chinoise, le premier marché public d’infrastructure en Europe ( une portion d’autoroute en Pologne) remporté par une entreprise chinoise, le marché de centrales nucléaires à Abu Dhabi emporté par les Coréens) confirment la matérialisation de ce que certains prédisent depuis plus de 30 ans: le centre du monde bascule de l’Atlantique au Pacifique.

    Malgré ces évidences, les gouvernants européens semblent ne pas s’inquiéter ; ils se complaisent dans cette situation, sans s’alarmer, en se concentrant sur d’interminables disputes de procédures et de protocoles, signes imparables de déclin, tels que l’ont vécu, jusqu’au ridicule, les ultimes dynasties égyptiennes, babyloniennes, perses, grecques, chinoises, l’empire romain d’occident puis celui d’orient, puis notre Ancien Régime.

    Mais réalise- t-on vraiment, en Europe, ce qu’implique sortir ainsi de l’Histoire?

    Pour beaucoup, il ne faut pas s’en inquiéter, parce que, pensent-ils, c’est un destin heureux : une promesse de vivre hors des tragédies du temps, à l’abri des responsabilités, des conflits, des obligations militaires. De fait, la sortie de l’Histoire est souvent, pour un peuple, le moment d’une brève flamboyance artistique, dont les peuples industrieux n’ont pas le loisir de se préoccuper.

    Mais, en réalité, sortir de l’Histoire, c’est bien autre chose : C’est d’abord perdre ses principaux marchés ; c’est voir ses entreprises les plus compétitives devenir des cibles de rachat ou être copiées et sauvagement concurrencées, c’est voir partir ses centres de décision et ses élites ; c’est ne plus être un acteur des grands événements du monde, même de ceux qui détermine son propre avenir ; c’est enfin ne plus être capable de maintenir le niveau de vie de ses classes moyennes, sauf, pour un temps, et à crédit. De tout temps, en tout lieu, la sortie de l’histoire s’accompagne même de terribles soubresauts politiques: recherche de boucs émissaires, dénonciation des élites, replis sur des idéologies simplistes et rassurantes, séparatistes et guerres civiles.

    L’Europe a déjà vécu cela. A huit reprises, au cours du dernier millénaire, une puissance européenne dominante est sortie de l’Histoire, d’abord remplacée au sommet par une autre, puis, quand, au 20ème siècle, la direction de l’histoire du monde est devenue américaine, l’Europe a su, après cinquante ans d’ultimes rivalités meurtrières, unir ses forces, et tenir encore son rang. Aujourd’hui, elle est de nouveau menacée, cette fois en bloc. Si elle ne prend pas les devants, si elle ne prend pas conscience du danger, si elle ne s’unit pas autour d’une même volonté de travailler, et d’inventer une nouvelle facon de produire et de vivre ensemble, ce sera la fin. A jamais.

    Encore faudrait il que se lèvent, des hommes et des femmes d’Etat, lucides, courageux, compétents et convaincants, imprécateurs et guides à la fois, et qu’ils montrent l’étroit chemin. »

    1. « Sortir de l’histoire » /euphémisme pour dire décadence ou chute de l’empire occidental?
      « Etroit chemin « ? J’imagine que M. Attali pèse ses mots.

    2. Il nous prend pour des billes, Attali, y’a belle lurette que je ne passe plus ses disques sur ma chaîne hifi !

    3. Si celui-ci , qui jadis prônait avec ses amis Minc et compagnie une gourvernance mondial, parle des craintes pour l’Europe de sortir de l’Histoire en sous-entendant des décisions rapides à prendre afin de protéger notre vieux continents … c’est qu’il y a urgence quand un personnage de ce calibre retourne sa veste sans mesure et dans la précipitation.

    4. Je ne suis pas loin de penser comme J. Attali. La paralysie des politiques (et des acteurs sociaux) face aux changements est très inquiétante. C’est en effet l’avantage des chinois de pouvoir s’adapter et décider rapidement.

      Je partage tout à fait l’opinion de PJ sur l’interdiction des paris sur les cours par des non négociants. D’une façon générale il faudrait se poser la question de ce qui est utile à l’économie et encore plus générale à la société. Ce quasi casino qu’est devenu la bourse ne représente plus la réalité de l’offre et de la demande.

      Concernant le protectionnisme, c’est de mon point de vue une erreur de la mondialisation, OMC, de ne prendre en compte le respect de niveaux de protections sociales minimales, le respect de l’environnement (traitement des rejets et déchets) et de plus volontairement pour freiner les évolutions dans nos pays occidentaux et faire de grosse marges dans une période transitoire. La compétition est inégale pour un grand nombre d’activités, compte tenu en plus du coût ridiculement bas du transport. Supposons que le pétrole continue de monter (80$ le baril actuellement) les choses pourraient bien changer sur ce point, sans pour autant améliorer la situation sociale des pays en développement, les renvoyant à leurs marchés intérieurs.
      Seules les activités de hautes technologies nous laissent une longueur d’avance qu’il faut préserver.

      Que l’on ait perdu des marchés à l’exportation, n’est pas étonnant. Peut-on tout simplement espérer rafler tous les marchés? Que l’on manque d’efficacité, c’est bien une caractéristiques des entreprises publiques, airbus pendant un temps, le secteur nucléaire récemment….Je crois que seule l’avance technologique et la qualité des produits et services adaptés aux besoins sont les voies de la survie. Il y aura toujours des choix basés principalement sur les prix (quand ce n’est pas sur la politique) au détriment de la qualité et de la performance. Ces choix reportent les coûts dans le temps sans parler des risques encourus dans certain cas (nucléaire).

  6. Le protectionisme sert à introduire une distorsion de concurrence pour :
    – proteger les secteurs stratégiques (armemment, agroalimentaire…)
    – proteger les secteurs en cours de restructuration (crise ou au contraire jeune pousse)
    – contrebalancer une distorsion de concurrence (dumping social ou environemental, moindre productivité de la main d’oeuvre locale)

    En ce qui concerne la protection des secteurs stratégiques, la notion d’amont signifie que l’on supprime la menace militaire ou le risque de crise alimentaire. Il suffit donc d’interdire la guerre, la pollution et l’aléas climatique.

    Pour les secteurs en cours de restructuration, le protectionisme est vu comme une alternative à la subvention massive du secteur à proteger temporairement. Subvention et protectionisme sont des mesures « aval ». Il n’y a pas lieu d’agir en amont sur un probléme temporaire.

    Concernant le protectionisme visant à contrebalancer une distorsion de concurrence, la solution « amont » est de supprimer la distorsion de concurrence.

    1. Ne conviendrai-t-il pas de se poser des questions sur la « concurrence » ?

      La concurrence est souvent connoté positivement. Quelle soit bénéfique dans certains cas de figure cela ne fait aucun doute.

      Lorsque la concurrence empêche la coopération, ses bénéfices sont plus douteux.

      Concurrence versus coopération : un sujet de réflexion.

  7. Paul
    Le protectionnisme comme son nom l’indique est censé « protéger ».
    Il ne peut être utilisé qu’en rétorsion, c’est à dire suite à l’attaque.
    Impossible de l’envisager en amont ,temporellement parlant, d’un phénomène financier ou économique.

    Par ailleurs l’accusation de stalinisme appliqué aux « interdictions » n’est pas valide.
    ECCE propose une interdiction de paris sur les fluctuations de prix mais la constitution n’emploierait pas ce terme brut.
    Elle organiserait les marchés de telle sorte qu’aucune structure ne puisse émettre le moindre pari et que toute tentative contraire soit susceptible d’une correction pénale gravissime.
    Ou alors changeons de société et nous allons comme je l’ai proposé jusqu’à un nouveau décalogue:
    « tu ne mentiras point ».
    Ce qui est un meilleur raccourci mais ne sera respecté qu’associé à un droit naturel drastique.
    Tout citoyen convaincu de mensonge sera pendu.
    Les gibets de WallStreet seraient surbookés.

    1. Bonsoir AH, ici, FD/16 😉

      En parlant de Protection, très justement, un aspect de protection qui est on ne peux plus « surprenant ».
      Look at this, old Lad :
      http://www.marianne2.fr/La-Chine,-pire-ennemi-de-la-Chine_a183357.html
      « La Chine, pire ennemi de la Chine »
      « A ceci s’ajoute pour Pékin la crainte du «laisser-faire» idéologique, dans une nouvelle illustration du paradoxe de Tocqueville qui veut que c’est en s’ouvrant que les dictatures accroissent leur risque d’effondrement. »

      Mazarin disait : « il faut approcher du pouvoir comme d’une lumière vive. Pour que les yeux s’habituent. »
      Richelieu disait : « Si ma robe avait été en bronze, elle aurait souvent sonné le tocsin »

      Les deux citations n’ont de rapport évident, mais ces cardinaux n’étaient point idiots.
      Pas de rapport du tout, notez.

    2. @ Ivan

      « Si ma robe avait été en bronze, elle aurait souvent sonné le tocsin »

      Heu.. vous êtes sur qu’il ne s’agit pas d’une boutade coquine?

    3. Merci Loup des mers, tu m’as réveillé.
      J’étais plongé dans la lecture et la compréhension de tous ces posts et que voilà que le tocsin sonne.
      J’ai tout de même mis un instant à réagir sur la vanne, le temps de changer de longueur d’onde mais ensuite je me suis bidonné à me faire dilater la rate. Faut prévenir la prochaine fois que je mette des protections.

  8. Je n’ai pas souvenir que quelqu’un ait dit « interdiction = Staline ». Moi, j’ai dit « interdiction des paris sur les fluctuations de prix, en faveur des seuls concernés = Mussolini ».

    Je ne vois pas en quoi l’évidence « protectionniste » (telle que développée par Maurice Allais), serait une mesure aval. Il est évident qu’il s’agit d’une mesure amont, de nature à avoir des retombées significatives en lissant les effets du moins-disant social.

    Todd était hier soir chez Taddeï. J’ai été un peu déçu de ne l’entendre parler ni de la convergence des systèmes vers le fascisme, ni de la guerre du gaz que les américains viennent de perdre, alors que ce dernier fait explique le lot de consolation donné aux sionistes aux dépens d’un pays aussi misérable que le Yémen.

    A part ça, vous n’avez toujours pas explicité en quoi l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix mettrait hors d’état de nuire les sociopathes de la finance. L’affaire date de la césure entre mésolithique et néolitique. Elle ne relève pas de la morale mais de la dominance.

    1. Et dans les mesures amont doit-on interdire le lobbying qui est la corruption organisée et institutioalisée.

  9. Ce qui a mal tourné. Le point de vue d’un anthropologue par Paul Jorion

    Au XXe siècle, le colonialisme et, paradoxalement aussi le communisme, assurèrent la mondialisation de cet ordre social et économique d’origine européenne. On évoque aujourd’hui la nécessité d’un « aplanissement du terrain de jeu » ( leveling the playing field), on ignore hardiment ainsi que le terrain ne fut jamais plan.

    La « menace protectionniste », ce concept vide de sens par Frédéric Lordon

    Dans le sabir communautaire international le non-protectionnisme a pour nom « level playing field », soit « terrain de jeu aplani », en d’autres termes : absence de toute aspérité et de toute dénivellation qui perturberait le parfait plain-pied où l’on veut jeter les compétiteurs. Mais ce non-protectionnisme existe-t-il ? Et même : pourrait-il jamais exister autrement qu’en fantasme ? À quelques malhonnêtes entorses près sans cesse corrigées par les bienveillantes autorités de la Commission, la concurrence non distordue règne, nous dit-on, en Europe. Concurrence non distordue vraiment avec l’Estonie qui fixe à zéro son impôt sur les sociétés [5] ? Avec la Roumanie où les employés de Renault-Dacia payés 300 euros par mois sont une sorte d’élite salariale ? Avec la Pologne qui refuse toute réglementation environnementale – et les coûts qui l’accompagnent ? Avec le Royaume-Uni qui dévalue subrepticement sa monnaie de 30% contre l’euro, et d’un claquement de doigts diminue d’autant ses prix d’export ? Avec le Luxembourg dont la transparence bancaire fait paraître limpide une flaque de pétrole ? Concurrence non distordue sans doute également avec la Chine, et aussi avec le Vietnam bien connu pour la générosité de sa protection sociale, ou pourquoi pas la Birmanie puisque BK Conseils nous certifie que le travail forcé y est une légende.

    1. Voilà, le « non-protectionnisme » n’existe pas, c’est peut-être seulement le rêve « utopique » des financiers.

  10. C’est peut-être trop simpliste et je développerai quand l’inspiration viendra, mais pour moi, « protectionnisme » = « peur de l’autre » partant de là, je ne vois pas de positif durablement là-dedans. Peut-être effectivement un palliatif temporaire mais certainement pas de nature à stopper la montée des extrémismes violents et des réflexes grégaires.

    1. Protectionnisme vient de protection, Vincent. Quand vous pratiquez un sport violent, vous vous protégez. Quand vous faites l’amour avec un partenaire inconnu, vous vous protégez. Lorsque vous allez voir votre assureur pour votre maison, votre auto, vous vous protégez.

      Ce que vous faites quotidiennement, un état n’en aurait pas le droit? Autant se tirer tout de suite une balle dans le pied, non?

  11. Paul,

    « Le protectionnisme », un sujet qui mériterait une longue analyse historique, sociale et humanitaire.
    Une invention humaine, qui n’existe pas dans la nature. Que l’on appelle cela humanitaire, socialisme, communisme…
    Marx était-il communiste ou capitaliste? Tout se ressemble en définitive dans la finalité.
    Cela touche, par certains points, au populisme, au culte de la personnalité des élus, également.
    Je crois que le protectionnisme, c’est à mettre dans les progrès de l’évolution, tout de même.
    J’ai fait une terrible analyse de l’Occident par rapport à l’Orient. Occident qui, à part les USA, se voulait plus protectionniste, à l’Orient, qui ne l’est plus vraiment à première vue quand cela va mal.
    En Chine, la vie n’y a pas, probablement, la même valeur. 1,3 milliards en Chine de personne change un pays et les potentiels.
    Pourtant, les USA doivent se protéger. Ils s’en sont fait un acte de Foi. Alors, est-ce différent si c’est généré « automatiquement » par l’Etat ou par son propre vœux en privé? Il est probable qu’ensemble, cela coûte bien moins cher.
    Se protéger c’est aussi s’entourer de barrières autour de nos maisons. Tout cela a un coût. Privé au public. La fiscalité libre? Tout est une question de personnalité et de moyens.
    Le SDF, l’est-il par son manque de compétences ou par une erreur d’être né à un mauvais moment ou dans un mauvais espace? Une question de chance?
    Comme je l’écrivais ce matin, à chaque chose, « Il y a un avant à l’après »
    http://vanrinsg.hautetfort.com/archive/2006/06/22/recompenser-ou-seulement-retribuer.html

    1. Juste une petite précision : les Chinois (le peuple) n’est pas favorable à l’abolition de la peine de mort. Alors que les autorités essaient doucement, à priori, de faire changer les mentalités.
      Dans certains pays, il y a peu, on coupait les mains des voleurs.. (j’ignore si ça existe encore)

  12. Le protectionnisme prête beaucoup trop à la polémique, pas intéressant. Impossible de démêler une quelconque vérité dans le fatras des exemples et contre-exemples, des théories, préjugés et recettes de cuisine. Les sujets qui en découlent sont courrus d’avance: subventions licites et illicites, différentiels de niveau de vie, protection écologique, protectionnisme masqué, différences culturelles, taux de change… Aborder le proctionnisme, c’est entrer dans une auberge espagnole.

    1. Donnez moi une bouchée de votre fromage et goûtez mon andouillette. L’auberge espagnole c’est une invite au partage touseg-ru.

  13. Et bien pour ma part, je suis contre le protectionnisme, mais pour le local !
    C’est à dire, qu’il y a un sain protectionnisme et un malsain. L’équilibre doit être trouvé.
    A partir du moment ou l’auto-suffisance (pour assurer la survie) est assurée, je ne vois pas d’objection a ce qu’on échange sans limite la culture et ses produits. Mais protectionnisme pour l’essentiel : OUI OUI OUI !
    Quand la survie de notre partenaire commercial ne peut être remise en cause, ni la notre, alors un accord juste peut beaucoup facilement être trouvé !

    Donc : protectionnisme pour l’essentiel, libre échange pour le superflu.

    Plus c’est vital, plus c’est local !!!

    1. Je plusse Ybabel.
      Les faits sont têtus, à terme c’est ce qui arrivera.
      L’eau et les vivres, plus c’est vital, plus ce sera local.

    2. Bonne approche à mon sens, à peaufiner avec des considérations énergétiques. Ce serait de l’écolocalisme.

    3. Encore faut-il faire le départ entre essentiel et superflu…
      Vous semblez placer le culturel dans le superflu,alors qu’il peut servir de tête de pont à une offre élargie.
      Je pense au cinéma us,bien culturel qui nous vend l’american way of life.

    4. Vital = nourriture, construction, infrastructure, énergie, défense, transport, médecine.
      Ca fait déjà pas mal.
      Superflu : iPhone, DVD, PS3, Sarkozy (oups, ca m’a échappé), etc…

      Évidement, c’est pas aussi manichéen … le Rave 4×4 de ville est dans « transport », mais aussi superflu.

      Ca signifie garder une base industrielle, même si ca rapporte moins que La City (superflu) mais aussi paysanne.
      Ca n’empêche pas du tout le reste, mais juste, remettre les choses dans l’ordre. La culture, l’histoire super, mais ca ne se mange pas.

  14. « la porte la plus sure est celle que l’on peut laisser ouverte »

    regardez donc le renversement de situation des comptoirs chinois ,hon kong et taiwan .

  15. La division du travaille ce mondialise, la Chine = l’usine, Etats-Unis = le bureau d’étude, le moyen orient = l’énergie et l’Europe? les services? même pas vraiment, il nous reste un marché intérieur de 500 millions de personnes et des commerciaux qui sont content… tant que ce marché intérieur est solvable.

  16. Mr Jorion,

    Je découvre votre billet sur le protectionnisme. À sa fin, vous posez la question de savoir ce contre quoi le protectionnisme défend « post hoc » (jolie expression). Un souvenir du blog de Paul Krugmann pourrait contenir un début de réponse.

    Selon mon souvenir, il défend l’idée d’un protectionnisme face à la Chine. Le motif est que la différence entre les prix chinois artificiellement sous évalués coûte aux USA 1,4 millions d’emplois. Tant que la Chine ne se décide pas à laisser remonter le Yuan, Krugmann propose une taxe à l’entrée aux USA sur les produits chinois qui reflèterait la distorsion de marché sur le cours du Yuan. Il n’est pas du tout protectionniste et considère cette mesure temporaire sans plus.

    Je répète c’est un souvenir de ce blog. Comme je vous écris depuis le travail, je ne veux pas trop abuser de mon employeur par une recherche extensive des billets mis en ligne par Krugmann.

    Avec mes meilleures salutations.

  17. Protectionnisme, morale, société, késaco

    J’avoue qu’à la lecture de l’article, je me suis senti en phase « interrogative » avec Paul Jorion. Paul suggère de s’en prendre aux causes, plutôt qu’aux effets, de se placer en amont, plutôt qu’en aval.

    Pour Moïse et les tables de la loi, je crois que s’il n’a pas été suivi d’un seul homme par le peuple hébreu, c’est bien parce que ce qu’il disait proposait un changement « anxiogène » – s’en remettre à plus grand que soi pour décider de ce qui est Bien et de ce qui est Mal -( mais je ne tiens pas plus que cela à cette interprétation)

    J’admire aussi la spontanéité et la franchise de Paul lorsqu’il dit qu’il faut réfléchir à la question, et plus précisément à l’objectif du protectionnisme éventuel. Plus sans doute dans un autre billet ou commentaire, il faut moi-même que j’y réfléchisse plus avant 😉

    Juste 2 ou 3 remarques cependant à propos des commentaires suivant le billet de Paul et portant sur la morale, sur l’éthique, sur le bien et le mal, sur la protection, sur le fait d’imposer telle ou telle mesure, voire sur le principe de précaution (qui n’a pas été vraiment évoqué, mais c’est tout comme):

    a) sur la morale: question fondamentale, mais évidemment insoluble.
    Oui, il faut bien évidemment une morale, aucune société ne peut survivre à long terme sans cela, mais comment définir cette morale, est-elle absolue, relative, contingente, éternelle, transitoire? Doit-elle faire intervenir la notion de bien et de mal, ou, pire (ou mieux) la notion de bien et de Mal?
    Si la rationnalité que l’on prête trop souvent à l’homo oeconomicus enlève toute morale à cet homo, alors, oui, débarrassons nous au plus vite de l’homo oeconomicus.
    L’un des avantages, si l’on peut dire, que l’on peut accoler au libéralisme, c’est qu’il peut s’adapter à n’importe quelle morale, dès lors que cette morale est suffisamment codifiée dans des principes et contraintes clairs et nets.

    Comte-Sponville prétend que le capitalisme – trop souvent confondu avec le libéralisme – est amoral: je prétends pour ma part qu’il est immoral, à moins de prétendre que la loi du plus riche et du plus fort n’est pas immorale.

    b) sur le protectionnisme:
    Cette protection a évidemment pour but de protéger les plus faibles, ou jugés tels. Mais cette protection doit-elle se faire au niveau d’une région, d’un pays, d’une ethnie, d’un groupe de pression. Si oui, est-ce pour permettre à la communauté protégée de simplement « survivre », ou de se « développer » et de rattraper d’autres communautés?

    Sans réponses à ce type de question, je crains que les discussions sur le protectionnisme se résument à des discussions idéologiques.

    Cordialement,

    Bruno Lemaire.

  18. Le rétablissement des frontières, là où elles ont été abolies, est l’un de ces refuges que notre époque et nos sociétés très anxiogènes génèrent – j’allais dire – naturellement. A y regarder de plus près, nous sommes redevenus de grands bâtisseurs, dans notre genre.

    Aujourd’hui, nous construisons des murs, réels ou virtuels, qui se veulent autant de protections, dont il peut être prédit sans risque qu’ils seront illusoires. L’anniversaire de la chute du Mur de Berlin a été l’occasion d’en tenter des énumérations, qui se sont révélées loin d’être exhaustives, tellement le phénomène s’est emballé. Mais les murs tombent, s’écroulent, sils ne sont pas d’une manière ou d’une autre contournés. Qu’ils soient ouvrages d’art militaires, renforcement de frontières en tous genres, constructions mentales., etc.

    Le protectionnisme économique (dont le nom est déjà en soi tout un programme) fait partie de ce vaste mouvement de repli. Comme l’est, mais dans un autre genre, le retour à la nature ou aux vraies valeurs.

    C’est l’expression d’une impasse, de la difficulté rencontrée à dresser les contours d’une globalisation qui ne soit pas celle dont nous connaissons les travers. A penser un monde dans sa totalité et qui soit différent. A envisager une production économique qui puisse être l’équivalent de ce qui s’est partiellement réalisé (de manière convaincante) dans le domaine culturel. Ainsi qu’une répartition de celle-ci qui soit différente. A poursuivre dans le domaine de la circulation des personnes ce qui a été (mal) engagé dans celui de la circulation des marchandises. A préconiser des échanges qui ne soient pas soumis aux mêmes lois que ceux de ces marchandises.

    A l’inverse, le protectionnisme n’a pas de limites. A l’intérieur de quelles frontières faudrait-il se replier ? Pour en exclure qui, pourquoi, comment ? Quelle serait la bonne échelle pour ces communautés (le mot est lâché): le pays, la région, le village ou bien le clan, la tribu, la religion, la famille ? Nous avons connu tout cela et cela ne nous a pas apporté que des satisfactions !

    1. Certes mais l’histoire, bien que ne repassant pas les plats, en réchauffe certains.
      Comment sortir de l’impasse chômage en occident sans casser le mur du fond?
      Ce ne sera pas l’équivalent de fermer l’entrée de l’impasse mais de sortir « en force ».
      Cà ne présage rien de bon.
      Comment faire de cette Europe mal pensée(ou volontairement contrefaite?) une entité économique cohérente et autarcique?

    2. Excusez moi de vous le dire, François, mais vous êtes aveugle. D’ou croyez vous que vient la mondialisation, ce deal nous mettant en concurrence frontale avec 3 milliards de Chinois, Indiens, Indonesiens…

      C’est une créature des États-Unis (qui se sont mordus la queue sur ce coup là) et de leur partner in crime, la Chine.

      Vous nous parlez de mur, mais je n’en vois aucun, Les États Unis continuent de piller et d’asservir le monde.

      Mélanger la défense des intérêts d’un pays avec le retour à la nature…. Sans commentaires

      L’unité de base de ce monde ce sont les pays, François, ouvrez les yeux. (j’espère en fait que vous le savez bien et que vous jouez les avocats du diable).

      Encore une fois, la mondialisation, ou globalisation, ou n’importe quel mot recouvrant le concept n’est que la mise en coupe réglée du monde par les USA ayant ainsi inventé le prolongement de l’esclavage.

      Ce serait cela notre avenir indépassable? Non bien sur, la mondialisation va mourir avec l’empire américain, et après la décrue, on verra naturellement réapparaitre des nations. Désolé François. Vous vous égarez et plus grave au vu de votre influence ici, vous induisez les gens en erreur.

    3. @ Roland

      Inutile de vous excuser ou de me prêter un rôle que je n’ai pas.

      Il y a par contre une responsabilité que j’assume: celle de mes propos. La Nation n’a jamais été et ne sera jamais mon horizon.

    4. Ça a le mérite d’être clair. Voyons, en 1945, il y avait une soixantaine de nations, aujourd’hui près de 200. L’idée de nation serait en perte de vitesse? Allons donc. Quand des peuples autrefois asservis par un empire quelconque retrouvent leur liberté, ils constituent immédiatement des nations.
      Les hommes ne sont pas des copains. Ils ne sont pas tous frères. La nation (ou le pays, comme vous voulez) à été au travers des siècles la bonne unité de mesure permettant à des groupements humains de s’organiser. Pourquoi ce qui à été vrai de toute éternité ne le serait plus aujourd’hui? Et a fortiori, a-t-on vu dans l’histoire de l’humanité la victoire de la supra-nationalité? Jamais, tous les empires se sont effondrés.
      Ma conclusion est que ce qui se produit régulièrement dans l’histoire se reproduira. A l’inverse, ce qui ne s’est jamais produit n’a que peu de chances d’advenir.
      Certes on peut trouver détestable l’antagonisme des nations qui à mené aux horreurs que l’on sait, mais à bien y regarder, dans la quasi totalité des cas, il s’agit de guerres impériales, c’est à dire de guerres de nations voulant précisément dépasser leur cadre national.

    5. Ce serait peut-être l’inverse d’un repli que de définir les communautés auxquelles nous tenons.

      Pensez vous qu’une cellule existerait si elle n’avait pas de membrane ?

      On serait très liquides si nos cellules n’avaient pas de membrane, même pas liquides d’ailleurs, on ne serait pas.

      L’analogie biologique est une analogie féconde.

    6. « La Nation n’a jamais été et ne sera jamais mon horizon. »
      Là, Monsieur Leclerc, vous m’interrogez.

      Serait-ce une modification de valeur du fait de la légère petite conjoncture actuelle…???

      Alors, il est clair qu’il est complètement idiot d’être nationaliste pur et dur. La dictature absolue ne rêve de que ça pour être au pouvoir.

      Mais…

      Pensez-vous vraiment à une égalité mondiale entre les humains avec si peu d’intelligence comme nous le voyons encore maintenant..???

      J’ouvre une boite de Pandore et en suis conscient. Mais je pense avoir le minimum de vécu et recul pour savoir que :
      1) aucun système humain n’est parfait. (je laisse la perfection à dieu, il prend « ses » responsabilités)
      2) l’humain a des composantes animales et c’est à la fois bien et mal. Car il est capable du pire comme du meilleur.

      Si par hasard, j’ai mal interprété vos écrits, veuillez m’en excuser et simplement me dire que je me trompe. Je suis capable d’erreur, heureusement.

      1. Je suis tombé dedans quand j’étais tout petit, ce qui m’a plus tard incité à beaucoup voyager, et parfois aussi à vivre hors de mon pays natal, la France, en élargissant à chaque fois mon horizon. Et de vite acquérir la conviction qu’aucun des problèmes dont nous débattons n’a de solution à l’échelle d’un seul pays, quel qu’il soit.

        1. Certes ,mais avant la solution finale il y aura encore des « ajustements » qui sont d’ailleurs garants que ce n’est pas ceux que l’on prétend faire accèder à un monde meilleur qui fassent les frais de l’utopie d’aujourd’hui , réalité de demain .

          Sur ce plan là , je fais plus confiance aux politiques et forces populaires traditionelles ,qui ont en main les cartes cruelles et cyniques des rapports entre peuples , qu’aux antrophologues , aux retraités , aux économistes ,aux mathématiciens , aux écrivains … quelque soit la sympathie qu’ils m’inspirent .Les conseils et nouveaux paradigmes qu’ils offrent aux politiques « ne sont que » des suggestions de battre les cartes autrement . Jusqu’à ce que la partie cesse .

          « L’homme n’est ni ange , ni bête et le malheur veut que , qui veut faire l’ange fait la bête . »

          Mais peut être le malheur donnera-t-il à l’ange des ailes plus vite que prévu et vos voeux seront exaucés .

          1. « … je fais plus confiance aux politiques et forces populaires traditionnelles ». OK, mais lesquelles, avec quel leadership (car il en faut bien un)? D’après ce que peux observer, en France, la seule « force » (combien de divisions?) qui ait dépassé l’horizon de l’état-nation, ce sont les Verts (Europe Ecologie), et ils n’ont pas de programme véritable (ils sont notamment ignares en matière économique et financière). Et il y a quelques chats échaudés par leur parcours dans d’autres formations qui viennent les rejoindre un à un. Ca n’en fait pas une force! Il faut se résoudre à l’évidence: François Leclerc et Paul Jorion font partie de ceux qui ANNONCENT — ils ne sont pas nombreux –, reste à savoir quand et où « on » leur demandera de se PRONONCER politiquement, dans le concret d’un contexte français où le maître mot n’est ni la compréhension, ni la sagesse.

            Mais il y a des réflexes: les Français sont pessimistes quant à l’issue de la crise et épargnent au maximum. Pour l’heure, c’est un réflexe de repli, ce qui ne les protègera guère. Qui va être en mesure de les convaincre de s’ouvrir sur le monde, et de mener l’assaut (intellectuel, moral et politique), comme il y a deux siècles et plus? A leur façon, PJ et FL nous répètent chaque jour: « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et [le monde] est sauvé », mais ils s’en tiennent là. La question est posée: qui? fichtre, qui va incarner cette audace salutaire? Vous en avez une idée dans votre Auvergne natale et votre Savoie d’adoption? Dans ma région (Midi-Pyrénées), personne n’ayant le calibre nécessaire ne me paraît émerger.

            Demandez donc ce qu’en pense votre chatte, elle a peut-être une réponse…

            1. Rappelez-moi d’où sont issus ceux qui ont émergé en 1789.

              Nous ne devrions pas être trop éloignés du profil type. (profaïl’heure in inglich)

            2. Ma chatte me répond qu’elle vous encourage à prendre  » parti » au sens institutionnel , ainsi que Paul Jorion et François Leclerc ( et tous d’ailleurs) . J’ai déjà écrit que je percevais (au moins ) quatre partis en place susceptibles d’être labourés , puis de porter les idées qui s’agitent ici .

              Mais ne comptez ni sur moi , ni sur ma chatte pour créer , ni même souhaiter , un parti ou mouvement qui n’aurait comme seul légitimité les seules paradigmes géniaux , mais encore bien loin du peuple ,qui transpirent de Jorion ou Chouard . Encore moins trouver nécessaire un leader ou une leadeuse charismatique , même si , media obligent ça peut aider .

              Les français , ni « l’homme » , comme on le lit très généreusemnt et hâtivement ici , ne vous ont encore rien demandé, et vous leur avez encore moins dit .

              Quand on en sera là , je vous dirai quel est mon choix sans donner ma langue au chat .

              Rendez vous dans trois mois . Ou plus si occasion ratée .

              1. (je ne comprends pas comment fonctionne le système des réponses; je voulais me mettre à la fin)
                après 20 ans passés au parti socialiste, 3 exclusions, et 2 dissolutions de section, je peux dire qu’il est vain de penser qu’en adhérant à la section de sa ville, on peut modifier les orientations d’un quelconque parti; en disant ça, je ne décourage personne à le faire; au contraire, je dirais comme juan : entrons en politique; pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une chose qu’il faut faire; ça permet de parler ensuite de ce qu’on connait;
                mais les partis ne connaissent que les rapports de force;
                je suis persuadé qu’il faut que ce blog gagne encore en influence, puis négocie son appui d’égal à égal; et si un partenaire privilégié se présente, alors il faudra s’engouffrer dans ses rangs et porter la bonne parole à la base; de toute façon, les partis n’ont plus d’idéologie, n’ont plus de programme; le premier qui sera capable de présenter une ligne cohérente avec ce que les gens vivent et savent remportera la mise;
                il faut que nous soyons 5 à partager cette façon de voir;

              2. @ Juan Nessy

                Si ça peut vous intéresser, je m’apprête à voter Europe Ecologie aux prochaines régionales, mais c’est un peu par défaut (cf. mon post précédent). Je m’intéresse aussi au parcours de Jean-Luc Mélenchon, car il m’est personnellement sympathique, mais il est enferré dans une stratégie électorale aux visées strictement parlementaires. Je n’exclus absolument pas que le sang neuf nécessaire apparaisse dans une autre formation (ou dans toute autre). Le problème est le PS, où il y a des gens de valeur, mais qui ont beaucoup de mal à comprendre la galère où ils sont emprisonnés.

                Au centre et à droite: euh…

                Je voudrais bien qu’on refasse le CNR sur une tout autre échelle, mais on n’en prend pas le chemin.

    7. Nous touchons avec la nation une des notions les plus complexes qui soit, me semble-t-il.

      Je partage le point de vue de François. J’appelle de mes vœux que l’humanité se rende enfin compte qu’elle est une et une seule espèce vivant sur une et une seule planète (fragile au demeurant). C’est un pour moi un des principes fondateur de mes réflexions.

      D’aucuns appelleront cela une utopie face à l’énorme difficulté qui se présente quand on pense à ce but. Je le vois plutôt comme un projet, ambitieux, difficile, quasi impossible vu l’état du monde et le virage absolu que cela représente par rapport à l’histoire.
      Mais le fait que le monde dont on rêve n’existe pas et n’a jamais existé ne doit pas nous empêcher d’y travailler.

      C’est dans cet esprit que je ne vois pas dans le protectionnisme une avancée vers ce monde là.
      Je ne dis pas que ce ne peut pas être une solution « court terme » si par ailleurs les règles du chacun pour soi et du profit ne sont pas modifiées en profondeur (abolies, annihilées, rejetées au temps préhistorique de la pensée et du comportement humain).

      Pour ne donner qu’un exemple concret : le défi de l’énergie qui se présente à nous devrait selon moi donner lieu à un projet international (mondial) de recherche scientifique dont le résultat deviendrait un bien commun de l’humanité, totalement libre d’accès et gratuit.

  19. Quand on parle de protectionnisme on oublie malheureusement de considérer qu’en général les sociétés humaines s’organisent pour faire face aux menaces et aux dangers que leurs individus partagent. Pour cela elles désignent des responsables (l’Etat) chargés d’organiser leur protection.
    Le rôle des états est bien d’assurer la protection de leurs ressortissants, face aux menaces immédiates (invasions, intempéries, maladies, etc) ou latentes (définies de manière évolutive et évidemment subjective). Parmi ces menaces figurent les déséquilibres sociaux et environnementaux liés au déficit ou à l’absence de régulation du développement. Mais qui est responsable de cette régulation, sinon l’Etat ? Et que veut-elle dire, sinon l’adoption de mesures pour protéger la société ?
    La question posée est donc : quelle est la différence entre régulation et protectionnisme ?
    Pour moi il n’y en a pas.

    Bonne année à tous dans un monde régulé !

    1. Ok avec vous, Yves, encore faudrait il qu’il y ait un état et un gouvernement composé d’hommes et de femmes soucieux du bien commun et indépendants des intérêts étrangers. On peut construire une bergerie solide, la cadenasser, mais si le loup est dans la bergerie?

  20. « j’ai déjà eu l’occasion de répondre que cette extraterritorialité par rapport à la morale n’a que beaucoup trop duré et que l’homo oeconomicus est un dangereux sociopathe qu’il convient de mettre hors d’état de nuire sans tarder. »

    Comme si l’homo oeconomicus sans frein, sans limite, recherchait sans cesse à nous montrer inconsciemment qu’il n’était pas du tout le meilleur bon sens à suivre pour les petits, comment mettre hors d’état de nuire et sans tarder toute la somme et le cerveau collectif de l’homme oeconomicus difficile avec ce même langage les mettant toujours principalement en avant au dessus de tous ?

    Tellement plus facile de dénoncer le protectionnisme chez les autres que chez soi, le vocabulaire économique fait même partie de beaucoup de gens, sans cela ils s’écrouleraient subitement, c’est même devenu principalement leur seule essence de conduite, une autre forme de protectionisme beaucoup moins avouable et à reconnaître chez eux
    si vous voyez ce que je veux dire.

    Tout ce beau monde ne repose en fait que sur beaucoup de superficiel, qu’il est beau le langage de ce monde en pleine décomposition morale en pleine faillite, c’est sur on fait moins les fiers maintenant ça rigole déjà un peu moins.

  21. Cher Paul,

    Certainement aucune « bonne » solution ne peut être trouvée contre les effets du protectionnisme puisque cela arrive, encore une fois après la bataille, mais alors il pourrait être bon de s’interroger sur la base, ou la nature, du protectionnisme.

    La solution apparaît fort simple, elle est directement liée à l’État-nation : supprimer l’État-nation et le protectionnisme n’a plus lieu d’être.

    Évidemment cette solution est encore plus radicale que celle de supprimer la spéculation alors mieux vaut ne pas le dire trop fort, n’est-ce pas?

    1. Supprimer l’Etat nation? Et bien allons donc… Vous ne seriez pas payé par la CIA des fois? Je rêve…

  22. Lorsqu’un voleur, un renard, un usurier, un rentier, un autre rond de cuir s’apprête de nouveau à venir chez vous pour vous dérober tous vos biens, toute votre vigne d’un seul coup, tout le travail d’une vie, et puis après basta une fois après avoir tout dérobé, tout saccagé comme s’il n’avait rien fait aussi dans le poulailler, qu’elles sont alors les meilleures mesures à prendre pour qu’ils éprouvent de moins en moins l’idée d’avoir à revenir faire le malin chez vous ? Quel monde de fous quand même et on discute encore avec des renards des mesures à prendre pour les résonner, pour les attraper …

    N’est-ce pas dans la nature des renards, du monde de la finance, de l’argent d’être avant tout des renards et non des hommes et on appelle cela la réussite, la prime au mérite.

    1. Le renard est utile écologiquement parlant, ce n’est plus à démontrer. Il en est de même du loup.

      Le financier est un parasite des sociétés humaines et, aussi, de la biosphère. Il le restera, c’est du moins ce que semble démontrer les évènements des 30 dernières années.

      Il est temps donc de faire évoluer la langue.
      Ne pourrait-on pas utiliser le mot « financier » pour qualifier les gens qui montrent les plus vils cotés de la nature humaine, qui coupent la branche sur laquelle ils sont assis, tout comme dans les siècles précédent les mots « loup » et « renard » étaient utilisés, à tort car nous n’avions pas la culture scientifique ?

      Ce serait « sympathique » pour la Nature qui nous est indispensable de désormais appeler un chat un chat ; du moins quand le chat est domestique et pas sauvage (comme Felis sylvestris et les autres espèces d’Asie et d’Afrique qui sont utiles aussi).

      Merci à tous.

  23. Mauvaise question mauvais raisonnement.

    D’autant plus que le protectionnisme ne peut pas s’avouer, en général.
    Il ne peut pas non plus durer, parce qu’à un moment donner il devient forcément plus intéressant de s’en passer.

    D’autre part il est bien en amont et pas en aval.
    Ou alors l’interdiction des paris sur la fluctuation des prix ne l’est pas non plus …
    (Car tout dépend de l’endroit où l’on se situe … et si l’on parle pure morale , alors presque toute mesure sera en aval)
    Il s’agit en fait de deux choses distinctes de nature très différente.

    Donc, le protectionnisme est une possibilité tout à fait honorable , parmi d’autres.
    Sans lui, qu’il soit déguisé ou affiché, l’homme s’adapte trop rapidement d’un côté en y laissant une part de son âme et de l’autre côté, l’homme n’arrive plus à suivre l’adaptation et finit par perdre également … son âme.

    Un dernier point : la relocalisation semble avoir déjà commencé : preuve à la fois , que le protectionnisme peut être justifié , et que ses forces oeuvrent aussi en silence.

    Bon, c’est tout de même une théorie rafraichissante face au libéralisme névrotique.
    Mais ce n’est pas un système car il contient sa propre contradiction de façon éclatante.

  24. « Je ne sais pas quelle mesure en amont préviendrait les effets que le protectionnisme s’efforce de corriger après la bataille. »

    Excellente formulation !

    Le protectionnisme suppose un monde en guerre économique mais le principe même d’un monde en guerre économique perpétuelle n’y est pas remis en cause. Le protectionnisme comme son nom l’indique vise seulement à se protéger d’un ennemi extérieur. C’est sa grande faiblesse conceptuelle. L’approche de Paul, parce qu’anthropologique et même philosophique, est beaucoup plus globale, car il s’attaque au problème crucial qui est justement qu’il soit encore communément admis que des hommes, des sociétés, devraient nécessairement toujours avoir pour horizon la lutte de tous contre tous produire, « consommer », et tout simplement pour vivre.

    La proposition est bien entendu ambitieuse, trop apparemment aux yeux de certains. Pour moi c’est au contraire ce qui en fait la pertinence, la force. Personne ou presque ne nie plus la finitude de notre planète, l’absurdité de l’exploitation ad libitum de ses ressources, avec les inégalités que cela suppose, bref nous savons tous que nous allons tous dans le mur, et la Chine n’y pourra rien si elle continue sur sa lancée.

    Alors, vu sous cet angle, le protectionnisme n’a-t-il pas quelque chose de vraiment dérisoire, là où il faudrait d’abord une prise de conscience fondée sur une approche tout à la fois philosophique et anthropologique (les deux domaines, en l’occurrence n’étant que deux approches indissociables) ? Une approche qui prenne en compte tous les facteurs qui ont une incidence sur la marche de l’économie. Or s’il est un facteur qui n’a pas été pris en compte c’est bien celui de l’absence de principe régulateur dans la sphère économique qui empêche effectivement l’accès à la moralité. L’accès à la moralité c’est pouvoir se dire que l’on sait ce que l’on fait et que l’on peut en appréhender clairement les conséquences pour soi-même mais surtout pour les autres, pour la société, toutes les sociétés humaines de sorte que les actions ressortissant au domaine économique puissent faire l’objet de jugements, jugements sur pièces sans lesquels il ne saurait y avoir réelle délibération dans un cadre démocratique.

    Aujourd’hui parce que les transactions économiques et financières se perdent dans les limbes d’un monde où toute responsabilité se dissout (sauf après la bataille avec les Madoff & co) certains acteurs économiques croient agir en dehors de la moralité. Or c’est impossible, notre système économique n’est pas une création divine, mais le fruit de la pensée et du travail des humains. La complexité croissante du monde économique et financier (cf. « la dimensionnalité de la monnaie », P. Jorion) a seulement servi de prétexte pour renforcer l’illusion que le monde de l’économie était en dehors de toute moralité. Comment en effet juger des transactions auxquelles participent un nombre phénoménal d’acteurs économiques directs et indirects ?

    Ceux qui ont évoqué depuis le début de la crise de la nécessité de moraliser la finance ont touché du doigt le problème essentiel, mais faute de concepts adéquats pour le faire, leurs souhaits se sont révélés des voeux pieux et autant de coup d’épée dans l’eau. Sans parler que la finance n’est pas toute l’économie. Or il s’agit bien ici, dans la perspective de Paul, de moraliser l’économie dans son ensemble.

    1. > Pierre-Yves D
      « Or il s’agit bien ici, dans la perspective de Paul, de moraliser l’économie dans son ensemble. »

      Lorsque dans ce grand ensemble qu’est l’Union Européenne il n’y a plus guère de frontières, de lois, d’éthique, de morale, de conscience, de justice, de philosophie, de sages, de sagesse, de bon sens, de gens plus courageux aussi
      il leur devient plus facile alors d’échapper aux gens qui n’y connaissent rien, à ce jour les divers comptes des plus grandes banques mondiales n’ont toujours pas été apurés à ce qu’il me semble, reconnus réellement exacts, solides, fiables, tant de protectionnisme bancaire. Et si nous parlions d’abord du protectionnisme bancaire si bien globalisé de ce monde qui à eux, qui leur appartient, vous croyez vraiment qu’ils vont nous laisser comme ça moraliser l’économie, quand bien même notre propos serait moins protectionniste que le leur. Ils achètent et ils vendent, ils achètent et ils vendent à la microseconde et à chaque moment qui passe ils en retirent toujours une somme encore et encore sans guère produire de plus conscience et d’éthique dans leur propre monde, le monde financier. Mais je m’éloigne peut-être du sujet.

    2. Mille fois bravo pour ce « coup de gueule » distingué et pertinent ! Comme toute pratique humaine, l’économie relève de la morale, mais, depuis que l’Occident « colonise » la planète, les discours sont bifides. Tantôt sa moralité est mise au premier plan, (hôpitaux, routes et écoles en Algérie pour des autochtones par ailleurs humiliés), tantôt elle est ravalée au rang de doux rêve quand il s’agit d’exploiter des ressources minières ou une main-d’œuvre bon marché. Alors, quelle opinion se faire quant à la moralité de l’économie ? Facile: la loi appartient au plus fort, c’est lui qui décide de ce qui est moral ou non.

  25. Maurice Allais propose de délocaliser Pascal Lamy, mais aussi, plus sérieusement

    Plus concrètement, les règles à dégager sont d’une simplicité folle : du chômage résultent des délocalisations elles-mêmes dues aux trop grandes différences de salaires… À partir de ce constat, ce qu’il faut entreprendre en devient tellement évident ! Il est indispensable de rétablir une légitime protection. Depuis plus de dix ans, j’ai proposé de recréer des ensembles régionaux plus homogènes, unissant plusieurs pays lorsque ceux-ci présentent de mêmes conditions de revenus, et de mêmes conditions sociales. Chacune de ces « organisations régionales » serait autorisée à se protéger de manière raisonnable contre les écarts de coûts de production assurant des avantages indus a certains pays concurrents, tout en maintenant simultanément en interne, au sein de sa zone, les conditions d’une saine et réelle concurrence entre ses membres associés.

    Un protectionnisme raisonné et raisonnable

    Ma position et le système que je préconise ne constitueraient pas une atteinte aux pays en développement. Actuellement, les grandes entreprises les utilisent pour leurs bas coûts, mais elles partiraient si les salaires y augmentaient trop. Ces pays ont intérêt à adopter mon principe et à s’unir à leurs voisins dotés de niveaux de vie semblables, pour développer à leur tour ensemble un marché interne suffisamment vaste pour soutenir leur production, mais suffisamment équilibré aussi pour que la concurrence interne ne repose pas uniquement sur le maintien de salaires bas. Cela pourrait concerner par exemple plusieurs pays de l’est de l’Union européenne, qui ont été intégrés sans réflexion ni délais préalables suffisants, mais aussi ceux d’Afrique ou d’Amérique latine.

  26. « Mon manque d’enthousiasme pour le protectionnisme est de la même nature que mon manque d’enthousiasme pour la fiscalité progressive : ce sont des mesures correctrices post hoc.  »

    C’est du Rawls, qui va plus loin en affirmant que pour cette raison même l’Etat-Providence social-démocrate est INCOMPATIBLE avec l’idéal démocratique de respect mutuel entre égaux, puisqu’il ne corrige qu’après-coup des inégalités qui n’aurait jamais dû se produire, par opposition à la tâche d’une organisation démocratique qui n’a d’autre but que le maintien de la justice du CONTEXTE social.
    Pour résumer donc la radicalité rawlsienne: le capitalisme et l’Etat-Providence sont incompatibles avec la démocratie.

    Je fais cette précision parce que souvent on « atténue » cette radicalité des positions de Rawls pour des raisons bassement idéologiques et aussi en raison d’une certaine mécompréhension de ses écrits il faut l’avouer (l’extrême-gauche voulant garder le monopole de la radicalité…et préférant ne pas voir en lui un concurrent sur ce terrain-là et les libertariens/libéraux voulant le tirer à eux pour abuser tout le monde).

    « Je ne sais pas quelle mesure en amont préviendrait les effets que le protectionnisme s’efforce de corriger après la bataille, et je demande au cerveau collectif de se pencher sur la question »

    Bon courage au cerveau collectif.
    A part un Etat Mondial avec une fiscalité mise « au pas » et/ou un interventionnisme militaire hardcore partout ou sévissent des régimes politiques incompatibles avec une distribution plus « homogène » des richesses, ce qui est impossible, je ne vois pas d’échappatoire à la guerre économique, dans laquelle le protectionnisme n’est qu’une arme parmi d’autres.
    Mais j’espère me tromper.

    1. Je ne crois pas beaucoup me tromper en disant que nous sommes depuis longtemps en guerre économique.
      Pour preuve : les baisses d’impôts concurrentielles, les dumpings en tous genres,.. etc.
      Simplement, dans le cas présent, l’argent virtuel qui maintenait une distribution de richesse s’est cassé la figure.

      Néanmoins, je vois toujours le protectionnisme comme un effet, et non une cause décidée…

    1. @un passant et @paul

      comme je viens de recevoir le livre « l’argent, mode d’emploi » j’en ai profité pour lire ce qu’écrit Harribey, économiste d’Attac, sur le sujet.

      Pour Harribey, ce qui semble confirmé par ma lecture rapide du livre de Paul, et par une lecture plus approfondie des pages 28 et 29 de ce même livre, l’argent au sens de Paul est l’argent fiduciaire, la circulation de cet argent fonctionnant ainsi:
      Pierre dépose auprès de la banque Dupont un billet de 100 euros, contre une reconnaissance de dette: pas d’augmentation de la masse monétaire bien sûr.
      Paul emprunte auprès de la banque Dupont 100 euros, qu’il demande en billet.
      La banque Dupont lui prête (bien sûr, il faudrait généraliser à des millions de clients) les 100 euros, si la banque pense que Paul est solvable. Là encore, pas d’augmentation de la masse monétaire. Elle espère simplement que Paul le remboursera avant que Pierre ne vienne tenter de reconvertir sa reconnaissance de dette Dupont contre de l’argent sonnant et trébuchant.

      Avec ce raisonnement, 2 conclusions évidentes:
      il n’y a jamais augmentation de la masse monétaire (sauf, bien sûr, si la Banque Centrale décide d’une émission de monnaie fiduciaire supplémentaire)
      Les crises de liquidité se produisent dès que les « Pierre » viennent retirer leur argent avant que les « Paul » ne remboursent leur emprunt.

      En espérant avoir résumé la critique de Harribey et la position de Paul Jorion sur les dépôts et les crédits, sans trop forcer le trait dans un sens ou dans l’autre, et en espérant que cette mini-synthèse peut être utile

      bien cordialement,

      Bruno Lemaire

    2. Critique pas très sympa qui donne l’impression que Jorion n’a rien pigé. Faut dire que ce Jorion, qui sort on ne sait d’où, ose dire, page 105, que les explications de Keynes en ce qui concerne l’intérêt sont « insuffisantes ». Alors bon, on admettra une bonne fois pour toute qu’il n’y a plus, depuis Keynes, de virgule à ajouter à propos des intérêts.

  27. Pourquoi dans ce monde tous les peuples, doivent-ils peu à peu se calquer sur le modèle du plus grand nombre, quel est donc cet idéal qui oblige peu à peu le monde à se conformer à tous, comme si d’ailleurs il n’y avait plus guère d’autre choix. Oui c’est vrai aujourd’hui on ne construit plus guère de frontières et de murs, non on recherche surtout à ce que tout le monde vive pareillement comme tous, autant de nouvelles protections ( globalisations ) et mesures de plus afin que plus personne ne puisse faire autrement, bref un plus grand conditionnel d’existence se mettant en place quoi vous n’êtes pas du tout d’accord avec ce que nous recherchons systématiquement à imposer partout.
    Oui qu’il y a t-il donc de plus dangereux pour l’homme ? Et si contrairement aux idées reçues cette globalisation marchande ne se révélait être en fait qu’un grand piège tendu à l’humanité, oui je me demande entre le vaste mouvement de repli et l’inverse ce qui est vraiment le mieux.

    Car après les frontières, les murs, les langues, et les cultures que faudra-t-il encore supprimer pour rendre ce monde plus conforme à l’idéal commun de Babylone ? A l’inverse la globalisation à outrance sans frein n’a plus aucune limite, pourquoi vouloir tant de conformisme en plus n’est-ce pas déjà assez suffisant à voir ? On attrape bien sur pas mieux le monde avec du vinaigre pour en globaliser quoi, pourquoi, et comment encore ?

  28. Supposons que la mesure phare préconisée par Paul – l’interdiction de tout pari sur les fluctuations de prix des matières premières et des instruments financiers qui ne sont pas nécessaires au fonctionnement de l’économie – soit applicable. Il va de soi qu’une telle mesure ne pourrait être édictée et mise en œuvre que sous l’égide d’un organisme de gouvernance mondiale tel que le G20 (mieux : G plus tous les états de la planète, comme l’a suggéré Stiglitz), SI CELUI-CI FAISAIT PREUVE DE LA VOLONTE POLITIQUE IDOINE, avec l’aide des institutions existantes (FMI, Banque mondiale, OMC, etc., dont les fonctions spécifiques pourraient être redéfinies selon que de besoin).

    A mon sens, la mise en place de cette gouvernance mondiale est la clé de notre avenir économique et écologique, que cela plaise à nos sensibilités européennes ou non. Il s’ensuit que l’exclusion du protectionnisme ne pourrait être décrétée que par une autorité mondiale de ce type, ce qui appelle du même coup la mise en place d’un système utilisant une monnaie d’échange unique basée sur un panier de monnaies représentant authentiquement les plus fortes économies de la planète (US dollar, yen, euro, won, rial, etc., yuan/renmimbi compris, ce qui n’est pas une mince affaire au vu de la résistance chinoise à toute réévaluation du yuan).

    Dans le même temps, l’une des fonctions clé de la nouvelle autorité mondiale consisterait à promouvoir le développement des économies les plus faibles, et, par conséquent, à procéder à une politique de redistribution des surplus (ou avances sur investissement) mondiaux en encourageant notamment une politique de consommation et de développement raisonnée dans lesdites économies, et de soutien aux plus faibles (je pense notamment au Bangladesh et à la plupart des pays d’Afrique, dont les ressources sont très inégalement réparties). La monnaie unique conduirait dans un premier temps à la stabilisation du système d’échanges, et dans un deuxième temps à un nivellement relatif des pouvoirs d’achat respectifs, et ce dans le respect des contraintes environnementales.

    Si cette politique de nivellement était appliquée, ne nous faisons aucune illusion, elle ne se ferait pas que par le haut. Rien que pour résorber les effets actuels de la crise financière et préparer l’économie « environnementale » de demain, le Financial Times déclarait il y a quelques jours que le niveau de vie des Occidentaux devrait diminuer de quelque 20%, sauf à décréter l’annulation de la dette globale. Mais dans le même temps, cette diminution (elle semble inévitable de toute manière) aurait pour conséquence que le manque à gagner correspondant des pays pratiquant un dumping plus ou moins systématique s’en trouverait augmenté d’autant, ce qui les encouragerait à s’atteler sérieusement à la tâche de développer leur marché intérieur.

    En l’absence de l’évolution des structures de gouvernance évoquée plus haut, je ne vois pas d’alternative à un protectionnisme vicieux des uns contre les autres, lequel serait particulièrement délétère pour TOUS, un repli semi-autarcique étant désormais inconcevable, sauf à accepter l’inévitabilité de l’effondrement.

    Quel que soit le cas de figure envisagé (il y a d’autres scénarios possibles que celui que je propose, en tout cas je l’espère), il est impossible de voir le monde par le petit bout de la lorgnette (comment « protéger » les quelques secteurs industriels encore viables en France, par exemple ?). Comme toujours, peut-être le plus grand danger est de persister à voir midi à notre porte. C’est un non-sens depuis pas mal d’années, et ce le serait aujourd’hui beaucoup plus qu’hier.

    L’essentiel est d’assurer une transition la moins troublée possible entre le point A (= ce que nous avons aujourd’hui) et le point B (= ce que nous devons à tout prix établir demain).

    1. « sous l’égide d’un organisme de gouvernance mondiale tel que le G20 »

      Ça, je crains fort que ça ne soit qu’un rêve fou, cher Jaycib, à la mesure des rêves de « grand soir » et de fin de l’Histoire 😉

      Si un jour, il existe une gouvernance mondiale, c’est qu’un pays (ou une petit groupe de pays) sera parvenu à établir durablement sa domination (dictatoriale) sur l’ensemble des populations de la planète. Brrr…

    2. Encore votre « gouvernement mondial » Jaycib? Quand cesserez vous de vous accrocher à cette chimère qui n’a uncun fondement dans la réalité?

    3. Mon cher Yéti, je ne crois guère à la fin de l’histoire et encore moins au grand soir. En revanche, je crois qu’il existe de par le monde des personnes qui réfléchissent et qui seront bien obligées de tenir compte des réalités, surtout celle d’une crise « à plusieurs frappes », pour ainsi dire, la roue dentée tournant à chaque fois vers le bas (dans le sens contraire aux aiguilles d’une montre), et ainsi de suite jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je considère en particulier que la « caste » des hauts fonctionnaires de tous les pays ne se laissera pas embarquer dans une politique à très grands risques que ses dirigeants nationaux respectifs pourraient être tentés d’initier. Et sans leurs « grands commis », les Etats ne sont pas grand chose.

      Il est évident que la Chine attend son heure afin d’asseoir sa domination de façon définitive. Elle prend chaque jour de nouvelles initiatives en ce sens, la dernière en date étant la mise en place de la zone de libre échange de l’Asie du Sud-Est, dont elle espère qu’elle pourra servir de substitut partiel à des USA déliquescents (comme marché). Mais la Chine fait peur, y compris parmi ses plus proches voisins et collaborateurs prospectifs. Et je ne vois ni les Coréens, ni les Vietnamiens, ni les Japonais accepter de se laisser mettre en coupe réglée.

      Si une gouvernance mondiale n’est pas mise en place, il me paraît évident que certains voudront dépecer le monde en trois ou quatre parties soumises à leur domination. On aurait donc au final quoi? Une Asie dominée en bonne partie par la Chine, une Amérique du Nord (plus ou moins alliée à l’Europe, en tout cas c’est son souhait), une Europe allée à la Russie (éventuellement à l’Inde) et aux pays du pourtour méditerranéen, un ensemble sud-américain univoque alors qu’on y tire à hue et à dia de tous côtés? Je ne crois guère à une dictature mondiale « partagée » de cette manière. A tout prendre, je trouve mon scénario plus plausible, même si je n’en exclus pas d’autres… Une chose est sûre: l’Europe à elle seule ne pourra exercer aucun rôle directeur notable, y compris l’Allemagne, aujourd’hui la mieux placée.

      Si l’on veut que triomphe la raison dans un monde chaotique mais où la matière grise ne manque pas nécessairement, la gouvernance mondiale s’imposera tôt ou tard comme une évidence, car c’est le seul système de gouvernement qui soit capable de répondre aux enjeux de la planète menacée. Il faudra en négocier les modalités, lesquelles ne peuvent être prédites dans le détail, et il est possible que ça achoppe sur tel ou tel point majeur. Mais dès qu’il apparaîtra à une majorité de « grands » Etats que l’avenir ne se situe pas dans une domination illusoire (les Chinois sont nombreux, mais je ne les crois pas capables de tout contrôler!), mais dans une forme de « symbiose », ils s’y résoudront. Et alors, contrairement à ce que disait Huntington, l’Histoire pourra enfin (re)commencer!

    4. Vous pouvez éviter les débats et répandre votre propagande. Heureusement l’histoire vous donne tort comme à tous les apprentis-sorciers qui ont développé ce concept avant vous, en particulier les supranationaux européistes qui nous donnent pourtant une assez bonne idée de ce qu’est une entité supra nationale. La même chose pour le monde entier? Non merci. Et il y aura combat, Jaycib, ne vous y trompez pas.

  29. En tant qu’humble synapse du cerveau collectif, je me permets d’apporter ici ma petite réflexion :
    Ce que le protectionnisme tente de juguler, ce sont des conditions de conception et de production de marchandises par trop différentes entre pays ou zones homogènes d’économie qui créent une concurrence faussée sur les prix de vente de ces marchandises. Effectivement, les mesures générales invoquées pour protéger le marché intérieur de cette concurrence jugée à juste titre déloyale consiste en taxes ou barrières diverses à l’importation et rentrent bien dans la catégorie des mesures post hoc.
    Prévenir à la source la formation de ces conditions inégalitaires revient grosso modo à aplanir les différences de coûts salariaux, les charges de protection sociale, les coûts de l’énergie, les niveaux d’émissions polluantes…pour n’en citer que quelques unes. Bref, un travail herculéen ! Personnellement j’ai du mal à voir par quel côté il faudrait s’attaquer à cette montagne et je ne dois pas être le seul.
    Ou alors il faut prendre une approche beaucoup plus macro et rechercher la bifurcation qui, dans la société humaine, a orienté notre devenir et aboutit là où nous en sommes.
    Si nous supposons que l’Homme nait religieux, i-e qu’il n’y a pas de société humaine qui ne soit fondée par le religieux et que ce religieux exerce son office de ciment social (canalisation de la violence) par l’intermédiaire de rites et d’interdits, il faut s’interroger sur ce que sont devenus, dans notre société, ces rites et interdits. Or, et c’est une caractéristique du monde contemporain, rites et interdits, ou leurs succédanés modernes, tendent à s’effacer ou à s’affaiblir ; le « il est interdit d’interdire » de Mai 68 n’est que l’expression verbale de ce constat collectif inconscient. Toutes les tentatives volontaristes pour restaurer la puissance des rites et des interdits se sont soldées par des échecs dramatiques et sanglants (ni Staline ni Hitler, ni Mussolini, ni Pol Pot, ni Pinochet, ni Mao….etc.) Alors, vouloir par un interdit, même de condition supranationale, redéfinir les jeux de la concurrence de plus en plus débridée entre les hommes, j’avoue que je n’y crois pas trop même si je voudrai y croire. Peut-être faut-il d’abord s’entendre et s’interroger sur ce phénomène d’effacement progressif des rites et interdit dans la société mondiale unifiée qui est aujourd’hui la notre et sur les conséquences qu’il implique, à savoir la montée de la violence individuelle. Bref il devient urgent, à mon sens, de comprendre comment une société humaine qui sort du religieux (la bifurcation ?) peut continuer à vivre harmonieusement, i-e sans s’entretuer…

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