L’actualité de la crise : tourner la page ! par François Leclerc

Billet invité.

TOURNER LA PAGE !

Durant toute la journée de lundi, les démentis ont plu de toute part, ne faisant qu’accréditer la rumeur dont avait fait état le Frankfurter Allgemeine Zeitung, un journal qui ne passe pas particulièrement pour faire partie de la presse à sensation. L’Espagne serait au bout du rouleau, un plan d’activation du fonds de stabilité financière européen en préparation. Les mauvais esprits – il n’en manque pas – remarquant que ce scénario rappelait fâcheusement celui de la Grèce, avant qu’elle ne bénéficie d’un soutien longtemps dénié de toutes parts.

Une conférence téléphonique des ministres du G7 avait opportunément eu lieu dans la matinée, dont il était juré qu’elle n’avait pas été consacrée à l’affaire qui mobilisait toutes les attentions. Décidément !

Les rares banquiers et financiers espagnols qui acceptaient de s’exprimer faisaient entendre un tout autre son de cloche : ils reconnaissaient que les banques espagnoles étaient devant le marché international des capitaux comme devant porte close. Plus personne ne voulant se risquer à prêter à un secteur bancaire en pleine crise, sans désormais même faire trop le détail entre ses composantes, faute de visibilité. L’opacité du système financier se retourne contre lui dans les mauvais jours : il est dans l’incapacité de lui substituer la transparence, car elle rendrait encore plus vulnérable.

La BCE s’affirme plus que jamais le seul recours de la quasi totalité des banques espagnoles pour se maintenir à flot, tandis qu’est annoncée pour jeudi une émission obligataire de l’Etat, celui-ci risquant de devoir faire appel aux faveurs de la banque centrale, afin que la souscription se fasse dans des conditions acceptables, faute de mieux. Selon le quotidien El Pais, 16,5% de la totalité des prêts de la BCE sont désormais consentis à l’Espagne, un pourcentage en très rapide progression depuis le mois de mai dernier.

Le sommet européen des chefs d’Etat, convoqué jeudi prochain dans le cadre de la préparation du G20 des 26 et 27 juin, ne se saisira pas nécessairement officiellement du dossier, mais il devra impérativement le traiter. Car c’est non seulement l’Espagne qui est en cause, mais une nouvelle fois tout l’édifice européen. En raison cette fois-ci de l’éclatement de la dette privée espagnole, qui secoue son système bancaire et en impose la restructuration forcée à toutes enjambées, afin d’éviter qu’il ne sombre. Une perspective qui ne fait qu’ajouter aux tensions provoquées par la désastreuse dégradation de la note de la Grèce par Moody’s, qui anticipe par ce geste la nécessité d’une restructuration inévitable de la dette du pays.

Les rapports pleuvent tout autant, qui s’efforcent de chiffrer les expositions des banques européennes au risque. Que celui-ci résulte des obligations d’Etat dont ils regorgent et dont les prix baissent au fur et à mesure que leur rendement croit – en particulier des pays désormais dits à risque – ou des prêts de toute nature qu’elles y ont consenti au secteur privé. Tour à tour, la Royal Bank of Scotland (RBS) et, à tout seigneur tout honneur, la Banque des règlements internationaux (BRI), ont dévoilé des chiffres convergents qui montrent, en particulier, l’énormité des engagement des banques allemandes, britanniques et françaises. Un millier de milliards de dollars auraient été prêtés par ces dernières en Espagne, Grèce, Portugal et Irlande, non compte-tenu de tous les prêts effectués à ceux-ci par un système bancaire européen qui compte un millier d’établissements.

Les marchés, qui sont bien placés pour le savoir, n’ignorent pas par ailleurs que le système bancaire européen est loin d’avoir purgé ses bilans des actifs toxiques résultant du démarrage de la crise financière aux Etats-Unis.

Deux constatations sont tardivement faites à propos du système bancaire européen. Il se révèle extrêmement interconnecté, pris dans des rapports qui ne peuvent qu’évoquer une dangereuse consanguinité, et donc globalement très sensible aux crises nationales. Tous les indicateurs sonnent par ailleurs en même temps l’alarme, annonciateurs de la montée des périls. Chaque jour plus fréquentés, les facilités de dépôt de la BCE, sont tous les soirs un havre pour les liquidités bancaires, le pire des signaux possibles. Il est également à noter que les compagnies d’assurance, qui semblaient étonnement épargnées, en viennent à manifester à leur tour des accès de faiblesse. C’est le cas d’Axa, qui a annoncé vendre des actifs britanniques auparavant considérés comme stratégiques, afin de se renflouer.

La glissade engagée avec la Grèce se poursuit donc en Europe, dans la crainte qu’elle finisse par devenir incontrôlée. Mais la riposte engagée par les gouvernements continue de ne pas être à la hauteur des enjeux et à se tromper de cible.

Le gouvernement italien vient à ce propos de briser un tabou, que la crise espagnole rendait de toute façon de plus en plus impossible à respecter. Dans le cadre de la préparation du sommet européen de jeudi, Franco Frattini, ministre des affaires étrangères, vient de déclarer que “L’Italie est prête à refuser de donner son accord (au texte de la déclaration finale) s’il n’y a pas une référence à la dette globale, pas seulement à la dette publique, mais aussi à la dette privée”. “Ne parler que de la dette publique reviendrait à se priver de nombreux éléments qui devraient renforcer cette stratégie”, a-t-il ajouté. Contrairement à l’Espagne, l’Italie a en effet une dette privée relativement contenue, alors que sa dette publique est parmi les plus élevées d’Europe, 115,8% du PIB.

A ce sujet, la grande question des stress tests des banques continue d’agiter le monde de la finance. Josef Ackerman, P-DG de la Deutsche Bank, vient de déclarer qu’il serait extrêmement dangereux de rendre public leurs résultats. Et pour cause ! Ce n’est en effet pas uniquement par respect au culte du silence qui prévaut hors du sérail dans le monde financier que celui-ci est réclamé. Rien qu’en Allemagne, le réseau des banques régionales (des Länder) continue d’être très atteint en raison de sa détention en grande quantité d’actifs toujours en attente d’être dévalorisés.

Quand, par ailleurs, la Société Générale française annonce que son plan stratégique, intitulé en toute modestie « Ambition », vise les 6 milliards d’euros de bénéfice net en 2012, doublant son objectif 2010, et que parallèlement les actifs gérés en extinction (c’est à dire invendables) n’auront un impact que de 0,7 à 1 milliard sur le résultat net en 2010, on est en droit de s’interroger sur la valeur de ces projections. Surtout quand il est précisé par la banque que la taille de ce portefeuille d’actifs toxiques sera réduite d’uniquement 60%, et ce d’ici seulement 2015.

Enfin, il ne peut être mis entre parenthèses dans l’évaluation de la situation des banques qu’elles seraient bien en peine de lever sur les marchés les capitaux que nécessiterait la reconstitution de leurs fonds propres, si les stress tests devait en révéler la nécessité. Frilosité des investisseurs oblige, qui constatent la dégringolade des valeurs financières intervenue en Bourse ces derniers temps.

Sur le devant de la scène, nous assistons pendant ce temps-là à de bien curieux spectacles. En premier lieu celui de l’aveugle qui à Berlin a soutenu la paralytique, la principale préoccupation de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel semblant être de camoufler à tout prix leurs désaccords et non de rechercher une issue convaincante à la crise européenne. Se concentrant sur les compromis qu’ils peuvent passer, tout en évacuant ce qui reste irréductible et qui est l’essentiel.

Mettant en avant à peu de frais un accord à propos de la taxation des banques et des transactions financières – dont ils savent pertinemment qu’il sera retoqué à Toronto lors du G20 – ils se réfugient derrière une gouvernance économique de l’Union européenne, qui a pourtant fait dans la dernière période la preuve flagrante de sa paralysie, sinon de son inanité. Une capitulation sans gloire de Nicolas Sarkozy, dont on se demande si la contrepartie obtenue ne serait pas une certaine mansuétude allemande à propos des mesures d’austérité floues qu’il a fait annoncer par son premier ministre. L’heure est aux effets d’annonce, une fois de plus.

En alternance, un autre spectacle nous est présenté par la commission de Bruxelles, qui annonce le lancement d’une consultation publique. L’idée est que, “en cas de développements négatifs qui constituent une menace sérieuse pour la stabilité financière ou pour la confiance du marché envers un pays membre ou l’UE”, les autorités nationales pourraient de manière temporaire « interdire ou imposer des conditions » pour les ventes à découvert et les transactions sur les CDS. Afin de diminuer encore la portée de cette éventuelle mesure, il est proposé de donner un rôle de coordination à la future autorité européenne chargée de superviser les marchés financiers (ESMA), qui est censée être constituée l’année prochaine, afin qu’elle donne son avis à ces mesures qui seraient limitées à trois mois dans tous les cas. Encore un effort !

En retard d’une crise, Herman Van Rompuy, le président de l’Union européenne, a mis en cause les « excès d’indulgence » qui ont prévalu durant les onze premières années d’existence de l’euro, dans un entretien au Financial Times. “Cela a fait l’effet d’un somnifère. On ne s’est pas rendu compte des problèmes sous-jacents”, a-t-il estimé, voulant évoquer par là les facilités que la monnaie unique avaient offertes aux Etats sur le marché obligataire, oubliant ou ne voulant pas voir le reste du panorama, du côté du privé, comme s’il portait des oeillères. Il regrette maintenant que les marchés « surréagissent », selon lui, exprimant non sans naïveté la position des hommes politiques qui se sentent dépassés ou trahis par ceux-ci et qui voudraient les punir, mais tout de même pas trop sévèrement. Se raccrochant à des valeurs sures, comme l’austérité, ne se rendant pas compte, tout à leur stratégie d’occupation du terrain, qu’ils appuient eux-mêmes ainsi sur la détente du mécanisme auquel ils ne savent pas ou ne veulent pas faire face.

Récitant sa leçon afin de justifier cette stratégie reposant sur le miracle annoncé de la réduction des déficits publics, Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, estime qu’il faut aller jusqu’à l’équilibre. Le déficit zéro, si on le prend au pied de la lettre. Car sinon, « on ne ramènera pas la confiance chez les entreprises et les particuliers”. Et, “si on ne ramène pas la confiance, on ne réussira pas a retrouver une croissance solide”. A ce niveau pénétrant d’analyse, les esprits se figent, les corps se tendent.

Un rapport de l’OCDE et la Cnuced (ONU), qui vient d’être publié, pourrait s’il en était tenu compte remettre les idées en place. Analysant les politiques anti-crise des gouvernements du G20, il estime que, “en date du 20 mai, le montant total des engagements publics – à travers des actions, des prêts et des garanties – dépassait les mille milliards de dollars”, précise-t-elle. On est loin devant du montant des aides directes aux banques, dont le remboursement – quand il est intervenu – sert de prétexte à leur donner quitus.

Aujoud’hui pas encore entreprise, la digestion de ces mille milliards en est au stade des voeux pieux. Pour accompagner celle de la bulle privée, qui n’est qu’en cours et plus douloureuse que prévue. Les placards sont pleins d’actifs dont on ne sait pas quoi faire, car ils empoisonneraient l’air libre s’ils en étaient sortis. On les trouve dans les banques centrales, les banques et compagnies d’assurance ou encore chez Fannie Mae et Freddie Mac, aux Etats-Unis.

Un nouveau tour de passe-passe va-t-il être trouvé pour gagner du temps, tel un accommodement de plus avec le Seigneur ? Ou bien faudra-t-il, dans la douleur, se résoudre à un jour entrouvrir ces portes pour tenter de sauver le grand malade qu’est le capitalisme financier en le réformant profondément ? Ou bien encore, celui-ci, faute de s’y résoudre ne va-t-il pas continuer à imploser, nous gardant en otage ?

Il restera toujours une autre issue : tourner la page !

Partager :

224 réflexions sur « L’actualité de la crise : tourner la page ! par François Leclerc »

  1. Je vais quelque fois sur ce blog et je ne vois rien de bien différent dans le traitement réel et caché de l’information.
    Cela fait 20 ans que j’habite l’Espagne et je ne comprends absolument rien aux statistiques et divinations que prévisionnistes, presse financière et bloggeurs en tout genre diffusent sur l’Espagne.
    1- Il est de notoriété publique que l’économie souterraine espagnole est importante. Le ministère de l’économie reconnaît officiellement 23 %. En réalité elle est beaucoup plus proche de 30 % voire plus. Donc on se fonde sur un PIB fictif, le réel est beaucoup plus important.
    2- Autre réalité concernant les fameux 20 % de chômage : au début des années 2000 le chômage, structurellement important et bien entendu en relation avec l’économie souterraine (mais il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir), avait été ramené vers les 11 % grâce aux « contratos basura » (contrat ordure) d’une durée de 3 ans. Avec l’arrivée de la crise fin 2008, les entreprises n’ont pas attendu les mauvais résultats pour licencier en un tournemain mais maintenant l’emploi au black. Attention je ne dis pas que cela correspondant à la différence mais ce que je dis c’est qu’en réalité c’est très inférieur à ce qui est présenté. Mettez simplement en ligne 20 % de chômeur, 25 % d’économie souterraine…
    3- La dette publique espagnole sera selon l’OCDE de 68,2 % de son PIB officiel en 2010 contre 127 % pour l’Italie, 106 % pour la Belgique, 94 % pour la France, 89 % pour la grande Bretagne, 84 % pour l’Allemagne, 89 % pour la Zone Euro… Quelle analyse en fait-on ?
    4- La dette privée représenterait 178 % de son PIB. Si la dette publique est remboursée par la fiscalité (et quand l’espagnol consomme que ce soit avec de l’argent ayant payé l’impôt ou non, il paie la TVA), la dette privée elle est remboursée par l’ensemble des revenus quelque soit leur provenance. Et que je sache l’Espagne concentre à elle-seule plus de 50 % des billets de 500 € en circulation. La vraie question : la dette privée espagnole peut-elle être remboursée ?
    Tout ça pour dire que toutes vos statistiques, raisonnements et prévisions sont règlementés par un code qui se fonde sur la facilité des chiffres officiels car la réalité est plus difficilement appréhendable et sur une amnésie quant à s’interroger sur qui a intérêt à cette mascarade (je l’utilise comme masquer la réalité). Et bien entendu à force de crier au loup…
    Résultat : les capitaux chinois vont s’investir massivement en Grèce dans l’aéroportuaire, la construction navale, la logistique… à quand leur arrivée en Espagne ?

    1. Comme je l’ai écrit il y a quelques jours, j’ai rencontré dans un hôtel à côté de Vigo un groupe de chinois qui venaient pour acheter une usine.

    2. Les prêts et les investissements doivent se référer à des chiffres.
      Même faux ils sont validés par leur annonce officielle.
      Il y a peut-être une grosse part souterraine et non dite de l’économie espagnole, celle qui résulte de l’immigration sudaméricaine et maghrébine.
      Cà fait du monde sousterrain importé lors de la bulle immo et lors des bulles saisonnières de cueillette.

    3. Et sur les 1,6 millions de maisons et apparts vides, vous n’en parlez pas? Sur la situation critique des banques en général et des Cajas de Ahorros en particulier, non plus? Et sur le coût astronomique des 17 autonomies?

      Sur la situation de l’Espagne, lisez ça:

      http://www.gestionsuisse.com/2010/espagne-la-chute/

      Et sur les vrais chiffres de l’économie espagnole, lisez ça:

      http://www.cotizalia.com/disparate-economico/semana-hacia-abismo-20100531.html
      http://robertocenteno.es/disparates/disparate090410.html

    4. J’ai du mal à saisir le sens profond de votre post.
      Que l’Espagne, comme l’Italie ou la Grèce, ait conservé une tradition bien ancrée d’économie parallèle qui lui offre une avance relative pour amortir provisoirement la chute de l’économe officielle, c’est pas un scoop!
      Le revers étant que les chiffres officiels donnés en pâture au marchés s’en trouvent dégradés d’autant…
      Quant aux billets de 500 E, tous les experts du TRACFIN et les policiers de la section financière de la PJ savent très bien que leur nombre en circulation est strictement corrélée avec l’activité immobilière. Et là effectivement, l’Espagne sort d’une période hors norme, toutes époques ou régions du monde confondues! Si on rajoute ceux issus des traffics de stupéfiants pour lesquels l’Espagne et très dynamique, ça fait du gros bifton en pagaille…
      À moins que vous ne préfériez peut-être une éventuelle réalisation de vos actifs en Espagne en liasses compactes, je vois mal pourquoi vous vous plaignez de la diffusion de chiffres, qui effectivement vont attirer des d’investissements chinois, sûrement guère plus toxiques que les soutiens allemands, français ou hollandais aux bulles immobilières…

    5. Mais vous n’y songez pas !
      Comment Wall Street va-t-elle prélever sa dîme sur une économie sous-terraine (grise) ?

    6. Et tous ces yatchs sous pavillon britanique -uniquement pour ne pas avoir à déclarer son équipage…. ?

  2. Pourquoi, alors que tout semble aller si mal (Espagne, Grèce), tout apparaît aller si bien (Euro, Marchés actions, données économiques US) ?

    Je ne comprends décidément plus rien à ce système….à regarder la courbe des marchés financiers, tout va pour le mieux, une reprise solide est là.

    Or, je sais que le bon sens indique tout l’inverse!!

    Serait-ce là une ultime opération “kamikaze” des “marchés” ?

    1. Le conte (compte?) de la folie ordinaire.
      Les bourses , le (les) marché(és)…liquidité,solvabilité,volatilité, rapidité.
      Certains jours les variations de cours reposent sur des échanges trop faibles pour être significatifs.
      Tout est plus ou moins bidon au point que les masses monétaires sont non mesurables.
      On ne sait qui est à quoi et on confond les millions et les milliards (M€ Vs Mds€) sans s’en rendre compte, comme dans l’étude trop rapide des tableaux de Money Week.

    2. Quand tout va mal dans le monde réel -> tout va bien sur les marchés boursiers
      Donc quand tout va bien dans le monde réel -> ???

      Énigme à résoudre – prenons un peu de recul:

      En réalité c’est tout simplement dû au fait que les médias sont contrôlés par la finance. Une succession de bonnes puis de mauvaises nouvelles font fonctionner la VOLATILITÉ.

      C’est quand les cours varient que la finance gagne de l’argent, pas quand ça monte.

      Cela marche comme une pompe.

  3. La bouée de sauvetage “mirage kamikaze” en preparation :

    Zone euro: reprise du marché de la titrisation est “cruciale” (responsable BCE)

    Francfort (awp/afp) – La reprise du marché de la titrisation, une pratique bancaire qui s’est trouvée au coeur de la crise financière, est “cruciale” pour relancer le crédit mais plus de transparence est nécessaire, a estimé mardi un haut responsable de la BCE.

    “La reprise du marché de la titrisation est cruciale” pour soutenir le besoin de refinancement des banques et in fine l’allocation de crédit à l’économie réelle, a dit José Manuel Gonzalez-Paramo, membre du directoire de la Banque centrale européenne, dans un discours à Londres communiqué à l’avance à Francfort.

    Les 20 plus grands instituts bancaires de la zone euro ont environ 800 milliards d’euros de dettes de long terme devant être refinancées d’ici fin 2012, soit plus de la moitié de leurs dettes d’une maturité de plus d’un an arrivant à échéance, a rappelé l’Espagnol.

    La titrisation consiste à transformer des actifs financiers tels que des créances en titres financiers émis sur les marchés de capitaux: on parle ainsi de titres adossés à des actifs (+asset backed securities+, ou ABS).

    Cette pratique est indispensable aux banques pour se refinancer et ainsi dégager des fonds pour le crédit.

    Ce marché s’était effondré pendant la crise financière commencée à l’été 2007 avec la débâcle des crédits hypothécaires (+subprime+) aux Etats-Unis.

    Il a été maintenu en vie grâce notamment aux banques centrales comme la BCE, qui a massivement accepté des ABS comme garantie (collatéral) des banques désireuses de se refinancer auprès d’elle.

    Mais cet interventionnisme de la BCE ne saurait être une stratégie à long terme, selon M. Gonzalez-Paramo.

    Même si des signes de reprise de la titrisation se dessinent depuis le début de l’année, le marché reste marqué par la faiblesse de l’offre et de la demande, a constaté M. Gonzalez-Paramo.

    Il faut développer des titres “transparents, comparables et simples” adossés à des actifs “avec des critères de qualité élevée”, a insisté M. Gonzalez-Paramo.

    Des initiatives du secteur public mais aussi du privé sont requises pour restaurer la confiance sur ce marché, a ajouté l’Espagnol…..

    http://www.romandie.com/infos/news/201006161330050AWP.asp

  4. C’est bien de parler d’argent virtuel, mais l’argent, que les épargnants ont déposé à un guichet pour acheter des obligations ou des actions, était bien de l’argent en bonne et due forme.
    Ce sont les papiers qu’on leur a donnés en échange qui ne valaient rien ! Il s’agit donc bien d’argent vrai qui a changé de poche ! Quand on parle d’argent virtuel, cela a l’air de relativiser les choses. Pourtant, les épargnants ont vu bel et bien s’évaporer 30% de leurs économies. Si cet argent est aussi virtuel que cela, qu’on le remette sur leurs comptes en banque et on n’en parlera plus !
    Quant aux valeurs en papiers équivalant à de la monnaie de singe que les banques ont encore dans leurs coffres parce qu’elles les ont achetées à Wall Street et qui ne valent rien, qu’elles envoient des hommes de main réclamer leur argent en monnaie sonnante et trébuchante ! C’est ainsi qu’on réglait les choses à une certaine époque. Ils seraient peut-être déjà moins fiers, les vautours qui se moquent des Européens ! Les agences de notation pourraient alors quantifier le risque pour les banquiers de Wall Street de se faire casser la figure. Ce serait probablement plus efficace en cette période d’impunité à tous les niveaux !

    1. Il semble, en effet, y avoir 2 mondes : celui des travailleurs avec de l’argent “vrai” lié à la réalité et celui des financiers avec de l’argent “faux” basé sur du virtuel.
      Intriquer et faire coïncider les 2 relèvent de la névrose !

    2. Merci Senec de participer à cet oeuvre alchimique qui transmute l’argent virtuel des banques en balles réelles sur le champ de bataille.
      Nous manquons d’homme de main de votre trempe.
      Je suppose que vous disposez de l’adresse de Wall street? C’est comme le Portsalut, c’est marqué dessus.

  5. On n’a encore rien vu.
    Car si les états font défaut les 1300 milliards d’assurance-vie souscrites chez les assureurs et les banques françaises qui sont composés d’obligations seront aussi virtuels.
    Or cet “argent” est en général utilisé comme complément de retraite;sommes thésaurisées par précaution par les fourmis qui pensaient avoir une retraite trop faible.
    La recommandation faite par certains de rayer la dette d’état est de ce fait caduque.
    De nombreux citoyens ignorent que leurs actfs sont en réalité composés d’obligs que les zinzins acquièrent à leur place…en euros.

    1. Les assurances vies sont cuites comme les fonds de pensions, après tout ce n’était pas acheter un actif mais acheter une dette, qui raisonnablement peut penser que ce système va tenir indéfiniment dans un monde où les jeunes n’ont plus d’avenir sauf à être des serfs, et où les retraites vont disparaître pour la grande majorité pour devenir un nouvel RMI ?

  6. C’est bien ce que dis : l’art de la divination et des chiffres faux pour corroborer une thèse. Le stock d’appartements en vente en Espagne est d’environ 700.000 et je veux bien admettre quelques centaines de milliers supplémentaires mais de là à arriver à 1.6 millions !vaya! et il ne reste presque plus rien sur le marché en ce qui concerne les appartements de protection sociale. Quand on veut tuer son chien…À ce niveau d’imprécision, il est vraiment inutile d’essayer d’appréhender la réalité et c’est perdre son temps! un petit tour pour rien.

    1. C’est pas trop dur de passer du paradis hispanique à la parade hispanique puis au paradis s’panique? Ça à l’air un peu dur l’atterrissage pour vous…

    2. Puisque vous savez lire l’espagnol, lisez ça:

      “Para Business Insider, “el inventario de viviendas sin vender es seis veces peor que en América” -si se tiene en cuenta el nivel per cápita-. Y es que hay en estos momentos 1,6 millones de casas colgadas en España…

      http://www.cotizalia.com/noticias/nueve-razones-espana-economia-muerta-viviente-20100616.html

      Et en anglais:

      9 Reasons Spain Is A Dead Economy Walking

      http://www.businessinsider.com/why-spain-is-a-dead-economy-walking-2010-6#1-over-20-of-the-workforce-is-unemployed-1

    3. Que faites vous des contructions qui ne sont pas achevées et qui ne le seront jamais, et par seulement dans les zones touristiques ?

    4. Juan Lucas, vos chiffres sont ceux du gouvernement?

      (Je trouve étrange votre intervention. Vous travaillez pour l’Ambassade d’Espagne à Paris et vous avez peur des vérités qui se disent sur le premier blog économique de France?)

  7. Il n’y a pas que le Frankfurter Allgemeine, “Die Zeit”, journal hebdomadaire important, est assez pessimiste en ce qui concerne la situation de l’Espagne, des papiers confidentiels font une analyse analogue arrivent à la même conclusion: la situation pathogène de ce pays s’enlise, sans que les autorités soient en mesure de trouver une issue à court ou moyen terme. Il y a encore de nombreux bombes à retardement dans le paysage économique de l’Espagen (et ailleurs). Le grand breakdown serait peut-être déjà réalité, mais les gouv. font tout pour gagner du temps, mais du temps pour quoi faire?

    1. La solution pour l’Espagne existe mais elle ne peut pas être envisagée dans le cadre intellectuel et juridique de notre époque.

      Il faut renoncer à rembourser une partie des dettes, remettre le prix du marché immobilier à un niveau accessible à tous, augmenter les bas salaires, nationaliser les banques, exproprier les riches, cesser de produire des fruits et légumes qui empoisonnent les populations avec les produits chimiques achetés dans le monde entier, abandonner l’euros.

      Rien de cela ne pourra se faire sans le retour de la Révolution espagnole.

      Je me réveille : rien ne va se faire et la récession va s’installer durablement dans ce qui aurait pu être un bel endroit pour vivre et qui est devenu une sorte d’enfer, comme ailleurs.

  8. USA: Gates et Buffett incitent les riches à donner la moitié de leur fortune

    NEW YORK – Les deux Américains les plus riches, Bill Gates et Warren Buffett, ont annoncé mercredi qu’ils allaient tenter de convaincre leurs paires millionnaires et milliardaires de donner, comme ils comptent le faire, la moitié de leur fortune à des oeuvres de charité.

    Dans un article publié par le magazine Fortune, MM. Gates et Buffett révèlent que l’idée a germé lors d’un dîner organisé à New York en mai 2009, auquel ont notamment participé le maire de la ville Michael Bloomberg et l’animatrice de télévision Oprah Winfrey.

    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jNaTiXGtQFPqdJxcQINKi0Y8EHnw

    Y en a qui font leur nuit du 4 août … ou se donnent bonne conscience.

    1. Ils ont juste la trouille !
      Ils pensent que les pauvres hères leur seront reconnaissants.
      Il leur eut fallu cèder 90% de leurs $Mds et vivre sans yachts depuis longtemps pour être considérés comme bienfaiteurs.

    2. Donner ce qui ne sert à rien à des oeuvres de charité, ou le faire croire, ce ne serait pas pour acheter le salut de leurs âmes ?

  9. Ou l’on en apprends de belles!

    “”””Immixtions de l’Elysée

    Mais les révélations de Mediapart ne s’arrêtent pas là. Car le site signale que ces enregistrements dévoilent des “opérations financières destinées à échapper au fisc”, des “relations avec le ministre Woerth et son épouse” (celle-ci a géré entre 2007 et 2010, au sein de la société Clymène, la fortune de Liliane Bettencourt) et “des immixtions de l’Elysée dans la procédure judiciaire”.

    On apprend ainsi qu’Eric Woerth a permis à l’Institut d’obtenir un bâtiment de l’Hôtel de la Monnaie, où doit être construit un auditorium ‘André Bettencourt’, du nom du défunt mari de Liliane. On apprend aussi que Liliane Bettencourt, à la demande de Patrice de Maistre, le gestionnaire de sa fortune, a signé des autorisations de paiement à Valérie Pécresse, Eric Woerth et Nicolas Sarkozy, car, précise le gestionnaire, “en ce moment, il faut que l’on ait des amis”.””””

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20100616.OBS5617/les-enregistrements-prouvent-que-bettencourt-est-sous-emprise.html

  10. Spanish banks are borrowing record amounts from the European Central Bank.

    According to FT, Spanish banks borrowed €85.6bn ($105.7bn) from the ECB last month. This was double the amount lent to them before the collapse of Lehman Brothers in September 2008 and 16.5 per cent of net eurozone loans offered by the central bank.

    “If the suspicion that funding markets are being closed down to Spanish banks and corporations is correct, then you can reasonably expect the share of ECB liquidity accounted for by the country to have risen further this month,” said Nick Matthews, European economist at RBS.

    Bottom line: This is nothing but a sign of a run on Spanish banks. They can’t get funding in the markets and there is a steady withdrawal of funds from the banks. For all practical purposes, the ECB is supporting the Spanish banking system with life support measures. This means that the ECB will have to drain funds from elsewhere in the system to sterilize this rescue operation. Without sterilization the effort becomes very inflationary, with sterilization the effort distorts the entire EU economy. It’s all destabilizing.

    The only reasonable alternative is to allow the Spanish banks to go into bankruptcy and restructure.

  11. C’est inquiétant l’humour noir est monté d’un cran depuis quelques semaines sur le blog.
    Pierre et Vigneron, et même François, insensiblement de plus en plus caustique, s’en donnent à coeur joie, si j’ose dire.
    Curieusement Paul en fait moins qu’avant sur ce terrain, se fait plus grave, devons-nous craindre l’imminence d’un désastre ?

    AH si les révolutions pouvaient être pacifiques ! J’y souscrirais dare dare.
    Les puissants, autrement appelés décideurs, mettent un peu d’eau dans leur vin, pour nous faire avaler l’amère potion, pour qu’on se tienne tranquilles. Poudre aux yeux. La colère est grande. Ne baissons pas la garde. La gravité et l’humour pour seuls viatiques.

    1. Les révolutionnaires sont des être humains pacifiques que la dictature, aujourd’hui du capital, a obligé à se taire, se vendre ou se défendre.
      Question de circonstance et d’intégrité.

    2. Le flot perpétuellement renouvelé des émigrants fit régner la panique dans I’Ouest. Les propriétaires tremblaient pour leurs biens. Des hommes qui n’avaient jamais connu la faim la voyaient dans les yeux des autres. Des hommes qui n’avaient jamais eu grand-chose à désirer voyaient le désir brûler dans les regards de la misère. Et pour se défendre, les citoyens s’unissaient aux habitants de la riche contrée environnante et ils avaient soin de mettre le bon droit de leur côté en se répétant qu’ils étaient bons et que les envahisseurs étaient mauvais, comme tout homme doit le faire avant de se battre. Ils disaient : ces damnés Okies sont crasseux et ignorants. Ce sont des dégénérés, des obsédés sexuels. Ces sacrés bon Dieu d’Okies sont des voleurs. Tout leur est bon. Ils n’ont pas le sens de la propriété.

      Et cette dernière assertion était vraie, car comment un homme qui ne possède rien pourrait-il comprendre les angoisses des propriétaires? Et les défenseurs disaient : ils apportent des maladies avec eux, ils sont répugnants. Nous ne voulons pas d’eux dans nos écoles. Ce sont des étrangers. Vous accepteriez que votre sœur fréquente un de ces êtres-là?

      Les indigènes se montaient la tête et s’excitaient mutuellement jusqu’à n’être plus que haine et cruauté implacables. Alors ils formaient des sections, des escouades et les armaient de matraques, de grenades à gaz, de fusils. Le pays nous appartient. Il faut leur serrer la vis à ces maudits Okies. Et les hommes auxquels on avait donné des armes n’étaient pas des propriétaires, mais ils finissaient par se figurer que le pays leur appartenait. Les petits employés. qui faisaient du maniement d’armes la nuit n’avaient rien à eux, les petits boutiquiers ne possédaient qu’un plein tiroir de dettes, mais une dette c’est encore quelque chose à soi, et une bonne place c’est quelque chose à quoi on tient, L’employé se disait : je gagne quinze dollars par semaine. Si jamais un de ces sacrés Okies accepte de travailler pour douze dollars. Je serai frais; et le petit boutiquier se disait : jamais je ne pourrais lutter contre un homme qui ne serait pas endetté.

      Les émigrants déferlaient sur les grand-routes et la faim était dans leurs yeux et la détresse était dans leurs yeux. Ils n’avaient pas d’arguments à faire valoir, pas de méthode; ils n’avaient pour eux que leur nombre et leurs besoins. Quand il y avait de l’ouvrage pour un, ils se présentaient à dix – dix hommes se battaient à coups de salaires réduits.

      Si ce gars-là travaille pour trente cents, moi je marche à vingt-cinq.

      Il accepte vingt-cinq? Je le fais pour vingt.

      Attendez… c’est que j’ai faim, moi. Je travaille pour quinze cents. Je travaille pour la nourriture. Si vous voyiez les gosses, dans quel état ils sont – ils ont des espèces de clous qui leur poussent; à peine s’ils peuvent remuer. Leur ai donné des fruits tombés et maintenant ils ont le ventre enflé. Prenez-moi, je travaillerai pour un morceau de viande.

      Bonne affaire. Les salaires baissaient et les cours se maintenaient. Les grands propriétaires se frottaient les mains et envoyaient de nouveaux paquets de prospectus pour faire venir encore plus de monde. Les salaires baissaient sans faire tomber les prix.

      D’ici peu, nous serons revenus au temps des serfs.

      Là-dessus, les grands propriétaires et les Sociétés Foncières eurent une idée de génie : Un grand propriétaire achetait une fabrique de conserves, et dès que les pêches et les poires étaient mûres, il faisait baisser les cours au-dessous du prix de revient. Et en qualité de fabricant, il se vendait à lui-même les fruits au cours le plus bas et prenait son bénéfice sur la vente des fruits en conserve. Mais les petits fermiers qui n’avaient pas de fabriques de conserves perdaient leurs fermes au profit des grands propriétaires, des Banques et des Sociétés propriétaires de fabriques. Les petites fermes se raréfiaient de plus en plus. Les petits fermiers allaient habiter la ville, le temps d’épuiser leur crédit et de devenir une charge pour leurs amis ou leurs parents; et finalement ils échouaient eux aussi sur la grand-route, où ils venaient grossir le nombre des assoiffés de travail, des forcenés prêts à tuer pour du travail.

      Et les Sociétés et les Banques travaillaient inconsciemment à leur propre perte. Les vergers regorgeaient de fruits et les routes étaient pleines d’affamés. Les granges regorgeaient de produits et les enfants des pauvres devenaient rachitiques et leur peau se couvrait de pustules. Les grandes Compagnies ne savaient pas que le fil est mince qui sépare la faim de la colère. Au lieu d’augmenter les salaires, elles employaient l’argent à faire l’acquisition de grenades à gaz, de revolvers, à embaucher des surveillants et des marchands, à faire établir des listes noires, à entraîner leurs troupes improvisées. Sur les grand-routes, les gens erraient comme des fourmis à la recherche de travail, de pain. Et la colère fermentait.

      John Steinbeck, Les raisins de la colère, Chapitre XXI

    1. Il y a une unique solution : ne pas faire de nouveaux emprunts, c’est à dire ne pas rembourser les anciens !

      Le jour où cela va se produire est de toute manière pour bientôt.

  12. D’après le Daily Mail (ok, ce n’est pas le FAZ ou le FT), Barroso aurait évoqué devant des responsables syndicaux les risques d’émeutes et de coups d’état militaires qui peuvent survenir dans les pays du sud de l’Europe, dus aux envolées des taux et à l’effondrement des services publics au cas où ces pays ne puissent plus se financer. D’après lui, ils n’ont d’autre choix que de sortir leurs plans d’austérité.

    Sale chantage ou réelle inquiétude ?

    A lire ici.

Les commentaires sont fermés.