SORTIR LA FINANCE DE LA NUIT CONCEPTUELLE, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité

Zebu a témoigné de son adoption du concept d’option comme matrice du prix juste. Cedric Mas lui a emboité le pas en définissant le nominal de l’option d’économie juste. Pour parfaire cet édifice de la valeur réelle de la démocratie, il faut poser la règle d’évaluation de la prime d’option d’économie juste. Cette règle est le produit de la démocratie à la condition de différencier par la discussion la réalité conceptuelle de la réalité physique. La discussion de la réalité est un choix moral, c’est à dire une option, et non un fait donné indiscutable en soi.

L’effondrement en cours du système financier mondialisé est la conséquence d’une commode illusion conceptuelle construite sur les insuffisances de la démocratie. La finance hors la loi nationale convainc la démocratie de sa dépendance à une loi qui ne lui appartient pas. Or la réalité physique d’une nation souveraine est bien reliée et distincte de sa réalité conceptuelle à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. La démocratie nationale peut être conservée dans une réalité financière internationale par la prime d’une option de change en monnaie internationale commune aux démocraties.

Il n’est qu’une seule possibilité de rendre la finance compatible avec la démocratie : instaurer un marché international transparent d’options pour calculer le prix variable de traduction incertaine de la réalité physique par les réalités conceptuelles nationales. A défaut d’unité de compte mondiale, la démocratie disparaîtra dans la spéculation financière et l’homme sera devenu esclave pauvre des propriétaires du calcul financier.

Production financière de nuit conceptuelle

Le système financier mondial construit sur la déréglementation des années quatre-vingts est fondé sur une erreur épistémologique : la confusion de la réalité conceptuelle avec la réalité physique. Cette distinction est évidente pour qui se place soit dans le conceptuel, soit dans le pratique. Elle ne l’est pas du tout pour le négociateur financier qui chevauche les deux réalités en même temps par la réunion du futur au présent. Si l’être humain a une réalité physique et pas seulement conceptuelle, un bien négociable sur un marché n’a de prix, c’est à dire de mesure quantifiable de sa valeur pour son acheteur et son vendeur, qu’à la condition d’être identifiable à un objet de réalité physique. Un bien a un prix s’il est possible de voir et toucher la réalisation d’un objet physique à une échéance du temps. Le prix d’un objet réel peut aussi être la dérivation, au sens courant et mathématique du terme, d’un autre prix qui soit lui-même objectivé d’un objet réel physique à une certaine échéance. Ainsi l’intérêt d’un crédit est l’existence actualisée du prix réel futur par le fait que le crédit est le prix à terme d’un objet réel promis au remboursement dans le contrat de crédit. La prime d’option d’achat d’un baril de pétrole est un prix de la garantie de réalité produite par le marché de New York ou de Londres d’une transaction de prix à terme échangeant un titre d’achat d’une certaine quantité de pétrole contre un paiement en monnaie.

Si l’objet conceptuel sous-jacent du crédit n’est pas différencié de sa réalisation physique, il n’est pas possible de penser la finalité du crédit dans la réalité physique ; au moment antérieur de l’anticipation où cette réalité n’a pas encore commencé d’être produite, la réalité conceptuelle remplace définitivement la réalité physique qui n’est plus accessible à la conscience. Le prix du crédit qui est la valeur prêtée avant que son objet soit physiquement visible et palpable n’a pas de sens dans la relation du prêteur à l’emprunteur s’ils n’ont pas en commun une réalité future physique distincte de la réalité présente conceptuelle. Le flux monétaire du prêteur à l’emprunteur à l’origine du crédit repose sur une réalité conceptuelle conventionnellement commune. Le flux monétaire de l’emprunteur au prêteur à l’échéance du crédit reposera sur une réalité physique commune qui est la réalisation effective visible de l’objet du crédit. Si la réalité physique future n’est pas distinguée de la réalité physique, dès l’origine de la transaction financière et jusqu’à son échéance, alors l’existence de la réalité physique hors du concept n’est pas la condition d’origine du financement. Si la réalité physique n’a pas d’existence distincte du concept financier, alors la condition de l’opération financière est l’esclavage de conceptualité du prêteur sur l’emprunteur ou inversement.

Annulation de la lumière publique

Jusque dans les années quatre-vingts, les autorités publiques sont garantes par défaut de la finalité collective du marché financier par leur présence directe en tant qu’autorité publique comme tiers certificateur dans les transactions. Quand un spéculateur crée un produit dont la valeur est fondée sur des externalités négatives, c’est à dire sur la destruction de valeur collective pour produire une valeur privée, l’autorité publique en tant que partie efficiente du marché ne peut pas arguer de son extériorité au marché pour ne pas débusquer la prise d’intérêt contre le bien commun. Quand un opérateur place des ordres uniquement pour faire varier un prix et non pour exprimer un intérêt réel, l’autorité publique est présente sur le marché comme partie formelle à l’offre ou à la demande. Elle subit directement la variation du prix. Elle est compromise par le marché, n’est donc pas en situation d’arbitre neutre mais a de ce fait la sensation intellectuelle objective et réelle de la manipulation de l’intérêt commun. La libéralisation change la place de l’autorité publique en ne lui laissant qu’un intérêt à la règle mais plus à la conséquence de la règle qui est d’intérêt public parce que relation entre intérêts privés.

La libéralisation opère une séparation par la règle entre la réalité conceptuelle et la réalité physique. Cela met en valeur la nécessité formelle de la règle dans le prix financier. Mais cette intelligibilité nouvelle du prix de marché par l’explicitation de sa règle financière indépendamment de l’objet négocié sert aussi à disjoindre l’intérêt public de l’intérêt privé. L’intérêt public n’est plus le lien concret entre les intérêts privés dans l’activité financière. La libéralisation est une déréglementation abusive de la connaissance du réel au sens où elle introduit une liberté qui ne peut pas exister dans la réalité physique et ne doit donc pas exister dans la réalité conceptuelle. La finalité réelle du marché est l’échange de bien réels. Or la déréglementation libérale oublie de définir dans la Loi et dans la régulation qu’elle induit la relation nécessaire entre la réalité physique et la réalité conceptuelle sur laquelle travaillent la banque et la finance. La réalisation du lien recherché par l’économie réelle entre un objet concret et son prix anticipé est laissée à la libre appréciation des opérateurs financiers. Ils se mettent donc à développer librement des produits qui leur permettent de jouer sur le prix de la relation non définie entre le prix de la réalité physiquement objective et le prix de la réalité financièrement objective. La non-réglementation publique des produits dérivés livre à l’intérêt privé de l’opérateur financier la règle de mise en relation de la réalité physique avec la réalité conceptuelle.

Lumière publique contre mystification financière

La stabilité conceptuelle de la relation de l’objet physique à son prix à terme en crédit n’est pas par essence un intérêt privé. L’exclusivité de l’intérêt privé ne peut porter que sur la réalité physique divisible et partageable. La réalité conceptuelle n’est pas divisible entre les individus qu’elle met en relation. L’intérêt public est impératif à la finalité des échanges à moins que l’esclavage soit le seul mode d’intelligence entre les individus. Dans une société de droit, le risque de non-réalité du prix à terme conforme au prix nominal n’est pas acceptable sans garantie par la collectivité conceptuelle publique. Si le futur n’a pas de certitude formelle, il n’est possible d’accepter la transaction non transparente de l’objet du prix à terme que d’un maître objectivement dominateur. Dans une relation d’égalité de droit, le risque, c’est à dire l’incertitude de la réalité future conceptualisée, ne peut pas venir du flottement des engagements juridiques dissimulés d’une attestation publique. La certitude de la réalité physique future ne peut venir que du témoignage public. La déréglementation opère finalement une dissociation paradoxale entre l’intérêt privé et la définition qui le protège dans l’intérêt public. Sans définition réglementaire de l’intérêt financier privé à l’intérieur de l’intérêt public, il devient possible à des opérateurs financiers de détourner sans limite l’intérêt public à la reconnaissance de tous les intérêts privés en égalité réelle de droit. L’intérêt public devient externe au marché qui n’est plus que le champ d’opacité de la compétition d’intérêts privés. L’égalité des droits est définanciarisée et ne peut plus s’exprimer sur le marché en tant qu’intérêt public.

Les autorités indépendantes de contrôle mises en place dans la déréglementation libertarienne n’ont pas vocation à identifier l’intérêt public dans les transactions mais simplement à vérifier la conformité des opérations à la règle. La valeur publique de la règle n’a alors plus de prix puisqu’elle est externe à chaque opération négociée entre des intérêts exclusivement privés. Pratiquement et contrairement à la finalité commune affichée par la réglementation, la libéralisation des marchés financiers fusionne l’observation de la réalité financière conceptuelle avec la réalité physique. Les deux manifestations physique et financière de la réalité sont mises sur le même plan : il suffit qu’un intérêt privé convainque un autre intérêt privé que le contrat financier reflète une réalité physique pour que cette réalité physique soit indépendante de toute vérification publique. Le témoignage du tiers non intéressé à l’objet du contrat mais à la seule objectivité du prix n’existe plus. La libéralisation financière supprime purement et simplement l’inclusion financière de l’intérêt public dans la négociation prétendue équitable des prix à terme.

Ambiguïté de la réalité mathématique et juridique

Le prix de la prime de risque du produit dérivé peut dans la finance libertarienne déterminer le prix nominal conceptuel d’une réalité physique sous-jacente. La réalité physique est captée par le langage des esclaves qui la produisent. Le prix exclusivement nominal de la réalité à terme détermine les décisions des opérateurs de la réalité physique noyés dans la liquidité produite par les spéculateurs financiers. Les intérêts spéculatifs exclusivement déterminés par un niveau de prix indépendant de tout équilibre réel de marché se mettent progressivement à diriger la production de la réalité physique. La demande réelle du consommateur final et l’offre réelle du producteur de biens et services sont asservies au calcul de la plus-value décidée par la spéculation hors de toute objectivité. Le prix financier à terme qui permet d’anticiper la rentabilité d’une production réelle et d’en emprunter la valeur par le crédit est déconnecté de la réalité physique par la conceptualité financière. A l’échéance du prix et du crédit produit par la finance, ce ne sont pas la potentialité de la réalité physique choisie en connaissance de cause par le consommateur et le producteur qui s’est exprimée mais la conséquence hasardeuse d’une spéculation conceptuelle détachée de toute réalité objective.

Le détournement financier spéculatif de la réalité est fondé sur une erreur épistémologique qui sert des intérêts exclusivement privés. L’erreur est-elle délibérée ? Ce détournement est particulièrement difficile à contrer par le fait que l’intérêt public n’a pas d’autre moyen de s’exprimer que par des intérêts individuels mus librement par le bien commun. Dans la négociation internationale entre des représentations nationales de conceptions différentes du bien commun, il n’existe pas d’autre réalité commune que la réalité physique en négociation par la réalité conceptuelle. Dans le champ international, il n’existe que des intérêts privés du fait de l’absence d’objet universel concret reconnaissable et représenté en dehors d’intérêts particuliers nationaux politiques et économiques. Même quand le représentant d’une grande démocratie prétend parler au nom du bien commun de l’humanité, il est nominalement dirigé par des intérêts particuliers nationaux et réellement dominé par des intérêts économiques dissimulés. Il n’existe pas actuellement de critère objectif universel de différenciation de la réalité conceptuelle et de la réalité physique. Les marchés mondiaux par lesquels s’échangent les matières, les biens, les services, les sciences, les technologies, les épistémologies et les lois ne contiennent aucun critère à la fois conceptuel et physique de séparation de l’intérêt privé et de l’intérêt public. Aucun critère d’inclusion de l’intérêt privé dans l’intérêt public ne protège concrètement l’universalité de la valeur produite par le travail humain.

Marché mondial de transparence des options de prix

Le monde anglo-saxon s’accroche le plus longtemps possible à son impérialisme conceptuel de négation d’un intérêt public spécifique dans la valeur ; il prolonge sa domination économique par la captation des marchés financiers. Il s’adresse dans le reste du monde à des élites intéressées qui profitent de l’anomie financière pour capter le maximum de valeur publique sous couvert de défense du bien commun prétendument dissocié de leurs intérêts privés. Le retrait de l’intérêt public de l’économie financière permet le pillage de la réalité par la conceptualité privée. Or la captation de la réalité physique universelle par la réalité conceptuelle privative peut être démasquée par le marché-même, si les collectivités humaines demandent simplement la révélation des choix individuels par un marché de prix transparents. Si la réalité physique est intégrée par une loi fondamentale dans un prix négociable publiquement sur un marché surveillé par l’intérêt public, il est possible d’attribuer un prix à l’égalité de traitement de tout intérêt privé aux objets de la valeur publique. Il suffit de déclarer publiquement la subordination réciproque de la réalité conceptuelle à la réalité physique par l’instrument financier de l’option négociable entre individus visibles et identifiés.

Le concept de l’option permet à la fois de penser l’intérêt privé dans l’intérêt public et la réalisation de l’intérêt public dans l’intérêt privé. L’option réalise la valeur du concept dans le prix en monnaie et monétise conceptuellement la réalité physique à terme. Le marché est la réalité de la cohabitation des intérêts privés dans l’intérêt public. Le marché est intuitivement le lieu d’application d’une loi commune entre tous les intérêts qui s’y confrontent. Les prix qui expriment les rapports de valeur entre la subjectivité et l’objectivité des intérêts matérialisent en monnaie l’équilibre des échanges produit par le marché. Il résulte de ces constats d’observation de la réalité conceptuelle et de la réalité physique à l’intérieur des expériences nationales d’échange de la valeur qu’il est possible de matérialiser par un marché international d’options la concordance d’intérêts privés dans un intérêt public universel conceptualisé par une monnaie internationale. Il suffit de nommer l’unité monétaire internationale comme élément comptable du prix sous-jacent de toutes les positions d’option en cours sur le marché mondialisé organisé par l’égalité des droits privés. La garantie que l’État de droit des démocraties existantes apporte à la distinction des intérêts individuels par la distinction de la réalité conceptuelle et de la réalité physique peut être généralisée à tout sujet international de droit même non résident dans les démocraties qui abriteraient le marché international d’option.

Calculer le prix de la certitude conceptuelle de la réalité physique

La règle fondatrice de ce marché international d’option est la réunion sur un espace juridique multinational commun de la réalité physique d’une échéance définie de tout objet de prix à toutes les chaînes de transactions financières qui permettent la conceptualisation de la valeur par le prix d’achat de toutes les causes objectivées d’anticipation financière. L’option est la clé impérative et obligatoire de mise en relation d’une réalité objective avec trois sujets de la valeur, l’un qui la vend, le second qui en achète la certitude à terme et le troisième qui en achète l’incertitude à terme. La réalité physique ou dérivée de la physique est produite par un sujet qui la vend pour un prix nominal de crédit. Le prix nominal de crédit permet à un autre sujet acheteur le paiement en monnaie ; et ordonne à un troisième sujet d’acheter la réalité incertaine à terme pour un prix en prime de réalité nominale. La prime garantit le prix nominal en crédit de la réalité physique à terme. A tout objet de transaction financière est attaché une prime et un prix nominal d’un réel sous-jacent. Tout objet sous-jacent est l’option de réalité à terme d’un nominal par une prime associé à un autre objet qui soit une option de l’objet physique livré à l’échéance. Tout intérêt privé doit être la relation matérialisée dans un état civil de marché d’un sujet identifiable à un objet identifiable d’option. L’intérêt public de ce marché transnational d’option est que tout prix soit attaché à la réalité d’un échange, c’est à dire la réalité optée donc garantie à terme de la réalité physique comptant à une échéance certaine.

L’option de la réalité physique livrable et visible à terme est la condition impérative de tout prix nommé réglé en monnaie. La fonction du marché est le traçage permanent de tous les engagements entre les objets et les sujets qui garantissent la réalité physique à terme, constituée de la réalité présente certaine en crédit et la réalité présente incertaine en risque. Tout engagement financier est l’expression objective d’un intérêt pour une réalité au comptant ou une réalité à terme optée par deux sujets vendeurs du concept, l’un garant de la réalité physique et l’autre de la réalité nominale mesurée par le prix d’un crédit. L’option de la réalité différencie bien le physiquement concret de sa dénomination financière afin de séparer absolument la réalité physique – qui n’existe pas encore – de la réalité conceptuelle qui permet seule d’anticiper dans le présent la réalité physique qui sera effectivement mais qui n’est pas actuellement.

Démocratiser l’économie

Le seul moyen qui a été trouvé de généraliser à toute personne à l’intérieur d’une souveraineté nationale la réalisation de l’énoncé conceptuel de la démocratie a été d’instaurer un marché nominalement transparent des options politiques. A tout citoyen a été alloué une voix exprimable lors des élections par lesquelles l’électeur achète à des représentants l’application d’un programme politique pendant une mandature bornée par une échéance électorale. L’option électorale transforme des projets politiques en représentation physique par des élus rendant périodiquement des comptes de leur action aux citoyens. Tant qu’un régime politique libéral qui reconnaît l’initiative individuelle se dispense d’élections transparentes pour matérialiser les options politiques à la disposition des citoyens, il se met à la merci de spéculations minoritaires qui imposent leurs intérêts privés derrière une conception non réalisable du bien commun. Les démocraties occidentales sont parvenues à un haut niveau de valeur publique à l’intérieur de leurs frontières de citoyenneté. La mondialisation financière a inversé le développement démocratique par la destruction des normes de comptabilité politique de la valeur. La délimitation politique des espaces démocratiques n’est plus opérante par la circulation déréglementée des capitaux qui contiennent la réalité physique par la réalité conceptuelle. L’émission incontrôlable de dollars abolit désormais les démocraties nationales par l’anarchie financière internationale indiscutable dans les espaces de valeur démocratique.

Une nouvelle étape se présente dans l’instauration de la démocratie, celle de la réconciliation conceptuelle par le marché de la réalité physique avec la réalité conceptuelle et celle de la mondialisation de cette réconciliation pour garantir la possibilité d’existence de la démocratie. Sans un marché mondialisé d’options financières sous le contrôle des démocraties nationales, l’empire ploutocratique mondial anonyme asservira les gouvernements démocratiques. Les pouvoirs politiques seront obligés de jouer avec les élections et de simuler des droits qui ne peuvent plus avoir d’existence dans une réalité physique détournée par des intérêts privés. Si les États nationaux et les banques qui en dépendent ne s’obligent pas à vendre leur option de change et leur option de crédit sur un marché d’équité internationale, la valeur de la réalité physique disparaîtra de plus en plus dans la réalité monétaire conceptuelle des dettes et déficits publics qui garantissent des droits comptés en monnaie non réalisables. La conclusion naturelle de ce processus sera la mise en faillite internationale des États de droit. Les échanges physiques s’interrompront. Les puissances militaires régionales se saisiront du maximum d’actifs réels en remboursement de leur créances impayées et en règlement de leurs engagements domestiques. Les États-Unis prendront un avantage à ce jeu de la guerre où ils sont incontestablement les plus puissants. Les autres feront semblant de se soumettre et les citoyens pourront se taire partout où la parole leur était encore accordée. Mais peut-être les élites mondiales découvriront-elles que leur responsabilité a un prix réel par l’option. Peut-être redécouvriront-elles leur intérêt à la valeur publique.

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198 réflexions sur « SORTIR LA FINANCE DE LA NUIT CONCEPTUELLE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. Contrairement à d’autres , je crois que ce billet est ce qui est ressorti , à ce jour et pour le futur ,de plus digne d’attention sur ce blog depuis son origine ( Pardon Paul Jorion !) .

    Le nombre , la variété et la force ( et parfois la qualité) des contradictions me semble le gage de son réel caractère de proposition innovante , qui , si je prends le risque le l’interprèter , donnerait ni plus ni moins que le système à substituer au capitalisme enténébrant .

    C’est dire si cette toute première ébauche d’artisan , « sur le coin d’une table » , mérite d’être reprise , réintégrée , mise en forme , allégée de ses redites , articulée sur l’essentiel des attendus , de la construction , des principes d’action . C’est sans doute un travail d’équipe qui permettra cette rédaction non seulement accessible mais alléchante comme un roman policier qu’on ne lâche plus dès qu’on a lu la première page.

    Il n’y a rien moins que la démocratie préservée au bout . Rien de plus non plus , car la démocratie est un moyen et non une fin .

    C’est d’ailleurs un peu ce qui me laisse avec un soupçon d’insatisfaction , car , capitalisme inégalitaire et mortifère ou économie démocratisée , sommes nous tous en appétit du même changement , ou du même mouvement , du même « désir de fin , de sens , de sortie de la contingence » qui est l’identité de l’espèce humaine ?

    Je suis sur néanmoins d’avoir plus de chance de survie et de vie dans l’option « économie démocratisée  » , qui donne aussi plus d’espoir de prendre en compte , pour sortir d’une vision anthropomorphique de l’économie , la nature comme sujet de droit (démocratique ?).

    On attend donc une réédition pour plus tard ( vingt fois sur le mètier ….) avec un comité de lecture dont je confierais bien la charge à Schizosophie , qui , s’il n’a pas la créativité et la confusion y attachée de plusieurs auteurs de billet ici , possède un certain talent à scalper l’inutile et le redondant pour aller au plus direct clairement ( avec le risque d’assèchement y associé ) .

    Au travail jeunes gens , vous tenez quelque chose à des frontières encore inexplorées ( enfin à ma connaissance ) ; ça ne mènera peut être nulle part , mais ça peut être cette nécessaire sortie du cadre . Et dans tous les cas vous aurez perdu votre vie si vous n’allez pas jusqu’au bout de votre idée .

    1. @ juan nessy 24 décembre 2010 à 17:04
      Je refuse la charge. Si je l’exerçais à l’endroit de ce billet selon le talent que vous me reconnaissez, il ne resterait de ce texte que des lambeaux. Je vous rappelle pourquoi en vous renvoyant à ce bref et ancien commentaire . Et je vois encore que malgré la relative ou modeste plasticité de l’évolution dont monsieur Sarton du Jonchay fait montre , 47 minutes après votre intervention, eu égard aux commentaires qu’il suscite, il en reste à peu près là sur ce point.

      Mon petit doigt me dit qu’il n’en démordra pas, car s’il prenait acte de ce que la valeur n’est pas « l’effet de la liberté individuelle », mais le résultat du contraire, il lui faudrait aller voir de plus près vers une autre manière de penser qu’il a choisi d’éviter.

      Ce n’est pas parce que je suis à vos côtés lorsque vous donnez une leçon de démocratie à un léniniste que je le suis lorsque vous avalez les plus grosses couleuvres de l’idéologie capitaliste. L’option « économie démocratisée » sonne un peu comme exploitation consentie, non ? Il me semble que malgré votre enthousiasme envers ce billet de monsieur Sarton du Jonchay vous le sentez un peu lorsque vous écrivez « Je suis sûr néanmoins d’avoir plus de chance de survie et de vie dans l’option« économie démocratisée » », même une chance de vie est encore de la survie. Pourquoi nommer chance ce qu’on éprouve, sinon par résonnance de la peur d’en être privé ? La chance n’est-elle pas l’autre côté du risque : son bon côté, forcément rare, qui lui confère une valeur ?

      Vous m’aviez dit avec humour « quand on est d’accord avec moi, il me semble que j’ai tort », ben cette fois oui, pas l’autre.

    2. @Schizosophie :

      Je crois que je perçois le bon côté de votre exigence et reconnais ma faiblesse devant la perfection qu’elle sous tend .

      J’en perçois moins la possible traduction dans une tentative de sortir de façon humainement acceptée et portée , des impasses où nous sommes. Sans doute avez vous exprimé en d’autres lieux et avec d’autres cette traduction . Je la lirais volontiers si elle sait se mettre à la portée du vulgum pecus ou cro-magnon que je suis .

      En fait , à la lueur de mes propres expériences , je me sens aujourd’hui plus Jésus Christ que dieu le père .

      Mais vous allez me dire que Jésus Christ était un capitaliste qui s’ignorait .

      PS : je n’arrive toujours pas à déterminer si vous êtes plutôt Schizo ou plutôt Sophie .
      PSDJ : à vous la main ….

    3. @juan nessy 28 décembre 2010 à 10:38

      Jésus, dit aussi Jeva aurait tout de même renversé la table des marchands du temple. Je crois que c’est pour cela qu’il a été si visiblement exposé réellement comme corps par les pouvoirs de son vivant puis symbolisé comme désincarné par les pouvoirs constitués a posteriori avec son exemple retourné en idéologie, on disait alors « religion ». Cela ne vous étonnera pas que selon moi ce retournement de la réalité en symbole se répète jusque tout récemment dans l’histoire. La version Jeva de son existence, très lisible et hilarante, accessible à ce que vous appelez, selon une expression qui n’a pas fini de me sidérer, le vulgum pecus est hélas devenue difficile à trouver. Si vous le trouvez néanmoins, considérez-le comme un cadeau, de la part de Shizo ou de Sophie, comme il vous plaira de l’imaginer.

    4. Jésus, dit aussi Jeva aurait tout de même renversé la table des marchands du temple.

      Et même pas pacifiquement.
      En fait, vu le nombre de marchands, et si cette histoire est véridique (ce que je crois), il devait être accompagné de sa troupe de « terroristes » sans quoi tout seul il se serait fait lynché (ou alors, il était aussi baraqué que Schwarzy).

    5. @Moi 28 décembre 2010 à 13:16
      Ouais, il eût sans doute été avec ses potes, mais on ne saura jamais s’ils méritent le nom péjoratif de « disciples ». Paraît qu’il y aurait eu des mouvances contradictoires, et même une balance. Mais même Edgar Hoover n’a pas conservé les dossiers. La source la plus fiable reste Jeva de Nazareth.

    6. @schizosophie: En tous cas, je viens de lire la bio de Livrozet et chapeau pour le gaillard. Si c’est pas ce bouquin, je dois pouvoir en trouver un autre de lui.

    7. @Shizosophie et Juan Nessy

      Mon petit doigt me dit qu’il n’en démordra pas, car s’il prenait acte de ce que la valeur n’est pas « l’effet de la liberté individuelle », mais le résultat du contraire, il lui faudrait aller voir de plus près vers une autre manière de penser qu’il a choisi d’éviter.

      Shizosophie, votre petit doigt devrait être plus explicite. Mieux, vous pourriez vous engager vous-même dans ce que vous affirmez en parole mais dont j’ignore la réalité à quoi vos paroles renvoient. Que croyez-vous que j’ai choisi d’éviter qui vous paraisse indispensable ? Qu’est-ce que le résultat du contraire de la liberté individuelle ? La détermination de toute chose indépendamment de notre volonté humaine ? Ou la détermination totale de tout individu par la ou les sociétés dont il est le produit ? Vous dites que je défends le capitalisme : de quel capitalisme parlez-vous ? Quelle réalité voyez-vous derrière le capitalisme que je prônerais (rôle de l’individu, de la société, de la politique, de la monnaie, de la Loi, du sujet, de l’objet, du prix, du risque, du crédit, des États, des opérateurs…).

      Mais peut-être vous fais-je un procès d’intention et ne comprends-je pas que vous vous engagez dans le travail auquel nous invite Juan Nessy. Son commentaire me donne plein d’espoir. La discussion n’est pas enfermée dans des concepts figés dont les contre-réalités ne seraient pas discutables parce que nous nous refusons de sortir de tous les catéchismes que nous avons appris. J’ai l’impression que Juan Nessy entrevoit les réalités tout à fait différentes et beaucoup plus satisfaisantes que celles d’aujourd’hui auxquelles nous pouvons accéder si nous nous remettons à négocier un sens commun aux concepts par lesquels nous modelons la réalité.

      Shizosophie, je ne vois pas pourquoi vous prenez le commentaire de Juan Nessy comme une charge. Je comprends qu’il vous reconnaît une capacité à démasquer les fausses libertés et les falsification du langage. Or, c’est bien ce dont nous avons besoin pour penser et dire autre chose avec le langage dont nous disposons. Si nous choisissons personnellement dans la discussion démocratique le sens des concepts que nous échangeons, je suis sûr que le risque de la réalité que nous expérimentons peut changer. La réalité peut échapper aux modèles où nous cherchons à l’enfermer par orgueil intellectuel et par désir de posséder l’intelligence d’autrui.

  2. @Dissonance,
    Vous me dites blessant. Je vous ai donc mal compris et vous prie de m’en excuser. Je vois dans vos nombreux commentaires que l’incompréhension que peut susciter mon langage est réelle et non feinte par une cupidité spéculative délibérée. Je vous ai vraiment pris pour un spéculateur compte tenu de la précision de votre remise en cause qui est intellectuellement très sérieuse. Vous évoquez mes contre-sens : cela signifie deux choses radicalement différentes dans le contexte actuel. Soit vous ne voulez pas que je vous comprenne ce qui me mettra toujours dans un sens qui n’est pas le vôtre (position spéculative fondamentale), soit nous ne vivons pas dans le même univers (position spéculative verbale) parce que nous avons des références culturelles trop différentes.

    Il semble que nous soyons dans le deuxième cas ce qui signifie que nous puissions nous allier pour retrouver le langage de la démocratie. Ma démarche vient de la lecture de Comment la vérité et la réalité furent inventées. Paul Jorion y évoque un « coup de force » qui nous fait passer du Moyen Age à l’ère moderne où le monopole de la connaissance scientifique est arraché au pouvoir religieux pour tomber dans le champ de la science objective que les clercs ne peuvent plus contrôler. La réalité physique échappe à la réalité mythique transcendante pour tomber sous la domination de la réalité conceptuelle de l’objectivité. Ce que je comprends de la thèse de Paul (mais peut-être n’est-ce pas ce qu’il a voulu dire mais ce qu’il me convient d’y trouver), c’est que la réalité pensée dans le mythe, le concept et la matière passe par le langage par quoi l’homme transforme et informe la réalité concrètement perçue par sa sensibilité. Le coup de force de la fin du Moyen Age consiste donc à ré-assembler la réalité perçue par une réalité conceptuelle affranchie de la réalité mythique.

    L’immanence de Dieu dans la création est remplacée par l’immanence du concept dans la nature décrite par la science. L’implication cognitive de ce coup de force est la fusion de la réalité physique et de la réalité conceptuelle : l’idée domine que le scientifique ne fait que décrire ce qu’il observe et n’invente rien. Cela signifie que le scientifique et le technocrate applique un protocole de connaissance totalement extérieur à lui-même qui ne justifie pas de réflexion morale ni de responsabilité personnelle. Tout cela débouche sur la crise spéculative actuelle fondée sur une apparence de « machinerie en pilote automatique ». Le principe en est que le sujet du langage n’a aucune responsabilité dans ce qu’il dit ni dans ce qu’il donne à comprendre. Et la liberté se résout en ploutocratie qui réduit tout à des prix d’objets non nommés et non discutables.

    J’y vois un risque non négligeable qu’à force d’accumuler imprécisions et approximations, vous vous retrouviez tous les trois dans la situation de ce maçon à qui l’on demande de construire un long mur droit selon une direction précisément définie. Un infime décalage angulaire de la première brique, reporté de proche en proche sur l’ensemble de l’édifice aboutit à un écart de plusieurs mètres entre la direction effective et celle initialement prévue.

    Cette manière de poser un vrai problème en posant une fausse question m’a paru tout à fait symptomatique d’une culture spéculative de l’impasse qui enferme tout interlocuteur pour le posséder. Vous voulez construire un mur droit. Très bien. Mais qui dit ce que « droit » signifie et dans quelle direction va la droite ? Avant de construire un mur droit dans une certaine direction, ne faut-il pas s’entendre sur un intérêt commun à construire un mur droit ? Et avant de s’entendre n’est-il pas nécessaire de se reconnaître comme sujets de négociation d’égale dignité à offrir et demander ?

    L’accumulation d’imprécisions et d’approximations me paraît une nécessité du temps présent. Car la réalité conceptuelle est toujours imprécise et approximative par rapport à la réalité physique. Mais plus encore, c’est une nécessité du langage qui ne discute pas seulement l’expression du donné sensible mais l’impression des finalités humaines dans la vie politique, sociale et culturelle. Si on reconnaît à chaque personne l’autonomie de ses fins dans une société dirigée par un bien commun, alors la priorité logique de la discussion féconde va d’abord à la négociation du sens avant la définition du sens. C’est pourquoi je propose l’option qui n’est pas une mécanique mais bien une discussion par laquelle un acheteur et un vendeur s’entendent sur une même définition de leur intérêt réciproque à échanger et vérifient la valeur de leur accord en vendant la prime d’option à un tiers qui se porte garant de la réalisation de l’accord à l’échéance convenue.

    Si vous demandez une définition immédiate des termes que j’emploie sans reconnaître mon intention, vous rendez tout accord pratiquement impossible entre nous car nous ne rechercherons pas le même sens dans les concepts que nous proposerons à la collectivité. Pour le moment, je vous propose une méthode de conciliation de nos fins personnelles, que nous puissions formuler en termes communs pour maximiser nos chances de les réaliser conformément aux voeux de chacun. Tout le discours ambiant consiste à exiger une réalité physique dont la répartition est ce qu’elle est sans être discutable afin de construire les concepts qui la justifie en la rendant objectivement non transformable.

    Convenez-vous que notre liberté est risquée ? Convenez-vous qu’il ne soit pas possible de réduire le risque par l’intelligence si nous ne posons pas le concept du risque comme écart dans la réalité physique de nos finalités exprimées et négociées dans un langage d’option ?

    1. @PSDJ

      L’implication cognitive de ce coup de force est la fusion de la réalité physique et de la réalité conceptuelle : l’idée domine que le scientifique ne fait que décrire ce qu’il observe et n’invente rien. Cela signifie que le scientifique et le technocrate applique un protocole de connaissance totalement extérieur à lui-même qui ne justifie pas de réflexion morale ni de responsabilité personnelle.

      Sous réserve que je comprenne correctement ce passage, me vient en tête au moins contre-exemple de théorie mathématique – datant de la Renaissance si ma mémoire est bonne – qui est une pure invention du scientifique, totalement intérieure à lui-même (ils furent en fait au moins quatre à intervenir sur ce sujet):

      Les nombres complexes, qui sont une extension des nombres réels matérialisée par une composante dite imaginaire. Ceux-ci, de par leur définition, ne peuvent d’aucune manière être issus d’une observation préalable, puisque leur domaine de définition s’étend comme je viens de le décrire en dehors du réel.

      En somme, j’ai bien du mal à adhérer à votre hypothèse d’une quelconque fusion des réalités conceptuelles et physiques, du fait sans doute que ma culture essentiellement scientifique m’a plutôt conduit au constat inverse.

      C’est d’ailleurs du fait même de cette divergence bien comprise que j’en suis arrivé à me désintéresser des sciences, qui me semblaient s’éloigner toujours plus de la réalité physique pour parvenir à expliquer cette dernière, au point qu’elles me paraissaient devenir littéralement inimaginables <- Cette tournure de phrase étant très alambiquée, on pourra la traduire par: Je me suis désintéressé des sciences quand je n'ai plus réussi à produire d'image mentale issue de la réalité physique qui me permette de les comprendre.

      Si vous demandez une définition immédiate des termes que j’emploie sans reconnaître mon intention, vous rendez tout accord pratiquement impossible entre nous car nous ne rechercherons pas le même sens dans les concepts que nous proposerons à la collectivité.

      Ce à quoi je vais vous répondre quelque chose qui vous incommodera certainement mais qui n’en est pas moins vrai, au moins de mon point de vue: Je ne suis pas capable de reconnaître votre intention si je ne dispose pas d’une définition préalable des termes que vous employez, et ce d’autant moins si votre intention se matérialise dans des mots pour lesquels existe déjà un sens auquel vous ne vous référez pas.

      Par exemple, si vous souhaitez désigner un chien mais que vous l’appelez chat, j’aurai pour ma part tendance à m’imaginer un chat et nous serons par conséquent voués au désaccord à moins que vous ne définissiez explicitement que dans votre paradigme, un chien s’appelle chat.

      Sur ce, joyeux noël.

    2. @PSDJ

      L’imaginaire complexe est pure réalité conceptuelle hors de toute matérialité physique réelle mesurable.

      dit-il au moyen d’un outil dont la technologie puise ses fondements dans le concept en question. Ça ne manque pas d’ironie.

      Si vous évoquez les mathématiques, vous tombez juste sur le cas particulier qui illustre le mystère de la fusion de la réalité physique et de la réalité conceptuelle.

      Précisément, êtes-vous bien certain qu’il s’agisse d’un cas particulier? En l’occurrence, d’autres théories en dehors des mathématiques requièrent l’imagination du scientifique pour être fondées, l’observation ne pouvant suffire – ou n’entrant même pas en jeu dans le processus, selon les cas. J’en ai en tête au moins trois: L’héliocentrisme copernicien, le darwinisme, la relativité d’Einstein.

      On pourrait sans doute en trouver encore d’autres mais tout ceci m’amène à me poser la question suivante: A partir de combien de contre-exemples est-on en mesure de considérer un modèle comme invalide?

    3. @Dissonance,

      Sous réserve que je comprenne correctement ce passage, me vient en tête au moins contre-exemple de théorie mathématique – datant de la Renaissance si ma mémoire est bonne – qui est une pure invention du scientifique, totalement intérieure à lui-même (ils furent en fait au moins quatre à intervenir sur ce sujet):
      Les nombres complexes, qui sont une extension des nombres réels matérialisée par une composante dite imaginaire. Ceux-ci, de par leur définition, ne peuvent d’aucune manière être issus d’une observation préalable, puisque leur domaine de définition s’étend comme je viens de le décrire en dehors du réel.

      Si vous évoquez les mathématiques, vous tombez juste sur le cas particulier qui illustre le mystère de la fusion de la réalité physique et de la réalité conceptuelle. Les mathématiques sont une pure réalité conceptuelle par finalité : ils n’ont pas pour finalité de connaître la réalité objective mais de fixer les règles de la connaissance objective du sujet. La matière régulée des mathématiques est par objectivité ni la forme, ni la fin, ni l’effet qui sont liés au sujet mais le concept de matière qui recèle l’objectivité abstraite du sujet déconnecté de toute extériorité à lui-même sauf la matière mathématique totalement abstraite et commune aux mathématiciens.

      Vous êtes vraiment inspiré de parler des nombres complexes qui sont justement la théorisation conceptuelle de la réalité nécessaire et non probable, c’est à dire de la réalité parfaitement conforme à la matérialité conceptuelle sans qu’il soit possible d’en constater la réalité objective hors du sujet. La partie imaginaire du nombre complexe conceptualise la réalité mathématique imaginée par le sujet délibérément enfermé dans la logique pour ne subir aucune influence extérieure à sa capacité d’abstraction. L’imaginaire complexe est pure réalité conceptuelle hors de toute matérialité physique réelle mesurable.

      Pour ne pas tomber dans l’indistinction de l’objet et du sujet, je propose de voir l’imaginaire mathématique comme une réalité conceptuelle aussi réelle que la réalité physique. La réalité imaginaire n’a par définition aucune présence objective dans la réalité conceptuelle si le sujet est sujet et non un objet fongible dans la matière physique. Vous avez donc tout à fait raison de contester la réalité physique de la réalité mathématique complexe et de signaler l’existence d’une science totalement séparée de la réalité physique et complètement produite par le sujet.

      Ma proposition de séparation conceptuelle de la réalité physique et de la réalité conceptuelle est l’application de la cosmologie aristotélicienne pour justifier et protéger la liberté humaine responsable. La réalité spécifiquement humaine dans la réalité subjectivement objective git dans la réalité finale (causalité finale du réel). La finalité nous sort des déterminismes matériels de la physique et des déterminismes logiques de l’abstraction conceptuelle pour nous décider d’assumer notre liberté et notre responsabilité d’une humanité au-dessus de la physique et pas seulement dans la physique. La conséquence d’un tel choix qui n’est pas nécessaire du point de vue de la matière et n’est pas non plus une obligation formelle de la logique conceptuelle est l’effet incertain donc risqué de nos décisions dans un futur qui ne nous est pas objectivement mesurable.

      Si je comprends bien ce que vous me dites de votre cheminement personnel vis-à-vis de la science, vous êtes prêt à adhérer à ma proposition de distinction radicale par la finalité entre le physique et le conceptuel. Par contre vous vous méfiez des beaux parleurs et me demandez des preuves de mes intentions par des définitions qui vous soient compréhensibles. Je vous livre comme promis ces définitions en lien HT. Lisez-les et réagissez si vous le souhaitez. Mais je crois que vous resterez sur une faim que je ne peux pas et ne dois pas combler. Vous êtes vous-même le sens des termes que vous adoptez ou n’adoptez pas pour exprimer vos convictions. Le sens de ce que vous dites et de ce que vous croyez vous appartient à vous et pas à moi. Je vous livre mes définitions à moi qui traduisent mes propres aspirations qui ne sont pas nécessairement les vôtres.

      La réintroduction de la réalité finale entre la réalité physique et la réalité conceptuelle est la condition de l’existence du sujet en politique, économie et finance. Si elle détruit la capacité des sujets politiques et financiers à spéculer contre les citoyens (je crois que nous convenons que c’est ce qui se passe actuellement dans la réalité) elle renvoie chaque sujet de connaissance, donc chaque scientifique (des sciences dures ou des sciences molles) à ses responsabilités humaines dans la recherche du réel et dans l’application des techniques. Elle oblige chaque individu à assumer son état de citoyen et de personne en relation avec autrui. Le citoyen est obligé de se reconnaître acheteur ou vendeur d’options ; acheteur quand il fait confiance au vendeur en payant la prime de sa décision nominale et vendeur quand il doit produire l’effet d’une promesse de réalité subjective et objective. Il encaisse la plus-value de certitude à l’échéance de l’option à la condition de sa réalisation physique conformément au concept nominal négocié librement dans la transparence d’un marché régulé par la démocratie.

      La restauration de la finalité humaine dans la vie démocratique de l’économie financière implique la philia, c’est à dire à la fois la concorde (restauration d’un état de paix assumé entre les hommes) et la confiance (restauration du crédit par l’engagement du sujet individuel). La confiance issue de la philia est un langage de transparence des fins humaines délibérément indéxées sur la découverte de la réalité par la société.

    4. @Dissonance,

      Précisément, êtes-vous bien certain qu’il s’agisse d’un cas particulier? En l’occurrence, d’autres théories en dehors des mathématiques requièrent l’imagination du scientifique pour être fondées, l’observation ne pouvant suffire – ou n’entrant même pas en jeu dans le processus, selon les cas. J’en ai en tête au moins trois: L’héliocentrisme copernicien, le darwinisme, la relativité d’Einstein.

      Nous sommes d’accord parce que nous parlons de la même chose et pas d’accord parce que nous ne parlons pas du même point de vue. Nous sommes dans la même réalité vue par les sciences physiques, communiquée par la même informatique par quoi nous dialoguons sur ce Blog et exprimée par la langue française que nous employons. Mais cette même réalité contient la différence de nos subjectivités. Cette différence à l’intérieur de la réalité ne vient ni de la matière physique qui nous distingue, nous individualise mais ne nous rend pas différents ; ni du concept puisque une même forme de conceptualité nous permet de réagir l’un à l’autre quand nous exprimons quelque chose que nous essayons de partager.

      Ce qui nous différencie dans la même réalité mais nous distingue par la même causalité, c’est notre liberté personnelle de choisir nos centres d’intérêt. C’est ce que j’appelle la réalité finale sans laquelle il nous est impossible de vivre dans la même réalité sans être confondus entre ce que nous sommes au présent et ce que nous disons. Cette réalité finale ne s’observe pas au sens analytique de terme. Elle se constate si nous choisissons de la constater ; elle se nie si nous choisissons de la nier.

      Nier la réalité finale propre à chaque sujet, c’est imposer sa propre réalité physique aux autres par la privatisation de la réalité conceptuelle. Vous gagner 1200€ par mois parce que l’économie conceptuelle que j’ai choisie dit qu’il est nécessaire qu’il en soit ainsi indépendamment de nos volontés. J’ai choisi une réalité que je vous impose par un rapport de force conceptuel déterminé par mes fins personnelles que je vous dissimule en les attribuant à la nécessité physique. C’est en cela que la réalité conceptuelle est réellement inventée par le sujet particulier. Le sujet invente toutes les réalités par le fait que toute réalité conceptuelle procède du choix particulier de son objet.

      Einstein, inventeur de la relativité, résume le fondement de sa théorie en disant que Dieu ne joue pas aux dés. La cause de la théorie qui explique la gravitation par la masse, la lumière et le temps n’est pas le hasard d’une loi venue de nulle part qu’on se contente de découvrir mais bien le choix de l’observateur d’expliquer un futur prévisible par une modélisation intelligente du passé observé.

      A partir de combien de contre-exemples est-on en mesure de considérer un modèle comme invalide ?

      Réponse impossible sans précision de la finalité du modèle dont on parle et de l’objectivité des exemples qu’il produit. La validité d’un modèle est indéterminable sans l’explicitation des intentions du sujet qui le produit. Toute la captation organisée par la politique et la finance de notre réalité est fondée sur la négation de la subjectivité individuelle intentionnelle de la réalité conceptuelle. Einstein :

      Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire.

  3. Si vous demandez une définition immédiate des termes que j’emploie sans reconnaître mon intention, vous rendez tout accord pratiquement impossible entre nous car nous ne rechercherons pas le même sens dans les concepts que nous proposerons à la collectivité.

    Moi, en sport-co, au concours d’entrée à l’UEREPS ils m’ont mis 3 / 20 , parce que en dessous , c’était éliminatoire….
    Alors, si vous demandez une définition immédiate des termes que j’emploie sans reconnaître mon intention……. Eeeeeuhhh! bin…… Je me met à raisonner comme Dissonance.

    1. …Pierre Sarton du Jonchay…Dites-moi si je me trompe …Le terme subjectif dénote ce qui doit être attribué au sujet pensant, l’Ego; et objectif ce qui appartient à l’objet de la pensée, au Non-Ego…Ces termes corrélatifs correspondent à la première et la plus importante distinction faite en philosophie; ils représentent l’antithèse originelle dans la conscience du soi et du non-soi…distinction qui, fait, implique toute la science du mental, car la psychologie n’est rien de plus qu’une détermination du subjectif et de l’objectif, en eux-mêmes et dans leurs relations réciproques.

  4. J’ai plutôt l’impression inverse, celle d’une finance malade de ses concepts, de sa surcharge conceptuelle. Le patient risque de ne pas se relever très vite si on en rajoute encore quelques tombereaux. Surabondance de concepts qui ont ici deux gros inconvénients: i) fonction de dissimulation des vraies intentions (donner une apparence raisonnable à ce qui relève de la prédation – la langue absconse impressionne toujours les foules) ii) si bien encombrer le cerveau de l’observateur qu’il ne finit plus que par voir son concept. Clarté et simplicité seraient un progrès (c’était d’ailleurs aussi, je crois, le but de « L’argent mode d’emploi… »).

  5. Lexique d’écologie financière
    Extrait :
    « Effet
    Conséquence dans la réalité de l’action du sujet sur l’objet. L’effet produit le sujet distinct de l’objet. Il permet l’expression du changement d’état dans le temps d’un même objet de fins formées dans la matière. Il relie la métaphysique du sujet à sa réalité physique subjective et objective. L’effet est relation entre le langage et la réalité qu’il désigne. L’efficience est la réalité de l’effet pour le sujet. La négation ou l’ignorance de l’effet enferment le sujet dans l’idéalisme et le matérialisme. Le sujet privé d’effet est privé de réalité. Sans effet, l’exercice totalitaire de l’intelligence détruit la vie.  »

    Comme le subjectif est ce qui est à l’intérieur et l’objectif ce qui est à l’extérieur, la relation commence à apparaître avec l’évolution du principe astral…car l’identité purement physique est si entièrement une dans la nature qu’on ne peut guère considérer ses différentes formes comme ayant entre elles une telle relation…Cependant il existe probablement sept aspects dans la nature physique au-dessous de l’astral, comme en témoignent la terre, l’eau, l’ait, le feu etc…et la terre peut-être en vérité objective à l’air.
    Les distinctions qui sont si évidentes, d’organique, inorganique etc…sont réellement des manifestations différentes des principes supérieurs qui pénètrent les formes…Mai, c’est au moment du développement du principe astral que la relation apparaît; ce principe est subjectif par rapport au corps physique, et ce dernier est objectif par rapport au premier.

  6. En relisant ces deux phrases de votre billet :
    « La réalisation du lien recherché par l’économie réelle entre un objet concret et son prix anticipé est laissée à la libre appréciation des opérateurs financiers. Ils se mettent donc à développer librement des produits qui leur permettent de jouer sur le prix de la relation non définie entre le prix de la réalité physiquement objective et le prix de la réalité financièrement objective. »
    J’aurais plutôt terminé la dernière phrase par : « et le prix de la réalité financièrement subjective. »…Puisque quelle ne possède pas de réalité objectivement physique…Enfin cela reste objectivement très subjectif.

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