LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 23 MARS 2012

Que veut dire le mot « instrumentaliser » ?
Étendre la sphère du « nous »
La parabole de la pétoche

* Je parle de « croire / savoir » dans Principes des systèmes intelligents (1990) : pp. 64-65, 148-150, et Comment la vérité et la réalité furent inventées (2009) : pp. 147-148.

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322 réflexions sur « LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 23 MARS 2012 »

  1. http://www.ciepfc.fr/spip.php?article57

    Badiou, au sujet du « nous »

    A.B. : Vous mettez le doigt sur la plaie ! La crise fondamentale de cette ouverture de siècle est que nous sommes pris dans la tenaille de l’individualisme jouisseur d’un côté et du « nous » communautariste de l’autre. Le « nous » de la fraternité politique, celui dont – par exemple – se fait tout l’art des romans de Malraux, ne nous est plus accessible que très fragmentairement. Les sucreries sur « l’être-ensemble » citoyen, la convivialité, le respect de l’autre, ne sont que des manteaux usés qu’on jette sur le nu indécent de la survie personnelle et rapace. Et la restauration des folklores, des religions, des agapes nationales ou villageoises, n’est que l’abri provisoire de quelques tueries utiles aux puissants. L’art, peut-être, et singulièrement le cinéma, ne pourraient-ils avoir pour fonction d’inventer une sorte de « nous » anonyme, comme est celui qui unit les mathématiciens dans l’accord sur une démonstration, ou les amants dans l’accord de leur traversée du monde ? Je le crois, et c’est aussi pourquoi je scrute les arts immédiats.

    1. Oui, sinistre, le Badiou nouveau. Comme d’hab. Et bonjour les clichés ! Il est comique avec son « nous » cinématographique quand le cinéma est mort depuis bien longtemps. Godard était son dernier prophète, qui a précisément filmé sa mort.

      1. Sharunas Bartas – Tsai ming liang – Sinji Aoyama – Apichatpong Weerasethakul – Pedro Costa – Lars von Trier – Michael Haneke – Lodge Kerrigan – Bela Tarr – Bruno Dumont – Abbas Kiarostami –
        Todd Solondz … La liste est longue…
        Si quelque chose est mort, ce n’est pas le cinéma. En revanche Godard…
        Quant à Badiou, il est sinistre ou comique?… Pas compris.

      2. @ Michel Alba
        oh qu’il est bon et qu’il est agréable de balayer d’un revers de main, sans argument, le plus grand philosophe francophone vivant (« hiné ma tov ou ma naïm… »)

  2. Oui Paul, il n’y a qu’un seul monde et qu’une seule humanité. C’est une évidence mais trop de gens sont aveuglés par les préjugés et les idéologies, voir les religions. Comme chantait John Lennon « Imagine all the people… » etc.

    1. Imagine aussi un monde qui rechercherait constamment à s’aveugler jusqu’à la fin, com J Lennon.

  3. Le « JE » le « NOUS » une instrumentalisation de l’Ego pour ne jamais parvenir au « UN ».

    Depuis que l’humain marche debout au lieu de marcher à quatre pattes.

    Debout, l’on se croit fort et au dessus de tout. A quatre pattes on peut grimper aux arbres et voir de bien plus haut, tout en sentant l’humus de la Terre sous les naseaux 🙂

    A quel carburant fonctionne donc le moteur de la peur ? Celui du vécu probablement, et bien différent pour chaque humain.

    Actions-interactions-réactions multidimensionnelles labyrinthiques et dont notre pauvre cerveau dénué de ses 90 % de capacité de conscience pour n’en garder que 10 ne saurait ne saurait mesurer les effets ni les conséquences de chacun de nos actes, de nos pensées, de nos choix ou de ceux qui auraient pu être mais qui déploient néanmoins leurs effets, quelque part ailleurs, sur le plan de nos illusions elles aussi multidimensionnelles…

    Allons, allons, ceci n’est que le reflet, comme tout ce que nous vivons aujourd’hui, de notre incapacité à être dans le « UN », même si je préfère le terme de la « Ronde »

    A force de valser autour de la piste on en revient toujours au point de départ. On ne peut pas changer ce monde parmi tant d’autres, on ne peut même pas se changer soi.

    Mais on a le choix, d’être le spectateur et l’acteur, à condition de ne pas se tromper de rôle dans l’identification de ceux-ci.

  4. bonjour a vous,

    Je doute que de la peur puisse naitre quelque chose de bon, c’est incompatible il me semble.
    Je ne comprend pas la « morale » de votre histoire M.Jorion.
    Je continue de m’interroger…

    Merci pour votre blog.

  5. La pétoche est-elle bonne conseillère ? Un doute m’étreint, la pétoche peut précipiter les gens vers l’image du père rassurant, un régime fasciste.

    1. La pétoche est-elle bonne conseillère ?

      Sans doute bien plus rentable pour toutes les sociétés en plus grand mal de résultat.

    2. @Béotienne
      « La pétoche », c’est aussi depuis longtemps LA méthode de ‘management’ dans beaucoup d’entreprises…Non ?!

      1. Naturellement oui, celui qui érige des barreaux pour se protéger s’enferme, donc au diable les défenses, vive l’air, la lumière cad l’exposition à la vie et au défi d être,sans pétoche et donc sans agressivité inutile.
        L’homme affronte les dangers depuis toujours, certains y trouvent même du plaisir, il y a des extrémistes dans tous les domaines 😉

  6. @ Paul Jorion :
    A la faveur des citations et des lectures du fil, n’aurions-nous pas à renouer les fils d’avec l’universalisme de la renaissance, avant l’apparition de l’Utopia, en assumant les contradictions entre les enseignements du passé et le contexte d’aujourd’hui, en niant le fait justement que ceci n’est pas une utopie mais bien une contrainte qui nous force à la réalité ?
    Une renaissance, non pas de l’intérieur vers l’extérieur (sortir des contraintes du cadre imposé) mais de l’extérieur vers l’intérieur (partir des contraintes du cadre imposé pour modifier celui-ci) ?
    A la différence de la renaissance précédente, celle qui doit venir n’a plus d’horizons à découvrir, sauf à prôner l’aventure spatiale.
    C’est aussi une possibilité. Mais on reproduirait alors une seconde utopie (et une désillusion), à savoir l’impossibilité réelle d’une telle renaissance sur cette terre, dans un cadre non modifiable.
    Donc :
    1/ il n’existe pas d’autre utopie que celle de modifier son propre cadre d’action
    2/ car toute autre utopie revient à être une fuite de la réalité : spatiale, imaginaire, psychique, symbolique, …
    3/ cette utopie n’en n’est pas vraiment une puisque la contrainte que le cadre lui-même exerce nous force à faire de cette utopie une nécessité

    La transformation de l’humanisme en utopie puis son instrumentalisation (tiens …) à des fins particulières (au sens non universelles : droit, économie, … mais aussi au sens de l’individu vs universel) au début du 16ème siècle semble être le tournant.
    Les points clefs (?) :
    – éviter les rêves/désirs totalisants
    – compatibilité cadre/désir de renaissance (lors de la précédente renaissance, c’est le cadre catholique qui y fit obstacle, d’où l’émergence du protestantisme qui sonna le glas de l’universalisme par le schisme et transforma l’humanisme en utopie)
    – interprétation a-contextuelle des enseignements du passé (on ne peut pas se passer du cadre pour réinterpréter et donner une cohérence à ces enseignements, l’objectif étant justement de modifier le contexte)
    – éthique n’est pas compétence
    – transformer la renaissance ou son désir (but) en moyen
    – le lien entre nation et renaissance (vs universalisme)

    PS : la force du capitalisme est justement son universalisme, dans tous les aspects (géographie, politique, économique, social, culturel, …). La fin du communisme tel que défini alors lui permet de refermer la parenthèse ‘schismatique’ : le monde retrouve sa cohérence. Toute idée qui voudra mettre à bas le capitalisme devra affronter le fait qu’il produira chez ceux qui y participent un réflexe inconscient de sauvegarde non pas du capitalisme mais bien de sa cohérence. Le rejet du protestantisme (Luther) était lié à l’accusation de schismatisme, de division du monde, plus finalement que les divisions théologiques. Une vision téléologique finalement du malheur du monde, pour ceux qui vivent dans un système ‘universel’. Ce fut le cas dans le monde romain, avec le schisme chrétien (monothéisme vs panthéisme) puis le schisme d’orient tout court. Ce schisme prendra fin en 1453, avec la prise de Constantinople par les Ottomans et cette même année, la prise de Castillon par les français sur les anglais mettra fin à la guerre de cent ans, autre schisme, politique celui-là. A partir de 1453, le monde chrétien est plus réduit, plus menacé mais enfin ‘unifié’. La renaissance commence, parce que le cadre extérieur l’oblige (menace des turcs) mais aussi parce que l’univers connu ne s’est pas encore agrandit (pas de ‘diversion’). Il me semble que l’on se retrouve dans la même configuration, hormis le fait que la menace aujourd’hui est celle de l’environnement que nous dégradons. La question est donc : doit-on ou non proposer un schisme ? Si oui, ce schisme devra devenir lui aussi universel, non pas pour écraser le capitalisme mais bien pour lutter efficacement sur ce terrain, central, anthropologique. Si non, comment transformer ce cadre universel qu’est devenu le capitalisme, ‘de l’intérieur’ ?

    1. Ceci va un peu dans le sens de vos propos, le passé et l’avenir:

      Marsile Ficin

      Le retour à la pensée grecque et le néoplatonisme
      « À la suite du concile de Florence, convoqué en 1439 par le pape Eugène IV, pour rapprocher les Églises d’Orient et d’Occident, plusieurs savants grecs, venus pour cet événement, se fixèrent en Toscane. Cosme de Médicis et son cercle intellectuel connurent, à cette occasion, le philosophe néoplatonicien Gemiste Pléthon dont les discours sur Platon et les mystiques d’Alexandrie avaient tellement fasciné la société lettrée de Florence qu’on l’avait appelé le second Platon.

      En 1459, Marsile Ficin devint l’élève de Jean Argyropoulos qui enseignait la langue et la littérature grecques. »

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Marsile_Ficin

    2. Zeb, je pense qu’on est en situation de renaissance, guerres de religions comprises. J’ai juste du mal à discerner ce qui pourrait être notre pré-révolution copernicienne, notre quattrocento, notre nouveau Machiavel, notre Gargantua, nos nouveaux classiques, nos nouveaux apports venus d’Orient et d’Islam, etc, etc. Bref j’ai du mal à voir comment elle pourrait être européenne… peut-être américaine, plus sûrement orientale. P’têt parce-que j’suis un zombie européen… L’Europe a fait son temps, on renaît une fois, difficilement, pas deux… après on fait un bon humus, au mieux. Je vois l’Europe au monde d’aujourd’hui comme une sorte de nouveau Vatican de la première renaissance, facteur de blocages et de tensions réactionnaires, mais aussi avec ses papes soutenant discrètement Copernic puis Galilée (Clément VII, un Médicis il est vrai, qui soutint et Copernic et… Machiavel) ou souverainement les arts renaissants… Un rôle de vieux mécène quoi… au mieux.

      1. @ La Vigne :
        Je connais ton scepticisme quant à cette capacité qu’aurait l’Europe à produire sa renaissance. Je ne suis pas non plus d’un optimisme forcené quant à ce sujet.
        Mais je crois que tu te plantes sur plusieurs points.
        Historiquement, en premier lieu, puisque de renaissance, il y en eu plusieurs : renaissance carolingienne, renaissance du 12ème siècle (notamment avec la scolastique) et renaissance fin 15ème siècle-début 16ème siècle. Si on y ajoute le siècle des lumières, cela en fait déjà 4.
        Elles furent toutes réservées aux élites puis diffusées plus largement au fur et à mesure de l’évolution des techniques (école, manuscrits, imprimerie, journaux).
        Aujourd’hui le média internet permet de diffuser encore plus largement.
        Concernant les ‘nouveaux apports’, je parlerais à chaque fois de ‘redécouvertes’ et même de ‘réinterprétations’, parfois des mêmes sources.
        Ce que fait Paul avec Aristote est dans cette lignée là. La chrématistique chrétienne et islamique existaient déjà. Etc.
        Si ‘nouveaux apports’ il y a, je les vois comme des apports ‘politiques’, au sens de contribution aux rapports de force pour faire pencher la balance (ex : gouverneur de la banque centrale chinoise avec la refondation du système monétaire et sa proposition de DTS remaniés ; révoltes arabes dans un certain sens, bien que limité et en devenir potentiellement).
        Intellectuellement, je ne suis pas du tout certain que la renaissance puisse voir le jour aux states et encore moins en orient, pour des raisons opposées dans ces deux cas : l’universalisme américain est fondamentalement individualiste et l’orient manque encore d’individuation pour être universaliste. Seule l’Europe, de manière récurrente, a testé et parfois réussie (même brièvement ou partiellement) la symbiose.
        Prenons le cas d’internet pour les US. On y arrête le fondateur milliardaire de megaupload et on crie à la liberté qu’on assassine … Et je ne parle même pas des tentatives de contrôle d’internet. Donne moi des équivalents au travail qui est fourni ici par Paul, Julien et François aux states ou mieux encore, en orient : tu serais en peine de le faire, tant sur le fond que sur la forme. Et en dehors de la conquête de l’espace, il n’existe plus de ‘nouvelle frontière’ pour les states pour échapper à la remise en cause profonde de leur système, hormis la guerre : depuis 1989 et la chute du mur de Berlin, 2 guerres d’Irak, une en Afghanistan. En guerre depuis plus de 10 ans, les states, sans qu’un mouvement pacifiste ou pour les droits civiques n’aient émergé réellement, comme dans les années 60 avec la guerre du Vietnam.
        Pas avec ça qu’on fera des renaissances.

        « je pense qu’on est en situation de renaissance, guerres de religions comprises » : je ne crois pas. Pas encore. Nous venons juste de commencer à prendre conscience, massivement des limites et donc de l’absence de ‘nouveaux horizons’. Et concernant les guerres de religions, je ne perçois pas de nouveau schisme, ni même dans la religion économique.
        L’Europe a le potentiel intellectuel et culturel pour se faire. Mais cette fois-ci, cela ne peut pas être seulement une renaissance européenne, la mondialisation géographique étant passé par là : le mouvement devra être mondial pour avoir une chance de réussir.

        Rien n’empêche l’Europe de l’initier. Ce qu’elle a toujours fait, depuis la fin de l’empire romain. C’est cela, sans doute, ce dont parle l’historienne : l’énigme de l’Europe.

      2. @Tous, les mauvais fils !
        Avez vous intégré la renaissance « familiale » suivant Todd ?
        Europe est une petite déesse mortelle……

      3. nos nouveaux classiques

        On ne les voit pas à cause de la pollution intellectuelle ambiante.
        BHL est plus connu que JMG Le Clézio qui parcourt dans ses romans les racines de l’universel.
        Ce n’est pas Gargantua, d’accord mais c’es une vision alternative et l’article de Wiki est un peu sommaire alors que celui sur le très parisien Frédéric Beigbeder s’étale avec complaisance.

        http://fr.wikipedia.org/wiki/J._M._G._Le_Cl%C3%A9zio

      4. Bouhhh quelle soupe de zébu… Dis-moi, dans ce fatras, demande donc à Jorion si d’après lui elle date de tes pseudo-renaissances – carolingienne, ottonienne ou que sais-je encore – l’invention de cette fameuse « réalité objective », qui s’époumonne et s’étouffe, si ce n’est du XVIe européen… Zéro pointé Zeb.

      5. @ La Vigne :
        Je vais finir par croire ceux qui ne voient en toi que bruits et fureurs. Quand en plus tu te prends pour un maître, on frôle le ridicule.
        « Zéro pointé » : à part ça, t’as des choses à dire ?
        Quand à ton principe de ‘réalité objective’ (empirique en fait, c’est l’inverse), elle ne date évidemment pas du 16ème siècle, si tu lisais justement les livres de l’auteur que tu cites. Et elle ne serait pas réapparue si auparavant il n’y avait pas eu la renaissance des lieux de savoir carolingien et l’individuation née de la scolastique. Mais évidemment les ‘processus’, faut pas trop en demander à La Vigne : trop complexes, pas assez rapides, pas noir/blanc, moins faciles à appréhender que les jugements expéditifs comme on jette un voile sur son ignorance …

        Ps : va falloir que tu finisses par admettre que tu ne détiens pas la vérité et que quand quelqu’un conteste ce que tu affirmes (car tu affirmes toujours et jamais ne doute), faut répondre autrement que par des propos de cour d’école.
        Je sais, ça va être dur pour toi mais t’es un garçon intelligent et sensible, tu devrais pouvoir y arriver.

  7. Concernant l’idée de « arriver à étendre la sphère du ‘nous' », j’ai l’impression que personne n’a encore évoqué dans les commentaires ici une référence à mon avis très importante (sûrement déjà intervenue dans ce blog, ne serait-ce que dans le dialogue entre Jorion et Stiegler), celle à la théorie de Gilbert Simondon (1924-1989), qui pense de manière très stimulante (et géniale) l’entrelacement à la fois psychologique et social entre « moi » et « nous ». Pour rappel, Simondon est un philosophe français très original et longtemps ignoré du public, qui a pourtant eu (par ses écrits) une influence décisive (par ses notions de « pré-individuel », de « transduction », de « circuit transductif », de « polyphasage », etc.) sur Deleuze (le virtuel), sur Jacques Garelli et Marc Richir (puissants et originaux phénoménologues, capables de s’ouvrir au structuralisme et à Lacan en les intégrant – Simondon leur rend possible la « phénoménologie asubjective et non-intentionnelle ») et, plus récemment, sur Bernard Stiegler (qui a, entre autres, métissé – génialement – Simondon, Leroi-Gourhan, Freud, Husserl et Marx). Je crois (sans beaucoup d’originalité de ma part en cela) que la réflexion de Paul (la vidéo ici) gagnera à être méticuleusement relue, repensée et développée à l’aide des notions – touchant à « moi », « nous », « autres », etc. – issues de la pensée de Simondon. A sa manière, cette dernière est une pensée de la complexité et de l’émergence – Simondon était ingénieur de formation, il est un penseur « constructif », non-plaintif de la « technique » (comme le sont, par contre, une majorité de penseurs canoniques, de Heidegger à Jonas et Severino, pour qui la technique est une sorte de sombre ennemi de la pensée). L’un des aspects les plus originaux (et puissants) de sa pensée est le fait d’avoir re-élaboré plusieurs des concepts fondamentaux (élémentaires) de la philosophie occidentale, tels ceux de « forme », « unité », « individualité », etc. Il a pu faire ça (Alain Badiou fait quelque chose de comparablement admirable en s’appuyant sur les mathématiques contemporaines « de pointe ») grâce à une critique de l’ « hylo-morphisme » (= la théorie du couple matière-forme) d’Aristote (Simondon repense radicalement, s’appuyant sur la physique et la biologie qui lui sont contemporaines, les notions de « être », « puissance », « acte », etc.) et arrive à des résultats philosophiques impressionnants (de plus en plus perçus, aujourd’hui, comme étant de précieux matériaux philosophiques nouveaux pouvant servir à la recherche philosophique de pointe).

    1. et ben dite donc, ça terrasse ferme 😉 Qu’est-ce qu’il produit ce chantier ? En trois ou quatre paragraphes, merci par avance .

      1. Jean-Luce, encore merci à vous pour l’article sur Zinoviev: je ne l’oublie pas et un jour ou l’autre je vais arriver à répondre à votre proposition blogjorionnienne (!) de réflexion sur « communisme – pas communisme – autre chose encore ». Pour l’instant je mijote une étude – que j’aimerais beaucoup partager ici si au final ça s’y prêtait – sur un article récent de Patrick Viveret, dont je « géométrise » avec succès un fragment significatif (= « prendre le mieux entre Modernité et Tradition ») et que je propose, pour des raisons précises, de prendre comme un cas d’école de l’utilité qu’il peut y avoir à déplier visuellement des oppositions conceptuelles qui intuitivement paraissent (à tort!) claires. Le Viveret, par ses raisonnements oppositionnels informels (mais combinatoires…) au sujet du convivialisme m’a fait faire une découverte formelle que je souhaite partager (et utiliser) en retour (simple mais frappante, je crois).

        Mais, « back to the trees! », concernant le lièvre levé ici par Paul (lièvre arboricole?), i.e. l’importance de la logique (possiblement dégradée et dégradante) du « nous » VS « les autres », c’est encore une autre paire de manches, et là je crois qu’il faut, plutôt qu’un réseau géométrique oppositionnel, une intelligence certes relationnelle mais dynamique (et auto-référentiel) à la Simondon [ou à la Maturana-Varela-Luhmann?] (mais pas mal d’autres penseurs ont développé d’autres morceaux du puzzle « je-toi-il-nous-vous-eux », par d’autres stratégies: je pense – en philosophie analytique, una tantum – aux études du (génial et prolifique) penseur guatémaltèque Hector-Neri Castañeda (1924-1991). (Paul parlait de linguistique? Le Castañeda a commencé en linguiste, par un vocabulaire ou une grammaire de la langue espagnole…) A ne pas confondre – ¡cuidado! – avec le célèbre Carlos Castaneda, anthropologue-romancier californien new-age.

  8. On peut dire aussi qu’instrumentaliser c’est utiliser en vue de la satisfaction d’un certain type de besoin quelque chose, ou quelqu’un, qui n’a pas été conçu pour y répondre. Prenons l’illustration du droit de propriété. Il y a d’abord, certainement, à l’origine du fait de propriété un besoin de protection. Etre propriétaire c’est avoir la certitude de posséder longtemps une chose, au moins le temps que l’on juge nécessaire au besoin auquel on veut répondre (être propriétaire de sa maison, de sa voiture, de ses vêtements, de sa nourriture, etc..). Passé le stade de ce besoin essentiel de protection et de sauvegarde apparaît la dimension sociale de la propriété, celle du pouvoir figuré ou réel. Etre propriétaire de beaucoup plus d’objets que les autres n’en possèdent c’est avoir la possibilité d’être en position de donner plus que les autres. Plus que la dimension inégalitaire du partage initial c’est la rétention stérile, la non redistribution de ce qui a été capté qui créé une difficulté.

    Il y a une autre dimension plus intime liée à la notion de quantité comme substitut à la satisfaction. Il existe une tendance spontanée à chercher, pour les retrouver et les revivre, les sensations et impressions qui ont être perçues comme agréables. Ce sont les sensations qui ressortent du plaisir (de la simple satisfaction à la jouissance). Etant entendu que toute chose est ambivalente on voudra bien admettre que le plaisir comporte une dimension plus quantitative que qualitative, comparée par exemple à la joie ou au bonheur. Hélas, le plaisir n’est pas un objet que l’on puisse stocker quelque part et le seul plaisir dont on jouisse vraiment est celui éprouvé maintenant, à l’instant même de la perception (de ce point de vue, un seul plaisir éprouvé dans une vie en vaut autant qu’une multitude d’autres éprouvés dans une autre). Une fois éprouvé il s’efface, mais l’être tend spontanément à rechercher sa répétition, confondant alors facilement sa nature, qui est dépendante des conditions de son apparition, avec sa quantité. Ce Glenmorangie m’a fait forte impression à la première gorgée, moins quand j’en serai au culot de la bouteille. J’ai une villa à Ramatuelle ; si demain j’en suis propriétaire de deux autres je serai deux fois plus satisfait. Si je n’ai pas atteint la quantité d’orgasmes que je juge nécessaire, ou si ma quantité de sommeil n’atteint pas le seuil fixé, je me dirai insatisfait, etc… Etre propriétaire c’est aussi acquérir de la quantité. C’est se donner l’illusion de pouvoir figer pour l’éternité un plaisir immédiat, celle d’acheter un plaisir futur alors que par nature il naît du manque et jamais de l’abondance.

  9. « La sphère du Nous » …
    P. JORION a le chic de nous envoyer des énigmes ou messages, ici sous la forme de la parabole de la pétoche, pour voir ce qu’il pourrait en ressortir – Tout comme un pavé dans la mare. C’est une possibilité effectivement qu’offre son blog.
    Tout Nous est par essence relatif puisque constitué du moi, toi, lui ou elle. Et lorsque qu’advient un problème, tout à fait majeur ou urgent, deux solutions s’avancent : soit le sauve qui peut et le chacun pour soit. Ou des appels au regroupement solidaire face aux adversités, faisant ainsi fi pour un temps aux dites différences. Ce Nous plus large, en résumé, qu’invoque JORION.
    Il s’avère en fait plus que jamais nécessaire pour les français de le savoir. veulent ils un Nous étriqué allemand, à la MERKOZY ou doit on élargir notre envie de vivre ensemble aux grecs… « Enείμαι ελληνικός » (Je suis un grec).
    En attendant, s’il y a bien un groupe qui a compris l’utilité de l’esprit de solidarité face à la résistance de nos domaines publics, c’est bien le « Nous: 1% de riches » qui réussissent souvent avec succès à faire passer « les bonnes mesures » qui les protègent…
    A leur REGLE D’OR, répondons REGLE DU NOUS.

      1. Oui mais alors, le fameux : bonjour chez vous! Ou alors devons nous dire : bonjour chez nous?
        D’ailleurs nous ne disons jamais : « comment allez nous ». Si vous imposez le nous , vous ignorez le vous…Bon, nous n’irons plus dîner cher vous, mais chez nous…Le NOUS est un collectif, très bien, mais alors, qui est l’hôte et qui est l’invité, si nous nous sommes chez nous?
        Il y a toujours l’un et l’autre que je sache, qui n’est, ni vous, ni nous.

      2. Très cher Paul voyez où tout cela noumène, à vouloir sortir du phénoménal, on ne peut s’attirer que de la simplification terrestre donc humaine, rien d’autre mon très cher ami.
        Sinon, pour ce qui est de la peur, la trouille ou la pétoche, j’ai souvent entendu dire, que cela n’était qu’un manque d’amour. Je répète la peur est un manque d’amour et je sais exactement de quoi je parle. Le remède à la peur, c’est l’amour. Et ne me dites pas, que vous ne le saviez pas, je ne vous croirais pas.

        1. L’amour, Idle, on essaie depuis 2 000 ans. Regardez les chrétiens fondamentalistes, les églises chrétiennes, ils n’y ont JAMAIS rien compris, alors que c’est leur propre dieu qui en a parlé de toutes les manières possibles : explicitement : « Aimez-vous les uns les autres, Nom de Dieu ! », sous forme de contes pour les enfants, etc. etc. En vingt siècles, les disciples auto-proclamés de Jésus-Christ n’ont entravé que pouic à ce qu’il avait raconté ! La pétoche au moins, c’est une valeur sûre : c’est en fonction d’elle que les gens prennent toutes leurs décisions, et en particulier, qu’ils votent.

          Idle, vous voyez la différence entre un utopiste (béat) et moi ? Le RÉALISME !

      3. Paul , ce n’est le chemin qui est difficile, c’est le difficile qui est le chemin. L’amour est le chemin, aussi difficile qu’il soit et aussi peu réaliste qu’il soit il reste le chemin…Mais votre jeunesse d’esprit vous en empêche l’accès pour le moment, bien que vous sachiez résoudre des phénoménales problèmes mathématiques vous semblez ne pas encore avoir accomplit l’essentiel qui reste cependant à la portée d’un nouveau né. Parfois l’intelligence ne mène nul part et vous le savez mieux que n’importe qui. Je dirais même que vous le savez mieux que quiconque.

      4. @ Paul Jorion
        Encore plus simpliste:
        « Je » c’est moi dans le monde, « nous », c’est le monde en moi.

      5. @Paul Jorion
        L’amour et la peur

        « L’amour, …on essaie depuis 2 000 ans. . les églises chrétiennes, ils n’y ont JAMAIS rien compris, alors que c’est leur propre dieu qui en a parlé de toutes les manières possibles : explicitement : « Aimez-vous les uns les autres, Nom de Dieu ! », …En vingt siècles, les disciples auto-proclamés de Jésus-Christ n’ont entravé que pouic à ce qu’il avait raconté ! La pétoche au moins, c’est une valeur sûre : c’est en fonction d’elle que les gens prennent toutes leurs décisions, et en particulier, qu’ils votent. »

        Est-ce aussi certain que ça? Le résultat n’est peut-être pas mirobolant. Mais on ne peut faire taire l’aspiration spirituelle par la raison. Je crois que l’aspiration spirituelle trouve sa force du fait que nous sommes tous plus ou moins mal nés, pas tout à fait mis au monde. Ce n’est pas tout de faire des enfants, encore faut-il les mettre au monde, leur signifier clairement qu’ils font partie de la communauté humaine. La spiritualité, c’est la recherche d’un complément à un oui un peu défaillant, comme la psychanalyse, finalement.
        La peur, c’est la force opposée, c’est la trouille d’être mis à part, d’être dé-né (dénié). C’est la peur en effet qui cloisonne les religions, qui limite, voire inverse leur tentative de mise au monde des fidèles.
        On retrouve ces deux forces du oui et du non bien développées chez Naouri: sans le oui, le non ne peut rien. Sans l’amour, la peur ne peut rien. C’est en effet ce qui se passe chez « les naufragés », ainsi que les nomme Patrick Declerck dans son exceptionnel témoignage du monde des clochards qui manquent du minimum d’amour vital et qu’on ne peut pas manipuler par la peur d’être mis à l’écart.

      6. @Renou :

        Je ne me hasarderai pas à définir l’amour , mais je sais et je crois que  » la peur de mourir » c’est de l’amour …propre .

        Et que le « je » est à l’amour propre ce que le « nous » est à …autre chose .

      7. joli texte , bien lucide de Laborit sur l’ « amour » : ds  » ELOGE DE LA FUITE »

        Amour

        Amour. Avec ce mot, on explique tout, on pardonne tout, on valide tout parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques.

        L’amour déculpabilise, car pour que tous les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leurs structures hiérarchiques, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorés.

        Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance.

      8. @Kercoz,

        Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance.

        Peut-être pas le meilleur texte de Laborit. Quand même sacrément parano pour avoir ainsi aussi peur des désillusions, pour avoir si peur d’être dé-né et ainsi le prévenir, s’en prémunir en sélectionnant cet aspect de l’amour instrumentalisé. Peut-être quelque deuil, quelque évènement qui vous éjectent du monde, trop douloureux?

  10. – Du Je différentiel au Nous universel pour sphère fraternelle – Ou l’histoire de l’humanité –
    J’en tracerai un rapide survol en utilisant une interprétation personnelle, par la métaphore biblique de Caïn et Abel. J’imagine que Caïn se croyait être un dieu, à l’égal ou tout comme, du Dieu véritable, Père d’Adam. D’un côté Le Dieu transcendant et régissant les Cieux, mais au repos de sa création. Et de l’autre, Caïn, dieu actif, gérant sa Terre. Les choses étaient en bon ordre pour ce dernier jusqu’au jour où Dieu lui rappela qu’il ne pouvait s’affranchir de la filiation parentale par l’adjonction d’Abel, son cadet. Ce qui a déplu à Caïn, tant l’avantage qu’il semblait avoir sur son proposé frère lui était évident; lui pasteur menant son troupeau et nourrissant les bêtes sur ses terres.
    Le refus divin de cette consanguinité fraternelle fut ressenti douloureusement. Dans sa chair, Caïn connaissait la coupure du cordon ombilical cette fois-ci entre la terre et le ciel. Et commença vraiment, comme nous le raconte R. GIRARD par ce fondamental meurtre fratricide, l’histoire proprement humaine et le défi qui reste toujours le sien et qui est cruellement hurlant pour nous, aujourd’hui… A savoir… Comment , selon quelle éthique déterminante voire pragmatique recouvrir ce lien Trinitaire et fraternel rompu dans le sang entre : (chacun selon sa foi ou pas) la Nature, nos semblables (frères et soeurs) et soi-même.
    Question universelle, ou question tout simplement.
    « Je crois que Dieu ce sont les hommes et qu’ils ne le savent pas ». J. BREL.
    … Pas encore.
     » JE DIS QUE NOUS SOMMES ACTIFS LORSQUE, EN NOUS OU HORS DE NOUS, IL SE PRODUIT QUELQUE CHOSE DONT NOUS SOMMES LA CAUSE ADÉQUATE, C’EST À DIRE LORSQUE DE NOTRE NATURE IL SUIT EN NOUS OU HORS DE NOUS QUELQUE CHOSE QUE L’ON PEUT COMPRENDRE CLAIREMENT ET DISTINCTEMENT PAR ELLE SEULE. MAIS JE DIS, AU CONTRAIRE, QUE NOUS SOMMES PASSIFS, LORSQU’IL SE PRODUIT EN NOUS QUELQUE CHOSE DONT NOUS NE SOMMES QUE LA CAUSE PARTIELLE. »
    B. SPINOZA

    1. Puisque vous citez Brel, je vais citer Gainsbourg:
       » Les hommes ont inventé les Dieux,
      le contraire reste à prouver. »

      Il nous faudrait un « nous » adéquat.
      Le cognatus du « nous », c’est quoi?
      La pétoche, c’est pas un affect actif.

      Spinoza avait sans doutes lu Platon et Aristote,
      le contraire n’est pas prouvé…

  11. « Sur le plan collectif, le grain de sable de la sagesse peut enrayer la machine emballée. Peut-être.. »

    Entretien avec Taisen Deshimaru. Dans cet entretien effectué peu avant sa mort en 1982, le maître zen parle de la méditation comme voie pour équilibrer notre entité psychosomatique aux prises avec les pollutions extérieures et intérieures. Ce mondo privé (questions-réponses) eut lieu un soir dans son appartement.

    N.C : Quel est l’acte qui importe le plus dans le zen ?
    Maître Taïsen Deshimaru : La posture. C’est la posture de méditation qui est la plus importante. Le zazen.

    N.C : Pourtant, il est dit que le zen n’a rien à voir avec la position couchée, assise ou debout ?
    T.D : Oui, l’esprit du zen transcende toutes les catégories. Mais on dit aussi que le zen, c’est zazen, que la posture elle-même est satori, éveil.

    N.C : Pouvez-vous expliquer cela ?
    T.D : Nous sommes sans cesse en train de courir, de penser, d’errer à la recherche de quelque chose. Se mettre dans la posture, faire zazen, permet d’arrêter le mouvement, de stopper le processus de fuite en avant, ce processus qui fait que l’on se retrouve à l’heure de sa mort en ayant gâché sa vie dans l’illusion de la vivre.

    N.C : Le zen, c’est donc l’arrêt du geste ?
    T.D : Avant tout il faut arrêter les habitudes, stopper le déroulement du karma, cet enchaînements des causes et des effets dans notre vie quotidienne, le laisser filer loin de nous comme des nuages filent au-dessus de la montagne sans jamais l’emprisonner. Une partie du malheur de l’humanité vient du fait que les gens ne savent pas se libérer de l’emprise de leur karma, de l’attachement à leur histoire personnelle.

    N.C : Mais le karma, c’est aussi la famille, les enfants, les amis, le travail. On ne peut abandonner tout cela…
    T.D : Il ne s’agit pas d’abandonner mais de lâcher prise… Quand on dit que les moines doivent abandonner leur famille cela ne veut pas dire qu’ils doivent la laisser mourir de faim. Non. Il s’agit en fait de ne plus être attaché à l’esprit des choses, d’avoir une certaine distance par rapport aux émotions qu’elles suscitent. La compassion n’est pas sentimentalisme geignard, mesquin et confortable mais vrai amour qui aide. Et puis le karma est à l’œuvre dans notre cerveau : karma du passé, du présent et du futur s’y mélangent, donnent une vraie soupe nauséabonde ! Vous connaissez l’histoire de la vieille vendeuse de gâteaux qui dit au jeune moine qui veut lui en acheter un : «Avec quel esprit allez-vous manger ce gâteau ? Avec l’esprit du passé, du présent ou du futur ?» Le jeune moine s’enfuit car il est trop sot pour répondre ! Le karma est aussi créé par le trop-plein de pensées, de désirs, de rêves qui s’agitent dans nos têtes. La plupart des gens font ainsi plus de sexe avec leur tête qu’avec leur bol ou leur bâton! (rire tonitruant). La posture immobile permet de couper le karma. Je dis toujours : laissez passer les pensées comme les nuages dans le ciel, laissez passer, passer, passer… Il faut épuiser le trop-plein de pensées, alors le cerveau peut recevoir de nouvelles informations. Une bouteille pleine ne peut plus rien contenir ; une bouteille vide, oui. Mais pour bien laisser passer, il faut se concentrer sur la posture de méditation : dos droit, bassin basculé, nuque droite, pouces qui ne doivent faire ni montagne ni vallée, yeux mi-clos, se concentrer sur l’expiration la plus longue possible jusque dans le hara, le kikai tanden, l’océan de l’énergie qui se situe dans l’abdomen. Vos postures ne doivent pas être comme des bouteilles de bières éventées ! Elles doivent être fortes, riches, belles, alors l’harmonie en vous, la sagesse apparaît. La vraie sagesse se trouve dans l’effort de l’immobilité. L’effort juste est le plus important.

    N.C : Quelle différence y a-t-il entre le raja yoga et le zazen ? C’est finalement toujours de la méditation, jambes croisées en lotus ou demi-lotus !
    T.D : La différence ? C’est le coussin! (rire). Ce n’est pas une plaisanterie. C’est le zafu, le coussin rond que l’on met sous ses fesses ! Ce simple coussin permet d’équilibrer complètement la posture, de l’ancrer dans le sol, les deux genoux touchent la terre, le coussin donne tout son sens à la beauté de l’assise. Essayez de croiser les jambes en lotus sans coussin et vous verrez la différence. Il y a toujours un genou qui se soulève, même légèrement, et toute la posture n’est pas aussi belle. Ni aussi efficace.

    N.C : Oui. Cette invention du coussin remonte d’ailleurs au Bouddha qui demanda un jour à un paysan qui fauchait son champ de lui couper de l’herbe sala, une herbe très souple, pour s’en confectionner un siège permettant d’équilibrer l’assise.
    T.D : Vrai. Vrai (True. True). Bouddha a trouvé la voie du milieu. Il avait vécu une vie de prince trop molle, puis une vie d’ascète trop exacerbée, il comprit que seul un juste équilibre permettait de trouver sa vérité propre. Ce n’était pas un hystérique comme beaucoup de spiritualistes !

    N.C : Un instrument de musique doit être justement accordé pour faire de la musique, l’histoire est fameuse…
    T.D : Oui. Et notre corps est comme un instrument de musique qu’il faut savoir accorder pour bien jouer la vie. Pour apprendre à « négocier la Voie », dit-on dans le zen.

    N.C : Quels sont les grands reproches que vous faites à nos contemporains ?
    T.D : D’être trop faibles (too weak). La posture de méditation peut les rendre forts. C’est la civilisation qui les rend faibles, il y a trop de tout, trop à manger, trop de bruit, trop de publicité, trop d’images, trop de sexe ; trop, trop. Tout le monde est intoxiqué, hystérique, la voie naturelle est oubliée…

    N.C : Comment voyez-vous l’avenir ?
    T.D : Beaucoup de destructions, toujours davantage de pollutions. L’espèce humaine ne pourra se sauver que par la sagesse. La sagesse doit s’élever de l’humanité.

    N.C : Le simple fait de pratiquer zazen peut- il aider à réaliser cela ?
    T.D : Sur le plan personnel, certainement. Sur le plan collectif, le grain de sable de la sagesse peut enrayer la machine emballée. Peut- être… (Maybe…) Il faut le croire, fortement (strongly), il faut pratiquer, fortement. Une posture juste influence le monde entier… (silence) …comme un sourire influence tout le monde autour de vous. Il y a une grande différence entre les réactions suscitées par un sourire ou celles déclenchées par une insulte. Faire gassho (saluer les mains jointes) est mieux que dresser le poing ! Et une main ouverte saisit plus que qu’un poing fermé…

    N.C : Vous êtes donc confiant ?
    T.D : A la fin, toutes les bulles d’air à la surface d’un cours d’eau font « plop » et reviennent se fondre à ce cours d’eau. Alors… ce n’est pas la peine de se poser trop de questions: comment va finir l’humanité, comment vais-je mourir, combien de temps mes enfants vont-ils vivre, comment vais-je survivre, quand est-ce que je vais rencontrer la femme de ma vie, quand est-ce qu’un homme va coucher avec moi… Quand, comment, pourquoi, on se torture sans cesse avec des questions inutiles. L’important est l’action : ici et maintenant, agir. La réponse aux questions vient toujours assez vite. La vie est comme une ligne faite de points. Chaque instant est un point. Plus chaque instant est vécu fort, plus les points, et donc la ligne, sont forts. Il faut tracer sa vie, fortement. La posture de méditation aide, c’est tout. Elle aide à guérir le corps et l’esprit.

    N.C : Vous dites aussi souvent que faire zazen, c’est entrer dans son cercueil. Qu’ est-ce que cela veut dire ?
    T.D : C’est votre koan ! (rire tonitruant).

    N.C : Je peux y répondre ?
    T.D : Certainement.

    N.C : Voilà. Dans la posture on retrouve un état qui existe avant notre naissance et après notre mort. On ressent un vide qui préexiste à notre existence. Si on devient vide (ku) on rejoint l’énergie primordiale (ki). C’est ça ?

    T.D : Comme vous voulez ! N’oubliez jamais cette phrase de l’Hannya Haramita Shingyo (le sutra de la Grande Sagesse que l’on chante souvent dans les dojos zen, à la fin des zazen du matin) :

    Ku soku ze shiki
    Shiki soku ze ku

    Le vide crée le phénomène
    Le phénomène créé le vide.
    Il faut voir au-delà de la dualité. Au-delà du par-delà…

    N.C : Sensei, vous dites souvent que les gens sont trop égoïstes. Comment remédier à cela ?
    T.D : Par la pratique de la méditation, par le zazen, les bonnos (illusions, travers, défauts) décroissent naturellement, inconsciemment, automatiquement. Regardez-vous : avant, vous ne pensiez qu’à vous, maintenant vous faites des livres pour les autres (rires) ! Les Occidentaux ont cru jusqu’à maintenant que le zen est une philosophie intellectuelle. Or, au contraire, pratiquer le zen consiste à penser avec son corps, c’est unir le corps et l’esprit, c’est une sagesse du corps. Ch’an, zen, dhyana, zazen, tous ces mots définissent la méditation qui est pratique de tout le corps. L’être moderne est gravement malade: la pratique de la méditation peut l’aider à devenir sain. Ce n’est pas la peine de s’enfuir dans une grotte dans la montagne pour cela. La posture elle-même est la grotte et la montagne. Où que vous soyez existe la vraie liberté, celle du poisson dans l’eau ou de l’oiseau dans le ciel. Mais si on peut amener un cheval à la rivière, c’est à lui de boire…

    Source: Nouvelles Clés.

  12. La peur ne fait faire rien de bon.
    Elle paralyse, elle embrouille. Elle empêche la lucidité et le libre examen.
    Parfois elle produit un sursaut, rarement utile, souvent mortel.
    La peur est utile, peut-être, dans des situations extrêmes ( « tu trembles carcasse,
    tu tremblerais encore plus si tu savais etc… », Maréchal Turenne.)
    Ce sont des situations de combat, que la Société est justement censée controler.
    Elle n’est pas même à souhaiter à son ennemi.

    Les politiques qui instrumentalisent la peur sont des irresponsables.
    Une Société basée sur la peur est condamnée à la violence et au crime.

    Le glacis soviétique s’est effondré à partir des mots d’un Pape:
     » N’ayez pas peur ! « . La suite a manqué d’amour, ils ont simplement
    quitté le royaume de la peur pour tomber dans notre monde de l’ égoisme.

    Tout ce que nous faisons de bon l’est par amour, par besoin d’amour,
    mais aussi par devoir, un devoir intériorisé absolument respectable.
    J’ attends, je souhaite, un personnage extraordinaire, une Femme sans doute,
    qui instrumentalisera l’ amour. J’aimerais voir jusqu’où on pourrait aller.
    Il me semble que le « cadre » actuel en prendrai un bon coup… et que la
    suite ne serais pas pire .

    1. La peur a faible dose peut effectivement marcher, c’est une des idées qui sous-tend l’équilibre du contrat social si tout le monde dépose les armes. Le monopole de la violence légitime de l’Etat, implique que tout le monde dans une société donnée a peur du Prince (Régime en place au sens large). Cette impression et la soit-disant sécurité qui en émane, peut être entièrement fictive (aucune force de police pour rechercher une joggeuse violée et assassinée ou pour chercher l’homme tué d’un coup de couteau dans une ruelle). C’est exactement le principe repose un autre débat d’actualité M.Jorion, je veux parler des systèmes de surveillances automatiques (vidéo surveillance, écoute téléphonique, surveillance d’internet).

      Finalement, voyez comme Sarko en France est un communiquant, il nous file à tous la pétoche. Tente-t-il de faire du nous? Comme le faisait remarqué @idle, il dissimule mal le « je » et son « jeu » pour arriver au pouvoir.

      C’est plutôt étrange, que vous qui défendez la liberté d’internet vous souteniez que la pétoche est un moyen de faire du nous à minima mais du nous quand même. La pétoche, on essaie pas de la filer aux pirates peut-être.

  13. @ ZÉBU

    L’Europe a le potentiel intellectuel et culturel pour se faire. Mais cette fois-ci, cela ne peut pas être seulement une renaissance européenne, la mondialisation géographique étant passé par là : le mouvement devra être mondial pour avoir une chance de réussir.

    Je vais peut-être vous étonner, mais il existe un autre lieu, à fort potentiel intellectuel et culturel et cela depuis la plus haute antiquité : la Perse (l’Iran bien-sûr d’aujourd’hui.) Et qu’il ne faut pas, loin s’en faut, négliger aujourd’hui moins qu’hier.
    A la question, que vous soulevez ainsi que de nombreux intervenants très souvent : par quoi remplacer le Capitalisme avec un grand C ? … y répond (en écho) l’Islam, se trouvant « revigoré » par cette perspective naissante. (Curieusement les iraniens aussi par le mouvement chiite, ont leur propre schisme… que vous évoquiez en conclusion. L’islam aussi a sa « Sphère », disons par sa symbologie du « Nous » universel.
    – Le judaïsme : religion d’un peuple …
    – le christianisme qui élargit cette religion d’un dieu, aux peuples païens, et où nait aussi, le germe d’universalité, que n’ignore pas les sciences philosophiques grecques.
    Idée rendue religieuse et que l’Islam généralisera jusqu’à « pragmatiser » voire « guider » le rythme de la vie de chaque individu (croyant).
    … Alors en toute impartialité, respect des peuples et croyances, qui sera prêt le premier ?
    Demandons aux gens de la place Tahrir, en Egypte…
    Elargir le champ du Nous disait P. JORION.

    « Le problème de l’islam comme force politique est un problème essentiel pour notre époque et pour les années qui vont venir. La première condition pour l’aborder avec tant soit peu d’intelligence, c’est de ne pas commencer par y mettre de la haine » M. FOUCAULT

    1. @PHILGILL :
      Non, vous ne m’étonnez pas : on a oublié par exemple qu’avant d’avoir des révoltes arabes, il y a eu une révolte iranienne, réprimée dans le sang. J’en profite d’ailleurs pour compléter mes propos à partir des vôtres, que j’ai oublié de préciser : il ne pourra pas non plus y avoir ce mouvement universaliste si l’on attend d’un seul centre intellectuel, spirituel et culturel son émergence. Par définition, un ‘réel’ universalisme devra être porté, confronté, … par les différents lieux pouvant émettre un universalisme. L’Iran en est un. L’Islam en tant que religion et culture partagée par des nations très diverses aussi.
      Par contre, je reprends ce que vous avez dit, concernant le judaïsme : religion d’un peuple, au départ. Le prosélytisme y fut très important aussi par la suite, réalisant ainsi l’universalisme de ce premier monothéisme.

      1. Oui, je citais le Judaïsme dans un ordre historique et chronologique pour mieux souligner le processus évolutif de l’idée d’Universalité, à travers le religieux mais pas seulement. Cette idée ne l’oublions pas, va souvent de pair avec l’image de fraternité entre les H et F… Combinaison donnant naissance à l’alliance olympique – que nous fêterons bientôt encore dans sa représentation sportive. Mais pareillement à cela, il nous faut continuer encore aujourd’hui comme nos pères hier, à promouvoir le souci d’universalité, sans nous arrêter à tel ou tel bassin culturel « à fort potentiel… culturel, intellectuel… » ou pas. Ce blog ne s’arrête pas sur une quelconque « ligne maginal » sauf celle de l’esprit peut-être. Oui l’Europe peut avoir un grand rôle à jouer, peut-être décisif, dans ce « process », faut-elle qu’elle en est juste le courage.
        Alors VIVE LES OLYMPIADES DE L’ECONOMIE AVEC POUR TROPHÉE, PAS UNE MÉDAILLE D’OR , D’ARGENT OU DE BRONZE, MAIS UNE BELLE ET FORTE CONSTITUTION UNIVERSELLE DE L’ECONOMIE DES SAGES.
        Merci d’avance et bon courage M. JORION.

  14. Monsieur Jorion, ne croyez-vous pas qu’ un prblème majeur est notre incapacitè à ECOUTER, COMPRENDRE, ce que dit « l’ Autre »? ( sans nous servir de notre filtre culturel).
    Par exemple, quand nos amis Chinois, en réponse à nos incessantes attaques au sujet des droits de l’ homme nous répondent par les droits du peuple, droits de la société, ne faut-il pas essayer de comprendre? ( sans répondre « MOI JE….SI JE VEUX…)
    J’ avais été très étonné lors de l’affaire des  » guérisseurs philippains » ( les vieux s’ en souviendront) . Ils disaient textuellement  » J’ essaye de guérir ce patient à l’ aide de Dieu, je suis un intermédiaire » et nous répondions  » foutaises,on ne peut pas passer sa main au travers de la peau du ventre du malade, d’ ailleurs un prof. d’ unif. a analysé la barbaque, c’ est du foie de poulet et pas du tissu cancéreux »
    S-il vous plait, arrétons de nous prendre pour le centre du monde,NOUS,les détenteurs de la vérité ultime et du raisonnement universel et sans failles!

  15. Vous avez une vision pessimiste du rapport à l’autre alors! Qu’est ce que vous même avec « nous » tous , nous ne fabriquons pas un nous largement supérieur à la pétoche….

    Le nous découle-t-il de la pétoche oui et non, dans le cas des pêcheurs béninois oui, il découle de l’économie psychique de l’individu qui trouve aussi avantages(version utilitariste, sociologie) voir du plaisirs à agir avec autrui (même si ça peut-être rare). Exemple, le couple est un nous privé, souvent il implique de mutualiser le temps et les ressources dans le but de la reproduction, de combler des vides existentielles. C’est la base de l’Economie, le quotidien entendu comme l’allocationdes ressouces dans le ménage…
    Sans désir, le psychisme tend au ralentissement pathologique, c’est la vie. Les couples qui ont un nous sans désir d’entre ensemble, il y en a beaucoup, ils fonctionnent mais au prix d’un étiolement dans la névrose. C’est une version conservatrice qui exclut relativement une manière de fonctionner équilibré de l’individu, la névrose ne rend pas l’individu meilleur que je sache. En couple ou dans la société un nous fabriqué par la peur est totalement désespérante.

    Si notre libido (désirs en général même hors sexualité)est morte sous les coup de boutoir de la pétoche induit par le nous, pourquoi resterions nous en vie (manger à l’excès, boire de l’alcool, des drogues, des psycho-excitant, ritualisation obsessionnelle de toute sorte, suicide)…

    La logique de notre société occidentale moderne est d’induire des désirs massifs et désordonnés, tout en accordant à une « élite » le fait de les satisfaire, en jouant sur l’insatisfaction d’une presque totalité de l’humanité, comme signe de la « TOUTE
    PUISSANCE » de l’élite en question. Le terroriste toulousain était lui-même un homme de désir ….grosse voiture, vitesse, la jeunesse (avec toute la relativité qu’on accorde ou pas à son image médiatique), il est devenu l’homme du désir de Mort, sans doute par lavage de cerveau.

    C’est pas la société qui l’a rendu comme cela se sont les islamistes salafistes, mais sur quel terreau cela a-t-il arriver; peut-être le votre et le mien ; Monsieur Jorion en Bref le NOTRE.

  16. Pour « étendre la sphère du nous », croyons plus et sachons moins…’Je crois’ rend mieux compte de la complexité du monde, ‘je sais’ conduit à tous les totalitarismes…

    1. @ Patricia

      « ‘je sais’ conduit à tous les totalitarismes »

      Parce que le « je crois » n’y conduit pas ? C’est oublier un peu rapidement tous les excès et toutes les exactions commises au nom des religions dont le principe essentiel est la valorisation de la croyance et le dénigrement du savoir.

      1. « dont le principe essentiel est la valorisation de la croyance et le dénigrement du savoir »
        Si c’est pour écrire ce genre d’absurdité, sans rapport aucun avec l’histoire des idées en général, avec l’histoire de la pensée occidentale en particulier, sur un blog tenu par un anthropologue qui plus est, abstenez vous.
        Merci.

      2. tiens donc ? Vigneron est un autocrate et moi un autocretin ! sacré vigneron, il sort de son boudoir et l’audience repart à la hausse ! votez vigneron (vin à volonté) !

      3. à Antoine Y

        Tiens un censeur !! Mais qui êtes-vous pour me demander de me taire ?

        Avant de me demander de m’abstenir, argumentez mon ami ! On en reparlera ensuite. Laissez vos anathèmes au placard et j’y laisserai, à mon tour, mes généralisations, peut-être abusives.

  17. Merah, « un monstre issu de la maladie de l’islam »

    LE MONDE | 23.03.2012 à 14h26 • Mis à jour le 23.03.2012 à 16h37

    Par Abdennour Bidar, professeur de philosophie à Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes)

    Depuis que le tueur de Toulouse et Montauban a été identifié comme « salafiste djihadiste », c’est-à-dire comme fondamentaliste islamiste, le discours des dignitaires de l’islam de France a été de prévenir tout « amalgame » entre cette radicalité d’un individu et la « communauté » pacifique des musulmans de France. Cet appel au jugement différencié est nécessaire lors d’un événement comme celui-ci, parce qu’il suscite une vague d’émotion et d’indignation si puissante qu’elle risque d’abolir, dans un certain nombre d’esprits fragiles, toute capacité rationnelle à distinguer entre islam et islamisme, islam et violence, etc. Les dignitaires qui se sont exprimés ont donc assumé là une responsabilité indispensable pour la paix sociale, et nous pouvons espérer que leur parole contribue à éviter une aggravation de la défiance et des stigmatisations dont les musulmans de France restent souvent victimes.

    […]

    1. J’ approuve à 100%.

      Simple curiosité ou suggestion…
      Existe t ‘il un « lien » invisible entre le Blog principal et les membres du Blogroll lorsqu’ils y sont nommément désignés.
      Exemple – Tiens, ce mois-ci, j’ai été cité 30 fois chez JORION au lieu de 2 le mois d’avant.
      Pourquoi ? – Thème principal relevé : sortie du dernier livre – Ou petite phrase sortie de son contexte. Je sais que M. ATTALI déteste les petites phrases sorties de… (sourire)
      Bien-sûr, ce lien n’aurait pas pour but d’encombrer un boîte aux lettres, même annexe, par des commentaires fleuves, mais juste informationnel, comme un bulletin météo quoi. Avec une réciprocité qui s’imposerait entre tous les membres invités du Blogroll…

      Selon le Wall Street Journal, Google serait en train de préparer une mise à jour conséquente de son moteur de recherche. L’objectif ? Offrir une réponse directe aux questions formulées en langage naturel. C’est ce que l’on appelle la « recherche sémantique ». Ouah !

      1. Que les visiteurs du blog Jorion se rassurent; malgré les apparences, l’audience comme l’autorité d’Abdennour Bidar en la matière sont sans commune mesure avec les pseudonymés Antoine Y et Schizosophie… J’invite les deux susnommés à faire part de leurs brillantes critiques (…) à l’intéressé lui-même, sur son blog quoi…
        http://abdennour.bidar.over-blog.fr/m/
        Pour les ignares en islam comme moi (Ohhhh ! Pitié ! Grand Maître et grand lecteur d’al-Hallaj, Avicenne, Averroès, Ibn ‘Arabi et de tous les oulémas depuis Le Prophète (dans le texte évidemment ! ), sa Grandeur Antoine Y… qui n’en finit pas de se mordre néanmoins les lèvres d’avoir raté, ou même pas tenté, son concours d’ENS… on se calme, il a pas fait Ulm l’Abdennour… juste Fontenay-St Cloud) :
        http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Abdennour_Bidar
        Et ça m’va, pas besoin d’me casser plus la nénette, ce mec est net. L’Antoine par contre…

      2. @vigneron, 25 mars 2012 à 16 h 51

        Pourquoi théologiser l’affaire ? Tu es partisan d’une refondation personnaliste des religions ?

      3. c’est ce que je disais, un vigneron fait le buzz dans les commentaires ; il est un blog dans le blog, parfois ce blog n’est qu’une plateforme vigneronne, les billets deviennent accessoires, les dionysies font pressoir sur l’idée, et son charisme scriptural fait de l’ombre jusqu’au zébu. Moi je suis jaloux, mais les coups de bâton du Maître de chai sont de la dynamite philosophique. buvons !

    2. Euh, Paul… vous nous faites une blague?

      Le début de l’article sert uniquement à attendir le lecteur, pour faire passer le message:

      « La religion islam dans son ensemble peut-elle être dédouanée de ce type d’action radicale ? Autrement dit, quelle que soit la distance considérable et infranchissable qui sépare ce tueur fou de la masse des musulmans, pacifiques et tolérants, n’y a-t-il pas tout de même dans ce geste l’expression extrême d’une maladie de l’islam lui-même ? »
      J’ai du relire pour être sur d’avoir bien lu la première fois… Merci pour ce lien, Paul.

      « L’islam doit accepter le principe de sa complète refondation, ou sans doute même de son intégration à un humanisme plus vaste qui le conduise à dépasser enfin ses propres frontières et son propre horizon. »
      Ben voyons…
      Nous y voilà, dans la haine, la vraie, celle qui, sous ses airs faussement policés, voudrait, sous couvert de pseudo érudition, imposer son « humanisme » à la pensée musulmane (humanisme dont Averroes n’est pas franchement le meilleur représentant, c’est le moins qu’on puisse dire, à l’intérieur même de l’Islam, ceci soit dit en passant…).
      Variante de la mission « civilisatrice » des empires coloniaux d’hier.

      « Depuis des années, j’analyse dans mes travaux ce que j’ai désigné à plusieurs reprises comme une dégénérescence multiforme de cette religion : ritualisme, formalisme, dogmatisme, sexisme, antisémitisme, intolérance, inculture ou « sous-culture » religieuse sont des maux qui la gangrènent. Cette médiocrité profonde dans laquelle sombre l’islam »
      Depuis sa fondation, l’Islam s’oppose à la tradition arabe pré-islamique.

      Je vois plutôt dans le parcours de ce gamin la marque de toute une série de facteurs socio-politiques et économiques français et le produit désastreux de tendances lourdes et iniques en matières de politique internationale. Certains s’immolent. D’autres, plutôt que de retourner la haine vers eux-mêmes, entrent dans un rapport agonistique avec le groupe dont ils se sentent exclus. S’ensuit la montée aux extrêmes, et son cortège de drames, de vies brisées.

      Abdennour Bidar est le prototype même du défenseur du « modernisme » en islam. Le titre de son opus  » L’islam sans soumission » était déjà bien « douteux » à mon gout, et manifestait soit une certaine duplicité soit une incompréhension profonde de cette spiritualité (il faudrait en général traduire « soumission » par « abandon confiant », ce qui n’est pas du tout la même chose, et ici les lecteurs assidus de Kiekegaard se sentiront en terrain connu, voire même familier).

      Self Islam, Islam pour notre Temps, autant de manifestes sans avenir… et heureusement! Son Islma nuw age à la c…, il peut se le garder. Celà dit, en face d’un T. Ramadan qui a lui-même des positions suspectes d’un tout autre genre (tout aussi peu diffuses, au fond, dans la communauté musulmane), ce discours, avec ses airs raisonnables, rassure, bien évidemment. N’empêche, quand je lis ce genre de stupidités, je me demande lequel est le pire des deux.

      Etait-ce franchement la peine de faire un lien vers un article aussi dangereux pour le vivre-ensemble?

    3. Il manque un pan à l’analyse d’Abennour Bidar.

      Ce salopard est certes un sujet de l’histoire. Mais cette histoire n’est pas la sienne propre, pour lui moins que pour d’autres, et celle de son identification est liée à notre époque qui traite l’histoire de telle façon qu’elle salope aisément ses sujets les plus assujettis à sa manière. Il était tout autant un objet forgé par le flux de réduction de chacun à l’image identitaire, un sujet amnésié tout autant construit par la maladie moderne, la fausse conscience qui rend schizophrène, que par la paranoïa qui y correspond et renvoyait, chez lui, à une origine recouverte, et fantasmée à la mesure de ce recouvrement, par le complexe d’arriération dont « l’islam » est le signe universel, le cliché réalisé par les plus faibles d’esprit qui s’y enrôlent, depuis 1979. Un fan de bagnoles, de boîtes de nuit et de « filles » paraît-il sans contradiction selon la télévision : le paradis maintenant, moyennant finances. Les religions se nourrissent de l’hypocrisie dans l’attente du Paradis puisque les tentations sont la matière première des guides et des prosélytes et la caution de leurs rôles principaux : l’imprécation et le dit de l’interdit.

      Un déraciné bien de cette époque. Et l’image répandue de son sourire, qui plaît tant aux journalistes au prétexte de montrer une image positive d’un musulman (pourtant heureux en bagnole), n’a pas fini de renvoyer à la sournoiserie légendaire incrustée dans les têtes occidentales depuis les colonisations prétendument civilisationnelles de ces pays-là.

      Mort à 23 ou 24 ans en 2012, il a ouvert les yeux en 1990 ou 1991, devant le général Schwartzkopf à la place du présentateur de télévision, en pleine adolescence, Internet lui donnait accès au porno et à Abu Ghraib. Ce ne sont évidemment pas les images en tant que telles qui sont en questions que leur usage passif et que l’isolement du contexte de leur diffusion à une époque où la privauté des messages reçus a relayé les télévisions qui se dupliquaient dans les chambres des enfants (« c’est à moi seul qu’elles s’adressent »). Leur quasi-omniprésence exacerbée par l’effet des séparations qui rend leur absorption honteuse attise l’attraction quelles exercent sur les mots, notamment quand l’émotion est intense, laquelle est d’autant plus automatisée que c’est une réalité morbide qui les fait émerger. Et l’effet de cette réduction à la pellicule d’une image posée pour réelle est qu’elle nourrit l’image de soi des plus passifs à la place des rêves et des mots qui alimentent l’image de soi de plus actifs. Son chemin est parallèle à celui d’Anders Breivik, le tueur d’Oslo, un autre moderne dont la religion était la race.

      Averroès et Ibn Arabi faisaient de la falsafa et lisaient, voire écrivait pour le second, de la poésie quand les européens – qui s’en souviennent d’ailleurs bien peu et bien mal de nos jours – avaient oublié leurs connaissances. Ils disposaient de traductions en langue arabe des textes grecs.

      N’en déplaise, Merah était aussi un Français, comme Richard Durn. Que leurs cibles respectives différaient ne suffit pas à masquer les similitudes dans l’avénement progressif de leur frustration. Ils en étaient à ne plus voir les autres que comme des images, pas même comme des ennemis, c’est pourquoi ils tuèrent aveuglément, leurs cibles n’étaient plus que des idées. Toutes les formes d’idéologies contribuent à ces visions, et d’autant plus aisément que l’apparence de leur conflit est vide de mots signifiants.

      Et cette assuétude à nous laisser envahir par le spectaculaire est en train de nous rendre myopes. De moins en moins capables de prendre du champ, nous devenons de plus en plus sensibles aux caprices du signe, en passe de nous laisser prendre définitivement à la superficialité sans alternative de l’image visuelle. Voyons-nous encore que celle-ci, contrairement à la parole, coupe court à l’ambiguïté, ignore la contradiction et tend à instaurer un processus d’indifférenciation qui menace le langage dans son être même ?

      (Appel d’air Annie Le Brun, éd. Verdier p. 33 éd. 2011, écrit en juin 1988)

      1. « l’apparence de leur conflit est vide de mots signifiants ».
        En ce qui concerne Merah il semble, à en croire Guéant qu’il avait la langue particulièrement bien pendue !
        Et ses propos « choisis » ont été « repris » par l’ensemble des médias.
        Trente impacts de balles sont des mots signifiant…….

    4. Le début de l’article est un bel hameçon …

      « Le défi est beaucoup plus important. Il faut que l’islam arrive à cette lucidité tout à fait nouvelle de comprendre qu’il doit se réinventer une culture spirituelle sur les décombres du matériau mort de ses traditions. Mais, autre difficulté redoutable, il ne pourra pas le faire seul et pour lui seul : rien ne servirait aujourd’hui de vouloir instituer un « humanisme islamique » à côté d’un « humanisme occidental » ou d’un « humanisme bouddhiste ». Si demain le XXIe siècle est spirituel, ce ne sera pas de façon séparée entre les différentes religions et visions du monde, mais sur la base d’une foi commune en l’homme. A trouver ensemble. »
      Je partage la première partie, à avoir que le défi est considérable.
      Mais il me semble que contrairement à ce qu’auteur écrit, les musulmans en sont conscients. Ils se sentent seulement impuissants, d’où une certaine schizophrénie.
      Toute la question est celle de l’autorité morale suffisante : qui seront les docteurs de la foi dont l’autorité sera telle qu’elle s’imposera à tous ou fera consensus pour mener ce travail ?
      D’après ce que j’en comprends, l’Islam fonctionne ainsi. Averroès comme Ibn Arabi n’y échappèrent pas. C’est la question du rapport de force : si celui-ci est favorable à une refonte, le conservatisme, pierre angulaire de ces derniers siècles, devra céder. Le problème, c’est que les croyants doivent se positionner. C’est plus que compliqué. C’est le risque de la Fitna, le péché originel du schisme. Et le poids des sociétés conservatrices, le plus souvent patriarcales. Les choses bougent, mais lentement. L’Eglise catholique a elle-même mis des siècles avant que modifier profondément sa vision des choses.
      Et je ne suis pas non plus en accord avec ce qu’il écrit, concernant ceci : « il ne pourra pas le faire seul et pour lui seul ». Au contraire. Et c’est exactement le type même de discours dont se repaissent les salafistes selon moi, facilitant leurs dénonciations de l’instrumentalisation de l’Islam par ‘l’occident’, par de multiples raisons fallacieuses mais qui résonnent chez les musulmans.

      « ce ne sera pas de façon séparée entre les différentes religions et visions du monde, mais sur la base d’une foi commune en l’homme. A trouver ensemble » : au contraire.
      On ne peut trouver ensemble une foi commune si l’on ne sait pas qui l’on est soi-même déjà.
      C’est la ‘confrontation’ (pacifique) de ces visions, qui permet, grâce aux différences et aux points communs, de faire émerger un foi commune en l’homme.

      Ce qu’il décrit là est le piège que souhaitent les salafistes : prouver que l’Islam n’a pas à rechercher son propre humanisme puisque l’humanisme est un concept occidental.
      Or, selon moi, l’humanisme qui résulte de l’Islam n’est qu’une facette de l’universalisme de la foi en l’homme.
      Comme le ruban de Moëbius : une seule surface, mais l’oeil y voit deux faces.
      Le fait que le ruban n’ait qu’une seule surface doit -il impliquer que l’oeil renonce à y voir deux faces, voir à s’arracher l’oeil ?

      Pour finir, et aussi pour ajouter à ce que l’auteur en dit, Merah est aussi et même avant tout un monstre français :
      « Merah est certainement un monstre, mais un monstre français et les monstres révèlent aussi la fabrique d’un pays. Jusqu’à quelle génération un enfant né français sera-t-il renvoyé à son origine algérienne, pour combien de générations son ascendance le fera-t-il éternellement étranger au pays qui est le sien ? »
      Et j’y ajouterais, jusqu’à quand seront nous incapables de faire autre chose que d’appliquer une politique de répression qui conduit à la prison de jeunes délinquants quand ils devraient en premier lieu être accompagnés, quitte à l’être ne milieu fermé, avec les moyens adéquats ?
      Mohamed Merah, en tant que terroriste salafiste, c’est d’abord ça : la haine de soit qui se transforme en haine des autres, au contact de la prison.
      Il n’avait rien à y faire.

    5. Encore des flots d’érudition, d’éloquence, de constructions abstraites
      dont certaines séduisantes à défaut d’être convaincantes.
      La réalité est qu’il n’y a rien à en tirer nous concernant.
      Il n’était pas ceci ou cela, non; c’était un malade.
      Il s’est trouvé un truc – une foi, une croyance- qu’il a ajusté
      avec ses moyens de malade pour trouver son confort de malade
      et il l’ a utilisé. Il l’ a instrumentalisé et il est passé aux actes.
      Rien d’autre qu’une « inadaptation » et un crime.
      Comment pouvoir discuter d’une foi à partir de cet exemple extrême
      où cette foi a été dénaturée ? Celle-ci ou une autre, les USA montrent
      qu’une bien de chez eux ferait aussi bien l’affaire pour tout justifier.
      [ autre point qui me tient à coeur : ce genre de truc n’implique
      jamais une femme. Pouquoi ? elles ne vivent pas dans le même monde
      que les hommes ?]

      Nous ferions mieux de discuter de la violence intrinsèque à notre
      Société, où la violence des rapports de force, économiques au premier
      chef, n’est plus adoucie par aucun artifice. C’est une lapalissade
      de dire que les situations extrêmes, et nous vivons une situation extrême,
      met en évidence tous ses défauts, ses ficelles et ses manques. Un révélateur.
      Nous pouvons ratiotiner jusqu’à plus soif, mais un des faits -dur et résistant-
      de notre société est que le chômage nous détruit tous, tous, de ceux bien au
      chaud dans un emploi jugé stable jusqu’aux victimes directes; ce n’est qu’une question de vitesse de propagation.
      Nous devons comprendre qu’un peu d’amour et de charité, inscrites dans les faits
      par une organisation autre de la Société, nous sont nécessaires pour survivre…
      C’est une réponse politique pour résoudre une question politique.

      [ autre point qui me tient à coeur: on remarquera , si on est de bonne foi que les Femmes
      souffrent de cette Société , et du chômage, plus que leur lot .
      Et elles n’ éprouvent pas le besoin de s’exprimer par une violence publique anomique.
      Voilà qui devrait recadrer, et révoquer en doute, des intellectualisations bien séduisantes
      par ailleurs. ]

      1. @Daniel, « Rien d’autre qu’une « inadaptation » et un crime. »
        C’est exactement ça. L’islam n’a rien à voir là-dedans. Un enfant malade qui aurait pu tout aussi bien tuer sa mère, attaquer des fourgons blindés, remonter des go fast ou traîner au pied de la cité et se faire des trous dans les bras. Pour quelqu’un qui pète les plombs, ses justifications proclamées sont insuffisantes pour ne pas dire fausses. Ce n’est qu’un faits divers. Un môme perdu dans son époque, pour qui en tous cas, le problème de la « pétoche » était réglé. Il va rejoindre la liste des tueurs en série dans wikipedia. Rideau.
        Pour certains évidemment, c’est une bonne brioche…
        Quant aux femmes, je ne sais pas. Il faudrait demander à Nathalie Menigon, à Florence Rey ou à… Margaret Thatcher.

  18. Les sociétés non occidentales et les sociétés occidentales traditionnelles (poids du christianisme) fonctionnaient sur un refus du je, pour un nous. Par réaction, je s’est défendu il y a environ 4 siècle de cela, faisant émerger le libéralisme politique, puis économique. Il n’est pas tend de reprendre un nous traditionnel comme un retour aux religions du Livre (Islam, Christianisme, Judaïsme); mais il faut dépasser la revendication du je dans le capitalisme, comme nous l’avons fait de l’adolescence, Construire un nous intelligents, sans l’inhibition du je (construction du Communisme politique, néo-cons avec leur Évangélisme hyper-prosélytes, enfin toutes les formes réactionnaires). Faisons société parce que nous partageons UN SORT COMMUN SUR CETTE TERRE: naître, vivre et mourir….

    1. « je s’est défendu il y a environ 4 siècle de cela »

      Difficile de définir une date avec précision. Si le « je » émerge au travers d’œuvres comme les Confessions de St Augustin, puis celles plus tardives de Rousseau en passant par les Essais de Montaigne, le »je » prendra son véritable essor avec la révolution romantique qui marque un renversement paradigmatique majeur dans la pensée occidentale.

      Il convient de noter que La Richesses des Nations (1776) d’Adam Smith, considéré comme le père du libéralisme économique, est concomitante avec le préromantisme anglais qui naît dans les années 1760.

      L’émergence effective du « je » dans notre histoire remonte donc dans les faits, tout au plus, à 250 ans.

      1. Je dis 4 Siècles parce que la remise en cause progressive des dogmes chrétiens, et les prémices du capitalisme vue par F.Braudel… se déroule sous La Renaissance…

    2. Il faut qd meme surligner 2 trucs :
      -Le « JE » est indispensable pour autoriser la dynamique globalisatrice/mondialisation .
      -Le « JE » en tant qu’entité n’est pas sensé exister , puisque l’individu ne peut exister qu’avec un groupe référé (je+groupe) , et pas n’importe quel groupe , celui qui autorise des interactions affectives entre ses membres , donc suffisamment restreint ( similaire en nombre a celui qui a formaté le couple individu-groupe pendant des millénaires ).
      Le problème structurel est le problème initial. Et ce problème structurel est lié au « gain de productivité » .

    3. Le « je », tel que nous le connaissons en Europe, est le produit du christianisme, du Dieu « personnel » et de son étrange invention du « Libre-Arbitre ».

      Ceci vaut aussi pour l’Islam (comparer ce dernier au « polythéisme lointain » régnant dans l’arabie préislamique), avec des différences importantes toutefois (absence de doctrine du péché originel, responsabilité à la fois individuelle et collective, déterminisme/libre-arbitre, etc.).

      Il n’y a pas fondamentalement de « Je » dans le judaïsme, le destinataire de la Torah étant le Beni Yisrael, par l’intermédiare de ses Prophètes ( du moins jusqu’à ce que s’affirme le principe: « La Loi n’est plus dans le Ciel »). Le rapport à Moïse est du reste assez « ambivalent » dans le judaïsme. Cela dit ce dernier, comme toutes les religions, est en perpétuelle redéfinition, la Tradition étant réinterprétation vivante de la Tradition, et le rapport au « Je » appartient également à l’histoire de cette dernière.

      1. @Antoine Y :
        Une petite différence aussi, entre Christianisme et Islam : le texte. La parole de Jésus, Dieu fait homme, n’a pas été recensée par lui-même mais par ses apôtres. Pour les musulmans, la parole divine a été directement transcrite par son prophète. Que la recension ait eu lieu après sa mort n’y change rien pour eux. La langue de la transcription, l’arabe, conserve d’ailleurs aussi ce statut spécifique, à l’inverse du latin, qui n’était pas la langue de Jésus.
        Ce qui il me semble joue en ‘faveur’ d’un plus grand déterminisme concernant l’Islam comparativement au Christianisme.

      2. Oui Zebu, c’est très juste:

        L’arabe et l’hebreu, langues deS « révêlation », ont un rôle central dans le judaïsme et dans l’Islam, ce qui n’est pas le cas dans le christianisme, qui n’a pas de langue « sainte ». Même avant Vatican II, cela n’a jamais rien eu de comparable, l’important résidant davantage dans le récit de la vie de Jésus, dans son exemplarité spirituelle, dans son existence même et dans ce qu’il faisait; si la révêlation chrétienne, c’est la parole de Dieu faites « chair », autrement dit le Christ lui-même, la révêlation musulmane, c’est la parole de Dieu faites « Livre », d’où la sainteté attribuée à la langue arabe.
        (un musulman conséquent ne comparera donc pas Jésus à Muhammad, car l’équivalent du Christ dans la religion musulmane, c’est tout simplement… le Coran lui-même, dixit un hadith qui s’avère somme toute assez cohérent).

        Toutefois, deux ambiguités récurrentes, consubstantielles au Coran, qui réintroduisent pas mal d’incertitude:
        On ne sait toujours pas très bien en quel arabe les versets sont « écrits » (pour les non-musulmans)/ »déscendus »(pour les musulmans, puisqu’il s’agit d’une « récitation »). Les premiers dictionnaires de langue arabe lui sont en effet… postérieurs! Bien entendu, un musulman affirme 1/ que cela atteste bien que ce n’est pas seulement un texte mais une langue toute entière qui se crée alors, ce qui confirme le « dogme » ( le prophète Muhammad, n’aurait pas seulement « écrit » le Coran, mais il aurait également, à lui seul, produit une langue nouvelle et complète, ce qui est difficile à expliquer, même pour un athée) et 2/ que celà ne pose pas de problème d’interprétation car une tradition orale ininterrompue est censée pourvoir à l’absence de référence préalable (ce que j’en pense…).
        Le « contexte » et la « portée » des commandements ne sont le plus souvent pas explicitement précisés dans chaque verset du Coran, alors qu’ils sont relativement explicites dans les Evangiles.

        Quand je parle de libre arbitre, je parle de la fameuse opposition liberté/déterminisme de l’homme. Pour un thomiste (laissons de côté l’étrange cas calviniste), Dieu voit de tout temps ce que l’homme fera, mais il ne choisit pas pour lui… parce qu’au fond – je traduis cavalièrement l’esprit de la pensée de Thomas- Dieu se fout du reste et ne s’intéresse qu’à sa liberté. Dans le Coran, parmi les versets qui en parlent, une moitié environ soutient explicitement la thèse du libre-arbitre, et l’autre moitié soutient celle du déterminisme, avec un léger avantage à cette dernière. Au final, globalement, on peut dire que c’est l’interprétation déterministe qui l’a emporté en islam.

  19. En écoutant la référence à « la pétoche » pour susciter un comportement plus conforme au bien de l’espèce humaine et de son écosystème, je n’ai pu m’empêcher de penser à Robespierre et Saint-Just décrétant la terreur pour imposer la vertu … J’espère que les moyens susceptible de susciter cette « pétoche » seront moins expéditifs que ceux employés en 1793 …

  20. Et … en attendant de lire le bouquin de JORION, je vous conseille de lire un truc bougrement ardu mais passionnant : HOMO SACER de Giorgio AGAMBEN – C’est sûr là, j’ai pas tout compris, mais c’est pas grave.

  21. Toujours au sujet de la PÉTOCHE. Je reprends une histoire qu’ aime raconter Elie WIESEL.
    Dieu se promenait avec sous le bras les Tables de la Loi. ( C’est écrit en toutes lettres dans le Talmud). Et partout où il se présentait pour la livrer, les peuples exprimèrent leur refus. Il alla d’un bout à l’autre de la terre, au sud, au nord, en vain. Tous refusèrent.
    Fâché, il décida de revenir auprès du petit peuple des Juifs et dit :
    -Assez rigolé maintenant !
    -Mais non ! On veut pas de ton truc. Pas besoin de çà !
    Alors il arriva ce qu’il devait arriver. Dieu vit rouge et souleva une montagne pour la placer au-dessus d’eux.
    -Alors vous acceptez la Loi maintenant, ou vous serez tous enterrés vivants !
    – Ok , c’est bon, on accepte.
    A mon avis Moïse, dans cette histoire, y a été pour quelque chose.
    Alors… le peuple juif, Premier Peuple auto-domestiqué par le Verbe ?

    Elie WIESEL, je le rappelle, soit-dit en passant, s’est fait bien « plumer » par le renard MADOFF.
    Qui en a pris pour je crois 150 années derrière les barreaux.

    Post-scriptum : Nous c’est pas seulement les Tables que l’on pourrait prendre sur la tête, mais tout un BAZAR, DE QUOI FAIRE PÉTER LA TERRE PLUSIEURS FOIS.
    Alors un peu d’auto-domestication serait le bien-venu…

  22. J’ai bien peur que la prétendue sphère du nous ne soit qu’un triangle …
    Car le « nous  » de base a trois côtés : moi + toi +ce qui relie toi à moi .

    Si ce qui relie est la peur , le « nous » ne peut être que temporaire .
    Mais si ce qui relie est la confiance , voir l’amour …

    PS: Et pis , pourquoi ne pas utiliser le mot
    « empathie  » ?
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Empathie

    1. L’interprétation des résultats d’expériences postule la liberté des interpréteurs. Je suis persuadé que l’armée de polytechniciens et de « hauts » responsables (Giscard, Barre, etc.) impliqués se pensaient sincèrement libres de leur jugement car n’ayant aucune envie d’être ridiculisés. Cet exemple des avions renifleurs montre à mon avis de manière typique le fonctionnement de nos « élites »: en France tout depuis l’enseignement en passant par la forme des concours et l’organisation hiérarchique encourage ce type de fonctionnement cérébral (la pensée unique a, hélas, encore de beaux jours devant elle!). Cet exemple caricatural montre que la frontière entre savoir et croyance est peut-être beaucoup plus poreuse que certains (certains scientifiques en particulier) ne l’imaginent.
      Dans certaines sociétés dites primitives le rôle de l’interprétation des signes que nous envoie la nature était (est encore?) dévolu au sorcier. Si beaucoup croient que le but de la science est de favoriser le progrès c’est à dire de transformer le monde, on oublie souvent (cf. les avions renifleurs!) qu’un autre rôle essentiel de la science est de l’interpréter; en cela les scientifiques ne sont que les sorciers des temps modernes. Et de ce point de vue des critères de scientificité sont cruciaux pour distinguer la science et la magie.
      « Apologie du logos retourne l’anathème lancé par Heidegger -« la science ne pense pas »- en injonction: « la science ne cherche qu’à transformer le monde alors qu’il s’agit de l’interpréter ».
      René Thom, Apologie du logos, Hachette, 4ème de couverture.
      Une invitation à découvrir la pensée de ce philosophe mathématicien.

      1. des signes que nous envoie la nature

        Vous, vous avez du voir AVATAR. (Film de CAMERON)
        GAÏA NOUS PARLE. Cela reste dans le domaine du possible… Mais alors, on doit pas l’écouter beaucoup…
        Cependant et en attendant ce CONTACT, qui sera certainement un grand moment de vérité PAS FORCÉMENT EN NOTRE FAVEUR, il serait déjà plus simple de dire que :
        – Le chamane voit dans la nature, « des signes » qu’il transmettra à sa communauté.
        – Le chamane « fabrique » par ses sens en vision magique la nature, transformée ainsi en signes, qu’il donne en interprétation à sa communauté.

        Vous citez René THOM.
        Je pense qu’il sous-entendait par là que la science doit avant tout rester dans le rôle qui est le sien et la met en garde de ne pas chercher à se substituer aux êtres humains, dans l’interprétation qu’ils se donnent entre eux, du monde et du comment il doit aller.
        Et que ce n’est pas à la Science de se fixer un but, mais l’humanité qui doit en favoriser toujours le progrès pour transformer un monde plus favorable à ses yeux. En lui rappelant cependant aussi ses devoirs par rapport à la dite-Nature, qui elle, n’ a rien demandé, du moins pas encore (bip, bip) mais tout donné.

        « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». A.L de LAVOISIER

      2. @ PHILGILL
        Vous pensez mal. Thom s’est explicitement prononcé contre le progrès technologique: article « de l’innovation » paru dans les compléments de l’EU (fin des années 1970). Il défend une philosophie naturelle et est pour une société « froide » à la Lévi-Strauss.

      3. @ BasicRabbit

        Pas convaincu pour autant.
        R. THOM exprimait plus, selon moi, le fait que tout progrès technique sans Entête théorique préalable et en marche, va, à moyen terme, inexorablement dans le mur …
        Sans idée, pas de progrès pour la science, même si elle est bardée d’instruments mesurant des quantités unifiées, elle devient stérile si le qualitatif est ignoré dans le process démonstratif.
        Et donc la balle reste dans le camp du » cogito ergo sum  » et de l’homme comme potentiel sujet pour définir les sciences technologiques…

        Raison – (logos) n’est pas pensée – (cogito) et Heidegger, a raison de dire que la science ne pense pas. L’homme pense, la science raisonne (froidement… peut-être), dans le sens où elle ne fait pas acte de penser, mais a pour fonction, l’art de démontrer.
        Ce en quoi, R. THOM n’a pas tort non plus.
        « Le coeur a ses raisons, que la raison ignore » PASCAL.

      4. Je suis toujours heureux lorsque je constate que quelqu’un s’intéresse à la pensée de René Thom (ma raison d’être sur le blog). Même lorsqu’il en fait une lecture différente de la mienne.

  23. Penser le destin de l’humanité en tant que destin d’une espèce n’est-ce pas accorder une position subalterne à l’éthique, ou encore la mettre entre parenthèses ?
    Je précise qu’il ne s’agit pas ici de nier la visée éthique dans la démarche de Paul, mais de montrer qu’elle n’est à mon sens pas intégrée dans tous les lieux de sa pensée explicite.

    Pour faire le lien entre le « nous » comme reconnaissance par chacun d’une commune appartenance à l’espèce humaine et le(s) il(s) en tant que l’humanité se compose de la totalité des hommes ayant existé, existent et existeront, comme membres de cette espèce, ne manque-t-il pas le « je », tous les « je », sans lesquels aucun « nous » n’est simplement pensable et même possible ? Je n’oublie pas le « tu » sans lequel il n’y a pas d’éthique, en tant que le « tu » est ce par quoi chacun de nous reconnaît en l’autre un autre « je » c’est à dire une personnalité insubstituable et à laquelle nous pouvons nous identifier, en lui attribuant aussi bien un agir qu’un pâtir. Et avec laquelle on peut lier une amitié, qui se développe sur la base de la confiance réciproque. Par extension on aura reconnu la philia d’Aristote.

    Ma thèse est que la survie de l’espèce est une question qui se pose nécessairement à l’horizon de la destinée individuelle. Cela peut sembler une évidence, encore faut-il tirer toutes les conséquences. La survie de l’espèce n’a de signification que de façon médiate, car cette survie a une signification d’abord pour chaque individu en particulier sans lesquels aucune espèce n’est pensée.

    La destinée commune s’enracine donc dans la vie de la personne tandis que l’homme selon la seule perspective du destin de l’espèce s’efface dans un schéma où il n’apparaît que comme simple représentant de l’espèce, où il importe peu que chaque individu soit irremplaçable ici et maintenant. L’individu n’est tout au plus qu’une donnée statistique qui, bon an mal an, par l’apport de sa diversité, assurerait à l’espèce ses meilleures chances de survie. S’agissant de la personne humaine la destinée humaine c’est celle de l’homme vivant, en soi, plus précisément dans le creuset, l’écart qui se creuse et se résorbe sans cesse en nous-même du fait que, comme disait Rimbaud, que je est un autre, parce que nous dialoguons avec nous-mêmes, que notre identité se rattache à l’ipséité, laquelle implique nécessairement l’autre, les autres, que ce rapport soit déterminé par ce qui nous est déjà arrivé et que nous avons conservé en mémoire ou par ce qui arrive à chaque instant en présence des autres.

    Il en découle une conséquence importante qui est que cette ressource première d’humanité est immanente. Cela veut dire qu’une ressource nous est immédiatement accessible sans que nous ayons à attendre je ne sais quelle peur ou solution magique, ou événement extérieur, qui relèvent d’un principe transcendant et donc nécessairement médiat. Le substrat social de notre être n’est pas contestable, mais il y a aussi une dimension éthique qui ne saurait s’y résorber. C’est le cœur battant, sensible et vibrant de cet être qui se ressaisit sans cesse lui-même en s’appropriant, reconfigurant les choses de société. C’est ce qu’atteste le désir, la réjouissance. D’où le langage comme essentiellement une expression de soi. Le noyau du langage c’est le cri. La communication de quelque chose d’articulé n’est plus un cri, mais c’est toujours le sentiment qui motive l’acte de langage. Pour les commodités de la linguistique on parle de la langue, mais en réalité, syntaxe comme vocabulaire, figures de rhétoriques, ne sont que des parties du discours ; le discours n’a de réelle existence que dans la bouche des locuteurs et en tant qu’il n’y a que des situations d’interlocution. D’où le fait que l’on distingue la langue, qui est une abstraction, du langage, qui a une existence réelle et impliquerait pour la décrire adéquatement que l’on recourt à plusieurs dimensions comme l’explique Jorion dans Comment vérité et la réalité … Un autre auteur, Henri Meschonnic, sans parler de dimensionnalité du langage évoque le même phénomène dans son Anthropologie historique du langage lorsqu’il évoque le rythme comment dimension porteuse, comme plus grande unité du discours.

    L’inconscient est une réalité, mais il y a des choses que le sujet du langage fait que l’inconscient ne fait pas. Et inversement il y a des choses que la conscience ne fait pas. Le langage implique donc plusieurs sujets en un. A réduire notre humanité à la seule mécanique sociale sans faire appel aux différents modes par lesquels le psychisme génère de la créativité, on risque de passer à coté de la dimension psychique du social. Or il me semble que certains de ces modes sont largement sous-estimés, sous régime en quelque sorte. On le constate lorsque l’on quitte son aire de civilisation pour une autre. Des traits du psychisme associés à des traits culturels ici seulement utilisés à l’état implicite font l’objet d’un discours et sont favorisés ailleurs. Toute la difficulté évidemment c’est de pouvoir penser toutes ces dimensions ensemble, si c’est possible, si tant est que l’on se propose de raisonner philosophiquement.

    Paul Jorion a fait du sentiment un de ces modes dont je parlais à l’instant. Ainsi la peur joue un rôle dans les prises de conscience, précisément dans les processus dynamiques critiques où le sentiment est ce qui permet aux acteurs sociaux de voir d’un œil neuf leur rôle dans la structure quand le suivi des règles imposées par la structure existante et dont le suivi avait été à l’origine scellé par la peur n’est plus opérant. « Le moment propice pour la prise de conscience est donc celui de ces transitions qui existent entre l’accumulation des tentatives individuelles infructueuses et celui où une solution collective stable émerge. » (Jorion)
    Paul évoque des processus dynamiques non critiques dans lesquels l’intuition joue un rôle, mais il ne s’étend guère sur la question. Et si justement le propre de ces processus dynamiques non critiques étaient de permettre une créativité d’un autre ordre, basé justement sur tout le potentiel de la raison, en tant qu’elle est capable de s’abstraire des circuits mémoriels figés par la peur ? Jorion ne dit pas autre chose, mais ne peut-on aller plus loin en posant que l’éthique aurait aussi cette capacité pour des raisons que je vais expliciter ci-après.

    L’éthique n’a pas épuisé toutes ses ressources. Prenons par exemple le langage que j’ai déjà évoqué plus haut. Le langage demeure largement théorisé selon une logique du signe, c’est à dire une conception du langage basée sur la dichotomie signifiant-signifié dont un résultat fâcheux est que le poème est compris comme écart de langage (Jakobson). Il s’agit là d’une logique par définition dualiste qui s’oppose au continu qui est le propre du poème. Or le poème, en tant qu’inscription maximale d’un sujet dans une situation donne aux dimensions éthique et politique du langage sa résonance maximale (Meschonnic). Insistons sur le fait que le poème est ici une modalité générique du discours. Le poème n’est donc pas le propre de la poésie versifiée, le poème peut tout aussi bien être de la prose et même du langage populaire. Elle n’est pas une anomalie du langage, mais le révélateur de son mode de signifier, en tant qu’elle enrobe les différentes couches ou dimensions qui font le discours. Aujourd’hui, faute pour le commun des mortels d’avoir une compréhension du langage axée sur la poétique, ou, en suivant Jorion, sa dimensionnalité, l’éthique se trouve réduite à la portion congrue.

    La peur peut parfois aider à sauter un obstacle mais aussi bien elle peut induire la régression, l’évitement, peu propice à l’élaboration de solutions nouvelles. Au japon par exemple le lobby nucléaire est toujours là, ses représentants pourtant exposés à une menace réelle, puisqu’elle concerne tous les japonais, ne se sentent pas plus concernés qu’ils ne l’étaient avant la catastrophe comme si la peur n’avait pas été assez grande. Un exemple de réussite en la matière existe pourrait être la dissuasion nucléaire, autrement appelée équilibre de la terreur. Pourtant que le spectre de la bombe atomique n’a pas permis à l’humanité de l’après seconde guerre mondiale de préparer un monde de paix. Les forces destructrices se sont seulement déplacées sur d’autres terrains. En particulier le terrain économique où la guerre fait rage et menaçant aujourd’hui le terreau sur lequel la vie humaine est apparue.

    J’adhère à l’idée que structure et sentiment vont de pair, mais s’en tenir là c’est faire reposer le destin de l’humanité sur la seule dynamique collective basée sur la peur. C’est laisser dans l’impensé le rapport de l’éthique à la connaissance et réciproquement en tant que l’éthique est elle-même une dynamique, qui a ceci d’intéressant qu’elle fait le lien entre l’individu et le collectif sur un mode actif. L’exemple donné par Paul de l’homme réputé au poisson magique fonctionne parce qu’il concerne un problème local de pêche en commun, où un modus vivendi peut être établi. Mais pas sûr que la peur que nous inspire un évènement extérieur de nature à nous engloutir de façon définitive, sur lequel nous n’avons donc de prise que de façon médiate, puisse stimuler une créativité longtemps assoupie. Tout simplement parce que nous ne sommes pas impliqués en tant que personne, mais seulement en tant que membres de l’espèce sur un mode passif. Et ainsi parfois il est trop tard quand survient la catastrophe. Le travail de fond il se fait surtout dans la durée par des hommes qui patiemment creusent de nouveaux sillons dans lesquels couleront plus tard les eaux vives du renouveau. Paul l’a dit lui-même à d’autres occasions. Paul dans un billet plus ancien (Raison et histoire) faisait cette réflexion intéressante que plus tard en tant qu’êtres humains nous venions dans l’histoire de l’humanité, plus cette dernière se trouvait en situation de résoudre les problèmes auxquelles elle est confrontée.

    L’homme selon l’espèce c’est l’homme vu de l’extérieur, appréhendé par l’esprit en tant qu’objet du monde, dont la dimension subjective dérive d’un monde pensé dans son objectivité. La subjectivité n’y a qu’un rôle passif.
    Il y a pourtant une autre façon de considérer la subjectivité, qui est de dire que les vérités objectives n’attestent d’un monde objectif que pour autant qu’elles se sont d’abord formées dans l’esprit d’hommes de chair et de sang, dans le creuset des affects, ensuite exprimés par le langage, et pour lesquels elles ont premièrement fait sens, dans et pour une société donnée. Ainsi le monde objectivé n’est jamais que la projection hors de l’esprit humain de représentations qui identifient certaines propriétés du réel, qui n’est donc point le réel en soi et immuable. (Jorion, Comment la vérité et la réalité ..)

    Pour Paul Jorion la réalité objective est donc contingente, c’est à dire historiquement et socialement déterminée, mais il me semble qu’il n’en tire pas certaine conséquence philosophique. En l’occurrence il n’identifie pas expressément le creuset d’où émergent les représentations objectivantes à l’origine de toutes les réalisations humaines extérieures, comme le lieu commun à l’éthique, en tant que ressource de notre transformation propre et pour un agir. C’est pourtant constamment ce lieu, passage obligé entre l’ancien et le cadre à venir, que Paul indique lorsqu’il nous invite à sortir du cadre en posant des questions. Pourquoi ne pas alors accorder à ce lieu la place qui lui revient pour penser l’éthique ?

    Bref, outre les considérations sur l’espèce et la société, des termes qui renvoient à une objectivation du monde, avec dans le premier cas l’individu comme le cas de l’espèce, et dans le second, des individus qui tous différents qu’ils soient n’en existent que dans un seul monde humain possible (c’est le cas de l’individualisme méthodologique), il me semblerait fructueux d’intégrer dans notre conception de l’humanité ces couples de facettes indissociables que sont intériorité et extériorité, subjectivité et objectivité, principe immanent et principe transcendant, singulier et universel, infini et fini, continu et discontinu. En prenant comme modèle de la série le couple intériorité extériorité dont dérivent tous les autres. Ce couple est phénoménologiquement attesté par l’existence de notre corps propre qui par son enveloppe corporelle sépare et fait communiquer les mondes intérieur et extérieur, ce par quoi est rendu possible toute construction d’objet. A noter que l’antisymétrique, et donc le raisonnement, à la base du discours pour Aristote, tire de ce point de vue son origine dans l’existence du corps propre car celui-ci comme tel constitue l’impénétrable ultime et en même temps le point de référence ultime de tout discours, ce qui chez Aristote correspond à la substance première qui constitue la base même de sa logique. Le corps propre c’est le singulier et l’universel qui porte sa référence en lui-même. J’ajoute que l’extérieur n’a rien d’extérieur absolument : l’extérieur est présent à l’intérieur en tant que nous sommes affectés par d’autres humains qui ne sont pas notre corps propre. De même que c’est d’abord dans notre for intérieur que nous nous approprions les représentations du monde. Transposé au plan linguistique cela donne la conjugaison des « je » (avec son pendant le tu) « nous », « vous » et « il »(s), autant d’équivalents linguistiques de l’éthique, du politique et de la science. Je pourrais ajouter l’art, lequel a partie liée avec le soi comme source de l’expression à l’origine de toute œuvre.

    Le « il » c’est l’homme dont on parle mais auquel on ne s’adresse pas, c’est donc seulement l’homme, les hommes, l’humanité en tant qu’ils appartiennent au monde, c’est donc l’homme comme objet de la science, pour continuer dans la série des pronoms personnels associés aux instances linguistiques fondamentales par lesquelles passent notre humanité ; l’homme qui se réfère, que l’on réfère, dans un cadre social et matériel existant, ou d’un autre cadre possible.

    Le « je » s’inscrit dans la finitude d’un possible actualisé qui n’est autre que la dimension sociale et matérielle de notre existence ; de facto dans le monde objectivé un mode de production, d’organisation en exclut un autre, le « je » n’est donc pas ici le sujet purement autonome et libre qui se détermine seul. C’est le « je » en tant que « il ».
    Le « nous » qui concerne explicitement le vivre ensemble convoque quant à lui la nécessité de s’entendre sur ce que doivent et peuvent être les conditions matérielles et sociales de nos existences. Il appelle des normes pour le permettre le vivre ensemble mais en amont il était déjà relié au « je » pour lequel ces normes font sens.

    Mais le « je » comme production d’énoncés, et en tant qu’il fait le pont linguistique entre le « soi » et le « nous », le « soi » étant ici le mouvement des affects qui s’auto affectent et par là même nous propulse comme sujets d’énonciation, est tant et plus que la voix par laquelle s’effectue un certain ordre social.
    Le « je » n’est pas seulement un sujet de représentation ou l’instance qui pose des références objectives. Autrement dit toute énonciation déborde ses références se rapportant à un monde existant ou même simplement envisagé comme possible. L’énonciation plus que de communiquer quelque chose sur un état du monde, à la fois réitère et transforme les relations qui font le monde des humains, parce que la substance même du langage est éthique. Si le « je » et ce qu’il énonce dans son discours, n’était que la transposition linguistique des structures dont il s’approprie les schémas il n’y aurait plus que des il(s). Ce qui est impossible, le il(s) ne pouvant se penser sans le « je ».
    Le plan linguistique, en fait l’humain, associe tous les pronoms, ou bien aucun. L’humanité réduite au ‘il’ n’est qu’un anti-humanisme, ce fut le totalitarisme de sinistre mémoire : un seul « je » qui devient le « nous. »

    En conclusion, la peur peut souder contre une menace commune, mais le sentiment du vivre, avec ce qu’il implique de joie est de portée plus universelle. Le sentiment du vivre co implique à part égale tous ceux à qui il est donné en partage, en tant qu’il s’adresse à tous les « je » dans ce qu’ils ont de plus intime, leur soi.

    La peur que provoque un évènement, l’autorité qu’inspire un représentant d’une instance transcendante, qui nous est donc extérieure, n’est, elle, pas universelle, mais seulement commune, car contingente. Elle ressortit à l’effroi.
    Elle est plus facilement mobilisée, mais elle referme les portes derrière elle.
    Elle réveille seulement une peur enfouie.

    La joie, elle, associée au sentiment du vivre, peut s’inscrire dans la durée, la continuité de l’effort. Parce qu’elle accompagne le déploiement du cœur et de l’esprit, tout un.

    Pour reprendre l’exemple atomique, me vient en mémoire l’épisode de la guerre froide qui a falli se transformer en guerre chaude si un lien – le téléphone rouge – n’avait permis de maintenir un lien de communication entre les protagonistes, Kennedy et Krouchtchev.
    Dans ce cas on ne peut pas dire que c’est l’effroi qui a porté bon conseil et a mené a l’issue favorable pour le bien de l’humanité, mais plutôt la prévoyance et l’ingéniosité de l’esprit humain qui s’était réservé une porte de sortie.

    Pour revenir au nous, je termine en disant que les institutions qui sont la part concrète du nous
    ne doivent pas leur pérennité et leur efficacité principalement à la peur qu’elles inspireraient, mais à cette fameuse philia, ce sentiment – jamais étale, toujours à raviver il est vrai — que la vie ne vaut d’être vécue qu’ensemble, pour la (sur)vie, plutôt que contre la mort. Nous ne sommes donc pas des êtres pour la mort, jetés dans le monde, comme le prétendait un philosophe allemand du XX ième siècle, Heidegger en l’occurrence, mais des êtres pour la vie.

    L’universalité du nous est finalement impliquée dans la dimension éthique du langage, que nous révèle l’analyse des langues européennes. Certes, cette dimension ne se réalise pas selon des modalités identiques dans toutes les cultures ou civilisations. Notamment concernant le caractère de réciprocité inclus dans l’éthique ; dans certaines langues le marquage des relations hiérarchiques est inscrit dans les « catégorèmes » de la phrase. Il en est ainsi du japonais ou du coréen. Mais toujours est-il qu’aucune langue ne marque absolument un groupe humain de son sceau. Toute pensée humaine est transposable dans une autre langue soit par un effort de traduction et d’explication, soit par l’apprentissage de la langue que l’on ne connaît pas. A noter une caractéristique intéressante du chinois, qui n’existe pas en français, à savoir la distinction qu’il opère entre le nous inclusif (zamen) et le nous exclusif (women). Cette distinction discrimine les situations où l’on s’adresse en tant que groupe humain face à un autre groupe dont l’on se désolidarise et celle où le nous concerne seulement un groupe qui se considère pour lui-même en tant qu’ensemble solidaire. Le nous inclusif on le voit a une portée universelle que n’a pas le nous exclusif. Or, pour revenir au propos, la pétoche est-elle la plus à même de former ce nous inclusif ? Le nous inclusif s’impose quand la crise a été surmontée, mais avant que le seuil au delà duquel les structures se réorganisent ne soit atteint, il y a une vie, celle que vivent tous ceux qui sont déjà dans le nous inclusif et qui s’attèlent déjà à recomposer de l’intérieur un monde dont les linéaments feront exister plus tard un monde extérieurement réalisé.

    1. Pierre-Yves: moi qui m’inquietais de votre absence, je vois qu’elle a été profitable! Sur le nous inclusif en chinois, j’ignorais sa signification! Par contre si je l’ai lu (du temps lointain où j’en étais capable), je ne l’ai jamais entendu. Ou peut être n’ai je pas fait attention.

  24. Alors il n’y a plus personne ? …
    Quelle étrange … sensation… parler dans un espace blanc. Echo… écho…
    Oui, je sais les autres jouent à saute mouton, de rubriques en rubriques, être à la tête du troupeau.
    1 mouton, 2 mouton… Il faut bien manger de l’herbe toujours fraîche..
    Je m’en vas donc retourner doucement sur le chemin du Pasteur. On avance, on avance, on avance. L’important c’est d’avancer.
    Et pourtant que la Parabole est belle !
    Moi, parabole pour parabole, je voulais parler « des ouvriers envoyés à la vigne » qui est si géniale.
    TOUT UN PROGRAMME À ELLE SEULE.
    Oui, on a dit déjà beaucoup sur elle. En long, en large même en travers.
    Mais, je trouverais bien une autre occasion.
    Tiens je sais pas pourquoi, mais je pense à Maurice ALLAIS. Lui aussi, longtemps n’a du entendre que le son de sa propre voix…
    Mais je me fais pas de bile, 1 clic,clic et je me retrouverai en tête de la prochaine rubrique.

    OHÉ, alors quoi de neuf les gars ?

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