France : Experts en ‘collapsologie’ réclamés d’urgence !, par Roberto Boulant

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Un des pires scénarios qui puisse se concevoir en matière de sécurité aérienne est celui où l’on passe soudainement d’une situation de routine, à une situation d’urgence, puis à une situation de détresse. C’est ce qui peut se passer quand l’équipage ne s’aperçoit pas que les performances aérodynamiques de l’appareil sont fortement dégradées, et que les chaînes informatiques de l’autopilote tentent désespérément de maintenir l’avion dans son enveloppe de vol. Vient alors l’inévitable moment où les automatismes se déconnectent… à l’instant même où l’appareil cesse de voler et entame sa chute vers le sol ! Un retour instantané à une dure réalité qui peut s’avérer mortelle, si le cockpit n’accède pas très rapidement à une bonne appréciation de la situation. Inutile de préciser qu’en cas de mauvaise évaluation, les risques sont maximaux d’entamer des manœuvres qui aggraveront la situation, jusqu’à dépasser le point de non-retour !

Toutes chose égales par ailleurs, le parallèle entre notre société et un avion qui sort de son plan de vol est pour le moins troublant. Si nous posons que le régime démocratique correspond à la situation normale, quels sont alors les paramètres actuels de l’avion ‘France’ ? Vole-t-il normalement, s’approche-t-il des limites de son enveloppe de vol, ou bien au contraire, est-il en train d’en sortir ?

Bref, sommes-nous encore en démocratie ?

Formellement, cela ne fait aucun doute. Mais tout aussi formellement, il est possible d’objecter qu’un SDF a les mêmes droits et les mêmes devoirs qu’un ministre ou un baron d’industrie…

Voyons donc dans la réalité.

Un régime démocratique implique trois principes fondamentaux :
1- Des représentants mettant en œuvre la volonté des représentés.
2- Le respect des droits et des libertés fondamentaux.
3– La séparation et le contrôle des pouvoirs.

– Le trio Hollande-Valls-Macron applique une politique néo-libérale, et cela contre la volonté d’une majorité de Français. Ce seul point -mais d’importance- suffit à invalider le principe n°1.
– Les droits et les libertés fondamentaux, tels que se nourrir correctement, se loger, se chauffer, se soigner, se déplacer, sont hors de portée pour des millions de chômeurs et de travailleurs pauvres. Le principe n° 2 n’est pas non plus respecté, tout au moins pour une fraction très conséquente de la population.
– Le contrôle du peuple sur le fait politique n’a lieu qu’au travers des élections. Une fois élus, les hommes et femmes politiques peuvent renier en toute impunité leurs engagements électoraux, devant un peuple réduit de fait à l’impuissance. Qui voudra nier qu’en matière économico-financière, ce sont les lobbies qui contrôlent le politique et non le peuple ? Le principe n°3, que l’on pourrait nommer par dérision ‘mon ennemi c’est la finance’, est donc également invalidé.

À chacun(e) de tirer ses conclusions, mais avec 2 principes sur 3 qui ne sont pas respectés et un troisième qui ne l’est plus que pour une partie de la population, il paraît difficile de parler encore de démocratie !

Une bonne appréciation de la situation commence donc par admettre ce fait tout simple : l’avion ‘France’ a décroché de sa trajectoire démocratique, il entame une chute libre.
Le second constat est encore plus glaçant : l’équipage – le gouvernement – semble mettre toute son ardeur à rendre la situation définitivement hors de contrôle !

Prenons l’exemple le plus brûlant de l’actualité : celui du terrorisme islamiste. Alors que Daesh vient de provoquer un bain de sang dans nos rues, comment répond notre gouvernement à cet acte de guerre ? Par un regain de frénésie législative et par l’état d’urgence. Ou comment réduire encore un peu plus les libertés, pour mieux les protéger ! Quand bien même les spécialistes de l’anti-terrorisme comme le juge Trévidic, assurent que les lois existantes sont amplement suffisantes, mais que le véritable problème est d’avoir les moyens de les appliquer.

Et c’est d’ailleurs un sujet d’étonnement sans cesse renouvelé. Comment est-il possible de continuer à penser que notre gouvernement peut faire partie de la solution, alors qu’il est une partie du problème ? Comment, même en prenant la question globale de la survie de l’espèce par le petit bout de la lorgnette terroriste, continuer à penser que nos voix auront plus de poids que le lobby militaro-industriel ? N’est-ce pas M. Valls, homme de droite et libéral bon teint, qui hier encore traitait de voyous les employés d’Air-France, alors même qu’il venait de signer des contrats d’armements avec la plus moyenâgeuse des théocraties, avec ceux-là mêmes qui alimentent en doctrine et dollars le terrorisme islamiste ? N’est-ce pas M. Hollande qui se félicitait avant-hier, de nos ventes de rafales, de frégates et de BPC à la dictature militaire égyptienne ?

Comment prétendre combattre le terrorisme, tout en l’alimentant à l’extérieur par son soutien à des dictatures, et à l’intérieur par une politique aboutissant à l’exclusion sociale et à une paupérisation de masse ?

La seule chose qui parait évidente, est que vouloir remettre en marche l’autopilote gouvernemental est une perte de temps suicidaire. Le tipping point est passé et la planète se rapproche à toute allure dans le pare-brise. Il va nous falloir innover et penser hors du cadre, si nous voulons éviter le crash.

Alors, pourquoi ne pas commencer par mettre en place (et tant qu’à faire, à budgétiser correctement) un département de ‘collapsologie’ ? N’y a-t-il pas là matière à projets de recherches ? D’autant plus que nous disposons déjà d’institutions comme le CNRS, qui par leur excellence scientifique et l’étendue de leur transdisciplinarité, sont parfaitement à même d’accueillir une telle structure.

Nous le peuple, devons avoir les moyens d’être éclairés sur ce qui nous arrive dans ce chaos néo-conservateur. Nous devons avoir les éléments pour pouvoir reprendre la main sur des lobbies économico-financiers nihilistes, dont la trajectoire imposée nous conduit tout droit au crash !  C’est à cette première condition que nous pourrons reprendre le contrôle, et remettre la démocratie dans son plan de vol.

28Shares

59 réflexions sur « France : Experts en ‘collapsologie’ réclamés d’urgence !, par Roberto Boulant »

  1. La démocratie a tout simplement disparu.
    Le référendum français sur le traité de Lisbonne l’a prouvé en 2005, ratifié quand même par Sarkozy en 2008 dans le dos des Français.
    Nous sommes dans une illusion de démocratie, les puissances financières et les multinationales ont pris le pouvoir depuis quelques années maintenant. Les lobbies agissent dans l’ombre sur le parlement et la commission européenne.
    Nous sommes au mieux sous un régime totalitaire marchand, au pire sous une dictature, à peine déguisée, émanant de Bruxelles.
    Les grandes orientations de politiques économiques (GOPE) sont imposées aux Etats membres sous la forme de directives, puis de recommandations (car « directives » faisaient trop autoritaire de la part de la commission européenne). Et attention à celui qui ne les respecte pas, les sanctions financières tombent.

  2. Remarquable papier qui dit tout avec élégance et clarté. La chute de l’avion France est inscrite dans les politiques menées actuellement (et pas seulement…). On peut au demeurant se demander si M. Hollande, avant d’annoncer que le le « pacte de sécurité » devenait prioritaire par rapport au « pacte de stabilité », n’a pas demandé le feu vert de l’Allemagne, et pour quel prix. Quand un homme politique peut renier ses promesses de campagne aussi vite que l’a fait M. Hollande au soir de son élection, et qu’il promeut la loi sécurité au lieu de faire une politique au service du pays à l’intérieur et à l’extérieur, tout devient possible. La crash est programmé. Contre quel obstacle? Voilà la seule question aujourd’hui raisonnable.

  3. Vraiment « des dizaines de millions de chômeurs et de travailleurs pauvres »? Des « millions » oui, des « dizaines de millions » ça me parait excessif.

    Pas que je sois en désaccord avec le propos plus généralement, mais ça me semble une approximation excessive dans ce billet. Probablement à corriger pour éviter qu’il soit discrédité trop facilement.

    Ou alors c’est moi qui sous-estime la masse de chômeurs et travailleurs pauvres en France. Même si cela me semble délirant et excessif, je pense que cela ne se compte pas (encore…) en dizaines de millions.

  4. On peut poser la question : Les partis politiques actuels servent-ils encore la démocratie ?

    La réponse est pourtant simple : Les partis politiques ne sont plus ce qu’ils n’ont jamais été.
    La doxa journalistique le gomme soigneusement, quand à l’école, ne surtout pas le dire aux enfants.

    Les programmes politiques sont produits par les groupes de pression, qui nous les vendent ensuite.
    Il n’y a plus que des machines à produire des candidats, et rien d’autre.
    Il ne reste que des partis politiques où il n’y a jamais eu de militants, à une exception près.

    Un document sonore intéressant, une conférence débat donnée par les Amis du Monde Diplomatique ce 22 Septembre à Villeneuve d’Ascq (Département du Nord).

    http://www.campuslille.com/index.php/entry/les-partis-politiques-ne-sont-plus-ce-qu-ils-n-ont-jamais-été

    Une excellente idée ce département de collapsologie, sachant qu’il existe maintenant sur le web.

    Amicalement,
    André

  5. Faudrait-il encore que le peuple sorte de son état névrotique, sur ses pertes du sens de réalité, sur sa conscience politique et encore plus long sur sa capacité à interpréter correctement ce qui se passe.
    Ce ne sont pourtant pas les sites d’intellectuels tels que celui de Paul Jorion qui manquent pour comprendre, s’informer, cultiver sa curiosité, mais face à des lobbies qui contrôlent les médias mainstream nous gavant de la même et unique soupe populaire, le combat des idées de la libre pensée est rude en ploutocratie, David contre Goliath, la vérité qui blesse, le mensonge qui rassure, le déni, la fuite en avant, vers le crash.
    « Indignons-nous » disait Stéphane Hessel, pour quel résultat ?

  6. Un très nécessaire vademecum des litanies et sornettes consensuelles pesant sur l’atmosphère raréfiée du blog Jorion. Un énième manifeste certes mais réellement substantifique. Une réussite. Bravo et merci pour le job.
    Signé « Nous le peuple “.

    1. Ça n’est effectivement pas une chaire de Collapsologie qui redonnera des forces à la République .

      Faut il rappeler celui qui avait bien vu que seule la vertu (i e donner la priorité à l’intérêt général avant notre intérêt particulier ) donnait son principe et sa force à la République et au gouvernement démocratique ?

      1. J’ai trouvé ça , en cherchant à illustrer mon ressenti :

        http://www.bacfrancais.com/bac_francais/29-montesquieu-3-iii-du-principe-de-la-democratie.php

        La démocratie sera défendue , voire confortée , par la mort du consommateur sans bornes , le rejet des monarques et des dictateurs , le confortement ou la naissance de nouveaux contre Pouvoirs , qu’il s’agisse des pouvoirs institutionnels , maffieux ,terroristes ou du marché sans règles démocratiques .
        Et par l’épée . Citoyenne .

      2. oui, juan, l’intérêt général, mais la vertu c’est la justice comme vertu première, laquelle tire sa source de l’égalité

      3. La vertu originelle , ça n’est pas la justice qui est déjà un moyen .
        La vertu c’est l’aptitude à pouvoir se mettre à la place de l’autre , et que l’autre en soit aussi capable .
        Sinon pas de démocratie possible .

      4. Zeb, un communiqué officiel du Comité National Olympique tombe à l’instant, il annonce que tu ne seras pas sélectionné aux JO de l’amphigouri à Salt Lake City l’an prochain. Les experts ont détecté des traces « très significatives » (sic) de produits dopants (stéroïdes anabolisants, testostérone, thc, métamphétamine, etc) dans ta dernière production.
        J’t’avais bien dit de faire gaffe, t’en faisais trop, à écraser ses adversaires avec deux tours d’avance… voila comment ça finit.

  7. Merci pour ce remarquable billet et sa métaphore très bien choisie.
    Permettez-vous la diffusion de ce billet sur d’autres sites pour le relayer ?
    Concernant votre conclusion, toute contestation mène à l’exclusion par tous les moyens. Exemple, parmi d’autres, M. Onfray, qui ne respecte pas la doctrine du Ministère de la Pensée, doctrine dont la sauvegarde est assurée avec zèle par les médias-MSM. Même si l’on est pas en accord avec ses analyses et/ou ses propos mais comme on nous serine à longueur de temps que la « liberté d’expression est un droit fondamental », le véritable lynchage médiatique orchestré contre lui est scandaleux et devrait faire réagir les 4 millions de Je suis Charlie. Hors, rien, le vide sidéral.

  8. Merci pour ce billet, remarquablement clair.
    Reste à ce qu’il touche le grand nombre, ce qui est normalement le travail des grands médias…

    Il est donc évident (enfin j’espère) qu’il faut mettre à bas cette ploutocratie, par la voie légale, sinon ce sera par la violence du peuple, ou de la Nature à travers les catastrophes climatiques.

    La voie légale ne présente qu’une option:

    Changer la Constitution, afin d’établir une méthode de sélection de nos représentants directement par le peuple, et non plus au travers d’élections de candidats nécessairement présélectionnés par le Système…

    Changer la Constitution suppose de réussir à faire élire un Président de la république, dont le seul rôle serait de réunir une Assemblée constituante.

    C’est la raison d’être du Mouvement pour la 6èm République,
    qui compte à ce jour 100775 signataires. Soit 0,1 % de la population…

    https://www.m6r.fr/

  9. Bonjour M Boulant,
    « Nous le peuple, devons avoir les moyens d’être éclairés… »
    Savez vous de quoi vous parlez, connaissez vous « le peuple » ?
    Le peuple refuse de lire , d’entendre ce qui éclaire. Le foot, les fesses, la bouffe, le sang les « ismes »: Oui !, le soliton ? Non !
    Nous vivons bien dans une démocratie. Nous élisons ceux que nous méritons et dont nous voulons faire semblant de croire les imbéciles promesses.
    Le premier parti de France: le FN, de Belgique: la NVA.
    Vous n’aimez pas les marchands d’armes. Moi non plus, mais que dites vous (et que dirait votre ministre de collapsologie) aux travailleurs qui les font ? Hollande vend des rafales aux Saoudiens: des emplois chez Dassault, du pétrole dans nos bagnoles.
    Je me répète: CONCRETEMENT: que faire ?

  10. Je ne comprends pas bien le lien entre le constat (nous ne sommes dans les faits plus en démocratie) et la solution (demander au gouvernement de créer un département de collapsologie). Parce que vous parlez de budgétiser, or je ne vois pas très bien qui d’autre que l’administration, qui est aux ordres du gouvernement, peut faire cela. Mais si le gouvernement ne gouverne plus dans l’intérêt du peuple, pourquoi ferait-il cela?

    Sinon, je suis d’accord avec le constat. Valls qui traite de voyous les salariés d’air france qui se font licencier, et qui se félicite de contrats de vente d’armes avec l’Egypte et le Quatar dans le même mois, c’est difficile de réconcilier cela avec ce que veulent ses électeurs.

    1. Effectivement, à supposer que cette haute commission d’étude colapsologique pose le bon diagnostic, il restera à le mettre en œuvre.
      Combien de rapports de haut niveau, parfaits quant aux symptômes et analyses ont débouchés sur des lois/règlements ineptes ou en dehors de la plaque, quand ils n’ont pas été placardisés.
      Non, je vois pas l’intérêt d’une telle demande, autre que documentaire, en vu d’agir, faire, rectifier, corriger, modifier etc… toutes actions déterminées.

      De toute façon, vu l’ampleur du pb, la solution vue par un gouvernement est hors de propos. On parle ici de Société, de vivre ensemble, infiniment multiple et varié, pas d’un règlement de police. L’analogie avec la mécanique de vol d’un avion est… à côté de la plaque. C’est dommage parce que les observations sont justes, bien que communes.

  11. Tout d’abord, je partage le constat de Roberto, à une petite nuance près, la gauche néo-libérale, à la différence de la droite dure de l’UMP ou du FN, a une teinte social-libérale qui la distingue encore des seconds. Une petite nuance qu’il nous faudra considérer à sa juste mesure.

    Maintenant, un petit exercice pratique de collapsologie à l’horizon des prochaines échéances électorales :

    Que faire ?
    La démocratie est en mauvais état mais les institutions continuent de fonctionner, formellement. (mais comme dit Adrien, la démocratie n’a jamais cessé de mal fonctionner …) Il y a donc toujours des élections avec les débats publics qui les accompagnent. Les médias sont en proie aux lobbies, au pouvoir de l’argent, mais ils se font encore l’écho d’une pluralité d’opinions.
    Il me semble donc difficile d’admettre que ces élections ne soient pas une de ces manettes à disposition de l’avion France quand l’avion décroche. Quand la droite dure ou le FN serait en mesure de l’emporter, faudra-t-il s’abstenir d’actionner le petit dispositif qui permet au moins de tenter d’amortir la chute ? C’est juste une question pratique, même presque plus politique.
    Je dis « presque », dans la mesure où le peu qu’il reste de démocratie, pourrait disparaître complètement si d’aventure accèdent au pouvoir des politiques qui se fichent comme d’une guigne de la démocratie et la passeront par dessus bord.

    Le manuel de collapsologie — département politique — ne prescrit-il pas la prudence lorsque tous les voyants sont au rouge ?

    J’ai bien compris que la collapsologie s’intéresse d’abord à l’amont, remonte aux causes. Mais quand il est déjà trop tard, que fait-on ?

    Hypothèse
    Nous sommes pris au piège : si nous votons PS la chute continuera, mais si ne votons pas PS, la chute s’accélèrera. Même s’il existe des facteurs de pondération, comme les qualités personnelles de ceux qui accèdent au pouvoir, des qualités personnelles qui peuvent alors dans certaines circonstances avoir plus d’impact que le programme pour lequel ils ont été élus. Je pense à des gens comme de Gaulle, Churchill … Mais les « hommes providentiels » ne se révèlent que dans l’action, on ne peut donc pas espérer les détecter avant les élections. Ce qui nous ramène au point de départ.

    Essayons d’être logiques. Si effectivement nous tenons en piètre estime le rôle des élections dans le cadre actuel, pourquoi accorder au vote plus d’importance qu’il n’en a ? Ni plus, ni moins. Roberto n’évoque pas cette question directement, mais sa réflexion ne peut manquer de nous y conduire s’agissant de trouver les meilleurs moyens d’agir en situation de crise, comme aujourd’hui. Autrement dit, ne devons-nous pas prendre ces élections pour ce qu’elles sont, un moyen, dans le contexte actuel, de tenter de limiter la casse ? Ce pourrait être une définition du vote utile pour le collapsologue, non ?

    A vrai dire, ce que m’inspire ce petit exercice, c’est que l’élection en tant de crise relève du pari. Il y a aussi bien les individus qui se raccrochent au vote utile pour un possible raisonnable que ceux qui se jettent dans l’inconnu, faisant en quelque sorte le parti du négatif dans l’histoire. Et il n’y pas de raison de penser que ceux qui font un choix plutôt que l’autre soient nécessairement angoissés ou sereins, ou qu’ils soient même nécessairement progressistes ou réacs. Tous les cas de figures sont possibles.

    A moins que la collapsologie — département politique — ne s’intéresse aux moyens qu’il y aurait de contourner le problème. De lever l’aporie.

    Une réponse, pratique, s’est peut-être déjà un peu esquissée cette huitaine passée.
    14 novembre, place de la République, Paris, la police demande par hauts parleurs aux personnes venues se recueillir sur la place et autour de la statue, de se disperser. Un petit flottement dans l’air, et très vite je constate qu’il n’y pas eu dispersion. La police renouvelle l’opération, même résultat. Les jours suivants, la police n’intervient plus.
    22 novembre, une manifestation malgré l’état d’urgence a bien lieu, et se transforme même en protestation contre …. l’état d’urgence. http://www.lemonde.fr/attaques-a-paris/article/2015/11/22/a-paris-une-manifestation-pro-migrants-se-transforme-en-defile-anti-etat-d-urgence_4815195_4809495.html

    De fait l’état d’urgence n’est pas respecté à la lettre. Le pouvoir en place ne l’applique pas à la lettre. Cela va-t-il durer ? Je n’en sais rien. Mais un petit pli a été pris.
    Ce petit pli n’est pas inscrit dans un discours politique entendu, c’est du non-dit. Or le non-dit est partie intégrante du discours politique. Chacun en tient compte, personne n’est dupe, personne ne pense qu’en allant voter untel ou untel nous aurons telle ou telle politique, appliquée à la lettre, même si on l’espère, et qu’on l’exige, et qu’on a raison de l’exiger, car la politique engage, qu’elle doit être faite de réciprocités, sans quoi n’y a plus de politique. Le noyau de la politique est éthique, mais comme telle elle ressortit aussi à l’imaginaire et au symbolique, ce qui veut dire qu’on en attend toujours plus qu’elle ne peut donner et qu’on le sait. C’est pourquoi la politique en démocratie est un jeu, un jeu sérieux, un jeu où se cristallisent des dynamiques d’affect.

    La peur et la décharge d’adrénaline qu’elle provoque est ce qui nous permet d’agir en situation de crise, mais elle peut aussi être le verrou qui nous empêche de nous unir, de nous montrer solidaires dans une résistance, ce qui pourtant pourrait aussi nous permettre de survivre, individuellement, et collectivement.

    Donc, une collapsologie mais à destination de qui ?
    A destination de ceux qui n’ont pas peur, ou à destination de ceux qui n’ont pas assez peur ? Et pour quel résultat ?

  12. @Pierre-Yves Dambrine
     » Donc, une collapsologie mais à destination de qui ?
    A destination de ceux qui n’ont pas peur, ou à destination de ceux qui n’ont pas assez peur ? Et pour quel résultat ?  »


    L’étude des collapses passés ou à venir, n’empêche en rien celui qui vient, de survenir: ce sera seulement tôt ou tard.
    Donc, tout le monde est concerné ou personne, la peur n’évitant pas le danger, son absence non plus.

     » Résultat » ou utilité ?
    Je pense qu’elle est utile pour nous préparer à l’étape suivante, post-collapse, mais aussi dans l’immédiat, car les conditions de l’après collapse dépendront beaucoup de ce qu’on trouvera; par exemple: y aura-t-il encore des infrastructures utilisables ou nous trouverons-nous dans un champ de ruine ? Ce qui revient à se poser cette question: que pouvons-nous faire pour préserver l’essentiel ?

  13. D’où a-t’on décollé ? Où atterrir ?
    1953, un juif allemand à Chicago…

    (…) Une fois compris que les principes de nos actions n’ont d’autre fondement que nos préférences aveugles, nous ne croyons plus réellement en eux. Nous ne pouvons plus agir d’un cœur tranquille. Nous ne pouvons plus vivre comme des êtres responsables. Pour vivre il nous faut réduire au silence – et c’est facile – la voix de la raison qui nous dit que nos principes sont tout aussi bons, ou tout aussi mauvais, que les autres. Plus nous exerçons notre raison, plus nous encourageons le nihilisme, moins nous sommes capables de rester des membres loyaux de la société. L’inévitable conséquence pratique du nihilisme est l’obscurantisme fanatique.
    L’accablante conclusion de cette expérience a fait renaitre l’intérêt général pour le droit naturel. Mais ce fait lui-même doit nous rendre particulièrement prudents. L’indignation est mauvaise conseillère. Elle témoigne au mieux de nos bonnes intentions, mais elle ne prouve pas que nous ayons raison. Notre aversion pour l’obscurantisme fanatique ne doit pas davantage nous pousser à embrasser la cause du droit naturel par obscurantisme fanatique. Restons avertis qu’il y a quelque danger à poursuivre le but de Socrate avec les moyens et l’humeur de Thrasymaque. Que nous ayons sérieusement besoin du droit naturel ne prouve pas que ce besoin puisse être satisfait. Un désir n’est pas un fait. Même si l’on prouve qu’une certaine attitude est indispensable à qui veut bien vivre, on ne fait que prouver que l’attitude en question est un mythe salutaire : on ne prouve pas qu’elle soit vraie. Utilité et vérité sont deux choses entièrement différentes. Le fait que la raison nous oblige à dépasser l’idéal de notre société ne nous garantit pas pour autant qu’une fois ce pas fait nous n’ayons à affronter un vide, ou une multiplicité de principes incompatibles et également justifiables de « droit naturel ». Devant une question aussi grave, nous sommes tenus de mener la discussion avec le détachement et l’impartialité de la « theoria » (…)

    Leo Strauss, Droit naturel et histoire. Introduction
    https://nicomaque.files.wordpress.com/2013/09/introduction-droit-naturel-et-histoire.pdf

  14. Pour alimenter le débat sur la crise de nos prétendues démocratie et la voie de leur renouvellement, voici un extrait d’un débat entre Cornelius Castoriadis et le Mauss (Mouvement Antiutilitariste en Sciences Sociales) :
    https://collectiflieuxcommuns.fr/IMG/pdf_PolitiqueDemocratieValeurs_Castoriadis_.pdf

    « Question : « Quelle chance y a-t-il aujourd’hui, selon vous, de faire renaître des formes de démocratie directe et quel rapport pourrait-elle entretenir avec le système représentatif ? »

    C.C. : « À mes yeux, il n’y a de démocratie que directe. Une démocratie représentative, ce n’est pas une démocratie, et là-dessus je suis d’accord non pas avec Marx mais avec – pas seulement avec lui – Rousseau : « Les Anglais libres un jour sur cinq ans , etc. » Et même pas un jour sur cinq
    ans. Parce que, un jour sur cinq ans, les jeux sont déjà faits. Il va y avoir l’élection du président de la République au printemps prochain ; quelle sera la liberté des
    Français ? Elle sera de choisir entre Balladur et Chirac, ou Balladur et Delors. C’est tout. Il n’y a pas d’autre liberté. Et les jeux sont déjà faits. Le gros argument contre la démocratie directe dans les sociétés modernes, c’est
    soi-disant la dimension de ces sociétés. Or, cet argument est un argument de mauvaise foi. Historiquement, réellement et politiquement. Pourquoi historiquement ? Le régime représentatif en Occident est inconnu dans
    l’Antiquité – les Anciens ont des magistrats, il n’y a pas de représentants. Et moi, je veux bien avoir des magistrats, je veux bien élire des magistrats révocables, etc.,
    mais je ne veux pas être représenté. Je le considère comme une insulte personnelle. Le régime représentatif apparaît en Occident (…). Il apparaît dans des
    cités qui tendent à s’auto-gouverner en Occident dès les 11e, 12e siècles. Ces cités ont le dixième de la population d’Athènes dans la période classique – 30 à 40 000
    citoyens actifs dont la moitié sans doute se rassemblent dans l’ecclèsia, et peut-être plus quand il y a des grandes décisions à prendre. Or, ces cités ont peut-être 3 000
    ou 6 000 personnes. Elles élisent des représentants, elle n’élisent pas des magistrats. Elles élisent des représentants. L’idée de la représentation est une idée moderne, et sa racine dans l’hétéronomie
    politique et l’aliénation politique est évidente. C’est quoi les représentants ? Qu’est- ce que ça veut dire les représentants ? Le terme est devenu intransitif avec le temps. Mais au départ, il est transitif. Les représentants sont des représentants auprès du pouvoir. Donc, le fait d’élire des représentants présuppose qu’il y a un roi, et c’est le cas classique en Angleterre par exemple, un roi auprès de qui on envoie ses représentants. Et le roi gouverne, King in his parliament, ce n’est pas la monarchie absolue, c’est le roi dans son parlement avec les représentants de ses sujets, de ses populations. Donc, ça n’a rien à faire comme tel avec la dimension de la population, et la preuve que ça n’a rien à faire comme tel c’est qu’on peut poser la question sous un autre angle. Supposons que, dans une nation moderne il ne peut pas y
    avoir de démocratie directe. Pourquoi il ne peut pas y avoir de démocratie directe dans une ville de 100 000 habitants, c’est-à-dire de 50 000 citoyens actifs ? ce n’est
    pas la dimension puisqu’à Athènes, elle était possible alors qu’il y avait 40 000 habitants, citoyens actifs. Alors, établissons la démocratie directe dans les cités de 40
    000 habitants actifs, citoyens actifs. Mais, non. Personne ne soulève la question sous cet angle… Donc, l’argument est tout à fait sophistique et il est même de mauvaise foi.
    Je ne veux pas faire la critique du régime représentatif, parce qu’elle a été faite cinquante mille fois, il n’y a rien à ajouter. Mais le vrai argument pour la démocratie représentative – il ne faut pas l’oublier -, c’est l’argument de Benjamin Constant dans « Liberté des modernes, liberté des anciens », qui date de 1820 à peu
    près 19, et qui est déjà esquissé par Ferguson dans An Essay on the History of Civil Society, en 1770 20. C’est quoi cet argument ? Ces gens-là, ce n’étaient pas des
    idéologues et des théoriciens de mauvaise foi ; c’étaient des politiques, qui avaient les pieds sur terre. C’est quoi ? C’est que, dans les sociétés modernes, ce qui intéresse les gens, ce n’est pas la gestion des affaires communes, c’est la protection de leurs jouissances. Ça, c’est les termes de Constant ; mais Ferguson disait déjà à peu près la même chose. Constant ajoute d’ailleurs que, comme la majorité – c’est un argument tout à fait aristotélicien – comme la majorité des gens dans la société moderne occupent des métiers… banausiques, aurait-il dit, s’il parlait grec, des métiers abrutissants, comme les ouvriers de l’industrie, il est tout à fait normal qu’il y ait un suffrage censitaire et que seules votent les personnes qui, par leur mode de
    vie, ont le loisir de réfléchir aux affaires publiques et de s’en occuper. Reste la question réelle d’une démocratie directe effectivement à l’échelle des
    sociétés modernes, des nations, peut-être des continents, peut-être de l’humanité entière. Or, je n’ai pas la réponse sur les formes institutionnelles là-dessus. La seule
    chose que je dis c’est que, dans les créations des grands mouvements politiques et sociaux de l’époque moderne, on peut encore trouver des germes de formes de régimes qui permettent une démocratie directe. Par exemple, dans la forme de la Commune de Paris ou des soviets – les vrais, avant qu’ils soient domestiqués par les bolcheviques -, ou des conseils ouvriers. Avec effectivement un pouvoir, le plus grand possible, des assemblées générales, c’est-à-dire de la démocratie directe pour les décisions ultimes et, subsidiairement comme on dirait maintenant, un pouvoir de délégués, mais des délégués évidemment élus et révocables, révocables à tout instant, c’est-à-dire ne pouvant pas exproprier la collectivité de son pouvoir pour se l’arroger. Mais, là-dessus, encore une fois, je pense que s’il doit y avoir une démocratie, elle ne peut être que démocratie directe ; mais que, s’il doit y avoir une démocratie, elle ne pourra sortir que d’un énorme mouvement populaire de la société, de la
    grande majorité de la société. Il y a une créativité de la société qui seule est à la mesure d’un problème de ce type. Alors si la société n’est pas capable de trouver des
    formes d’exercice du pouvoir qui soient vraiment démocratiques, que ce soit celles que j’ai esquissées ou d’autres, peut-être plus efficaces, alors il n’y aura rien à faire, il y aura à nouveau un régime représentatif, et il y aura à nouveau ce que Marx a appelé la rechute dans tout le fatras antérieur, c’est-à-dire la rechute dans
    l’expropriation du pouvoir par les représentants, par les possédants, par les gens des médias actuellement, etc. Voilà pour cette question. »

    1. André
      Vous avancez que le niveau de population concerné par la démocratie n’est pas le problème, vous référant à Athènes et ses 40 000 citoyens actifs. Pour vous la démocratie directe est possible. Prenons votre hypothèse comme base de réflexion.

      Si effectivement dans l’Athènes antique une forme de démocratie directe était possible (même s’il me paraît douteux que les 40 000 citoyens se rassemblaient tous en même temps dans l’Agora à chaque assemblée, ne pas oublier qu’il y avait une forme de professionnalisation, notamment sous l’influence des sophistes) c’est parce que les citoyens avaient beaucoup de temps à lui consacrer, parce qu’à coté de la société des hommes libres, il y avait les esclaves sans lesquels la démocratie athénienne n’eut point existé.

      Or aujourd’hui dans nos sociétés de grande taille, où le travail tend à disparaître, des personnes disposant du temps de la réflexion il y en a de plus en plus. Voilà donc une activité stimulante pour des millions de chômeurs ! Mais vous voyez tout de suite le hic : ceux qui disposent d’un emploi ne sont sûrement pas disposés à céder la place à ceux qui pensent et décident pour eux dans les assemblées où s’effectuerait une forme de démocratie directe. C’est bien pourquoi dans nos sociétés la politique est d’abord l’affaire de professionnels de la politique.
      La conclusion (provisoire) c’est que le déterminant essentiel ne se situe pas tant du coté de la forme du régime démocratique, que dans les principes économiques d’une société. Principe concurrentiel versus principe de réciprocité. Une démocratie directe dans une société sans esclaves n’est concevable que dans une société où le travail est partagé, où les richesses sont partagées, ce qui libère du temps pour la délibération collective.
      Notre chance c’est que du temps nous pourrions en bénéficier dans notre société où les machines sont désormais capables d’accomplir beaucoup de tâches ingrates autrefois dévolues aux humains.

      1. je préfèrerais ne pas faire intervenir les robots dans cette histoire, car la nécessité de partager les richesses et le travail n’a pas à se justifier par des éléments contingents à la réalisation de la justice sociale. Mais les robots sont déjà là, je vois donc pas pourquoi je devrais me priver d’eux pour démontrer l’absurdité du système.

      2. Pierre-Yves, Spot tient (exceptionnellement et très amicalement) à te faire savoir que ton peu d’empathie pour ceux de sa sous-classe a bien été enregistré par leur cerveau collectif. Reste vigilant.

      3. @ Pierre-Yves Dambrine

        Un grand merci pour votre commentaire.

        Au préalable : il ne s’agit pas de faire de la démocratie athénienne un modèle à imiter (ce qui serait évidemment absurde) mais une création qui nous « parle » encore, qui nous fait réfléchir et nous incite à imaginer et à créer du nouveau.

        Je reprends la plupart de vos objections (que je rassemblent en 4 points) en les transposant à ce que pourrait être une démocratie directe au niveau communal :

        + La disponibilité :

        La réduction du temps de travail (4 jours/semaine) est un des réquisits fondamental d’une démocratie directe : ainsi, disposeront d’un jour plein les citoyens qui voudront participer activement à la vie politique de leur commune.

        En attendant cette réforme, on pourrait accorder à ceux d’entre eux qui veulent s’engager dans cette voie, un statut analogue à celui de délégué syndical (statut les protégeant vis-à-vis de leur employeur).

        Je sais bien que ces réformes n’égalisent pas la disponibilité entre actifs et inactifs (chômeurs et pensionnés) ; du moins permet-elle de réduire cette inégalité.

        + Le nombre de citoyens assemblés :

        La Commune devrait disposer d’une salle suffisamment grande pour accueillir plusieurs centaines si pas plusieurs milliers de personnes (actifs (voir ci-dessus) et inactifs.

        Viendront à l’assemblée du Conseil communal ceux qui le veulent et le peuvent.

        Ceux qui le veulent mais ne le peuvent pas pourront toujours utiliser les NTIC (Internet et vidéo-conférence) pour donner leur avis et voter sur les points à l’ordre du jour du Conseil.

        Ceux qui ne le veulent pas (préférant s’adonner à des activités privées aussi honorables soient-elles) … tant pis pour eux. Il faut arrêter de vouloir rechercher à tout prix la quasi-unanimité ou un large consensus : en démocratie directe (comme en démocratie représentative d’ailleurs), les décisions se prennent à la majorité des présents (il faudra toutefois définir un quorum). En démocratie directe, les « battus » (la minorité) peuvent néanmoins faire sienne la décision de la majorité dans la mesure ils ont pu défendre, en personne, leur point de vue et non pas le faire défendre par un représentant à qui ils ont aliéné leur souveraineté.

        + La professionnalisation

        Il faut faire la distinction entre le « législatif » (le Conseil Communal) et l’ « exécutif » (le Collège des Bourgmestre et Echevins (N.B. : je suis belge)).

        Le « législatif » : en démocratie directe, je ne vois pas, sous réserve du point ci-après, où réside le danger de la présence de professionnels au sein d’une assemblée (si par professionnels vous entendez des « encartés » divers : de partis, de syndicats, d’ONG …).

        L’ « exécutif » : il n’y a pas lieu de craindre, par principe et a priori, la présence de tels professionnels, en son sein. Il suffit de créer des dispositifs qui les empêchent de s’ « incruster » ; ici, il faut faire une nouvelle distinction :

        Les tâches d’exécution des décisions prises par le Conseil qui ne requièrent pas d’expertise, et d’administration courante : elles seraient confiées à des citoyens désignés par tirage au sort ou par rotation. Ils seraient révocables à tout moment et devraient rendre compte de leur mission à intervalles réguliers et non pas seulement à leur sortie de fonction (N.B. : ces deux aspects font toute la différence entre un représentant et un délégué : la démocratie directe est donc aussi une démocratie délégative et non pas représentative).

        Les tâches d’exécution des décisions prises par le Conseil qui impliquent la possession d’une expertise. Nous vivons dans un monde complexe, même au niveau communal : l’expertise dans tel et tel domaine (par exemples, la fiscalité et les finances communales, l’environnement, la santé, l’éducation, l’énergie …) est donc nécessaire pour éclairer les citoyens délibérants, aider à leur prise de décisions et à la mise en œuvre de celles-ci. Ces missions seraient confiées à des citoyens élus par le Conseil ; ils seraient, comme les autres délégués, révocables à tout moment et devraient rendre compte de leur mission à intervalles réguliers et non pas seulement à leur sortie de fonction.

        Autre dispositif aussi : interdiction de se représenter plus de deux fois à un poste de délégué.

        + Le poids des inégalités socio- économiques

        C’est évidemment un énorme problème. Aussi, un autre réquisit fondamental d’une démocratie directe est une très forte réduction des inégalités de richesse. On peut toutefois tenter de contourner ce problème autant que faire ce peut, sans attendre que cette réduction devienne effective, par un dispositif que la démocratie athénienne connaissait et que nous pouvons reprendre en l’adaptant : l’ostracisme ; tout citoyen (qu’il soit ou non un des professionnels dont question ci-dessus) qui, en raison de sa fortune, de ses réseaux d’influence et de connivence avec l’oligarchie locale, régionale, nationale …, serait accusé de dresser les citoyens les uns contre les autres, de les manipuler, de les corrompre … dans son strict intérêt particulier ou corporatiste, serait exclu de toute participation à la vie de la Cité.

        Je m’arrête ici, en espérant que les premiers linéaments de ma petite utopie que je crois réaliste, ne vous paraissent pas trop saugrenus.

      4. Si les robots deviennent suffisamment intelligents pour réaliser nos taches les plus complexes je vois pas comment il ne nous enverraient pas paître d’autant plus qu’eux n’auront que faire des impératifs biologiques qui nous contraignent à travailler pour (sur)vivre. Il y aura donc une limite à la mécanisation.

  15. Bonjour M Boulant,
    « Nous le peuple, devons avoir les moyens d’être éclairés… »
    Savez vous de quoi vous parlez, connaissez vous « le peuple » ?
    Le peuple refuse de lire, d’entendre ce qui éclaire. Le foot, les fesses, la bouffe, le sang les « ismes »: Oui !, le soliton ? Non !
    Nous vivons bien dans une démocratie. Nous élisons ceux que nous méritons et dont nous voulons faire semblant de croire les imbéciles promesses.
    Le premier parti de France: le FN. En Belgique : la NVA.
    Vous n’aimez pas les marchands d’armes. Moi non plus, mais que dites vous (et que dirait votre ministre de collapsologie) aux travailleurs qui les font ? Hollande vend des rafales aux Saoudiens: des emplois chez Dassault, du pétrole dans nos bagnoles.
    Je me répète: CONCRETEMENT: que faire ?

    1. Concrètement ? Ouvrir des Forums ou s’élaborera la loi.

      Ces forums n’auront au départ aucune légalité et seront ignorés par nos dirigeants. Mais, s’ils ont un certain succès « populaire », ils serviront vite de baromètre aux politiciens en mal de réélection. Ils seront alors contraints de leur reconnaître une certaine légitimité. Et de la légitimité à la légalité, il n’y a qu’une question de temps, et de révision constitutionnelle…

      Quand au peuple qui « refuse de lire, d’entendre ce qui éclaire » (ce peuple là n’est qu’une populace), tout comme aujourd’hui, il ne prendra pas part aux débats. Le reste du peuple, « l’éclairé » le fera chaque fois que le sujet débattu aura de l’importance pour lui.
      Et chacun fera à tout moment le choix de faire parti de la populace ou du peuple souverain.

      Des forums où se fabrique des motions, où se discute le budget et où peut se censurer la politique du gouvernement , est-ce assez concret pour vous ?

      1. Fais simple: exclus les « non actionnaires de la société », ta « populace », des scrutins, rétablis le vote censitaire de Sieyès,, version « éclairée », banane.

      2. vigneron, si la propriété des Ressources primaires était transférée à la collectivité, TOUS les citoyens en seraient actionnaire, et donc avec droit de vote, si ça les intéresse.

    2. Arch So a écrit : « Quand au peuple qui « refuse de lire, d’entendre ce qui éclaire » (ce peuple là n’est qu’une populace), tout comme aujourd’hui, il ne prendra pas part aux débats. Le reste du peuple, « l’éclairé » le fera chaque fois que le sujet débattu aura de l’importance pour lui.
      Et chacun fera à tout moment le choix de faire parti de la populace ou du peuple souverain. »

      Quelle drôle d’idée que voilà ! Et ça passe comme ça sur le blog ? Sous tutelle d’une luciole écrasée ça va sans dire.

      1. Eh ho Cloclo, faut lire avant de commenter.
        Moi je n’ai fait que citer Hadrien. C’est lui qui dit que le peuple « refuse de lire, d’entendre ce qui éclaire ». Et un peuple qui refuse d’exercer sa souveraineté n’est qu’une populace, je le dit sans mépris, c’est juste un constat. De plus, je n’ai pas dit que c’était l’idée que je me faisais du-dit peuple…
        Quand à l’allusion Godwin à une éventuelle obédience de ma personne à un parti d’extrême droite, elle ne mérite pas une réponse.

        @Vigneron : Moi je n’exclus personne, et je ne suis pas responsable de l’abstention volontaire d’un citoyen…
        Banane c’est le goût de votre beaujolpif cette année ?

      2. @Juanessy
        N’accablez ni l’un ni l’autre car au vu de l’altimètre c’est peut être la prescription la plus adéquate que pourrait nous servir les experts en collapsologie…. 😉

  16. @Hadrien
    «  »Je me répète: CONCRETEMENT: que faire ? » »
    —————————————-
    Élire un Président de la république, dont le seul rôle sera d’établir une Assemblée constituante, dont la mission sera d’écrire une nouvelle constitution, établissant une démocratie directe.

    Le peuple ayant alors enfin le Pouvoir, (et non plus le Fric) pourra directement décider de la politique économique, financière, industrielle, écologique, sociale, sans avoir de compte à rendre à personne d’autre qu’à lui même.

    Que pensez vous de ça:

    https://www.m6r.fr/

  17. Ce billet méconnait, comme tant d’autres, ce qu’est la démocratie.
    Ce faisant, il est à la fois au coeur du sujet, parce que, effectivement, il faut régénérer une démocratie moderne qui responsabilise chaque citoyen face aux grandes questions de notre époque (dont l’écologie et le choix de notre mode de vie dans 30-50 ans) et à côté du sujet, parce qu’il assimile la démocratie à son vieux décor : représentation nationale (de qui, de quoi ?), séparation des pouvoirs (tous, vraiment ?), etc.

    Hélas, le mot « démocratie » est devenu synonyme de « gouvernement selon le mode de vie à l’occidentale ». C’est sans doute pour cela qu’on a plaqué un modèle pseudo démocratique d’assemblée réprésentative sur tant de nouvelles démocraties dans des pays neufs (comme on dit) sans se soucier de la culture des populations, de leurs façons de vivre, de leur manières de raisonner, de leurs valeurs traditionnelles…

    Lisez s’il vous plaît les écrits de Castoriadis sur la démocratie, les ouvrages plus récents dont « Contre les élections » de Van Reybrouck.

    Démocratie, cela veut dire l’exercice du pouvoir par le peuple pour le peuple, donc en toute responsabilité de chacun. C’est tout sauf le pouvoir des gueulards, des petits malins, des accapareurs, des bonimenteurs…

    Et non, il n’est pas nécessaire de commencer par détruire les institutions existantes pour régénérer une démocratie sclérosée, ni de réviser très profondément la constitution, sauf si elle est devenue trop lourde en conséquence des inventions successives de très hauts personnages pour leur propre commodité gouvernementale. Certaines assemblées et agences gouvernementales qui font obstacle à la responsabilité ultime du peuple doivent sans doute être remises en question : conseil constitutionnel, conseil d’Etat, etc.

    Bref, ce serait urgent, à l’époque d’Internet, de redonner l’opportunité à chaque citoyen, au moins une fois dans sa vie, d’exercer sa responsabilité dans la construction de l’intérêt commun, et de se former à cette occasion à la discipline que cela implique, notamment pour dialoguer avec les autres.

    1. « Certaines assemblées et agences gouvernementales qui font obstacle à la responsabilité ultime du peuple doivent sans doute être remises en question : conseil constitutionnel, conseil d’Etat, etc. »
      Tsssss, misère… on en a pas encore fini avec la vermine rousseauiste dans ce bled…

      1. @vigneron

        Pour faire court, le Conseil constitutionnelle est saisi soit par « le Président de la République, le Premier ministre, le Président de l’Assemblée nationale, le Président du Sénat ou soixante députés ou soixante sénateurs » (article 61 de la Constitution) soit par un justiciable dans le cours d’un procès devant le Conseil d’Etat ou la Cour de Cassation (article 61.1).

        Permettre aux citoyens (suivant des modalités à définir :par ex. une pétition signée par X citoyens) de saisir directement, c-à-d en dehors de tout procès, la Cour constitutionnelle, vous parait-elle extravagante ? Si non, il s’agit bel et bien d’une remise en question de cette institution dans la manière dont elle fonctionne actuellement.

      2. J’ai une théorie sur les fantômes, au début on meurt.
        Et puis très rapidement on entend nos proches parler de nous, alors on tique un peu.
        Et puis cela s’aggrave, là où on avait quelques doutes, nos ex-contemporains en font des affirmations.
        Si par malheur on a écrit quelques livres, cela s’aggrave, peu de lecteurs contextualises et puis ceux n’est pas eux qu’on écoute.
        A mon avis pour les fantômes, le plus dur c’est le premier siècle, parfois le deuxième et puis on commence à sourire, puis à rire franchement de tout ses cons qui vous citent à loisir, sans vous comprendre, que ce soit comprendre ceux à quoi vous pensiez hier et auquel l’histoire vous aurez permit quelques correctifs ou que ce soit l’esprit de l’époque qui vous incitez à penser ainsi.
        Par conséquent Descartes ce marre, Rousseau sourit depuis quelques temps, Marx à une lèvre qui ce détend et de Gaulle est encore furax 🙂

      3. Entre vouloir faciliter la saisine citoyenne du Conseil (évoquée du reste depuis 40 ans et Giscard je crois bien…) et le dénoncer comme un « obstacle à la responsabilité ultime du peuple », pardon mais on change de ton.

    2. Ben , il y en a déjà 601 000 qui le font en principe, en tant qu’élus , dont 519 000 simples conseillers municipaux qui aimeraient bien que leurs concitoyens participent aux réunions qu’ils organisent , sur des sujets très terre à terre et palpables .
      Mais c’est vrai qu’un clic est plus facile qu’une réunion d’échanges .

    3. @JPC

      « il n’est pas nécessaire de commencer par détruire les institutions existantes pour régénérer une démocratie sclérosée, ni de réviser très profondément la constitution,  »
      ——————————————
      La Constitution actuelle dit que le Président de la république doit être élu comme on sait (par le fric, donc), et a quasi tous les pouvoirs.

      Sauf à ce que passer de ça à une démocratie représentative ne soit pas un changement profond, je ne vous comprend pas.
      Pouvez vous expliquer ?

  18. Vous êtes en train de nous dire qu’il n’y a que des Andreas Lubitz dans le cockpit de « l’avion France »…!?
    Dans ce cas alors, il nous faut juste un bélier pour défoncer la porte… 🙂

  19. Plaisant. Comme on a affaire à des prêtres d’une religion féroce il est peu probable que le changement vienne d’une chaire de collapsologie. Le diagnostic est ‘la’ et partagé par pas mal de monde. Mais le rapport de force…

  20. Je vais commencer par voter Pierre Rabhi, puis m’abstenir, puis me battre, tout seul, puis avec d’autres…il n’y a qu’une solution, redonner de la réalité à la politique. Engageons-nous pour porter au plus grand nombre ce message : Nous tombons, par pitié pour nos enfants, ralentissons la chute.

  21. Bonjour,
    Je vois deux biais, dans ce billet, deux hypothèses implicites très discutables.
    D’abord, « démocratie » n’est pas synonyme de « démocratie représentative ». Cette dernière en est une forme bien altérée et très imparfaite, avec nombre d’aspects totalement étrangers à la notion même de démocratie, et son propos principal est d’entretenir dans une forme de paix civile la division sociale et les privilèges de la fortune. La représentation, elle a mauvaise haleine, et elle est au bout du rouleau. Le montage représentatif de pays voués au bellicisme et aux intérêts économiques rend de plus en plus fictive et pitoyable leur affirmation d’être « la » démocratie. Les démocraties réelles démentent en actes et quotidiennement leurs grands principes, avec les inégalités qui prospèrent à l’intérieur, avec la guerre et des soutiens à des régimes moyenâgeux et/ou tortionnaires à l’extérieur.

    Le deuxième biais de ce billet, c’est la croyance aux experts, et l’utilité de nous entourer de plus d’experts. Il me semble que nous ne manquons pas d’experts, pas plus que nous ne manquons de lois pour réprimer les terroristes. Les analyses rationnelles foisonnent.
    Un certain Gramsci a révolutionné le discours révolutionnaire en opposant dans une phrase célèbre la volonté et la raison. Que la raison ne fût pas la seule arme, voilà son apport. Mais à la volonté, il aurait pu ajouter le désir (dont elle est le masque), les affects, l’imaginaire, les émotions. Nous sommes tout cela, et toutes ces composantes nous sont vitales. Il nous faut un récit qui brasse toutes ces choses, avec la grandeur qu’elles méritent. Je ne sais pas comment ce récit pourra être produit, mais si des acteurs individuels doivent le mettre en forme, ils seront, plutôt qu’experts, des artistes, hommes de lettres, de théâtre et de cinéma. Et ces « individus » n’existeront pas sans un terreau social, un mouvement social, des luttes collectives.

    Prenons l’exemple du nucléaire civil. Le dossier est entièrement instruit. Il n’y a plus d’étude à faire, de livre à écrire, qui ne soient produits. Rien de cet ordre n’y fait: la grande masse ne bouge pas. C’est la peur qui mettra les gens en mouvement. Alors plutôt qu’attendre la panique déclenchée par un accident, plutôt qu’aligner experts et contre-experts, répandons la peur raisonnable et immédiate du nucléaire, sans attendre. La peur du nucléaire est un devoir. (http://condrozbelge.com/?p=4161)

      1. Merci vigneron.

        Je m’explique.
        …Lorsque je dépose ici un commentaire, j’en suis venu à me demander: Que dirait vigneron en lisant ça?
        (Ça te fait plaisir?)

        C’est un questionnement intéressant!
        Mais après quelques coups, je n’ai plus aucun profit à en tirer: je filtre mes propos, et je ne m’expose plus, ce qui ne se fait qu’en milieu bienveillant.
        C’était un exercice non choisi, et court.

        …Plus courte encore est la ténacité avec laquelle tu écluses le commentariat ici. Ton temps n’existe pas. Dans mille ans tu serais le même, qui gerbes, qui gerbes.

        Effrayante solitude et effrayant enfermement de ton intelligence, qui n’a pas d’autre emploi – vue de ce blog.

        (Pour ton commentaire ci-dessus, sa brièveté et sa conformité le rendent totalement insignifiant. Que ma manière est péremptoire et peut gêner, je le sais. Que je ne dis que la moitié des choses, je le sais aussi. Mais ma moitié s’enrichit de mois en mois.
        Etc.)

    1. @Guy Leboutte
      Merci d’agiter les neurones,
      même si les choses sont à moitié-dites,
      elles finissent par être entendus, lues et comprises par des personnes qui se sont munies d’un mésoscope.
      Continuez avec votre mésostylo !

    1. @Dup et @ Paul Jorion

      Salut, allez, je m’invite dans votre crash collectif…
      Mais non, sortez donc votre tête de vos genoux et reprenez le manche… Et regardez donc « le temps qu’il fait » par votre hublot!
      Prenez exemple sur Paul Jorion, bon sang!
      Voyez comme il a fait des progrès grâce à la lecture de Dominique Temple, ce vendredi!
      L’humanisme mes bien chers frères… Nous devons tous nous considérer comme des êtres humains, sinon merde, quoi, c’est le bordel, heu, pardon l’Enfer!
      Nous sommes tous des êtres humains, si, si, si, même vigneron!
      (…d’ailleurs Schopenhauer dit que même les animaux…Alors!)

      *
      Très net progrès, en effet, Cher Paul!
      De votre trop court passage en chaire (universitaire) vous avez ramené une vocation de prêcheur dans le désert… Intéressant..!
      Bientôt vous nous parlerez d’amour. Pas si mal pour un ex-trader!
      Oui, bien sûr, on sait tous que vous n’êtes pas croyant, mais il n’était pas inutile de le préciser pour les nouveaux sur le Blog!

      Bon, je me moque un peu, mais ça n’est pas méchant, car voyez vous, moi qui ne suis pas croyant non plus, je pense que vous êtes effectivement parvenu précisément ici, à l’essentiel.
      Pourquoi est-ce je ne peux pas m’empêcher de penser que vous n’en êtes pas vous-même pleinement convaincu?
      Le désert, ça fait sans doute un peu peur, c’est vrai…
      Et l’enfer? Tellement moins?

      Bon courage, ce désert n’est pas le néant, loin de là…
      C’est votre propre Blog, mais que faire donc de tout ces commentaires qui coulent et s’amoncellent comme du sable.
      Une tempête.

      Avec humanité, Eric

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.