« info@lutte-classes.org » par Timiota

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Quelle est la pertinence du concept de « lutte des classes » tel qu’il nous est communément transmis par le marxisme ? J’argumente qu’il doit être révisé pour le déporter de sa référence aux classes sociales (prolétaires / bourgeois) vers ce que j’esquisse comme des « classes informationnelles ».

Comment les classes sont-elles maintenues inégales ? S’agit-il seulement de la possession de l’outil de travail ? Les prolétaires étasuniens qui se farcissent le trumpisme sont-ils avant tout chose dépossédé de leur outil de travail ?

J’en doute en voyant cet énième exemple : Venue of last resort: the climate lawsuits threatening the future of big oil de « Marchands de doute » à l’œuvre (l’article rapporte le cas d’une organisation « American Petroleum Institute » dont l’acteur principal organise une formation visant  les futurs juges fédéraux prêts à candidater aux  160 et plus  nominations que Trump va faire. Et cette formation vise au titre du « scepticisme sur la causalité » et autres enrobages plaisants et poussés jusqu’au fallacieux à édulcorer voire à éluder les messages de la communauté scientifique, bien sûr ceux concernant les combustibles fossiles et par rebond le réchauffement).

Et en voyant cette spoliation informationnelle en gestation bien avancée, je dirais que le concept de classe marxien avait beaucoup de bon quand sa portée sociale et sa portée informationnelle se recoupaient et même se recouvraient. En effet, la première culture du capitalisme intensif est celle de l’usine. Elle faisait coïncider les deux (les deux portées, sociale et informationnelle) chez les travailleurs, la sociologie a suffisamment documenté la culture de l’usine pour cela (Renault a même payé des sociologues pour cela à la fin de Billancourt). Et idem la culture du cigare et de l’opéra (comique) chez les grands-bourgeois du XIXe siècle, alliés objectifs des patrons, fournit un recouvrement suffisant d’un volet social et d’un volet informationnel : les éduqués sont encore peu nombreux et ils sont aux commandes. Jules Ferry introduira l’école obligatoire à peu près au moment où la technicité croissante des ateliers fait du patronat un demandeur d’ouvriers « lettrés » au sens basique, c’est-à-dire sachant lire des instructions écrites.

Pour le sujet du jour, celui de la lutte des classes et de son possible aboutissement, l’histoire ne nous aide pas :  le fait que les émancipations du XIXe et du XXe siècles se soient inscrites dans le filigrane de la révolution française, ce phénomène si peu lié à l’industrie (mais tant à la bourgeoisie), n’a pas simplifié la lecture, il n’y a pas dans la révolution de 1789 la trame toute prête d’une révolution prolétarienne au sens de l’appropriation des moyens de production, qui passeront chez les bourgeois. Idem la propriété privée fut sacralisée dans la déclaration des droits de l’homme, mais surtout pour se prévenir des abus de la noblesse qui au cours de ses chasses, pouvaient piétiner la parcelle du paysan sujet du prince, sans que ce dernier pense même à ester en justice contre cela.

Dans la vision d’Emmanuel Todd, ce n’est pas tant la volonté de partager les outils de travail de type « usine » et d’assurer les besoins de tous qui a mu en fond la mécanique révolutionnaire de 1789 et d’après, mais plutôt l’égalitarisme du système familial (héritage également réparti notamment) des paysans du nord de la France, zone très différente de l’Allemagne ou du Béarn (les Gascons non aînés partent à l’armée comme D’Artagnan).

Je reviens sur le cœur de mon point, à savoir ce qui rend le point de vue marxien illisible : n’est-ce pas un cisaillement entre classe d’ordre informationnel qui fait aujourd’hui, en 2017 et depuis la fin des usines, le lit des inégalités et le ferment de leur amplification ? Un comble pour quelque chose d’aussi facile à reproduire que l’information, me dit-on dans mon oreillette ! Pas tant que ça si on pense (à la façon P-réseaux qui suivant Paul Jorion décrivent l’inscription mnésique du langage) que ce n’est pas tant la reproduction de l’info qui compte que sa mise en relation avec les autres informations au sein d’un individu, (individu « situé » dans sa classe sociale certes).

Le grand mouvement  de trampoline des inégalités  du XXe siècle pointé par Piketty (le recul des inégalités pendant les Trente Glorieuses 1945-1975 , après destruction du capital par les guerres, leur remontée depuis 40 ans) a son pendant (en France, disons) dans la « montée en information » de la population, qui connait elle aussi ses à-coups internes et son mouvement de reptation vers le haut, avec phases de compression et d’étirement, telle une chenille. Le manœuvre de base de 1955 (quand le chômage commence à baisser) est remplacé en 2017 par un employé d’Amazon en hangar géant, capable de se débrouiller avec des ordres multiples sur des tablettes, on se détache d’un ou deux crans du geste répétitif de la mécanique (faite en Chine), l’agriculteur de 2017 tient son registre vétérinaire complexe à jour (voir le film « Petit Paysan »), ou bien il pilote des engins d’épandage assez high-tech, avec GPS et lecture automatisé du déficit local en intrant dans le champ (quand on épand des tonnes, gratter 500 kg n’est pas de refus).

Vers 1970, moment plus égalitaire entre les deux zones d’inégalités qui marquent les bords du XXe siècle, la télé en version à 2 ou 3 chaines était parvenue, entre « Intervilles » et « Apostrophe », à resserrer les bouts de la chenille informationnelle. Peu ou prou une tendance relative analogue est perceptible au collège, avec le passage de plus de 60% environ d’une classe d’âge en 3e (qui se souvient des CPPN quand même ?). Depuis, l’inégalité de revenu croissante a accompagné l’allongement à nouveaux frais de la chenille de la compétence informationnelle. Aujourd’hui, je me convaincs que c’est d’une certaine façon pour maintenir ce gradient, cette chenille bien allongée, que chacun est poussé à ses limites, celles du burn-out. Ce n’est qu’ainsi qu’on teste bien ce volet informationnel, on est loin du temps où la force physique des mineurs et autres « puddlers » était la limite et la référence (mais les troubles musculo-squelettiques sont toujours là, aux abattoirs, en chantier ou en entrepôt).

Bref, je ne développe pas beaucoup plus, mais en 2017, ce sont nos millions de pavillons et tous nos autres artefacts de la vie quotidienne qui accaparent  nos cerveaux disponibles aux temps d’après le Minitel (comme dirait Gabriel Garcia Marquez Patrick Le Lay) et qui sont dans la vision que je voudrais faire passer ici le plus sûr obstacle à une conscience de classe efficiente, ou au moins à une version orthodoxe d’une telle conscience, bien dans la case « classe façon usine ».

Il est sans doute loisible de reconstruire dans une resucée (ou une épistémé?) informationnelle, la fameuse logique hégélienne et marxienne de la conscience du faible qui, dialectiquement et suivant les lignes de force du matérialisme historique, vient signer la fin du fort, un jour, ou mieux un Grand Soir. Mais il y a  deux os qui limitent la pertinence de la version informationnelle de cette trop belle image d’une lutte se terminant sur un grand soir : le premier os est la vitesse de déplacement de la cible, de « ce qui est informé » (ce à quoi Macron a battu LR et PS à plate couture, n’étant pas là où on l’attendait, mais donnant de l’information à mouliner là où ces partis annonaient des idées ectoplasmiques). Et le second os est la facilité pour les « have » (ceux qui ont l’info) de parvenir à classer les « have not » (qui n’ont pas la version du jour, qui sont hors du cercle de la raison) comme populistes, ignares, déficients cognitifs, déplorables, suivant une gradation qu’on pourra documenter aisément (ah, et pour des débats bien épicés, comme islamisme et islamo-gauchisme, l’échalote informationnelle n’est pas très loin non plus). Le tout pour trouver appui chez les votants des bons quartiers, en gros chez les 10-20% les plus riches qui suffisent à nourrir le circuit de la fabrication de l’opinion, et aussi les « trends » de consommation (le boboïsme carbure encore bien, merci, vous reprendrez bien des macarons ?). Avec ces deux gros os, je ne donne pas très cher de l’applicabilité du retournement « prolétarien » des « pauvres de l’information » venant reprendre les manettes aux riches pour réorganiser des flux d’information « à chacun suivant ses besoins ». La tentative de nouveau média intitulé « Médias » de FI nous donnera la mesure du potentiel de mise en branle des choses en agissant au moins en principe au coeur de la question.

Pour poursuivre sur la base posée, voyons quel est le dernier avatar de l’évolution de ces « have » et « have not » de l’information :  l’épisode états-unien depuis un an nous montre que la pauvreté intrinsèque des informations réellement manipulées par les « have » à petits cerveaux type Trump leur permet le double jeu d’être porte-parole exécutif et législatif des riches et de plaire électoralement aux « have not ». Revenons à l’article cité en début sur l’American Petroleum Institute : l’article illustre le rôle des think-tanks : ils ne vont certainement pas bouder de se voir désignés comme  les fournisseurs de pensée de dernier recours en cas d’épuisement complet du cerveau collectif de la bande twitto-méditative de la Maison Blanche. Et s’il reste d’aventure des interstices à combler, MM. les avocats ne sont pas bien loin, comme à la sortie des urgences dans les hôpitaux américains, on ne va quand même pas attendre d’avoir du recul pour penser, manquerait plus que ça.

Ma métaphore de ce dernier rebondissement, pour cette idée de classes à base informationnelle, serait donc que certaines chenilles s’entortillent et peuvent être aveugles à leur propre étirement informationnel, en se regardant la queue. Cela présage un stade de chrysalide … avec un jus bien noir dedans (Le capitalisme (I) – Les nervures de l’avenir) !

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42 réflexions sur « « info@lutte-classes.org » par Timiota »

  1. (détail : « Gabriel Garcia Marquez » était en police barrée originellement, s’agissant de faire dissoner les deux évocations « aux temps du » et Patrick Le Lay et la vente de cerveau disponible par TF1 à CotCotCola).
    Ce n’est pas l’essentiel !

  2. Le capital « informationnel » est contrôlé par le Kapital financier central comme les autres superstructures. En France les « 9 milliardaires » déversent l’idéologie dominante (celle de la classe dominante selon le barbu le plus connu) dans 98% des canaux médiatiques.

    Dans le monde les oligarchies se disant « nationales » volent systématiquement leurs peuples et les inégalités atteignent des niveaux himalayens. En moyenne 10% des ménages obtiennent environ 50% des revenus (USA 47%, Inde 55%, Chine 41% etc.) et plus de 75% des patrimoines.

    Les politiques sociales efficaces sont connues: progressivité forte des impôts sur le revenu et le patrimoine, efficacité sociale plus grande des services publics, salaire et revenu minimum, Sécurité sociale, registre mondial des titres financiers etc.
    Le rapport mondial sur les inégalités de Thomas Piketty et alii fournit une base d’information précieuse à diffuser sans modération

    1. Précieuse, oui, on ne doit certes pas se passer du Piketty et du Zucman et de leur base WID.
      Juste que comme le disent les anglais « it does not add up ». On peut passer 150 ans à écrire dans des journaux de centre gauche pré et post-macroniens ou dans des médias FI pré et post mélenchoniens que « les gars il faudrait redistribuer », écouter pendant 149 ans la réponse « oui, on y pense, votez pour nous d’abord on verra juste après promis juré ».
      Ou tourner un peu l’angle d’attaque ?

    2. Oui, cela me rappelle mes parents et ma famille (communistes) dans les années 70 qui disaient qu’il suffirait que les gens « prennent conscience », ou comme disait Coluche (1978): « Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent pas pour que ça ne se vende plus ! »
      40 ans plus tard, je n’ai toujours pas la réponse

  3. « Quelle est la pertinence du concept de « lutte des classes » tel qu’il nous est communément transmis par le marxisme ? »

    C’est qu’il me semble beaucoup, mais alors beaucoup beaucoup plus clair que la soupe épaisse que tu nous sert cher camarade timiota !

  4. « Quelle est la pertinence du concept de « lutte des classes » tel qu’il nous est communément transmis par le marxisme ? »

    L’ensemble du texte de Timiota est très intéressant, mais je veux juste réagir à cette seule phrase. Je précise d’abord, c’est important pour la suite, que je ne suis absolument pas marxiste.

    Mais voici la réalité du monde : « Un nœud de 147 sociétés au cœur de l’économie mondiale » http://www.lemonde.fr/economie/article/2011/11/28/un-noeud-de-147-societes-au-coeur-de-l-economie-mondiale_1609929_3234.html
    « Trois chercheurs suisses, Stefania Vitali, James B. Glattfelder et Stefano Battiston (Ecole polytechnique fédérale de Zurich), spécialistes des réseaux complexes, ont entrepris d’y répondre par une étude pluridisciplinaire – physique, mathématique et économie – de la détention du capital des 43 000 plus grandes entreprises mondiales.
    (…)
    L’une de leurs conclusions est en effet que les participations de 737 firmes dans les autres entreprises du réseau leur permettent de contrôler 80 % de la valeur (mesurée par le chiffre d’affaires) de la totalité du réseau. Et que 147 firmes contrôlent 40 % de cette valeur totale. »

    Oui, 80% du chiffre d’affaires des 43 000 plus grandes entreprises au monde est contrôlé (participations croisées) par seulement 737 sociétés. Et ces sociétés, contrôlées par combien de personnes et familles ?

    Petite expérience personnelle, discutant il y a bien longtemps avec un ami de droite gaulliste conservateur et chrétien, au détour d’une phrase il utilise ces mots « le grand capital… ». Avec un petit sourire dans les yeux, parce qu’il est bien conscient que ce n’est vraiment pas le vocabulaire utilisé d’ordinaire par les gens de sa « famille politique ». Mais à un certain moment, ce ne sont pas les opinions ni les préférences partisanes qui comptent… ce sont les faits !

    Or le grand capital ça existe. Il suffit d’avoir des yeux pour le voir, pourvu qu’on accepte de les ouvrir. Nul besoin pour cela d’être marxiste, ni même de gauche.

    La lutte des classes, c’est la même chose. Quoi que l’on pense des théories de Karl Marx, ce à quoi il a donné un nom est une réalité indubitable.

    Il existe à tout le moins une classe qui mène effectivement une lutte : celle des détenteurs du grand capital, non pas 0,1% de la population mondiale, mais beaucoup moins. Comme l’a dit ouvertement Warren Buffett en 2011 « il y a une guerre de classe depuis 20 ans, et c’est ma classe qui a gagné » (il parlait de l’impôt trop peu progressif à son goût, s’inquiétant intelligemment qu’une victoire nette ne se transforme en victoire écrasante, donc plus instable)

    Là où l’on n’est certes pas obligé de suivre Marx, c’est lorsqu’il soutient que cette lutte est LA chose fondamentale qui explique le monde et l’histoire, et encore moins s’agissant des solutions qu’il propose.

    Mais l’existence de la chose, et son importance, ne font aucun doute.

  5. Tant la majorité de la population intimidé ou obéissant au capital ne bouge pas, ne fait de vacarme dans les rue, rien ne changera, rien.
    Un auteur américain l’a bien articulé: « that sucess consists of the increasing of goods and services (and conversely that on who does not or cannot do this is a failure); that we are also tough to believe that we all have an equal oppourtunitiy to acquire such wealth and are thus responsible for not doing so; and that in fact the structure of organization of a capital-based economy depends on massive numbers of people engaged to relatively trivial occupations for meager compensation ». Tom Pyscynski « Terror Management », 1991.

    Il faut savoir un gouvernement n’a agit que suite à une forte pression, pression exercée par des circonstances d’urgence (et encore) ou par une massive opinion publique.

  6. @ Jacquot : c’est bibi qui avait traduit pour le blog d’un certain Jorion, Paul le papier en question en français en 2011 : https://www.pauljorion.com/blog/2011/09/08/le-reseau-de-controle-global-par-les-grandes-entreprises-par-stefania-vitali-james-b-glattfelder-et-stefano-battiston/.

    @ Tous, je ne nie pas qu’il y ait concentration du capital, je dis que l’antagonisme qui permet la perpétuation et l’accentuation de cette concentration n’est pas celui de la possession des moyens de productions ou pas, c’est celui d’une gestion appropriée des informations et de leurs niveaux de confiance. Ce qui fait qu’on peut avoir une armée de propriétaires de pavillons, qui peuvent de surcroit se payer des assurances vies et donc devenir des investisseurs collectivement puissants, sans qu’ils aient pied dans la lutte des classes, celle du « degré de contrôle », justement. La structure du partage de l’information est telle qu’ils n’ont pas les moyens de la dialectique de retournement. Au plus se scandalise-t-on (comme moi, Piketty, Zucman, et tant d’autres) du degré extrême d’inégalité, et l’on pense aux ressorts de rappel usuels de la chose (impôts, etc.). Mais si l’info « je peux négocier un rescrit avec le Luxembourg pour que mes riches actionnaires ricains soient contents et que mes dividendes soient dodus » n’est pas accessible même aux gestionnaires de fonds de pension de niveau intermédiaire-supérieur (les 150 cadres top de la caisse d’assurance-vie sur les 200 qu’elle compte, pour dire des chiffres, j’en laisse 50 qui se doutent de quelque chose), alors ça continue. Et Hegel son maitre et son esclave n’y sont pas.
    Sur les très réelles limites des effets de redistribution, même au moment du mythique New Deal et de la politique Rooseveltienne, le papier un peu technique de Berman Adamou et Peters https://arxiv.org/abs/1605.05631 (que je cite dans mon étude sur les inégalités parue dans Phys Rev E, cherchez les mots-clés « Piketty-Gattaz » sur ce site, c’est la base) montre que la vision d’un mécanisme effectif global avec ressort de rappel conduit, sur quasi tout un siècle, à un « ressort négatif », et quand on a des moments de « ressort positif » qui jugule les inégalités, la constante de temps associée (comme les constantes RC des ciccuits électriques de base) est trop longue (> 25 ans) pour qu’on puisse dire que c’est ça la politique de distribution.
    Il y a donc un sous-jacent qui multiplie le fric. Qui n’est pas dans une loi d’offre et de la demande mais dans un effet de statut si on veut, et si le statut comprend l’accès à des ressources via l’information (ressource du rescrit fiscal luxembourgeois dans l’exemple ci-dessus), cela fait sens avec ce que je propose.

  7. Ton analyse, cher Timiota, est puissante et novatrice ; elle peut certainement ouvrir de nouvelles voies dans cette lutte « informationnelle ».
    Elle explique en effet bien des impasses actuelles. Sans dire que la lutte des classes est dépassée en soi (W. Buffet lui-même en avait souligné l’actualité), il est certain que le cadre ayant changé (et l’hyperconcentration des richesse, la composante « complexité » du soliton sont des éléments entre autres de ce changement), il faut absolument modifier nos approches de combat, « tourner un peu l’angle d’attaque» et je cite ton exemple extrêmement pertinent dans ton commentaire ci-dessus :
    « On peut passer 150 ans à écrire dans des journaux de centre gauche pré et post-macroniens ou dans des médias FI pré et post mélenchoniens que « les gars il faudrait redistribuer », écouter pendant 149 ans la réponse « oui, on y pense, votez pour nous d’abord on verra juste après promis juré ».
    Mais c’est si confortable, le prêt-à-penser !
    Dans cette approche il serait sans doute profitable d’examiner les méthodes, les tactiques, les ruses, (tout ça, conscient ou non) des « have » pour dominer les « have not ».
    Sans développer plus, on peut en évoquer quelques-unes : saturation des flots d’informations ; ajouter ce bruit continu ; faire accroire que l’attention multiple est normale [lire des bandeaux défilants avec un mec qui cause sur les chaînes d’info en continu ou bien voir deux écrans à la fois (la télé et le smartphone) ] ; ne plus nier frontalement les faits mais noyer le poisson par des dialectiques biaisées [exemples : oui, la terre se réchauffe, mais moi j’ai des doutes sur la cause anthropique] ; pousser une information par une autre sans hiérarchie [l’avis des 15 000 scientifiques puis des faits-divers]; etc. etc.
    Et il y a aussi le principe de la Lettre volée : tout montrer pour mieux cacher. Je me permets de mettre en lien ce petit billet que j’avais écrit sur le blog en 2013, ayant eu en ce sens une intuition de ta problématique informationnelle.
    https://www.pauljorion.com/blog/2013/11/28/mise-en-application-du-principe-de-la-lettre-volee-par-jacques-seignan/

    1. « Mais c’est si confortable, le prêt-à-penser ! »

      Hocus pocus !
      Nous aurions beaucoup à apprendre des meilleurs illusionnistes ! Mais les illusionnistes, pas fous, gardent leurs méthodes… alors que les meilleurs d’entre eux ne laissent pas apparaître qu’ils le sont.

      Dans notre culture, les traces d’anciens manipulateurs remontent aux Pharaons: ils avaient du savoir-faire pour satisfaire au besoin de confort de chacun. depuis, et peut-être même avant, ils nous en ont délivré du « prêt-à-penser » et/ou des cadres où penser comme il faut…
      et ce n’est pas entrain de s’arrêter, de toute évidence, comme la « Lettre volée ».

  8. Bonjour Cher Timiota,

    Sans doute pas tout compris. Mais…
    Quand la lutte des classes « Marxienne » tourne à l’avantage de la classe dominante, mais que le contrôle normal ( on pourrait dire la modération!) du processus de concentration des richesses lui échappe totalement, on peut comprendre en effet, son souhait de se dégager de certaines responsabilités, alors que la menace potentielle de la classe des « perdants » grandit face à celle qui se comporte en conscience comme un vulgaire trou noir…
    Une classe dominante qui se contracte en prenant de la densité, au détriment d’une autre, ou plutôt de toutes les autres…
    Les incitant à s’alléger davantage tout en s’éloignant autant que possible, afin de ne pas être aspirées… Et ça marche toujours!
    C’est qu’à droite la lutte des classes, on sait faire!
    Une classe dominante déjà si dense et si boudinée, qu’elle craint l’implosion fatale, et qui, pour ne pas vomir sur elle, se nourrit désormais volontiers de valeurs plus volatiles et plus diversifiées que le sonnant et le trébuchant, mais avec encore plus de frénésie.
    Alors, selon vous, sur le papier, deux nouvelles Classes à dresser l’une contre l’autre?
    Une nouvelle élite échouant à vaincre l’ignorance forcenée de bas-fonds en perpétuelle expansion ?
    La classe qui « have » un max et celle qui n' »have » pas grand chose?
    Oui mais rassurons-nous, seulement en terme de capital informationnel!
    Et on chiffre ça comment pour faciliter les comparaisons, les indispensables statistiques?
    QI ou Bitcoins?
    Oui, je sais, il faut que je me modère, sinon hop! A la trappe!
    Vivement une Charte sur ce blog, que je puisse enfin me tenir dans les clous!
    A plus, peut-être…
    Avec respects et saine curiosité, Eric.

    NB. Ton 100% badin/passionné, sans esprit polémique.
    Merci.

    1. Le « capital informationnel » est lié aux autres capitaux, comme il l’a toujours été. Il fallait avoir quelques infos sur le retour des galères à Venise par des agents postés en amont sur l’Adriatique pour faire de bonnes affaires. Mais la coïncidence avec la possession des moyens de production et la doctrine marxienne n’est plus, ce qui requiert de recentrer le regard. Nada mas.

      1. Merci M’sieur.
        Il semble donc que j’ai vaguement compris quelques petites choses.
        Arrêtez moi si je me trompe:
        La classe dominante devient donc celle qui sait accéder à l’information lui permettant d’accroître plus encore de supériorité.
        Et ceci par opposition à celle dominée qui même consciente de ses lacunes, ne sait pas bien, où chercher l’information qui lui fait cruellement défaut, ni même vraiment comment en tirer parti.
        Alors pour simplifier, oublions ceux (certainement les plus gravement atteints) qui ignorent tout du cruel défaut de paramétrage qui les affecte si profondément, et dites moi, comment s’il vous plait, aider les autres, conscient de leurs propres faiblesses, à discerner à travers vos propos, l’ébauche d’une direction, d’un courant, une brise un brin prometteuse… qui leur permettrait de patauger dans le bon sens…
        Enfin, avant la noyade plutôt qu’après.
        D’autre part il serait à mon sens utile d’expliciter ici, en quoi ce recentrage si nécessaire de notre regard sur l’évolution interne d’une classe dominante de plus en plus minoritaire pourrait-il fournir le grain de sable succeptible d’enrayer la mécanique de cette lutte ancestrale dont l’avancée de plus en plus rapide engendre la pire des misères: une misère intellectuelle qui annihilera bientôt (et fort à propos) toute trace de fraternité.
        Et enfin, pourriez vous conclure votre recherche d’expert en nous livrant, ce que votre coeur n’a pas daigné y faire figurer et qui fait que le discours manque un tantinet de chaleur bienveillante.
        Pour parler clair, et toujours sans polémique:
        Après les constats et les indispensables recentrages de regards, laquelle des deux classes entendez vous donc ici défendre, ou protéger et par quels moyens?
        J’avoue que je m’y perd un peu…
        Cordialement, Eric.
        NB:
        Ou alors un petit Quiz rapide…
        Juste pour détendre l’atmosphère.

        Les « have » et les « have not »
        1 Les seconds ne pourront jamais rien comprendre aux premiers.
        2 Il faut liquider les seconds, sont bien trop nombreux.
        3 Les seconds, plus nombreux, n’ont qu’à bouffer les premiers.
        4 Mieux vaut rouler pour les premiers sans éveiller les seconds.
        5 Instruisons les seconds pour qu’ils rattrapent les premiers.
        6 Ne pas mélanger premières serviettes et seconds torchons !.
        7 Expertise, scrogneugneux! Pas de place pour les sentiments!
        8 Peace and love mec, no classes, tous frères les humains!

        A compléter à satiété.

  9. « Quelle est la pertinence du concept de « lutte des classes » tel qu’il nous est communément transmis par le marxisme »
    Nulle.
    Nous avons depuis Marx changé d’ères:
    Après les ères de la production (étudiée par Marx) , de la consommation, de la frustration, nous entrons dans l’ère de la pollution/destruction (3ème terme du soliton de P Jorion).

    La destruction de notre biosphère D est une fonction simplement croissante de la population P multipliée par la consommation physique moyenne par individu C :

    D = k P*C.

    Rien dans cette simple équation ne fait intervenir directement la lutte des classes ou le capitalisme.
    Le système économique intervient toutefois secondairement en jouant sur C.
    Constatons simplement que le capitalisme parvient à augmenter C plus que les deux autres systèmes connus: le féodalisme et le communisme. Je ne vois pas de classe sociale prête à diminuer C, donc toutes les classes communient dans la « religion féroce » cad la frustration engendrée par une consommation tjs considérée comme insuffisante.
    Quant à la distinction proposée entre « informés » et autres, la frontière passe au sein de chaque individu, entre ce qu’il sait et ce qu’il croit.
    Si ce blog perdure, je proposerais qu’il s’efforce de promouvoir la rationalité et s’écarte donc des vieilles querelles gauche-droite.

    Ce message est une très modeste tentative dans ce sens.

    1. Oui, il y a une frontière du savoir au sein de chaque individu, mais le réseau qui permet à chaque classe de « tenir son rang » tient à la capacité de repérer chez les individus rencontrés s’ils sont « d’en face » ou « du même camp ». Si ils vous parlent de rescrit fiscal au Luxembourg, vous êtes chez les « informés », s’ils vous parlent de la façon de gagner deux places dans la queue à Pôle Emploi, c’est l’autre camp. Comme le dit Jacques, c’est le principe de la lettre volée de Poe : assez gros sous nos yeux pour que ça paraisse naturel.

    2. Je suis 100% d’accord avec toi.
      On est tous des capitalistes, on est tous cette classe immonde qui veut profiter de l’autre. Le matin, on est un travailleur lambda dans une entreprise bêta qui engraisse des actionnaires X et le soir, on commande une pizza et on exploite la misère d’un étudiant en vélo qui nous la porte dégoulinant de sueur….La lutte des classes elle est où alors? Bien entendu , Marx a fait une analyse superbe du champ de bataille engendré par le capitalisme mais comme il n’avait pas accès aux études biologiques et anthropologiques, il ne pouvait pas mettre au grand jour la triste réalité… L’homme est un mammifère dont les objectifs sont les mêmes que ses cousins à savoir: manger et se reproduire. Ces fonctions codées en dur dans notre inconscient gouvernent nos vies. Le succès du capitalisme ne vient que du fait qu’il répond à merveille pour le plus grand nombre, à la satisfaction de ces besoins . Elle est là, la force du capitalisme. Elle est plus égalitaire que les autres formes d’organisation sociale qui l’ont précédé comme le féodalisme ou l’esclavagisme.
      Maintenant, la seule chose qui peut nous stopper, c’est la limite de la biosphère. Le gâteau reste le même et il y a de plus en plus de monde qui veut sa part et si possible une grosse…..
      Mes amis, on se dirige vers des jours sombres, ne vous trompez pas! Pas la peine de se bercer d’illusions. Tant que l’homme n’acceptera pas de voir sa nature animale, il refera les mêmes erreurs!
      Alors, je sais pas si c’est trop tard et si ce sont les machines qui nous succéderont ou dans le meilleur des cas veilleront sur nous et nos travers biologiques…mais de toute façon, il va y avoir desa secousses. C’est pourquoi de savoir si c’est X ou Y qui pilotent ce monde et si il a besoin ou pas de telle information….Au fond, le problème il est ailleurs……

      1. Et n’oublions pas que la parenthèse productiviste ET consumériste des deux derniers siècles est due principalement à la quantité d’énergie disponible par tête de pipe.
        Parenthèse qui est en train de se refermer because moins de ressources et plus de têtes de pipe.

  10. Perso, je suis convaincu par l’idée de Timiota. Elle redéfinie les classes mais n’invalide pas la notion de lutte des classes.
    La lutte est à sens unique ; elle n’a plus rien de réciproque. Il y a d’un côté une population anomique qui est peu à peu dépouillée de sa légitimité et de ses moyens d’existence. Elle risque la désocialisation.
    De l’autre, une classe aisée qui reste entre soi, mais un entre soi compétitif. Elle manifeste une grande aisance dans l’accès à l’information et la maîtrise des symboles; ce sont les bases de sa richesse et donc de sa légitimité sociale. Ses orientations culturelles sont presque exclusivement d’origine US, perçue comme universelle.

    Une des thèses de Todd est en train de se réaliser ou l’est déjà : l’accès à un niveau d’éducation universitaire – au minimum bac+5- représente une césure sociale et pour ceux qui n’y ont pas accès une exclusion. Or, la chose se prépare très tôt pour les enfants des happy-few ; la dernière année de maternelle est plus sûre.

    Le message est banal : si vous n’en êtes pas, tout espoir serait déraisonnable. A vous, les tiers temps contraints, les petits boulots et les joies de la mobilité.

      1. Vous m’accusez de devoir aller cracher sur MA tombe ? ou celles de mes proches ?

        Voyons les choses d’un point de vue dépassionné. Les revenus du 1% augmentent, ceux des 99% diminuent: la lutte des classes existent et les 99% sont en train de la perdre. C’est un constat, pas une approbation.

      2. Ah non Daniel je ne vous accuse pas du tout. Je voulais dire qu’une lutte à sens unique, à ce stade, revient à dire que la classe dominante, en l’absence d’adversaire, n’a plus qu’à cracher sur sa tombe. Quand Buffet disait que les salariés avaient perdu… il a oublié de préciser qu’ils étaient morts et enterrés … 🙂

  11. Je ne vois pas ce qu’il y a de bien neuf. L’information a toujours été un élément de différentiation des classes sociales. Ceux qui savaient lire ou pas (~18e), ceux qui pouvaient voyager ou ceux qui ne connaissaient que leur canton (19e), ceux qui parlaient des langues étrangère ou pas (20e)… Les classes sociales du 21e sont peut être définies par ceux qui accèdent au réseaux numériques ou pas, ceux qui savent les exploiter ou pas (c’est bien sûr grossier). A ce titre, les migrants arrivants en Europe sont parfaitement connectés.
    Les anciens concepts de classe liés au pourvoir économique et de savoir faire (Marx), au capital social (Bourdieu) restent pertinents.
    On ne prête qu’au riche, reste un principe de base de la société libre de toute contrainte de justice sociale.
    La complexification de la société et surtout la juxtaposition des nouveaux univers disponibles peut avoir pour effet de nous en masquer les bases plus anciennes, néanmoins permanentes.
    Ne pas oublier aussi de se prémunir de l’occidentalocentrisme.

    1. Au point de rendre secondaire la possession des moyens de production. Le marxisme orthodoxe laisse le travail et la production au centre de la scène, non ?

  12. J’ai le sentiment avec ce que j’ai pu comprendre, d’une fuite en avant. Il y avait des classes qui avaient une réalité, une polarisation du tissu social, une culture, un statut économique. Des classes construites. Dans le terme « lutte des classes », déjà on les réduit à leur fonction de lutte, de compétition, de rapport. Etablir un clivage « have-have not » sans plus de critère factuel, d’élément de polarisation (de vision matérialiste ?), c’est un peu rêver tout haut, dessiner un rapport sans savoir son efficacité pour les éléments en jeu.
    Or on parle très peu (sur ce blog) de l’état du tissu social. Dans notre époque de concentration folle de richesse, on voit aussi la dégradation de la démocratie, le succès de la brutalité populiste. Il faut décrire les liens. Pour continuer à hypnotiser son électorat, Trump (et d’autres avec lui) est prêt à bien des aventures. Or l’histoire devrait nous éclairer sur quelques scénarios à craindre, d’implosion sociale avec destruction de richesses. Je pense notamment à « La belle époque » de fin XIXe dont Piketty a décrit les inégalités énormes et qui a débouché sur la guerre « fraîche et joyeuse » de 14-18, où beaucoup de gens se sont précipités aux ordres de quelques-uns… Et nous avons des tueries et des génocides à étudier dans l’histoire, cela ne manque pas (la Guerre civile de religion au XVIe-XVIIe dans tout l’ouest européen fut aussi fraîche et joyeuse : et qu’en savons-nous que nous devrions ne plus faire ? ).
    De la sorte, les scénarios de « l’effondrement » (de quoi : crise économique, fin de l’énergie, mise en panne de la société ? Et nous ne serions pas en guerre auparavant ? pas de désordre social ? le retour joyeux au jardinage collectif ? ) et ceux du « changement de planète pour quelques uns » paraissent angéliques. Ils ne sont pas inintéressants, ni impossibles. Mais dans un avenir lointain. L’essentiel murît sous nos yeux, nous sommes mûrs pour les manipulations d’hommes providentiels, c’est en cours. L’article est loin de nous en parler… ça m’a fait penser à Marcuse et d’autres des années 60/70.

    1. @ Chabian
      Accord complet.
      2 inflexions :
      Cessons de parler de Trump. Il est loin. Les infos sont trop parcellaires pour en avoir une idée valable. Nous avons la chance douteuse d’en avoir un équivalent sous la main, c’est bien assez.

      Le blog n’a jamais été à l’aise avec la souffrance sociale. Le chômage tue : voilà un truc qui ne passe pas. Au mieux une profonde indifférence. Le blog semble en accord avec la majorité -les 1%- qui inflige cette destruction : « Nous n’y pouvons rien. ». Il est en effet mieux vu de parler d’un grand collapse cosmique, et pas du collapse de tous les jours que subissent les victimes du chômage.

      1. « Le blog n’a jamais été à l’aise avec la souffrance sociale »

        il vaut mieux entendre ça que d’être sourd : (Figuré) S’emploie pour qualifier les propos précédents d’absurdité.

  13. Le billet constate la vieillerie des classes sociales généralement admises.
    Durant les décennies de précarisation lente mais certaine, de lutte perdue d’avance contre des salaires ont été accompagnées par un discours politique faisant croire que les classes sociales n’existaient plus notamment parce que tous avaient désormais « un égal accès à l’éducation et à la culture ».
    Ainsi, la conscience de classe a pratiquement disparu, en tout cas dans les grandes métropoles, sauf à s’identifier, plus ou moins ouvertement, à la culture de classe des parents et autres ancêtres.
    Mais l’éducation de masse a été gobée par la culture d’entreprise. Ce combat-là a été, lui aussi, perdu. Les entreprises ont moins besoin de travailleurs « éclairés », sinon plus du tout. Parallèlement, je me demande même pourquoi les grands groupes ont complètement absorbés les médias (encore un coup, comme s’il n’était pas suffisant d’avoir pris à la source, je veux dire la jeunesse, toute velléité d’autre identification que celle de coller aux exigences du commerce, de la concurrence et d’en épouser toutes les « qualités ». Ceci étant valable aussi pour ceux qui n’ont plus de travail depuis longtemps, et, ceux qui n’ont pratiquement jamais travaillé.
    Derrière l’informationnel, j’entends plusieurs choses : la capacité à accéder, à comprendre, à analyser, à mettre en lien, …. et tout simplement à penser.

    Un temps de cerveau disponible réduit au minimum, notre propension à la facilité (surtout quand tout devient complexe), le saccage de la culture écrite par la jouissance des nouvelles technologies, la téléréalité et autres joyeusetés du genre tweet, whatsapp etc., peuvent se targuer d’une cinglante réussite : l’anéantissement de toute autonomie de penser, la fonction du langage n’étant plus qu’un lointain souvenir.

  14. @Armelle
    « la fonction du langage n’étant plus qu’un lointain souvenir. »

    Il y a peu, ici, on parlait de Yuval Hariri qui expose dans un de ses livres que le langage a permis un saut… en racontant des histoires.

    Entre autres « la plus belle histoire de tous les temps » (nom donné par un collectif œcuménique aux AT et NT), histoire qui pèse lourd dans notre culture…
    Cette histoire-là ne manque pas de mensonges initiaux, manipulateurs, pour tout dire, volontaires.
    Les hommes étant comme les lapins: on les attrape par les oreilles.

    Nous pouvons mieux faire avec le langage !

  15. « Dans la vision d’Emmanuel Todd, ce n’est pas tant la volonté de partager les outils de travail de type « usine » et d’assurer les besoins de tous qui a mu en fond la mécanique révolutionnaire de 1789 et d’après, mais plutôt l’égalitarisme du système familial … »
    Non, pas tout à fait, ce n’est pas ce que dit Todd sur le moteur de la révolution qui serait, selon, lui, avant tout une affaire d’éducation (le taux d’alphabétisation en l’occurrence). Il reprend d’ailleurs les travaux de l’historien anglais Lawrence Stone. C’est bien, par contre, la forme que prendra la révolution qui est liée à la structure familiale (autoritaire/libérale, égalitaire/inégalitaire), toujours selon les analyses très convaincantes de Todd- Le rendez-vous des civilisations par exemple-.

  16. Nous avons perdu une bataille, mais nous n’avons pas perdu la guerre, si nous voyons où la mener.

    Pour l’instant, je n’ai pas remis en cause la possibilité hégélo-marxienne que la conscience de classe de l’esclave le conduisent, du fait que le maitre est dans son éther et s’éloigne des réalités, à pouvoir reprendre les rênes.
    Sauf que la le jeu de l’information et des intelligences juste un peu artificielles, c’est de reprendre la main sur le réel, en premier. Ce qui permet au mettre qui devrait s’éloigner des réalités « dans l’éther », d’être sur le bon trône !
    Autrement dit, la fiction ou au moins l’abstraction propre au monde numérique a permis à ce dernier de doubler Hegel et Marx (par leur gauche ou par leur droite, je vous en laisse juge)

  17. Le « patronat » a besoin d’une polarisation pour renforcer par le conflit sa légitimité.
    C’est le sens, je pense, de son offensive « libérale »…
    Sinon oui voir Bourdieu et le capital social/culturel, le travail de démantèlement du « prolétariat » pas la sociologie institutionnelle (CSP…) et enfin le passage à la tertiarisation de l’économie au tournant des années 80…
    Perso je préfère l’évitement à la guerre de tranchée…

  18. Si je fais l’hypothèse que l’intelligence est intimement lié à la capacité d’anticipé l’avenir, l’IA et l’informatique nous surclasse.
    L’ère industriel a rendu obsolète notre corps physique et l’ère numérique notre cerveau.
    L’humanité 1.0 court au suicide et rien ne l’arrêtera.
    Si je fais l’hypothèse que l’intelligence est la capacité de s’inventer un avenir alors il y a de l’espoir.
    Que voulons nous ?
    Le chemin vers les réponses à cette question existentielle, passe à mon avis par une Révolution Copernicienne.

  19. Paroles de la chanson
    Où C’est Que J’ai Mis Mon Flingue ? par Renaud (avant que l’envie d’embrasser un flic lui vienne sous les effets de l’alcool)

    J’veux qu’mes chansons soient des caresses
    Ou bien des poings dans la gueule,
    A qui qu’ce soit que je m’agresse
    J’veux vous remuer dans vos fauteuils.

    Alors, écoutez-moi un peu,
    Les pousse-mégots, et les nez d’boeufs,
    Les ringards, les folkeux, les journaleux.

    D’puis qu’y’a mon nom dans vos journaux,
    Qu’on voit ma tronche à la télé,
    Où j’vends ma soupe empoisonnée
    Vous m’avez un peu trop gonflé.

    J’suis pas chanteur pour mes copains,
    Et j’peux être teigneux comme un chien.

    J’déclare pas avec Aragon,
    que l’poète a toujours raison.
    La femme est l’avenir des cons

    Et l’homme est l’avenir de rien.

    Moi, mon av’nir est sur le zinc
    D’un bistrot des plus cradingues
    Mais bordel !
    Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ?
    J’ai mis la main sur ma flingue !

    J’vais pas m’laisser emboucaner
    Par les fachos, par les gauchos,
    Tous ces pauv’ mecs endoctrinés
    Qui foutent ma révolte au tombeau.

    Tous ceux qui m’traitent de démago
    Dans leurs torchons qu’j’lirai jamais :
    « Renaud c’est mort, il est récupéré ».

    Tous ces p’tits bourgeois incurables
    Qui parlent pas, qu’écrivent pas, qui bavent
    Qui vivront vieux leur vie d’minables
    Ont tous dans la bouche un cadavre.

    T’t’façon, j’chante pas pour ces blaireaux
    Et j’ai pas dit mon dernier mot.

    C’est sûr’ment pas un disque d’or
    Ou un Olympia pour moi tout seul
    Qui me feront virer de bord
    Qui me feront fermer ma gueule.

    Tant qu’y’aura d’la haine dans mes s’ringues
    Je ne chant’rai que pour les dingues
    Mais bordel ! Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ?

    Y’a pas qu’les mômes, dans la rue,
    Qui m’collent au cul pour une photo,
    Y’a même des flics qui me saluent,
    Qui veulent que j’signe dans leurs calots.

    Moi, j’crache dedans, et j’crie bien haut
    Qu’le bleu marine me fait gerber
    Qu’j’aime pas l’travail, la justice et l’armée.

    C’est pas d’main qu’on m’verra marcher
    Avec les connards qui vont aux urnes
    Choisir clui qui les f’ra crever.
    Moi, ces jours-là, j’reste dans ma turne.

    Rien à foutre de la lutte d’crasses
    Tous les systèmes sont dégueulasses !

    J’peux pas encaisser les drapeaux
    Quoi qu’le noir soit le plus beau.
    La Marseillaise, même en reggae,
    Ça m’a toujours fait dégueuler.

    Les marches militaires, ça m’déglingue
    Et votr’ République, moi, j’la tringle
    Mais bordel ! Où c’est qu’j’ai mis mon flingue ?

    D’puis qu’on m’a tiré mon canif
    Un soir au métro Saint-Michel
    J’fous plus les pieds dans une manif
    Sans un nunchaku, un cocktail

    A Longwy comme à Saint-Lazare
    Plus de slogans face aux flicards
    Mais les fusils, des pavés, des grenades !

    Gueuler contre la répression
    En défilant « Bastille-Nation »
    Quand mes frangins crèvent en prison
    Ça donne une bonne conscience aux cons

    Aux nez-d’boeux et aux pousse mégots
    Qui foutent ma révolte au tombeau.

    Si un jour j’me r’trouve la gueule par terre
    Sûr qu’ça s’ra d’la faute à Baader.
    Si j’crève le nez dans le ruisseau
    Sûr qu’ça s’ra d’la faute à Bonnot.

    Pour l’instant, ma gueule est sur le zinc
    D’un bistrot des plus cradingues,
    Mais faites gaffe ! J’ai mis la main sur mon flingue !

    1. Enrique dit :
      20 décembre 2017 à 21 h 16 min
      Paroles de la chanson
      Où C’est Que J’ai Mis Mon Flingue ? par Renaud (avant que l’envie d’embrasser un flic lui vienne sous les effets de l’alcool)

      Non non tu te trompes. C’est à l’époque de sa grande période du pastis qui nous la faisait chien enragé, sur commande et pour occupé un créneau porteur et si lucratif;

      C’est une fois sevré et par nécessité à jeun que Renaud a montré à tous sa véritable nature.

      Un bourgeois resté trop longtemps ado, très marqué par la pensée de Mitterrand, pas celle du coup d’Etat permanent, celle de la permanence d’un Etat, avec sa justice et sa police de classe, depuis belle lurette plus « agent de la paix » , mais « force de l’ordre ».

      Une réalité, si rassurant pour tous ceux qui peuvent craindre bientôt le retour des bande à Baader et des Bonnot, qu’on a envie de les embrasser tiens !

  20. La science et les méthodes d’expérimentation appliquées au monde économique font de milliards d’individus des données à ajuster, les paris engagés, à très court terme, sont validés et non la méthodologie d’une reproductibilité des résultats. Le pari devient une science, un pari darwinien. L’économie est-elle une science de laboratoire, les essais peuvent-ils se faire en situation optimale en vase clos, et cela aurait-il un sens? Non car l’économie a provoqué cette mondialisation, redéfinissant toutes les identités et les circuits d’échanges, comme si la mondialisation constituait un moyen de survie. Le darwinisme social est autant dans la compétition que dans l’entraide, c’est un concept polémique dans lequel on peut mettre à peu près tout ce qu’on veut. La spéculation a permis beaucoup de découvertes, c’est peut-être la limite de notre évolution.

  21. Je trouve la question bien posée, mais la réponse un peu trop abstraite. Les dernières élections me semblent avoir montré comment se répartissaient les votes (ou abstentions…) fortement en fonction d’origine socio-économiques, et de plus en plus suivant des critères du niveaux d’éducation (cf. les exposés d’Emmanuel Todd, d’abord à propos des USA, mais de plus en plus (et encore plus demain, vu comment le système éducatif évolue) en France et en Europe) – et les deux convergeants naturellement. Il y aurait bien une analyse actualisée à faire sur le rapport Capital/Travail, et une question nouvelle sur l’accentuation des inégalités, avec ce fossé qui se crée entre, peut-être, les 30% supérieurs, qui vont voir leurs venus encore décoller (en particulier avec les nouvelles réformes du travail, pour qui, les « enchères » du marché du travail vont être plutôt favorables (les hauts qualifiés), une classe moyenne qui va continuer à s’affaisser, et un nouveau « prolétariat » ou « précariat », qui va survivre et renforcer ses rangs avec la seconde catégorie. Evidement, la « raréfaction » du travail avec le développement de l’IA et de l’automatisation, va forcément accentuer la tendance, et, avec un phénomène, peut-être pas assez analysé notamment dans le blog, d’une nouvelle forme de prédation capitaliste qui émerge. Je pense à une entreprise comme Amazon (en l’occurrence, méga-plateforme physique, mais je pense aussi aux plateformes de services en lignes qui se développent rapidement) comme exemple pour illustrer cette tendance….

  22. Le phénomène de lutte des places me semble plus important, plus universel et plus utile à la recherche d’émancipation. Il y a un très bon bouquin de Vincent de Gaulejac qui a ce titre (La lutte des places).
    Je ne vois que le savoir faire en gestion de l’intelligence collective pour réussir à réguler cette lutte des places (non pas la faire disparaître, ça ne me semble pas possible, ni même peut-être souhaitable?). Mettre l’information, sa prise en compte, sa gestion au centre des collectifs, plutôt que la lutte des places, constitue le socle de la gestion de l’intelligence collective.

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