Greta Thunberg nous demande d’avoir un futur, par Cédric Chevalier

Ouvert aux commentaires.

Greta Thunberg est une adolescente suédoise de bientôt 16 ans, célèbre pour avoir lancé une « grève de l’école pour le climat » et pour manifester toutes les semaines devant le parlement suédois afin d’exiger une action politique à la hauteur de cet enjeu. Elle est atteinte du syndrôme d’Asperger, dont certains porteurs présentent une intelligence hors norme, ce qui semble le cas pour elle.

Greta Thunberg incarne au sens propre notre futur, elle est la génération future qui prendra les rênes de la cité un jour. Mais seulement si cette cité humaine existe encore.

Car la question que pose Greta est la suivante : vais-je avoir un futur ? Aurons-nous un futur ? Et son exigence est en conséquence : j’exige d’avoir un futur ! Vous qui avez actuellement les rênes de la société, agissez de sorte que j’aie une chance raisonnable d’avoir un futur ! Ce qui n’est pas le cas actuellement.

Ce n’est pas sans rappeler la maxime du philosophe et écologiste allemand Hans Jonas, dans son Principe Responsabilité : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre. » Jonas y lie la responsabilité de la femme et de l’homme d’Etat à celle, archétypale, des parents vis-à-vis de leur enfant. Le politique doit répondre vis-à-vis de la communauté des citoyens de l’existence et de l’avenir de cette communauté comme le parent doit répondre vis-à-vis de son enfant de son existence et de son avenir. Greta nous somme de répondre, d’être « responsables » de nos actes vis-à-vis d’elle, de son existence et de son avenir. Elle nous somme de répondre au visage qu’elle nous présente, le visage du futur, un visage humain qui devrait nous affecter tous. La fragilité de son visage nous demande de répondre à la question, selon le philosophe lituanien Emmanuel Lévinas, du « que m’as-tu fait ? », ce qui est le condensé de la responsabilité.

Car voilà où nous en sommes : nous ne sommes plus certains d’avoir un futur, individuellement et collectivement, à terme temporel « humain ». Nous ne sommes pas certains que l’espèce humaine, que la culture humaine, que la population humaine, c’est-à-dire la triade qui forme le concept d’Humanité, existera encore dans 3 siècles, voire 1 siècle, voire moins peut-être.

Cela parce que nous sommes sur une trajectoire manifestement délétère, qui nous mène mécaniquement à l’effondrement de la capacité de support de la Biosphère et partant, à un effondrement sociétal global, qui serait la résultante d’une multitude d’effondrements locaux en série.

Depuis qu’il existe, l’humain se sait mortel. Depuis l’antiquité, les civilisations se savent elles-aussi mortelles. Depuis l’explosion de la première bombe atomique, l’Humanité s’est découverte potentiellement mortelle. La différence fondamentale entre ces trois niveaux de prise de conscience c’est que, contrairement aux individus et aux civilisations, l’Humanité ne mourra qu’une seule et dernière fois.

Aujourd’hui, le scénario de la mortalité de l’espèce humaine toute entière, qui a toujours eu une probabilité supérieure à zéro comme pour toute espèce vivante, a vu sa vraisemblance augmenter de manière drastique. Le scénario d’extinction est devenue le « baseline scenario », le scénario de base, qui ne fait que prolonger mécaniquement, par simple extrapolation, les tendances du « business as usual ». Sauf inflexion majeure de la trajectoire sociétale, nous nous dirigeons de façon certaine, « à mesure que t tend vers l’infini », vers l’effondrement globale et l’extinction.

Bien sûr l’Humanité a toujours eu une fin certaine, « à mesure que t tend vers l’infini ». Mais c’est la proximité (relative ?) du fait monstrueux qui menace désormais toute construction existentielle individuelle et collective que nous pourrions tenter de formuler. Sans futur, comment construire son présent ? Comment construire le présent de la cité ? C’est la nouvelle tragédie de l’existence.

De facto, la condition humaine vient de changer, ces quelques dernières années : l’Humanité a perdu son futur. Et donc une partie essentielle de la fondation de bien des « modalités existentielles », c’est-à-dire de la plupart des « raisons d’exister, de vivre ». C’est d’ailleurs cette destruction consciente du futur par la société qui mène nombre de militants de l’écologie à la dépression et au burnout. Et c’est ce malaise qui se répand insidieusement dans toute la société et qui nous rend pareils à des zombies, somnambules, cyniques, apathiques et nihilistes.

En cherchant bien, ce phénomène de « fin du futur » s’est déjà produit pour des parties importantes de l’Humanité, comme lors du génocide des Juifs en Europe durant la seconde guerre mondiale. Dans les camps d’extermination, certains ont dû faire face à la fin de leur futur : la fin de leur propre vie, la fin de leur famille toute entière, de leur culture et de leur descendance. Conduisant de nombreux individus au suicide. Mais cela n’était jamais arrivé pour l’ensemble de l’Humanité.

Greta et des millions d’enfants attendent notre réponse, nous les adultes. Nous ne pourrons répondre à Greta que si nous prenons nos responsabilités, que si nous devenons tous des femmes et des hommes politiques dans la cité, c’est-à-dire des citoyens, que si nous nous rebellons collectivement contre cette fatalité, en nous réappropriant par exemple l’éthique du midi et la philosophie des limites chère à Albert Camus (Le mythe de Sisyphe et L’homme révolté). Une éthique qui accepte la tragédie et l’absurde de l’existence mais qui ne s’y résigne pas, qui se révolte et qui cherche à retrouver la tempérance des anciens Grecs, cette pensée du midi, de la modération, du juste milieu, de la reconnaissance des limites face à une mythologie de l’illimité. Les limites de l’espèce humaine, celles de la Terre, celles de notre civilisation. Une pensée qui rende une place authentique pour l’humain dans l’existence.

Alors nous pourrons répondre à Greta, en la regardant dans les yeux, confrontés à la fragilité de son visage et du nôtre : « Nous ne sommes que des enfants qui ont grandi trop tôt, faibles et inconséquents, refusant comme des adolescents les limites du monde. Mais ce sont nous les adultes et toi l’enfant, et nous sommes responsables de toi. Et même si nous ne pouvons garantir que ton futur sera parfait, nous allons tout faire pour devenir adultes, pour t’offrir une vie authentiquement humaine sur cette terre, et pour que perdure cette possibilité le plus longtemps possible. »

15Shares

42 réflexions sur « Greta Thunberg nous demande d’avoir un futur, par Cédric Chevalier »

  1. La maison brûle et un bout de femme regarde où ça brûle .

    La maison brûle et notre jeunesse regarde « parcoursup ».

    La maison brûle et la France regarde le RIC .

    La maison brûle et l’Europe regarde des critères .

    La maison brûle et le monde regarde …plus tard .

    1. S’il fallait fonder un espoir sur un RIC « régional » , il y aurait déjà un fer au feu plus intéressant , avec la sixième puissance économique mondiale devant la France , champion « écologique » , qui dispose d’un RIC assez généreux depuis déjà quelque temps .

      La Californie :

      https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/2019-referendum-pour-l-186509

      Sur le RIC , des choses intéressantes sur le site du sénat ,déjà depuis quelques années .

      1. juannessy,
        alors c’est que je n’ai pas saisi ce que vous avez voulu dire par « se faire balader ». Soit.

    2. juannessy,

      Nous en avons déjà causé, mais j’y insiste,
      il y a parfois de fausses mises en perspective, ici avec Parcoursup et le RIC que vous distinguez des vrais enjeux.
      Parcoursup peut paraître anecdotique, mais ce qui est en jeu c’est justement l’avenir d’une jeunesse, où pour toute perspective il n’y a que la rationalisation par voie numérique d’un processus de sélection. Or la sélection n’est que l’autre mot pour compétition, ce qui gangrène nos sociétés, ce qui le principe même du fonctionnement du capitalisme.
      La réflexion des Lycéens à ce stade est sans doute incomplète, mais ils se révoltent là où ils ont mal. Savez-vous qu’une enquête a révélé que les Lycées qui se sont mobilisés ne correspondent pas aux Lycées habituels mais ce sont les Lycées où se trouvent sociologiquement parlant, les fils et filles de gilets jaunes ?
      Le combat contre ce système inique et destructeur doit bien commencer quelque part.
      Le RIC ? C’est une demande pour plus de démocratie. Eviterons nous l’effondrement si tous les humains ne sont pas pris en considération à parts égales ?

      1. Il y en a des choses qui doivent commencer quelque part , et qui parle de les interdire ?

        Se donner des chances de vaincre , sans se faire balader en est une autre .

        Surtout quand la contrainte majeure court toute seule ,se jouant des frontières , et qu’on ne veut pas la voir .

      2. @PTD :

        On peut parfaitement s’effondrer avec des humains « pris en considération à parts égales « .

        Liberté , Egalité , Fraternité …… étendue au vivant .

    3. Juannessy,
      sur l’idéal nous nous rejoignons, mais sur les modalités nous avons une réelle divergence d’appréciation quant à notre rapport aux évènements, je ne sais pas à quoi cela est dû, faudrait sans doute que nous nous rencontrions pour avoir une discussion approfondie, comparer nos parcours …

      Quoiqu’il en soit je n’ai vraiment pas eu le sentiment de m’être fait baladé par les Gilets jaunes, au contraire, ils ont permis de tailler quelques croupières dans le statu quo. Ils ont montré que la résistance n’est pas un vain mot, qu’il est possible de remettre la question sociale au centre du politique.

      Rien que pour cela je leur tire mon chapeau !

      1. Les gilets jaunes ne sont pas en état de balader quiconque .

        Ne réduisez pas les forces en jeu à notre cour de récréation , et à votre parcours ou au mien .

      2. Oui. Au bout du compte, je suis de ton avis. Et s’il y a un jour un mouvement mondial des « Gilets Jaunes », on saura à qui on le doit, malgré les excès insupportables auxquels on a pu assister dans les premiers jours.

        Ils m’ont personnellement redonné l’espoir, qu’un mouvement mondial pouvait surgir presque du jour au lendemain, alors que je le croyais totalement inaccessible, à cause des différences de langue et de culture.

        Le « gilet jaune », on peut en remercier Sarkozy, c’est lui qui avait eu l’idée de mettre ça dans nos voitures…il était loin de se douter que ça deviendrait un signe de ralliement contre le capitalisme !

  2. « C’est d’ailleurs cette destruction consciente du futur par la société qui mène nombre de militants de l’écologie à la dépression et au burnout. » (Si vous avez un lien sur ce constat, ce serait important à savoir).
    Cela m’a fait penser à la gangrène de la « précarité » : les grandes entreprises ont commencé à imploser vers 1985 (les ACEC à Charleroi, la sidérurgie un peu partout) et l’écroulement du mur en 89 a changé des choses. Le chômage qui croît sans cesse depuis 1983 (2e crise du pétrole) fait douter tous les travailleurs industriels de la solidité de leur boîte qu’on croyait increvable. Les grandes surfaces imposent le mi-temps à leurs vendeuses, avec l’accord des caisses du chômage qui compensent la perte de salaire durant quelques années seulement. Le syndicat est moins combatif et il y a moins d’affiliés. Les grèves sauvages se font plus rares. Sauf quelques luttes courageuses contre la fermeture (Clabecq…). Les boites d’intérim apparaissent, puis les CDD sont introduits. L’avenir parait se boucher. Au total, les militants que nous avons été sont déprimés, ils croient moins aux petites luttes, aux nouveaux combats. C’est le délitement, on est en 2000, « Il y a une lutte des classes et c’est nous qui sommes en train de la gagner » disent les riches. C’est la fin d’un cycle : 1945-2000. Dans le même temps, l’écologie a fleuri. C’est un autre cycle de 1950-60 à aujourd’hui. Et ce sentiment qu’un renversement n’a pas pu avoir lieu comme espéré.
    Est-ce une question de responsabilité ? On pourrait le dire des résistants de la guerre 40, mais il y en eut tant d’autres positions de citoyens. Évoquons aussi la guerre d’Espagne et les brigades solidaire dans une guerre qui fut pourtant perdue. Ici en 2018 aussi c’est d’abord une question de rapport de force et d’une lutte qu’ « ils » sont en train de gagner. Ce n’est pas une responsabilité individuelle (ni une culpabilité devant un visage d’enfant).

  3. Merci à C Chevalier pour ce texte qui nous épargne les sempiternelles attaques sur le capitalisme-cause-de-tous-les-maux qui nous aveuglent aux vraies solutions.
    Il faut commencer par poser correctement et rationnellement le problème: La destruction de notre unique planète est corrélée au PIB. On peut dire que le PIB mesure monétairement cette destruction (DES).
    J’écris: DES = PIB +b – r.

    b = les destructions non comptées monétairement (exemple: le paysan qui coupe un arbre pour se chauffer) (b comme bricolage);
    r = les réparations de la nature par les hommes (exemple une station d’épuration).
    En gros, pour commencer, on peut négliger b et r, donc DES = PIB.
    Si intérêt, je continuerais mais je vais m’arrêter ici, car tout est quasiment dit dans cette équation simplissime.

  4. @Hadrien
    Ce qui n’est pas évident dans tous les modèles est l’évolution.
    D’un côté c’est le couple investissement/dette (les « avances consenties » en travail ou en outils pour arriver à produire un tunnel ou une station d’épuration avec un « amortissement » (bouh, ça contient « mort », et pour une bonne raison en plus, l’atteinte du « point mort économique », mais ou devrait dire « a-vie-tissement », on fait quelque chose pour « prolonger la vie » de la société, le remboursement de l’avance étant une façon de faire, une façon d’être au fond.)
    De l’autre, c’est le cumul des résidus qui envoie des signaux et cela surtout dans le cas où ces signaux sont « non lus » par le système : l’eau de mon champ sert à ton champ en aval, et ainsi de suite, oui, tant que je ne l’ai pas trop chargée en cochonneries, tant que les sédiments ne s’en mêle pas trop etc.

      1. @Arnaud :

        Connaissez vous une attitude plus conne que de payer en investissement et fonctionnement pour reconstituer un bien ( l’eau « pure » ) que vous aviez gratuitement et que vous avez gaspillé , par gabegie et abusus ?

        Et de plus en plus difficilement , pour avoir une eau de plus en plus dégueulasse .

        Mes parents ou un touareg étaient d’accord là dessus .

      2. Je suis sur, Juan que vous ne considérerez pas comme économiquement stupide de traiter les eaux usées d’une ville, d’une usine de fabrication de vaccin, mais plutôt que vous pensiez à un usage de cette ressource pour une utilisation extractive du type montagne d’or ou production du dernier bidule électronique.

      3. Je pense à tous les usages de l’eau hors de propos , à tous propos , et où que ce soit .

        Et à la facture du traitement , qui serait bien mieux utilisée dans d’autre travaux ou pansements d’utilité sociale aussi peu polluants que possible .

        L’économie au sens étymologique , quand elle est aussi écologie , ou en tous cas « anti gaspi » qui en est un principe fondamental …..

      4. S’agissant de cet exemple de l’eau , j’ajoute un commentaire plus financiaro économique :

        Les systèmes de gestion de l’eau les plus vertueux sont ceux où l’utilisateur ( et pour le coup c’est forcément le même que le citoyen , car tout le monde a besoin d’eau sans exception , ce qui n’est pas le cas de la bagnole ) , est impliqué sur l’ensemble de la chaine : protection de la ressource , » extraction « , traitement amont , stockage , distribution , commercialisation , traitement des rejets . Car , au moins quand il s’aperçoit que le traitement aval le ruine ou lui devient insupportable dans des ressources financières réduites , il se pose des questions sur le volume de ce qu’il utilise ; C’est encore le cas pour de petites régies municipales , mais le schéma dominant est aujourd’hui plutôt :

        – protection de la ressource : public
        – extraction , traitement amont , stockage , distribution , commercialisation :privé ou ppp
        – traitement aval : privé ( le même ou son petit frère ) ou ppp

        Peut on attendre un souci collectif de consommer moins quand il y a un intérêt à faire son chiffre d’affaire aussi bien sur l’amont que sur l’aval , et que le « client » paie dans la même facture le plus souvent ?

  5. @juannessy
    Il est vrai que diluer notre urée et notre fumier humain dans plein de flotte pour ensuite la traiter, voilà qui trop estropie l’entropie.
    Primo Levi, dans « Il sistema periodico », parle des produits chimiques qu’il allait quérir dans les excréments de poule, pour faire des teintures à un ami coiffeur ou quelque chose comme ça. Ah, Voilà, internet me le retrouve en italien, c’est l’alloxane (une molécule proche des urates, et dont l’allantoïne chère à la cosmétique est voisine), dans l’élément n°16 de sa liste, l’azote :
    « Trama
    Un altro cliente chiede consulenza a Primo: è il proprietario di una fabbrica di cosmetici che rischia di fallire a causa di un rossetto che dopo poco tempo si scioglie sopra le labbra di chi lo indossa. Primo scopre che il problema è la solubilità del pigmento utilizzato e che per rimediare servirebbe l’allossana, contenente azoto, ossigeno, idrogeno e carbonio. Per procurarla al proprietario, Primo cerca escrementi di galline e rettili, che ne sono molto ricchi. Tuttavia l’impresa si rivela praticamente impossibile, perciò Primo abbandona. »

    Primo abandonne, mais pas le seul blog optimiste du monde oxydental !

      1. Je lis dans votre lien, en gras: « taxe », « jaune », « ammoniaque », « pee-pee »…
        On y comprend que l’urine pouvait être recyclée avant de passer par l’usine d’épuration, mélangée à de l’eau potable…

        Dans un meilleur français, il y a ce « Document de référence sur les meilleures techniques disponibles Tannage des cuirs et peaux »
        https://aida.ineris.fr/sites/default/files/directive_ied/tan_bref_0203_VF_0.pdf

        Peut-on considérer le gilet jaune comme une sorte de peau tannée (certains porteurs ont le cuir épais) ?
        Mais cette couleur n’est pas en odeur de sainteté ! surtout si on la voit foncée, le jaune tirant au brun…

  6. Bonjour le blog,
    Alors où cela bloque?
    Puisqu’il semble y avoir consensus de la fin possible de l’humanité, je pose la question où cela bloque?
    Normalement, l’Homme devrait prendre des mesures exceptionnelles devant ce danger. Il devrait changer radicalement ses actions qui ont mené à cet état de la biosphère alors où cela cloche?
    Je n’arrête pas de me poser cette question.
    On connaît parfaitement les processus qui nous ont amené là. On sait exactement ce qu’on doit faire et pourtant…..rien ou si peu…..
    Étonnant! Non?
    Étonnant ou inquiétant. Je ne sais plus.

    Est ce que l’Homme est cet animal social que l’on aime tant décrire pour se persuader de sa bienveillance universelle? Pour se persuader qu’il est au dessus de tout, qu’il pilote parfaitement sa destiné, capable de faire son autocritique et de s’adapter. Ne serait il pas plutôt cette machine biologique dont la Nature ne parvient plus à contenir les actions ? Des actions dont les racines plongent dans le plus profond de notre inconscient et dont nous n’avons eu jusqu’à présent aucune maîtrise.

    Le vivant s’est déployé sur cette planète encadré par les règles du Darwinisme mais qu’arrive t-il quand une espèce vivante se soustrait à ces règles? Quand une espèce n’a plus de prédateur. Quand une espèce monopolise toutes les ressources de sa biosphère pour sa propre survie. Quand une espèce déchiffre et comprends les mécanismes physiques, chimiques, biologiques qui lui ont donné naissance. Quand une espèce commence à se faire ses propres expériences pour manipuler son corps afin de l’amener vers la quête suprême de l’immortalité. Qu’arrive t-il quand une entité biologique colonise totalement sa biosphère?

    Au fond, est ce qu’on ne s’illusionne pas sur ce qu’on est réellement? Chacun d’entre nous? Soumis à des besoins inscrit au plus profond de nos gênes. Des besoins qui dictent nos vies. Des besoins dont le seul but est la survie de l’Espèce.
    J’ai la conviction que le moment que l’on vit, c’est l’épreuve finale. C’est le moment où l’Univers nous laisse seul face à notre destin. Jusqu’à présent nous n’avons fait que suivre les règles qui nous ont été imposé et nous sommes passé de quelques milliers d’humains à des milliards aujourd’hui!
    On peut dire que la première épreuve a été passé avec succès.
    Mais maintenant, c’est à nous d’inventer nos propres règles. Si nous nous contrôlons pas nous mêmes, c’est la fin. Cela signifiera qu’on a échoué dans notre besoin impératif d’évolution de notre espèce. On ne doit plus se contenter d’être juste des animaux intelligents. On ne peut plus se permettre d’être soumis à la « dictature » de nos gênes. On doit prendre les commandes.
    Je pense qu’on vit la fin d’Homo Sapiens mais la question c’est de savoir si il y aura une descendance. La Nature ne va pas répondre à notre place à cette question, elle ne peut pas. Elle nous observe et regarde si un de ses enfants sera capable de voler de ses propres ailes. Alors, il lui échappera et elle se dira qu’elle a réussi!

    1. « Puisqu’il semble y avoir consensus de la fin possible de l’humanité, je pose la question où cela bloque? »
      Je vous propose cette explication simple:
      Homo Sapiens est conscient de sa mort inéluctable, il sait que ce ne sera pas une partie de plaisir. Notre espèce a donc développé une capacité de déni qui nous permet de vivre comme des immortels.
      Ce déni s’est étendu à toutes les formes de malheur connu et inéluctable.
      Quelques exemples:
      Les démocrates face à Hitler;
      Les juifs face à la shoa;
      Les nazis face à leur défaite;
      Et donc:
      Nous face à l’effondrement en cours.

  7. Ceux qui ont eu beaucoup à dire sur notre présent, et donc qui nous interrogent sur notre futur, sont aussi sûrement les gilets jaunes. Ou, comment, sur les ronds points, l’humanité se débat, et débat, et retrouve un peu de l’amitié, de la dignité indispensable à l’existence de toute communauté politique.

    Sur France-Inter, le témoignage de Florence Aubenas :

    https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-17-decembre-2018?fbclid=IwAR0AtnqFNJCdsEi52fKC-fPjiDEP8bmwI7R_HzzB8QuyEjiLO2emajuPcNs

    1. Ben , il y a un rond point qui existe ici depuis onze ans .

      Mais on n’ y a encore jamais imposé à quiconque de faire acte d’allégeance en affichant son gilet jaune ( comme certains imposent aux femmes le port de la burka ) , ni même de cotiser ( un euro dans la casquette ) pour avoir le droit de passer .

      Mais je suis d’accord que ce « retour avec les autres  » sera , quoi qu’il arrive , un acquis bénéfique pour la société , pourvu qu’il ne devienne pas communautarisme .

      1. Mais tu sais Juannessy , on est déjà dans une société communautariste. Et tu sais qu’elle est la première communauté dans laquelle on vit pour la plupart d’entre nous sans s’en rentre compte: c’est notre Famille!
        Je commence à me poser des questions sur les supposés vertus des valeurs familiales et je me demande si il ne serait pas temps qu’on remette à plat la question de la Famille dans nos sociétés. Je me demande si elles ne créaient pas plutôt des murs invisibles entre nous.
        Je sais que les gens n’aiment pas qu’on remette en cause la place de la Famille dans notre société. Pour beaucoup de gens , toute leur existence tourne autour de ce petit groupe d’individu qu’on appelle la Famille. Mais au fond c’est quoi la famille? Si on regarde les choses d’une manière froide et clinique, la Famille c’est son sang, c’est ses gênes. En fait la plupart d’entre nous travaillons pour la survie de nos gênes et exclusivement nos gênes. Nos enfants sont toujours plus important que les enfants du voisin! C’est très politiquement incorrect ce que j’écris là! Et pourtant c’est ce qu’on observe dans la société! La Famille est un des plus puissants discriminants qui soit!

      2. Houla ! je ne vais pas suffire à la tâche.

        Etendez vous là , et parlez moi de votre père et de votre mère .

        Sinon , j’ai déjà eu l’occasion de signaler un bouquin qui m’avait beaucoup appris en me faisant rigoler comme un bossu :

         » La famille , comment en réchapper? » Par Robin Skynner et John Cleese ( Monty Python ) 1983
        traduction française 1987 ( faite à Genève donc en très bon français ) Edition Eshel, 23 rue Saint-Ferdinand , 75017 Paris .( 110F en 1987 )

      3. @Pierre et @Juannessy
        « La Famille… »

        … et si la famille se désintégrait en même temps que l’humanité, devrait-on y voir une simple coïncidence ?

      4. Juannessy,

        je n’ai pas vu que les Gilets jaunes aient signé un papier ou je ne sais quoi pour faire allégeance quoi que ce soit ou à qui que ce soit.
        Il faut rappeler l’évidence : les gilets jaunes se sont juste appropriés les gilets –jaunes, qui se trouvaient dans leur voiture. C’est une belle trouvaille, faire d’un objet commun quelque chose qui fait sens.

        Manifestement vous confondez signe de ralliement à une cause, et pour se compter, exprimer une colère et des revendications et faire allégeance, ce qui n’a rien à voir.
        Tous les observateurs dès les débuts du mouvement et pendant son développement se sont accordés pour dire que ce mouvement se caractérisait entre autres, par le fait que les participants ne voulaient se réclamer d’aucun parti, et qu’eux-mêmes n’en voulaient créer aucun. D’aucuns ont aussi dit que les gilets jaunes étaient divisés. Alors il faudrait savoir, ce sont des sectateurs ou simplement des gens qui motivés par de vrais soucis s’emparent font du gilet jaune un symbole d’une colère et de revendications ?

        Bref, le gilet jaune c’est juste un moyen d’acquérir une visibilité, et c’est bien le moins dans tout mouvement social.

      5. Imposer à des automobilistes , dont beaucoup de sympathisants , de mettre en évidence leurs propres gilets jaunes en évidence sur leur tableau de bord pour être autoriser à passer , comment appeler vous ça ?

        Pour moi , c’est du niveau de l’obligation faite aux femmes de se voiler la face , ou la tête , ou les jambes , pour avoir « droit de cité » .

        Nul et insupportable , d’où que ça vienne .

      6. @Juannessy
        Ma réponse à la question…

        Je ne voudrais pas faire de mon cas personnel une généralité…
        Je constate que l’air du temps veut que la vie de famille soit très aventureuse : jetez un œil par curiosité sur les feuilletons TV qui donnent le la en la matière (ce ne sont, bien entendu, que des divertissements sans influence aucune). Les vies sont longues et il ne faut pas sombrer dans la monotonie. Et puis, quand l’âge avance, le risque de se retrouver seul est maintenant compensé par la solution empreinte de « liberté de disposer de son corps » qu’est l’euthanasie.
        Je ne sais pas ce que donnerait l’expression démocratique là dessus.
        Sans doute suis-je un ringard et/ou un chanceux, à envisager, malgré (ou grâce) aux hauts et aux bas vécus, de pouvoir épauler, et être épaulé par, les sujets de ma toute petite communauté (*).
        Je continue malgré tout, à souhaiter aux jeunes qui s’associent « pour le meilleur et pour le pire », à avoir envie de faire leurs vieux jours ensemble 😉

        (*) petite communauté de taille très voisine au « foyer fiscal », ce qui de facto, la rattache à des communautés plus grandes :-)))

      7. @Juannessy
        Ma réponse à la question… (suite)

        On parle (parlait) souvent de la « cellule familiale »; ce terme de « cellule » me convient bien.
        La cellule dispose, entre autre, de sa membrane cellulaire, une sorte de peau permettant des échanges contrôlés, bidirectionnels, entre l’intérieur et l’extérieur, contrôlés par les structures plus grandes qui la contiennent.
        C’est le « vivant » auquel doivent s’appliquer « liberté, égalité, fraternité ». Sinon, c’est le cancer, avec la perte des cellules et des dites structures.
        Notez que ça marche dans les deux sens, ce genre d’interactions, les favorables comme les défavorables.

      8. @adoque :

        Sur le thème de la famille , tellement le sujet est riche , profond et en mutation sous contrainte de l’environnement ou pas , on peut avoir des tas d’approches , sans oublier leurs croisements .

        Si l’on veut y voir des signes de « désintégration » , il y a donc une multitude de champs à étudier pour en connaître les origines et les ressorts . Il y a fort à parier que des universitaires de toutes disciplines s’y soient attaqués , bien au delà des « démographes  » et jusqu’aux religieux ou idéologues .

        S’il devait y avoir un ou des liens entre désintégration de la famille et désintégration de l’humanité , je chercherais , d’instinct et très arbitrairement , des pistes dans la notion d’individualisme et d’égoïsme , quand l’amour propre cache et détruit l’amour .

        Disparition du travail , disparition de la famille ,disparition de la patrie , on aura enfin enterré complètement Pétain , en trouvant enfin une utopie réaliste qui porte l’humanité .

        Mais ça passe par l’harmonie entre l’enfant , la femme et l’homme . Dans la « famille » , dans le collectif humain .

      9. Juannesy

        Vous avez une conception très légaliste des luttes sociales. Vous pensez vraiment que le système destructeur qui est en place sera mis hors d’état de nuire par le jeu habituel des institutions ?

        Les piquets de grève, ce genre de comportement ont toujours existé dans les mouvements sociaux.
        C’est peut-être contestable, regrettable, mais quand il ne reste plus que ce moyen pour des gens qui ne s’expriment jamais de se faire entendre, pour une fois, je crois qu’on peut être un peu compréhensif.

        S’il fallait être aussi regardant quand il s’agit des moyens d’intimidation qui sont à la disposition du gouvernement et qui sont pratiqués à longueur d’année avec des moyens autrement plus considérables, nous devrions tous être révolutionnaires.

        C’est trop facile d’incriminer a priori ceux qui sont en colère et de retourner notre mépris contre eux parce qu’ils n’ont pas les bonnes manières… alors que le mépris, systémique, se pratique dans la plus parfaite légalité.
        Ce n’est pas une raison, je vous l’accorde, d’agir ainsi lorsqu’on est oppressé, mais il faut comparer ce qui est comparable. Et plutôt que de rechercher en priorité tout ce qu’un mouvement peut avoir de négatif, essayons d’y voir ce qu’il comporte de beau et de positif.
        Il me semble que la moindre des choses c’est d’avoir un peu d’empathie pour ces gens qui ne prennent jamais la parole et qui luttent pour un peu plus de justice comme le dit très Florence Aubenas qui les a rencontrés sur les terrain.
        Si nous ne sommes pas capables de cette empathie pour ceux qui habituellement n’ont pas droit au chapitre, que valent alors nos combats ici, quelle sont leur universalité ?

      10. Côté lutte sociales , syndicales ou associatives , il y a des choses que je n’ai jamais fait et n’accepterais jamais ; la lâcheté et la tricherie .

        Seraient ce mes revendications personnelles qui sont portées , jamais je ne forcerai qui que ce soit à se soumettre ,de force ou d’intimidation , pour en porter la couleur ou le costume , surtout quand c’est « un tiers  » dans mon combat .

        A prendre ou à laisser .

  8. Face aux changements climatiques, les citoyens, ici comme ailleurs, s’organisent :

    A Montréal, face au réchauffement climatique, les habitants verdissent les rues
    « C’est une rue étroite comme il en existe des milliers à Montréal. A peine trois cents mètres de long sur quatre de large, bordés de façades de brique au traditionnel escalier en métal. Un raccourci idéal en voiture quand on veut éviter le trafic des avenues adjacentes. Sauf que l’une des entrées est désormais plantée d’arbustes et de grimpantes qui s’enroulent sur un portique de bois. Sur les bas-côtés et au centre de la chaussée, l’asphalte a disparu, remplacé par de l’herbe ou des parterres un peu dégarnis en cette fin d’automne. Pour les automobilistes, le passage reste libre, mais sérieusement ralenti. »

    « Luc Corbin, le président du comité de cette ruelle du quartier Rosemont-La Petite-Patrie, non loin du centre de Montréal, assure la visite : la marelle dessinée à la peinture, les trois ruches postées sur un toit, le mur blanc qui sert d’écran lors des soirées cinéma estivales… Pour ce jeune propriétaire et père de famille, il y a bien un avant et un après. « Notre vie a changé. On se parlait à peine, et la rue était régulièrement jonchée de poubelles. Aujourd’hui, les enfants peuvent jouer en sécurité, et on a retrouvé une vie de quartier. »

    « Laurence Bherer, professeure en sciences politiques qui étudie les mouvements citoyens à l’université de Montréal, voit dans ces initiatives un « engagement politique de la part d’habitants qui veulent changer les choses en commençant par leur mode de vie ». « On assiste ces dernières années à une intensification de cette stratégie des petits pas pour créer du collectif et agir en faveur de la transition écologique », ajoute la chercheuse. »

    « Gladys Liard, administratrice de Solon, collectif citoyen qui veut « agir collectivement pour réinventer nos milieux de vie », en est convaincue : « Il y a un effet boule de neige dans ces initiatives citoyennes. Les gens veulent agir, ils sont de moins en moins insensibles aux signaux d’alarme climatiques et s’engagent à leur tour quand ils voient que les projets fonctionnent. » Le collectif Solon a lancé un ambitieux chantier de chauffage collectif géothermique dans les ruelles, qui vise à remplacer le fuel et le gaz par de l’énergie renouvelable. Le montage financier est quasiment bouclé, avec à la fois des fonds privés et publics pour que « la transition se fasse à coût zéro pour les habitants ». Les travaux – des puits de 200 à 300 mètres de profondeur où puiser de l’air chaud l’hiver et l’y rejeter durant l’été – pourraient démarrer au printemps 2020. »
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/12/20/a-montreal-les-habitants-verdissent-les-rues-pour-lutter-contre-le-rechauffement-climatique_5400032_3234.html

Répondre à adoque Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.