De la médecine du défaitisme, par Cédric Chevalier

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Le défaitisme est humain, trop humain. Mais prolongé et diffusé, il est un poison mortel pour tout ce qui est beau dans l’Humanité, pour la Vie elle-même. A petite dose il inspire et éduque, à forte dose, il tue par défaut d’action. Il doit être dépassé, surmonté, pour ne pas devenir le cynisme et le nihilisme du dernier homme.

La question que pose Paul Jorion ici, en passant, est d’importance existentielle, à la fois pour l’individu, pour le groupe et pour l’espèce humaine. J’ai déjà traité ici de cette question et je maintiens cette première ébauche de réponse : il y a certes un absurde indépassable dans le Cosmos (beaucoup de gens sont-ils à même d’en parler ouvertement ?), l’être humain a le malheur d’en avoir conscience, l’espèce humaine est la conscience réflexive du Cosmos de lui-même (Paul Jorion l’a déjà dit). Nous nous savons mortels et nous savons que tout n’est qu’impermanence, rien n’est éternel et surtout pas nous et nos œuvres (même les idées, mêmes les noms de nos ancêtres et des rois du passé s’effacent dans les sables de l’oubli) : vivre n’est pas « rationnel », il n’y aucun « sens » intrinsèque dans le Cosmos. Il y a donc une aporie logique à choisir de vivre (en toute conscience ou par défaut, notre instinct pourvoyant à notre défaut éventuel de volonté d’en finir) ET à vivre dans le désespoir, le cynisme et l’amertume. Il s’agit d’une position bâtarde qui n’est pas digne de l’existence (je fais référence à Nietzsche ici).

La Vie, l’Existence, doit s’accepter toute entière ou ne pas s’accepter. La finitude de l’humanité (et de toute œuvre humaine) ne doit pas être vécue différemment que la finitude de la vie individuelle. Si on accepte de vivre une vie individuelle finie, il ne faut pas se chagriner de la finitude des œuvres humaines. Pour vivre et pour exister, il faut faire un acte de Foi qui est à la fois poétique et fou. L’Absurde du Cosmos peut être recouvert par le voile de la Culture, qui est l’histoire qu’une société se raconte à elle-même pour se réconforter, et par un sentiment d’émerveillement face au Mystère de l’existence.

Mais surtout, il devient plus doux, presque supportable, lorsqu’il s’accompagne du lien que nous tissons avec nos semblables humains et autres vivants, et avec le Cosmos : l’Absurde cède face à l’Amour. Car face à l’absurde, nous ne sommes pas seuls, l’Autre nous aide à donner sens à l’existence, car c’est l’Humain qui donne sens à l’existence, le sens est à construire par chacun et par tous. L’Absurde nous invite à sortir de notre petit chagrin individuel pour être dans l’instant présent avec et pour autrui, humain et non humain. L’Absurde nous invite à contempler le Cosmos et à vivre, comme le philosophe Edgar Morin le propose, dans la poésie, l’amour et l’amitié.

D’autres, plus illustres, traitent cette question depuis des millénaires, dont un penseur qui m’est cher : Albert Camus. Dans deux ouvrages mémorables, Le Mythe de Sisyphe et L’homme révolté, Albert Camus développe une véritable éthique existentielle, à la fois individuelle et collective, politique même, dans une époque où les philosophes du soupçon ont démoli au marteau les transcendances, les hétéronomies, les essences, les statues des « guides » et « grands hommes » et autres opiums du peuple, religion comme fantasme de l’Homme nouveau de l’extrême droite nazie et de l’extrême gauche soviétique.

Cette éthique s’adresse particulièrement au militant, à l’être humain engagé, au citoyen dans la Cité. C’est-à-dire un être humain particulièrement investi dans sa mission de donner sens à l’existence, avec et pour autrui, ensemble. On pourrait dire un « idéaliste » et c’est un compliment dont il faut être fier : quelqu’un qui veut incarner dans le monde des « idées » qui n’existent que par et pour l’humain et qui sont absurdes du point de vue du Cosmos : Amour, Liberté, Amitié, Responsabilité, Justice, Paix. Dans la mythologie grecque, Sisyphe est cet homme qui a défié les dieux et refusé d’être emporté par la mort, et qui fut condamné par les dieux à rouler éternellement jusqu’en haut d’une colline un roche qui en redescendait chaque fois avant de parvenir au sommet. Camus propose de réinterpréter ce mythe non comme la condamnation de l’humain à l’absurde de sa condition mais plutôt comme le chemin de sa rédemption. Sisyphe a raison de refuser la mort et de défier les dieux. Il a raison d’être dans une certaine démesure qui seule justifie l’existence. Mais cette démesure doit s’accompagner de la mesure, car l’autre est fragile et notre démesure peut le détruire, et celle de l’autre nous détruire nous-mêmes. Il faut donc se révolter pour vivre, contre l’absurde de l’existence mais surtout contre l’absurde que l’humain s’inflige à lui-même, et qui est bien la part majeure de l’absurde que chacun doit subir ici-bas. Et développer une pensée du midi, une pensée de la mesure, qui équilibre démesure de l’élan vital et limite issue de la fragilité de l’altérité de l’Autre et de l’altérité radicale du reste du Vivant. A la place de Sisyphe, on voudrait se suicider penserait-on (et Camus pense que la plus grande question philosophique est celle du suicide). Mais Camus nous invite à imaginer Sisyphe… heureux.

Alors je pense comme Bouddha et Spinoza que les passions tristes résultent d’une conception inadéquate des choses, d’une illusion. Et que dissiper l’illusion dissipe la passion triste. Le désespoir et le découragement du militant sont humains, trop humains (comme dirait Nietzsche), personne n’y échappe, même et surtout les plus grands parmi les militants de l’histoire : Tolstoï, Gandhi, King, Mandela, Thunberg. Mais s’y enfoncer est oublier que si nous vivons, c’est que nous avons choisi de vivre, et qu’il s’agit d’en assumer toutes les conséquences. Rien n’est éternel, tout est impermanence. Le bonheur, ce sont des moments suspendus de bonheur. La sagesse trébuche puis se relève. Le summum sociétal sont des « âges d’or » provisoires qui connaissent un essor, un déclin et même un effondrement. La Vie elle-même est suspension émergente et provisoire, déséquilibre néguentropique voué à retourner à l’entropie de la dispersion et du froid cosmique glacial, tôt ou tard. L’éternité et le sens, le bonheur, doivent se trouver dans l’instant présent, ici et maintenant et pas dans le doute quant à l’impact de notre égo, quant à notre puissance, quant à notre toute puissance.

Je pense que le défaitisme est une illusion qui émane d’une conception inadéquate des choses. Il y a aussi une méconnaissance de l’histoire, où le changement justement, survient bel et bien (même s’il est toujours réversible), bien après la mort des militants pionniers de la première heure : abolition de l’esclavage, suffrage universel, démocratie, droits fondamentaux, droits civiques, droits sociaux, évolution de la médecine, de la pédagogie, des sciences. Il y a autant de forces de construction que de destruction dans l’histoire humaine. S’il faut voir les effets de son action pour s’y engager, alors il faut renoncer à l’aventure humaine, qui est un pari sur le futur, un passage de relais aux générations futures pour qu’elles achèvent l’œuvre commencée.

D’où l’importance de la transmission entre les Aînés et les Puînés, les Jeunes qui de nos jours défilent dans la rue pour le climat : « poursuivez et achevez ce que nous avons commencé ! ». Observer que « j’ai agis mais rien ne change », est-ce l’enfant qui parle ou l’adulte ? Il faut sortir de la naïveté, de ce fantasme de toute puissance qui estime qu’on doit observer les effets de son action et en être récompensé. L’être humain n’est jamais qu’une sorte de fourmi un peu plus intelligente dans une grande fourmilière. Il faut cesser de croire à ces « sucess story » à l’américaine où tout le monde vous applaudit à la fin pour vos exploits.

Même les Gandhi, King, Mandela et Thunberg sont des mythes construits de toutes pièces (car nous en avons besoin) : ils ne se sont pas faits tous seuls et ils incarnent le mouvement de collectifs et de sociétés toutes entières. Combien de militants sont inconnus et ont eu un rôle décisif pendant la Résistance, pendant la Révolution, en faisant simplement leur travail d’enseignant qui transmet le flambeau des Lumières à ses étudiants ? Il faut trouver donc la récompense dans l’action elle-même. La militance peut-être joyeuse et conviviale, pour elle-même, sans calcul de ses conséquences.

Il y a aussi une erreur de conception sur la logique de l’action. La pensée de l’impossible propre au défaitisme est une prophétie auto-réalisatrice. Bien sûr, la pensée du possible, ou plutôt l’ignorance de l’impossible ne garantit pas la succès. Mais se persuader que tout est foutu garantit l’échec. Pour des raisons pratiques simples à comprendre : lorsque le défi est élevé, nous avons besoin de mobiliser toutes nos forces pour espérer dépasser l’obstacle, le surmonter, et nous surmonter.

Il faut être persuadé, jusqu’à la Foi irrationnelle, que nous allons y arriver. Nous devons même aller jusqu’à visualiser mentalement notre succès, comme le pratique l’entraînement des sprinters pour les jeux olympiques. Le sprinter décompose sa course, assis en méditation, il visualise son départ, son accélération, ses mouvements, ses pas sur le sol qui soulèvent la fine poussière de la piste, il sent sa respiration se caler et le vent souffler dans ses cheveux, il est ici et maintenant, dans l’instant éternel, il ne sait pas s’il a déjà franchi la ligne, déjà le stade se soulève, il n’en croit pas ses yeux, il a battu le record du monde de vitesse. Et même s’il n’est que deuxième, ou même dernier, ce fut la plus belle course de toute son existence.

Ainsi en est-il des premières suffragettes, des pionniers de l’aviation, des premiers abolitionnistes, des Lumières, de Bouddha, de Jésus, de Martin Luther King dans son discours « I have a dream ». Il faut rêver et visualiser l’impossible comme un possible pour donner l’énergie de l’action au militant et même pratiquement, en trouver les sentiers.

Je vois également l’argument d’une mécompréhension de la logique concurrentielle entre forces de construction et de destruction. Quand vous voyez Donald Trump, Jair Bolsonaro, Vladimir Poutine, Matteo Salvini, et allez, j’ose le dire, Hitler dans les années ’30, est-ce que vous voyez des individus « défaitistes » ? Ou est-ce que vous voyez des types qui rigolent, qui vocifèrent, qui sont en mouvement perpétuel, parfois dans une grande vigueur physique, fiers d’eux-mêmes et de la destruction qu’ils sèment ?

Albert Einstein a dit je crois que le monde ne sera pas détruit par ceux qui le détruisent mais par ceux qui regarderont sans rien faire. Le militant, parce qu’il est idéaliste et donc plus conscient que les autres, a une responsabilité, celle d’être le moteur de l’histoire. Les autres suivront, tôt ou tard, il doit assumer son rôle de pionnier, parfois seul, mais toujours entourés des autres pionniers, qui se reconnaissent et s’allient naturellement. La conscience éthique est ce qui crée le militant mais elle a un défaut encombrant : le doute. Le doute est consubstantiel à l’intelligence et la conscience éthique. Les horribles, les abjects, les fascistes, cyniques et nihilistes n’en sont pas encombrés, leur énergie de destruction est fluide, facile, comme l’usage du Côté Obscur dans Star Wars. Le chemin de la construction est plus sinueux, plus difficile. La conscience, vu sa réflexivité, est construire par le doute et dans le doute, dans la pensée de la mesure d’Albert Camus, et peut ralentir son porteur dans l’action, voire même paradoxalement le couper de son énergie militante.

Ne nous enlisons pas dans le marécage de notre conscience de l’absurde et de la petitesse de notre action. Ce serait nous faire les alliés objectifs des destructeurs de l’humanité et de la vie. Ayons confiance que tout imparfaits que nous sommes, nous vivons, sommes des humains, dotés d’un cerveau, capables de penser, parler, écrire et agir. Faisons confiance à notre intuition militante pour nous jeter dans l’action sans avoir toutes les réponses. Regardez comment se jettent dans la pensée, la parole et l’action ceux qui sont sans conscience. Regardez leur vitesse, leur force et leur fluidité. Acceptons d’y aller nous aussi en vitesse, en force et en fluidité, sans attendre d’avoir toutes les réponses. Au pire, nous équilibrerons la dynamique concurrentielle.

Ce n’est pas dans l’individu que réside la conception adéquate des choses mais dans l’action collective. En se coalisant avec des gens mesurés et doués de conscience, on peut faire œuvre de réflexivité les uns envers les autres pour éviter l’extrémisme des individus grotesques que nous avons listé. Voilà pour prendre une analogie biblique, dans la pensée chrétienne, il y a les archanges Saint-Michel, Saint-Raphaël, Saint-Gabriel. Ils sont armés d’une épée et symbolisent la puissance et la force de l’action du Bien contre le Mal, le dragon qu’ils terrassent. Dans Star Wars, ce sont les Jedi. Ça ne veut surtout pas dire qu’il faut embrasser la violence, mais qu’il ne faut pas laisser le monopole de la puissance, du pouvoir, aux forces de destruction. On peut avoir des généraux et des soldats, des armées de militants déterminés, organisés, coalisés dans une stratégie militaire machiavélique, subtile, même si délimitée par la conscience, l’humanisme et l’existentialisme, dans la non-violence tant qu’elle est possible (Hitler ne fut pas vaincu par la désobéissance civile, malheureusement).

Le militant a tout à fait le droit d’être désespéré et découragé, d’être défaitisme même. Mais a-t-il le droit de ne plus agir ? Il faut plaider le pessimisme de la volonté et insister sur la joie qui existe dans l’engagement et la cohérence, dans la défense d’un sens, même jusqu’à encourir sa propre mort, comme Socrate. Pour aider le militant à sortir de l’ornière, rien de tel à nouveau que d’aller vers l’Autre, que d’aller chercher le réconfort en pleurant ensemble, en faisant le deuil de notre toute puissance et d’un Cosmos qui répondrait à nos moindres désirs. Rien de tel ensuite que de retourner dans l’action, que de s’associer, de s’allier, de co-construire et de collaborer afin de pousser le rocher en haut de la colline, ensemble. Il retombera ? Peu importe, nous le hisserons à nouveau. Voilà à mon humble avis ma conception de l’humanité, elle trouve son éclat lumineux, sa poésie et oui, peut-être sa gloire, dans son élan sans cesse renouvelé vers les plus hauts sommets.

Sur le fait de « donner des leçons » enfin, voilà ma conception : nous avons besoin de l’autre pour délimiter notre démesure et nous botter les fesses de temps en temps, pour nous « recadrer ». Votre serviteur y compris. Il n’y aucun geste de supériorité dans le fait de « secouer l’autre », mais plutôt le signe d’une grande amitié. L’individu est petit, faible et souvent misérable, c’est par l’Autre, par l’institution, par le collectif, par la philia que se construit collectivement la mesure, la sagesse, le bonheur et l’harmonie. Ne pas dire à l’autre ses quatre vérités, c’est un manque de respect, un mépris pour son humanité. Je revendique que vous avez besoin de moi et que j’ai besoin de vous, je ne peux pas trouver en moi seul la clef pour sortir de mes désespérances et déshérences, échangeons-nous nos clefs, faisons les tourner. Remontons-nous réciproquement le moral et les bretelles et puis plongeons nous ensemble dans l’action militante.

Et donc pour moi, en définitivement, le défaitisme est le symptôme d’une conscience trop tournée vers elle-même, trop isolée, trop (ir)rationnelle et donc dans l’illusion, qui doit sortir d’elle-même, retrouver son élan vital, son conatus et sa volonté de puissance, visualiser et imaginer le changement souhaité, accepter l’Absurde et le Mystère, arrêter de trop calculer, aller vers l’Autre, faire acte de Foi et se jeter dans l’Existence, dans la Joie, la Poésie et la Convivialité. Et donc dans l’Action.

Avec toute mon amitié, je vous botte les fesses et j’attends de vous la même chose lorsque je serai défait !

“Never doubt that a small group of thoughtful, committed citizens can change the world; indeed, it’s the only thing that ever has.” Margaret Mead

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16 réflexions sur « De la médecine du défaitisme, par Cédric Chevalier »

  1. Je me permets de reproduire ici un ou deux paragraphes d’un échange de réflexions sur le thème pessimisme/défaitisme/tragique qui a été publié sur le site de POUR.press. (https://pour.press/assagir-ou-se-debarrasser-du-capitalisme/ ). A la suite d’un échange avec Omar Aktouf, un économiste algérien hétérodoxe, j’ai exprimé beaucoup d’idées parallèles à celles de Cédric, me référant logiquement à Camus, avec ce brillant penseur d’origine algérienne (de la Djurdjura et pas d’Oran).

     » Si Omar Aktouf a apporté un angle de vue différent du nôtre, vu son expérience de professeur d’économie dans de prestigieuses écoles de commerce de par le monde, il n’en reste pas moins que l’essentiel de ses conclusions sont partagées par ceux qui l’ont écouté à Bruxelles, de même que par votre serviteur qui est, lui, depuis près de 50 ans, un militant écologiste (et même un mandataire politique de cette couleur), aux formations initiales de biochimiste et d’écologue.
    Le pessimisme de la raison qu’exprime Omar, on se doit de le partager : quand un écologiste se lance dans 100 combats, même pas toujours très radicaux, il en perd 95. Certes, on peut améliorer la situation dans certains cas précis mais il faut bien constater que, ces dernières décennies, globalement, la machine productiviste ne fait qu’accélérer sur son cours funeste, avec les dégâts que tous constatent enfin aujourd’hui. Si l’on continue à se battre, c’est que tout comme Omar, on puise dans la formule de Gramsci (« Avoir le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ») le courage d’y croire encore. Je préfère quant à moi le slogan des activistes espagnols, « Lucho luego existo » (« Je me bats et donc j’existe »), repris comme titre d’un film militant de Yannis Youlantas.
    Quand Omar nous a déclaré « Je me dis “désespéré heureux” », je n’ai pu m’empêcher de sourire intérieurement et de faire le rapprochement avec une autre personne originaire d’Algérie comme Omar : Albert Camus dont une phrase célèbre est : « Il faut imaginer Sisyphe heureux » ».

  2. Chères toutes, cher tous,

    Tout est dit et bien dit.

    Je vais juste illustrer ma synchronisation du moment avant de lire l’article de Cédric Chevalier.

    Dans la revue Ygdrasil dans un texte de Clémence Corré « Initiation à un FUTUR DESIRABLE :

    L’introduction :l  » Par les temps qui courent, il est complexe pour l’adulte d’éviter l’écueil de l’avenir dramatiquement sombre pour nos enfants.
    Il s’y développe sidération, tristesse, angoisse …
    Cette vision nous éloigne du présent et peu à peu d’un futur désirable.
    Et si nous entamions une traversée à l’intérieur de nous-même pour aller voir ce qui est vraiment ? »

    « Car oui « je suis souverain de mon royaume » et donc capable d’agir.
    De prononcer ces mots remet en question notre ouverture au monde, notre relation à l’autre, à nos croyances. Cela implique que nous accueillions totalement l’idée que l’autre soit souverain aussi. Cela remet en question la hiérarchie, les positionnement.
    La politique de nos choix
    Ce changement d’attitude, ce mouvement ample, serein, questionne notre propre finitude. Notre humanité est-elle prête à accepter que l’autre nous survive ?
    Permet-elle à l’autre de simplifient être ?
    Quelle que soit l’issue, nous engager.
    Entiers
    Balayer toute hésitation, saisir le courage, pour entrer dans le mouvement. Nous pouvons nous souvenir de nous, enfants, de la danse qui nous habitait. De ce rire qu’il est si doux de partager, car il sait renaître comme un printemps, vif, rigoureux.
    Nous pouvons apprendre ensemble, entre adultes aussi, à partager nos errances. Pour expérimenter, nous possédons trois dons en notre sacré :
    main,
    cœur,
    esprit.
    Apprendre à essayer la complexité, la création, l’amour sous toute ses formes, pour nous ouvrir à l’imprévisible.
    Quel avenir désirable préparons-nous à nos enfants ? A quoi nous jugeons-nous prêts ? Que pensons-nous engager de nous-mêmes ? Que souhaitons-nous accueillir de nos carences, de nos plénitude ?
    Chaque acte que nous posons sème l’avenir. Apprenons à lire les signes d’un futur qui nous appelle.
    (…)
    A présent, permettons à notre vernis de craqueler.
    Laissons nous ébranler, attentifs aux signes de ce futur désirable.

    Plongeons dans la vague qui arrive.

    Et, qui sait, peut-être même pourrions-nous ensemble, jouir de la traversée ?  »

    De Clémence Corré dans la revue Yggdrasil (page 75).

    La encore il n’y a rien à dire en ce qui me concerne.

    Mais je n’oublie pas de vous adresser mes toujours tendres et humaines pensées sous le signe de l’Agapé.

    Votre toujours impertinent et combatif Pierre de la tribu des Queralt’s

  3. Je vous accorde que vous proposez ici une belle analyse, mais trop exclusivement fondée sur des idées extérieures concernant les modalités générales de l’espérance ou la désespérance humaine. Pour ce qui est de la participation ou non à une activité militante, soyons déterminés plutôt en fonction d’un programme à proposer d’actions concrètes ? Et, en ce qui concerne la motivation , l’engagement, ce n’est pas le raisonnement intellectuel qui est déterminant . Notre nature est double et les réalités vécues sont d’abord senties par notre corps et ressenties dans l’é-motion, comme dans le cri ou le chant, ou par la réaction des mains qui acceptent ou qui se tendent. Là sont « les dessous de l’approbation ou du désespoir » en réponse aux signaux du milieu naturel et par delà la sémiotique enjoleuse de l’environnement social (la« culture » dominante). Pour définir les contours de cette hypotypose physique à l’origine de l’engagement actif j’emprunte ici à Alain , dans « Vingt leçons sur les Beaux- Arts » ( 1929-30) où il parlait dans sa première leçon de ce qui soutient l’inspiration créatrice. Il pose en première instance un « mouvement tumultueux, de lui-même emporté, de lui-même varié, de lui-même enfin fatigué, une sorte de fureur » …. Si je transfère le « propos » d’Alain dans le domaine de l’engagement politique : la rumeur collective monte comme une fureur personnelle se manifeste face à l’insupportable . Mais la société actuelle mercantile dispose de nombreux soins préventifs et palliatifs contre la sensibilité perceptive , sous couvert de domestiquer la sensualité de l’animal en nous.

  4. Est-on appelé ici à se justifier ? devant un jugement implicite (initié par P. Jorion) : nous serions, nous suiveurs de ce blog, tous passifs.

    Ce n’est pas parce que nous exprimons notre désespoir devant une tâche inhumaine tellement elle est énorme que nous serions (conditionnel) passif.

    Déjà nous sommes actif juste en suivant ce blog, donc en s’informant. Il serait plus simple pour notre conscience de penser à autre chose, à nos « petites » affaires personnelles.
    Et si on s’informe ici en général on s’informe aussi ailleurs. Cela se lit dans les commentaires en général. Les idées ne descendent pas du « ciel ».

    Personne ou peu raconte « leur vie de militant ». Cela ne signifie pas qu’ils n’en aient pas.

    De toute façon un militantisme signifie un collectif, quelqu’il soit selon le choix de chacun.

    Comme suggéré ici le collectif, autrement dit la compagnie d’autres Humains, nous « botte le cul », question de fierté personnel : chacun désire montrer qu’il est à la hauteur de la tâche du plus haut échelon au plus ras de terre.

    Dans une société telle que la nôtre où le personnel, l’individuel est devenu l’important, voir tous les réseaux sociaux, voir la pub adressée à l’individu jamais à un collectif, il est assez difficile de faire l’inverse dans un collectif.

    Cependant l’individu progresse au ressenti d’une idéologie collective concernant le climat : on entend venant d’un peu partout des exemples de changements. Ils sont tant dans les changements d’achat dans les grandes surfaces (qui par ailleurs s’adaptent pour ne pas manquer ce nouvel apport de bénéfice appétant pour elles), que la gestion des déchets, une mode individuelle ou collective de tri, de compostage individuel ou collectif, de jardin potager individuel ou collectif, de manifs, de tracts, de pétitions.

    Les partis ou syndicats ne sont plus des collectifs  » à la mode » (mais sont pas tous morts malgré tout), d’autres formes de collectifs sont nés. Et le net les favorise : des tas de blogs sur comment mieux manger, comment faire son potager, comme trier, etc.

  5.  » L’Absurde du Cosmos  » nous dit Cédric.

    Voilà une image souvent déployée sous nos regards ébahis. Mais ça veut dire quoi « l’absurde du Cosmos » ?

    Moi j’y trouve beaucoup d’agencement, et beaucoup de Lois, et même un sens pour le dire temporel. Si un truc est absurde, ce n’est certainement pas le Cosmos.

    Mais qu’au milieu de ce Cosmos, il y a la vie des hommes qui s’écharpent qui pour une parcelle de terre, qui de pouvoir, qui d’or. Là pour le coup, ça me parle plus comme absurdité, oui !

    Nous sommes décidément des crétins et le reste du vivant, compagnon d’infortune embarqué lui aussi sur le navire terre, en paye malheureusement le prix fort .

    1. @Cloclo
      «  » L’Absurde du Cosmos » nous dit Cédric. »

      S’agirait-il d’une forme de « cosmotrouille » ?
      Face au Cosmos, dont nous savons à la fois beaucoup et aussi fort, chacun peu faire des hypothèse, délirer, à sa manière, théoriser aussi…
      La recherche scientifique peut balbutier, faire des découvertes, se tromper aussi: le chantier connaissance/vérification est sur la table.
      L’Homme peut aussi s’interroger sur sa place, et dans l’Univers (pour ce qu’il en connait), et sur « sa » Terre (pour ce qu’il en connait).
      Sa réflexion l’amène quelquefois à exprimer son sentiment:
      https://www.youtube.com/watch?v=AAQ4EPadeTc

      1. oups!
        Face au Cosmos, dont nous savons à la fois beaucoup et aussi fort peu, chacun peut faire des hypothèses, délirer, à sa manière, théoriser aussi…

      2. Le cosmos (ou la nature en d’autres termes) est jugé absurde par certains humains parce qu’il ne s’intéresse pas à notre petite étincelle de vie personnelle. Selon les époques, la nature est jugée hostile ou amicale. Il est apparemment difficile pour les Narcisses, que nous somme tous un peu, de réaliser qu’elle est simplement indifférente. Pour ceux qui s’intéressent aux relations humains/nature le bouquin « Penser et agir avec la nature. Une enquête philosophique » des Larrère (Catherine et Raphaël) chez La Découverte est une somme à déguster avec délectation.

    2. L’absurdité du Cosmos est celle de notre société se rejoindraient-elles ?

      Puisque nous fêtons les quarante ans de la grosse bébête baveuse la plus freudienne de l’histoire de la SF et que c’est aujourd’hui jour de grève pour essayer de sauver la retraite par répartition, tentons le slogan : « Dans l’espace comme dans la rue personne ne vous entend crier ».

  6. Bonjour,
    Je ne comprends pas ce billet.
    Cédric, vous vous attendez à quoi concernant la société? Des manifestations de millions d’êtres humains pour une autre économie? Une prise de conscience planétaire ? Une remise en cause des politiques des pays les plus puissants de l’OCDE? Qu’est ce que vous espérez?
    Je vous pose ces questions là d’humain à humain. Je ne cherche pas à vous mettre mal à l’aise. Mais quand j’ai lu votre billet, il m’a semblé percevoir de la déception, une attente de « grand » changement qui ne venait pas. Or, ce qui m’étonne, vous semblez déçu alors que par ailleurs vous décrivez bien le tragique et la beauté de l’être humain. Vous ne devriez pas être étonné par la situation que nous vivons. Vous connaissez nos limites.
    Faites une expérience! Sortez dans la rue et criez aux passants qu’ils doivent arrêter d’utiliser leurs smartphones, de ne plus prendre l’avion, d’arrêter les achats superflues. Que croyez vous qu’il se passera? Les gens ne vous écouterons pas! Ils vous prendront pour un fou. Un illuminé écolo!
    Laissez faire les choses. De toute façon, les changements vont nous être imposé:
    ==>https://www.theguardian.com/environment/earth-insight/2013/jun/07/peak-soil-industrial-civilisation-eating-itself

    Vous ne convaincrez pas des gens qui n’ont pas envie d’être convaincu.
    Alors, je sais vous allez vous dire que c’est un discours défaitiste. Or, je ne me sens pas défaitiste. J’ai conscience qu’on ne peut pas convaincre tout le monde. J’ai fait parti des cortèges de GJ ce printemps. J’ai pris de la lacrymo plein la gueule. Au même moment, on pouvait voir des gens faire leurs courses comme si de rien n’était, voir en pestant contre nous. Alors que voulez vous que j’en pense!
    On ne va pas tous survivre dans cette Histoire. C’est la seule chose que je sois sûr! Et je ne sais même pas si il y aura des survivants. En tout cas pour ma part, je l’espère et mieux j’y crois. Je suis moins pessimiste que Paul sur ce coup là ;-).

  7. Bonjour,

    Beau billet cher Cédric, l’optimisme de ma volonté y adhère totalement, mais mon pessimisme cérébral ne se résout point à concevoir une humanité se satisfaisant de l’agir sans recevoir les fruits, même modestes, de son action – la satisfaction dans l’intention s’épuise souvent très vite faute de résultats & le défaitisme, à moins d’être empreint d’une sagesse quasi divine, prends malheureusement le relais naturel d’un élan contrarié
    Nous pouvons convoquer quelques grandes figures illustres de la résistance, mais ce serait se tromper d’étiage, tant pour la plupart, par leur position sociale, bénéficiaient de portes voix autrement plus puissant que l’individu lambda dont l’acquisition des moyens de survie est la principale préoccupation.
    Alors oui, nous devrions devenir des Hommes et non plus des « enfants » à croire que l’on peut par notre volonté minoritaire renverser la table, nous contenter de notre justesse à agir dans le sens du bien commun et que cela nous rende bien-heureux & par contagion répandre ce bien-être de proches en proches –
    Reste que tout le monde ne s’accorde pas sur la notion, ni de justesse – ni de bien commun – & notre conscience aussi connaît des doutes, peut on s’y fier pleinement, notre indignation est elle toujours la meilleure boussole ?
    Votre remède contre le défaitisme est séduisant, mais il présuppose un patient pleinement éclairé, sage & résolu, ce qui réduit considérablement le nombre de candidats

  8. Bon texte de Cédric, oui, cela m’a fait comprendre une « école de pensée ». Je n’y adhère pas. Je pense que à l’absurde de l’existence du Cosmos, au temps cyclique des animaux, nous humains avons introduit une passion de sens et donc de sens du temps (passé/présent/futur). Cette culture est une forme d’illusion comme telle. Elle nous amène dans le projet, donc dans le changement, la militance, les institutions et le progrès. Passionnément. Et cette passion du projet (de la projection) a surtout été portée par les mâles humains, qui l’introduisent dans nos relations sociales. Aujourd’hui nous découvrons l’importance, la richesse et la complexité et la variété de la vie sociale chez les mammifères. Nous avons une vision très pauvre de la vie sociale et de l’importance des relations. A commencer par la division des sexes et l’assignation à un genre. Nous y avons installé une vision de domination et de dénigrement et d’interdit de la moitié de l’humanité. Et des pratiques de conquête. Bien des mâles animaux sont moins méchants envers leurs semblables que nous envers les nôtres.
    « On pourrait dire un « idéaliste » et c’est un compliment dont il faut être fier : quelqu’un qui veut incarner dans le monde des « idées » qui n’existent que par et pour l’humain et qui sont absurdes du point de vue du Cosmos : Amour, Liberté, Amitié, Responsabilité, Justice, Paix.  » Cette formulation est la négation de l’exercice réel des relations sociales (et inter-espèces), c’est une passion du sens qui nous amène à l’illusion (religieuse, morale, etc.).
    Ceci m’amène à dire que le clivage pessimisme / optimisme ne me parait pas intéressant. La question de Paul Jorion est curieuse, car elle s’en prend aux « pessimistes par principe » alors qu’il y aurait des « raisons (infimes) d’espérer, indispensables pour militer. Ne peut-on pas être réaliste, voir la décadence se répandre et douter de la possibilité d’un renouveau ? Nous ne sommes pas menacés par les Sarrazins ou les Barbares, mais par l’implosion de nos conditions d’existence, et par l’implosion préalable de nos structures sociales régulatrices : ne pouvons-nous suivre l’évolution grandissante de ce risque ? et même poser un diagnostic et faire une prévision à 2050 et 2100 ? (cfr surtout la 2e moitié de Gael Giraud sur Reporterre https://reporterre.net/Gael-Giraud-Si-l-Inde-et-l-Asie-du-Sud-Est-deviennent-invivables-trois ).
    Et on peut encore très bien s’investir dans un projet collectif, avant tout pour lutter contre l’implosion sociale, s’adapter aux changements et peut être sauver des conditions de vie acceptable pour l’humanité — on ne pourrait d’ailleurs faire autrement pour notre passion de sens et de cohérence « morale » — tout en étant « défaitiste » dans le diagnostic. Le diagnostic de cette Business Roundtable ou ce livre de Piketty est-il promesse d’un printemps, d’un abandon des privilèges, d’une nuit du 4 aout ? Rien n’est moins certain (l’hypocrisie des puissants est insondable), et il faut donc continuer à lutter.

  9. Médecine (sociale) douce n’ayant rien de défaitiste

    Les inégalités sociales n’ont pas d’autre histoire que celle de la relation économie-démographie. Et si nous ignorons cela, nous ne pourrons jamais :
    – ni les maîtriser
    – ni éradiquer la pauvreté profonde
    – ni nous réconcilier avec notre environnement.

    Avant l’enfance ou toute autre considération il y a la naissance, qui insère chacun dans la pyramide sociale selon ses antécédents génétiques, sociaux et culturels. Et c’est là qu’est le problème, que ne saurait résoudre la lutte des classes (sans jeu de mot).

    Richesse et pauvreté sont relatives en tout et un pauvre ne peut enfanter que des pauvres, comme un riche ne peut donner naissance qu’à des riches ; quels que soient les aléas heureux ou malheureux de l’existence de chacun par la suite.

    Enfin, si l’enrichissement (en tout) n’a aucune limites autres que celles de l’ambition de ceux qui le convoitent et les ressources dont il est tiré, LA PAUVRETÉ A LA SIENNE, QUI EST LE NIVEAU ZÉRO DE LARICHESSE.

    C’est cette incontournable condition qu’il faut vaincre, non par d’archaïques combats qui ne font que l’aggraver dans une barbare stérilité qui s’affirme depuis des millénaires, mais en “isolant” la pauvreté profonde du niveau zéro de la richesse, au moyen d’un revenu universel minimum inconditionnel, sachant que les inégalités sociales ne peuvent et n’ont fait qu’augmenter depuis la nuit des temps, en suivant l’évolution constante du binôme démographie-économie, avec toutes conséquences sur notre environnement.

    Voir:
    – Pour un Revenu Universel Minimum et Inconditionnel – Le RUMI
    https://docs.google.com/document/d/1zaf8g5oOnn31v-pyjiNjBL5wLcYrT2PbKvZwum3BWqA/edit
    – Avec ou sans G7, vaincre la pauvreté et les inégalités sociales, rienne change !
    https://docs.google.com/document/d/1AH7rPVc27X7P52rgIpaaQo-gzhDhRVWHkETb_GuRW0I/edit

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