Tout est lié, par Corinne Lepage

Billet invité.

Peut-on rapprocher la polémique sur le GIEC et les perspectives climatiques et le renforcement de la prise de pouvoir par le système financier du reste du monde ? A mon sens, oui. Ce rapprochement ne s’impose pas dans la mesure où les climato-sceptiques semblent tirer leur force des « erreurs » du GIEC, ce qui prouverait que le problème est endogène au GIEC. Je ne le crois pas un instant. Sans doute, des erreurs ont été commises par le GIEC sur la date éventuelle de disparition des neiges éternelles ou sur la reprise comme argent comptant des évaluations du gouvernement des Pays Bas lui-même quant au risque de submersion de son territoire. Mais cela ne change rien au problème de fond. De plus, les climato-sceptiques n’ont à aucun moment produit des documents présentant une explication crédible des phénomènes constatés et de surcroît, en toute hypothèse, chacun ne peut qu’admettre que la sortie de l’économie pétrolière est inévitable en raison de la réduction des réserves disponibles.

Dès lors, l’emballement médiatique climato-sceptique a d’autres origines évidemment qu’une discussion honnête sur les changements climatiques. Ils traduisent la reprise en main, après l’échec de Copenhague auquel ils ont très largement contribué, du lobby pétrolier (étatique via l’Arabie saoudite qui comme par hasard a « sorti » le « climategate » à Copenhague en privé) et de tous ceux qui ont spéculé et continuent à le faire sur le pétrole. De plus, les Etats, pour cacher leur incompétence, ont tout intérêt à réduire aujourd’hui l’importance du sujet, d’où le gain en terme d’image du débat sur la réalité d’un phénomène qui a mobilisé toute la planète voici 2 mois.

Le rapprochement entre la tentative, assez bien réussie, de déstabilisation des efforts en faveur d’une économie sobre et l’aggravation de la crise économique sous l’effet de la rapacité et de la perversité de certaines banques, agences de notation et autres acteurs du système financier est à opérer sous plusieurs angles :

• D’abord, la faiblesse des Etats qui sont, dans un cas comme dans l’autre, « baladés » par ceux qui, sans aucun état d’âme, – à l’instar de Hugh Hendry, gestionnaire du fonds Eclectica claironnant à propos de la spéculation de la Grèce : « nous allons gagner des millions ». Et, alors parient sur la ruine et la disparition des autres comme s’ils n’étaient pas concernés.

• Les liens croissants entre les politiques climatiques et le système financier, que ce soient les dérives du marché des quotas, la spéculation sur le prix du pétrole ou l’utilisation des fonds souverains d’origine pétrolière et des pétro-dollars.

• Le maniement de la presse comme outil de désinformation autant que d’information en l’absence de la capacité réelle de disposer d’outils efficaces assurant l’indépendance politique et économique des médias.

Cela signifie que si la crise est systémique, la réponse doit l’être également. Nous n’en sortirons qu’en rassemblant des sujets apparemment sans rapport entre eux mais qui traduisent la même prise de pouvoir et les mêmes conséquences pour l’immense majorité.

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173 réflexions sur « Tout est lié, par Corinne Lepage »

  1. CLIMATOSCEPTIQUES : L’intêret d’ALLEGRE et autres est moins dans leur apport scientifique (que je ne suis pas capable d’apprécier), que dans le coup d’arrêt donné à l’emballement suspect des urgentistes du climat.
    La fonction politique de la panique climatique est grossièrement conservatrice : l’urgence serait telle que l’action politique sur les causes du réchauffement, deviendrait inutile au profit de nos dirigeants-actionnaires suppliés d’agir vite et dans le cadre même du capitalisme financier.
    Ceux-ci ont 2 réponses toute prêtes : La fiscalité écologique au lieu de la fiscalité socialement juste et redistributive ; l’interdiction faite aux pays concurrents en développement d’user des mêmes moyens que les riches.
    Ce courant urgentiste a donc d’abord une fonction politique.

    1. Entièrement d’accord. La peur et l’urgence, en matière d’économie comme ailleurs (grippe A) ne servent que les magiciens de la finance et les plus grandes entreprises pour leurs tours de passe-passe avec notre fric.

    2. Je reprends les termes de Claude Allègre (je ne suis pas à même de juger par moi-même, mais néanmoins il semble y avoir beaucoup d’indices concordants sur ce point) :

      Le plus dangeureux est l’augmentation du taux carbone dans l’athmosphère, qui entraîne une acidification des océans, jusqu’à des niveaux dangereux pour la faune et la floré océanique.

    1. Ce n’est pas clair, c’est vrai. Mais il faut bien reconnaître qu’il existe dans EE un « pôle de radicalité » absent des autres formations politiques, et que c’est un mouvement qui évolue vite dans ce sens. Il suffit de jeter concomitamment un coup d’oeil à la conjoncture économique ET à l’état de l’environnement pour se convaincre de l’étroite imbrication des phénomènes.

  2. Le réchauffement climatique, c’est le Bug de l’an 2010. Il faut bien qu’ils inventent de quoi faire marcher le commerce… et la finance…

    1. Je trouve vraiment que Vincent Courtillot et Claude Allègre sont d’immenses directeurs de recherche!

      Vraiment, arriver à former tant de docteurs en climatologie, experts en physique et en mathématique appliquée, en ayant fait aussi peu de publications sur le sujet (4 pour Courtillot dont une au moins récusée par Courtillot pour cause « d’erreurs » de son post doc Russe et une acceptée dans la revue dont il dirige le comité éditoriale, et 0 pour Claude Allègre) c’est une preuve de génie jamais vue dans l’histoire humaine …

    2. Claude Allègre prend toujours l’exemple-un tantinet fallacieux- du glaçon dans son whisky pour expliquer que la banquise qui fond ne fait pas plus monter le niveau de la mer que le liquide qui compose désormais son verre. Il a parfaitement raison jusque là sur les lois de la physique.
      A un détail prêt que les sols gelés et les glaciers qui se liquéfient n’ont rien a voir avec un glaçon en terme de ces mêmes lois de la physique !

    3. @ PAD.
      Parce que ces glaçons, glaciers et islandis, sont au-dessus du niveau de la mer : ils ne sont pas dans le verre. Et parce que l’Allègre ne parle jamais du coefficient de dilatation de l’eau.

      Rappel de l’ampleur et de la puissance des phénomènes qui peuvent survenir dans le cas d’un réchauffement :
      – Si le Groenland fond, ça donne +7 mètres en absolu, à température des océans constante.
      – Si Groenland et Antarctique fondent, ça donne +90 mètres environ, dans les mêmes conditions.
      – Si on rajoute la dilatation de l’eau par le fait d’un réchauffement continuant, on peut espérer +110 mètres.
      Il faudra en outre compter sur les jeux suivant la verticale des plaques tectoniques, avec des remontées et des enfoncements (en relatif ça fera + ou – 110 mètres suivant le lieu (ou la plaque).
      En dehors de ce contexte (quoique ?), le dernier « beau » tsunami en Asie, c’était 15 mètres de rejet vertical.
      Il y a 10 000 ans, le niveau des mers était à -35 m en dessous de l’actuel. Il y a 100 000 ans, c’était à -80 m.

      Bien sur, il faudrait ou il faudra quelques centaines de milliers d’années pour atteindre ce maximum. Mais comptons seulement, au début, sur une croissance faible vers ce maximum (ça fait pas trop financier), de 0,5% à 1% du potentiel d’élévation par siècle. Cela nous donne environ 1 mètre d’élévation en 2100 (en la matière, les chiffres en centimètres ne sont pas très sérieux).
      Gardons à l’esprit enfin que c’est le genre de phénomène où la croissance est croissante (ça, ça plait aux financiers).
      Le résultat, c’est que la plupart d’entre-nous verra des changements s’il y a effectivement réchauffement et surtout nos enfants seront dans la merde ; et nous aimons nos enfants, n’est-ce pas ?

      @ Blob.
      C’est un des miracles de l’administration française : pistons et mesquineries ; à la plus grande gueule la devanture.
      Je connais, dans une bien moindre mesure, un cas de ce genre concernant le récent directeur d’une école d’ingénieur au Nord de Poitiers.

      Merci d’être ici, toujours présent sur ce sujet brulant.

      Et merci aussi à tous ceux qui sont pour le principe de précaution ; qui font preuve d’un peu de conscience.

  3. Et ce qui m’énerve le plus avec le réchauffement climatique, c’est que l’on veut bien taxer mais que personne ne parle d’arrêter le gaspillage, car l’arrêter c’est stopper la consommation et les profits,
    mais quand on regarde « We feed the world » et combien de pain est jeté par jour rien qu’en Europe il y a de quoi être écoeuré .

  4. Si je comprends bien vous êtes persuadée que le CO2 sortant du pot d’échappement des voiture, anus mécanique créé par le cerveau d’une humanité pullulante ne peut être qu’un grave polluant et que le GIEC est à créditer par définition d’un préjugé favorable.

    Pourtant le gaz carbonique grâce à la chlorophylle et au soleil, depuis 3 milliards d’années est à l’origine de la vie et en particulier des algue unicellulaires qui ont servi à nourrir les animaux avides d’oxygène qui ont pullulé bien avant « Sapiens Sapiens Platonica ». Il ne reste à cette vie que 1/1000 du stock initial de CO2 disponible!!

    Les surplus de ces algues proliférantes en s’enfouissant ont généré du pétrole ou des charbons. La vie qui semble vous effayer tant reste la seule façon relativement sûre et peu polluante pour elle même de stocker massivement l’énergie solaire.

    Grace à la vie la nature nous est providentielle et de façon inespérée lorsque sortant de notre cerveau narcissique nous sommes capables d’en saisir les mécanismes et non de les inventer ou de les créer comme semble le faire le GIEC en simplifiant à l’extrème une hypothèse et en mettant à contribution la panique ou la peur tout simplement. C’est la façon commune des grands prédateurs de prendre le pouvoir sur le troupeau et de s’en nourrir ou chez « Sapiens Sapiens Archaïcus » de s’en servir.

    Produire des algues est en cours d’études. On peut espérer y arriver. Juguler la « prolifération » est dans les têtes et les ovaires des « platonicas », on s’en approche. La fin d’une providence de 3 millards d’années ou celle de Platonicus ne se fera probablement pas avant les élections de 2017.
    Sachons raison trouver et garder.

  5. Mme Lepage, votre billet parait juste, mais il me semble que la conclusion devrait aussi s’imposer à vous comme à moi: le capitalisme ayant pris une forme létale pour les populations et la planète, développant des outils -armes pour dévoyer et pervertir les tentatives d’ajustement et de régulation, pourrir la démocratie, la réponse politique devrait être : sortir du capitalisme. Vous le suggerez mais est-ce vraiment ce que vous voulez dire ?

  6. Juste deux question à Madame Corinne Lepage

    Le GIEC, quelque soit le nombre et la qualité de ses collaborateurs, est une sorte de gros bureau d’étude.
    Et j’ai tendance, depuis longtemps, à croire qu’a partir d’une certaine taille, tout bureau d’étude à beaucoup de mal à remettre un rapport qui n’aille pas dans le sens que ses commanditaires attendent (après tout, ce sont eux qui payent, pourquoi les contrarier ?). Croyez vous qu’il puisse en être autrement ?

    Par ailleurs, compte tenu du déluge d’information auquel nous sommes soumis, croyez vous sincèrement que les résultats du GIEC, quelqu’ils soient (imaginons qu’ils nous annoncent 6°C de plus pour 2030 et 10 mètres d’élévation des océans avec chiffres à l’appui dans les mêmes délais !!) croyez vous que cela infléchirai les choix ? Croyez vous que les politiques puissent agir AVANT que les conditions de FAIT exigent d’agir ?
    Moi pas : c’est l’opinion qui fait leur programme, et la réalité vécue qui fait l’opinion.

    Sinon, aujourd’hui, j’ai planté quelques arbres fruitiers, c’était une journée magnifique, du lever au coucher du soleil. Un agneau est né, ce qui fait 31, la mère se porte bien….

    1. En ce qui me concerne, je pense que des gesticulations en rapport avec le RC n’ont aucune influence sur notre comportement.
      Par contre, le pic pétrolier qui met à mal notre économie en envoyant au chômage des milliers de citoyen a de plus lourdes conséquences sur ce qui fait l’opinion.
      J’ai du mal à comprendre pourquoi les spécialistes du GIEC ne le mentionnent pas.
      Il ne faut pas avoir fait HEC pour comprendre que dans notre société sans croissance pétrolière il n’y a pas de croissance économique.
      Ceci dit félicitation pour votre initiative arboricole et vos qualités d’éleveur.
      Un petit lien rafraîchissant

    2. Oui, les agneaux de race landaise (que tout les éleveurs ont abandonné après des siècles de bon et loyaux services pour cause de conformation bouchère et autres normes absconnes-oups je m’égare) sont vendus directement.

      J’en profite pour saluer ceux qui dans l’indifférence générale préservent les races domestiques locales anciennes ou que ce soit dans le monde. Nos médias s’émeuvent facilement pour tous ce qui ressemble à une peluche, si possible exotique comme le bébé phoque ou le Panda, mais ont un mépris total pour l’oie de Toulouse ou le porc gascon, pourtant, c’est la même fin qui menace ces espèces : C’est le délit de sale gueule appliqué au monde vivant.

  7. Joli billet! Merci merci!

    Voici un extrait de mon roman d’anticipation « Good Game » en rapport avec le sujet.
    Vive le cyber-punk!

    Au fil de ces dernières décennies, l’état d’urgence climatique permanent permit bien davantage que l’avènement d’une économie totale, verte et durable. Il métamorphosa cette dernière en loi naturelle, immuable, et relégua dans les abysses les derniers esprits conscients de l’éternisation d’une dominance salvatrice instaurée en début de second millénaire. Précisément lorsque Gore et ses disciples parvinrent à pricer le dioxyde de carbone. Gore possédait avec Blood la Generation Investment Management, une compagnie boursière spécialisée dans le créneau environnemental et basée à Londres. Les leviers cumulés de son prix Nobel de la paix et de sa participation à la société Kleiner Perkins Caufield & Byers démultiplièrent sa puissance. Puis d’autres. Que représentaient des millions d’années d’évolution, la récente recrudescence de l’activité phytoplanctonique et l’autotrophie , face au catastrophisme indulgent d’un prophète comme Gore ? Le diazote et le dioxygène ; l’argon ne faisaient-ils pas logiquement, depuis trois ans, l’objet de transactions sur les marchés financiers ?

    Le complexe militaro-industriel globalisé et sa caste culminante de méta-banquiers peinent à dissimuler l’inanité de leur croisade verte sous la montagne d’exactions engendrées par leur inextinguible soif de ressources. Le contrôle et l’exploitation de la terre, de l’air ou de l’eau jusqu’à sa dernière goutte se réalise encore aujourd’hui à l’aide de FA-MAS ou de kalachnikovs estampillés « ONU », et non plus à l’aide de déchets nucléaires civils recyclés en bombes dissuasives. De nouveaux objectifs et points de passage stratégiques sont apparus, comme les routes maritimes aux pôles. Sur le papier, L’OMC collabore plus que jamais avec L’ONU. Sur le terrain, l’utilisation de la puissance de feu du monde libre est systématisée contre les populations rétives, dites archaïques, terroristes et barbares.
    Malgré cette conception bien huilée de la réalité (inspirée d’un dualisme religieux intemporel et agrémentée d’un désordre technologique salvateur), l’antépénultième boss de Boston Dynamics eut le plaisir d’entendre de la bouche de John Pike qu’à la différence de ce qu’on voit dans les films, les soldats ne déchargent pas souvent leurs armes, et lorsqu’ils le font, ils tirent souvent sans vraiment viser l’ennemi. Leur instinct naturel les pousse à ne pas faire souffrir ni tuer. Une bonne partie de la formation des soldats de l’infanterie consiste à les déconditionner pour les rendre capables de tuer. Mais c’est très difficile. Les robots, eux, seront sans merci, sans remords.

  8. @ liervol

    Oui, tout à fait, et la banquise arctique qui diminue à vue d’oeil c’est aussi un bug j’imagine ?

    Les climato-sceptiques sont des paranos, à les entendre le GIEC complote afin de favoriser les intérêts du « green business », qui, comme chacun le sait, sont bien supérieurs à ceux de l’industrie pétrolière. Non mais au secours…

    Peut-on cramer la moitié du pétrole mondial en 40 ans sans que cela n’ait une quelconque incidence sur le climat ? Les climato sceptiques disent que non. Ils disaient également il y a quelques années que le changement climatique lui-même était douteux. Des vrais champions ces gars-là.

    1. Vous savez la température moyenne en juillet au pôle nord est de 6°C avec des pointes à 30°C . Ce qui déclenche et entretient la fonte ce sont les eaux douces des fleuves qui viennent du sud. Le passage du Nord ouest est très rarement dégagé parce qu’il n’y a pas de fleuve dans les iles arctiques 2OOOKM plus au sud qu’au nord-est où débouchent les fleuves russes.
      Comme en tout la température et le CO2 ne sont pas seuls à agir et l’homme reste bien faible à cette échelle.

    2. C’est de la prétention humaine une de plus que de dire que le réchauffement climatique provient de l’homme et de l’autre de vouloir taxer pour continuer le profit à travers le gaspillage.

      Si écologie il doit avoir, ce n’est certainement pas celle là, l’écologie commence par le respect déjà des humains entre eux par le partage et non l’esclavage chômage ou production.
      Ce n’est pas à des hommes seulement préoccupés par la préservation ou le développement de toujours plus de profits qu’il appartient de parler au nom de la planète et de la vie sur terre, qu’en ont ils à cirer de la vie sur terre : on le voit tous les jours rien que dans la spéculation et les guerres, la ruine des petits cultivateurs du sud.

      Non cautionner les dires de ces gens là ce n’est pas faire de l’écologie.

  9. Et la vérité du moment c’est l’opinion du plus grand nombre …
    Et quels types de fruits allons-nous déguster avec les côtelettes d’agneau ? 🙂

    1. On en revient à Karl Marx qui avait bien identifié la chose : le capital finit par détruire le capital.
      Ils citent tous le libéralisme mais nous n’avions jamais connu de tels monopoles qu’aujourd’hui,
      c’est ces monopoles qui détruisent le capitalisme.

  10. Au fond, si j’ai bien compris Corinne Lapage dont le billet est remarquable, c’est qu’il faut passer à la vitesse supérieure : penser globalement ET agir globalement, et non plus seulement localement .

    Et elle a bien raison : n’importe quelle société est, en vérité, une totalité où sont à la fois inextricablement mêlés et opposés des niveaux différents. Ne pas la penser comme telle, c’est ne rien y comprendre ou si peu, et agir comme si elle n’était pas telle, c’est ne rien y changer ou si peu.

    Bien sûr, en défendant une thèse pareille, on risque de se faire accuser d’esprit totalitaire, si pas, carrément, de totalitariste : ne nous laissons pas impressionner par une accusation aussi inepte qu’infondée.

  11. Le système solaire entier se réchauffe! Pluton lui-même change de température!
    C’est inexplicable et pourtant cela est surveillé, mesuré, par la NASA, depuis un certain
    temps. Alors s’il vous plait ouvrez, open your mind!!!

    1. Effectivement notre Coeur
      le soleil vient de repartir (taches noires=nouveau cycle) et Pluton est dans un cycle de colorisation également connu.

      La hausse de concentration du CO2 est anthropique (tout le monde est d’accord), l’effet de serre n’est pas contesté (sinon marginalement) mais tout le monde est d’accord sur la pollution, la déplétion des ressources (dont pétrolière) dans une concurrence qui explose par le développement légitime des BLOCS émergents.

      Cette conjoncture est parfaite pour les spéculateurs … ils nous mèneront régulièrement à des catastrophes … le climat politique risque de devenir bien plus violent suite à leurs coups financiers.

      Deux choses semblent possibles:
      – limiter le gaspillage est la mesure la plus évidente, la plus rentable, et organisable indépendamment à tout niveaux, cela ne fait pas débat.
      – limiter la spéculation devient vital et exige une régulation internationale. C’est le point techniquement le plus facile … politiquement c’est une autre affaire.

      Si nous arrivons à quelque chose sur ces deux points … c’est fantastique!
      Le reste est plus compliqué mais nous progresserons.

  12. Le dernier éditorial du Monde du 20/2 « Mais il a neigé ».
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/19/mais-il-a-neige_1308421_3232.html
    Un hiver somme toute habituel met il en cause les travaux de tous ces scientifiques synthétisés par le GIEC ?
    « Devant la masse des données accumulées, nous, dans ces colonnes, acceptons ce diagnostic »

    Il y a peu j’entendais un explorateur polaire témoigner sur les ondes que la fonte de la banquise est visible à l’oeil nu.
    Le magazine Alpes Loisir n° 66 qui n’est pas affilié au GIEC je crois, titre « Mer de Glace, Marée basse dans le Mont Blanc »
    Y a t’il un blogueur dans les environs de Chamonix pour aller voir au Montenvers ce qui se passe afin de confirmer le recul impressionnant de la Mer de Glace ?
    Une course contre la montre par EDF est en cours pour remonter de 1000 m le captage actuel qui alimente la centrale.
    Pu_naise c’est pas le GIEC qui dit ça allègrement, mince alors.
    « En 2009 les glaciers n’ont jamais été aussi secs en 150 ans d’observation » !
    Qu’en pensent les CAFistes ou autres skieurs de rando des CAF suisses ou italiens ?
    Merci pour vos témoignages.

    Faites donc une simple recherche sur le site du Monde sur 2 mois pour y trouver déjà des explications sur les quelques ratés du GIEC, il y en a peut être d’autres mais tout de même, il y a un problème…. de réchauffement.
    Les titres des derniers articles que j’ai lu :
    . Le « Climategate » piloté par des services secrets ==> opération sophistiquée et coûteuse, ça pue le gros lobby
    . la pression monte autour des experts du climat ==> la fonte des glaciers indubitable, rebelote et 10 de der, problème des mails : affaire risibles selon la revue Nature, glaciers Himalaya : origine article du WWF (simple coquille mais campagne manifeste), une autres erreur est du Sunday Times pas du GIEC, …
    . Les principales critiques émises contre le GIEC ==> les critiques accusent le GIEC d’être trop pessimiste or en 2007 il a été accusé d’avoir sous-estimé l’élévation prévisible du niveau des océans, des travaux récents suggèrent une élévation moyenne du niveau marin très > à 18/59 cm
    . Les contradictions du procès fait aux experts du climat ==> la plupart des accusations sont largement outrancières

    . Dans l’ombre du CO2, le danger O3, encore une autre histoire d’O
    . Les négociations climatiques en pleine confusion ==> la planète se trouve sur une trajectoire d’un réchauffement climatique de 3,5°, une paille
    . M. Stern (Sir) : « j’ai sous-estimé les dangers du réchauffement », l’économiste Thomas Sterner dans un article « Sterner than Stern » annonce des impacts plus ravageurs encore.
    Tous des affabulateurs ?

    Conclusion
    Pour un non scientifique comme moi qui se fie modestement à des infos sérieuses, je ne saurais dire ce qui est en cause et comment réagir, mais mon petit doigt et mon pif ou alors ma sensibilité primaire penchent en faveur de Pascal en attendant des preuves scientifiques irréfutables du non réchauffement.
    En tous cas je vais retourner chez Malicorne et aussi chez Hubert Reeves en qui j’ai une confiance aveugle avant de lire sans doute pas l’allègre M. Claude.

  13. Tout n’est pas lié. A chaque jour suffit sa peine…. La crise économique est bien plus grave que la crise écologique :

    Et tout à coup je reçus un violent coup de poing dans le dos, et j’entendis une voix rauque et charmante, une voix hystérique et comme enrouée par l’eau-de-vie, la voix de ma chère petite bien-aimée, qui disait: « – Allez-vous bientôt manger votre soupe, s…b… de marchand de nuages? »

    Baudelaire

  14. Bonsoir,

    Est-ce nouveau dans ce blog de publier des communiqués pour des hommes ou femmes politiques ?

    Car je ne vois pas l’intérêt si ce ou cette dernière ne communique pas au moins par politesse pour dire qu’il ou elle a lu les commentaires…

    Pourquoi dans les articles ou commentaires de ce type ne discutent jamais l’intérêt que marque les grands groupes financiers (par ex. Goldmann Sachs) dans le fait de pousser à des taxes carbones et autres « ingénieries » ecolo-financières ?

    Bien à vous

  15. Les modèles climatologiques ne prennent pas en compte l’influence des nuages, font quasi abstraction de l’influence du soleil, etc…
    Par contre oui ce billet invité est vraiment écologique, il tente de recycler Lepage.
    Les problèmes écologiques ne sont pas climatiques mais chimiques, le fait de déverser dans la nature des tonnes de métaux lourds dans l’écosystème est LE problème écologique.
    Il suffit de regarder les courbes d’évolution du cancer pour s’en rendre compte.

    Bien à vous

  16. LIEN REFUS RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE ET POUVOIR FINANCIER

    Des erreurs du GIEC ont été utilisées pour discréditer sa cause. À qui le crime profite ?

    Le réchauffement est visible par les glaciers arctiques, alpins, andins et autres. Le réchauffement est détecté par l’évolution des dates de floraison des plantes, par l’évolution de l’altitude à laquelle elles poussent, par les mesures de températures en de très nombreux endroits et des observations du genre précité. Ce n’est pas un phénomène médiatique.

    Ce phénomène est lent, progressif, indétectable par nos seuls sens. Il évoque pour moi la grenouille dans la casserole mythique. Si l’eau est chauffée progressivement, la grenouille reste dans l’eau et finit cuite. Mise dans de l’eau chauffée rapidement, elle sort. Le réchauffement climatique se déroule progressivement. Cela fait de lui un événement invisible à l’oeil humain.

    Alors pour le rendre visible, il faut recourir à des images dramatiques. Sinon, aucun de nous ne voit ce qui arrive. Un film comme « The Day After » est parfaitement ridicule du point de vue scientifique. L’évènement décrit ne peut pas arriver aussi vite. Mais cette vitesse illustre le rythme que nous exigeons pour admettre l’existence d’un phénomène naturel. Un autre élément du problème est que les gouvernements, peu au fait de la science (plutôt des avocats que des climatologues), posent la question censée : « En quoi cela nous concerne ? » S’ils n’ont pas de réponse à cette question ou une réponse du type « très vague risque de disparition des forêts dans le siècle à venir », leur réaction compréhensible serait du genre « m’en fout, j’ai des élections l’année prochaine ». Ils exigent donc des réponses très précises et dramatiques ou laissent tomber le problème. Pourtant, il existe.

    Son explication la plus simple est celle de l’augmentation de la concentration en CO2 de l’atmosphère. Le passé a montré une corrélation proportionnelle entre ces deux variables. Chaleur et CO2 ont bougé ensemble. Nous avons crevé tous les records de concentration en CO2 des 180 000 dernières années et probablement beaucoup plus. À des concentrations inférieures aux nôtres, des températures moyennes beaucoup plus importantes ont été observées dans le passé.

    Les erreurs du GIEC, dont j’ai entendu parler, sont du type, annoncer à quelle date une catastrophe donnée va avoir lieu. C’est pour le moins difficile. Taire ce risque est se taire devant un danger mortel et incertain. Annoncer ce risque est motiver des précautions. Ils ont fourni des réponses à la question « En quoi est ce que cela me concerne ? » C’était trop osé, trop mal fondé. Faire mieux demanderait un effort encore plus gigantesque que celui fournit actuellement.

    La crise actuelle est systémique.

    La finance n’est qu’un élément. La crise s’annonce énergétique et de première grandeur. Elle s’annonce sociale, au point que l’Argentine fera figure d’agréable pique-nique. Elle s’annonce en nourriture. Les mers ne suivent plus notre rythme. Les terres cultivables risquent fort de ne plus fournir assez de céréales pour les humains et les voitures. Elle s’annonce minière. Une tonne de charbon ou d’autre chose sortie de terre n’y retourne pas au rythme que nous lui imposons. Elle est philosophique. Nous ne savons plus ce que signifie connaître, voire se comprendre. Elle est morale. Par son absence, il n’y a aucun moyen d’arrêter le cynique, le manipulateur, le tricheur. Le faire serait porter atteinte à sa liberté ou à la liberté de ses voisins.

    La crise est systémique.

    La réponse au réchauffement devra aussi être systémique. Elle exige une diminution drastique de la production de CO2, donc une baisse des méthodes actuelles de production en énergie. Cela touche les pétroliers et tous les industriels. Cela touche la mondialisation qui fait de la Chine l’atelier du monde. Cela touche l’objectif d’augmentation de la croissance. La croissance deviendrait, au mieux, un objectif secondaire.

    Je vois à ce niveau une remise en cause radicale de tout le système financier. Les restructurations pour augmenter la valeur des actions seraient limitées par leurs effets sur le réchauffement climatique. Les transports de matières premières et produits finis seraient limités par ce réchauffement. Ce serait la fin des délocalisations. Il faudrait fermer des usines géantes à un seul produit pour faire des usines limitant au maximum les transports. Ce ne sont que deux conséquences de la prise en compte du réchauffement climatique.

    Une autre, plus philosophique, me semble tenir la route. Admettre la nature anthropique de ce réchauffement signifierait admettre que nos actes ont des conséquences imprévues, au delà de notre champ de vision. Pire, ce serait admettre que nos actes influencent tout le monde. Réciproquement, nous serions tous dans le même bateau. Tout le monde a un effet sur nous. Ce serait admettre que nous sommes dépendants du comportement de tous les hommes. Et nous savons tous notre incapacité à dominer et contrôler tous les hommes. Ce serait admettre que nous sommes dépendants d’une affirmation hors de notre volonté personnelle et de la soumission de tous à cette affirmation. Ce serait admettre l’existence d’affirmations indépendantes de notre volonté et à laquelle nous devrions nous soumettre. Si vous avez un brin de libéralisme en vous, tout cela vous répugne. Alors vous êtes obligé de rejeter le réchauffement climatique.

    Vous entrez alors dans un monde bizarre et banal, dans un monde complètement créé par les hommes.

    Vous savez, par votre conviction intime, que le GIEC vous a fourni une réalité frelatée. Vous êtes convaincu que ce ne sont pas des idiots. Alors vous avez la solution qui regroupe ces deux propositions : un complot. Avec ces mots, tout est expliqué.

    Votre intime conviction vous dit que des gens intelligents vous font un mensonge cohérent, construit et bien argumenté. Quand des révélations sur la fausseté de ce mensonge sortent ou des affirmations qui ressemblent à des révélations sur cette fausseté, vous avez la preuve que vous avez raison. Vous êtes devenu un complotiste.

    Cela a d’autres avantages énormes. Le monde redevient cohérent. Il s’explique de façon simple. Le monde est perdu. Vous êtes sauvé.

    Cette cohérence de la vision du monde et la mise en sécurité de sa propre identité rendent les théories du complot très tentantes. Quand, de plus, les affirmations des autorités apparaissent trafiquées, policées, manipulées, la tentation devient quasiment irrésistible.

    Je partage le sentiment de trahison par la construction européenne de ses administrés. Je partage le sentiment de trahison envers nos gouvernements qui ont sauvé les banquiers sans rien demander en retour et qui continuent à soutenir ces gens. Je pense que le réchauffement climatique est une réalité et qu’il est pire que ce qui a est arrivé depuis des millions d’années. Du point de vue géologique, il est très rapide. Du point de vue humain, il est invisible. Pire, du point de vue de notre mode de pensée, il ne peut pas être admis. Alors, la tentation complotiste marche dans l’autre sens. Il y a complot contre le réchauffement climatique. Madame Lepage a cédé à cette tentation. Elle a tenté de réunir ces deux problèmes en un tout unique. Le résultat n’est pas convaincant. Je pense qu’ils sont liés, mais pas comme le pense cette Dame.

    Avec ces deux théories du complot opposées sur le même problème, j’arrive à une autre partie de la crise. Il y a des représentations qui courent dans les têtes. Elles sont prises comme des réalités, des vérités et celui d’en face est fou ou malhonnête de refuser d’y adhérer. En face, ils ont la même réaction à une théorie près. Cela me donne des défiances irréductibles, des oppositions insurmontables, des blocages de situation totaux. La réalité, celle que je pense exister, devient secondaire. Ce blocage se généralise très bien. Il se signale par des experts reconnus par un groupe et suscitant des réactions émotionnelles très fortes dans les autres groupes. Il se signale par toutes les positions bloquées. Il se signale par les passages en force et sans discussion de réformes délicates.

    La crise est systémique. Le réchauffement climatique est une composante de cette crise. Elle demande une réponse systémique ou alors je crains qu’il n’y aura plus de crise avec des humains comme acteurs.

    1. Bravo, cartes sur table, parler vrai, rationnalité plutot que passion & dogmatisme, écouter chacun mais honnêtement, pas de panique mais du réalisme, des données mesurées corroborées & suivies, ……

    2. Concernant la réalité du réchauffement climatique, l’explication du déni de sa réalité par l’a priori idéologique et la nécessité de tourner le dos à un mode de développent qui va droit dans le mur, (j’ajouterais : réchauffement ou pas), je souscris à votre analyse qui met très bien les choses en perspective.

      Nonobstant, je trouve que vous rangez un peu vite Mme Lepage dans le camps de ceux qui feraient dans la théorie du complot.

      Elle ne parle de complot, si ne l’insinue, en substance elle dit seulement qu’il y a une convergence d’intérêts pour instrumentaliser « l’affaire » du GIEC afin de décrédibiliser la thèse de réchauffement. Marché des droits à polluer (voir commentaire de Paul* 9:09), lobbies pétroliers, désinformation dans les médias, tout cela n’est tout de même pas de l’invention !

      Le Peak oil selon certains experts reconnus (voir les articles publiés sur le site Contreinfo qui a fait un gros travail d’information sur ces questions) aura déjà été dépassé, mais les gros producteurs de pétrole ne veulent pas en entendre parler, car avouer que leurs réserves ne sont pas aussi importantes qu’ils le prétendent, détourneraient les investissements du secteur pétrolier vers d’autres sources d’énergie.

      A propos seulement de la désinformation dans les médias, celle-ci n’a pas besoin de complot pour exister.
      Tout l’art de la désinformation est dans la manière de présenter les choses, de monter en épingles des problèmes tout à fait secondaire, de mettre sur le même plan des thèses qui n’ont pas la même valeur scientifique.

      Mais cette affaire du GIEC tout comme l’échec de Copenhague n’auront peut-être pas été tout à fait inutiles.
      Comme vous le dites d’ailleurs dans votre texte, le rapport du GIec délivré aux autorités dans l’urgence et donc forcément approximatifs sur les dates, avaient avant tout pour but d’alerter des populations d’un réel péril. De ce point de vue l’objectif n’a pas été atteint, puisque le doute gagne même des esprits qui étaient auparavant convaincus de la réalité du phénomène.

      La raison principale de l’échec est que l’on a pas lié suffisamment les choses entre elles, faisant du réchauffement climatique un problème purement physique contre lequel il faudrait lutter simplement par des moyens technologiques ou un problème économique avec la mise en place d’une solution qui en fait revient à donner le rôle du réparateur au marché, lequel a pourtant révélé au grand jour son impossible autorégulation, son incapacité à prendre en charge des objectifs autres que ceux du profit.

      Où je veux en venir c’est que le réchauffement climatique n’est pas la cause du mal développement, et pourtant tous les gouvernements se sont focalisés sur ce seul problème, se retrouvant au bout du compte loin de leurs pétitions de principe, car c’était condamner le modèle de développement qui a conduit, au réchauffement climatique.

      Il faut revenir aux causes, qui sont les inégalités, justifiées et encouragées par le système.

    3. Papimam,

      Merci. Je suis honoré par vos paroles.

      Pierre Yves D.

      Vous trouvez que je range un peu vite Madame Lepage dans les rangs des complotistes. Cette critique m’a fait relire son texte une fois de plus. J’y comprends que le lobby pétrolier et les spéculateurs associés ont repris la main en matière de déchaînement médiatique sur le réchauffement climatique. Ils l’ont pas fait de manière honnête. J’accepte cette thèse.
      J’accepte aussi votre critique selon laquelle j’ai été un peu vite. Madame Lepage observe une réalité construite de manière, que je pense, frauduleuse par des acteurs vraiment puissants du monde économique. C’est ma compréhension de son texte sur ce point. Selon ma compréhension nous sommes là extrêmement près ou dans la théorie du complot. La limite ne m’apparaît pas du tout nette. J’accepte avoir extrapolé, sans arguments, que Madame Lepage posait une entente de ces gens pour abattre toute règlementation de leurs activités. J’accepte avoir extrapolé de son texte un complot.
      Ce complot me parait vraisemblable. Dans mon esprit, je range les pétroliers et les spéculateurs associés dans un groupe. C’est dans mon esprit. Je donne à ce groupe un intérêt très fort pour casser toute idée de réchauffement climatique. Je tombe dans le complot. Je prends donc la responsabilité de cette extrapolation. J’ai attribué à Madame Lepage une opinion infondée.
      Je vous remercie d’avoir attiré mon attention sur ce point.

      Je vous rejoins pleinement sur votre affirmation « le réchauffement climatique n’est pas la cause du mal développement »

      Pour reprendre un mot de Paul Jorion, je dirais que s’occuper du réchauffement climatique c’est résoudre un problème en aval, pas en amont. Les causes sont négligées. Madame Lepage a raison de vouloir relier plusieurs éléments entre eux. Ces liens permettront, je l’espère, de remonter aux causes de ce terrifiant bordel. J’ai tenté une idée.

      Finalement, je pense que les inégalités ne sont pas la cause ultime de cette catastrophe. Une jolie hypothèse explicative m’a été donnée par un livre que je suis en train de lire.

      L’idée est que les financiers et les gouvernements se soutiennent mutuellement. Les gouvernements ont mis en place une régulation très avantageuse pour les financiers, en fait tout ce que voulaient ces derniers a été instauré durant ces 30 dernières années. En échange, les autorités recevaient de très belles aides pour être réélus, pour se caser après leur passage aux affaires de l’état et autres cadeaux très agréables. Cela a laissé les salariés et les consommateurs occidentaux seuls et désarmés face aux financiers. Que faire face à quelqu’un qui achète votre entreprise, vous vire et vous vend ce dont vous avez besoin ? Que faire face à un financier qui charge votre entreprise saine d’une dette par LBO et le financier repart avec la caisse ? Que faire face une précarisation croissante, très favorable aux financiers, quand le gouvernement veille aux intérêts de ces derniers par à ceux des salariés ? Les inégalités sortent naturellement de ces questions.

      C’est une hypothèse explicative pour les inégalités. Je l’aime car elle met dans un cercle vicieux les financiers et les gouvernements. Elle réunit les deux faces des autorités de notre monde. L’aimer n’est pas une preuve de vérité.

      Je termine cette idée et découvre que je n’ai pas lu la fin de votre phrase. Vous écrivez « … les inégalités, justifiées et encouragées par le système ». Je comprends (je souligne le « Je »), que vous mettez les inégalités comme des causes et que le système (qu’est ce que c’est ?) les justifie et les encourage. Le système me semble être ici, selon vous, une cause des inégalités. Selon moi, les inégalités sont produites par « le système ». Mon idée, ci-dessus, est une tentative de description de ce système. En partant de votre idée, il faudrait comprendre ce système et le démonter pour arrêter l’encouragement et les justifications des inégalités. Selon moi, il faudrait aussi proposer une alternative à ce système producteur d’inégalités. Il faudrait avoir une alternative compréhensible, viable et à laquelle je puisse, en conscience, adhérer.

      Un élément de cette alternative me semble être l’interdiction de tous les paris spéculatifs. C’est l’idée de Paul Jorion. Pour sa description, je vous renvoie à ses textes. Il la décrit mieux et plus clairement que moi. Je note maintenant une chose. Son idée casserait radicalement les dents aux financiers dans le système que j’ai décris plus haut. Est ce que mon idée tient la route ?

      Je l’ignore.

    4. Un indice…

      Vous dites « Selon moi, les inégalités sont produites par « le système ». ».

      Certes les inégalités sont produites par le système, mais pourquoi ne pas énoncer les vérités jusqu’au bout !? Pourquoi par exemple ne pas dire que sans ces inégalités le système n’existerait pas ?

      Le fait de le dire devrait (:)) faire remonter la réflexion à une bifurcation antérieure qui pourrait nous éviter errements et tâtonnements et nous faire aborder une réflexion sur ce que pourrait être un autre système…Mais je commence à radoter et il y a des choses tellement plus importantes.

    5. Fab,

      Je vous remercie pour votre indice. Mais ma vision du système fait qu’il est basé sur des rapports de forces, d’argent et de décisions de tribunal. Sortir des inégalités de ces éléments est immédiat.

      Eliminer ces inégalités revient à modifier ces rapports brutaux. Pour y arriver vous devrez affronter des gens sachant se battre, sans scrupules, cyniques et puissants. Selon leurs termes vous devrez les vaincre. Je vous rappelle qu’ils raisonnent en termes de rapports de forces. Selon leurs termes, les relations humaines sont toujours compétitives. C’est toujours un champ de bataille.

      Si vous éliminez ces inégalités selon les termes de champs de bataille, de rapport de forces et analogues, vous aurez remporté une victoire, mais pas la guerre. La (je crois) « Société du Mont Pèlerin » a été fondée en plein triomphe du keynésianisme. Ils reviendront en force. Ce ne serait donc qu’une défaite temporaire selon ces gens.

      Si vous réussissez avec d’autres termes, vous aurez vaincu ces gens au niveau de leur vision du monde. Vous leur aurez proposé, dans des termes qui leurs sont compréhensibles, une alternative leur paraissant meilleure. Ce genre de victoire serait totale.

      Je doute qu’elle soit possible. Le problème est « dans des termes qui leurs sont compréhensibles ». Vous devrez partir de la rationalité et entrer clairement dans des questions que je considère être de foi en quelque chose. Par foi, je pense à des ce qui a un sens dans les expressions « Foi en Dieu. Foi dans la libre entreprise. Foi dans la rationalité ». Là, ma compréhension de la rationalité l’interdit. De ce point de vue, la rationalité considère ce genre de foi comme des axiomes.

      Sous ces conditions, vous élimineriez les inégalités et le système disparaîtrait. Dans l’autre sens, c’est un affrontement. Vous pourriez obtenir un résultat. Je ne le vois que temporaire. Si pour n’importe quel raison, le rapport des forces se retourne en faveur de ces gens, les inégalités reviendraient si vite que le comprendriez après.

      Je vous remercie pour votre indice. C’est une idée. Selon ma vision des choses, si vous faites tomber les inégalités (et je vous souhaite d’y arriver) vous entrer dans le schéma de l’affrontement, ce sera une victoire temporaire au mieux. Ces gens ont déjà été vaincus par le communisme, le keynésianisme et d’autres -ismes. Ces gens ont toujours eu le dernier mot.

      Ils apportent avec eux une idée de liberté personnelle, de réalisation de soi, de projet de société très clair. Ils ont pour eux des outils permettant de mesurer parfaitement le succès et de se comparer entre eux pour savoir lequel est le meilleur. Ces gens ont une morale (« Ce qui rapporte est bien. Ce qui coûte est mal »). Ils savent décider, accepter un coup dur et le rendre. Ils font preuve de réalisme, de courage. Ils sont motivés par les éléments ci-dessus. Ils savent s’affirmer, créer une relation utile, comprendre un besoin, fournir un matériel pouvant combler ce besoin. D’un côté, je les admire. De l’autre, ils font tant de mal avec leur système basé sur une lutte de tous contre tous que je ne peux pas les accepter. Ils me tuent.

      J’espère ne vas avoir trop radoté et ne pas avoir été trop superficiel pour vous. Si c’est le cas, je ne peux que vous présenter mes excuses.

    6. Fab,

      J’ai encore relu votre réponse. Je tiens à insister sur point.

      Ma réponse décrit ma vision du système. Je souligne le « Ma », car je considère que ce serait totalement orgueilleux, voire fou, de ma part de considérer que j’ai tout compris à ce système. Ma vision du monde est dans le meilleur des cas, vraiment le meilleur, partielle. Je fais partie de ces gens qui considèrent que la réalité existe indépendamment de ma volonté, indépendamment de moi. Je crois que cette position est nommée « réaliste modérée ». Je crois que je peux accéder à la réalité. Je crois que je fais des erreurs et/ou que je bouche des trous dans ma vision de la réalité avec des idées personnelles.

      Dans tous les cas, « Selon moi, les inégalités sont produites « par le système » ».

    7. Didier,

      « C’est une idée. Selon ma vision des choses, si vous faites tomber les inégalités (et je vous souhaite d’y arriver) vous entrer dans le schéma de l’affrontement, ce sera une victoire temporaire au mieux. Ces gens ont déjà été vaincus par le communisme, le keynésianisme et d’autres -ismes. Ces gens ont toujours eu le dernier mot. »

      Je vous remercie pour vos vos encouragements mais je pense qu’à l’instar de nombre de personnes ici vous ne m’avez pas compris : faire tomber les inégalités n’est pour moi ni une priorité ni même une préoccupation. Si la société évolue dans un sens qui nous sorte de la préhistoire ces inégalités pourraient disparaître d’elles-mêmes.

    8. Fab,

      Exact, j’ai mal compris cette phrase : « Pourquoi par exemple ne pas dire que sans ces inégalités le système n’existerait pas ? » J’ai cru qu’elle signifiait pour vous que les inégalités sont à un niveau de compréhension de la réalité plus profond, à une « bifurcation antérieure » de la réflexion, que le mien.

      Vous avez raison.

    9. Nous sommes d’accord donc. C’est bien 🙂 ! Pourvu que ça dure…

      Sans les inégalités, produites par le système donc, celui-ci n’existerait pas. Les supprimer c’est le tuer.

      Sommes-nous toujours d’accord ?

      S’il advenait que nous supprimions ces inégalités, avez-vous une idée d’un système de substitution ?

    10. Fab,

      Pourvu que ça dure !

      La moins mauvaise idée que j’ai est horriblement floue. Elle se base sur les mots « Donner. Recevoir. Rendre ». Ces trois mots serviraient à réguler les relations humaines. La première fois, je donne. La seconde fois, je reçois quelque chose de mon vis-à-vis. La troisième je rends ce qui m’a été donné.

      Une relation est née. Une sorte de chaîne d’échanges est mise en place.

      Je trouve l’idée acceptable. Mais, qu’est ce qu’elle est floue !

    11. Fab,

      Vous répondre n’est pas évident. Vous demandez par exemple un système alternatif au système actuel. Je pense qu’une partie du problème est que c’est un système. Par définition, c’est indépendant des humains qui le composent. Comment créer un système tenant compte des humains qui le composent ?

      Une autre partie de la difficulté est notre vision actuelle de la philosophie de la connaissance. J’ai le très net sentiment que toute personne faisant des observations pertinentes, mais limitées, considère être l’expert sur la question. Mettre en doute ses informations, suggérer qu’il y a encore autre chose dans la réalité ou trouver une interprétation alternative à ses observations est considéré comme une agression. L’objet de ces observations n’intervient plus dans la discussion. Ce sont les egos. Comment sortir de cette logique des egos ?

      Cela c’est dans le cas très favorable d’observations pertinentes et correspondant à quelque chose d’observable. Dans les cas d’opinions, de croyances, de choix personnels, il ne reste que les egos pour justifier une affirmation. Comment tenir compte d’une opinion autre que la sienne ? Comment accepter qu’un autre échappe à votre volonté ?

      Je reviens aux observables. Est ce que des observations peuvent faire le tour d’un de ses objets ? Prenez votre ordinateur actuel. Pouvez vous en dessiner les circuits ? Savez vous quel est son langage machine ? Quelle est la composition des touches de votre appareil ? Je pense que cela n’est pas possible.

      Comment sortir des egos? Comment accepter que ce que je vois est partiel, voire partial ? Comment faire avec une opinion différente de la mienne ? Qu’est ce que je fais face à un non sens, une idiotie ? Je résume toutes ces questions avec une seule. Il faudrait réécrire totalement la philosophie de la connaissance.

      Ce n’est qu’une première étape pour répondre à votre question.

      Pour cette première étape, j’ai des préférences. Mais je suis pleinement conscient qu’il s’agit de préférences personnelles, de choix particuliers. Je me considère réaliste modéré.

      Je pense qu’il y a une réalité physique. Celle que vous voyez, touchez, sentez, goutez.
      Je pense qu’il y a une réalité très personnelle associée à cette réalité physique. C’est celle de vos interprétations de vos expériences.
      Je pense qu’il y a une réalité totalement reçue. C’est celle de la religion, de la philosophie, des opinions politiques.
      Je pense qu’il y a une réalité due à vos activités. Ce que vous faites vous transforme et vous transformez le monde.

      Cela n’est que la partie liée à la philosophie de la connaissance. Pour sortir des egos et donc de la crise de la compréhension, je me permets de penser qu’il faudrait introduire un objet totalement nouveau dans la pensée moderne, une étrangeté quasiment obscène, une notion choquante.

      Il existe quelqu’un ou quelque chose en dehors de moi qui n’est pas pire que moi, ni meilleur, qui tente de faire son possible et qui échappe à ma volonté, i.e. l’Autre existe, sa volonté peut m’enrichir.

    12. Fab,

      Une deuxième partie de ma réponse à votre question concerne les actes. Plus particulièrement, une caractéristique des actes me préoccupe ici.

      Ils ont une portée plus grande que mon regard.

      Quand j’écris ce texte, je tente de répondre à votre question. Je pose un acte et même un bon puisqu’il concerne une personne autre que moi, manifeste mon estime à votre égard et me fait fixer mes idées sur un aspect important de la vie. Mais le mettre sur le blog de Paul Jorion, c’est aussi le mettre en évidence, dans le domaine public. Il se peut que quelqu’un d’autre me lise. Il se peut même que cet autre se dise quelque chose comme : « Bonne Idée ! » et l’adopte. J’aurais influencé cet autre hypothétique. J’aurais agi sur quelqu’un situé au delà de mon champ de vision. Cette extension de l’action se généralise facilement.

      En complexité, j’ignore comment j’influence mon hypothétique lecteur. En nombre, je peux avoir plusieurs lecteurs. En variété, je prends une voiture et contribue à l’effet de serre ou vais à pied. Mon acte a une portée globale. Je crois possible de trouver bien d’autres exemples de cette idée.

      Agir, dans ce cadre, devient avancer en terre inconnue sans trop savoir ce que l’on y fait. Les erreurs commises durant l’action deviennent inéluctables. Il y en aura. Il serait bon d’agir avec cette limite en tête. Agir en ne pensant qu’à soi, devient une erreur dans l’optique que je décris ci-dessus. Non seulement, agir consiste à s’avancer en terre inconnue, mais décider avant l’action de ne tenir compte que de soi va provoquer des dégâts autour de soi. Des conflits entre les personnes deviennent naturels si son intérêt personnel est le seul guide de l’opération. Agir consiste aussi à s’avancer vers d’autres personnes, des inconnus ou pas. Pour les rencontres avec des inconnus, il faudrait une ligne de conduite commune pour négocier le contact. Une autre conséquence de mon idée de l’action est qu’il est présomptueux d’écrire un algorithme pour planifier l’avenir. Il vaut mieux disposer de lignes directrices et laisser les personnes suivre ces lignes selon leurs capacités.

      Il vaut mieux renoncer à un plan, du genre horaire, et se donner des lignes directrices pour agir. Après un moment, il faut voir où on en est. C’est ici que la philosophie de la connaissance prend toute sa valeur. Sans elle, cette étape est impossible. Sans cette étape, il est impossible de savoir où aller, d’où on vient et donc de prendre des décisions sensées pour la suite.

      Décider devient ici le choix d’une hypothèse parmi plusieurs et d’agir selon cette hypothèse.

      En un mot, nos actes nous dépassent.

    13. Fab,

      Une troisième partie de ma réponse concerne toujours les actes. Cette fois-ci, ils nous lient.

      Il y a un avant et un après un acte. Sans aller jusqu’au meurtre, il y a un avant le meurtre et un après. Regardez la difficulté pour les prisonniers ou les malades mentaux de retrouver une place dans la société. Ils sont mis à part. C’est leur après. Rencontrer quelqu’un nous lie à cette personne. Avant, c’était une inconnue. Après, c’est une de nos connaissances. Il n’est plus possible de la rencontrer à nouveau comme si c’était la première fois. Apprendre quelque chose est aussi un acte. Il a y un avant et un après. Après, nous disposons d’un savoir supplémentaire. Quelque chose a changé.

      Une dimension vraiment importante de tout acte est la présence d’une autre personne. Les actes vraiment solitaires sont rares. J’écris sur un ordinateur. Le fabriquant regroupe toutes les personnes qui l’ont construit. Vous êtes aussi dans ce texte. C’est à cause de vous que je l’écris. La langue que j’utilise est celle de mes parents, de mes professeurs et de toutes les personnes qui m’ont influencé. Je pense donc qu’un acte vraiment solitaire n’est pas possible. Dans ce texte, vous êtes à part. Vous êtes la personne à qui je pense. Vous avez posé votre question en Français. Je trouve votre question intelligente. Vous donnez un sens à ce texte par votre présence. Sous cette condition, je peux le créer. Ce texte nous lie. Il concrétise ce que je suis en train de faire. J’ignore l’effet qu’il aura sur vous. Si pour vous, c’est un acte, alors il vous modifiera. Vous recevrez quelque chose de moi. Si non, je vous apparaîtrai insignifiant. Vous ne recevrez de moi que votre mépris à mon égard. Dans les deux cas, je nous vois liés. Je préfère la première situation. Vous n’avez pas prévu ma réaction. Je vous échappe sur ce coup là. Mais vous m’avez tout de même transformé car je vous répond. Je suis aussi sous votre influence dans cette histoire. Mais pas à vos ordres. Nous sommes liés et je ne sais pas trop comment en ce qui vous concerne à mon égard.

      Ce n’est pas le premier acte. Il y en a eu plusieurs avant celui-ci. Ils m’ont donné la motivation de passer à l’acte d’écrire ce que je pense. Cette suite est, pour moi, un embryon de relation. C’est une base de toute vie humaine. L’effet « de sens » que vous imprimez à mes actes joue beaucoup plus intensément dans le cas d’une relation que celui d’un acte isolé.

      Une relation d’un autre type s’observe avec une science. Chaque apprentissage en permet d’autres, plus complexes, plus fouillés. L’effet de sens dû à la présence d’une personne disparaît ici. La science, au sens très large du terme, fournit une cohérence dans un domaine du savoir. Les liens me sont externes. Etudier cette science me lie à cette dernière. Elle n’est pas liée à ma personne. Je la reçois à travers des personnes fort diverses. Elle est donc un moyen d’organiser mes relations avec mes « frères humains » de Villon sans que ces derniers soient des « frères humains ». Ces derniers me fournissent un produit.

    14. Fab,

      Mes réponses ne sont pas terminées. Je cherche encore à les formuler. Heureux que vous les lisiez. Merci de m’encourager ainsi à continuer. Merci également d’avoir posé votre question. Considérez que mes écrits sont une tentative pour vous répondre. Je suis, depuis un bon moment, en pleine recherche de réponse. Vous m’avez donné, involontairement je pense, le déclic me permettant de les écrire. Maintenant vous me donnez du courage pour continuer.

      J’apprécie.

      PS. Ne vous inquiétez pas si vous ne comprenez pas tout. Quand je parle avec des amis, j’ai la réaction « De quoi tu parles ? » et la réaction « Tu enfonces des portes ouvertes ».

    15. En résumé, nos actes nous dépassent et nous lient entre nous au delà de notre champ de vision. En agissant, nous sortons de nous mêmes et affirmons l’existence d’un au-delà. Un acte fait en lien avec un « frère humain » a un sens donné par ce dernier. Une suite d’actes respectant cette condition est une relation.

      Cette asymétrie entre ce que nous faisons et ce que nous connaissons de notre monde pose un problème. Quelles seront les conséquences de mes actes ? Je peux me sentir enchaîné par les liens que je noue à travers mes actes et vouloir en sortir. Je peux vouloir épargner à des gens que j’aime les conséquences d’un acte malheureux. Je peux désirer savoir si tel acte est bon ou mauvais et cela, avant de le poser. Je veux éviter de me retrouver avec un pervers, éviter la folie et son cortège de souffrances. Comme je ne peux pas savoir à l’avance les conséquences de mes actes et qu’une grande partie de ces conséquences est indépendante de ma volonté, j’ai ici un problème.

      Notre modernité y répond avec la science dont l’économie est la science des relations. Ces deux approches me permettent effectivement d’aller beaucoup plus loin que mon imagination, mes sens ou mes capacités. Je peux en retirer une idée où aller, que faire. Ces idées seront très souvent claires. Je peux faire un plan, prendre une décision. Je peux écrire ce texte sur mon ordinateur. Ce sont des succès énormes. Je ne peux pas exagérer l’importance de ces succès.

      Le problème, qui à mon avis motive notre course à la science et à l’économie, reste entier. Il a été repoussé un peu plus loin dans le meilleur des cas. Les sciences nous permettent d’obtenir des résultats, de faire des progrès, de bouger des choses qui nous apparaissaient inamovibles, de survivre à des situations impossibles. Le petit problème : « Et après? » Le nucléaire nous fournit de l’énergie. Une partie de l’électricité que j’emploie ici est nucléaire. Que faisons nous avec les déchets ? La réponse optimiste est que nous allons trouver une solution. Je note que la solution n’a pas été trouvée et cela est contenu implicitement dans la réponse optimiste. Construire cet ordinateur est aussi quelque chose d’énorme. Je ne peux pas imaginer tout le travail qu’il y a là dedans. Il y en a tant. Qu’est ce que je fais face à toutes les idioties que j’ai pu lire ou découvrir grâce à mon ordinateur ? On va trouver une solution ? C’est vrai. Il y a des réponses. Ce qui m’ennuie est que ces réponses deviennent de plus en plus difficiles à trouver. Le problème des déchets nucléaires implique de prévoir ce qui va se passer durant un million d’années pour éviter de répandre dans la nature des poisons mortels et cela sans faire d’erreurs. L’une de ces erreurs est Tchernobyl. La casse humaine (mutations, cancers), selon mes informations, n’a jamais été mesurée. Je parie que les résultats seraient effrayants. Si je perds mon pari, je vous invite à manger de la nourriture au plutonium, césium radioactif et autres. Ce défi des déchets dépasse largement les compétences d’un seul humain. Les conneries sur le net dépassent aussi totalement mes compétences. Je me sens parfaitement impuissant. Je peux dire de temps en temps un mot. C’est insuffisant. Dans les deux cas, je vois des actes (nucléaire, net) qui dépassent encore plus les humains que nous sommes. Dans le deux cas, je suis partie prenante de ces actes. Dans les deux cas, ils me dépassent de si loin que les bras m’en tombent. Je me retrouve à la case mes actes dépassent mon savoir.

      Des erreurs dans les deux cas me semblent inévitables. Prévoir un avenir d’un million d’années sans se tromper ou toujours m’opposer à la connerie et seulement à la connerie me semblent impossibles. Combien de mes idées sont fausses, reçues, sans fondement, guidées par des souvenirs plus ou moins valables ? Quelle est la valeur de ma connaissance de l’économie ? Suffit-elle pour penser que le capitalisme financier a échoué ? Malgré tout le respect que m’inspire Paul Jorion, est ce qu’il a raison ? Si c’est seulement le respect qui me guide à son égard, en quoi cela suffit-il pour penser à la finance ? Est ce que je ne fais pas qu’avaler ses théories comme des dogmes ? Mes possibilités d’erreurs, même sur ce sujet, sont énormes. L’incertitude est un minimum. Dans le tas de réponses à ces questions, il y en a certainement de fausses. Je ne peux pas le savoir. Par exemple, je refuse de me croire assez malin pour toujours tomber juste sur la bonne réponse. Si j’ai tort, alors je suis assez malin pour le faire. Ma phrase précédente est fausse et j’ai donc raison. Etc.. Si j’ai raison, alors je ne suis pas assez malin pour toujours tomber juste et cette phrase peut tomber dans mes erreurs. Etc..

      Je ne peux avancer dans ma vie que dans l’incertitude. Je ne peux que me faire une idée de ce qui m’attends si je pose un acte. Les conséquences que j’imagine ne seront jamais toutes celles que je réalise.

      Des choix parmi les possibles doivent être faits. Ils impliquent toute ma vie et celle d’autres personnes. Ils ont un côté arbitraire, non rationnel, motivés par des pulsions, des influences de personnes, des idées plus ou moins bien comprises et correspondant plus ou moins bien à la réalité.

      Dans ce sens, l’économie est fascinante. Elle est totalement prise dans ce phénomène de choix incertain et fortement arbitraire. Elle se veut également science. Par conséquent, il y a des causes et des effets. Il y a des régularités. Il est possible de modéliser les comportements économiques. Toute l’ingénierie financière illustre ce dernier point. L’économie s’occupe des relations humaines. Elle s’en occupe d’une façon se voulant aussi scientifique que la physique ou la biologie. J’y vois une contradiction radicale.

      Ce que je comprends de la notion de modèle est que c’est une simplification cohérente de la réalité. Pour décrire les orbites des planètes dans le système solaire, ces dernières et le soleil sont pris comme des points mathématiques. Les gens qui font ça habitent sur le troisième point du système et ils se négligent complètement dans le calcul. Ça marche pour le système solaire. Ça ne marche pas pour le système Terre – Lune si l’on veut expliquer pourquoi la Lune nous présente toujours sa même face. Ça échoue complètement en gravimétrie. Ce modèle est un exemple simple d’application des lois de la physique.

      En économie, il y a création de modèles selon ce schéma simplificateur. Nous y sommes, selon mes informations, des agents économiques. J’aime voir ces agents comme des porte-monnaies ambulants. Le reste ne compte pas. Cela permet de nous mesurer comme une distance entre deux planètes. Cela permet de tracer des courbes plus ou moins régulières servant à décrire la situation. Cela permet donc de faire des calculs d’optimisation. Cela permet de donner à chacun de nous une « fonction d’utilité ». Je précise que chacune de ces informations, mesures et réflexions m’apparaît intelligente, brillante et même pertinente. Tout cela se trouve entre l’être humain qui cherche à prévoir les conséquences de ses actes et ses actes.

      C’est terriblement limité. Il ne reste comme sens de l’action que l’optimisation dans le cadre du modèle utilisé. Il ne reste comme vision de l’être humain que son porte-monnaie. Il ne reste plus que des clients. Il ne reste que des rapports de forces. C’est le plus fort qui va imposer sa solution qui va l’avantager lui. J’ai là un moyen de créer toutes les inégalités observables aujourd’hui. Si un être humain ne peut plus être pris en compte par le modèle, il cesse littéralement d’exister. Il devient invisible. J’ai là un moteur de beaucoup d’exclusions. Si un être humain se retrouve pour quelque raison que ce soit en dessous de son niveau de compétence prévu par le modèle, il n’est plus optimal et doit donc être remplacé. J’ai ici le reste des exclusions. Les lois peuvent être vues comme des mises en évidence des exigences du modèle ou de ses hypothèses. Refuser le modèle équivaut à anéantir ou menacer la société basée sur ce modèle. Le pouvoir judiciaire trouve sa place dans ce système.

      Il y en aurait beaucoup plus à dire. Mais ici, mon but n’est pas de décrire ce système. Il est de trouver au moins une idée d’alternative à ce dernier.

  17. En parlant de crise systémique et du fait que nous n’en sortirions qu’en généralisant la réflexion, qu’est-ce qui vous gêne dans cette question : produire et financer quoi, et pourquoi ?

    Va-t-on réussir à s’agiter encore dans tous les sens, certains appellent ça le travail et n’osent s’interroger ni sur son sens ni sur son rôle dans la société ? L’important est que l’on continue à produire et à financer…

    Quand le sage montre la lune…

    http://www.youtube.com/watch?v=W1czBcnX1Ww

    …en termes d’anticipation : réussirons-nous à produire des batteries « vertes » pour faire tourner ces robots et…et…seront-ils soumis aux 35 heures (hein Pipas ?) ?

    Show must go on, non ?

    1. Fab,

      Vous m’intéressez. Les gens, qui me font cet effet, sont rares sur le net.

      J’ai une idée pour la gêne de répondre à votre question : « Produire et financer quoi ? Pourquoi ? »

      Vous réintroduisez le sens dans les relations économiques. Pour vous répondre, il faut donner un sens non financier aux relations économiques. Pour vous répondre, il faut introduire des valeurs dans les relations humaines. Trouver des valeurs, au sens ancien du terme, acceptables, défendables et même pour lesquels on pourrait se battre est une opération vraiment difficile. En plus, il faudrait que ces valeurs soient acceptées aux conditions de la phrase précédente par l’immense majorité de la population. Sans ces conditions, il est impossible de répondre à votre question.

      Après, votre question est, à mes yeux, parfaite. C’est vraiment la question qui devrait fonder toutes les relations économiques. Répondre à cette question transformerait l’économie en un outil fabuleux pour mettre de l’huile dans les relations humaines, pour fournir à chacun ce dont il a besoin. Si la réponse à votre question est donnée, l’économie devient quelque chose d’admirable.

      Nous sommes dans la situation où votre question n’est pas abordée.

    2. Didier,

      Merci 🙂

      « Nous sommes dans la situation où votre question n’est pas abordée. »

      A qui le dites-vous ! Non seulement elle n’est pas abordée mais il y a de fortes chances, suite au dernier billet de Paul, que l’on se précipite dans une réaction purement économique, a priori bénéfique pour les populations mais à mes yeux dangereuse pour l’équilibre des sociétés et pour l’humanité.

      Que faire, les solutions de facilité ont de tous temps été préférées !

      Je ne suis pas sûr que nous ayons de sitôt une autre chance de laisser une société réellement différente émerger !

  18. Bonjour,

    si je peux me permettre une suggestion, lisez le dernier essai de Michel Serres,  » Le temps des cerises  » que j’ai dévoré ce week end. Sa hauteur de vue et sa capacité de synthèse peuvent aider beaucoup d’entre nous à mieux visualiser les vrais enjeux.
    Le concept qu’il y développe Science – Société – Biogée, auquel personnellement j’adhère, montre le chemin que l’humanité doit encore parcourir pour s’écarter du chemin vers l’abîme sur laquelle elle chemine gaiement avec une insoucience certaine.
    Des joueurs de flûtes en tout genre se chargent d’entretenir l’ambiance et à ce petit jeu les climato-sceptiques disposent des instruments les plus harmonieux, ceux qui sonnent bien à l’oreille et que l’on aime (souhaite) entendre.
    Prétendre qu’un accroissement de la teneur en CO2 de l’atmosphère tel que jamais observé depuis plus de 800000 ans au moins sera sans conséquences (on peut discuter desquelles et de leur rythme), au prétexte que la terre n’a jamais porté de civilisations aussi sophistiquées que la civilisation occidentale (on saura bien s’y adapter n’est-ce pas ?) c’est vraiment faire preuve d’un aveuglement crasse ou d’une mauvaise foi inexcusable.
    Comme le martèle JM Jancovici, les lois de la physique sont incontournables, implacables et s’appliquent à tous.

  19. Le désert avance et la terre brûle. Avec ou sans nous. Le soleil est un dieu cruel.
    Regardons vers les étoiles, et tirons-nous. Vite.

  20. Bonjour Corinne Lepage,

    Le rapprochement entre la finance et les climato-sceptiques est réel.

    Ayant approché de très près les services de la gestion des actifs carbone, je confirme qu’il n’ont jamais caché la faille du système qui est la fixation des taux d’émissions de chaque pays signataire plus haut que la réalité des émissions au moment de l’émission des titres.

    Cela a eu pour effet de transformer le titre carbone de limitation à polluer en droit négociable à polluer ! Ce qui a au passage généré des rentes à certains pays émergents, qui n’ont servi qu’à une minorité et pas du tout au développement ni à l’écologie (comme à l’accoutumée).

    Mais le plus important dans cette histoire, c’est la place des lobbies pétrolier au sein de la finance. N’oublions pas qu’un baril de pétrole coûte en sortie de puit 20 % du prix en sortie du NYMEX ou autre place de marché.

    Chaque baril de pétrole produit, est revendu 100 fois avant d’être livré !

    Oui la finance, le pétrole et les climato-sceptiques mangent à la même table. Mais qui leur apporte les plats ?

  21. Le GIEC a perdu, dans le « système » une partie de sa crédibilité, soit. Mais chacun d’entre nous, au lieu d’aller (encore) faire appel à des grosses machines intergouvernementales comme le GIEC pour nous informer ou établir nos convictions, nous pouvons avec profit prendre nos renseignements par nous-mêmes.

    Arrêtons, s’il vous plaît d’avoir toujours le biais cognitif qui consiste à raisonner en terme de système, car, avec un peu d’observation, nous pouvons, par nous-mêmes avoir des informations plus précises que celles, téléguidées du système Presse-Pravada qui se complait dans le relais de la manipulation systémique.

    Sur le réchauffement climatique.
    Allez voir le maire de l’le de Sein. Il vous montrera les différents endroits auxquels on accédait à marée basseà une époque récente et auquel on accède plus . Conclusion: la mer monte, et le GIEC a plutôt minoré phénomène.

    Allez voir le labo de biologie marine de Roscoff. Ils prennent la température de la Manche en plusieurs endroits tous les jours. Depuis les vingt ans d’existence du labo, la température de la mer a monté de 1,5 °. Conclusion: si la mer se réchauffe, le climat se réchauffe (cause-conséquence avec inter-réaction).

    Une fois ceci établi, pourquoi s’étonner que les spéculateurs, qui raisonnent à la fois à courte vue, mais aussi à horizon plus lointain, essaient d’enfumer le population sur le réchauffement, services secrets des pétroliers aidant (piégeage de mail GIEC). Spéculer sur la pénurie de pétrole et de matières premières est la promesse pour eux d’un avenir radieux.

    De grâce dites chacun à votre voisin qu’avec un tout petit peu de bon sens et d’observation de son environnement immédiat, il peut confirmer ou infirmer un certain nombre d’informations-intox, qu’un « système » essaie de lui faire avaler ou lui vendre par manipulation d’image.

    La contestation du « système » passe par un petit effort pour tous, préalable à des action ciblées. Croyez-moi, en agriculture, les gens que je connais qui vivent le mieux sont ceux, qui ont choisi de faire une production honnête, de qualité et rentable. Comment? En virant de leur production et de leur vie, autant les comptables de la FNSEA que les flics de la certification de l’alimentation biologique (ECOCERT), pour exercer leur métier d’après leurs propres observations.

  22. Il est minuit docteur Schweitzer, il faut choisir.
    Faisant suite à mes infos précédentes et en guise de conclusion provisoire, la dernière chronique du Monde de dimanche/lundi « L’heure du choix » :

    « La crise écologique – dont le changement climatique n’est qu’un volet – pose à cette génération un défi d’une ampleur historique. En reconnaître l’ampleur permet d’imaginer comment l’enrayer. Du choix que nous ferons dépendra l’équilibre des sociétés humaines de ce siècle »……..

    Pour changer de sujet ou presque, après ITERation sur la Zorro-machine, quand le Gaspard, il revient sous forme de « shale gas » sans doute propre ou schistes (moins propre pour moi) gazéifères, youpi plus de peak-oil.

    Dommage pour Gazprom. Mais au fait il m’a semblé entendre ce matin sur le poste qu’il est question d’augmenter les prix du gaz de 11%, j’ai du rêver.

    Une fois que l’on aura réglé ces petits soucis il nous restera les pesticides, les nanotechno, les OGM, la démographie, j’en passe et des meilleures.
    Après tout il faut entre 2 maux juste choisir le moindre pour être OK au lieu de KO.

  23. A qui profite le crime?
    L’évidence du changement climatique, condamnant à court terme les pratiques de la civilisation dite de consommation, est devenue de plus en plus insupportable à tous ceux qui en tirent les profits que l’on sait. Aussi les lobbies des combustibles fossiles, les plus menacés s’emploient-ils depuis plusieurs années à recruter des climatoseptiques chargés de nier soit le réchauffement, soit son origine anthropique. L’impact, désormais patent dans l’opinion, de l’alarme climatique, venant s’ajouter aux conséquences de la crise financière, menace de modifier à court terme les comportements consuméristes. Les lobbyistes ont opportunément découvert dans la nature même du GIEC, organisation mal structurée, faisant appel aux prestations de plusieurs centaines de scientifiques de nationalités différentes et de niveaux disparates le talon d’Achille de la théorie du réchauffement. Il n’a pas été difficile à des limiers exercés de découvrir parmi des milliers de pages quelques détails contestables, quelques déclarations excessives ou mal fondées et le tour a été joué. Il a-été facile aux spécialistes du marketing d’orchestrer à partir de ces quelques défauts secondaires la montée en puissance de leur campagne de désinformation. Bien opportunément une vague de froid exceptionnelle s’abattant sur les USA leur sert à point nommé d’argument alors qu’en fait de tels phénomènes météorologiques extrêmes s’inscrivent parfaitement dans le scénario du bouleversement du climat.
    Cette campagne, outre ceux qui émargent directement aux budgets des lobbies, comble d’aise tous ceux pour qui les options négationnistes, quelles qu’elles soient, sont un bon moyen de se valoriser à peu de frais et les adeptes de la maxime «après nous le déluge» à qui il importe peu de consommer et de consumer les ressources de la planète tout en sacrifiant la survie de leurs enfants.
    Les véritables scientifiques, spécialistes du climat, paraissent bien mal armés pour répondre sur le même ton au flot de sarcasmes déversés où il n’est pas difficile de discerner le style de publicitaires patentés.
    Cependant la fonte des glaces arctiques s’accélère, le permafrost exhale son méthane, les inondations et les sécheresses se multiplient. Combien de catastrophes faudra-t-il encore pour mettre un terme à cette tentative de désinformation d’un autre âge.

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