Le linge sale… très sale, qu’on lave en famille

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On entend beaucoup dire ces jours-ci, à propos de la Grèce et des contournements du « pacte de stabilité et de croissance » de la zone euro que Goldman Sachs lui a permis d’opérer : « Comment est-ce possible qu’un établissement financier vende un produit et parie ensuite sur sa mauvaise performance ? » Et il faudrait ajouter : « Au risque de couler la Grèce – et dans son sillage, par un effet de dominos : le Portugal, l’Espagne… et l’ensemble de la zone euro ».

Mon premier début de réponse, je le propose sous forme d’une autre question : « Comment est-ce possible que Mr. Alan Greenspan, président de la Federal Reserve de 1987 à 2006, gardienne des taux d’intérêt américains, puisse être dans un premier temps l’ange gardien du crédit immobilier américain, et devenir ensuite dans un second temps – quand il a échoué dans sa tâche – le conseiller d’un hedge fund, Paulson & Co, qui a gagné 23,5 milliards de dollars en pariant sur l’effondrement de la valeur des titres de ce même crédit immobilier ? »

Et la réponse intégrale est celle-ci : parce qu’on peut gagner beaucoup d’argent en vendant cher de la camelote, et qu’on peut aussi gagner beaucoup d’argent en s’assurant ensuite contre les dégâts provoqués par cette camelote. Beaucoup d’argent dans un sens, beaucoup d’argent dans l’autre sens.

« Ces gens n’ont vraiment aucune dignité ? », direz-vous. Non : ni dignité, ni honneur, ni morale. Ils sont les homo oeconomicus, que la « science » économique n’a pas arrêté de nous vendre comme le nec plus ultra depuis cent cinquante ans : ils sont « rationnels » et dans une seule dimension : celle du profit. Avez-vous jamais entendu dire que l’homo oeconomicus ait une dignité, un honneur, une morale ? Soyons sérieux : si c’était le cas, comment voudriez-vous décrire son comportement à l’aide d’équations et de courbes ?

Pourquoi en reparler aujourd’hui ? Parce que l’on commence à comprendre ce qui s’est passé en Grèce. Parce qu’ un article paru sur le site de l’agence Bloomberg ce matin nous fait comprendre pourquoi la Société Générale a été la principale bénéficiaire du sauvetage de l’assureur américain AIG à l’automne 2008 : parce que Goldman Sachs lui avait vendu les CDO (Collateralized–Debt Obligations – voir le glossaire) les plus vérolés qui soient : Davis Square Funding Ltd.’s DVSQ 2006-6A capital ayant perdu 77,7 % de sa valeur. Si la France s’est fâchée à cette occasion, on ne peut que l’en féliciter, mais comme on ne l’a pas su, c’est qu’on n’a pas voulu nous le dire : on a une fois de plus lavé le linge sale en famille.

Notre espèce a inventé la démocratie pour que nous apprivoisions notre comportement politique mais nous avons pendant ce temps-là laissé la loi de la jungle présider à nos comportements économiques. J’écrivais le 28 août dernier que « L’extraterritorialité morale de la finance n’a que trop duré ! », je n’ arrête pas de le répéter depuis.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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79 réflexions sur « Le linge sale… très sale, qu’on lave en famille »

  1. Hors sujet, quoique…

    Citigroup Warns Customers It May Refuse To Allow Withdrawals

    Citigroup averti ses clients qu’il peut refuser les retraits (clôturer un compte?)

    L’image des banques qui ferment leurs portes pour empêcher les clients de faire des retraits au cours d’une panique bancaire est ce qui vient immédiatement à l’esprit quand nous avons entendu que Citigroup a été dire aux clients qu’il a le droit d’empêcher tout retrait des comptes à vue pour sept jours.

  2. Tu me rembourses (avec l’argent de tes pauvres) ma SG qui s’est faite arnaquée et je t’envoie quelques pauvres trouffions en Afghanistan pour défendre ton business. Les riches des deux côtés de l’Atlantique sont contents.
    C’est beau la démocratie, non?

  3. Ce que l’on pense être : La démocratie= le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple.

    Ce qui est vraiment : La Financratie = le gouvernement de la Finance par la Finance et pour la Finance.

    Les deux étant totalement opposé et non compatible sauf sur l’exploitation du peuple…

  4. « L’extraterritorialité morale de la finance n’a que trop duré ! »

    Que dire de l’extraterritorialité morale de la politique adossée à la finance (ou de la finance adossée à la politique, blanc bonnet ou bonnet blanc…).

  5. Bonjour monsieur Jorion,

    Je suis ce blog depuis quelques temps et je franchis le pas aujourd’hui en postant un premier commentaire.

    La question que je me pose est de savoir pourquoi notre capacité à s’indigner semble anesthésiée.

    Sommes nous à ce point endormis par les médias, nos réactions dépendant des leurs ? ou bien l’homme ne serait solidaire que par pure nécessité, lorsque sa propre survie serait en jeu ?

    Rares ont été les résistants de la première heure, lors de la dernière guerre.
    Rares sont aujourd’hui les voix qui s’insurgent.

    Il doit pourtant y avoir un moyen de réveiller les consciences, de secouer la torpeur ambiante ?

    Mépriser les élites et leurs comportements n’empêchera rien, comme la violence sera contre-productive.
    En appeler à la vertu sans contrainte est utopique, et la peur de la colère divine n’a plus cours dans notre monde technologique.
    Même les lois sont faites pour ceux qui savent les contourner.

    Que nous reste t’il, mis à part cet énorme sentiment d’injustice ?

    J’ai le pressentiment qu’en attendant le chaos pour redistribuer les cartes, il ne reste plus guère de joueurs… et l’homme providentiel se fait attendre.

    Votre voix commence à se faire entendre, espérons que les hommes de bonne volonté sachent écouter.

    Cordialement.

    1. Une partie de nos malheurs actuels provient du fait qu’à chaque crise, on a fait confiance à un homme providentiel.

      Soyez-en sure, l’homme (en l’occurrence la femme) providentielle, c’est vous, providentielle, pour votre conjoint, votre entourage, vos amis, et tous ceux qui n’entretiennent pas avec vous des rapports d’argent.

      C’est au niveau local autour de vous et de votre entourage que les choses changeront. Une copine décide de changer de vie et achète une boutique à Nantes pour vendre des glaces. Tout s’est passé avec le fric des copains qui à ce jour sont en passe d’être intégralement remboursés.

      De la même façon, un maraîcher bio des environs de Nantes a financé son foncier grâce à une SCI entièrement alimentée en fric par des potes qui sont collectivement propriétaires du terrain, et qui comme dividendes mangent quelques légumes non traités (et pas certifiés par les flics bio d’ECOCERT).

      Des exemples comme cela, j’en connais plein sur les deux régions que je fréquente. Mais ces réseaux qui n’intellectualisent pas leurs pratiques, ont constaté que l’ennemi dans ce genre de montage, c’est la visibilité. Pour vivre heureux, vivons cachés.

      La clé de voute du changement: avoir des vrais amis (pas des amis facebook).

    2. Je me permets de donner mon avis à Agnès sur la capacité à s’indigner…La mondialisation , la financiarisation se font à petite dose tous les jours . De plus bien peu de gens sont au courant , en saisissent le sens , ou en connaissent les conséquences . Les médias officiels se gardent bien d’en parler…;

      C’est l’histoire de la petite grenouille qui se retrouve dans une casserole dont on fait chauffer l’eau progressivement …Au début ça passe inaperçu, c’est même agréable…Quand elle s’en rend compte c’est trop tard: elle est cuite.

    3. Agnès le réveil des consciences, se fait petit à petit il vous suffit d’expliquer à une seule personne de votre entourage les rouages de l’économie et elle comprendra bien vite que les maux de tout les jours en découle.
      Car bien des personnes sentent que quelque chose ne colle pas mais reste évasif par méconnaissance du système décortiqué sur ce blog.
      Éclairez une personne, qui en éclairera une autre………….
      Lorsque j’arrive à dialoguer avec une personne sur ce sujet et qu’il en ressort du positif de l’échange, c’est à dire du questionnement et de l’ouverture d’esprit plutôt que du braquage de tête, alors je suis content, parce que le dialogue est toujours enrichissant.
      Vulgarisons !
      ou les froggies seront cuites!

    4. Phil de Saint Naz, ce que vous dites est très juste, mais dans ce schéma-là il vaut mieux avoir des amis qui ont de l’argent. Ce n’est pas le cas de tout le monde, loin de là.

    5. @candy says

      Détrompez-vous, ceux qui ont pris des parts dans l’exploitation maraîchère étaient pratiquement tous des gens qu’on qualifierait de pauvre. Ce n’est pas la somme qui importe, c’est le nombre.

      A Rochefort en Terre (Morbihan), le café associatif (café de la Pente) rachète ses murs sur le même schéma. Il est très clair que vu la notoriété locale du lieu, l’opération sera possible avec des parts à 250 euros fragmentables à 50.

      Sans cette démarche locale, ce café qui draine entre Vannes, Nantes et Rennes et Paris l’été, toutes sortes de gens, le bourg ne serait qu’une immense maison de retraite.

    6. bonjour
      je voudrais juste répondre a Phil de saint Naz sur les infos qu’il donne sur le Café de la pente
      je suis adhérente a cette association et trs engagées dans l’administratif.
      je suis donc au fait des affaires courantes et de gestion
      il convient juste de rappeler que nous sommes dans un PROCESSUS d’achat sinon nous devrons arrêté notre activité, cela ne part pas d’une volonté d’acheter. nous ne sommes donc pas réellement en train d’acheter.
      si la vendeuse refuse notre prix plafond nous ne pourrons aller plus loin
      la part de la SCI à 250 euros, c’est vrai mais fractionnable à 50 euros? j aimerais d’où vous tenez ces infos car en interne ce n’est pas la réalité
      cela ne me pose pas un problème envers vous, c’est juste que les infos erronées circulent très vite et peuvent avoir des répercussions a moyens termes.
      par exemple savez vous comment je suis tombée sur ce blog? en me créant une alerte GOOGLE « café de la pente ».
      cordialement
      le café de la pente

  6. Envisageons et répartissons le travail différemment – cela nous laissera du temps pour réfléchir ET agir comme Citoyen (local et global :))

    Changeons nos mode de consommation (respectueuse)

    « Soyons le changement que nous voulons voir dans le monde » Gandhi….

    Et tout ca ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir : Bye-By capitalisme..

  7. La lessiveuse en a du boulot, extrait:

    … juste derrière la Grèce, vous avez l’Espagne et la France.

    Oui, je dis bien la France. Et là, on change clairement de dimension. On sort de la catégorie poids plume et on plonge dans la catégorie poids lourd. Car la dette de ces deux pays représente un tiers du PIB de la Zone euro.
    (…)
    Quand on parle de la dette française, quelque 1 500 milliards, plus de 80% du PIB français, on oublie systématiquement les engagements hors bilan. Le paiement à venir des retraites des fonctionnaires… Elle est pourtant sûre et certaine, cette dette…
    Eh oui, l’Etat français, c’est un peu comme les banques… il y a des choses énormes qu’on ne voit pas dans nos comptes… mais qui sont là. Ces dettes, il faudra les payer aussi. De mémoire, ces engagements s’élèvent à plus de 1 000 milliards d’euros. Ce qui monte notre dette réelle à quelque 2 500 milliards d’euros. 140% du PIB.
    (…)
    Je pense sincèrement que nous n’en sommes qu’au tout début de l’histoire
    Quelle histoire ? L’histoire de la plus grosse bulle de dettes et déficits étatiques de tous les temps. Nous sommes très loin d’être sortis de l’auberge.

    Extraits de Isabelle Mouilleseaux http://www.la-chronique-agora.com/articles/20100223-2523.html

  8. L’assainissement « douloureux » en Europe selon le FMI

    mardi 23.02.2010, 12:14
    L’assainissement des comptes publics sera « extrêmement douloureux » dans certains pays européens et des « sacrifices » au niveau des salaires sont « inévitables », avertit l’économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), Olivier Blanchard. « L’ajustement est plus facile pour les pays qui peuvent dévaluer leur propre monnaie. Dans les pays qui n’ont pas cette option, il est juste de dire que l’assainissement (des finances publiques) sera extrêmement douloureux » et impliquera des efforts « prolongés sur une durée de 10 ou 20 ans », a-t-il prévenu. Cet assainissement entraînera en effet « à court terme (…) une moindre croissance » et « là où n’existe pas la soupape de la dévaluation, des sacrifices sur les salaires seront inévitables pour regagner en compétitivité », ajoute l’économiste en chef du FMI.

    lesoir afp

    s’il croit ce cher monsieur qu’on va accepter son plan sans broncher….

    ou est la logique vu que cela entrainer encore plus de récession ??

    1. Olivier Blanchard joue au billard à bandes !

      Il cosignait il y a quelques jours une note de recherche du FMI qui évoquait la possibilité de remonter à 4% le taux admissible d’inflation (fixé à 2% par les banques centrales). Une manière de signifier qu’il fallait financer de nouveaux plans de relance, ce qui soulagerait l’effort qu’il annonce dans son interview d’aujourd’hui à Repubblica.

    2. Je comprends bien le lien entre dévaluation de la monnaie et remboursement de la dette publique.

      Mais quel est le lien entre salaires (du secteur privé) et dette publique? Et d’ailleurs, depuis quand les gouvernements capitalistes ont-ils qqch à dire à propos des salaires du secteur privé?

      Ou Blanchard ne parle-t-il que des salaires du secteur public? Mais alors pourquoi ne pas aussi considérer la diminution de la rémunération du capital public (càd rembourser moins que ce qui était écrit dans le contrat)?

      Qqn peut-il éclairer ma lanterne?

    3. C’est un drôle ce Blanchard! Toujours les mêmes vieilles recettes navrantes.

      Des sacrifices sur les salaires oui mais lesquels?

      Ceux des chômeurs, smicards et RMIstes ou de la pseudo classe moyenne en passe bientôt de paupérisation?

      Quant à la compétitivité des dernières décennies, qu’a-t-elle vraiment apportée?

    4. Elle est bien bonne l’idéologie de l’économiste en chef du FMI ! et pourquoi pas des sacrifices au niveau des actionnaires et des circuits financiers pour une fois? Ce genre de déclaration répétée à satiété, depuis des décennies, par des privilégiés, ne doit plus être admissible .

  9. Voilà ce que raconte Robert Sapolsky à propos des babouins qu’il a étudié pendant 40 ans. (texte tiré du blog: http://slauro.blog.pacajob.com/index.php/post/D-un-babouin-%C3%A0-l-autre)

    « Si vous êtes un babouin, il ne vous faut que trois heures par jour pour vous procurer votre compte de calories. Cela vous laisse donc neuf heures de libre pour rendre la vie de vos congénères infernale. Ils ne sont pas stressés parce que les lions les pourchassent, ils sont stressés les uns par les autres par des tensions socio-psychologiques qu’ils ont eux-mêmes inventées. »

    Après 20 années d’étude sur ce même groupe de babouins, Robert SAPOLSKY a constaté ceci : ce groupe de babouins s’est un jour approché d’un peu trop près des habitations et les mâles dominants, à qui tout était dû, se sont jetés sur la nourriture des poubelles, n’en laissant pas une miette aux autres.

    Mais, ces dernières contenaient de la viande avariée et tous moururent d’une tuberculose. Le groupe en fut transformé, n’étant plus désormais composé que de gentils mâles et de femelles. A la suite de cette transformation, ceux-ci prirent donc soin les uns des autres sans aucune agressivité, ni violence. Les mâles dominants des autres tribus durent désormais accepter ce nouveau mode de vie et s’y conformer pour intégrer le groupe.

    Après cela, entrevoyez-vous la solution aux malheurs de l’humanité? moi, oui

    1. L’irruption d’une forme de féminisme chez les babouins ?
      Les bonobos ont trouvé une façon beaucoup plus saine d’occuper leur temps libre, sans avoir besoin de mourir de la tuberculose.

    2. @moi

      Deux générations déjà depuis cet évènement et le groupe reste stabilisé dans cette forme de « culture » collective

    3. Phil, La réalité est un peu moins idyllique que votre description.

      Le chercheur semble dire que cette relative baisse d’agressivité (ils restent tout de même très querelleurs) est très fragile. De plus, pour arriver à cette amélioration, il faut éliminer la plupart des mâles dominants qui foutent le bordel.

      Néanmoins, c’est très intéressant et prouve qu’il est possible de pacifier les relations sociales.

      http://www.nytimes.com/2004/04/13/science/no-time-for-bullies-baboons-retool-their-culture.html

  10. Profit…….eur, personne qui tire profit de tout, sans scrupule. Comment les mettre à l’index de la société. Ils ont des sous, employons-en une partie et créons leurs, une ile artificielle au milieu de nulle part, à 50 centimètre au dessus de la mer. Débarquons les avec leur tas de billets et quelques vivres et laissons les se débrouiller.

  11. ‘’’’’« Ces gens n’ont vraiment aucune dignité ? », direz-vous. Non : ni dignité, ni honneur, ni morale. Ils sont les homo oeconomicus, que la « science » économique n’a pas arrêté de nous vendre comme le nec plus ultra depuis cent cinquante ans : ils sont « rationnels » et dans une seule dimension : celle du profit. Avez-vous jamais entendu dire que l’homo oeconomicus ait une dignité, un honneur, une morale ? Soyons sérieux : si c’était le cas, comment voudriez-vous décrire son comportement à l’aide d’équations et de courbes ?’’’’’

    Accord sans problème sur le fait que l‘organisation « économico – financière » du monde est basée sur des prémices et théories fausses, « la main invisible du marché » bla bla bla …. Le monétarisme, Les « « Nobel » » d’économie attribués en priorité aux « Dans la norme » Libérale ou/et ultra etc..

    Mais dire que tout le monde, économistes comprit, est complice et ne dit rien, c’est se donner une bonne conscience a peu de frais genre – en forcent le trait « Coucou voila le Chevalier Blanc ou Zorro est arrivé é é !»

    De nombreux écrit, livres, notes, prises de positions, y compris par des économistes (pas médiatiques, bien évidement puisque mal pensant) qui dénoncent cet état de fait depuis bel lurette, et proposent sinon LA solution (qui n’existe pas) mais d’autres façon d’aborder la situation et d’organiser le monde « théories comprises ». Seulement voila, qui veut ou est en mesure de ce saisir même en pensée de « voir différemment » ? Y compris sur ce blog, qui a tendance a tout mettre dans le même sac, ce qui est faux. En évoquant souvent ce qui n’a pas réussit (socialisme) mais qui n’a en réalité jamais existé, nulle part !
    Faut il tout prendre de ce coté, pas forcement, mais tenir compte des forces en présence a l’époque.
    L’application du programme du CNR (socialisation) n’a pas trop mal ‘’marché’’ en économie mixte, c’est pourquoi je soutiens les propositions de F Lordon (pas parfaites, c’est lui qui le dit) de médiocriser la finance, de la réduire au minimum utile, avec une surveillance stricte, comme le lait sur le feu.

    C’est « populiste » de tout jeter, le bébé et l’eau du bain, sous prétexte de cata « organisée ». pas « d’homo oeconomicus », pas non plus de « pas d’études économiques » science inexact d’accord, donc « économie politique »
    Pourquoi l’offensive actuelle sur économique et social dans l’enseignement ? Pas assez orthodoxe ?

    1. Salut Roland !

      Je me permets de réagir à votre commentaire car je le trouve, pardonnez-moi, excessif…

      Je m’explique, d’abord Paul ne fait pas de populisme en affirmant qu’il est le seul, tel un chevalier blanc à dénoncer la contre-révolution ultra-libérale dans sa version « science économique » etc.

      Bien sûr, qu’avant lui, de nombreux auteurs ont mis à jour ce processus (ex : Viviane Forrester en 1996, et oui 14 ans déjà !!!). Personne ici n’a oublié le remarquable travail du Diplo dirigé par Ramonet, ou encore la création d’ATTAC et le mouvement alter-mondialiste.

      La singularité du sieur Jorion, son fait d’arme inattaquable, c’est d’avoir rédigé à partir de 2004 (je crois) La crise du capitalisme américain, qui à ce jour me paraît l’analyse la plus pertinente et la plus ébouriffante de la crise que nous traversons.

      C’est vrai qu’il a eu la « chance » de se trouver aux premières loges et que son esprit frondeur ( franchement un anthropologue qui fait du crédit hypothéquaire !) y’est aussi pour beaucoup mais de là à écrire :

      « C’est « populiste » de tout jeter, le bébé et l’eau du bain, sous prétexte de cata « organisée » ».

      Paul rappelle avec persévérance, si ce n’est acharnement, ce qu’il s’échine à dire à longueur de texte et de billet (et même de bouquins).

      La finance ne s’autodisciplinera pas, ses pratiques remettent en cause le contrat sociale il faut donc de la même façon que l’on dompta les pulsions individuelles afin d’assurer la paix sociale, s’attaquer à l’appétit insatiable des financiers et les civiliser par une constitution pour l’économie.

      Mes lectures ne sont peut-être pas suffisamment vastes mais je n’ai lu cela nulle part ailleurs, et j’attends avec impatience un billet de Lordon à ce sujet….

      Vous pouvez critiquez le travail analytique de paul, je trouverai toujours cela intéressant…mais là franchement je ne comprends pas votre commentaire.

      Bonne journée,

  12. Aujourd’hui quatre économistes allemands menacent d’ attaquer le gouvernement allemand et
    l’UE si un bail-out est accordé à la Grèce.

    Aide financière à la Grèce: illégale

    Je ne peux que traduire l’injonction de Peter Boone et Simon Johnson:

    « We need quite different and much more focused policies. These policies must be implemented across the G20, with international coordination and monitoring. Otherwise, financial services will move to the least regulated parts of the world, and it will be much more difficult for each country to maintain a tough stance. »

    ‘Nous avons besoin de politiques très différentes et plus concentrées.Ces mesures doivent etre implémentées à travers l’ensemble du G20 avec une coordination et une surveillance internationale.Sinon, ces services financiers se déplaceront vers des parties du monde avec moins de régulation, et il sera beaucoup plus difficile à chaque pays de maintenir une ligne ferme.’

    Prise de risque, prise sur la régulation
    et sauvetages: le chemin vers ‘Doomsday’

    Que font nos régulateurs ?

  13. @ dissy et François Leclerc

    En d’autres termes, si l’euro n’existait pas, une bonne dévaluation permettrait d’atténuer un peu la souffrance des gens. La BCE pratiquant une politique d’intangibilité du sacro-saint euro (avec l’accord et le soutien des états membres de la zone euro), il ne nous reste plus qu’à crever à petit (ou grand) feu pendant 20 ans rien que pour rembourser nos dettes, dont une large part est évidemment complètement illégitime! Le « taux admissible d’inflation » à 4% ne nous aidera guère, s’il est accepté, sauf peut-être à « raccourcir » la durée de la longue période d’austérité préconisée de 20 à 15 ans! Dans ces conditions, pourquoi ne pas dévaluer l’euro de 4% d’emblée? Cela renchérirait le coût des produits importés — mais si peu! — tout en améliorant marginalement la compétitivité des exportations européennes.

    A moins qu’une telle décision n’entraîne une série de « dévaluations compétitives » avec d’autres monnaies? La belle affaire! Le yuan n’est-il pas déjà largement sous-évalué, ce dont les USA se plaignent constamment, alors même que la « valeur » réelle du dollar l’est aussi?

    1. P.S. Je partage entièrement l’indignation de Paul Jorion, aujourd’hui plus encore que par le passé. Soit dit en passant, qui, en France, va demander des comptes à la SocGen?

    2. la dévaluation est à envisager… seulement si elle ne se peut avérer plus compétitive pour un adversaire. Quelle est notre marge de dévaluation possible et quelle celle des adversaires envers lesquels nous voulons nous rendre plus compétitifs?

      Parfois il est utile de réfléchir avant de prendre une décision à la légère…

  14. Vendre de la camelote en faisant croire au client que c’est un produit de qualité, cela s’appelle de l’escroquerie (cf. Wikipédia) et c’est illégal. Pourquoi la justice ne s’applique-t-elle pas dans le cas de GS ?

  15. @ Agnès, hello!

    ah mais on s’indigne !!

    D’ailleurs on va foutre le capitalisme par terre tout de suite, dès à présent :

    1- chacun modifie ses comportements pour le saboter.
    2- on réfléchit à ce par quoi on pourrait le remplacer.

    Ca avance lentement mais sûrement…

  16. Au Moyen Âge, la morale chrétienne réprouvait l’usure (le prêt à intérêt sur la consommation) au motif que l’argent ne peut faire de l’argent par la seule vertu du temps qui est un don de Dieu. Mais les gardiens de la morale, les hommes d’église, ont vite trouvé d’ingénieux accommodements qui tenaient compte des réalités économiques (de la même façon que la poule d’eau a pu être considérée comme une espèce aquatique afin d’être aussi dégustée les jours maigres). Tout le monde allait chez l’usurier, du paysan pauvre au pape Innocent VII qui engagea sa tiare. Il n’y avait pas non plus que les Juifs et les Lombards qui pratiquaient ces activités. Bourgeois et ordres religieux s’y adonnaient aussi, mais de façon plus discrète et plus détournée.
    Il était tentant de s’abstenir de toute morale en matière de quête de profits, surtout quand une bonne absolution (et quelques dons à l’Eglise) évitait le risque d’un châtiment dans l’au-delà.

    Reste la Loi.
    Est-elle plus efficace que la morale ?

  17. N’est-il pas trop tard pour cette toute generation d’homo oeconomicus, a present au commandes? Peut-on encore corriger le comportement de ces gens la dont l’education repose sur 50 annees de preceptes bien etablis?

    Il me semble parfois que la tache est insurmontable. Nous devrions faire des a present des propositions fortes en matiere d’education. Les business schools en premier qui vampirisent les meilleurs eleves pour en faire des dirigeants ambitieux sans vergogne. Je me rapelle du dernier clip promotionnel d’HEC:
    http://www.youtube.com/watch?v=_OIIxy3PpbQ&feature=player_embedded

  18. Que l’Homo Oeconomicus n’ai qu’une dimension, celle du profit, personne ou presque n’en doute plus. Par contre je ne suis pas sûr qu’il soit si « rationnel » que cela ou alors les lemmings le sont tout aussi à leur façon, qui se précipitent tous ensemble du haut de la falaise. A mon sens l’Homo Oeconomicus est surtout grégaire et la grégarité ne s’alimente pas souvent aux sources de la dignité, de l’honneur et de la morale. Ces derniers temps c’est même plutôt aux sources de la plus basse cupidité qu’elle s’est abreuvée.

    1. C’est toute l’incohérence de l’homo œconomicus. Il se croit rationnel alors qu’il ne l’est pas parce que c’est une conception étriquée du rationalisme qui ne vise pas l’intelligibilité du monde mais sa coupe réglée selon un ordre de la mesure purement quantitative. Il lui manque une prise en compte de l’affect, comme l’a montré Paul Jorion, cet affect au coeur des relations sociales, y compris économiques et dont procède le qualitatif en toutes choses.

      La théorie des anticipations rationnelles est fondée sur l’idée que chacun des acteurs économiques poursuivant son intérêt propre contribue nécessairement à la création d’une richesse collective. Les acteurs économiques individuels n’ont qu’à tenir compte de données quantitatives que sont les prix (marchandises, salaires) pour déterminer leurs décisions et anticiper leur action future, la somme des décisions individuelles produisant alors un constant retour à l’équilibre, affectant les facteurs de production de façon optimale. Mais cette économie supposerait une transparence totale du marché, ce qui ne se constate jamais.
      Finalement ce modèle d’économie hors du temps et des formations humaines rejoint la conception soviétique de l’économie planifiée elle aussi hors du temps et négatrice des formes singulières de l’humanité.

      D’où les tentatives des néo-libéraux d’adapter la nature humaine à leur modèle caduc puisque le modèle ne peut fonctionner spontanément. La société de contrôle dont parlait Deleuze a précisément pour but de pallier à l’incapacité du capitalisme à fonctionner spontanément. La phase ultime du capitalisme n’est alors autre que le capitalisme d’Etat : un capitalisme qui fait de l’Etat l’instrument entièrement dévoué à sa cause. Le capitalisme s’est toujours développé en symbiose avec les Etats, mais cette fois on touche au paroxysme. Tout l’enjeu de la période actuelle est donc de déterminer la meilleur façon d’empêcher que le renforcement du contrôle qui risque désormais de mettre en péril la démocratie elle-même. Il importe donc de domestiquer la sphère économique en la tenant à l’écart du jeu démocratique. Brider la puissance de la finance est l’urgence mais tous les rouages institutionnels qui portent la marque de l’empreinte capitaliste doivent aussi être mis au rencart et remplacés par des instances réellement indépendantes et démocratiques.

    2. @Pierre-Yves D.
      On est bien d’accord.
      C’est en cela que l’ordo-liberalisme dogmatique de l’Europe est bien une menace réelle et concrète pour les Démocraties qui subsistent encore au sein des Etats qui la composent; sachant qu’il a des complices aux commandes dans la plupart de ces Etats…
      Comme les dirigeants de ces Etats risquent, sous son influence, de prendre des mesures que le libre jeu démocratique risquerait de perturber, on se dirige tout droit vers des restrictions drastiques et rapides de ce libre jeu démocratique. La ratification du traité de Lisbonne dans la foulée du Non au referendum est en ce sens pour moi un symbole et un avertissement plus qu’inquiétant.

    3. Pierre-Yves D. dit : « Il importe donc de domestiquer la sphère économique en la tenant à l’écart du jeu démocratique. »

      Je ne suis pas d’accord avec cette formulation !

      Il n’est pas question de tenir à l’écart la sphère économique… il est nécessaire que la démocratie s’impose à la sphère économique.
      Sinon on est comme vous le disiez dans la situation
      soit du capitalisme qui devient de plus en plus autoritaire au fur et à mesure que ses dégâts sont contestés,
      soit d’un bureaucratisme stalinien qui rêve d’une gestion autonome et centralisée de l’économie, donc tout autant hors de la démocratie qui ne peut être qu’au plus proche pour être active.

      Petite idée qui me trotte dans la tête sans que j’y ai encore beaucoup réfléchi :
      n’y a-t-il pas à trouver les modalités d’une organisation qui tout en étant ordonnée laisseraient des zones (des couches dans le modèle) qui seraient darwiniennes ?
      Par exemple un marché local des fruits et légumes est darwinien, mais une régulation des prix minimum régionaux ou nationaux introduit une contrainte qui permet d’éviter les prix aberrants tenant à un rapport des forces momentanément ou durablement déséquilibré.
      Et au-dessus de cette régulation nous retrouverions un marché mondial darwinien sur les surplus de production… Mais on pourrait aussi imaginer que ce marché mondial est régulé (par des prix planchers) pour permettre aux pays pauvres de défendre leur agriculture (dans l’exemple pris)…

    4. @ Jean Nîmes,

      merci d’avoir relevé, j’ai mal formulé.

      Je voulais dire brider l’économie encore l’état de nature de façon à ce qu’elle ne perturbe plus le jeu démocratique. Je suis d’ailleurs pour la Constitution pour l’économie.

      Concernant la question des « couches darwiniennes » et des prix n’est-ce pas plutôt un problème de concentration du capital ?
      Les surplus dont vous parlez n’indiquent-ils pas que l’on est en présence d’une excessive concentration du capital qui se traduit par une culture intensive d’exportation dont la contrepartie est l’affaiblissement des marchés locaux, lesquels, s’affaiblissant, mettent en péril la souveraineté alimentaire de pays alors contraints d’importer les surplus ?

      Ceci dit cela n’enlève rien à la pertinence de votre question. La régulation par des prix plancher est une option possible, mais peut-être pas la seule.

  19. Etranglement d’un rêve à « s’enrichir à coup de camelote et en s’assurant contre ses dégâts » ; faire à d’autres les poches qui forcément se vident, et du sang des larmes coulent. Vous dites « la Société Générale a été la principale bénéficiaire du sauvetage de l’assureur américain AIG (…) Si la France s’est fâchée à cette occasion, on ne peut que l’en féliciter ». Faire à d’autres les poches qui forcément se vident. Les règles grosso modo restent les mêmes, réajustements et nouveaux produits et hébergements innovants de flux financiers continuent à enfumer comment dire… toutes tentatives ou de régulation… le vent est bon, grand soleil, fuyant en avant la galère semble voguer toutes voiles tous pavillons dehors : pourquoi féliciter « la France » et sa « société générale » ? De quel argent pris la SG s’est « sauvée » ? A rejoindre Raison et économie sur une même ligne de vertu , je ne m’en sors pas mieux dans ce registre, ai-je loupé un train ? Ou déjà je le crains la gare où ma rêverie m’a menée est depuis longtemps désaffectée. Aux états les miettes, les rapatriements sauve qui peut la vie, et miettes à notre tour ?

  20. Paul,
    Vous savez très bien que tout cela fait parties des fondements de la Bourse et des options.

     » Le droit de vendre est appelé un PUT, le droit d’acheter est appelé un CALL.
    Quand on achète un call, on achète le droit d’acheter le sous-jacent au prix fixé;
    Quand on achète un put, on achète le droit de vendre le sous-jacent au prix fixé.
    Pour acquérir ce droit, l’acheteur de l’option paie, dès la conclusion du contrat, une prime au vendeur de l’option. »

    Maintenant, est-ce éthique que l’on puisse parier sur la chute d’une entreprise et maintenant d’un pays comme la Grèce?

    Dignité? Je ne comprends pas la question.

  21. Le problème est que l’Europe, tout comme on le dit pour la Belgique, n’est qu’un pays ou conglomérat inachevé.
    Tant que l’on ne voudra pas être solidaire qu’avec une monnaie identique.
    Un fond européen comme le FMI, voilà ce qu’il faut créer.
    La Grèce y puiserait et rembourserait comme d’autres.
    Les assurances ne doivent-elles se prendre qu’au niveau des sociétés et des particuliers?

    1. C’est pour celà qu’il faut limiter la construction européenne au SME dans un premier temps pour avoir la capacité financière au travers d’un fond européen de se défendre des spéculateurs par notre puissance financière.
      Une Europe protectionniste, aux actes politiques forts-passeport commun, armée commune, drapeau commun, hymne commun, enfin tous les devoirs régaliens communs-
      Une Europe protectionniste de nos valeurs historiques, si ce pas n’est pas vite franchi alors l’éclatement s’opérera.
      Dans un premier temps le traité de Lisbonne doit être corrigé en traité de Paris-Berlin !

    2. PAD,
      Le SME, le Serpent Monétaire Européne ?
      Dans un premier temps?
      Retour en arrière de 30 ans?
      Alors que l’Europe s’élargit depuis 60 ans…
      Si on pouvait écouler ses productions à un environnement proche, que l’on pouvait vivre en autarcie et que la mondialisation n’avait pas existé, peut-être.
      Le protectionnisme, c’est se couper du monde et de nos habitudes.
      Faut pas rêver, on ne joue pas au yoyo avec l’histoire.

    3. @ l’enfoiré
      Les pays européens se sont développés sur l’extérieur et non sur le marché intérieur qui a un potentiel énorme.
      L’extension de l’Europe depuis 15 ans n’a été que la volonté des USA relayée par la GB pour développer leur marché sur le dos des peuples européens.
      Tant qu’ à revenir dans l’histoire en arrière, méfiez-vous celà pourrait arriver plus tôt que vous n’oseriez l’imaginer.
      Ne confondez pas mondialisation et globalisation et n’ayons pas peur de changer nos mauvaises habitudes… Je vous remercie de votre lecture.
      Cordialement.

  22. Une réflexion sur le débat en cours à la FDIC sur la retitrisation..:

    The IMF has estimated the global financial system lost $4.1 trillion during the credit crisis. Several hundred billion dollars of those losses resulted from not having adequate transparency in securitizations. The losses would have been avoidable if the markets had not continued to support unsustainable origination practices by purchasing new securities after loan performance data indicated these practices should stop in late 2006. »

    ‘Le FMI a estimé la perte du système financier global à 4,1 trillions de $, résultant de ‘la crise du crédit’. Plusieurs centaines de milliards de $ de ces pertes sont le résultat d’une transparence insuffisante en matière de titrisation. Ces pertes auraient pu etre évitées si les marchés n’avaient continué de soutenir des pratiques de génération de sécurités aux résultats inatteignables en achetant ces nouvelles sécurités après que les informations sur la performance des prets aient indiqué que ces pratiques auraient du etre arretées fin 2006.’

    Towards a transparency based financial system

  23. Décidément, vous portez de l’eau à mon moulin en écrivant:

    « Ces gens n’ont vraiment aucune dignité ? », direz-vous. Non : ni dignité, ni honneur, ni morale. Ils sont les homo oeconomicus, que la « science » économique n’a pas arrêté de nous vendre comme le nec plus ultra depuis cent cinquante ans : ils sont « rationnels » et dans une seule dimension : celle du profit. Avez-vous jamais entendu dire que l’homo oeconomicus ait une dignité, un honneur, une morale ? Soyons sérieux : si c’était le cas, comment voudriez-vous décrire son comportement à l’aide d’équations et de courbes ?

    La « science économique est bien morte, et, espérons-le, enterrée, en tout cas dans sa version universitaire actuelle!
    A quoi servent tous ces professeurs si ce n’est que pour faire les « idiots utiles » de ceux qui se remplissent les poches « rationnellement et sans scrupules »?
    Tant que le signe monétaire dans sa forme actuelle, la racine même du capitalisme, ne leur pose pas un problème de « raison » et de raisonnement : un objet (le billet) émis pour ne pas circuler et qui ne circule qu’avec le chantage de l’intérêt de la monnaie, autrement dit, une institution publique, la monnaie, est entièrement dévouée aux intérêts privés des plus fortunés. Tant que ceux qui ont tous les moyens d’analyser ça et de le changer en conseillant les hommes politiques correctement ne sont que complices de l’existant sur un mode a-critique, la « science » économique n’est pas! Les professeurs d’économie se font ainsi complètement manipuler par la perversité du capitalisme.

    1. La science économique qui niait la caractère politique de l’économie est bien morte, du moins s’est mise en sourdine, je suis bien d’accord.

      Mais est-ce bien nécessaire de mettre dans le même panier toute la profession ?

      Les Frédéric Lordon, J.-C. Werrebrouck , Jacques Sapir, Jacques Généreux, Serge Latouche et sans doute encore quelques autres, en France et à l’étranger, sont universitaires et dénoncent avec vigueur les thèses néo-libérales, et ce depuis de nombreuses années pour certains d’entre eux. Certes pas toujours pour de bonnes raisons, dans les mêmes termes et avec les bonnes solutions, de même l’a priori économiciste est plus ou moins marqué selon les cas, mais parfois pas du tout pour un Latouche par exemple.

      Ces personnes ne sont pas écoutées des gouvernants, c’est le moins que l’on puisse dire. Si c’était le cas, on nous vendrait pas la rigueur comme c’est le cas actuellement.

      Ceci dit je me doute bien que ce n’est pas à ces personnes, minoritaires, que vous pensiez d’abord ;-).
      C’est à l’énorme bloc, encore bien en place, de la science économique a-critique, comme vous le dites bien, qui se répand dans la presse et effectivement conseille les gouvernants. J’espère pour plus très longtemps !

  24. Heureux l’ignorant car il ne sait pas.
    Ils ont raison car nous sommes tellement bêtes que s’ils nous disaient tout, nous ne pourrions que paniquer, nous précipiter dans les banques et faire un système solide s’écrouler sans raison.
    C’est aussi pourquoi ils ont été obligés de nous dire que le nuage de Tchernobyl s’était arrêté aux frontières ou qu’il n’y aura pas de pénurie d’essence puisque la France a des réserves à ne savoir que faire. Pauvres dirigeants obligés à contre-cœur d’omettre la vérité pour ne pas affoler ce peuple d’idiots…

    Paul vous parlez souvent de moralisation de la finance et de sortir l’économie du mode primitif dans lequel elle s’est développée jusqu’à maintenant par opposition avec d’autres domaines pour lesquels des lois, des constitutions ont été écrites. Je pourrais être d’accord si ce n’est qu’au final les personnes qui dirigent les institutions financières ne sont pas respectueuses des lois et des constitutions existantes qui ne sont finalement faites que pour le bas peuple et pas pour les élites. Quelles chances aurait une telle constitution d’être respectée par des gens qui osent dire en public qu’ils « réalisent l’œuvre de Dieu sur Terre » en travaillant dans la finance ?
    Ah si seulement les gens bien savaient faire des révolutions !!!

    Sinon, tout à fait hors sujet, je regrette depuis la refonte graphique du site, la disparition de la possibilité de navigation entre les articles. Je suis obligé de passer par le flux RSS, c’est dommage.

  25. On aimerait bien savoir ce que « la France » avait comme biscuit pour arriver à convaincre les institutions financières US de renflouer la SG…

    1. Je l’ai dit plus haut. La France a sans doute payé en envoyant des soldats en Afghanistan. Cela coûte probablement aussi cher à l’Etat que de renflouer la SG (peut-être un peu moins, mais la différence est payée en vies humaines) mais cela passe mieux auprès de l’opinion publique.

  26. Extra territorialité morale de la finance!!! je dirais plutôt flibusterie européo-américaine d’une clique de financiers prédateurs. Leur modèle c’est « Oceans » le film de Perrin (allez le voir c’est instructif de la réalité) et leur devise: Malheur aux sardines!

    N’oubliez pas que le slogan à la mode est de protéger les baleines les requins et les thons rouges parce que le bon peuple s’identifie à ces monstres des mers lorsque repus ils nagent paisiblement au milieu des harengs. Le problème est que à coté des requins, les financiers ont un appétit insatiable.

    Alors que faire pour les sardines Monsieur Jorion? Les mettre en boite comme en Chine? ou dans leur graisse comme des obèses?

  27. @ M. Jorion.

    Doit-on encore considérer que ces entités, SocG, BNP ou GS ont encore une nationalité?
    Cette question n’est pas vaine car la réponse a des implications politiques énormes.

  28. Corine Lepage cite citibank comme un des acteurs majeurs (parmis d’autres) spéculant sur la chute de l’euro ainsi que de la Grèce !
    Et bien je vais vous faire rire … ou alors vous déprimer pour la journée…
    Il y avait ce soir un match de foot à la TV entre les équipes du Pirée (Olympiakos) et de Bordeaux.
    ET devinez quelle entreprise est sponsort de Olympiakos Le Pirée…
    si si je vous assure que c’est vrai: c’est Citibank, vous pouvez le constater sur le site web officiel de cette équipe de Football à cette adresse:
    http://www.olympiakos.gr/#
    Pour le score, les malheureux Grecs ont en plus perdu 0-1 à domicile.

  29. Famille quand tu nous tiensI
    Moi, le « complot de la théorie » des Mafia, « je n’y crois pas ».
    Ni à l’Iliade et l’omerta d’ailleurs…..
    Pardon Paul, je sais.

  30. @ Moimoi qui écrit ceci:
    24 février 2010 à 00:24
    Je l’ai dit plus haut. La France a sans doute payé en envoyant des soldats en Afghanistan. Cela coûte probablement aussi cher à l’Etat que de renflouer la SG (peut-être un peu moins, mais la différence est payée en vies humaines) mais cela passe mieux auprès de l’opinion publique.

    JF: faire la guerre est le moyen ultime de dstruction de la richesse, cela perpétue la rente du capital très efficacement.
    La solution « paisible » de la réforme par le SMT ne coûterait pas cher, et c’est bien pourquoi, en mettant fin à la rente du capital, il n’y aurait plus besoin de faire la guerre pour maintenir les états « vainqueurs », mais aussi ruinés.

  31. Les uns et les autres parmi les partisans de la réforme

    « The Volcker rule is following the tried and true path of all Obama “reforms”, meaning an idea announced with great fanfare is being whittled back to meaninglessness. » Yves Smith

    Volcker rule being deep-sixed >

    « The alliance that has held back reform begins to crack…The middle of the consensus has started to move, against mega-banks and against dangerous overborrowing by the financial sector. This will be a long hard slog, but we are finally heading in the right direction » Simon Johnson

    Prospects for financial reform

  32. C’est vrai que les avocats, les médecins, les juges, les policiers,… doivent tous respecter une déontologie stricte et tout manquement est sévèrement sanctionné par le conseil de discipline de leur ordre (conseil de la magistrature, ordre des médecins,…). Même s’il y a des exceptions : des jugements très sévères pour des fautes bénignes et vice-versa.

    A contrario la crise financière actuelle montrent bien la collusion et l’immoralité des autorités financières : elles s’appliquent à couvrir les pratiques les plus criminelles et absurdes et demandent encore plus de laxisme dans les lois et les conventions les régissant.

    Alors que les avocats, médecins,… revendiquent une morale extrêmement rigide voire dépassée (l’ordre des médecins est contre le droit à l’avortement), les financiers revendiquent sans aucune honte une absence totale de scrupule et la recherche du gain à tout prix. Le seul atome de morale qui subsiste est qu’ils sont censés agir pour le biens de tous, c’est à dire fluidifier les échanges commerciaux et faciliter les investissements. Encore qu’à leur yeux cela ne doit être qu’une conséquence de leurs flux financiers, comme l’ont si brillamment démontré les théories microéconomiques qui disent que le prix contient toutes les informations.

    Dans ces conditions la situation économique actuelle est tout à fait logique.

    L’interdiction des paris sur les prix peut aussi se voir comme une loi morale de la finance. Et la constitution économique n’est autre qu’une liste minimale de lois morales pour l’économie.

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