Goldman Sachs aujourd’hui (II) – La dénonciation de la supercherie par Michael Lewis

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Lorsqu’il devint évident en février 2007 qu’une crise de dimension cataclysmique s’ébauchait dans le secteur subprime de l’immobilier résidentiel américain, un sauve-qui-peut généralisé s’empara des banques américaines qui en possédaient des quantités substantielles en portefeuille. L’image que l’on s’était faite était que ces produits financiers apparaîtraient aux yeux du public comme des placements de bon père de famille et que des myriades de petits investisseurs se les répartiraient entre eux. Ce qui s’était passé dans la réalité était que l’évaluation erronée du risque associé à ces produits par les agences de notation les avait fait apparaître comme d’un taux de rendement extraordinairement élevé par rapport au risque encouru et ç’avaient été les banques elles-mêmes qui, dans les années 2000 – 2006, les avaient acquis en quantités colossales et les avaient accumulés dans leurs portefeuilles.

Rien dans ce que nous savons a posteriori ne suggère qu’il y ait eu chez ces banques qui refilèrent à leurs clients les pertes qui s’annonçaient dans le cataclysme imminent, le moindre d’état d’âme : elles mirent au point en un rien de temps des produits financiers qui leur permettraient de parier dans une configuration de profit optimale sur la chute de ce qui apparaissait soudain comme un secteur du crédit condamné globalement, et se tournèrent vers leurs clients les plus fidèles comme étant les victimes toutes désignées qui leur permettraient à elles de se tirer d’affaire. La justification qu’elles se donnèrent pour agir de la sorte était simple : il s’agissait après tout avec leurs clients d’intervenants « avertis » – « sophisticated » en américain – sur les marchés financiers, et s’ils achetaient les produits frelatés qu’on leur offrait, ce devait être en toute connaissance de cause. L’hypocrisie alla beaucoup plus loin encore : « Qui sait, se disait-on dans ces firmes, c’est peut-être eux après tout qui ont raison dans l’évaluation du marché ? » La fiction qui règne en maître dans tout entreprise, qui veut que le client est roi, se transformait en farce.

Développement apparemment paradoxal, ce ne furent pas les régulateurs qui levèrent le lièvre mais un livre : The Big Short par Michael Lewis, un auteur qui, vingt-et-un ans auparavant, dans un best-seller intitulé Liar’s Poker, avait dénoncé les mœurs des grandes banques d’investissement de Wall Street, et plus particulièrement de la firme Salomon Brothers qui l’avait employé. Il expliquait à propos de son ouvrage publié en 1989, soulignant d’ailleurs sa perplexité à ce sujet, qu’un livre qui constituait à ses yeux une dénonciation de comportements inavouables dans le monde financier, avait au contraire été reçu avec enthousiasme par une génération de jeunes loups qui en avaient fait dans le monde des banques d’affaires le vade-mecum d’une élite de traders et de commerciaux aux dents longues.

Le nouveau livre de Lewis, publié en avril 2010, rapportait de façon détaillée la campagne entreprise par Wall Street quand il devint évident que les titres émis dans le secteur subprime sombraient et que le seul espoir de survie pour ceux qui les détenaient en grandes quantités – ce qui était le cas de Wall Street dans son ensemble – résidait dans leur vente immédiate, et mieux encore, dans des paris portant sur leur perte afin de réaliser un gain rapide et pouvant rapporter des sommes plus élevées encore que le risque effectivement couru. La démonstration qu’offre le livre est brillante, démontant les mécanismes, mêlant les récits d’acteurs interrogés par Lewis à sa propre narration où le cynisme des uns et des autres est mis en scène avec humour et talent. L’auteur a le sens de la formule et certaines, c’est sûr, seront non seulement répétées mais iront aussi s’inscrire dans la mémoire que l’on gardera des années du nouveau grand tournant. Qui contestera par exemple que « la meilleure définition peut-être pour « investir » est « parier en ayant mis toutes les chances de son côté » » (Lewis 2010 : 256) ?

Après avoir constaté que, dans une belle unanimité de ses principaux protagonistes, Wall Street puisa dans la caisse, et que chacun – qu’il ait été de ceux qui parièrent sur l’effondrement du système financier, ou de ceux qui conservèrent l’espoir secret de son rétablissement jusqu’au 15 septembre, quand la chute de Lehman Brothers entraîna dans sa chute le système tout entier –, que chacun donc se retrouva quand même avec en poche quelques dizaines de millions de dollars au moins, Lewis pose la question qui s’impose : « Pourquoi des gens prendraient-ils des décisions financières intelligentes, s’il n’y a pour eux aucun impératif à ce que ce soit ainsi, et s’ils peuvent devenir riches tout aussi bien en prenant des décisions stupides ? » (ibid. 257). Pour finir sur le constat dont on découvrira a posteriori qu’il joua un rôle décisif dans ce nouveau grand tournant : « Les financiers au monde les plus puissants et les mieux payés avaient été entièrement discrédités. Sans l’intervention des gouvernements, chacun d’entre eux aurait perdu son poste ; et pourtant, ces même financiers utilisèrent les gouvernements pour s’enrichir encore davantage » (ibid. 262). On avait attribué à ces financiers une expertise. Quand on découvrit que celle-ci était illusoire, on imagina que l’arrogance qui avait cette expertise pour excuse, se serait évanouie avec le mirage. Il n’en fut rien et l’évidence s’imposa : il n’avait jamais été question d’expertise, il n’y avait jamais eu qu’un simple rapport de force. Et celui-ci était maintenant pleinement visible, nu et glacé.

(à suivre…)

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Michael Lewis, Liar’s Poker. Rising Through the Wreckage on Wall Street, New York : Norton, 1989

———–, The Big Short. Inside the Doomsday Machine, London : Allen Lane, 2010

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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44 réflexions sur « Goldman Sachs aujourd’hui (II) – La dénonciation de la supercherie par Michael Lewis »

  1. Mon commentaire précédent ayant été volatilisé, je me demande simplement pourquoi il ne serait pas possible, comme en aïkido, d’éviter un rapport de force qui permet à l’assaillant de se stabiliser, alors que l’amener devant le vide et l’inutilité de son agressivité lui fait perdre tout équilibre.
    Comment traduire ces notions très simples, mais très efficaces, dans le monde de la finance ?

    1. Parce que le monde de la finance est d’une autre nature, sans doute.
      L’argent étant le produit, justement, d’un rapport de force.

    2. C’est bien beau la philosophie du aïkido, mais ça a ses limites (elle suppose une égalité de moyens entre combattants). Par exemple, essayez l’aïkido face à un type qui sait utiliser son gros flingue. On verra le résultat.
      Parfois, la seule solution c’est d’avoir un flingue encore plus gros…

    3. Maitre Dong

      Un des combattants ne respecte aucune règle, il a brisé plusieurs membres de son adversaire et tout à son affaire, ne s’aperçoit même pas qu’il est en train de le tuer.

      Seul le public, qui regarde la lutte au travers d’une épaisse fumée, peut mettre fin à cette boucherie.

    4. Je partage l’objection du « gros flingue » : l’aïkido permet alors essentiellement d’anticiper le danger pour se mettre à l’abri ! Par contre, le judo comme l’aïkido utilisent l’énergie de l’autre, sauf que le judoka a besoin de se saisir de l’adversaire, luxe qui lui sera refusé par l’aïkidoka, prince de l’évitement.
      Enfin, par rapport à un adversaire qui ne respecterait aucune règle, la partie serait loin d’être perdue car l’aïkidoka est en imperceptible vibration, horizontale et verticale, qui décuple contre lui la force de l’assaillant, au point qu’une attaque sincère est rarement suivie d’une seconde, tant la sanction est sévère.
      Je parviens à appliquer cette philosophie dans de nombreuses situations, familiales, professionnelles ou sociales et je suis sûr qu’une application politique est possible.

    5. L’analogie n’est pas si évidente, contre un adversaire qui n’est pas en un seul bloc, mais plutot comme un nuage de guêpes :
      Aucune inertie à entrainer vers le bas, aucun choc à pouvoir donner…seules peut-être la météo avec un coup de vent ou un froid soudain, pourrait agir sur l’ensemble de cette forme….

  2. Le parallèle en remplacant banques par partis politiques est cinglant.Politiciens élus par ‘des gens avertis’.Si cela n’aboutissait pas à tant de misères et de souffrances, on s’applaudirait , nous les coculs éternels…

  3. Wouah! Quelle note de lecture!
    N’existe probablement pas en français.
    Ne craignez vous pas de temps en temps pour vous?
    Merci de partager en tout cas.
    Le mieux que je puisse faire c’est m’appliquer à suivre et comprendre tout çà.
    A défaut de vraiment contribuer pour l’instant.

    1. Tant mieux, je préfère vous voir serein.
      Pour l’instant ?
      Y aurait il plus de risque s’il grimpait au classement?
      J’espère vraiment que non.
      Et puis vous l’avez dit : « Plus bêtes que méchants », n’est ce pas?
      C’est la capacité à nous comprendre dans l’ensemble interactif de l’économie qui nous fait le plus défaut et qu’il nous appartient de rechercher puis cultiver.
      En ce sens, votre blog : une sorte d’université…socratique?
      Aïe!

  4. Le « grand tournant ». Belle expression. N’empêche que ça fout quand même un peu la trouille car ça suppose qu’on puisse rater le virage et se planter dans le décor. Ce serait quoi la ceinture qui sauve dans ce cas ?
    Merci pour toutes ces analyses qui contribuent à notre lucidité.

  5. « Les financiers au monde les plus puissants et les mieux payés avaient été entièrement discrédités. Sans l’intervention des gouvernements, chacun d’entre eux aurait perdu son poste ; et pourtant, ces même financiers utilisèrent les gouvernements pour s’enrichir encore davantage »

    Une belle occasion manqué d’inverser les futiles valeurs de ce monde avant qu’il ne soit trop tard et on commence déjà à entendre certaines rumeurs de guerre. Les dirigeants du monde ont en effet grandement faillis par contre à l’antenne ils s’en sont très bien sortis ensemble, l’histoire en témoignera.

    Nul ne peut être droit et servir deux maîtres à la foi : l’argent ou le ciel car si tout le monde en finit par servir les seuls Maîtres de l’argent qui pourra encore leur faire entendre raison croyant ou pas d’ailleurs ? Comme si nous ne vivions pas assez suffisamment à 100% dans ces funestes valeurs de tromperie, bizarrement au moment de la crise on n’a jamais parlé autant de la pédophilie des prêtres, décidément plus rien maintenant ne pourra empêcher le compte à rebours de s’arrêter.

    Il y a aussi une chose que les gens n’aiment pas du tout subir en plus c’est de vouloir encore rechercher à les endormir et à les manipuler comme hier, au risque même de provoquer davantage la colère des peuples, du ciel et de Dame nature par dessus-tout.

    Ca va très très mal finir pour les marchands du monde !

    1. Le Moyen-Age paraitra lumineux par rapport à notre époque, et les dirigeants actuels seront la risée des historiens futurs. Le tribunal de l’histoire contrairement à celui de kafka, siège plus tard mais n’en est pas plus clément. Il est l’équivalent du jugement dernier.

      Ca ne les concerne pas, mais c’est la seule chose qui restera d’eux, leur servilité et leur médiocrité. Leur nullité au même titre que le plus insignifiants empereurs romains, celui qui n’a rien fait et qui n’a rien vu venir…

      On désespère quand au moyens de faire changer les choses : le discours rationnel, l’appel à l’émotionnel. Si au moins les gens arrêtaient de voter pour les partis traditionnels….

    2. Nous sommes phagocytés, par un véritable cartel politico-financier mafieux, qui, à viser le profit pour assurer son pouvoir, nous conduit à la barbarie et la dévastation de la planète, preuve de l’auto-destruction en son principe du système capitaliste.
      Cet holdup criminel planétaire constaté, dénoncé, commenté, nous tient encore en sidération parce que nos actions et réactions sont loin de tenir en échec cet hydre puissant qui dans ses convulsions ultimes , nous mènera à des menaces de guerres et guerres fratricides.
      C’est à ce danger qu’ils nous faut résister, il en va de notre ultime chance de retrouver le sens de la vie dans le bien commun.
      Conclusion pour ma part, que défendre le bien commun est le seul paradigme conséquent pour dissoudre
      cet hydre que pour l’heure nous laissons vivre à nos dépends.

    3. @ Pierre Charland,

      « Nul ne peut être droit et servir deux maîtres à la foi : l’argent ou le ciel
      HÉ bien aux USA c’est officialisé………..
      Sur le dollar américain » In God we Trust » »
      =>
      Sans oublier la croyance en les paradis fiscaux (tax havens), et éventuellement celle en les paradis artificiels…
      Tout un programme de croyance dans le positivisme forcené…

      Cordialement,

  6. Certes la venalite des banquiers les emmene avec nous vers une catastrophe autorealisee. Encore faut-il rediger ces faits avec un certain style, sans quoi on a peine a finir l’article, et on rate ce qu’il pourrait apporter de neuf sur la question… je n’ai pas verifie… helas

  7. Ce présent billet « résonne parfaitement » avec le dernier billet en date de François Leclerc du 23 juillet: Tests de « stress »(?): exposition des banques aux risques souverains.

    Donc la supercherie a triomphé. Autrement dit, il n’y aura désormais plus de mauvaises nouvelles économiques et financières, qu’on se le dise bien. D’ailleurs la reprise est là. Certains ont déjà dit que la crise est finie depuis le 18 décembre 2008 exactement, alors? C’est à nous de nous débrouiller avec cette situation pleine de promesses… Qu’est-ce que ça serait si on était encore dans la crise!…

  8. Parallèlement à l’explosion des profits, donc à la surproduction, l’Etat orwellien se met en place.
    Le Washington Post en offre un magnifique témoignage.
    Il a commencé à publier cette semaine le résultat de deux ans d’enquête
    sur le vrai gouvernement, beaucoup plus puissant que les élus du Congrès ou la Présidence…

    LE GOUVERNEMENT SECRET DES ETATS-UNIS
    http://projects.washingtonpost.com/top-secret-america/

  9. La justification qu’elles se donnèrent pour agir de la sorte était simple : il s’agissait après tout avec leurs clients d’intervenants « avertis » – « sophisticated » en américain – sur les marchés financiers, et s’ils achetaient les produits frelatés qu’on leur offrait, ce devait être en toute connaissance de cause. L’hypocrisie alla beaucoup plus loin encore : « Qui sait, se disait-on dans ces firmes, c’est peut-être eux après tout qui ont raison dans l’évaluation du marché ? »

    après tout ça se défend ‘dis comme ça’…

    les mots sont des traitres et nous font oublier bien souvent que derrière eux, derrière un contrat, se cachent une réalité à la fois simple et radicale comme peut l’être un rapport de force.

    c’est le sens de la phrase ‘à qui profite le crime?’

    bien sûr que les mots ont un pouvoir, d’ailleurs au commencement était le verbe…. on peut regretter ici la désertion de toute opposition sémantique et dialectique, la notion de sens pleinement abandonnée aux tenanciers de l’ordre actuel.

    je crois qu’il est clair que changer de paradigme c’est d’abord changer de dialectique en revisitant la question du sens de la vie.

  10. Moi je partage l’avis des commentateurs sur l’état actuel des choses et le comportement de certains mais je suis également étonné de constater qu’ils réagissent, ces commentateurs, comme si la cupidité et le cynisme étaient des choses nouvelles. Bon, OK, il y a une question d’échelle, ça n’est pas rien. Je me trompe peut-être dans mon interprétation des commentaires 😉

    Petite question de détail : en début d »article vous dites que conscientes des risques, les banques voulaient se débarrasser de ceux-ci en les vendant à leurs clients mais 5 lignes plus bas vous dites que ce sont les banques elles-mêmes qui les ont rachetés : « ç’avaient été les banques elles-mêmes qui les avaient acquis en quantités colossales et les avaient accumulés dans leurs portefeuilles. »

    Ma logique simpliste ne suit pas !

    1. 2000 – 2006 : « ç’avaient été les banques elles-mêmes qui les avaient acquis en quantités colossales et les avaient accumulés dans leurs portefeuilles. »

      2007 – 2008 : conscientes des risques, les banques veulent se débarrasser de ceux-ci en les vendant à leurs clients.

      Je vais ajouter les dates.

  11. Il y a une donnée qui va être intéressante (tout de même), c’est l’évolution de l’opinion du peuple Américain face à ce déballage .Vont-ils repartir pour un tour avec le: « liberté fling business » ou inventer quelque chose englobant l’économie dans ce qui pourrait devenir un pendant aboutit de ce qui avait été esquissé dans les décennies 60-70?

  12. Ce n’est bien sur pas nouveau ce qui arrive, le cynisme, le mercantilisme, la cupidité, la tromperie, la duplicité et toutes ces choses qui s’accordent et se marient bien ensemble à partir d’un certain de train de vie indécent au dessus des autres.

    Surtout dans ce monde en grande faillite morale, mais là ce qui est fort quand même c’est qu’ils s’imaginent pouvoir encore continuer ainsi jusqu’à la fin des temps alors que beaucoup de gens et de familles n’en peuvent déjà plus mais pas seulement içi mais partout ailleurs.

    Ce qui s’est passé en 2009 pour beaucoup c’est bien la fin d’un mythe celui du meilleur des mondes, celui de nos vaines croyances au tout marché, celui de nos mêmes représentations médiatiques continuellement ressassés par les premiers et cela à tour de rôle.

    Quel est donc cet état d’esprit, cet aveuglement, cette suprême raison marchande, cette folle direction mondiale ne se montrant même plus capable de mieux faire attention à l’homme comme à la nature tout simplement.

    Un être devenu totalement marchand ce n’est bien sur plus quelqu’un de raisonnable, quelqu’un rempli d’un meilleur esprit d’attention non seulement à l’égard de son propre pays comme pour les autres peuples, car il est constamment préoccupé et obsédé par les seuls chiffres du marché, pour pouvoir encore maintenir jusqu’au bout ces seules valeurs mercantiles au reste du monde, ces gens là incarnent vraiment bien les premiers la fin de leur monde en direct, mais pas du tout la réelle finalité de l’homme à laquelle tout le monde devrait naturellement se sentir appelé.

    Oui le monde est devenu bien fou nous allons trop vite, nous ne savons d’ailleurs même plus ralentir en société car sinon vous perdez votre place, votre santé, votre bonheur, votre vie.

    Voilà donc la seule histoire qu’ils nous proposent de revivre sans cesse jusqu’à la fin des temps.

    1. Oui..

      Nebenzahl disait qu’à l’époque de la première guerre du Golfe, la société entière était en asile psychiatrique, aujourd’hui on se demande si une thérapie est encore possible ou si l’on est « beyond thérapie »….

      Je ne suis pas malade, c’est plus grave.

    2. « Surtout dans ce monde en grande faillite morale, mais là ce qui est fort quand même c’est qu’ils s’imaginent pouvoir encore continuer ainsi jusqu’à la fin des temps… »

      Rectifions:
      Chacun d’entre eux souhaite continuer à en profiter ainsi jusqu’à la fin de sa propre existence. Ce qui suffit amplement. Le reste, ils s’en f… Et pour la plupart d’entre-eux, c’est déjà chose faite. Dans un monde matérialiste/athée ne prêtez aux hommes aucun dessein qui irait au delà de leur existence personnelle. Sans parler d’avoir l’éternité pour Horizon, un temporalité qui dépasserait la matérialité d’une vie est déjà pour eux à la limite du concevable…

      Indépendamment de l’arrière-plan « culturel » ( mot qui ne veut rien dire du tout ), on pourrait trouver:
      – une explication « moderne » (du genre psycho-sociale, donc moralement « neutre »):
      chacun s’assure de pouvoir continuer à jouir demain de ce dont il peut jouir aujourd’hui (l’état de nature de Hobbes n’est pas une fiction, contrairement à ce qu’on peut lire à tort ici ou là…)
      – une explication « classique » ou « médiévale »: l’hubris (le vice), la gourmandise/voracité (le péché , l’idolâtrie).

      Question subsidiaire: laquelle préfère le top management de GS?

    3. @ Blurp
      « Dans un monde matérialiste/athée ne prêtez aux hommes aucun dessein qui irait au delà de leur existence personnelle. »
      Ne reprenez point, s’il vous plait, le sophisme des bigots du Vatican, pour lesquels une morale sans Dieu ne saurait exister! On peut etre athee et moral, et il est faux de dire que la morale ne saurait exister sans la fiction religieuse.
      Tout depend de quoi l’on parle, et il conviendrait par consequent de ne point confondre atheisme et materialisme d’une part, egoisme et amoralisme d’autre part. Apres tout, Lloyd Blankfein, PDG de GS, l’institution charitable bien connue, invoque la deite chretienne pour justifier ses actes…

    4. très bonne question quid34.

      il faut tout de même constater que même si le nombre d’exclus est énorme, jamais autant de gens sur la planète n’avaient atteint un tel niveau de richesse, d’hygiène, de confort. ce système est riche d’inégalités mais n’est peut-être pas à rayer d’un coup de crayon, ce qui n’arrivera pas d’ailleurs, le processus devrait être lent àmha.

      rationalisons les productions, jetons les usurpateurs et brigands en prison, reconfigurons la démocratie et l’éducation, fermons des secteurs à la concurrence, développons la recherche et une écologie exigeante, établissons des libertés fondamentales, créons les organismes ayant l’autorité pour engager des réformes drastiques, et exportons le nouveau modèle ainsi établi par la coopération délivrée de corruption: tout cela fera boule de neige en europe.

      il y a pleins de choses à tenter avant de crier à la fin du monde ou à l’éradication du capitalisme, l’ennui c’est les réactionnaires.

    5. @methode

      Dans le principe oui, mais la difficulté réside dans la méthode et le niveau de consensus, des changements forts avec des incertitudes sur les effets secondaires ou un processus plus progressif mais avec des incertitudes sur l’efficacité.

  13. @Amsterdamois

    Ce que vous dites ne concerne nullement mon propos. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit!

    Si vous faites référence à l’allusion au « travail de Dieu sur Terre », on ne voit absolument pas le rapport avec l’interprétation que vous en faites, parce que vous lui faites dire tout autre chose (vous pouviez vous référer à un vieux courant chrétien crypto-libertarien, qui existe lui, pour mieux servir votre propos).

    Pour le reste je vous remercie de vos distinctions, mais elles me semblent seulement rhétoriques ( il n’y a pas d’athéisme conséquent qui ne soit un matérialisme, l’athéisme n’étant pas l’alternative à la seule tradition Abrahamique, mais également aux polythéismes, aux bouddhismes, aux animismes…; il n’existe pas d’actes moralement neutres/indifférents; la question de savoir si une communauté politique athée, au sens précisé plus haut, est possible/durable et quelle forme elle peut prendre n’est aisément tranchée que pour vous, etc…).

    Je suggérais simplement que n’avons pas seulement un problème avec l’économie, mais avec la totalité du champ des sciences sociales qui ne cesse de fournir des explications « amorales ». Elles ne sont pas moins dangereuses et hypocrites de ce point de vue que la « science » économique qui fait faillite sous nos yeux. C’est une illusion que de penser qu’en l’état nous pouvons en tirez autre chose que des façons de plus en plus variées et efficaces de manipuler nos semblables.

    Quant à la question de savoir quand le monde n’a pas été dans une telle faillite morale, c’est une bonne objection. A ceci près qu’il y a des degrés de pourrissement, le degré le plus élevé conduisant à l’effondrement total de la communauté politique (cf Rome), et qu’à l’ère techno-scientifique où les effets de l’action humaine sont sans commune mesure avec ceux qui étaient les siens dans les âges précédents la faillite morale risque d’avoir des conséquences cataclysmiques.
    L’idée d’ailleurs de faire primer les libertés fondamentales (droits) sur les devoirs, qui est une innovation de la philosophie politique moderne, est suicidaire. Inutile de venir parler de responsabilité dans ce cas là, la responsabilité devenant de facto chimérique dès lors qu’elle est conçue comme une notion dérivée par rapport aux droits.

  14. article de qualite mais attention ces decisions la ne se passent pas au niveau du trading ou de la vente.
    Ce sont des decisions typiques de top management.

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