ESSAI SUR LA CHUTE DU SYSTÈME SOVIÉTIQUE, par Paul Tréhin

Billet invité

Essai sur la chute du système soviétique à la fin du siècle dernier et les désorganisations similaires à craindre pour les régimes capitalistes de marché, avec à peu près les mêmes raisons, au courant de ce siècle…

Et si la chute des systèmes soviétiques planifiés était en fait analysable selon le matérialisme historique marxiste ? Et si cela devait arriver également bientôt aux pays occidentaux ?

La chute du système soviétique ne pourrait-elle pas être attribuée en partie au moins à des facteurs que la théorie marxiste avait envisagés : ce sont les évolutions des infrastructures, entre autres technologiques, d’un côté et la cupidité des dirigeants privés et publics de l’autre, qui conduisent à des révolutions. Analyse qui avait été inspirée à Marx, entre autre, par les situations catastrophiques qu’il avait pu observer lors de la révolution industrielle en Angleterre. Or des changements technologiques profonds ont affecté l’Union soviétique et ses satellites au milieu du siècle dernier : débuts de l’informatique, diversification des besoins apportée par la diffusion de l’information par des médias nouveaux à l’époque (radio et télévision). Les pays occidentaux vivent actuellement le même genre de changements technologiques amplifiés par les avancées techniques des équipements numériques… Les mêmes causes ne pourraient–elles pas provoquer les mêmes effets ?

Dans le cas de la chute en série des systèmes à économie planifiée vers la fin du XXème siècle, on retrouve des facteurs similaires à ceux de la révolution industrielle : un changement rapide et considérable des technologies modifiant radicalement, dès 1960, environ une trentaine d’années avant la chute, les rapports entre les facteurs de production capital et travail (dans le cas des systèmes soviétiques, il s’agissait d’un capital d’État) et par ailleurs l’absence de redistribution à l’ensemble de la société des gains de productivité réalisés suite à cette modification des rapports entre facteurs de production.

On doit aussi mentionner l’incapacité technique du système soviétique à s’adapter à l’évolution technologique : les plans ne permettaient de calculer des quantités de produits intermédiaires nécessaires à satisfaire une demande finale simplement estimée que si les coefficients d’échanges interindustriels restaient relativement stables, comme c’était le cas dans l’économie née de la révolution industrielle et aux débuts de la planification soviétique. Or avec les évolutions technologiques, ces coefficients d’échanges interindustriels variaient bien trop rapidement pour que les modèles de prévision à la base des plans quinquennaux puissent être adaptés suffisamment vite.

Il faut rajouter à cette difficulté de planification l’apparition de nouveaux médias de communication publique massive comme la presse, la radio et la télévision, même sévèrement contrôlés par l’état, et qui allaient changer très fortement les attentes des membres de la société en matière de consommation, rendant de fait l’estimation de la demande finale encore plus incertaine. Créant ainsi un appétit pour des biens jusqu’alors considérés comme les avatars du système capitaliste : l’automobile, le réfrigérateur, etc.

On peut noter que le phénomène « médias » n’a pas touché que les pays soviétiques, l’apparition de ces différents supports et leur pénétration envahissante dans la population en Occident a aussi joué un rôle sur les perturbations de l’économie de marché, les décisions des consommateurs étant de plus en plus influencées par des campagnes publicitaires et des effets de modes généralisés à des pays tout entiers ou à des comportements d’appartenance à des groupes sociaux-culturels (voir les travaux de Vance Packard « La persuasion clandestine », et aussi « Les Obsédés du standing » ou les travaux de Katz et Lazarfeld sur le rôle des « leaders d’opinion » rendus possibles par l’explosion de la disponibilité des médias). Ces phénomènes nouveaux éloignent encore plus l’hypothèse de rationalité économique des agents économiques, tant gestionnaires que consommateurs. N’oublions pas que la pénétration de la télévision dans les foyers américains puis dans ceux de l’OCDE a été encore plus rapide et a sans doute encore plus influencé les comportements sociaux que la pénétration d’internet.

Pour revenir à l’hypothèse sur la chute des économies régies par des systèmes soviétiques, une seconde cause est probablement l’absence de politiques sociales réellement modernes dans ces pays. Car il ne faut pas se leurrer, ce ne sont pas les campagnes de propagande politiques des dirigeants occidentaux tels que Margaret Thatcher ou Ronald Reagan, qui ont mis les populations des anciens pays de l’Est dans les rues… Mais c’est bien l’incapacité des dirigeants des pays de l’Est à assurer une redistribution équitable des richesses produites dans leurs pays respectifs, richesses dont les apparatchiks s’étaient emparés tout autant que le font encore les grands dirigeants privés ou publics dans les pays de l’OCDE, laissant les couches modestes de la population à un niveau de survivance que Marx avait appelé « niveau de maintien de la force de travail », dont il pensait que ce serait principalement le fait des industriels capitalistes. Notons qu’avec l’automatisation de plus en plus poussée des processus de production, les entrepreneurs n’ont même plus à se préoccuper du maintien de la force de travail par un salaire minimal de subsistance, le travail étant de plus en plus exécuté par des machines entièrement automatisées… 

Les dirigeants soviétiques et la nomenklatura n’ont pas fait autrement avec leurs villas de luxe au bord de la mer Noire et leurs limousines démesurées, leurs datchas dans la banlieue de Moscou et autres dépenses de luxe… Il faut se rappeler que Staline admirait le productivisme tayloriste ainsi que le fordisme. Fordisme dont les systèmes soviétiques n’ont pris que la version rationalisation des tâches industrielles et pas l’idée d’un accroissement des revenus du travail pour susciter un accroissement de la demande de biens de consommation.

Ce processus pourrait bien se reproduire dans les économies occidentales…

Soyons attentifs à ce que les mêmes causes ne provoquent les mêmes effets, cette fois dans les régimes capitalistes, désorganisés face aux changements technologiques et incapables d’assurer une répartition équitable des richesses créées, ce qui ne pourra à terme que susciter des désordres sociaux, désordres qui ne serviront ni les intérêts des salariés et des individus en situation de vulnérabilité sociale, ni les intérêts des entreprises. En effet, nos économies de marché sont incapables de gérer les changements technologiques trop rapides pour que le marché ait le temps de réagir ou que des réglementations étatiques puissent être conçues avant qu’une nouvelle évolution technologique ne vienne supplanter ou dépasser la précédente. Par ailleurs, il faut dire que ce ne sont pas les évolutions technologiques qui créent les révolutions mais bien la cupidité des dirigeants qui ne veulent pas partager les gains de productivité qu’elles ont permis. Quand je parle de gains de productivité et de création de richesse, fût-ce même au sens restrictif et abusif du PIB, on me pose souvent la question « Mais où sont passés ces gains de productivité du travail et les richesses qu’ils ont générés ? » A mon avis, ils ne sont pas tous allés vers la rente du capital comme voudraient le faire croire certaines analyses un peu trop simplistes.

En fait, dans une économie de marché dominée par le court terme, les dirigeants des entreprises ont préféré utiliser ces gains de productivité pour gagner un avantage compétitif par la baisse mutuellement suicidaire des prix, au lieu d’envisager d’autres moyens d’accroitre leur compétitivité, par exemple en utilisant les gains de productivité du travail pour réutiliser les forces ainsi libérées à une amélioration des produits et des services qui les accompagnent. Mais comme il s’agissait là de bénéfices à plus long terme, les financiers, souvent à la tête des entreprises, n’ont pas voulu de ce genre de solution, leur préférant des solutions à plus court terme et plus porteuses de bénéfices immédiats et moins risquées que des investissements dans des méthodes et des produits dont les bénéfices hypothétiques leur semblaient trop risqués…

Il est clair que dans la mesure où les financiers considèrent le plus souvent les salaires uniquement comme des coûts et non comme des investissements productifs, réduire la masse salariale est à leur sens une source immédiate de bénéfices, quand bien même les dirigeants des entreprises se verraient obligés d’utiliser les services d’entreprises de travail par intérim plus coûteux, mais pour les financiers, ce genre de dépense entre dans une autre ligne comptable que les salaires. Chassez la bureaucratie par la porte, elle revient par la fenêtre !

Les financiers ne voient pas non plus la différence entre les compétences intrinsèques de leurs propres salariés, connaissant parfaitement leur métier et sachant l’appliquer au produits de l’entreprise où ils travaillent et les compétences externalisées, forcément moins spécialisées et connaissant moins les produits et les méthodes de l’entreprise. Exemple, de décision comptable typiquement bureaucratique dans une même entreprise : un laboratoire L1 développe des produits de très haute technologie et manque de programmeurs, au vu des livres comptables, le laboratoire L2 dispose lui d’un excédent de programmeurs. Décision financière : transférons les programmeurs en excès dans le laboratoire L2 vers le laboratoire L1, où il en manque. Petit problème non perçu à travers les livres comptables, la technicité de la programmation dans le laboratoire L1 est hors de portée des compétences des programmeurs du laboratoire L2 qui travaillaient dans un domaine de programmation nettement moins technique que ceux du laboratoire L1, sans compter que les programmeurs en excès dans le laboratoire L2 et leurs familles n’avaient aucune motivation pour être délocalisés dans la région du laboratoire L1 où l’agrément de vie était au moins à leurs yeux bien moindre : climat plus continental, éloignement de l’océan, etc. Donc assez peu ont accepté l’offre qui leur était faite.

D’une certaine manière la vision financière et comptable n’est finalement pas tellement éloignée de la vision étatique fondée sur des plans bureaucratiques incapables de rester en contact avec la réalité du terrain. Il reste que tant dans les cas des régimes soviétiques que dans le cas de l’économie de marché, les gains de productivité horaires du travail n’ont pas été utilisés à une répartition plus équitable des richesses dégagées. Dans les pays régis par l’économie de marché, bien que l’accaparement des gains par des minorités influentes ait aussi existé, c’est probablement plus dans la guerre des prix suicidaire à laquelle se sont livrées les entreprises, y compris et sans doute surtout au niveau international, que dans la cupidité des plus riches qu’ont disparu les richesses créées par les gains de productivité occasionnés par les progrès technologiques. Guerre des prix qui a entrainé des baisses de revenus et des mises au chômage et encore moins de demande d’où d’autres baisses de revenus entrainant encore plus de mises au chômage car les prix devaient baisser davantage. Remarquons que nous-mêmes en tant que consommateurs sommes tombés dans le panneau en cherchant les prix les plus bas et en jouant ainsi le jeu de la concurrence suicidaire des entreprises… Le résultat risque bien d’être un accroissement de l’insatisfaction des populations qui, espérons-le, n’aboutira pas à des révoltes dont ni les dirigeants ni les membres de base de la société n’auraient rien à gagner.

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156 réflexions sur « ESSAI SUR LA CHUTE DU SYSTÈME SOVIÉTIQUE, par Paul Tréhin »

  1. « Le résultat risque bien d’être un accroissement de l’insatisfaction des populations qui, espérons-le, n’aboutira pas à des révoltes… »

    Au contraire : esperons que cette forfaiture des élites et ce dévoiement du vote démocratique amènent à une révolte, seule en capacité de faire changer de paradigme.

    1. Comme je l’ai déjà dit dans un autre post, ce ne sont pas des révoltes qu’il faut attendre car il n’y a plus assez de solidarité et d’esprit collectif. Ce qui va se passer, se déroule déjà ailleurs. C’est la violence banale, la criminalité, les trafics, le système D et l’économie parallèle, cela a déjà commencé depuis pas mal de temps mais va s’accroître. Avec des lieux de résidence bunkerisés d’où on ne sort que dans l’angoisse d’être enlevé ou agressé…

    2. Vivanco, d’accord avec votre conclusion, j’y ajouterais que la pente est celle d’une répression accrue du fait de cette anomie et d’une recommunautarisation, c’est à dire de regroupements à une échelle moindre que la précédente. Mais qui sait, un pas en arrière pour repartir de l’avant?

  2. Hum !
    En première lecture (toujours trop rapide, j’en suis bien consciente), il me semble relever au moins deux grands absents.
    Pour faire court :
    dans les facteurs nouveaux des décennies passées, la conjonction du désordre monétaire post-1971, de la liberté de circulation des capitaux, des possibilités de manipulations accélérées offertes par l’informatique, de l’accroissement du risque généré, de la recherche de couverture face à ces risques et de l’opportunité ainsi ouverte à la finance de capter une grande partie des gains de productivité ;
    dans les facteurs nouveaux des décennies à venir, les effets de la raréfaction relative de nombre de ressources essentielles, dont l’énergie, jointe aux altérations générées par nos activités.
    Sans compter d’autres caractéristiques de notre époque (dont l’explosion des nouveaux moyens de communication, en gardant à l’esprit combien ils sont vulnérables) : s’il nous est difficile d’en appréhender l’effet, pensons à intégrer le fait que l’ensemble se situe désormais dans une perspective de monde fini, nécessitant une toute autre conception du progrès.

    1. Jolie synthèse « comme ça vient » Sylba…

      Alors, pour changer gros clash…. ou pas.

      Je pense qu’il sera inévitable et que plus il se fera attendre, pire ce sera. C’est pourquoi nous avons besoin de penseurs « pragmatiques », surtout en prise avec la réalité, pour trouver des solutions au monde de demain.

      Mettre en place les fondements d’un système simple qui conditionnera des modes opératoires adaptés aux endroits divers de la planète.

      Et concilier : Droit/Devoir, Liberté, Travail, Egalité, Economie, Ecologie, Contres pouvoirs et autres garde-fous…

      Comme si c’était fait.

  3. Bonjour,

    Dans votre explication, vous analysez séparément chacun des systèmes (pour faire court : Ouest et Est, dans leur acception 1945-1990). Néanmoins, la coexistence des 2 est une données importante (la pression exercée par l’Ouest sur l’Est , mais aussi la pression exercée par l’Est sur l’Ouest). De même après la chute de l’URSS, le « manque » crée par cette chute a une influence forte sur l’Ouest.

  4. Quelques remarques, en passant.

    « Pour revenir à l’hypothèse sur la chute des économies régies par des systèmes soviétiques, une seconde cause est probablement l’absence de politiques sociales réellement modernes dans ces pays ». Je ne sais pas ce qu’est une politique sociale « réellement moderne », mais je sais qu’il est peu d’exemple de politiques sociales aussi généreuses que celles qui existaient du temps de l’Union soviétique dans les années 70 (au demeurant un Etat policier).

    « Mais c’est bien l’incapacité des dirigeants des pays de l’Est à assurer une redistribution équitable des richesses produites dans leurs pays respectifs, richesses dont les apparatchiks s’étaient emparés …». C’est tout le contraire. La redistribution a été poussée en Russie soviétique à un degré considérable, jamais expérimenté à l’ouest. La question n’était pas l’ampleur de la redistribution mais de créer la richesse pouvant faire l’objet de cette redistribution.

    « Car il ne faut pas se leurrer, ce ne sont pas les campagnes de propagande politiques des dirigeants occidentaux tels que Margaret Thatcher ou Ronald Reagan, qui ont mis les populations des anciens pays de l’Est dans les rues… ». Ce n’est pas la rue qui a décidé de la fin du système mais la Russie, toute seule et comme une grande. Lorsque le feu vert à sa disparition a été donné depuis Moscou alors les gens sont sortis dans les rues en Europe centrale. Après, pas avant (il faut tout de même rappeler que ce sont les dirigeants soviétiques qui ont interdit aux apparatchiks polonais et est-allemands de faire tirer sur la foule : nous sommes à mille lieux des pratiques d’extermination utilisées au quotidien en Irak jusqu’en 2009/2010 par nos « Amis américains » avec la complicité des régimes européens).

    Il existe dans l’URSS de 1989 une élite politique, essentiellement russe, évoluée, intelligente et instruite (Tchernienko, Gorbatchev, Primakov et tous les autres). Elle a tiré les conséquences des échecs d’un système qui ne fonctionnait plus et a décidé, à la manière russe, de reprendre tout à zéro (exemple : libéralisation totale des prix en une nuit alors qu’il a fallu 30 ans en France pour y parvenir !). La différence avec la situation des pays dits « occidentaux » est là. D’un côté nous sommes en présence d’une classe politique qui agit et ne subit pas, qui a une vision (on peut la discuter mais au moins elle existe) et qui assume son rôle social (et de ce point de vue peu importent les tares dont on l’affuble chez les faiseurs d’opinion de l’ouest), de l’autre, aujourd’hui à l’ouest, nous constatons que partout l’on pratique une fuite en avant désastreuse afin d’échapper aux remises en question nécessaires.

    1. @ Boukovski,

      Avant toute chose, je vous prie de croire que j’ai une parfaite aversion pour tout ce que le soviétisme a représenté (dogme, violence, impérialisme vulgaire).
      MAIS, vous idéalisez, ce me semble, sérieusement la problématique politique de la Russie de 1989 : oui Gorbatchev est apparu, en Occident, comme quelqu’un de très éclairé, mais je peux vous dire (interrogez vous même des Russes à ce sujet) qu’il a été perçu par la majorité des Russes comme un traitre ; et encore aujourd’hui il est beaucoup moins adulé des Russes (sauf probablement par les nouveaux apparatchiks de l’économie : à vérifier) que par les occidentaux. Je pense que sa bonne volonté n’était est n’est toujours pas douteuse, mais faire évoluer un pays à marche forcée dans de telles conditions était un pari pour le moins hasardeux.
      Les évolutions politiques brutales ont toujours, à mon sens, un violent revers de médailles : regardez par exemple, avec le recul historique, l’Iran et ce que son Shah voulait en faire, et regardez le résultat ! Juste à l’opposé. Les intérêts financiers des uns et des autres (intérieures et extérieures au pays en question), trouvent toujours à s’interposer dans les bonnes volontés pour finir par tirer leur épingle du jeu.

      Cdt.,

    2. Il manque encore le Gorbatchev qui après avoir fait le constat lucide que le système va droit dans le mur, décide d’abandonner la langue de bois puis prend des décisions politiques pour passer à autre chose. Mais notre situation n’est pas la même. Gorbatchev avait sous les yeux un autre modèle pour réfléchir les insuffisances du modèle soviétique. Aujourd’hui le monde s’est globalisé, il n’y plus qu’un seul modèle. La grande réussite de Gorbatchev a été de démanteler l’empire soviétique sans violence, ce qui est déjà énorme, mais pour le reste ce fut plutôt un échec. L’ex élite soviétique a été incapable de résister aux sirènes de l’occident. Bien vite, avec l’arrivée de Yelsin, nouvel homme fort du Kremlin, furent introduites les recettes ultralibérales qui eurent pour effet de spolier le peuple russe de son appareil de production, la privatisation de l’économie se faisant au profit de ceux qui furent ensuite appelés plus tard les oligarques.

      Pour ce qui est de la redistribution des richesses, je suis également assez d’accord avec vous.
      Les inégalités qui existaient dans l’empire soviétique, mais aussi en Chine (que je connais mieux) étaient beaucoup moins importantes que celles que l’on connait aujourd’hui avec notre système actuel. Le problème majeur était l’absence de liberté et la stagnation du niveau de vie, voire la pénurie, la momenklatura apparaissant alors logiquement aux yeux du peuple comme nantie, même si l’écart n’était pas immense. Concernant la Chine, un autre pays « communiste », où j’étais dans les années 89-90, j’ai pu constater en visitant quelques appartements de quelques chinois fonctionnaires et membres du parti communiste pas au sommet de la hiérarchie mais déjà d’un très bon niveau, leur mode de vie relativement modeste, le standing consistant pour ces chinois assez privilégiés à disposer d’une pièce ou deux de plus que la moyenne des chinois. Mais j’assistais au début de la fin d’un système : en haut lieu avaient été prises dans les années 80, et surtout à partir de 1992 (le fameux discours de Deng dans le sud où il dit en gros « enrichissez-vous ») des décisions qui allaient sérieusement mettre à mal ce régime de redistribution relativement égalitaire où par exemple la gratuité des soins ou de l’enseignement était totale. Pour revenir à la Russie, remarquons aussi que l’espérance de vie recula brutalement dans ce pays à partir du milieu des années 90, soit quelques années après la disparition de l’Union soviétique.

      D’aucuns objecteront que le sort des plus pauvres chez nous est plus enviable d’un point de vue économique que celui des soviétiques ou chinois moyens de l’époque. Pas sûr, quand on voit aujourd’hui la vitesse à laquelle notre système de santé se dégrade pour devenir de plus en plus un système à deux vitesses. Une médecine dont tous les services sont accessibles pour ceux qui peuvent se payer de bonnes mutuelles, et une médecine que l’on s’abstient de fréquenter, je pense notamment aux soins dentaires qui sont remboursés par la sécu de façon dérisoire. Est-ce beaucoup mieux que le système soviétique où l’on pouvait espérer une meilleure médecine en offrant quelque cadeau à qui de droit. Je ne dis pas tout cela pour vanter rétrospectivement les mérites des régimes communistes, mais pour montrer que notre situation actuelle est au moins aussi grave.

      VB

      Gorbatchev n’a pas fait évolué son pays a marche forcée. Gorbatchev voulait préserver l’unité de l’empire soviétique, ce qui déplut aux apparachiks locaux — ceux qui dirigeaient les républiques soviétiques — qui voulaient d’abord profiter des avantages matériels que leur procuraient le démantèlement de l’Empire soviétique.
      Gorbatchev ne fut sans doute pas assez radical dans le sens où il aurait dû couper l’herbe sous les pieds des anciennes élites politiques qui se retournèrent contre lui. En 1991 Gorbatchev déclarait : « L’URSS a également ses têtes brûlées qui veulent changer le socialisme du jour au lendemain. » Le fait est qu’il fut mis à l’écart par les ultra du parti, et lorsqu’un putch fut tenté à Moscou Gorbatchev n’obtint pas le soutien qu’il aurait pu attendre des US ou de la France de Mitterrand, ce qui laissa la place au très débonnaire Yelsin qui se révéla bien vite le jouet des « oligarques » et des puissances d’argent de l’ouest, notamment la fameuse Goldman Sachs et les conseillers économiques de Clinton (Stiglitz le raconte très bien dans La grande désillusion.)

    3. @ Pierre-Yves D,

      Oui vous avez surement raison => Gorbatchev victime de lâchage politique des américain, comme le shah d’Iran ! Gorbatchev a été ou trop ou pas assez loin dans ses idées, et le résultat est qu’il apparaît aux yeux des Russes comme un traitre : très ironique histoire ! avec comme morale absolue : malheur aux vaincus ! En tout cas, l’autre moralité de l’histoire est qu’il faut se défier comme de la peste des intérêts financiers publics, privés, de l’intérieur comme de l’extérieur. Garder un équilibre institutionnel et politique dans le très grand déséquilibre des appétits : voilà qui ne va pas être facile. La solution est sûrement de rester ferme dans les principes (l’esprit) tout en étant conciliant dans leur mise en oeuvre (la lettre) du modèle que l’on veut promouvoir.
      Ces histoires nous en disent long sur ce que les actuels pays satellites des USA (nous en l’occurrence) ont à attendre de leur part : un lâchage historique après avoir subie une tonte en bonne et due forme.

      Cordialement,

    4. @Boukovski : Eric Hobsbawm vous donne raison :

      L’absence de démocratie en URSS évitait la préoccupation des hommes de pouvoir Occidentaux qui est de plaire aux électeurs , et conduisaient les gens aux pouvoir à agir « fort » pour avoir des effets visibles et réagir plus pragmatiquement qu’idéologiquement dans certains cas (c’est là que l’analyse deviendrait touffue)

      (dans « Ages of Extreme », traduit en français aux édition Versailles …)

  5. L’oeuvre considérable de l’écrivain Alexandre Zinoviev montre que l’abandon des fusées, la réforme du plan et de l’achalandage des Goums de province, n’eussent rien changé au désespoir veule du banlieusard Ibanien, notre frère. Pivot invita Yeltsine, « vider Gorbatchev » permettait aux smart boys de Harvard de passer les bagues aux doigt des mafieux.

    Les Hauteurs Béantes (et leur suite ) s’offrent explicitement comme un traité de sociologie. À l’opposé de Soljenitsine, la cause ne vient pas d’en haut du système, mais de la crasse sociale que chacun porte en soi, intimement mêlée à chacun des gestes de sa stratégie de cloporte . Quel espoir ? le Royaume-Uni ouvre lourdement les portes des wagons et siffle le départ du train pour le déclassement de proximité, quel festin, à gauche comme à droite quel avenir radieux pour les grands et petits chefs du social … la politique sociale moderne – mon cul ! – ( ma grand-mère m’aurait dit « tu peux parler, toi qui pètes dans la soie ») !

    Quel espoir ? Tout Ibanien est d’une lucidité totale quant au fonctionnement du système dans ses moindres rouages : c’est lui.

    1. Zinoviev, encore un prophète qui s’est trompé sur toute la ligne. Pour lui l’Empire soviétique et l’homo sovieticus avaient des siècles d’avenir devant eux et allaient très vite devenir les maîtres du monde devant les faiblesses de l’Occident et des occidentaux, uniquement occupés de confort et de consommation uniquement. Il considérait Gorbatchev plus dangereux que Staline !!

      On connaît la suite.

      Mais l’effondrement du communisme ne l’a pas empêché de continuer à prophétiser de façon paranoïaque:

      « Les desseins des maîtres du monde occidental au sujet de la Russie et du peuple russe me sont devenus parfaitement clairs – à savoir, mettre la Russie à genoux afin qu’elle ne puisse jamais se hisser au niveau d’une puissance forte au sein de la communauté mondiale et transformer son territoire en une zone de colonisation occidentale. Quant au peuple russe, il s’agit de le ravaler au niveau d’une peuplade ethnique primitive peu nombreuse, pas plus de trente à cinquante millions, incapable même de se gouverner de façon autonome… » (Pourquoi je rentre en Russie).

      Encore une fois, lisons les « diseurs d’avenir » pour savoir ce qui ne va pas arriver.

    2. @pablo75: vous parlez du même Zinoviev que jean-luce morlie?
      Il ne s’est sûrement pas trompé sur tout. Il a décrit la décrépitude du système soviétique et il a annoncé que l’occident courait vers un totalitarisme pire encore.
      Sur Gorbatchev, je ne suis pas sûr qu’il se soit trompé. C’était un apparatchik, qu’il connaissait et qui a tenté de sauvegarder ce qui pouvait l’être du système en place. Il était d’ailleurs détesté par les russes, ce n’est sans doute pas pour rien. Yeltsin fut un autre apparatchik, pire que Gorbatchev, qui a trahit les espoirs que le peuple mettait en lui et était totalement vendu à l’occident. Au final, il y a eu des centaines de milliers de morts russes durant cette période (suicides, criminalité, mortalité infantile, espérance de vie en chute libre, alcoolisme, etc).
      Il faudrait peut-être écouter ce qu’en disent les russes avant de donner son point de vue d’occidental.
      En tous cas, concernant la citation que vous donnez, je ne vois pas en quoi il se trompe. C’était bien là l’objectif américain: affaiblir de manière durable un concurrent potentiel à l’hégémonie mondiale et s’emparer de ses ressources énergétiques (voir encore les pas si lointains développements en Géorgie et dans les républiques d’Asie centrale). Vous vivez dans le monde des bisounours ou quoi?

    3. @ Moi

      Oui, c’est le même Zinoviev…

      « Il a décrit la décrépitude du système soviétique ». Elle était connue de tout le monde. J’ai beaucoup discuté de ce thème dans les années 80 avec des exilés de l’Est et je me rapele que je leur demandais: comment un pays dont les hôpitaux dans la banlieue de Moscou n’ont pas d’eau chaude et qui doit importer du blé parce que 20 ou 30 % (je ne me rappelle plus du chiffre exact) de la récolte se perd dans la nature à cause des trous qu’ont les wagons qui le transportent peut envahir l’Europe occidentale et y rester?

      « Il a annoncé que l’occident courait vers un totalitarisme pire encore ». Là il délirait ferme… Pour vous en Occident il y aura bientôt de goulags avec de millions de gens dedans condamnés de façon arbitraire, un KGB tout puissant et un parti unique avec une idéologie totalitaire qui contrôle tout? Si vous le pensez, arrêtez de voir des films de science-fiction et de lire des prophètes hystériques et étudiez un peu l’Histoire.

      « Sur Gorbatchev, je ne suis pas sûr qu’il se soit trompé. » Gortbachev pire que Stalin alors que c’est lui qui a permis le démantèlement de l’URSS?

      « Yeltsin […] pire que Gorbatchev ». Donc pire que Staline… Mais vous blaguez ou vous ne connaissez strictement rien à l’histoire de la Russie?

      « Il y a eu des centaines de milliers de morts russes durant cette période (suicides, criminalité, mortalité infantile, espérance de vie en chute libre, alcoolisme, etc). » Mais vous savez combien des dizaines de millions de morts a fait le stalinisme? Lisez le « Livre noir du communisme » (ou les biographies de Chostakovich, Tsvetaieva ou Akhmatova si l’histoire ne vous intéresse pas du tout comme j’ai l’impression que c’est le cas) – avant de dire des énormités pareilles.

      « Il faudrait peut-être écouter ce qu’en disent les russes avant de donner son point de vue d’occidental. » Je vous répète que j’ai connu pas mal d’exilés russes, dont certains avaient connu le stalinisme, et je peux vous dire qu’ils auraient été ahuris de lire autant d’absurdités en si peu de mots.

      « En tous cas, concernant la citation que vous donnez, je ne vois pas en quoi il se trompe. » Mais vous savez lire?? Aujourd’hui la Russie est à genoux? Elle est une zone de colonisation occidentale? Les Russes sont « une peuplade ethnique primitive peu nombreuse, pas plus de trente à cinquante millions »? Ils sont incapables de « se gouverner de façon autonome »?

      Il me semble que c’est plutôt les Américains qui sont à genoux, que les USA sont une zone de colonisation chinoise et que le peuple américain est incapable de se gouverner de façon autonome par rapport à Wall Street.

      Vous vivez dans le monde virtuel des paranoïaques qui se prennent pour Nostradamus ou quoi?

    4. Zinoviev – désespéré – a certes « tourné au mystique »; toutefois, la qualité de son observation « anatomopathologie » de l’homo sovieticus nous dérange, car nous somme infectés des mêmes maux, et autant dépourvu des freins du droit de la morale. Soyons clair, l’effondrement de l’Union Soviétique à laissé libre cours à ce que le sytème avait produit de plus moche chez l’homme, non? Lire Zinoviev est sans doute notre dernière chance de comprendre ce qui nous arrive, notre passivité notre arrivisme notre chacun pour-soi frileux sont, eux aussi, le produit, accepté, de notre système. Pour redresser la tête, il faut en être conscient, lire Zinoviev est, à mon avis, une des dernières chances de comprendre ce qui nous arrive… pourquoi laissons-nous tout aller à vau l’eau, dans l’attente des Yeltsine et autres Poutine…? L’effondrement, beaucoup s’y préparent et espèrent en tirer un peu parti, chacun à sa façon …

    5. @moi, ce n’est pas la première fois que je vous lis délirer sur l’URSS et la Confédération Helvétique: à cause de l’idée de confédération ???

    6. @moi, c’est un peu galant, mais enfin; j’avais déjà réagi à votre soviétisme, à quoi vous n’aviez pas répondu ou à coté (si ce dont je me souviens est juste! cf. votre article sur le vote) et hier c’était de vous qque chose sur la démocratie helvète qui n’était pas celle d’un peuple soumis ! j’ai l’impression que votre goût à comprendre, à donner une structure – politique- au regard que vous portez sur le monde (politique ou pas, il n’est pas si facile d’y vivre) se valorise en s’identifiant par avance aux vertus que vous y projetez, et entre, plus difficile, que vous lui portez – en toute innocence) l’intégrité, chacun semble faire comme il peut, bonne soirée!

    7. @Moi

      « je vous trouve trop grossier pour vous répondre ».

      Oh mon Dieu !!

      Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis marri d’être privé de votre réaction.

      « Vous vivez dans le monde des bisounours ou quoi? »

      Je crois que vous avez maintenant la réponse…

    8. @roma: mon soviétisme? Elle est forte celle-là. Est-on pro-soviétique si l’on a une vision un peu plus nuancée de l’histoire de la Russie que celle de ce bouquin de propagande qu’est le « Livre noir du communisme »? Je défends Zinoviev et on va m’accuser de stalinisme? J’en reviens pas. J’ai aussi une vision plus nuancée de Poutine que celle que nous offrent nos médias bien-pensants (et Glucksmann), cela veut-il dire que je suis pro-Poutine? Et de même en ce qui concerne Gorbatchev ou Eltsine, lisez l’excellente description des événements qu’en fait Amicalement votre, je la partage. Cela, je pense, ne fait pas de moi un brejnevien.

      En ce qui concerne les Suisses, je projette peut-être, j’ai peut-être d’eux une image d’Epinal à la Guillaume Tell, mais je maintiens ce que j’ai dis: ils sont les moins soumis des peuples que je connaisse. Je n’ai pas dis qu’ils étaient parfaits, ni même un peuple libre au sens où je l’entends, mais en tous cas leur vote compte, directement. Et ils le font respecter.

    9. @ jean-luce morlie

      « Lire Zinoviev est sans doute notre dernière chance de comprendre ce qui nous arrive ».

      Moi je dirais qu’il faudrait lire plutôt les anciens bouddhistes ou les anciens hindouistes, parce que eux ils avaient bien compris et décrit les failles profondes de l’être humain qui produisent les crises.

      Si vous voulez un livre essentiel qui résume des millenaires de spiritualité, achetez-vous « L’enseignement de Ramana Maharshi » dans la collection de poche « Spiritualités vivantes » (Albin Michel). Mille pages où vous trouverez des explications au comportement des êtres humains en ce moment.

      C’est la spiritualité (à ne surtout pas confondre avec la religion), et pas la philosophie ou la sociologie politique, la seule chose qui peut encore nous sauver…

      (« Ramana Maharshi (1879-1950) compte parmi les plus grands maîtres de l’Inde contemporaine. Sans aucune étude ni initiation, il atteignit l’illumination et vécut en ermite dans la sainte montagne d’Arunachala. Son enseignement principalement oral attira à lui des milliers d’Indiens et d’occidentaux. A la fois conforme à la vérité la plus profonde des textes sacrés de l’hindouisme et détachée d’une érudition sclérosante, sa parole s’autorisait des excursions dans la pensée évangélique qu’il éclairait d’un jour nouveau. En maître socratique, il ne donnait jamais de leçons magistrales, mais se contentait de répondre aux questions qu’on lui posait et d’en susciter de nouvelles. »)

  6. Oui, je crois qu’il vaut mieux lire Dmitry Orlov à ce sujet …

    Sans oublier que la raison fondamentale de la chute de l’URSS est la perte de revenues en devises du fait de la baisse de prix du barril orchestré par Reagan.
    Toujours cette vision « moraliste » des questions actuelles quand on est en plein crash des ressources et de combustibles…

    1. Vous avez parfaitement raison. Les pressions organisées par les Etats-unis sur leurs alliés de l’Opep à cette époque là pour ouvrir les vannes et inonder le monde de pétrole à bas prix en manipulant ainsi le niveau des cours a permis d’assécher l’économie soviétique dont plus de 25% des rentrées de devise correspondaient aux exportations d’or noir.

    2. Une perte de revenu en devises n’expliquera jamais une révolution, c’est juste un facteur parmi d’autres favorable à un changement de régime. Il y a plein de pays qui se sont fortement appauvris sans qu’une révolution n’ait lieu. Les soviétiques avaient par exemple encore un niveau de vie supérieur à la Corée du Nord, où il n’y a aucune révolution de régime.
      De même, la France n’a pas connu une révolution en 1789 parce qu’il y a eu des mauvaises récolte. Ce n’était pas la première fois qu’il y en avait et cela n’avait pas déclenché de révolution.
      A noter aussi que les révolutions viennent le plus souvent des couches sociales instruites mais mécontentes (la classe moyenne), pas de la base qui vit le plus misérablement (l’URSS n’est pas une exception, c’est des couches les plus instruites qu’est venu le changement, d’Europe, pas d’Asie). Ces dernières sont juste capables d’émeutes et de réactions violentes sporadiques.

      A noter que Emmanuel Todd avait très bien décrit la déliquescence et future chute du régime soviétique dès 1976 (dans « La Chute finale ») et en analysant simplement les données démographiques en sa possession. Bien avant Reagan et la chute du prix du pétrole donc.
      A noter aussi qu’il avait prédit la chute du système capitaliste américain dès 2002: « Nous ne savons pas encore comment, et à quel rythme, les investisseurs européens, japonais et autres seront plumés, mais ils le seront. Le plus vraisemblable est une panique boursière d’une ampleur jamais vue suivie d’un effondrement du dollar, enchaînement qui aurait pour effet de mettre un terme au statut économique « impérial » des États-Unis. »
      Et cela en se posant une question toute simple, de bon sens : « Qu’est-ce que c’est que cette économie dans laquelle les services financiers, l’assurance et l’immobilier ont progressé deux fois plus vite que l’industrie entre 1994 et 2000 ? » (il analyse aussi les données démographiques et retrouve les mêmes signaux inquiétants qu’avant la chute de l’URSS)

    3. Tu as bien entendu partiellement raison, mais pour pouvoir maintenir le couvercle sur la marmite, une dictature ou une autocratie a besoin de moyens financiers. Quand ces derniers viennent à manquer, cela précipite souvent les choses.

      Reformulons la question : est-ce que l’Union soviétique serait tombée aussi rapidement si son économie n’avait pas été mise à mal par les manipulations de cours du pétrole ? Je pense que non.

    4. Peut-être pas aussi rapidement mais qu’est-ce que la vitesse change sur l’explication des causes d’un phénomène? C’était juste un facteur aggravant, pas une cause. Pour qu’il y ait cause, il faut que celle-ci disparue l’effet se produise et que sans elle l’effet ne se produise pas. En gros, c’est comme une poussée dans le dos à quelqu’un qui était déjà en perte d’équilibre. Nul doute que Reagan le savait et avait eu des infos sur l’état de délabrement de l’économie soviétique, c’est pourquoi il a utilisé ce petit coup de pouce (et d’autres).
      En résumé, une économie saine n’aurait pas succombé à la chute du prix du pétrole. L’économie soviétique était déjà gravement malade et au stade terminal. Etudier les causes de l’effondrement soviétique c’est étudier les raisons de la maladie de son économie, pas de tel ou tel élément déclencheur de la chute finale.
      Cela me fait penser que certains disent que les problèmes financiers actuels sont causés par la chute de Lehman Brothers ou la crise des subprimes. Comme si c’était cela le problème alors que ce n’est qu’un élément déclencheur et que les véritables causes font toujours leur effet. Si c’était cela, pourquoi proposer une interdiction des paris sur les fluctuations de prix au lieu de simplement prévoir un fonds pour éviter une faillite qui provoquerait un risque systémique? C’est d’ailleurs la solution adoptée par les gouvernements qui renflouent là où un trou ou une brèche apparaît et ne veulent pas voir les véritables causes, qui demanderaient des changements trop douloureux. Il est bien entendu qu’éviter ces éléments déclencheurs ne fait que retarder l’échéance et la survenue d’un élément déclencheur d’encore plus d’ampleur.

    5. @ Moi et Julien :

      Mais elle serait tombée quand même, de la même façon qu’il est probable que nous tomberons aussi, le tout est de savoir se relever : tout un art.

      Cordialement,

    6. @Moi,
      Sauf qu’un effondrement (le cas de la chute de l’URSS), ça n’est en rien une révolution il me semble ! Le résultat est aussi un changement de régime certes, mais le principe est complètement différent, une « révolution passive » ? et dans le cas d’un effondrement, la chute des revenus suffit amplement.

    7. – Dans la face cachée du pétrole (vidéo), Eric Laurent semble indiquer que Reagan a tout fait pour précipiter la faillite de l’URSS mais bien sûr il n’y a jamais qu’une seule cause …

      – Au sujet de notre effondrement, Orlov dit que la base l’économie de demain résidera dans le démontage et la récupération de tout ce qui a été créé lors de l’ère industrielle. Cela semble plus que probable et cela rappelle ce qui s’est passé au cours de l’Histoire … le recyclage à travers les âges.

      Video: Dmitry Orlov – Seizing the Mid-Collapse Moment
      http://vodpod.com/watch/1923063-video-dmitry-orlov-seizing-the-mid-collapse-moment

    8. @ an391,

      Ca dépend du sens que vous donnez au terme révolution, non au sens d’un changement brutal de régime à la suite d’une action violente mais oui au sens d’un changement radical de mode de vie pour toute une population.

      Cdt.,

    9. SI je pousse l’analyse un poil plus loin en généralisant, on obtiendrait ça:
      Ce qui déclenche les révolutions, c’est la conjonction d’un sentiment d’inégalité profonde ET d’une insuffisance du revenu de la majorité (le « niveau de maintien de la force de travail » marxiste qui devient trop faible pour assurer la subsistance d’un trop grand nombre de personnes).
      L’inégalité était patente depuis des lustres dans le régime soviétique, mais la guerre économique avec les US a asséché l’apport de richesses, donc au premier ordre le revenu de la majorité, car la minorité au pouvoir ne voulait pas voir sa part diminuer, malgré quelques tentatives de lâcher du lest (Perestroïka).
      Ce qui était tolérable en temps de vaches grasses est devenu insupportable et a conduit à la chute du système (mais pas des apparatchiks qui se retrouvent très à l’aise dans le nouveau système).

      Bref, le point commun entre l’analyse marxiste (dévoyée car jamais appliquée jusqu’à la phase finale de la dictature du prolétariat) qui base la valeur des marchandises sur la quantité de travail minimum nécessaire à leur fabrication et l’analyse néo-libérale qui fixe le prix au point de rencontre de l’offre et de la demande (ok, là je simplifie à outrance), serait qu’elles engendrent toutes deux un accroissement de l’inégalité, génératrice de révolutions dès qu’on rencontre un creux de vague économique.

  7. Pourquoi pas?

    Cela me rappelle une vieille plaisanterie:
    « Le Capitalisme, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme! »
    « Ah, bon…Et le Communisme? »
    « C’est exactement l’inverse! »

    Peut-on, en effet, envisager un « Homme » qui soit obsédé par autre chose (à part le sexe, évidemment) que l’exploitation de son prochain?

    1. C’était plutôt ceux qui, dans les pays de l’Est, contre la rhétorique des apparatchiks, savaient la déconstruire en la résumant à sa simple réalité : « À l’Ouest, c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, ici c’est le contraire ! »

      Et donc les russes en disant cela tendaient précisément à démontrer, en l’identifiant formellement au capitalisme de l’ouest, qu’ils vivaient sous régime capitaliste. Planificateur certes, et avec un État quasi seul propriétaire des moyens de production mais avec sa classe d’authentiques capitalistes, l’élite foisonnant essentiellement après la deuxième guerre, mais déjà émergente avec lénine et Trotsky, et décrite par Voslensky en 70, la Nomenklatura, constituée par « les représentants du capital comme propriété » – c’est-à-dire « les dirigeants économiques et politiques centraux » – et « les représentants du capital en fonction » – les gestionnaires, décrits par l’économiste marxiste hétérodoxe Charles Bettelheim (à redécouvrir…) .
      Selon Charles Bettelheim, dans l’ex-Union soviétique, la vie sociale et politique tournait pour l’essentiel autour des conflits opposant ces deux fractions de la classe capitaliste. Ça vous rappelle rien ? Les actionnaires et les entrepreneurs…
      D’après Michel Barillon :

      Malgré ces luttes intestines, les deux clans étaient solidaires au regard de l’histoire dans la mesure où, comme l’a montré Voslensky, leur formation respective remontait de manière chaotique à la même origine ; en l’espèce, à travers la constitution d’une organisation de révolutionnaires professionnels, à deux postulats de la social-démocratie : l’absence de conscience révolutionnaire dans la classe ouvrière et la nécessité de passer par le stade capitaliste avant de pouvoir édifier le socialisme en Russie.

      Et Engels dans l’Anti-Dühring, quarante ans avant que les bolcheviks ne fassent passer l’ensemble des moyens de production de la Russie sous la propriété de l’État :

      Ni la transformation en sociétés par actions, ni la transformation en propriété d’État ne suppriment la qualité de capital des forces productives […] L’État moderne, quelle qu’en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste : l’État des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n’est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble.

    2. non. il est préférable de considérer que l’homme restera tel qu’il est et d’imaginer des solutions permettant de limiter les comportements extrêmes (par exemple en apprenant a nos pairs humains que tout n’est pas possible)

      Le contraire s’appelle une utopie (en général, les utopies font souvent appel a une modification de la définition de l’homme : on modélise l’homme pour qu’il s’adapte a la société construite, et non le contraire)

  8. En ce qui concerne la chute de l’Union soviétique il faudrait lire ou relire le livre prophétique mais tellement juste d’Emmanuel Todd paru en 1976 « La Chute Finale » fondé sur une simple analyse des données démographiques (baisse du taux de natalité et hausse du taux de mortalité).
    D’autre part il faut aussi lire ou relire son livre paru en 2002 « Après l’Empire » qui analyse les causes de la chute de l’Empire américain, une nouvelle fois prémonitoire!
    La comparaison entre la chute de l’Union soviétique et l’Union européenne est probante: 2 systèmes politiques légaux mais sans légitimité démocratique depuis au moins 2005 qui continue de produire un arsenal de textes, décrets impressionnants jusqu’à ce que la réalité s’impose et que ses contradictions la fasse exploser notamment sa monnaie dont ses fondateurs ont provisoirement sauvé la mise en bafouant tous les textes fondateurs. Le problème est jusques à quand ce système pourra se maintenir.
    En ce 9 Novembre 2010, 40 ans après la mort du Général De Gaulle il nous faudrait un homme d’Etat de cette trempe pour dire tout haut que le roi est nu et proposer de reconstruire un système viable et démocratique.

    1. Bonjour,

      Oui, vous avez parfaitement raison, l’UE est, comme je l’ai déjà dit, une parfaite synthèse des méfaits du libéralisme financier et du communisme. Il faut en sortir de toute urgence avant de pouvoir faire quoi que ce soit de politiquement constructif.

      Cordialement,

    2. Bonjour,

      dans votre sens encore, l’interrogation de l’ex ministre de l’agriculture à la direction économique et financiére de l’Europe à Bruxelle s’interrogeant donc sur le nombre d’experts dans les groupes de conseils de la commission qui sont issus de l’industrie financiére.

      Si c’est lui qui le dit c’est que ça doit surement être vrais !

      Déni de démocratie,captation par les lobbys économique !

      cordialement

    3. @VB

      l’UE est, comme je l’ai déjà dit, une parfaite synthèse des méfaits du libéralisme financier et du communisme

      Qu’est-ce qu’il faut pas entendre…

      En ce 9 Novembre 2010, 40 ans après la mort du Général De Gaulle il nous faudrait un homme d’Etat de cette trempe pour dire tout haut que le roi est nu et proposer de reconstruire un système viable et démocratique.

      AH, de Gauuuulle ! de Gauuuulle ! de Gauuuulle !
      Qu’est-ce que vous racontez avec de Gaulle ! Il n’a, au mieux, strictement rien empêché que je sache. Avec des Pinay, des Rueff, des Pompidou, des Debré aux commandes, que vouliez qu’il fît de pire que ce qu’il fit ou laissa faire?
      Laissez le où il est ! Surement pas de ce genre d’engeance dont on a besoin ici et maintenant.

    4. à vb

      finalement l’europe est la mère de toutes ces idéologies c’était dans l’ordre des choses qu’elle en récupère tous les stigmates. oui, nous devons dépasser cette fausse dichotomie droite gauche pour nous rassembler et reprendre la main avec en ligne de mire une société réformée basée sur les science l’écologie la justice et une redistribution équitable des richesses. sinon le pacte républicain cèdera, les gens sont furieux de regarder les riches se pavaner en permanence sur leurs écrans et parallèlement de se voir rabâcher qu’ils sont des racistes protectionnistes quand ils osent prétendre à un peu réguler les flux aux frontières, même temporairement!

      mais ne nous inquiétons pas, même s’il devenait totalement obsolète, l’élite en place continuera avec zèle sur les plateaux télévisuels à faire semblant de s’invectiver en terme de droite et gauche, alors même qu’ils sont en parfait accord. c’est leur liturgie, aucun schisme admis. le pouvoir n’est pas de débattre en soi même, mais d’imposer le thèmes du débat… c’est toute une dialectique, une véritable prison mentale, il suffit de se rendre dans un meeting ump ou ps de province pour s’en convaincre: de la lobotomie. rien n’en sortira jamais.

      Dieu merci j’ai pu vivre à l’étranger.

    5. @babypouf

      Ah ouais il a dit ça cet ex-ministre de l’agriculture ? Tain ! ça c’est du courage politique de première bourre ! Quelle impertinence le bougre !
      Trouve sans doute que les lobbys de l’agro-alimentaire, des céréaliers et la FNSEA sont pas assez représentés à Bruxelles… C’est vrai que ce serait tellement mieux…
      Pitoyable.

      De Gauuuulle ! De Gauuuulle ! De Gauuuulle ! Pénètre le corps de Sarko (en te serrant un peu…), prends les choses en main et nettoie nous cette chienlit finantekneuroïde ! Que Nico le hobbit n’ait pas bogarté « Colombey les deux gaules » pour que couic…

      Tiens, en passant, une p’tite pensée pour les 144 morts, et les 20 rescapés du « bal tragique » du 5/7 a Saint Laurent du Pont le 1er novembre 1970

    6. @ methode,

      Bonjour,

      Hélas, cent fois hélas, nous en sommes bien là ; quelle tristesse de vivre une telle époque, dans un tel aveuglement général. Vivre à l’étranger c’était une bonne idée, mais le présent et l’avenir sont plutôt au combat chez nous ce me semble.

      Cordialement,

  9. Pour moi votre billet sort du lot,

    Je vous remercie sincèrement d’avoir bien pris le temps d’écrire votre billet, comme de l’avoir fait partager à d’autres, il y a longtemps que j’ai commencé à me dire ce genre de choses,

    Le socialisme bureaucratique que l’on honnit tant chez les autres (l’histoire – au passé) n’est peut-être pas aussi différent à voir et à constater que le propre bureaucratisme des gens dans le privé (l’histoire – au présent), surtout dans le beau monde des affaires de la finance actuelle, ne se conduisant guère mieux à l’égard des êtres humains, tant leur aveuglement est pareillement grand.

    Oui il y a vraiment de très bons passages à relever dans votre billet, j’ai même particulièrement bien aimé le passage suivant, et si vous permettez de le citer en gras, bien à vous, il y a mêmes plusieurs autres choses à méditer, cordialement.

    Il est clair que dans la mesure où les financiers considèrent le plus souvent les salaires uniquement comme des coûts et non comme des investissements productifs, réduire la masse salariale est à leur sens une source immédiate de bénéfices, quand bien même les dirigeants des entreprises se verraient obligés d’utiliser les services d’entreprises de travail par intérim plus coûteux, mais pour les financiers, ce genre de dépense entre dans une autre ligne comptable que les salaires. Chassez la bureaucratie par la porte, elle revient par la fenêtre !

    1. Le seul point noir et que je pourrais avancer, vous faites trop mention de l’analyse marxiste dans votre propos, sans doute pour mieux lui rendre hommage ou l’étayer hélas en en faisant trop mention vous ne faites pas entendre au lecteur que dans l’histoire il y a peut-être eu aussi
      des gens qui ont su également mieux nous inspirer à se dire ce genre de choses dites
      plus ou moins autrement, tant la crise spirituelle du monde est importante de nos jours.

  10. Au vu du durcissement en cours là-bas, Medvedev vient d’essayer d’interdire les manifestations
    via son veto à un texte législatif, je pense que vous lirez avec grand interet l’article d’ André
    Glucksmann du 06.11 à l’occasion de la ‘clotûre’du procès Jodokovski, que l’on m’a transmis

    Culpable del crimen de tener razón paru dans El Pais.

    El Pais ayant recours à un ‘ abanico’ de ‘ correspondants français aussi hétéroclite que Jean Daniel, Jean-Marie Colombani, Bernard-Henri Levy (….), et ne lisant malheureusement plus la
     »presse’ française, de besoin je vous fais passer une traduction de besoin.

  11. J’ai un peu du mal à vous suivre sur la partie sur la redistribution des gains de productivité. Vous affirmez en effet que ceux-ci n’ont pas été accaparés par les actionnaires, mais par la baisse des prix. Or, si on se base sur l’exemple schématique suivant:
    – année 1: 1 personne produit 100 biens A, vendus 1 chacun. La personne est payée 50, laissant 50 de profit.
    – année 2 : la même personne produit 125 biens A, vendus 0.8 chacun (donc hausse de productivité, répercutée entièrement sur le prix). La personne est toujours payée 50, ce qui laisse toujours 50 de profit.
    A première vue le gain de productivité n’est allée ni à l’actionnaire, ni au salarié, mais au consommateur. Celui-ci pouvant être soit un salarié, soit un rentier, savoir à qui a profité cette baisse de prix demande avant tout de déterminer qui consomme ce bien, et de quelle part ce bien constitue dans le revenu de ce consommateur.

    Il me semble donc que la baisse des prix n’est qu’un facteur de redistribution des gains de productivité, et non pas un facteur « d’absorption » de ceux-ci.

    1. @Yann : votre exemple est trop simpliste pour qu’on s’y arrête. Il me fait penser à ces dessins qui montrent des objets impossibles à cause d’une perspective faussée.

  12. Continuons donc à enfoncer des portes ouvertes.

    Comme le dit Moi les prévisions de l’effondrement général ne datent pas d’hier.
    Moi cite Emmanuel Todd et il a raison, mais relisez Debord, en particulier les « Commentaires sur la société du spectacle » écrits en 1988, commentaires qui annoncent l’échec probable de l’unification mondiale.

    Par ailleurs nous sommes quelques uns à ne pas craindre les révoltes et à penser que, pour le meilleur et le pire, ce qui n’est pas évitable adviendra.

  13. Bonjour à tous,

    Le thème est intéressant. En tout cas pour moi. Je dois avouer que depuis plusieurs années je me passionne pour le thème ‘Quelles sont les causes de la chute des grands empires? »

    Ce qui m’a amené à me poser cette question est le fait que je suis toujours resté dubitatif quant aux explications en vogue pour expliquer chaque cas particulier. Ce qui me surprenait et ne cesse de me surprendre c’est cette incroyable absence de consensus. Les thèses abondent. Pour chaque empire, il y a tant de théories qu’on pourrait en réaliser une classification; une sorte de taxonomie des théories de chutes d’empire en quelque sorte. Peut-être même que certains thésards se sont penchés sur la question. Je dois bien avouer que je ne suis pas allé vérifier (à tord je le reconnais).

    La chute de l’empire soviétique bien entendu n’échappe pas à cette règle.

    Il y a de nombreuses théories sociologiques comme celle de Madame Hélène Carrère d’Encausse, émérite académicienne, russophone de talent et grande connaisseuse de l’histoire russe qui a prédit la chute de l’Union soviétique dès les années 70 (lire l’Empire Eclaté). Dans sa théorie l’ensemble soviétique ne pouvait tenir car composé de républiques n’ayant aucun liant entre elles: patchwork ethnique, multitude de cultures fortes, mœurs antagonistes, religions différentes, démographie différente et pour couronner le tout un historique politique où la plupart de ses.républiques ont eu un passé d’indépendance et de guerre avec ses voisins. Tout ceci est juste. Par exemple, il faut reconnaître que l’URSS, et cela reste vrai pour la Fédération de Russie et même pour la seule République de Russie, fut certainement le pays qui hébergea le plus d’ethnies différentes. Loin devant l’empire romain.

    Néanmoins, bien que tous les arguments avancés par Madame Carrère d’Encausse soient justes. Ils ne sont pas pour autant la cause de la chute de l’Union Soviétique. On pourrait par exemple rétorquer que rarement un pays n’aura eu aussi peu de difficultés à faire vivre ensemble un grand nombre de peuples aussi disparates que l’Union Soviétique. A titre de comparaison, la Chine qui elle aussi abrite de nombreuses ethnies (ce qui est d’ailleurs bien moins connu), n’est toujours pas sortie des confits ethniques au début du XXI siècle! L’intégration dans le système soviétique des différentes ethnies était vraiment remarquable. A tous les étages du système, et ceci dès les années 50, vous trouviez des kazakhs, des ouzbeks, des turkmens, des azéris, des géorgiens, des arméniens, des ukrainiens, … et bien qu’ils prétendent le contraire aujourd’hui des baltes: aussi bien lettons, lituaniens qu’estoniens!
    Bien entendu les rapports démographiques étant ce qu’il étaient et sont restés, il y avait une majorité de russes mais les ethnies bien que minoritaires étaient représentées. Aucun problème de représentation politique comme en France par exemple, où les français d’origine maghrébine représentent entre 12 et 13% de la population et n’ont eu au cours des 40 dernières années qu’un seul député maghrébin et encore s’était en 1962! A tel point que les parlementaires français européens (membres de l’UMP) interpellés par leurs collègues étrangers n’ont pas trouvé mieux à répondre que leurs informations étaient erronées et que le parlements français hébergeait une vingtaine de députés nés au Maghreb sur un total de 576… Oubliant de préciser que ces mêmes députés sont exclusivement des Pieds Noirs.

    Pour revenir aux théories de la chute de l’Union soviétique on retrouve aussi des thèses économiques comme celle identifiant la chute du prix du pétrole organisée entre les américains et les saoudiens dans les années 80 (comme toutes les chutes et hausses de prix du pétrole d’ailleurs) comme la raison de la chute de l’URSS. Assurément de tels événements se sont bel et bien produits. Là encore, cette théorie pourrait parfaitement tenir pour un pays ouvert libre échangiste de type capitaliste ou autre. Mais cela n’est pas du tout le cas de l’économie soviétique basée sur une coopération entre pays socialistes et une très forte dose d’autonomie pour ne pas dire d’autarcie. Les exportations de pétrole en dehors du « marché commun » du bloc soviétique (qui ne fonctionnait pas comme les marché commun capitaliste, c’est-à-dire par le libre échange mais par des trocs), ne servaient qu’à financer l’achat des ressources non disponibles au sein du bloc. Principalement des biens de consommation. Rien de vital pour le maintien de l’Union soviétique. La thèse ne semble donc pas tenir. Quoi qu’il en soit, c’est bien le clan de Ronald Reagan qui a essayé de tirer la couverture à lui et de s’attitrer cette grande victoire.

    Il y a aussi la thèse militaire de George Bush (le père ici; même si le fils défend également la position du père). Ronald Reagan (eh oui encore lui) aurait décidé de suivre les conseils de George Bush, Donald Rumsfeld et Dick Cheney, et de faire tomber l’Union Soviétique en les entraînant dans une course à l’armement. En l’occurrence, il est fait référence au programme militaire, effectivement lancé par Ronald Reagan, dit de la « Guerre des Étoiles ». Cette théorie est même attestée par François Mitterand qui a déclaré qu’effectivement George Bush lui avait parlé de cette stratégie avant la chute de l’Union soviétique… Il a même ajouté qu’il s’était permi d’ajouter que Ronald Reagan était moins bête qu’il n’en avait l’air. Cette dernière affirmation n’engage que son auteur.

    Le fait que Ronald Reagan et ses acolytes aient eu de réelles ambitions à détruire l’Union Soviétiques ne fait pas l’ombre d’un doute. Ce n’est pas le scoop de l’année. Leur anticommunisme, bien que basé sur une profonde méconnaissance de ce qu’était l’union Soviétique, ne fait pas l’ombre d’un doute. Ils ont bien entendu intrigué à cette chute avec ces plans et avecd’autres. Néanmoins, là encore cela ne signifie pas pour autant que ce sont ces plans qui sont la cause de la chute de l’URSS… De plus, on peut remarquer que Ronald Reagan n’a pas fait mention de cette théorie où pourtant ils jouent les premiers rôles. Un début précoce d’Alzheimer?

    Les déclarations de Mickaël Gorbatchev et de Boris Yeltsin à propos de cette théorie sont d’ailleurs très claires sur ce point. L’Union Soviétique n’a pas pu tomber pour cette cause pour la simple et bonne raison qu’elle n’a pas suivi les États-Unis dans la course à l’armement lancée par la Guerre des Etoiles, en tout cas pas dans les proportions américaines. Non pas qu’elle ne le voulait pas mais parce qu’elle en étaient déjà parfaitement incapable et qu’elle en était consciente. C’est cette incapacité à poursuivre la course à l’armement qui a d’ailleurs motivé Gorbatchev à négocier des accords sur le désarmement nucléaire avec les américains.

    Cette incapacité venait tout simplement de la sclérose profonde qui touchait toute la société soviétique. Le peuple soviétique ne croyait tout simplement plus au système. La machine n’était pas bloquée mais tournait au ralenti. Il fallait donc faire des réformes: Mais pour cela, il fallait d’abord ouvertement dénoncer l’inefficacité du système car le système lui-même niait sa propre inefficacité. C’est ce que Gorbatchev appela la Glastnost, la Transparence.

    De la transparence il y en eu et jusqu’à plus soif et à la surprise de tout le monde. A commencer par la surprise des soviétiques eux-mêmes. De manière éclatante et évidente la situation s’est révélée encore pire que tout ce qui avait été imaginé. Même les plus endurci apparatchiks ont du se rendre à l’évidence: cela ne marchait pas ou plus exactement cela ne marchait plus et depuis longtemps!

    C’est ce constat là qui est la cause de la chute de l’Union Soviétique. Les corps intermédiaires de l’Union, véritables couroies de transmission de toutes les décisions prses en haut-lieu à Moscou, ont cessé d’y croire. C’est elles qui tenaient tout l’édifice.

    Lorsque l’heure des réformes arriva, la Pérestroïka, la Reconstruction, il n’y avait plus personne qui croyait en la capacité du système à se réformer et surtout pas les corps intermédiaires. Le système est passé globalement en mode « j’obéis bêtement sans réfléchir », mode dans lequel le peuple était depuis des décennies. Au final les réformes ont fait largement plus de mal que de bien et l’efficacité économique de l’Union en 1991 juste avant la chute était largement inférieur à ce qu’elle était au début des années 80. Mais là encore ce ne sont pas ses résultats économiques qui ont coulé l’Union Soviétique…

    C’est bel et bien la perte de confiance dans le système. Pas celle du peuple. Pas celle des corps intermédiaire. Mais celle des élites. Ne croyant plus au système, ils y ont mis fin. Tout simplement. Et ils le pouvait car c’est eux qui détenait le pouvoir!

    En termes de responsabilités individuelles directes, il est clair que l’acteur principal est Boris Yeltsin. C’est lui qui en déclarant la sécession de la République de Russie de l’Union Soviétique a provoqué non seulement la chute de l’Union Soviétique mais également la déliquescence de la CEI sensée remplacer l’Union dans un cadre soit disant plus juste. Il a été imité aux quatre coins de l’Union et au final, ce n’est pas un changement de statut politique pour l’Union qu’il a obtenu mais l’éclatement en moins de trois mois de l’empire conquis par les Tsars en 350 ans.

    En termes de responsabilités indirectes, il est clair que Michael Gorbatchev porte une lourde responsabilité. Une meilleure connaissance de l’histoire lui aurait fait comprendre que sa méthode n’avait aucune chance de fonctionner et qu’elle se révèlerait pire que le mal. C’est bien lui qui a ouvert la boite de Pandore, répandant ainsi tous les maux de la terre sur le pays… et laissant l’espoir au fond de la boite. Les ex-soviétiques ne s’y sont d’ailleurs pas trompés. C’est pourquoi il est si impopulaire dans les pays qu’ils dirigeait autrefois.

    Dans tout cela la population aura été le grande perdante. L’élite de chacun des états dorénavant indépendant en sort pleinement gagnante quasi instantanément. Pour les corps intermédiaire, le constat est mitigé. Certains ont réussi à tirer leur épingle du jeu d’autres non.

    La grande question que se posent parfois certains est qu’en aurait il été sans Gorbatchev. L’URSS existerait elle encore? Nul ne sait. Mais en tout cas, l’histoire nous apprend qu’un état peut être complètement inefficace économiquement, politiquement et vermoulu par la corruption sans pour autant s’écrouler. Il peut même durer des millénaires… Regardez l’empire égyptien par exemple. L’empire romain a duré moins longtemps dans ce mode mais a tout de même tenu plus de 460 ans si on prend sa chute à la chute de l’Empire Romain d’Occident et presque 1440 ans si on prend sa chute à la chute de l’Empire Romain d’Orient rebaptisé l’Empire Byzantin… Et dans les trois cas dans un climat perpétuel de guerre.

    Pour moi, la question qui me taraude serait plutôt combien de temps tiendra l’empire américain maintenant qu’une grande part des américains ne croient plus en leur système et que l’élite ne dispose plus du grand épouvantail soviétique qu’elle peine à remplacer par l’épouvantail Al Qaïda.

    Wait and see comme ils disent.

    1. Votre questionnement est très juste à mon avis. En France, je crois que nous avons le même souci, le général De Gaulle cache aujourd’hui hui la forêt mais personne n’est dupe.

    2. @Amicalement votre: excellente contribution. Concernant la conclusion: l’Empire byzantin n’a probablement survécu que par défaut de concurrence valable. Dès que les arabes se sont organisés (IXè-Xè), puis les occidentaux (XIIIè-XIVè) et les ottomans (XIVè), il ne restait si peu de l’empire romain d’orient que ce n’était déjà plus un empire.
      Je reprends les traits que décrit Jean Tulard (voir wikipedia à « Empire ») pour pouvoir dire qu’il s’agit d’un empire:
      * une volonté expansionniste
      * une organisation centralisée
      * des peuples encadrés par une armature politique et fiscale commune
      * la croyance en une supériorité d’essence
      * un début et une fin clairement identifiés.
      Au moins deux traits faisaient déjà défaut à l’empire romain d’orient dès la fin du XIIè et à partir de là ils sont continuellement en position défensive.

      Concernant les USA: Ils deviennent probablement une grosse puissance à l’égal de la Russie et de la Chine. Par la suite on verra. On ne pourra sans doute plus parler d’empire là non plus, surtout s’ils perdent le contrôle de leur zone d’influence directe (Amérique Latine avec le Brésil comme leader et non plus les USA). Mais jusque là, ils ont encore de la marge. Pour le moment, ça se joue au Moyen-Orient et en Europe et ils n’y ont pas encore perdu du terrain. Mais ça peut aller vite si leur économie implose.

    3. Il faut néanmoins remarquer que la chute d’URSS a été précédée de peu par le démantèlement de sa zone d’influence qui s’est produit sous Gorbatchev. Le retrait forcé d’Afghanistan en février 1989 donnant le signal de l’émancipation des pays du pacte de Varsovie. Si les soviétiques ont abandonné leurs marches, c’est parce qu’ils n’étaient plus en mesure de le tenir au point qu’ils ont du accepter la réunification de l’Allemagne dans l’OTAN.

      Ce n’est donc pas simplement une question de croyance des élites dans leur système, mais bien un système vermoulu et irréversiblement déséquilibré par la dynamique de désagrégation de son écosystème.

      Ce qui s’est passé pour l’Empire Romain d’Occident entre 375 et 451 est l’apparition au centre de l’Europe d’un Empire Hun extrêmement agressif et dynamique qui a poussé les peuples germaniques à migrer dans l’Empire puis le déstabiliser de l’intérieur.
      Ce qui s’est passé pour l’Empire Byzantin entre 1250 et 1453 est l’expansion irrésistible de l’Empire Ottoman par un grignotage systématique et continu à ses dépends, la période précédente ayant vu son affaiblissement par les coups de boutoir des croisés.
      L’Empire Ottoman lui ne s’est pas remis de la défaite de1918 et n’a pas pu faire face au partage de ses dépouilles par les vainqueurs (mis à part la Turquie).

      Le démantèlement des empires coloniaux britanniques et français est la conséquence de l’affaiblissement causé par deux guerres mondiales trop rapprochées et de la perte concomitante du leadership au profit des USA et de l’URSS.

      Il y a toujours des causes objectives matérielle à la chute des empires, et comme je viens de le montrer chaque cas est particulier et il est difficile d’en tirer une théorie, mis à part la règle générale qu’il y a toujours un processus d’affaiblissement plus ou moins rapide à l’œuvre (interne, externe ou les deux à la fois) et qu’avec l’accélération des évolutions (techniques, économiques, démographiques…) les empires durent de moins en moins longtemps.

    4. Pour ce qui est des causes économiques de l’effondrement de l’URSS, on oublie souvent l’accident de Tchernobyl en 1986 qui, au dire de Gorbatchev (dans un documentaire dont je ne parviens pas à retrouver la référence), aurait couté 18 milliards de roubles, à un moment où les caisses étaient déjà mal en point.

    5. @Amicalement vôtre.
      Très bon post. Il manque juste selon moi un fait médiatique qu’utilise tous les empires : la propagande.
      Quand la propagande ne suffit plus à convertir le peuple (les électeurs) à une doctrine, qu’elle soit d’obédience libérale ou totalitaire, l’empire (ou l’Etat) doit muter en s’effondrant, en entraînant avec lui la ‘classe moyenne’ qui lui était acquis, pour se trouver un nouveau paradigme.

    6. Remarquable analyse.

      C’est bel et bien la perte de confiance dans le système. Pas celle du peuple. Pas celle des corps intermédiaire. Mais celle des élites. Ne croyant plus au système, ils y ont mis fin. Tout simplement. Et ils le pouvait car c’est eux qui détenait le pouvoir!

      Les élites de premiers plans (apparatchiks du KGB ou autres) se sont engouffrées dans les privatisations et sont devenus immensément riches, elles avaient un intérêt à changer le système.
      Je ne suis pas sur que l’effondrement ait été provoqué par la doctrine matérialiste de Marx, j’ai plutôt tendance à penser que cette doctrine n’a pas été appliquée, sans doute parce qu’elle est inapplicable ( à mon sens, elle ne correspond pas à la nature humaine, c’est une vue de l’esprit).
      Marx et Engels avaient prévu que, dans la société socialiste, l’anarchie de la production serait remplacée par le développement harmonieux de l’économie sociale et que le principe de la répartition selon le travail y serait appliqué. Le développement accéléré des forces productives, l’abondance accrue des produits, devaient permettre le passage à une phase supérieure du communisme, à une civilisation supérieure sans classes : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins« .
      Sur le papier, c’était à l’évidence un modèle supérieur de civilisation qui était proposé, mais il y avait loin de la coupe aux lèvres….
      En ex URSS, il y avait, comme aujourd’hui dans les pays capitalistes, une oligarchie talentueuse qui se foutait pas mal des besoins de chacun et du bien être collectif.
      C’est pourtant un pays immensément riche, mathématiquement ils avaient sans aucun doute les moyens de réussir le projet communiste tel que défini par Marx et Engels, mais dans les têtes c’était une autre histoire…….

    7. @Moi
      Pour moi les États-Unis relèvent bien d’un empire. mais pas dans l’acceptation classique du terme, c’est-à-dire celle de l’histoire des temps anciens. C’est parfaitement normal au demeurant, il y a eu un saut important par rapport aux époques antérieures: il s’appelle le capitalisme moderne!

      Il a permis un transfert du pouvoir de la sphère politique à la sphère des affaires. Le passage du relais n’est pas à 100%. Ce n’est pas du tout blanc, tout noir mais l’ascendant du milieu des affaires est très clair. L’époque que nous vivons en ce moment le montre sans la moindre ambiguïté. Ce blog l’explicite quotidiennement ou presque.

      La montée en puissance du clan Bush qui est issu du milieu des affaires (et pas les plus propres le grand-père a été condamné pour collaboration avec les banquiers nazi via les banquiers suisses) et non de la politique montre d’ailleurs clairement que l’on en est plus au stade du monde des affaires qui par réseau d’influence et lobbying fait savoir ce qu’il est prêt à accepter ou non. Le clan des affaires est entré en politique aux États-Unis et pas pour jouer les seconds rôles comme en France (famille Dassault par exemple). Mais les choses bougent. Le clan de la très haute bourgeoisie prend clairement le dessus au sein de l’UMP.

      Dorénavant ils veulent les premières places en politique. Cela n’a rien d’exceptionnel. C’est simplement un saut dans le passé de 2500 ans. Rien de plus. C’est très précisément ce qui s’est passé à Rome lorsqu’elle est passée du statut de royaume à celui de république.

      En quoi le capitalisme moderne permet un changement par rapport à cette époque. Très simple. Il permet la dématérialisation. Il n’est plus nécessaire d’être physiquement dans un pays pour contrôler les rouages qui vous intéressent, à savoir ceux qui ont très aux affaires. Tout ce qui touche la politique vous le laissez aux autorités locales au nom d’une certaine indépendance nationale. Les États-Unis ont compris cela dès les années 1920. Dès la montée en puissance du téléphone!

      Les élites françaises et britanniques n’ont rien vu. Elles se sont donc entêtées à garder ce qui n’avait plus aucune valeur: leurs colonies. Les Soviétiques montrant le bout de leur nez partout dans ces mêmes colonies, les américains ont pris la peine d’expliquer tout cela à leur homologues britanniques. De gré ou de force, ils se rendu à la raison et ont laissé partir leur colonies en prenant bien soin de miner le terrain. Toutes les frontières des nouveaux états ont été établies sur la base d’un principe unique: Celui qu’a employé Rome puis Constantinople pour durer à savoir « diviser pour régner ». La plupart des conflits qui ont suivi la décolonisation et impliquant d’anciennes colonies britanniques trouvent leur origine là.

      Les français n’ont rien compris. Ils se sont donc entêtées jusqu’au bout avec des positions stupides comme « la France va de Dunkerque jusqu’à Tamanrasset » (Mendes-France si je ne me trompe), « la méditerranée traverse la France comme la Seine traverse Paris » (phrase des manuels de Géographie du primaire ajoutée à la demande du Ministre de l’Intérieur de l’époque, François Mitterrand) ou encore ce petit bijou de Mendes-France:
      « A la volonté de quelques hommes doit répondre la répression sans faiblesse, car elle est sans injustice. Les départements d’Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps (…). Jamais la France, jamais le Parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental. Qu’on n’attende de nous aucun ménagement à l’égard de la sédition, aucun compromis avec elle. « . C’est de 1954.

      Les positions de de Gaulle sur l’indépendance de l’Algérie étaient beaucoup plus ouvertes mais n’était pas très brillantes néanmoins. En tout cas elles étaient particulièrement ambiguës. Tout comme ses positions sur la torture: contre dans le principe’ mais il a laissé faire les généraux « qui ne faisaient que leur devoir ».

      Avec Bush, les américains ont rompu avec cette tradition. Ils sont revenu au modèle du protectorat. Une conquête militaire suivie d’une indépendance fantoche avec un pantin local à leur solde. C’est clairement le cas en Irak et en Afghanistan. Le résultat est catastrophique. Pour l’Amérique, l’occident, de manière générale et bien entendu, ne les oublions pas, la population locale.

      Les modèles typiquement américains ont par contre été déployés pour la prise de contrôle de de la Serbie, l’Ukraine, la Géorgie, l’Ouzbékistan à savoir Insurrection d’essence populaire manipulé par des acteurs locaux à la solde des américains suivi d’une prise du pouvoir de ses acteurs puis désillusion totale du peuple qui se rend compte qu’il a été berné.

      En clair, il s’agit de soft control pas d’un contrôle absolu comme le faisait les européens.

      Il est bon de remarquer que les chinois suivent un exemple différent. Ils prennent le contrôle en se rendant indispensable en qualité de partenaire économique d’égal à égal. C’est tout nouveau pour les dignitaires des pays en question (principalement africains) qui apprécient beaucoup que l’on ait autant d’égard à leur encontre. Nous verrons si ils adopteront toujours la même opinion lorsque l’étau se resserrera, c’est-à-dire lorsqu’ils voudront prendre des mesures propres à leurs intérêts allant à l’encontre de ceux de la Chine…

      Dans tous les cas, ne nous y trompons pas. Il s’agit de dominer, d’imposer. Il ne s’agit pas de leadership ou autre niaiserie enseignée à l’IEP. Dorénavant l’élite des affaires françaises l’a bien compris. Mais elle a encore une guerre de retard. Son arme principale reste encore la corruption. Cela peut jouer localement mais à échelle planétaire les armes ont changé. Les choses sont devenu plus subtiles.

      On voit le résultat sur la balance commerciale française: elle s’écroule. Les chinois taillent des croupières aux français en Afrique dans les anciennes colonies (réseau de corruption datant de la décolonisation) et au moyen-orient dans tout ce qui touche aux BTP.

      L’histoire nous apprend que le monde des dominants, celui des élites, a toujours été pourri. Ne croyez pas que sur le tard comme par miracle il serait brutalement devenu intègre comme il se plait à se dépeindre. On ne voit d’ailleurs pas très bien l’événement qui aurait bien pu l’y contraindre.

    8. Amicalement votre 9 novembre 2010 à 13:35
      Merci ! J’ai une analyse voisine de la votre, il est clair que les causes sont plurifactorielles, mais qu’il s’agit de la fin d’une guerre qui même froide mérite le nom de troisième guerre mondiale, commencée en 1917 avec beaucoup de traits divers. Contrairement à ce que je lis ailleurs, l’existence de l’URSS a été essentielle pour le mouvement de décolonisation qui n’aurait pas trouvé les mêmes justifications idéologiques et soutien logistique sans l’URSS. Les aspirations sud américaines à sortir de la dépendance et la soumission des USA n’auraient pas la même couleur sans l’existence de Cuba, Moralès, Chavez et même Lula se sont exprimés là dessus.

    9. @ Argeles39

      Vous m’avez devancé dans le fait de relever le passage suivant de l’auteur, c’est d’ailleurs ce passage qui m’a particulièrement sauté aux yeux.

      C’est bel et bien la perte de confiance dans le système. Pas celle du peuple. Pas celle des corps intermédiaire. Mais celle des élites. Ne croyant plus au système, ils y ont mis fin. Tout simplement. Et ils le pouvait car c’est eux qui détenait le pouvoir!

      Il est possible aussi qu’une partie de l’élite mondiale se conduise un peu de la même manière consciemment ou inconsciemment de celle de l’union soviétique d’alors, mais à la différence et malgré la très grande perte de foi en le système lors des terribles événements de 2007, de 2009 dans les esprits, de rechercher encore un peu médiatiquement à faire perdurer cet état de fait, oui veulent-ils vraiment laisser aux fond d’eux-mêmes ce même système à leur enfants et petits enfants ? Ils pourraient déjà le faire dès maintenant, ils en ont le pouvoir, mais toutes les circonstances ne sont pas encore réunis pour mettre davantage le monde sous cloche, c’est-à-dire pour un plus grand conditionnel de vie et d’existence demain en société !

      Pour pouvoir passer à un meilleur ordre mondial, il faut bien mettre encore un peu de désordre partout dans les peuples et les esprits, j’ai bien peur que la crise du monde moderne n’enfante encore une fois une plus grande monstruosité automatique et tyrannique de plus, ou alors l’humanité a définitivement compris et mieux progressé spirituellement depuis, c’est l’idée
      en vogue personnellement je n’y adhère pas trop, le monde de notre siècle est encore beaucoup trop conditionné comme ça.

    10. @Epapel

      Il y a bien eu un retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan mais au risque de vous contredire il résulte du seul choix de Gorbatchev. Il n’est ni le choix de l’appareil qui a même été ébahi et déstabilisé par ce choix. L’appareil soviétique savait bien ce qu’endurait les troupes soviétiques là-bas. Il n’en avait cure. Les soviétiques auraient pu tenir là-bas aussi longtemps qu’ils le voulaient mais avec de lourde perte. De plus, il est bon de rappeler que ces pertes n’étaient vu comme lourde que par des esprits occidentaux. Pour un militaire soviétique de lourde perte cela fait référence aux pertes de l’Armée Rouge durant la seconde guerre mondiale: au final 20 millions de mort pour la seule Union Soviétique!

      C’est bel et bien Gorbatchev qui a décidé ce retrait. Il l’a décidé en réponse d’un discours de Ronald Reagan qui l’appelait à retirer les troupes soviétiques de l’Afghanistan pour prouver sa bonne foi concernant la non volonté d’agression de l’Union Soviétique. Il était en effet crucial pour lui de convaincre Reagan de sa bonne foi car il le mettait comme préalable à la négociation sur le désarmement nucléaire.

      Gorbatchev l’a fait. Les négociations ont effectivement démarré et ont été stoppée à la chute de l’Union Soviétique. L’urgence n’était alors plus au désarmement mais à savoir comment éviter qu’une myriade de pays se retrouvent avec des armes nucléaires montées sur des missiles balistiques intercontinentaux.

      Une cette question réglées, les négociations ont repris avec la seule Fédération de Russie. Le ton avait radicalement changé. Il ne s’agissait plus d’un désarmement conjoint bilatéral mais d’une négociation politico-budgétaire avec des dialogues du genre « combien vous êtes prêt à recevoir de million de dollar par tête nucléaire démantelée? ». La Russie étant ruinée, elle n’a pas eu le choix et s’est vendue…

      Là encore, l’histoire habituelle veut qu’on dise que la Russie était ruinée car l’Union Soviétique était ruinée. Une sorte de continuum historique en quelque sorte. C’est ni plus ni moins que l’histoire qu’essaie de nous vendre l’élite américaine. Dommage que l’on avale de telle couleuvre.

      Là encore cela ne tient pas la route une seconde. L’économie était clairement non performante. Cela ne faisait pas de doute. La productivité était lamentable.

      Mais chaque secteur économique avait une chaîne économique complètement structurée. Ce centralisme est bien entendu pour beaucoup dans son manque d’agilité qui a long terme à conduit à son inefficacité mais qui a assuré sa performance pendant les années de guerre et jusqu’aux années 50. Ce centralisme était un atout majeur pour déterminer étape par étape ce qu’il convenait de faire pour améliorer progressivement les choses.

      Ce n’est pas ce que les « experts » américains ont préconisé. Ils ont préconisé de tout casser.
      Les anciens apparatchiks y trouvant leur intérêt, c’est précisément ce qu’ils ont fait. Cela leur était facile, ils était aux commandes de l’état russe et des programmes de privatisation.

      Qu’ont ils fait? Très simple. Ils ont évalué le prix de chaque filière sur la base de sa productivité et l’ont comparé à la productivité d’une industrie similaire aux États-Unis. Ainsi, la filière aciérie a été vendu en deux lots, je devrais dire deux gros lots (avec un jeu de mot). Le gagnant du premier gros lot à remporté l’ensemble de la filière pour 500 millions de dollar…

      Pourtant la valeur marchande de la production de ce gros lot était de 6,5 milliards lors de la privatisation. Les bénéfices étaient de 300 millions de dollar. Un rendement faible mais qui laissait pourtant prévoir un amortissement de l’investissement en moins de deux ans! Pourquoi de telles décisions qui allaient clairement dans le sens contraire des intérêts de la Russie? Et surtout pourquoi tout cassé même pour si c’est pour une somme dérisoire par rapport à la valeur de l’entreprise, c’est tout de même 500 million de dollar?

      Tout simplement, car ces filières industrielles ont été vendues conformément au nouveau droit russe. Celui-ci clairement d’inspiration américaine y stipule le droit de propriété des investisseurs privés vis-à-vis des ressources minières et pétrolières situés sous les terrains possédés. Bien entendu, le hasard faisant bien les choses (c’était bien entendu pas le hasard) les filières industrielles ont été vendues avec les mines qui les alimentaient. Toujours pour la même entreprise, les ressources en minerais de fer associées représentaient une valeur marchande de 250 milliards de dollar. De quoi produire de l’acier pendant des siècles.

      En cassant tout le deal était simple. On reconstruit tout à neuf mais faudra que vous nous l’achetiez. On prend une participation dans l’entreprise pour s’assurer de votre fidélité. Et à court terme on vous avance les fonds.

      Et oui. C’est bien beau tout cela mais il fallait quand même trouver 500 millions de dollar. Cela ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval. Surtout quand on est un ancien apparatchik et dirigeant d’un nouveau pays ruiné. En clair les apparatchiks chargé de la privatisation se sont vendu à eux-même, à des amis ou à des hommes de paille les entreprises dont ils étaient chargé d’évaluer la valeur et tout cela avec des fonds made in USA principalement mais aussi britannique. Sur la fin on a même vu de l’argent arrivé d’Israël (destinés aux apparatchiks juifs souhaitant mettre en concurrence les anglo-saxons).

      Ce type de négoce s’est poursuivi pendant toute l’ère Yeltsin. Yeltsin a au début tenter de s’opposer à cela. Il faut dire qu’il s’est hardamment battu contre la corruption pendant l’ère soviétique. Il en a d’ailleurs payer le prix: une mise à l’écart pendant sept ans. Puis voyant que tout son gouvernement participait à cela et subissant des menaces physiques à peine voilée de ces derniers il a laissé faire. Il faut dire qu’à cette époque, les apparatchiks avaient pris des mœurs clairement guerrières du genre « un bon ennemi est un ennemi mort ». En 1996, pour la seule ville de Moscou la milice a compté (la pauvre elle était incapable de faire autre chose) près de 3500 assassinat: presque 10 meurtres par jour.

      Yeltsin étant rentré dans le rang, il a bien entendu touché sa part. Les petits cadeau entretiennent l’amitié comme on dit. Ils permettent aussi de définitivement corrompre et donc de s’assurer la fidélité.
      Sa part a été minime mais suffisante pour mettre sa famille hors du besoin pendant très longtemps.La preuve, aujourd’hui elle vit encore dans les beaux quartiers de Moscou (les plus chers d’Europe) dans des appartements très luxueux du centre de Moscou alors qu’aucun n’a encore d’emploi. Visiblement ils n’en recherchent pas.

      Yeltsin n’a pas supporté une telle humiliation:’être corrompu alors qu’il s’est toujours battu contre cela. C’est surement la cause de son alcoolisme affiché. Visiblement l’homme n’avait plus aucun respect pour lui-même et souhaitait afficher ostensiblement ce que l’on faisait à son pays. C’est digne de respect! Pas facile d’être réduit à l’état d’esclave.

      Les apparatchiks, merci pour eux s’en sont très bien tirés… Ils sont entrés dans le gotha des personnes les plus riches de la planète.

      … Il y a tout de même eu un petit accrocs imprévu. Le successeur désigné de Yeltsin, Il fallait faire effectivement quelque chose ce dernier n’était plus présentable et contrôlable, à savoir Wladimir Poutin s’est rapidement pris pour le président de la Russie sous le prétexte que ce dernier avait été élu. Bref, il a mis son nez là où il ne le fallait pas et à commencer à réclamer des comptes. La première réaction à Washington et Londres n’a pas été l’inquiétude. C’est que surement on lui a fait parvenir des enveloppes.

      Par contre, au second mouvement de Poutin lorsqu’il a lancé l’opération contre Youkos et son PDG, Mikhael Khodorkovski, là cela a été la panique. Il venait de le faire arrêté et de nationaliser Youkos au motif que cette dernière ne payait plus ses impôts depuis 1995, la date de sa privatisation et refusait visiblement de le faire malgré de nombreuses demandes de l’état. L’histoire des fonctionnaires qui ont fait ses demandes sous Yeltsin vaut aussi son pesant de cacahouètes. Elle a été raconté dans la presse russe par les intéressés il y a à peine deux ans mais cela nous emmènerait trop loin. Pour faire court, fidèles aux traditions russes les apparatchiks les ont tous faits mutés au Kamchatka, en Yakoutie et dans le Magadan suivi d’une mise à le retraite à solde réduite. On peut rêver mieux pour sa retraite je vous l’assure. Regardez sur une carte de la Russie et vous verrez.

      Le prix d’achat de Youkos était 350 millions de dollar. Il s’agit pourtant de la deuxième plus grosse compagnie pétrolière russe.

      George Bush fils, himself a pris son téléphone rouge pour faire savoir sa préoccupation extrême concernat cette affaire pourtant officiellement uniquement d’ordre intérieur russe. Yeltsin a tenu bon la barre et n’a pas cédé. Il a même ajouté d’autres milliardaires à son tableau de chasses comme Berezovski qui a pu s’échapper et est allé se réfugier à Londres. Il faut dire qu’il fait parti des quelques apparatchiks à avoir été payé par les britanniques et non par les américains.

      Depuis, bien entendu les choses sont rentrées dans l’ordre. Les entreprises paient leurs impôts, au demeurant très faibles (le taux d’imposition est inférieur à celui des États-Unis et du Royaume-Uni et c’est sûrement pas un hasard). En échange, les capitalistes ont retrouvé un terrain comment dire plus sensible à leur besoin d’indépendance et de liberté. Ainsi Youkos entreprise qui était pourtant officiellement une entreprise d’état russe a accepté une prise de participation officielle américaine et est aujourd’hui dirigé par un américain: Steve Theede un ancien de ConocoPhillips un gros du Pétrole américain. On finit toujours par s’entendre. Il suffit de s’expliquer.

    11. à amicalement votre,

      La grande question que se posent parfois certains est qu’en aurait il été sans Gorbatchev. L’URSS existerait elle encore? Nul ne sait. Mais en tout cas, l’histoire nous apprend qu’un état peut être complètement inefficace économiquement, politiquement et vermoulu par la corruption sans pour autant s’écrouler. Il peut même durer des millénaires…

      un empire peut-il s’édifier sans le consentement des citoyens? pour cela l’empire doit apporter quelque-chose de nouveau. pour les égyptiens c’était peut-être l’honneur de vivre à l’ombre des pyramides véritables gratte-ciel de l’époque. ce qui est sûr c’est que l’urss a fait reculer le féodalisme comme le code napoléon avant lui. l’empire romain obtenait assentiment par l’aménagement du territoire, les thermes, les aqueduc, un barbare ne pouvait que s’incliner devant la civilisation et secrètement désirer de jouir de tout se confort. les européens apportaient la voie ferrée et l’électricité et surtout la médecin, l’urss a pareillement construit des villes modernes de style discutable certes mais confortables par rapport aux villes caravanières insalubres qu’ils ont du trouver en asie centrale. ce n’est que des exemples.

      pour l’empire américains c’est valable aussi. la pax americana et l’american way of life ont transformé les sociétés et notamment européennes. combien d’européen tiennent des propos anti-américains tout en vivant dans leurs standards et s’inquiétant du jours où la grande république à la constitution garantissant la liberté d’expression se repliera sur elle-même, laissant le ciel libre aux petits apprenti fascistes en tout genre…? on en voit les prémices.

      un empire souffle le chaud et le froid sur les identités et les aspirations individuelles, c’est comme cela qu’il déstabilise les esprits et s’impose en ramollissant les populations pour leur plus grands bonheur: ils imposent une ‘pax’. c’est d’ailleurs le plus souvent des populations aux mœurs rudes mais non corrompues qui font s’effondrer les empires aux mœurs dévoyés. pour l’empire américain les populations latino-américaine risque de s’en charger corps et biens. et certains diraient que c’est justice quand on voit le marasme dans lesquels ces pays surnagent à l’instigation de leur cher voisin du nord.

      cdt

    12. @Amicalement votre: excellente description encore de ce que fut la chute de l’URSS.

      Concernant les USA, je suis d’accord que la méthode traditionnelle qu’ils emploient est le contrôle soft par corruption des élites locales. Néanmoins, je trouve exagéré de dire ceci: « Il n’est plus nécessaire d’être physiquement dans un pays pour contrôler les rouages qui vous intéressent, à savoir ceux qui ont très aux affaires. ». N’oublions pas que les bases militaires sont bien réelles (demandez aux japonais qui ont essayé dernièrement d’en faire retirer une) et que cela pèse d’un certain poids sur le contrôle des élites locales. D’autre part, Bush n’a pas complètement innové, la politique de la canonnière ce n’est pas lui qui l’a inventée et l’Irak n’était pas le premier pays envahi directement par les américains (après la seconde guerre mondiale, il y a eu la Corée, le Vietnam, Panama, la Grenade, le Kosovo, une timide tentative en Afrique et sans doute d’autres que j’oublie). Le contrôle soft et à distance, cela a ses limites.

    13. Histoire de chute encore, d’E.Chevillard
      « L’enfant se penche à la fenêtre de sa chambre, au sixième étage, et bascule dans le vide. Pour rebondir sur l’auvent du bar-tabac au-dessous dont le mécanisme s’est grippé la veille et que le patron n’a pas pu replier comme à l’accoutumée en cette saison, puis se recevoir dans les bras d’un médecin, rugbyman amateur, lequel, après six semaines d’abstinence, renonçant soudain à lutter, vient juste de bifurquer vers le troquet pour acheter des cigarettes. Ce qui est sans doute la seule harmonie concevable dans le monde humain, la combinaison miraculeuse d’une chute, d’une panne et d’une volonté vacillante. »

    14. Vous parlez fort justement de » sclérose profonde » du système soviétique. C’est en effet dans ce sens qu’il faut aller pour analyser la fin de ce « modèle » qui a fait illusion pendant tant de décennies. Ayant vécu à l’Est , ayant rencontré beaucoup de personnes et ayant beaucoup lu sur la question, je suis consterné par le manque de connaissances et de lucidité sur ce système aujourd’hui encore. Sans entrer dans les détails je rappellerai que bon nombre d’observateurs et d’acteurs avaient depuis longtemps émis plus que des doutes sur le système soviétique. Un des meilleurs analystes a été Orwell dans  » La Ferme des Animaux » , fable qui montre comment dès son origine le système est faussé car dès le début les « cochons » ( le parti léniniste) ont une position prédominante. Le prolétariat, contrairement à ce que dit la propagande n’a pas le pouvoir et est privé du droit de grève par exemple. Comme le disait Castoriadis l’ U.R.S.S. n’était ni une Union, ni composée de Républiques , celles-ci n’étaient ni Socialistes ni Soviétiques! C’était le pays du » mensonge déconcertant » selon un observateur des tous premiers temps , Ciliga. Nombreux ont été les observateurs lucides mais ceux-ci n’ont guère été écoutés en particulier en France ou pendant très longtemps on n’a pas voulu voir ni savoir, j’en ai fait l’expérience plus d’une fois! Tout ceci n’épuise pas une question très complexe( en particulier sur la nature et le fonctionnement du système mis en place , ce qui éclairerait les origines de la sclérose) , mais je pense qu’ici , à l’ouest, beaucoup, conditionnés par la vulgate marxienne et l ‘influence des staliniens ( le PCF si grotesque portant) n’ont rien vu. Mais ne rien voir et ne pas vouloir savoir est humain , hélas. Moi aussi j’ai été aveugle .

    15. @Moi
      Vous avez raison. Il y a des bases militaires américaines partout dans le monde et ces dernières jouent un rôle centrale dans la politique américaine.

      Néanmoins, je pense qu’il ne faut pas se méprendre sur leur véritable fonction. Le but des bases américaines au Koweït, au Japon, en Corée du Sud ou aux Philippines n’est pas d’exercer une pression militaire directe sur ces autorités locales. La stratégie américaine ne consiste pas à menacer de renverser les autorités locales par leurs militaires. Attention, il n’y a aucune philanthropie dans leur attitude! Leur stratégie consiste plutôt en cas de désaccord majeur avec les autorités locales à les menacer de retirer leurs troupes…

      Les autorités locales sont extrêmement dépendantes de ces troupes pour des raisons variables:
      – la Corée bien entendu pour se protéger contre l’agresseur Nord Coréen et à un degré de probabilité moindre contre l’agresseur chinois,
      – le Japon pour se protéger contre l’URSS, la Corée du Nord et la Chine à l’époque de la guerre froide et aujourd’hui uniquement la Corée du Nord et la Chine.
      – les Philippines pour les fonds qu’ils reçoivent pour héberger la plus grosse base américaine navale hors du territoire américain,
      – le Koweït pour les protéger de l’Iran et peut-être de l’Irak demain dont une partie (le Sud) est sous influence iranienne.

      Lorsque les autorités locales n’y trouvent plus leur compte, cela se termine toujours par une rupture et la nécessité pour les troupes américaines de partir. Ainsi la base américaine navale de Sardaigne, à proximité de La Maddalena (base américaine hébergeant les sous-marins nucléaires d’attaque basés en Méditerranée) a été fermée à la demande des autorités italiennes en 2008. Effectivement, la menace soviétique en Méditerranée appartient aujourd’hui au passé. La menace de l’épouvantail russe à fonctionner un certain temps, mais il faut croire que même Berlusconi n’y croit plus. Les contraintes, en retour étaient bien réelles: rejet systématique en mer de l’eau des circuits de refroidissement secondaire. Ils sont faiblement radioactifs mais tout de même cela fait désordre. Les taux de radioactivité des fonds marins au nord de La Maddelena montrent encore aujourd’hui un excès fort de radioactivité par rapport à la radioactivité naturelle. A tel point que les italiens les ont soupçonné d’y avoir déversé des matériaux largement plus radioactifs…

      Les autorités allemandes qui hébergent la base américaine de l’armée de l’air US la plus grosse en dehors des États-Unis y trouvent visiblement leur compte. Il faut y voir simplement la volonté pour les autorités allemandes d’être un partenaire fiable et sûr au sein de l’OTAN. C’est pour les mêmes raisons qu’ils ont accepté de changer la constitution allemande afin de permettre l’envoi de troupe en Afghanistan. C’est pas demain que les américains changeront leur constitution à la demande de l’OTAN ou d’un pays étranger…

      Les britanniques sont sur la même longueur d’onde que les allemands.

      Les norvégiens qui hébergent les sous-marins nucléaires d’attaque américains en charge du pistage des sous-marins nucléaire d’attaque et des sous-marins nucléaire lanceur d’engins (lanceur de missiles balistiques) le font dans le cadre d’accord hors OTAN. La Russie bien qu’affaiblie reste une menace potentielle dans l’Atlantique (base russe abusivement dite de Mourmansk) qui doit donc être sous surveillance permanente.

      Pour revenir au Japon, j’ai bien peur que la promesse de M. Yukio Hatoyama, le premier ministre japonnais, concernant le fermeture de la base de Futenma à Okinawa ne soit qu’une promesse irréfléchie. Une fois qu’il s’est vu expliquer les enjeux, par la Marine Japonaise et les autorités américaines, il a du se rendre à l’évidence: le Japon n’est toujours pas en mesure d’assurer sa protection malgré sa forte marine qui n’est clairement plus une petite force d’autodéfense côtière comme dans les années 50 et 60.

    16. @ Amicalement votre,

      A nouveau merci pour les suppléments de reflexions et informations dont vous avez bien voulu nous faire part. Vraiment très intéressant, de même que les reflexions d’autres contributeurs ; votre vision des choses est globale et, quoiqu’en pensent certains, pas vraiment contradictoire avec les informations fournies par Makaevitch (GaÏdar) ; le tout concorde pour fournir un tableau vraiment très noir et sans issue de l’URSS.
      Je me demande où en est la politique Russe aujourd’hui ? J’ai un temps réussi à en suivre à peu près les méandres mais j’avoue être décontenancée par ce que je crois pouvoir appeler le vaste plan de privatisation actuel. Je ne comprends pas leur ligne directrice et me demande même si celle-ci existe. Les Russes semblent par certains côtés protéger leurs intérêts stratégiques bien compris et par d’autres fondre devant les sirènes de la finance : vraiment, je ne comprends plus. Auriez-vous une explication plausible à cela ?

      Bien cordialement et bonne soirée,

    17. @Amicalement votre: « Une fois qu’il s’est vu expliquer les enjeux, par la Marine Japonaise et les autorités américaines, il a du se rendre à l’évidence »

      J’imagine bien. 🙂
      Il avait été élu sur ce programme par le peuple japonais. Mais heureusement que la Marine Japonaise et les autorités américaines étaient là pour lui expliquer ce qu’il valait mieux pour cette grande démocratie qu’est le Japon face à l’imminente invasion chinoise. Nous ne sommes pas mieux lotis, hélas. Tenez, j’imagine bien aussi la discussion explicative qui aurait lieu s’il prenait à Mme Merkel l’idée de faire dégager la base militaire de Rammstein.

    18. @VB
      La politique menée par le couple Poutine / Medvedev est d’une limpidité totale. Ce sont les seuls « grands » avec les chinois à mener une politique claire, et cohérente. Ce qui ne veut pas dire qu’on soit dans l’obligation de l’approuver.

      L’un comme l’autre savent parfaitement d’où vient la Russie. Bien qu’ils aient fait parti au début des années 90 du corps intermédiaire ayant réussi à tirer son épingle du jeu (voir mon précédent post), leurs familles ne peuvent pas en dire autant. Maintenant, il est clair que les choses ont changé…

      L’un comme l’autre son de fervents apôtres du capitalisme mais pas des idéologues pour autant. Ils sont parfaitement conscients du mal qu’a fait le capitalisme à la Russie dans les années 90. Dans leur vision il s’agit pour reprendre les termes de Poutine « d’un monstre qu’il s’agit de dompter, de mater mais pas de tuer ». Toute sa politique économique en tant que Président de la Fédération puis en tant que Président du Gouvernement (l’équivalent du poste de premier ministre en France) se trouve dans cette phrase.

      La première phase a consisté a maté les oligarques et à marquer le territoire respectif de chacun. Le message était très clair, quelque chose dans le genre: « Le monde de la politique vous est interdit. Je ne vous laisserai pas vous présenter aux élections ou fonder des partis politiques ou même les financer et je n’accepterai pas davantage que vous mettiez des hommes de paille en place (type Yeltsine). De même, je n’accepterai pas que vos entreprises ne paient plus d’impôts sur les bénéfices et conservent la TVA perçue. De plus, vous payerez également un impôt sur le revenu. » Ca s’était le bâton. Le bras armé tenant le bâton et qui le tient toujours étant le KGB. La grande erreur qu’on commis les oligarques étant de mettre un ancien du KGB à sa tête en 2008: un certain Wladimir Poutine. C’est là qu’il a sûrement monter son plan de prise de contrôle de l’appareil politique. Il savait déjà que Yeltsin avait du plomb dans l’aile et qu’il n’en avait plus pour longtemps à la tête du pays. Il sera contraint à la démission par les oligarques fin 1999. En échange il a eu droit à l’amnistie. Sans commentaire.

      Pour la carotte, car il faut tout de même une carotte sinon c’est la rébellion perpétuelle. Poutine s’est engagé et continue de la faire à maintenir un climat général et un contexte législatif favorables au monde des affaires russe mais pas au monde des affaires étrangers. D’un point de vue concret « climat général’ favorable signifie: taux d’imposition sur les bénéfices parmi les plus faibles au monde (20%) et taux maximum d’imposition sur le revenu largement inférieur aux États-Unis et au Royaume-Uni (13%). Le message est clair: rapatriez vos capitaux placés dans ces deux pays; dorénavant il y a plus intéressant à faire.

      Mise à part quelques fortes têtes qui n’ont pas voulu ou su comprendre, et qui ont donc du faire de la prison ou s’exiler, tous les oligarques et milliardaires de second rang sont rentrés dans le rang. Ne croyez pas qu’ils aient pour autant accepté leur condition. A la première occasion, ils se rebelleront et frapperont de manière conjointe. Pour l’instant Poutine tient trop bien le KGB, ils savent très bien qu’ils n’ont aucune chance. Ils sont sous surveillance permanente en Russie comme à l’étranger. C’est une question de survie pour le clan Poutine.

    19. @ Amicalement votre,

      Merci à nouveau pour votre réponse ; parfait, clair et pertinent. La vague de privatisation s’inscrit donc dans le « enrichissez vous » à la mode slave ? Voilà, comme je le pense depuis longtemps déjà, de vrais politiques.

      Cordialement,

    20. @Amicalement votre

      Il vaut toujours mieux en Russie sortir du FSB ex KGB que de nulle part ailleurs quant on a des ambitions politiques. Le pauvre Gal Lebed a payé pour l’apprendre. C’était lui l’opposant charismatique dangereux pour Eltsine, malgré ses accointances tardives mais réelles avec Berezovski (ou Delon ! ).
      Poutine s’est habilement positionné en faisant la bonne triangulation entre Yetsin et Lebed entre 95 et 99. Me semble-t-il…

    21. @Moi.

      La Chine ne montre aucune velléité à envahir qui que ce soit depuis la guerre avec le Vietnam. Leur stratégie est différente. Ils ne recherchent qu’une zone militaire d’influence dans la zone pacifique nord… en tout cas pour l’instant. Pas de chance, la Corée du Sud et le Japon sont dans cette zone. Le Vietnam également.

      Le budget de modernisation de l’armée chinoise le montre clairement. Le gros de l’augmentation du budget va à l’Armée de l’air et à la Marine. Pour l’Armée de terre, ils estiment visiblement que cette dernière bien que non performante est apte à résister à tout envahisseur de pays allié rien que par son nombre. Ils ont probablement raison. l’armée chinoise a fait plus que résister face aux américains pendant la Guerre de Corée.

      Aujourd’hui, la donne a effectivement changé. Dorénavant, la Chine dispose d’alliés. Elle se constitue une zone d’influence. Rien à voir avec le bloc soviétique. L’essence de leur politique est complètement capitaliste. Ils reprennent la version américaine en y ajoutant une bonne dose d’attractivité pour que les nouveaux alliés y trouvent leur compte.

      Pas convaincu? prenons un exemple: la Birmanie ou si vous préférez le Myanmar voire l’Union du Myanmar depuis peu. Voilà un pays qui après un passage à l’état de République Socialiste du Myanmar, bien que non aligné, montrait tout de même l’inclinaison de ses dirigeants. Cette inclinaison n’était que politique, le général-président de l’époque refusant toute allégence à l’URSS ou à la Chine. Bien entendu, un tel gouvernement était régulièrement dénoncé comme anti-démocratique par la presse Thaïlandaise (un allié des États-Unis de longue date). Les abus du pouvoir étaient régulièrement dénoncé. Jusque là rien que de bien normal. Le régime y était particulièrement dur.

      Mais il est clair que cela faisait tache sur la carte du monde affichée dans le bureau de Ronald Reagan à la Maison Blanche; pour l’anecdote carte affichée sur une initiative de George H. W. Bush (le père) qui avait remarqué que le Président présentait comment dire… certaines lacunes en géographie suite à un briefing sur la situation aux Philippines qui laissait penser que ce dernier plaçait l’archipel dans l’Océan Indien. Le même Bush y a mis bonne ordre en 1988.La CIA, le MI6 (l’équivalent britannique) car il s’agit tout de même d’une ancienne colonie britannique, avec l’aide de généraux locaux, ont renversé le gouvernement et son général-président au nom de la sacrosainte démocratie. Dans la version officielle du nouveau gouvernement et qui était au vocabulaire près celle des États-Unis, le général a été renversé par le peuple héroïque du Myanmar! Le gouvernement temporaire qui a été mis en place était une oligarchie de généraux. Elle est toujours en place aujourd’hui même si les têtes ont changé. Disons que c’est du temporaire qui dure…

      Visiblement, dans le deal passé avec les généraux, se trouvait un accord concernant l’exploitation des champs pétrolifères. Les compagnies américaines (Amoco, Texaco, Exxon) et britannique (BP, qui a d’ailleurs absorbé Amoco depuis) ont donc remporté les futurs appels d’offre. Les généraux ont ensuite estimé qu’ils avaient droit à une part du gâteau plus substantielle. Les américains ne voulant rien entendre, ils ont fait appel aux français. Elf et Total, alors deux sociétés distinctes, sont donc rentré dans la danse. Les gouvernements occidentaux, américain, britannique et français faisaient alors la danse du ventre en permanence aux généraux. Nul mention des torture, exécutions sommaires, arrestation et emprisonnement arbitraire, déportation de population civile. Non, non il s’agissait juste d’un gouvernement qu’il fallait aider à sortir de pratiques certes ancestrales mais qui était sur la bonne voie et qu’il ne fallait pas brusquer et même encourager à poursuivre le mouvement de réforme

      Mais l’appétit venant en mangeant, et surtout parce que les trois pays se sont mis d’accord entre eux afin de se partager le gâteau et ainsi se libérer des velléités des généraux, les généraux sont allés voir les chinois… Pire, ces derniers en recherche d’alliés et surtout d’alliés disposant de ressources énergétiques, les ont accueilli les bras ouverts.

      Aux conditions proposées par les chinois, aucun des trois pays n’a accepté de travailler. Les menaces militaires ont donc suivies de la part des américains, relayés par les britanniques. Les français incapables de montrer les dents (c’est beaucoup trop loin pour les moyens dont dispose la France) ont jeté l’éponge en espérant conserver quelque chose. La réplique a été immédiate: accord d’entraide militaire entre le Myanmar et la Chine!

      Le Myanmar est donc dorénavant sous protection chinoise. Il a changé de bloc, mais tout comme pour Cuba, suite à la cupidité des États-Unis (et de deux autres pays qu’il ne faudrait pas oublié).

      Bien entendu, maintenant le Myanmar est devenu infréquentable en occident. Les généraux chez qui ont se pressaient autrefois en faisant moult courbettes sont aujourd’hui d’immondes dictateurs sans foi ni loi.

      L’histoire ne sarrette pas là. Les américains gesticulent dans la zone depuis. Ils envoient régulièrement au large du Myanmar et de la Chine des bâtiments de surface pour faire passer le message qu’ils n’acceptent pas ce qui s’est passé et pour envoyer le message clair qu’ils remettront de l’ordre dans tout cela le moment venu…

      Le renseignement militaire a dorénavant en cible numéro un la Chine. La Russie passe en second plan, maintenant que les américains ont clairement compris que Poutine n’était pas un réel problème et que l’on pouvait s’entendre avec lui à condition d’accorder aux russes une part du gâteau plus importante. Néanmoins, cela n’empêche pas les services secrets américains et britanniques de déconseiller les entreprises d’investir là-bas à chaque négociation ne tournant pas à leur avantage. Des campagnes dans la presse sont également régulièrement orchestrées, certaines informations sont parfaitement justes, d’autres relèvent clairement de la manipulation et du fantasme.

      Les gesticulations militaires américaines dans la zone ne s’arrêtent pas aux bâtiments de surface. A finalité de renseignement, la zone est dorénavant sous surveillance de sous-marins nucléaires d’attaque et d’avions de patrouille maritime (P3C Orion). Des collisions volontaires ont eu lieu entre navires chinois et navires américains comme à l’époque de la guerre froide entre navires américains et navires soviétiques. Ces manœuvres en langage diplomatique servent à marquer le territoire et à faire comprendre à l’adversaire qu’il va trop loin.

      Il y a eu également un P3C Orion en patrouille en mer de Chine qui s’est vu verrouiller par un radar de tir d’un chasseur chinois (dernière étape avant le tir d’un missile). Le tout probablement dans les eaux internationales comme l’a indiqué le gouvernement américain qui a protesté. Enfin les américains, dont s’est pas franchement le genre de se laisser impressionner, ont continué à patrouiller dans la zone. Les chinois, n’étant pas non plus réputé pour leur souplesse, on carrément ordonné l’arraisonnement d’un P3C Orion américain par l’armée de l’air chinoise. Pour cela, les pilotes n’ont pas hésité à tirer au canon à proximité; ce qui est la procédure pour faire comprendre à l’équipage qu’il doit obtempérer avant destruction de son appareil.

      En conclusion, il y a bien une tension forte entre les États-Unis et la Chine et elle est bien antérieures aux demandes américaines de réévaluer le Yuan à la baisse et au quantitative easing américain.

      Dans tout cela, la Corée et le Japon qui ont de plus la question de la Corée du Nord sur le dos sont bien peu de choses. Pas question de se passer des américains,. Qui sait comment tout cela va tourner? La prudence doit être de mise.

      Le rejet de la population japonaise vis-à-vis de la présence américaine, principalement du à des affaires de viols réalisés par des marins américains, ne pèse pas lourd dans la balance.

    22. @Vigneron

      Je dois avouer que Lebed restera pour moi une énigme.

      J’ai pensé pendant un temps avoir compris qui il était en analysant ce qu’il a fait en Moldavie, Tchétchénie et au Dagestan. Cela formait un tout cohérent.

      Certains prétendaient que ces actions étaient en incohérence totale avec ses actions pendant la période soviétique où il faisait plutôt parti de la branche dure.

      Il m’a semblé pendant un temps que non. J’expliquais son passé par le simple fait qu’il était militaire et qu’il s’est ouvert plus tard se rendant compte qu’on peut ramener le calme autrement qu’en tirant dans le tas.

      Mais suite à son apologie de Pinochet, je dois bien avouer que j’ai eu du mal à trouver une cohérence dans son approche. Il a eu également des prises de positions nationalistes, voire ultra-nationalistes qui ne dénoteraient pas dans le climat actuel en Russie mais qui sont en complète contradiction avec son attitude dans les républiques sus-nommées.

      En clair, il a souvent dit noir, fait blanc, pour au final dire qu’il avait toujours dit noir une fois que les faits lui donnaient tord.

      Je ne sais pas trop que penser de lui. Pour moi il manquait singulièrement de compréhension globale. Cela l’a conduit à prendre des positions auxquelles il ne croyait pas mais qu’il pendait gagnantes et qui se sont révélées perdantes.

      Sa mort, qui en a arrangé plus d’un, restera également énigmatique. Il y a eu plusieurs témoignages troublants là-dessus dans les jours qui ont suivi le crash de son MI-8.

    23. @Vigneron

      Au passage, le FSB n’est que très partiellement le successeur du KGB.

      N’oubliez pas que toute l’administration russe a été réorganisée à l’américaine, KGB compris. Le FSB correspond aujourd’hui au FBI américain + la DEA américaine soit la police fédérale + le contre-espionnage.

      Dans son passé ce cher Wladimir travaillait pour la première division générale du KGB où il était Lieutenant-Colonel. Cette énorme division était chargée du renseignement extérieur. Aujourd’hui, son successeur est le SVR.

      Pour l’anecdote, il travaillait en Allemagne de l’Est. Il parle d’ailleurs un allemand remarquable. Il a à deux reprises prétendu connaître Madame Merkel de longue date…. Madame Merkel, qui n’est pas le genre à perdre son calme facilement, le perd lorsqu’on a l’audace de l’interroger sur les insinuations de M. Poutine….

      Il faut dire que les fonctions de l’époque de M. Poutine sentent le soufre: Il était chargé des opérations de de déstabilisation en Allemagne de l’Ouest. Parmi ces opérations on retrouvent tous les scandales des années 80 qui ont touché les dirigeants d’entreprise et membres du gouvernement de la RFA…

      M. Poutine qui est taquin s’adresse sempiternellement à elle en allemand sans passer par l’interprète. Mme Merkel lui demande pourtant régulièrement de bien vouloir respecter les nouveaux usages et de s’adresser à elle en russe et qu’elle lui répondrait en allemand. Il est clair qu’elle fait référence aux usages entre la RDA et l’URSS où les allemands occupant une fonction cruciale(pas nécessairement haut placée dans la hiérarchie) se devaient de parler le russe et s’adressaient aux autorités russes en russe alors que les russes leur rendait la courtoisie en allemand.

      De fait, Mme Merkel parle couramment le russe. Cela n’a rien d’exceptionnel pour une ancienne membre du partie communiste est-allemand. Elle a d’ailleurs fait une partie de ses études à Moscou. C’est déjà plus rare mais n’a rien d’atypique pour une personne dont les résultats scolaire la destinait à des postes de direction au sein du parti. Par contre, elle parle parfaitement l’anglais. Là, c’est complètement atypique… L’enseignement des langues étrangères était le parent pauvre dans tout le bloc de l’Est. Pour ce qui était des langues parlées dans le bloc de l’ouest, les enseignants apprenait la langue exclusivement par écrit (pas possible de se rendre là-bas bien entendu). L’apprentissage oral se faisait en écoutant des cassettes enregistrée par des russes n’ayant eux-même jamais mis les pieds hors du bloc de l’est.

      Ah j’oubliais, il y avait une exception: le KGB qui disposait (et cela n’a pas dû changer) d’un énorme centre de formation des langues très bien équipé situé dans la banlieue de Moscou. Pas très loin de l’université où Mme Merkel a étudié…

      Après la chute, elle a demandé à récupérer son dossier de la Stasi. Comme beaucoup d’ancien est-allemand, me direz-vous? Pas vraiment, elle n’a pas demandé à y avoir accès, elle a demandé à le récupérer…

      Enfin son ascension au sein de la CDU et du gouvernement Kohl est proprement stupéfiante pour une femme dont les fonctions officielles au sein de la RDA était la recherche en chimie quantique et qui ne connaissait strictement personne à l’ouest…

      A ce Wladimir quel coquin…

    24. @ Amicalement votre

      Vous avez des sources pour étayer ce que vous avancez sur Merkel ? Pas que je remette nécessairement en question le bien fondé de votre propos – je n’en sais honnêtement rien – mais il n’est pas difficile d’y lire entre les lignes, et je pense que d’autres commentateurs ne manqueront pas de vous le demander.

    25. @Amicalement votre ?

      C’est eu égard à leur protection que vous ne souhaitez pas les divulguer ? Secret défense ? Faut passer par Accoyer ? Ou bien vous attendez la baisse du niveau des eaux pour tenter l’excursion spéléo ?
      Pour le débit de la source, c’est Fontaine du Vaucluse ! Mais l’impluvium, il va jusqu’où ?

      Ou bien, décidément, Il est à propos que le peuple soit guidé, et non pas qu’il soit instruit; il n’est pas digne de l’être.. ? (F.M. Arouet)

    26. @Julien Alexandre
      « Vous avez des sources pour étayer ce que vous avancez sur Merkel ? Pas que je remette nécessairement en question le bien fondé de votre propos »

      Tout d’abord je n’avance rien. Je me contente de rapprocher des faits établis paru dans la presse. Par contre, je vous rejoins il n’est pas difficile de lire entre les lignes de ce que j’écris. Tout comme il n’est pas difficile de comprendre les insinuations de M. Poutine qui sont parues dans la presse russe (agence RIA Novosti si ma mémoire est bonne). Sans tous les rapprochements, il est vrai mais le message est bien passé et a été reçu 5 sur 5 à Berlin. La presse russe est utilisée, comme l’était la presse soviétique et comme l’est aussi la presse chinoise comme moyen de faire passer un certain nombre de message dérangeant qu’il n’est pas séant de faire passer par la voie diplomatique. J’espère que vous ne me demanderez pas des sources de ce que je viens d’affirmer à l’instant. Je n’en ai pas..

      Tant qu’aux réactions de Mme Merkel quant à l’emploi de l’Allemand par M. Poutine et sa demande nerveuse de ne plus le faire, je l’ai entendu au journal de France 2 au sein d’un reportage sur une rencontre Merkel Poutine. Je dois bien avouer que je suis incapable de dater. Cela date déjà. Mais comme vous le dites les lecteurs de ce site ne manqueront pas de venir combler cet oubli.

      Pour ce que j’affirme de l’enseignement des langues au sein du bloc de l’est, je dois bien avouer que je n’ai aucune source à vous fournir. Cela correspond tout simplement à ma connaissance de la société soviétique. Enfin si vous voulez une personne pour confirmer, j’en connais bien une: ma charmante épouse. Mais peut être malgré le fait qu’elle soit russe elle ne peut pas être considérée comme une source de bonne foi. Après tout ,c’est tout de même mon épouse. Ça crée des liens…

      Ah non, tenez une autre plus connue ne manquera pas de vous le confirmer: Mme Hélène Carrère d’Encausse. Elle se rendait suffisamment souvent en Union Soviétique pour ignorer cela. Vous pouvez également obtenir confirmation de cela auprès de l’épouse de Wladimir Vissotski (pas de lui, il est décédé), vous la connaissez au moins de nom: Marina Vlady. Elle connait trop bien le monde des arts et le monde universitaire soviétique pour ne pas savoir cela.

      J’ai bien conscience là de botter en touche. Mais je ne vois pas comment rassurer objectivement votre inquiétude… Il faudra donc faire avec.

    27. @vigneron

      J’aurai bien pris votre remarque pour de la franche rigolade, une simple blague de potache comme il en passe parfois. Et après tout pourquoi pas. Nous ne sommes pas obligés d’être sérieux en permanence. Il faut bien rire de temps en temps, non?

      Seulement voila, visiblement vous ne plaisantez pas. Le point d’interrogation que vous avez situé après « amicalement votre » est suffisamment clair pourtant. La couleur était annoncée dès le début. Je dois bien avouer que je ne l’avais pas vu à la première lecture.

      C’est spirituel. Si, si, bravo, vraiment c’est bien vu. Joli trait d’esprit. C’est bref, concis et plein de sous-entendus. Vous auriez du vous arrêter là. Le reste est nettement moins bon.

      Tant qu’à la citation de Voltaire, sachez que l’usage d’un dictionnaire de citations est chose dangereuse car on n’y voit ni le contexte, ni le pourquoi des propos de ce cher François-Marie et surtout pas le niveau de sincérité dans ses propos.

      Puisque vous semblez apprécier Voltaire, comme je vous comprend, voici une chanson pamphlétaire dont il a été soupçonné d’être l’auteur. Et ma foi, pour avoir la faiblesse de croire que je le connais assez bien, c’est bien possible, cela lui ressemble fort. En tout cas bien plus que la citation que vous avez choisie dont il est assurément l’auteur. Comme tous les textes pamphlétaires de cette époque, il y a au moins deux niveaux de lecture. Celui-ci en comporte trois. L’un immédiat dont je ne vous ferai pas l’affront d’oser vous demander si vous le comprenez et deux autres beaucoup plus subtiles qui nécessitent déjà un certain niveau de culture française. Alors je me joins à ce cher Arouet pour vous demander les comprenez-vous? Si oui, sachez qu’il n’est pas applicable qu’à Mme Poisson. Avouez que j’ai tout de même la courtoisie de vous « guider » comme vous dites.

      ‘LES REPROCHES DE LA TULIPE

      si vous vous contentiez madame de rendre le roi fou de vous
      l’amour étant l’affaire des femmes nous n’en aurions aucun courroux
      comprenez-vous ?

      mais depuis quelque temps marquise vous voulez gouverner en tout
      laissez-moi dire avec franchise que ce n’est pas de notre goût
      comprenez-vous ?

      que vous nommiez des éminences et des abbés tout votre saoul
      que vous régentiez les finances après tout le soldat s’en fout
      comprenez-vous ?

      mais quand vous nommez pour la guerre certain général archi fou
      il est normal que l’ militaire vienne un peu vous chercher des poux
      comprenez-vous ?

      parce qu’un beau soir à Versailles vous avez joué les touche à tout
      nous avons perdu la bataille et moi je n’ai plus qu’un genou
      comprenez-vous ?

      je ne suis pas méchant marquise mais vous savez j’aimais beaucoup
      tous ces amis qui sous la bise ce soir ne craignent plus le loup
      comprenez-vous ?

      je l’aimais bien mon capitaine il est tombé percé de coups
      c’était un bon gars de Touraine il ne rira plus avec nous
      comprenez-vous ?

      tous ces amis chère marquise seraient aujourd’hui parmi nous
      si vous n’aviez nommé Soubise cet incapable ce filou
      comprenez-vous ?

      car ce n’est pas un jeu la guerre Madame il s’en faut de beaucoup
      on peut y perdre comme mon frère ses entrailles sur les cailloux
      comprenez-vous ?

      mais je ne fais pas de manières et si je pleure devant vous
      c’est que mon père est dans la terre et que ma sœur n’a plus d’époux
      comprenez-vous ?

      du sang de mes chers camarades un ruisseau rougit tout à coup
      aucun poisson ne fut malade car les poissons avalent tout
      comprenez-vous ?

      mais quand nous n’aurons plus de larmes quand nous serons à bout de tout
      nous saurons bien à qui Madame il nous faudra tordre le cou
      comprenez-vous ?

    28. @amicalement votre :

      Je tente deux hypotèses ( outre une attaque directe à Madame Poisson qui avale tout ) :

      – règler un vieux contentieux avec les Rohan

      – appui à Frédéric de Prusse contre la royauté en place à Paris .

      Ne vous chamaillez pas trop avec Vigneron , c’est un copain .

      A vous lire tous les deux , je me demande d’ailleurs si vous n’avez pas trace sanguine commune de la vieille noblesse française ( qu’il m’est arrivé d’approcher dans la plaine du Forez ) .

    29. @Amicalement: « La Chine ne montre aucune velléité à envahir qui que ce soit depuis la guerre avec le Vietnam. Leur stratégie est différente. »

      J’étais ironique bien sûr.

      Pour le reste, c’est toujours un plaisir de vous lire. Une bouffée d’air frais au milieu des clichés sur la Russie et la Chine de nos médias officiels.

    30. Tenez voici une excellente interprétation des Reproches de la Tulipe.
      Je ne connaissais pas l’interprète, un certain Gabriel Yacoub. Un réel talent.

      @juan
      Continuez vous êtes sur la bonne voie…

      Et tenez puisque le hasard des nouvelles fait bien les choses, au risque de passer pour un mythomane, je vous annonce que demain dans les journaux vous entendrez parler de la Russie et probablement du fameux SVR.

      Qu’est-ce qui me permet d’être si affirmatif alors que vous ne trouverez encore rien sur le Web francophone, et bien tout simplement parce qu’il y aura au menu du croustillant comme l’aime les journaux occidentaux. Tout y est: des espions russes, des trahisons d’élites (eh oui encore et encore), de la bureaucratie incompétente; … Tout y est. N’en rajouter plus.

      Sur Rossia 24, on a même vu des images des fameux locaux du VSR chargés de former les espions intervenant à l’étranger dont je vous parlais. Incroyable non les coïncidences.

      Pour les russophones, allez jeter un coup d’œil sur le site de Kommersant. Ce journal est une perle. On y trouve régulièrement des révélations sur l’Union Soviétique ou la Russie mais à l’époque de Yeltsin. Mais là, il s’agit d’actualité immédiate et en plus dans la chasse gardée du Président de la Fédération (le VSR dépend hiérarchiquement directement de lui). J’ai bien peur que pour Kommersant cela soit le scoop de trop…

      NB: Je fais ici une odieuse insinuation comme quoi cela pourrait rapidement changer après cet épisode. Un indice sur ce que j’insinue absolument sans la moindre source ou preuve, l’actionnaire de Kommersant est Gazprom. Là encore c’est de la pure déduction de faits avérés.. Mais avouez que j’ai bien peu de chance de me tromper…

    31. @ « Amicalement votre »

      Et tenez puisque le hasard des nouvelles fait bien les choses, au risque de passer pour un mythomane, je vous annonce que demain dans les journaux vous entendrez parler de la Russie et probablement du fameux SVR.

      Qu’est-ce qui me permet d’être si affirmatif alors que vous ne trouverez encore rien sur le Web francophone, et bien tout simplement parce qu’il y aura au menu du croustillant comme l’aime les journaux occidentaux. Tout y est: des espions russes, des trahisons d’élites (eh oui encore et encore), de la bureaucratie incompétente; … Tout y est. N’en rajouter plus.

      Vous voulez sans doute parler de ceci : http://www.lefigaro.fr/international/2010/11/11/01003-20101111ARTFIG00553-agents-pieges-moscou-connait-le-traitre.php

      Le Figaro, c’est francophone non ?

      Pour ceux qui souhaiteraient le lire tout de même en russe, c’est ici : http://www.kommersant.ru/doc.aspx?DocsID=1536406

      Je ne suis pas certain que la mise en scène grandiloquente que vous faites de cette information soit bien nécessaire…

  14. En 1985, juste au moment où Gorbatchev accédait au pouvoir, je suis allé en URSS pour mon travail et pour un séjour touristique.

    Je suis tombé à la renverse en constatant à quel point TOUT dans les moindres détails était pourri et vermoulu. J’en ai d’ailleurs voulu à nos média tels que le Monde, le Nouvel observateur et autres d’avoir tartiné des pages entières sur l’URSS pendant des années et des décennies sans avoir fait transparaître cette réalité effrayante. Je me suis dit alors sans penser que ce serait cinq ans plus tard, que je vivrais l’effondrement de ce système.

    Tout était vermoulu disais-je. Dans ma chambre d’hôtel, pourtant récent et d’apparence « occidentale », j’avais listé une bonne cinquantaine de points trahissant le « je m’en foutisme » de toute la chaîne de fabrication et d’exécution des différents composants, par exemple, les charnières de portes étaient déjà piquées par la rouille, elles n’étaient pas ébavurées, il manquait une des vis de fixation. Le meuble de tête de lit de style stalinien (mais cela, je ne peux pas le leur reprocher) était verni avec un vernis déjà bien écaillé, problème de qualité du vernis ou d’application ? probablement les deux. La chasse d’eau était d’un type inconnue chez nous : il fallait maintenir l’action pendant tout le temps de l’écoulement de l’eau. La glace du lavabo d’environ 15 cm de hauteur ma convenait parfaitement moi qui mesure 1.82 m mais je ne vous dis les commentaires de ma femme…
    Et puis c’était la même chose dans les bus : la moindre pièce en plastique était zébrée ce qui veut dire que des plastiques de récupération ou impurs avaient été mis en œuvre, les pots d’échappement crachaient des fumées noires, les bas de caisse étaient rouillés. J’ai acheté au Goum sur la Place rouge, une maquette de char pour, mon fils. Elle ne m’a certes pas coûté cher mais là aussi, plastique de mauvaise qualité, bavures et finalement impossibilité de la monter. Et dans la rue, c’était du même tabac : tout était moche, dégradé, tout transpirait je le répète le « je m’en foutisme » de A à Z. Finalement, toute la société soviétique ressemblait aux fameuses Traban dont le délai de livraison pouvait atteindre, paraît-il 25 ans…

    Ayant vu cela, moi qui suis ingénieur, je n’ai pas eu besoin de ma référer aux théories de Marx pour prédire que cette société allait s’effondrer comme un arbre mort rongé par la vermine.

    1. Et une anecdote de plus : certains laissaient le gaz allumé en permanence tant qu’ils n’avaient pas d’allumettes.

    2. Je confirme d’une visite en 79 l’expérience des chasses d’eau et autres bricoles quotidiennes pour lesquelles les normes de fabrication étaient très loin de celles en vigueur ici. L’étonnant est que les US ne possédaient pas la technologie des toilettes spatiales soviétiques qui seraient généralisées encore aujourd’hui à ce que j’ai lu un jour. Je n’en sais pas plus mais la sélection des meilleurs élèves pour course aux armements et conquête spatiale a été plus ruineuse en roubles qu’en dollars. Suis allé en 2008 en Géorgie-Arménie, où il y a de beaux restes de ce marchait déjà mal auparavant. C’est pire sauf pour 10% de la population qui vit mieux. A utiliser l’hébergement chez l’habitant y compris en immeuble de ville, on s’aperçoit que tout ce qui avait été pensé en collectif ne fonctionne plus puisque privatisé. Et des manières de penser restent énigmatiques pour le nouveau contexte.

    3. Pour les chasses d’eau , c’était plutôt avant-gardiste et écologique , car ça oblige à ne consommer que le strict nécessaire en volume d’eau .

      Le modèle a de l’avenir .

    4. Bien vrai. Exerçant le même métier que vous, j’avais fait des constats comparables. Vous attribuez la cause du jemenfoutisme soviétique généralisé au système, et vous avez raison. Mais un autre voyage me pose question : aujourd’hui, à la frontière entre l’Estonie et la Russie, on constate que le petit pays se développe à l’occidentale, quand le grand voisin traîne des pieds dans un post-soviétisme un rien nostalgique. Il suffit de regarder autour de soi, de part et d’autre de la frontière. Si je rapproche ce constat d’une généralité ma foi discutable comme quoi les Estoniens aiment le travail, et le travail bien fait, quand les Russes aiment chanter, boire, « cracher au plafond » (expression populaire russe) en imaginant un autre monde (un peu comme nous sur ce forum), je me prends à douter que le soviétisme soit l’unique cause. Si vous devez acheter un logement à Moscou, assurez-vous, comme tout Moscovite qui se respecte, qu’il a bien été construit par des prisonniers allemands : vos murs seront droits. Rien de méprisant pour les Russes dans mes propos, car je préfère écouter Moussorgski dans des murs de guingois plutôt que travailler comme un bête (c’est ainsi que l’on travaille dans l’industrie de nos jours chez nous) pour contempler mes murs à angle droit, chaque soir après 21h, crevé.

    5. J’ ai vu la même chose en Pologne. Ces « détails »(« le diable est caché dans les détails »- qui a dit cela?) sont l’effet de ce système sclérosé. Mais en France on a « ignoré » tout cela comme on veut « oublier » les purges staliniennes de 1936 par exemple, alors que Staline promulgue la constitution la plus démocratique qui soit!!!

    6. « Ayant vu cela, moi qui suis ingénieur, je n’ai pas eu besoin de ma référer aux théories de Marx pour prédire que cette société allait s’effondrer comme un arbre mort rongé par la vermine. »

      L’ingénierie égyptienne était en décadence complète 800 ans avant la chute de l’Égypte. Ils étaient contraints de faire venir des architectes mésopotamiens puis plus tard Grecs pour assurer la construction de bâtiments que l’on peut considérer comme très modestes comparés aux pyramides ou aux temples réalisés par leurs ancêtres. Une fois encore, il n’y a pas de liens entre inefficacité, incompétence technique, je-m’en-foutisme du peuple et chute d’un empire. Ce qui fait un empire c’est son élite. Elle se doit d’être compétente face aux menaces qui frappent l’empire. Si elle ne l’est pas, elle ne peut constituer ou maintenir l’empire. Elle est donc par essence compétente. Ceux qui ne font pas le poids sont éliminées d’office. Lorsqu’elle cesse de croire à ce modèle qui est celui de tous les empires ou de vouloir s’y référer : l’empire ne tarde pas à s’écrouler. L’empire romain tenait par le système de guerres perpétuelles qui permettait de récompenser toutes la pyramide du système (le peuple en était exclu). Lorsque les richesses accumulées ont fini par ’embourgeoisé » tout le système, ce dernier n’était plus prêt à partir guerroyer. Ils ne voulaient donc plus du système qui avait fait la réussite de l’empire. En voulant en changer, en payant des tributs, en embauchant des barbares comme généraux, en en faisant de riches propriétaires avec la citoyenneté romaine et en passant leur temps à intriguer les uns contre les autres ce que leur permettait leur mode de vie, ils ont précipité la chute de l’empire.

      Les élites ont parfaitement la possibilité d’aller chercher les compétences là où elles sont. Et elles n’hésitent pas à le faire et cela sans se remettre en cause alors que l’incompétence ou je m’en foutisme de leur peuple n’est que le résultat de leur politique.

      Les égyptiens l’ont fait. Les romains l’ont fait et ils sont même ceux qui l’ont fait le plus longtemps et avec un cynisme à couper le souffle. C’est tout particulièrement vrai de l’empire byzantin où là encore ce sont bien les élites qui ont fait tomber l’empire byzantin. Par leurs trahisons, tout simplement. Tout le long des deux siècles qui précèdent la chute de Constantinople, l’histoire abonde d’élites byzantines quittant l’empire byzantin (d’Arménie, de Grèce, d’Anatolie) pour rejoindre un camp allié, comme la principauté de Moscou, ou carrément le camp ennemi, à savoir les Turcs qui savaient les accueillir à bras ouvert: ils les employaient dans un corps d’élites militaro-administratif, les Janissaires. Ce sont eux qui sont à l’origine de la chute de l’empire byzantin et même après de l’expansion de l’empire turc.

      Ils sont également responsables du déclin de l’empire turc à partir du XVIIème imitant le modèle byzantin lui-même hérité de Rome. Là encore, les mêmes habitudes ont conduit à ce qu’ils perdent confiance dans le système. Résultat: trahisons. Cette fois-ci, ils ont rejoint majoritairement les Ukrainens puis les Russes. Les Arabes ne les voyaient pas d’un bon œil, plusieurs janissaires ont tenté de les rejoindre, mais les califes arabes les faisaient le plus souvent décapiter. Je ne suis pas loin de penser qu’il s’agissait de sage décision.

      Ce sont ces mêmes janissaires qui seront également responsables de leur propre chute qui entrainera en un siècle la chute complète de l’empire turc… Mais là bien indirectement. Ces derniers ont fini par occuper une place tellement importante dans la politique du royaume qu’ils constituaient une menace réelle contre le sultan. Ce qui les opposaient au Sultan très simple: ils pensaient que ce dernier était incompétent comme de nombreux sultans précédents. Ils étaient à deux doigts de renverser ce dernier afin de mettre un terme à la décadence de l’empire. Pour des raisons institutionnelles et culturelles, ils ne pouvaient le tuer aussi ils pensaient en faire une marionnette à la manière des rois fainéants francs qui étaient sous la coupe du Maire du Palais.

      Le Sultan Mahmud II ne souhaitant devenir une marionnette décide de se débarrasser d’eux collectivement: il les fit massacrer par son armée et la population. La fin des réjouissances a été ponctuée par une exécution collective à Istanbul juste à côté de la Mosquée Bleue sur la place construite sur les fondations de l’ancien hippodrome: 3600 janissaires exécutés en moins d’une seconde. A ma connaissance c’est la plus grosse exécution collective qui ait jamais eu lieu. L’empire est tombé moins d’un siècle plus tard. De toute évidence, ils avaient bien raison les Sultans étaient bien incompétents et une fois seuls ils l’ont prouvé remarquablement.

      Non, vraiment. Je dois avouer que je ne connais pas d’exemples d’empires donc d’une structure d’une taille telle qu’elle est capable de palier toute menace quitte à enrôler l’ennemi dans son armée, le corrompre, lui payer un tribut, envoyer son peuple se faire massacrer (stratégie soviétique face aux allemands au début du conflit),… etc. L’élite lorsqu’elle y croit ne manque pas de ressources. Elle trouve toujours le moyen de parer la menace aussi forte soit elle…. Jusqu’au jour où les élites n’y croit plus. Généralement c’est la corruption des élites qui engendre cela. En quelque sorte on peut dire que les élites finissent toujours par provoquer leur propre déclin qui est toujours suivi de vagues massives de trahisons (il faut bien vivre).

      Cela marche pour l’empire romain d’occident, l’empire romain d’orient, l’empire franc, l’empire napoléonien (on retrouve les mêmes trahisons pour rejoindre les Anglais, même si il est vrai que les trahisons ont été réalisés par des alliés et non des français), l’empire russe, l’union soviétique, et même les différents empires chinois.

      Actuellement, je commence à me renseigner pour les empires amérindiens (Aztèques, Acolhuas, Mayas, Inca ou Tiahuanaco-Wari). Je n’ai pas encore la réponse. Je travaille dessus. Il est vrai qu’obtenir des informations détaillées sur leur organisation sociale et sur celui de l’élite est particulièrement difficile.

    7. @Amicalement votre: vous avez plus de documents à votre disposition pour étudier la trahison de nos élites à nous. 🙂

    8. @Moi

      Certes, mais la France n’est plus un empire depuis longtemps…

      Plus sérieusement, comprendre la médiocrité des élites françaises dans toute sa dimension n’est pas à mes yeux un chalenge intellectuel. En tout cas pas suffisant pour m’intéresser.

      Peut-être aussi parce que par mes origines familiales, j’étais destiné à en faire partie. J’ai fait d’autres choix. Il m’est arrivé de le regretter. En tout cas, cela m’a permis de vivre plus facilement avec moi-même.

      « Il faut savoir s’accepter tel qu’on est  » a dit M. Sarkosy en faisant une allusion à son passé familial, le jour de son élection. Il a bien raison… En tout cas là-dessus.

    9. @ Amicalement votre,

      Ce qui vous a sans doute permis, de façon collatérale, de mener une vie plus tranquille et conforme à vos aspirations autant qu’à votre conscience ; certains en gardent en effet une… Bravo pour vos choix et encore merci de partager avec nous vos connaissances et points de vue.

      Bien cordialement,

    10. @Ulysse

      Je n’avais pas vu votre post. C’est dommage car il mérite clairement d’être commenté.

      « aujourd’hui, à la frontière entre l’Estonie et la Russie, on constate que le petit pays se développe à l’occidentale, quand le grand voisin traîne des pieds dans un post-soviétisme un rien nostalgique »

      La période faste de l’Estonie, de la Lituanie et de la Lettonie est close. Elle appartient déjà au passé. Vous parlez de la nostalgie des russes vis-à-vis de l’époque soviétique et bien figurez vous que les baltes eux regrettent la période du plein emploi qu’ils ont connu après la chute lorsque l’occident les a arrosé d’euro. Les pays qui s’y sont collés sont l’Allemagne, la Suède et la Finlande. Dans un second temps la CEE a également donné une bonne louche.

      Ces pays étant peu peuplé l’effet a été immédiat. En clair, j’ai bien peur que les qualités des peuples baltes ne soient pas en cause dans le redressement spectaculaire de ces pays. Ou alors il faut aussi les accuser d’être coupable de leur effondrement récent.

      Tout le système financier de ces pays est dans une situation absolument catastrophique. Il est d’ailleurs majoritairement sous contrôle étranger: Ne cherchez pas bien loin. Les pays qui ont donné sont comme par hasard ceux qui possède le système financier des pays baltes.

      Maintenant, vous pourriez me rétorquer que cela n’affecte pas nécessairement la population. Dans leur cas, si. Pourquoi car la privatisation du pays s’est faite là encore en suivant les préceptes ultra-libéralistes. Il y a tout de même une grande différence ce qui a été fait en Russie: ces pays sont dépourvus de toute ressource minière. Il n’y avait absolument rien à piller. Les deal était, on redresse votre économie et comme on la contrôlera par le système financier, on sera largement remboursés.

      Pour redresser l’économie, en bons ultra libéraux qui se respectent, ces européens se sont tout logiquement retourné vers le modèle américain qui se prêtait parfaitement à la situation selon eux: une population sans le sou qu’il faut inciter à consommer pour faire tourner la machine économique. Vous l’avez compris, il ont choisi le modèle de l’accès sans contrainte au crédit!

      Pas de chance, patatras! Le marché international du crédit s’écroule. Les 3 pays ont fait de même. Vous voulez une idée concrète de ce que j’entends par s’écrouler, voici le taux de chômage pour les pays concernés en date de Juin 2010:
      – Lettonie: 19.5%,
      – Lituanie: 18.2%,
      – Estonie: 18.6%.

      Il faut bien une base de comparaison. La voici pour juin 2008 soit deux ans avant:
      – Lettonie: 6.2%,
      – Lituanie: 4.5%,
      – Estonie: 4.1%.

      Joli résultat que voilà en à peine deux ans! Et croyez moi cela n’est pas fini. Vous verrez que dans deux ans les baltes regretteront l’année 2010! A cette époque il y avait encore 80% de la population qui avait un job.

    11. @Ulysse
      « Si je rapproche ce constat d’une généralité ma foi discutable comme quoi les Estoniens aiment le travail, et le travail bien fait, quand les Russes aiment chanter, boire, « cracher au plafond » (expression populaire russe) en imaginant un autre monde (un peu comme nous sur ce forum), je me prends à douter que le soviétisme soit l’unique cause. »

      Vous avez parfaitement raison. Cette généralité est plus que discutable elle ne correspond à aucune réalité. Je m’explique.

      Il vous sera très simple de trouver encore dans la Russie d’aujourd’hui les séquelles visibles de l’époque soviétique. Eh oui, 20 après cela se voit encore à tous les coins de rue, dans les appartements, dans les entreprises, etc. Dites-vous bien que vous n’avez vu que la partie européennes de la Russie, la partie asiatique que les occidentaux appellent globalement du nom de Sibérie (pour les russes la Sibérie ne représente qu’une portion de la partie asiatique) est dans une situation bien pire.

      Néanmoins, sans argent on ne peut rien. Depuis que l’argent coule à nouveau dans les caisses de l’état et que les entreprises cessent d’exporter tous les capitaux à l’étranger la situation s’améliore. C’est très net. Le phénomène n’est pas très vieux, cela a commencé en 2002 / 2003, le temps que Poutine mate les oligarques et qu’un premier compromis soit trouver. Le véritable démarrage à eu lieu en 2005. Par contre la crise financière a marqué un arrêt très net. Pas grand chose se fait depuis 2008 dans le privé. Les seules initiatives sont publiques et sont lancées aussi bien par les villes, les kraï ou les oblasts ou encore pour les très grosses infrastructures par l’état russe (autoroute, voie ferrée,.centrale nucléaire, etc.).

      Vous avez bien lu. L’état là-bas continue d’investir dans les infrastructures publiques. Rien à voir avec l’état français qui lui les privatisent et demandent au privé de bien vouloir jouer son rôle pour la construction des nouvelles. Et ceci alors que l’état russe est loin de rouler sur l’or. En tout cas comparé à la France.

      Pour ce qui est de la capacité au travail du peuple russe. Je vous invite à faire un tour dans le métro moscovite à 21h00. Vous y verrez de véritables cadavres ambulants, exténués par le surmenage et avec des cernes telles que vous vous sentez mal à l’aise car vous êtes le seul dans le wagon à avoir une tête présentable. Il faut dire que quasiment tous les russes (je parle ici du peuple) a entre deux et quatre emplois. Cela n’est pas un choix de leur part. C’était une question de survie dans les années 90 et début 2000. Aujourd’hui c’est obligatoire si l’on veut offrir une vie décente à ses enfants.

      Enfin, même à l’époque soviétique les russes savaient faire des choses avec un haut degré de finition. Je vais peut être vous étonner mais c’est bel et bien à l’époque soviétique (si on exclu l’époque Tsariste) que ces derniers produisaient les beaux Palekhs, Fedoskino, Kholouï ou Mstera. Aujourd’hui beaucoup de bas de gamme sont en fait des produits de contrefaçon produits en Chine et ont un niveau de qualité très médiocre. Néanmoins pour le haut de gamme, je vous garantie que c’est ce qui se fait de mieux comme artisanat au monde en terme de finition et de détail. Aussi bonne soit votre vue, si vous voulez vous en rendre compte il vous faudra une loupe et pas avec un faible grossissement!

    12. Pour le cas où certain souhaiteriait mes sources concernant le taux de chômage dans les pays Baltes. Cela ne pose pas de problème par contre: Google.

      Vous tapez « taux de chômage Lettonie ». Réponse au premier choix proposé.

    13. @ « Amicalement votre »

      De toute évidence, monsieur a pris ombrage lorsqu’on lui a demandé (de nouveau et poliment) de préciser et sourcer ses propos 🙂

      Vous conviendrez avec moi qu’il y a une différence entre poster les chiffres du chômage des pays baltes et insinuer qu’Angéla Merkel est un (ex-?) agent double à la solde des russes et demander que l’on vous croit sur parole… parce que votre femme est russe ! It ain’t that simple…

      De nouveau la migraine, comme en mai dernier ?

    14. @Julien: en tous cas, elle a déjà avoué elle-même que la stasi lui avait proposé de collaborer.

      http://www.lefigaro.fr/international/2009/05/21/01003-20090521ARTFIG00013-quand-la-stasi-voulait-recruter-angela-merkel-.php

      Voici une reconstitution de ce qui arriva:
      – Fraulein Merkel, voulez-vous travailler pour la stasi?
      – Vous savez je ne sais pas tenir ma langue.
      – Ah bon, ok, tant pis alors.

      Bon, en tous cas, l’itinéraire de son père Horst Kasner est un peu bizarre (voir sur wikipedia). Il pourrait aussi bien être espion à la solde de l’ouest que de la stasi (ou les deux). Et il était ami de Clément de Maizières dont lui et le fils Lothar, dernier premier ministre de RDA, ont bel et bien collaboré avec la stasi (c’est les Maizières qui ont propulsé Merkel au sommet de la CDU est-allemande après la chute du mur et le cousin de Lothar est actuellement ministre de l’intérieur dans le gouvernement Merkel). Entre potes, faut se serrer les coudes… 🙂

      Tout ça est le parcours habituel d’un membre de l’élite. Les retournements de veste y sont fréquents. Surtout lors des changements de régime.

  15. Il y a un point important qui n’est pas soulevé dans le cas l’externalisation : ce qui compte pour celle-ci c’est le gain de compétitivité et non de productivité qui peut même décroître fortement si elle a lieu vers des pays à très bas coût salariaux.

    Exemple concret réel et actuel, je travaille avec une SSII internationale et celle-ci externalise une partie de plus en plus importante de ses développements au Maroc avec des informaticiens qui sont 4 fois moins productifs que les français et avec une contrainte de spécification doublée pour garantir un niveau de qualité minimal, mais compte tenu des différences de salaires (rapport 1 à 8) ça revient quand même moins cher dans ces conditions de faire faire le travail par des marocains peu performants.

    C’est également tout le problème de l’agriculture française, elle a beau être de plus en plus productive (x 10 en 50 ans : gains de près de 5% par an), elle est de moins en moins compétitive par rapport à des pays peu productifs mais à très bas coûts de main d’œuvre.

  16. La « même problématique » que la chute du capitalisme qu’on en train de vivre: Le fossé entre gouvernance et le peuple.

    Après la chute du mur du Berlin, le communisme était vu comme le grand perdant, à la même temps c’était pas difficile de prédire la chute du capitalism. Cette mur est plus diificile à démonter parce qu’il se trouve dans la psyche de l’homme.

    Pour le moment on nie surtout l’existence de cette mur de l’apartheid économique dans notre psyche. 😉

  17. – Comme le communisme, le capitalisme s’effondre pour s’être précipité dans un productivisme pilleur qui ne pouvait générer que des gains de productivité éphémères. Les dirigeants communistes et les opinions démocratiques se sont complètement voilés la face en pensant que les rendements croissants seraient toujours à portée de main alors qu’un productivisme pilleur mène tout droit à des rendements décroissants à terme, et donc à la faillite pour peu que l’on n’ait pas de réserves, et surtout si on a des dettes.

    Le capitalisme et le communisme sont tombés dans le même panneau de la facilité en pillant, en s’endettant, mais encore plus en considérant que le futur ne pouvait être que le prolongement du présent. Ils ont accumulé de l’endettement alors qu’ils auraient du faire des réserves (stocker des réserves de croissance) pendant la phase d’abondance. Au final ces deux idéologies ont foiré pour ne pas avoir réussi à vivre de leurs moyens. Ils ont prouvé leur incapacité à se gérer sur le long terme.

    Ce qui est cocasse c’est que le capitalisme à voulu prouver que le communisme n’était pas viable économiquement. Il s’avère maintenant qu’aucun des deux n’était viable économiquement à cause justement de ce qu’ils ont eu en commun ; un productivisme le plus court termiste possible.

    – En avant goût de l’effondrement de la civilisation productiviste avec ce premier film d’anticipation sur un monde post peak oil – Die Kommenden Tage (Les jours à venir)

    1. @ Peak.Oil.2008 dit : 9 novembre 2010 à 15:58

      Il s’avère maintenant qu’aucun des deux n’était viable économiquement à cause justement de ce qu’ils ont eu en commun ; un productivisme le plus court termiste possible.

      Il semble difficile de dire maintenant qui, entre le capitalisme et le communisme, sortira vainqueur. Au stade où nous en sommes, le capitalisme démocratique s’est avéré être plus fort que le communisme totalitaire. Mais la Chine a adopté un autre mode de développement le « capitalisme totalitaire » qui s’avère efficace et qui sera peut-être, en final, la forme d’organisation et de fonctionnement qui unifiera le monde.
      Pour donner un futur aussi durable que possible il faut accorder beaucoup de soin à sauvegarder le capital en le consolidant et en limitant la consommation au stricte nécessaire.

      Par contre, la productivité n’est pas à négliger, car avec une forte productivité pour alimenter un monde consommant peu, c’est se donner les meilleures chances d’économiser les ressources non renouvelables tout en offrant aux hommes les moyens de se libérer des tâches de production pour se consacrer à des activités intellectuelles, spirituelles, artistiques plus valorisantes.

    2. jducac apôtre du temps libre comme pis aller à la rareté du travail, une image terrible.

      qui s’avère efficace?

      mais en quels termes? de droits syndicaux?

    3. @ methode dit : 9 novembre 2010 à 21:43

      Il n’est plus temps d’invoquer des droits en quoi que ce soit. Nous n’avons que des devoirs et en premier celui de faire survivre notre espèce.

      Nous n’y parviendrons qu’en nous employant, par notre travail, à reconstituer le capital que nous avons reçu et que nous nous sommes honteusement employés à dilapider de manière accélérée en réclamant toujours plus de pouvoir d’achat ; plus de pouvoir consommer.

      Certains pays, tels la Chine travaillant beaucoup et consommant peu, font des économies et accroissent leur capital. Ils éliminent ceux qui, en invoquant des droits supérieurs indus, vont être détruits par l’endettement sur le champ du déshonneur.
      Les lignées qui assureront la survie de l’espèce humaine passeront par les communautés ayant un type de comportement vertueux visant à laisser à leurs successeurs, un capital plus grand ou tout au moins pas trop inférieur à celui dont ils ont hérité.

      Voila le processus de sélection à l’œuvre au sein des communautés humaines.

    4. ah oui, la bonne rengaine sur les devoirs au pays de la rolex à cinquante ans et des poules de luxe pour dame de compagnie. intéressant.

    5. @jducac. Bien d’accord avec vous.

      Pour revenir à nos excès, voici une belle citation sur laquelle je viens de tomber en lisant « The long Emergency » de James Howard Kunstler

      « The most significant characteristic of modern civilization is the sacrifice of the future for the present, and all the power of science has been perverted to this purpose. » – William James

      Yes indeed !!!

    6. william james ou la nouvelle madame irma?

      pour la peine je vais prendre un bain et laisser l’halogène allumé toute la nuit en pensant à vous peak-oil, une véritable hémorragie!

  18. Moi ce qui me taraude c’est que le nombre des pauvres a encore augmenté … Le mieux c’est qu’ils ont un emploi, ils ne vivent pas dehors. On les appelle « les petites gens » …
    Qui réussira à les mettre dans la rue ?
    Qui distribuera des graines de révolte ?
    Tous les pauvres faisant une marche silencieuse, ça ferait un beau cortège …
    Rêvons !

    1. Charles Aznavour – Emmenez-moi
      http://www.youtube.com/watch?v=SiiOC2HmBd4&feature=related

      « D’ici là, auront eu lieu bien des événements, pires et meilleurs que ceux imaginés ici. La beauté aura su héberger et protéger les ultimes étincelles d’humanité. On aura écrit et façonné des chefs-d’œuvre ; on aura découvert des concepts ; on aura composé des chansons. Surtout, on aura aimé. Et on aimera encore. »
      J. Attali – Une brève histoire de l’avenir.

      À la lecture de ce livre, voilà une chose qui m’a touché.

  19. Paul Tréhin,
    Est-ce que vous pensez que vous verrez des files de gens à la frontière américaine ou européenne, pressés de les quitter si leur économie vient à s’effondrer, comme ce fût le cas quand le bloc soviétique s’est disloqué?
    On pourrait sans doute voir des files de gens au guichet des banques ou dans les magasins qui ne seraient plus achalandés.

    Les tensions identitaires que décrit HC d’Encausse ajoutées à l’échec économique, l’hypocrisie de l’éradication des dominations (des classes) que le système était censé porter (cf Zinoviev dans ses confessions où il donne une description de l’élan romantique des premières années qui ont suivi la révolution, suivi de la désillusion, de la délation généralisée… ) et la perte de confiance à tous les niveaux ont contribué à l’écroulement de l’empire, sans oublier que le communisme a eu la prétention de remplacer la religion et est ainsi devenu, non seulement une dictature, mais aussi un totalitarisme détruisant le désir, l’initiative. Il ne restait plus guère que la force du pouvoir centralisé, mais un pouvoir sans âme. Le rêve américain en a pris un coup, mais les Tea Party sont là pour rappeler qu’il n’est pas mort, loin de là, ils se réclament de la constitution américaine, de l’autonomie individuelleet de l’initiative. On les compare à tort à notre extrême droite qui elle voudrait bousculer la république et « l’establishment », les élites.

    1. Michel Martin,

      Hélène Carrrère d’Encausse ne s’est peut-être pas trompée concernant l’éclatement de l’empire soviétique, mais le pronostic qu’elle fit après la chute du mur s’est révélé totalement erroné.
      Elle voyait un relèvement rapide de l’économie grâce aux forces enfin libérées de la petite entreprise. Son tropisme libéral n’est sans doute pas étranger à l’affaire. 😉

      Cet « exemple » soviétique devrait servir de leçon à tous ceux qui espèrent un effondrement complet pour repartir sur de meilleures bases. La désorganisation de la société qui en résulterait n’aurait rien à envier à celle qui se produisit en Russie … Recul de l’espérance de vie, montée de la violence ou plutôt substitution de la violence privée à la violence d’Etat, ce qui n’est pas franchement un progrès. Depuis quelques les deux types de violences coexistent. Les assassinats de journalistes ne se comptent plus … la Justice est aux ordres.

      Des files de gens aux frontières américaines et européennes. Mais pour aller où ?
      C’est bien cela la différence avec l’effondrement de l’empire soviétique, il n’y a pas de position de repli. Si les économies US et européennes s’effondrent, les pays émergents en pâtissent également. Les ressources c’est en nous que nous devons les trouver ainsi que dans la recherche de solutions globales.

    2. Il ne faut pas non plus accorder trop de crédit à Mme l’académicienne. Elle pensait que l’éclatement viendrait des républiques musulmanes d’Asie Centrale, alors qu’elles ne se réveillèrent qu’au moment ou l’union était déjà par terre, proclamant leur indépendance parce que tout le monde le faisait… Ce furent en effet les Baltes et les Ukrainiens qui jouèrent en premier la partition séparatiste.

      Or – je m’aventure là en profane – si ces parties les plus riches de l’union purent le faire, c’est bien parce que l’Etat central était déjà en déliquescence, incapable d’imposer désormais son autorité, me semble-t-il. Et cela nous ramène au momentum Gorbatchev, la Glaznost et la Perestroïka. L’ouverture de la boîte de pandore, enclenchant un mouvement de plus en plus incontrôlé et destructeur. Non que l’on ait à regretter le régime soviétique, mais ce qui a suivi n’a point mérité un prix de beauté.
      Si, tout de même : la fin de l’URSS ne fut point une orgie sanglante. Et Mikhaïl Gorbatchev mérite quelque crédit à ce sujet.

      Bon, maintenant, quid de notre Union soviétique à nous, l’Europe de Bruxelles? 😀

    3. @Pierre-Yves D.

      Entre 1987 et 1993l’espérance de vie des hommes en Russie est passée de près de 65 ans à moins de 58 ans…
      7 ans perdus en moins de 6 ans !Du jamais vu dans l’histoire moderne de la démographie hors période de guerre ! Cet « évènement délmographique m’avait particulièrement troublé lorsqu’il avait été diffusé, bien après les vastes fumisteries racontées par nos médias dans les années encadrant la chute de la maison URSS et du mur. je m’étais dit « Tiens, là ya du vrai, ya du réel qui saigne au soleil ou à l’ombre ! ». J’adore la démographie. La plus exacte, et la plus brutalement concrète, des sciences humaines. Même si plutôt difficile à produire et encore plus à interpréter. Sans parler des manipulations sauvages qu’elle permet.

      L’espérance de vie est remontée en 2008 à presque 62 ans pour les hommes russes – dont 3 ans gagnés entre 2005 et 2008 ! Effet Poutine ou effet pétrole ? Reste un peu moins de la moitié du chemin à faire pour retrouver le niveau d’il y a 20 ans… Mais il est vrai qu’il y eut aussi une chute de 2 ans de cette même espérance de vie des hommes russes entre 1998 et 2003 (la crise financière russe ?) … La vie n’est vraiment pas un long fleuve d’Amour…

      Extrait Wapédia sur la démographie de la Russie (années 90) :

      Une étude du Lancet (2009) établit une corrélation entre la brutalité de la transition (privatisations rapides et massives, augmentation corrélative du chômage) et l’augmentation de la mortalité. En effet, à partir de 1992, la Russie privatisa massivement, la thérapie de choc étant mise en œuvre de façon complète à partir de 1994: à cette époque, plus de 50% du secteur public (112 625 entreprises d’État) avaient été privatisées.
      Dans un contexte de privatisations hâtives et d’inflation persistante, la transition s’est d’abord traduite par une quasi-division par deux du produit intérieur brut, ce qui a fait naître des controverses sur le rôle joué par le Fonds monétaire international (FMI). Le chômage, qui s’élevait à moins de 0,1% de la population active au début des années 1990, avait grimpé à 0,8% en 1992 et jusqu’à 7,5% en 1994, quatre fois plus vite qu’en Biélorussie (0,5% en 1992 et 2,1% en 1994), qui a adopté une méthode plus graduelle de libéralisation. Dans le même temps, souligne cette étude comparative entre pays post-communistes du Lancet (2009), le taux de mortalité augmenta quatre fois plus vite en Russie qu’en Biélorussie. L’étude constate une corrélation entre les privatisations massives et rapides et l’augmentation du chômage, et entre celle-ci et l’augmentation des taux de mortalité. Elle attribue ainsi une augmentation de plus de 18% de la mortalité en Russie attribuable aux privatisations massives et au chômage, donnant un accès difficile aux soins, induisant une l’augmentation de l’alcoolisme et des comportements alcooliques dangereux avec des ingestion de substances toxiques, etc. ); tandis qu’en Biélorussie, l’augmentation du taux de mortalité attribuable aux privatisations, plus progressives, aurait été de 7,7%.

      Mine de rien, 18 % d’augmentation du taux de mortalité dans ces années 90, pour 1 à 1,2 millions de morts par an en Russie, ça nous fait grosso-modo autour des 200 000 morts supplémentaires par an… Une paille. Un détail. Une thérapie de choc. Une bonne guerre.

      Et il manque toujours aujourd’hui 11 ans d’espérance de vie à la population russe totale pour atteindre les « standards » européens ou d’Amérique du nord.

    4. @Vigneron
      Les années 90 ont été les plus dures années pour les ex-soviétiques depuis les années de la seconde guerre mondiale (la Grande Guerre Patriotique dans le vocabulaire Stalinien qui est encore usité pour tout ce qui touche à la seconde guerre mondiale).

      Les principales victimes ont été les retraités. Quand vous ne touchez plus de quoi vivre et que vos enfants ont 3 ou 4 jobs et travaillent entre 12 à 15 heures par jour pour obtenir tout juste de quoi survivre, et bien c’est simple vous mourrez. En moyenne un retraité mettez 6 mois à mourir. La retraite était synonyme de mort à courte échéance.

      Parlons concrètement. La retraite d’un enseignant de l’Université en 1992 était d’environ 35€ par mois. Pour ce qui touche à la nourriture, vous pouviez diviser par deux les prix occidentaux de l’époque pour Moscou / Saint-Pétersbourg et par trois pour le reste du pays, mis à part l’Oural où la nourriture était au prix de l’Europe (capitalisme oblige: peu de production locale donc rapport de force à l’avantage du vendeur).

      Les personnes « âgées » mourraient à cette époque principalement du scorbut. J’ai mis âgées entre guillemets, cela n’est pas pour rien. En effet par mesure d’économie, la retraite a été conservée à 50 ans pour les métiers les plus pénibles (mines, aciéries), à 55 ans pour les métiers de pénibilité II et 60 ans pour les autres. Oui, oui j’ai bien dit par mesure d’économie. C’étaient les termes officiels!

      En clair, les mêmes élites ont litéralement condamné à mort plusieurs millions d’individus de leur propre population. Sciemment et sans remord. Dans ces conditions, pas étonnant que l’espérance de vie ait chuté à pic juste après la chute.

      Il faut dire que les peuples slaves ont l’habitude d’un tel traitement. Leurs élites successives, qui la plupart du temps étaient étrangères, les ont très tôt considéré comme du bétail. Pendant plus de 1500 ans les slaves de l’Ukraine et de la Russie actuelle ont été vendus comme esclaves aux Grecs, aux Romains, aux Goths, aux Saxons, aux Angles, aux Burgondes, aux Lombards, aux Avars, aux Huns, aux Francs, aux Arabes, aux Byzantins, aux Turcs, aux Tatars. Leur sort n’était pas beaucoup plus enviable lorsqu’ils n’étaient pas vendu. Mais là, ils pouvaient au moins vivre et mourir en famille.

  20. Sur la fin de l’Union Soviétique lire ou relire « La chute finale » d’Emmanuel Todd.

    Du même auteur, « Après l’empire » apporte aussi des clés pour comprendre ce qui se déroule en ce moment.

  21. Sous le communisme le travail est obligatoire . Depuis plus de 20 ans des pays qui étaient sous le communisme voient le chômage grossir, donc des situations telles que nous les connaissons dans notre pays . Ces pays ont été frappés de plein fouet par l’hyper concurrence, mais avec des salaires 3 fois inférieurs à ceux que nous avons dans notre pays, les entreprises qui employaient par obligation les salariés ont du licencier massivement . Ce que dans certains pays est obligatoire est sous nos cieux jugé inacceptable et pourtant rien que le fait à la base de rendre obligatoire un examen de santé avant même d’être embauché permettrait de faire l’état de nos « capacités » physiques mais surtout un moyen d’être orienté et qui plus est tout au long de sa vie professionnelle et de la vivre autrement , et ce n’est qu’un simple exemple quant à l’amélioration de nos conditions de vie . Dans des pays cela ce pratique il n’y a aucun jugement discriminatoire ;il faut rendre beaucoup plus humain tout notre système .
    Il faut utiliser les entreprises, qu’elles deviennent les garants pour le logement, que le loyer soit directement débité , travail,toit nourriture répondre déjà et dans les meilleurs conditions pour tous .

    1. Pour cela, il faudrait que les entreprises soient le bien commun des salariés, au lieu d’être le presse-citron des actionnaires.
      Il serait temps de réhabiliter les idées de coopératives et d’autogestion, d’abolir la dictature actionnariale…

  22. (Epigramme sur Staline)

    Nous vivons sans sentir sous nos pieds de pays,
    Et l’on ne parle plus que dans un chuchotis,

    Si jamais l’on rencontre l’ombre d’un bavard
    On parle du Kremlin et du fier montagnard.

    Il a les doigts épais et gras comme des vers
    Et des mots d’un quintal précis comme des fers,

    Quand sa moustache rit, on dirait des cafards,
    Ses grosses bottes sont pareilles à des phares.

    Les chefs grouillent autour de lui – la nuque frêle.
    Lui, parmi ces nabots, se joue de tant de zèle.

    L’un siffle, un autre miaule, un autre geint –
    Lui seul pointe l’index, lui seul tape du poing.

    Il forge des chaînes, décret par décret…
    Dans les yeux, dans le front, le ventre et le portrait.

    De tout supplice, sa lippe se régale.
    Le Géorgien a le torse martial.

    Ossip Mandelstam – novembre 1933
    (extrait de Tristia et autres poèmes. Poésie / Gallimard, 1982)

  23. Capitalisme , Communisme , Socialisme , Economie mixte ,gestion ménagère , organisme vivant …

    En fait la règle est simple : tout système qui consomme plus qu’il ne produit , meure à plus ou moins petit feu .

    La solution idéale devient urgente quand le système est sytème-monde ( fini ) dans toutes ses composantes .

    Coment produire et consommer autrement en ayant un oeil sur l’équilibre final ?

    1. Je complète car il ya une façon encore employée il n’y a pas si longtemps , pour équilibrer le système : faire des morts à grande échelle .

      De ce point de vue les américains ne peuvent plus nous faire le coup de Nagaski- Yroshima .

      Enfin , avec un Tea Party aux manettes , on ne sait jamais ; c’est d’ailleurs parce que ça les chatouillait de ne plus avoir la suprématie nucléaire à tout coup ( cause d’une grande partie de l’épuisement de l’URSS par éffort militaire nucléaire ) qu’ils ont avancer le concept de bouclier anti-misiles puis de guerre des étoiles ( Les Chinois ont bousiller à titre d’essai un satellite au laser pour leur faire comprendre qu’ils avaient bien compris le message et qu’ils étaient aptes à releverr le défi ). Un récent reportage sur ARTE a bien montré comment Reagan a porté le coup de grâce à l’URSS par ce programme , l’arme du coût du pétrôle étant en fait mise ausservice du dessein final .

      A part l’intelligence et le pragmatisme , c’est donc la nouvelle forme d’équilibre de la terreur , qui nous condamne à trouver la suite du capitalisme .

    2. « En fait la règle est simple : tout système qui consomme plus qu’il ne produit , meure à plus ou moins petit feu . »

      Nos élites passées ne pensaient pas nécessairement comme vous même si cela a du sens.

      Colbert: Pour trouver de l’argent, il arrive un moment où tripoter ne suffit plus. J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…
      Mazarin : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’Etat… L’Etat, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.
      Colbert : Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous faut de l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?
      Mazarin : On en crée d’autres.
      Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils ne le sont déjà.
      Mazarin : Oui, c’est impossible.
      Colbert : Alors, les riches ?
      Mazarin : Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Et un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.
      Colbert : Alors, comment fait-on ?
      Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage* ! Il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches….Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser… C’est un réservoir inépuisable.

  24. Tout ce qui n’est plus viable spirituellement, moralement, humainement, se condamne tôt ou tard à dépérir, à mourir, à disparaître, quand bien même en recherchant à faire prolonger plus longtemps ceci et cela,

    Au lieu de rechercher continuellement à surproduire, surconsommer, surposséder, surcapitaliser, sursocialister, surtravailler, surprotéger, surpolluer, sursaccager, surgaspiller, sursécuriser le monde dans le ceci et cela, ne devrions-nous pas plutôt rechercher à faire développer les consciences dans un rythme de vie beaucoup moins empressant, infernal, conditionnant, au lieu de la seule folle course à la croissance matérielle des choses qui n’apportent guère mieux de réelles solutions d’échappement possible,

    Le passé qui n’est pas bien compris se répète encore et encore avec de nouvelles améliorations captivantes et bien aveuglantes de plus, on tourne en rond, un peu comme en enfer, la grande chute du monde vers l’abime, et c’est alors qu’une autre catastrophe intervient pour nous réveiller, oui tout le beau petit et grand monde de gulliver en a bien perdu l’équilibre, pourquoi chancelle-t-il de plus en plus malgré tous nos beaux efforts à le maintenir debout.

    Relire Daniel au sujet de ce géant aux grands pieds d’argile. Quant à ses pieds, ils étaient faits d’argile et de fer. Une petite pierre se serait alors détachée d’elle-même, frappant la statue aux pieds, ce qui les brisa et entraîna le bris de la statue toute entière.

    Que se passe-t-il aujourdhui dans le monde ?

  25. En 1985 Gorbachev autorise l’ordinateur individuel , à l’époque il me paru que la puce allait tuer l’ours sovietique…

  26. Merci à tous pour vos commentaires et vos critiques. Il est vrai qu’une relecture du livre d’Emanuel Todd « La chute finale » que j’avais lu à sa sortie et dont je ne me rappelais plus les différents arguments, aurait pu compléter mes analyses.
    J’ai dit dans mon billet initial « La chute du système soviétique ne pourrait-elle pas être attribuée en partie au moins à des facteurs que la théorie marxiste avait envisagés : ce sont les évolutions des infrastructures, entre autres technologiques, d’un côté et la cupidité des dirigeants privés et publics de l’autre, qui conduisent à des révolutions. »
    Loin de moi de penser qu’il n’y ait eu que cette seule explication : dans tous les domaines des activités humaines il n’y a jamais de cause unique contrairement à ce que bien des « politiques » voudraient nous faire croire…

    Je reviendrai sur vos commentaires et questionnements dès que possible et vous en remercie à nouveau. On ne peut progresser sans les critiques et les questions des lecteurs ou auditeurs dans le cas de conférences.

    Paul

  27. Abiram dit :
    9 novembre 2010 à 00:52
    Au cas où vous ne l’auriez pas lu à l’époque de sa rédaction, un article de M. Gorbatchev paru dans le Wasington Post en juin 2009: We Had Our Perestroika. It’s High Time for Yours.
    http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/06/05/AR2009060501966.html
    La description qu’il fait, entre les lignes, du régime soviétique au moment de son accession au pouvoir ne me paraît pas si éloignée de la vôtre.
    ****************************************
    Merci pour la référence à l’’article de Gorbatchev sur la nécessaire perestroïka aux USA. Gorbatchev, Parlant du modèle capitaliste de marché en général et des USA en particulier, dit vers la fin de son article :
    ( Traduction rapide du passage )
    « Le modèle actuel n’a pas besoin d’ajustements il doit être remplacé. Je n’ai pas de solution toute prête. Mais je suis convaincu qu’un nouveau modèle va émerger, un modèle qui va mettre en avant les besoins publics et les biens publics, tels qu’un environnement plus propre, des infrastructures fonctionnant bien et des transports publics, des systèmes sains et solides d’éducation et de santé, ainsi que des logements abordables »

    Cela m’a fait repenser à un ensemble des suggestions que j’avais remarquées et que je résume rapidement ci-dessous à ma manière:
    L’investissement public devrait dépasser le modèle Keynésien et probablement se faire dans le domaine de l’intelligence et de l’information, mot ici utilisé dans son sens scientifique Information = réduction de l’incertitude ; cela par des politiques d’enseignement tout au long de la vie, par de meilleures organisations des réseaux de transport de l’énergie et des biens et services ou de transport des données dans le cas de réseaux télématiques, de manière à réduire l’impact des activités humaine sur l’environnement, à pouvoir développer de meilleurs systèmes d‘éducation et de santé.
    Etonnamment, cette idée n’a pas germé dans l’esprit d’un écologiste convaincu ou d’un défenseur des droits sociaux, ce sont des idées extraites d’une intervention de Samuel Palmisano, patron mondial d’IBM, à propos des stratégies à envisager pour sortir de la crise actuelle, Idées exprimées dès le 13 janvier 2009 dans un article du Wall Street Journal (http://online.wsj.com/article/SB123180687062275609.html) et même avant : retraité d’IBM j’avais reçu son message par la messagerie interne. Ces idées ont été reprises en 2010 (Samuel J. Palmisano, Intelligent Transportation Society of America, 2010 Annual Meeting & Conférence,
    Houston, Texas, May 5, 2010), Idées qu’il a à nouveau exprimées dans une conférence en date du 10 Octobre 2010.
    Il me semble que c’est bien dans ces domaines de l’intelligence appliquée aux transports divers, à travers d’infrastructures elle-même plus intelligentes que pourraient être trouvées des issues à long terme à la crise actuelle ainsi qu’aux dilemmes liés à une doubles perspective ; protéger l’environnement d’un côté et maintenir une qualité de vie de l’autre, qualité de vie n’étant pas, dans mon analyse, liée à la quantité de richesses matérielles .
    En effet devant un environnement économique et technologique en perpétuel changement c’est par les facultés d’adaptation proactive des agents, entre autre grâce à des réseaux de communication matériels ou virtuels, que l’on peut espérer que nos systèmes sociaux économiques pourront évoluer au moins aussi rapidement que l’évolution scientifique et technologique, faute de quoi ce seront les infrastructures technologiques qui nous commanderont, thèse soutenue en son temps par Karl Marx face aux changements majeurs qu’avait imposé la révolution industrielle, soutenue par l’invention de la machine à vapeur et les découvertes scientifiques qui ont abouti à l’invention de l’électricité, puis de la photographie et du cinéma, éléments qui ont changé considérablement les relations sociales, comme vont le faire les technologies digitales et les recherches en biologie et génétique de nos jours. Cet aspect du marxisme liant les conditions d’utilisation des facteurs de production à l’évolution des sociétés, est trop souvent oublié suite à l’amalgame qui a été fait entre l’échec des régimes communistes et les idées marxistes…

    Paul T

    1. M. Palmisamo, prêche un peu pour son business, sa réflexion ne va pas beaucoup plus loin que celle qui était tenue par Al Gore lorsque celui-ci prônait les autoroutes de l’information. Il y a aussi un petit air du village global cher à Mc Luhan. Nous y sommes déjà.

      Bernard Stiegler et ars industrialisont me semble-t-il poussé plus loin la réflexion en ce domaine, notamment en introduisant la notion de milieu technique associé dont le réseau Internet représente en quelque sorte le prototype. L’adaptation d’une infrastructure d’information et de télécommunication à un environnement techno-scientifique en constante évolution est un des thèmes abordés dans leurs écrits et autres conférences enregistrées consultables sur leur site. Mais plutôt que de considérer que la science et la technique constituent un environnement extérieur auquel le réseau
      informationnel devrait s’adapter ils considèrent que c’est l’ensemble du système technique formé par les industries qui doit se reconfigurer en formant lui-même un nouveau milieu technique. Le déphasage n’a pas d’abord une origine technique, mais politique et économique. C’est à ce niveau me semble-t-il que le problème de l’incertitude doit être posé en instaurant de nouvelles règles du jeu pour l’ensemble des sociétés humaines.

      Vous attribuez un rôle pro-actif aux utilisateurs du réseau futur, cette idée rejoint tout à fait l’optique d’ars industrialis, mais pourquoi ne pas appliquer cette pro-activité à l’ensemble des techniques industrielles ? Stiegler propose ainsi que favorise les politiques visant à substituer aux milieux techniques dissociés représentés par le modèle producteur / consommateur, des milieux techniques associés où producteurs et consommateurs deviennent des contributeurs et des amateurs ce qui suppose bien entendu une toute autre économie politique que celle qui prévaut aujourd’hui.

  28. Bonjour,
    Pour information, je vous fait part d’une recension d’un livre qui peut apporter un éclairage complémentaire intéressant.

    Egor Gaïdar:La chute de l’empire soviétique. Leçons pour la Russie d’aujourd’hui, Edition Eyrolles, 2010, 329p.

    La chute de l’empire soviétique, leçons pour la Russie

    Dans son livre sur la chute de l’empire soviétique, Egor Gaïdar[1] explique la chute de l’empire soviétique par l’incapacité du système à résoudre l’enjeu crucial de l’approvisionnement des villes, problème que le gouvernement tsariste n’avait pas réussi à maîtriser non plus.

    En 1928-1929, l’URSS connaît une importante crise alimentaire et Staline adopte un programme qui marquera le pays pour les années à venir : dépossession des koulaks (paysans enrichis), collectivisation et prélèvements des vivres. Tout cela par la violence et dans le sang. La motivation des paysans diminue, cette politique leur rappelant les conditions du servage. Inévitablement, la productivité décline. De 1928 à 1938, la productivité de l’agriculture soviétique baisse de 25% et il faut attendre les années 1950-1954 pour retrouver les niveaux de 1925-1929. Vers 1953, la faiblesse de l’agriculture soviétique est évidente et le gouvernement est unanime pour augmenter les investissements dans ce secteur en misant sur la valorisation des terres vierges. Dans un premier temps, la production augmente mais ces terres vierges sont des territoires aux conditions climatiques instables et dès 1953-1960, en raison aussi de l’accroissement de la population urbaine, les réserves nationales de céréales diminuent.

    Dans une économie de marché, la pénurie de produits agricoles se traduirait par une augmentation des prix mais un système socialiste ne dispose pas de mécanisme permettant de maîtriser ces tensions. Résultats : le déficit s’aggrave, les heures passées dans les files d’attente et les systèmes de rationnement se multiplient, la liste des denrées inaccessible s’allonge.

    Importations massives de céréales

    Dans les années 1930-1950, la stabilité du régime communiste était garantie par la terreur qu’inspirait le pouvoir mais avec l’industrialisation et l’évolution de la structure sociale, les anciennes forme de légitimation du pouvoir laissent la place à un nouveau contrat : « les autorités s’engagent devant le peuple à maintenir les programmes sociaux, même s’ils deviennent trop coûteux, et garantissent la stabilité des prix. En retour, la société est prête à supporter le pouvoir comme un mal inévitable ».

    La mauvaise récolte de 1963 amène le gouvernement soviétique à importer des céréales et il y consacre plus d’un tiers de sa réserve d’or. La Russie, qui était un gros exportateur de céréales au début du XXe devient un importateur. Les achats de céréales, 2.2 millions de tonnes en 1970, atteignent 46 millions, leur maximum, en 1984. Pour financer ces importations, l’URSS compte sur le pétrole de Sibérie occidentale. De 1 million de tonnes en 1965, la production de pétrole en Sibérie s’élève à 378 millions en 1984. L’augmentation rapide de la production couplée à la flambée des prix de 1973-1974 (choc pétrolier) gonfle les recettes en devise de l’URSS.

    Le piège se referme

    Toutefois, dès la fin des années 1970, la croissance de la production pétrolière ralenti. De plus, l’invasion soviétique de l’Afghanistan est vécue par les Etats du golfe, et en premier lieu, l’Arabie Saoudite, comme une menace stratégique potentielle. L’Arabie saoudite se tourne alors vers les Etats-Unis qui leur promettent un soutien militaire en échange d’un prix du pétrole plus bas.

    En raison de la baisse des cours, l’URSS est contrainte d’emprunter sur les marchés financiers pour compenser la chute des recettes du pétrole. Dans un premier temps, les emprunts sont faciles à obtenir car le rating de l’URSS est bon, du fait, en autre, d’un faible endettement. Mais rapidement, la situation se dégrade, les nouveaux emprunts viennent rembourser les précédents et l’URSS n’arrive plus à financer ses importations par l’emprunt. C’est la fin.

    Ce livre montre bien le poids de la dimension macro économique dans la chute de l’Union soviétique, dimension sur laquelle Gorbatchev ne pouvait plus agir. De plus, il met en perspective ce temps long de l’histoire où un modèle économique idéologique, la collectivisation, adoptée dans les années 20, portait déjà en lui son propre échec.

    Egor Gaïdar (1956-2009), économiste et homme politique russe, avait été nommé ministre des finances en novembre 1991. Il est promu premier ministre par intérim par Gorbatchev le 15 juin 1992 pour mener des réformes économiques, sans l’aval du Parlement dominé par les communistes. Le 15 décembre 1992 il quitte le pouvoir avant d’être rappelé en septembre 1993 comme vice-premier ministre et ministre de l’économie jusqu’à sa démission en janvier 1994.

    Mirik Makaevitch

    [1] La chute de l’empire soviétique. Leçons pour la Russie d’aujourd’hui, Edition Eyrolles, 2010, 329p.
    Publié par Mirik Makaevitch à l’adresse 17:39 0 commentaires
    Libellés : Résumé – URSS

    http://underlyinginfo.blogspot.com/search/label/R%C3%A9sum%C3%A9%20-%20URSS

    1. Oula ! Un peu succinctes les présentations de Mister Gaïdar, Mister Underlying Makaevitch !

      Je comprends que l’évocation de ce prétendu sage et compétent économiste libéral, soi-disant sauveur de la paix civile et de l’économie russes intéresse Mme VB, mais , pour rétablir un peu l’équilibre sur ce blog à priori peu soupçonnable de prôner la libéralisation économique débridée ou la restauration ultra-libérale -au forceps non stérilisé pour prétendument sauver la paix sociale et d’abord les intérêts supérieurs des supérieurs en intérêts, un autre son de cloche s’avère nécessaire.
      Je m’y colle donc pour me fader le rôle du bedeau (ou de l’enfant de chœur !)et tirer la corde d’un carillon trotskiste au sujet du défunt Igor dont eskon nous cause !

      Egor Gaidar (1956-2009) : l’architecte de la restauration capitaliste en Russie

      Par Vladimir Volkov et Andrea Peters
      4 février 2010

      Le 16 décembre de l’année passée, Egor Gaidar est décédé d’une attaque cardiaque dans sa dacha près de Moscou, il avait 53 ans. C’était une personnalité qui a joué un rôle majeur dans la mise en place des réformes libérales en Russie, lesquelles ont eu un effet désastreux sur le pays, entraînant une énorme croissance des inégalités sociales.

      Gaidar est largement haï parmi les Russes ordinaires, qui le considèrent comme le responsable de l’essentiel de la misère qu’ils ont subie depuis 1990. Le démantèlement de l’Union soviétique et la restauration du capitalisme à cette époque ont entraîné un déclin du niveau de vie et de l’espérance de vie d’une ampleur inégalée dans l’histoire, en dehors des périodes de guerre. De nombreuses statistiques sociales récentes révèlent que le pays ne s’en est toujours pas remis.

      La mort de Gaidar a démontré l’indifférence de la sphère politique aux souffrances et aux sentiments de la grande majorité de la population, celui-ci recevant des louanges débordantes de la part des diverses couches de l’élite dirigeante russe. Il est difficile de trouver un compliment qui n’ait pas servi à décrire cet homme qui a piloté la politique économique du gouvernement Eltsine durant à peine plus d’un an, de novembre 1991 à décembre 1992.

      Le président Dimitri Medvedev a qualifié Gaidar d’« Universitaire-économiste de premier plan » et de « personne courageuse, honnête et déterminée. »

      Le Premier ministre Vladimir Poutine a déclaré, « Gaidar a pris des décisions critiques qui ont déterminé l’avenir de tout le pays. Il a accompli cette tâche difficile honorablement, faisant preuve des meilleures qualités professionnelles et personnelles. »

      Dans d’autres commentaires des médias de masse russe, Gaidar été proclamé « grand homme d’Etat, » « héro national, » « autorité morale incontestable, » « personne aux qualités extraordinaires, » et même « un intellectuel authentiquement désintéressé. »

      De plus, le mantra selon lequel, au début des années 1990, Gaidar aurait « sauvé le pays de la famine, de la déchéance et de la guerre civile » a été répété sans fin.

      C’est un mensonge, une application du fameux principe de Goebbels selon lequel si l’on répète un mensonge assez souvent, il finira par être cru, et plus il sera gros, mieux ce sera.

      Sous la direction de Gaidar en 1992, la Russie a fait passer un double programme de libéralisation du commerce et de privatisations. Cela entraîna l’appauvrissement de la population par une hyperinflation et le transfert des biens publics vers des propriétaires privés, enrichissant énormément l’oligarchie émergeante du pays.

      En 1991, durant la dernière année au pouvoir de Gorbatchev, les prix en Russie ont augmenté de 160 pour cent. En 1992, ils ont augmenté de 2500 pour cent. En 1993, l’inflation a été de 840 pour cent, en 1994, de 215 pour cent, et en 1995 de 131 pour cent.

      Les travailleurs des entreprises publiques comme privées, dont les comptes en banques ont été réduits à néant par ce processus, n’ont pas touché leurs salaires durant des mois et ont fini dans la misère.

      Entre 1991 et 1995, le PIB de la Russie a baissé de 35 pour cent, selon les estimations les plus prudentes, et la production industrielle s’est effondrée. Des années durant, une forme d’économie de subsistance basée sur le troc était très répandue.

      La croissance des souffrances et du désarroi s’est manifestée par un net déclin de l’espérance de vie, qui était de 57 ans en 1994.

      La fin des années 1980 et le début des années 1990 ont également connu une explosion des conflits régionaux et ethniques. D’après les estimations basses, 100 000 personnes sont mortes dans ces événements (sans compter ce qui s’est passé en Tchétchénie).

      L’affirmation selon laquelle les réformes capitalistes ont sauvé le pays de « la famine, la déchéance et la guerre civile » est un travestissement de la réalité. Seule une élite cynique et imbue d’elle-même peut se réjouir des résultats de ce qui s’est passé en Russie à cette époque.

      Pour mettre au point le programme de privatisation, Gaidar et les autres ont collaboré de très près avec des universitaires des États-Unis, notamment l’économiste Jeffrey Sachs, qui était professeur à Harvard à l’époque. Washington était très impliqué, directement et indirectement, par l’intermédiaire de gens comme Sachs, dans la promotion de la restauration capitaliste.

      Dans la mémoire de millions de gens, le pire de la catastrophe économique imposée à l’URSS est une conséquence directe des choix politiques de Gaidar. Une majorité des ex-citoyens soviétiques sent que les difficultés de la vie quotidienne en URSS – particulièrement durant la période la plus florissante des années 1970 et 1980 – étaient considérablement moins pesantes que celles qui ont suivi l’effondrement de toutes les bases de la vie sociale dans la foulée de la « thérapie de choc » de Gaidar.

      Une étude réalisée récemment par le Centre Levada, un institut de recherche de Moscou, a établi que près de 60 pour cent des Russes « regrettent profondément » l’effondrement de l’URSS et pensent qu’il aurait fallu l’empêcher. Bien qu’il y ait peu de regrets parmi les gens ordinaires pour l’autoritarisme et la répression du régime stalinien, il y a une colère très répandue contre le fait que tant d’avancées sociales de l’ère soviétique aient été abandonnées au cours des 20 dernières années.

      Pour le moment, l’amertume populaire sur les conséquences de la dissolution de l’URSS et l’hostilité envers Gaidar et les autres gens de son espèce ne parvient pas à une compréhension de ce que la misère qui s’est abattue sur la population soviétique était l’héritage du stalinisme. Les pères de cette forme de nationalisme bureaucratique russe – s’appuyant sur une répudiation de l’internationalisme qui avait guidé la révolution de 1917 – ont défendu par la violence les intérêts étriqués de la bureaucratie dirigeante contre ceux de la classe ouvrière soviétique et internationale.

      En fait, l’arrivée de Gaidar à des postes importants et la mise en place de sa politique traduisait le fait que, du milieu à la fin des années 1980, une section déterminante de la bureaucratie du Parti communiste en est arrivée à être favorable au retour du capitalisme.

      Alors que l’élite soviétique – après avoir usurpé le pouvoir politique de la classe ouvrière et exterminé la vieille garde bolchevique, ainsi que des ouvriers et l’intelligentsia sincèrement socialistes – a été en mesure de maintenir ses privilèges plusieurs décennies durant en s’appuyant sur les relations de propriété nationalisée et le contrôle étatique de l’économie, les années 1980 ont vu les pressions objectives sur l’économie saper de plus en plus la viabilité de cet arrangement parasitaire.

      L’économie soviétique était en crise. La productivité du travail stagnait depuis près de dix ans. La production et la distribution des biens et des services souffraient de toutes sortes de problèmes en raison de la manière irrationnelle, arbitraire et bureaucratique dont l’économie était dirigée par les autorités. Cela alimenta la croissance d’une économie parallèle et de la stratification sociale.

      Le programme stalinien du « socialisme dans un pays », signifiait que l’URSS était en grande partie tenue à l’écart des ressources de l’économie mondiale, à l’exception des dollars gagnés en vendant du pétrole. L’économie mondiale devenant de plus en plus intégrée par la mondialisation de la production et de la finance, l’économie soviétique est restée autarcique et relativement arriérée. De plus, comme l’avait espéré le gouvernement du Président Ronald Reagan aux États-Unis, les caisses du pays étaient asséchées par la guerre en Afghanistan et les efforts pour rester au niveau de Washington dans la Guerre froide.

      La réflexion de l’élite dirigeante soviétique a également été profondément affectée par l’expérience de Solidarnosc en Pologne au début des années 1980. À ce moment-là, des masses d’ouvriers se sont mobilisées pour former un mouvement indépendant en opposition à la bureaucratie du Parti communiste, remettant en cause le pouvoir autoritaire depuis la gauche (Divers facteurs internationaux, combinés avec une intervention intensive des États-Unis, ont finalement amenés ce mouvement sous la domination politique d’éléments de droite alliés à l’Église catholique).

      Le Kremlin était très inquiet du risque d’un développement similaire en URSS, notamment avec l’aggravation de la crise économique. Dans un entretien accordé en 2000 à l’émission « Les hautes sphères » de la télévision publique, Gaidar a répondu à la question sur l’influence de la situation en Pologne sur les réflexions de l’élite soviétique en disant, « Il était admis que cela avait un lien très direct avec ce qui pouvait se passer en Union soviétique. »

      Dans ces conditions, des sections dirigeantes de la bureaucratie du Parti communiste ont décidé qu’elles devaient trouver de nouvelles bases économiques pour la défense de leurs privilèges et de leur pouvoir, c’est-à-dire de la propriété privée. Malgré des désaccords sur la rapidité avec laquelle ces réformes devaient être appliquées, les différentes factions étaient unies par l’objectif commun du retour du capitalisme.

      L’autre possibilité, à laquelle la bureaucratie dirigeante s’opposait implacablement, était la réintégration de l’Union soviétique dans l’économie mondiale tout en s’appuyant sur un programme de révolution socialiste mondiale. Cela n’aurait pu se produire que par le retour au pouvoir de la classe ouvrière en URSS, une révolution politique qui aurait renversé la bureaucratie du Parti communiste.

      Le programme de restauration capitaliste a été mis en place en alliance avec une couche privilégie de l’intelligentsia soviétique qui ressentait du mépris pour la classe ouvrière et tout ce qui était associé au socialisme. La politique de glasnost appliquée par Mikhaïl Gorbatchev, qui permettait une plus grande liberté dans les médias et les discours publics, visait d’abord à accorder à l’intelligentsia un rôle politique dans ce programme de réformes et à le recouvrir d’un vernis démocratique.

      Gaidar était issu du milieu social courtisé par le Parti communiste à cette époque. Il avait grandi dans une famille de l’élite soviétique.Ses deux grands-pères, Arkadii Gaidar et Pavel Bazhov, était des écrivains soviétiques célèbres. Son père, Timur Gaidar, avait le grade de vice amiral et était l’éditorialiste de la rubrique militaire de la Pravda.

      Ayant reçu une éducation de haut niveau en économie à l’université d’Etat de Moscou, Gaidar faisait partie au début des années 1980 d’un cercle de jeunes économistes que la bureaucratie soviétique invitait à participer aux discussions à huis clos sur les réformes libérales. À partir de l’automne 1984, deux groupes d’économistes – l’un issu de l’Institut de technique et d’économie de Leningrad dirigé par Anatoli Chubais, et l’autre, issu de l’Institut de Recherches systémiques de Moscou dirigé par Stanislas Shatalin, (que Gaidar intégra) – ont été réunis dans une commission gouvernementale « sur la modernisation du mécanisme économique.»

      À l’époque de la Perestroïka, Gaidar était un doctorant en économie et employé de l’Institut d’économie et de prévision des progrès scientifiques et techniques à l’Académie soviétique des sciences. En 1987, il dirigeait la rubrique d’économie du journal Kommunist, le principal organe officiel du Comité central du Parti communiste d’Union soviétique. En 1990, il prit la direction de la rubrique économique de la Pravda.

      En 1989, Gaidar, écrivant à titre officiel dans l’hebdomadaire Moskovskiie Novosti, indiqua clairement qu’il ne croyait pas que les réformes libérales puissent êtres appliquées sans provoquer une opposition massive.

      « L’idée qu’aujourd’hui on pourrait expurger des mémoires 70 ans d’histoire [.] et obtenir une approbation populaire, tout en transférant les moyens de production vers les mains des nouveaux riches [en français, ndt] de l’économie parallèle, des managers et des entreprises internationales, ne fait que démontrer la force des traditions utopiques dans notre pays, » y écrit-il.

      Gaidar établissait l’architecture et la manière de mettre en place cette restauration capitaliste en collaboration étroite avec Chubais. En 1990, ce dernier avait écrit un article, « la voie difficile, » qui établissait clairement que lui et ses collaborateurs étaient parfaitement conscients des effets dramatiques des réformes qu’ils préparaient.

      « Les conséquences sociales immédiates de l’accélération des réformes libérales [seront un] abaissement général du niveau de vie [.] l’augmentation des écarts de prix et de revenus dans la population [et] l’apparition du chômage massif. » écrivait-il.

      Chubais avertissait ses lecteurs que tout cela allait provoquer « une opposition aux réformes parmi les masses, [.] créer une grande probabilité de grèves pour des raisons économiques dans les secteurs essentiels de l’industrie et de grèves politiques dans les grandes villes, [et] peut-être provoquer de sérieux conflits nationaux. »

      Afin de garder de contrôle de la situation, Chubais expliquait que des mesures anti-démocratiques – « l’interdiction des grèves, le contrôle de l’information, etc. » – serait « inévitables ».

      Les déclarations de Chubais montrent à quel point toutes les belles paroles sur le lancement des réformes libérales signifiant le triomphe de la démocratie dans l’ex-Union soviétique sont hypocrites et fausses.

      Gaidar partageait cette position anti-démocratique, ce qui s’est exprimé dans le soutien tonitruant qu’il a apporté au Régime de Eltsine lors de son conflit avec le Parlement en 1993. À ce moment-là, le Président avait ordonné le canonnage de la Maison blanche (le bâtiment du Parlement), pour disperser l’opposition à son pouvoir, laquelle était alimentée par un mécontentement populaire de plus en plus grand face à la « thérapie de choc. » Durant cette canonnade et les combats de rue qui ont suivi, 187 personnes sont mortes et des centaines d’autres ont été blessées.

      Juste avant ces événements, Gaidar avait écrit un article pour le journal EKO qui défendait la « thérapie de choc » et exprimait son indifférence face aux souffrances de la population. « Les estimations gratuites selon lesquelles 90 pour cent de nos gens sont devenus pauvres ne doivent pas être crues, » écrivait-t-il, « selon les études les plus sérieuses, 36 à 37 pour cent sont actuellement devenus pauvres. » Il admettait ce que c’était « un nombre très élevé, » mais insistait pour dire qu’il n’y avait pas grand-chose à faire pour eux.

      Gaidar et tous ceux qui ont travaillé avec lui portent la responsabilité non du « sauvetage » du pays, mais d’une déclaration de guerre contre la classe ouvrière qui a aboli les fondements socio-économiques de l’Union soviétique, lesquels, même après avoir été largement affaiblis par la bureaucratie, existaient toujours juridiquement…

      (Article original paru le 18 janvier 2010

      Sans commentaires…

      @VB

      VB dit :
      10 novembre 2010 à 12:18

      Très intéressant, merci.

      Grummmpf…

      C’est pas de Gauuuulle qu’il nous faudrait ? Gaïdar, finalement ?

      « Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs,
      Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
      Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
      Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
      À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
      Tandis que, dévorés de noires songeries,
      Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
      Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
      Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver,
      Et l’éternité fuir sans qu’amis ni famille
      Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.
       »
      May you be touched by His Noodely Appendage !

    2. @vigneron: 6 millions de Russes en moins entre 1991 et 2009. Je me demande ce qu’en dit le « livre noir du communisme » et Glucksmann. Il est vrai qu’il n’y a pas eu de goulag donc c’est la faute à pas de chance. 🙂

  29. Il existe des associations qui valorisent les échangent de services entre les personnes, quelque soit le service rendu il est comptabilisé et vous cumulez des « points » donc le fait de rendre service, il y a une dynamique, une énergie qui est comme « le travail  » utile autant pour l’entreprise que pour le travailleur , cette énergie fournie est une valeur , cette énergie fournie est la participation.

    La seule différence est de valorisé le travail, service rendu par de » l’argent « car sous nos cieux celui-ci est utilisé pour tous les échanges commerciaux , du propriétaire du logement à la banque « d’où l’importance depuis des années et chanté « devenez propriétaire !!
    un boulet et des bracelets ?! Dans notre système actuel mais aussi pour certains nos futurs propriétaires qui demandent des Garanties « travail » « argent »… un bon buisness aussi ! Nous n’avons pas toute cette panoplie du bon vivre citoyen et bien c’est à la rue que cette vie se fait !
    Pour la plus grande joie d’un système qui aspire à des fonds et qui critique le système de l’autre .
    Il serait intéressant alors de ne plus se focaliser uniquement sur le « temps de travail » contracté, mais sur le TEMPS de participation que nous fournissons pour toute la communauté, c’est à dire ces échanges et menus services qui se font dans des différents domaines et qui sont en ce moment même rendu « professionnels » « contractés » et tombés de ce fait dans des échanges économiques : les emplois du service , et l’individu en auto-entreprise … mais au final entre toutes ces personnes il y a l’argent, le contrat .

    Nous oublions qu’en prenant compte les besoins des personnes et de leurs intérêts, nous avons l’humain, nous avons l’échange et qu’au final en réfléchissant bien il n’est pas utile que celui-ci soit « facturé » et c’est peut être là quand monnayant tous ces échanges, nous mettons de côté les énergies de certains, car pas assez productifs , pas assez rentables, car nous devons répondre à une logique qui se dit AUJOURD’HUI « globale » « mondiale « . (???depuis toujours !)
    Nous ne prenons plus en compte l’humain dans sa totalité et pourtant dans des Curriculum vitae il est bon de mettre nos centres d’intérêts quand nous postulons pour des contrats de travail !
    Même notre lieu de domicile à de l’importance, même avoir le permis de conduire et avoir un véhicule quand il y a des grèves ! Qui nous sommes ! Sélection aussi . Répondre à la logique commerciale .

    Notre santé n’est pas vraiment pris en compte,PAS COMME JE L’ENTENDS, l’handicapé par exemple a bien du mal à être embauché et pourtant rien que par son état il est une énergie, source pour que d’autres lui viennent en aide, pour que des techniques, des infrastructures soient mises en place donc des emplois et au final nous y participons tous à la collectivité .

    Donc nous sommes tous utiles ! pourquoi alors autant de chômeurs, de sans abris , autant de boulots précaires, de problèmes de santé liés au travail…
    Une économie mal utilisée entre nous tous ce qui provoque des déséquilibres, des avantages, des marchés pour certains .

    Ceci n’est que mon avis, mais il me semble que tout ceci vient à point nommé pour que toutes nos énergies soient « comptabilisés » viennent à l’être techniquement et VISIBLE et des idées telles que les énergies renouvelables, la biomania …autant de leviers UTILISES par des grands groupes d’entreprises , des gouvernements pour que nous les hommes nous en demandions à plus de contrôles à travers nos actions mais l’argent est toujours la grande motivation .

    Serait-ce pour que nos vies en commun soient plus « gérables » pour ceux qui détiennent les ressources planétaires , mais au final la redistribution « des richesses  » qu’elle est -elle ?
    Plus d’argent ou avoir  » accès » à toutes les ressources NATURELLES sur toute la surface du globe et dans le respect des habitants et de leurs territoires ?

    Mais qui en a la gestion, une entreprise commerciale ? Notre entreprise qui demande un CV ?!

    Nous sommes toujours dans un jeu de pouvoir .

    Des pouvoirs à tous les niveaux entre nous tous qui sont déséquilibrés .

    Nous sommes VIVANTS où que nous soyons .
    A nous donc de réfléchir à nos actions, nos échanges, de réinventer le système qui comptabilise et équilibre, qu’il ne se mesure non plus en argent qui est source des conflits à tous les niveaux mais en participation . Vivre c’est aussi JOUIR . Qui ne jouit pas ne vit pas pleinement sa vie et donc ne « profite » pas du temps qui lui est donné sur cette TERRE .

    Qui ne vit pas çà est donc sous la contrainte et nous sommes tous sous des contraintes qui peuvent être aussi bien liés à la force de la nature , que le fait de tiers .

    Serait-ce à ces niveaux que des organisations ayant une quelconque autorité, décident par voie légale de nous faire payer le fait d’être en vie et de nous occulter qu’être vivant ne se marchande pas, que nous les humains nous avons été rendus incapables de subvenir à nos propres besoins , qu’aider son prochain , répondre à des besoins fondamentaux se font sous contrats commerciaux à travers toute la planète , que ces mêmes contrats génèrent cet esclavage moderne, que nous nommons TRAVAIL et qui se monnaie à tous les niveaux .

  30. « Maintenant que j’achève ma vie dans un trou, je me moque de moi-même, car quoi, un homme intelligent ne peut rien devenir – il n’y a que les imbéciles qui deviennent… On vous démontre que vous descendez du singe : pas la peine de faire la grimace – Acceptez-le, qu’est-ce-que vous y pouvez, c’est comme deux fois deux – mathématique… »

    Les Carnets du sous-sol de Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski
    trad. André Markowicz

  31. Cher Vigneron,
    Je suis heureux que ce post suscite une réaction. J’y croyais pas 🙂
    Toutefois, j’aimerais préciser les choses suivantes.
    .1 une recension est un résumé d’un livre (est-elle conforme? J’espère que oui).
    .2 Votre post porte essentiellement sur les « mesures » économiques pronées par Gaidar après la chute de l’URSS, si j’ai bien lu. Ont elles été judicieuses? Probablement non, et je vous suis sur ce point. Les « mesures » économiques pronées sur le territoire de l’ex-URSS ont été d’une violence extrême (il suffit de considérer l’augmentation de la mortalité) et il y avait probablement d’autres « pistes » à suivre. Mais qui était en mesure de les porter à ce moment? Il me semble que malheureusement, il n’y avait personne.
    .3 L’analyse de Gaidar porte sur la chute de l’URSS, Il me semble, mais peut être voyez-vous les choses autrement, que l’on peut « dissocier » cette analyse, des mesures mis en oeuvre par lui-même. Qu’il ait été « aveuglé » par la doxa libérale comme nombre d’autres oligargues ne fait aucun doute mais cela n’invalide pas, me semble-t-il, son analyse sur la chute de l’URSS.
    .4 Ce que j’ai trouvé intéressant dans son analyse, que l’on peut par ailleurs contester, c’est le lien qu’il fait entre une « contrainte » macroéconomique (faible productivité de l’agriculture lié à la collectivisation, importation de céréales avec les revenus du pétrole, chute des cours du pétrole et donc nécessité de faire appel à l’emprunt sur les marchés internationaux et finalement « collapse » du système.
    Dit autrement, quelque soit le système économique que l’on prône, ces « contraintes macroéconomiques » s’imposent d’elles mêmes,…
    .5 « Collapse » que le système capitaliste pourrait connaître dans des temps assez proche,… Si l’on pense à l’enjeu écologique, entre autre.

    Amicalement,

    Makaevitch

    1. @ Makaevitch,

      Bonsoir,

      En effet lorsque tous les indicateurs convergent vers la décrépitude, on voit mal comment éviter le « collapse » : en anglais s’il vous plaît afin de rendre à César les lauriers qu’il mérite sans vraiment les revendiquer, soyons justes.
      A moins d’un miracle provoquant un sursaut vers le redressement ! Et encore, on voit mal comment ceux qui se sont volontairement mis à genoux auraient une quelconque envie, et même une quelconque notion, du redressement : alea jacta est, morituri te salutant.

      Sur la politique Russe, peut-être auriez-vous une réponse ou un début de réponse à apporter à la question que je me pose : http://www.pauljorion.com/blog/?p=18053 (réponse à Amicalement votre).

      Bien cordialement,

    2. @Makaevitch: « « Collapse » que le système capitaliste pourrait connaître dans des temps assez proche »

      Eh oui, nous aussi on a nos Gaidar.

      « Qu’il ait été « aveuglé » par la doxa libérale comme nombre d’autres oligargues ne fait aucun doute mais cela n’invalide pas, me semble-t-il, son analyse sur la chute de l’URSS. »

      Ben, il parle pas trop quand même du fait que les oligarques étaient nombreux à être aveuglés par la doxa libérale AVANT la chute de l’URSS. Cette chute aurait-elle eu lieu avec des oligarques convaincus que les idées communistes étaient bonnes? J’en doute trè fort. (Et je ne dis pas que cela aurait été mieux pour les Russes, je ne sais pas, personne ne sait, mais ce qui est sûr c’est que l’URSS avait traversé par le passé des difficultés bien plus importantes que celles à laquelle elle était confrontée fin des années 80).

    3. @Moi : « Ben, il parle pas trop quand même du fait que les oligarques étaient nombreux à être aveuglés par la doxa libérale AVANT la chute de l’URSS. Cette chute aurait-elle eu lieu avec des oligarques convaincus que les idées communistes étaient bonnes? » : excellent ! Surtout après qu’on a lu, dans l’un des commentaires ci-dessus, que Gorbatchev a libéralisé tous les prix « en une nuit ». Mais la chute aurait quand même eu lieu pour d’autres raisons.

  32. Réponse à VB
    Si la question à laquelle vous faites références est la suivante :
    Je me demande où en est la politique Russe aujourd’hui ? J’ai un temps réussi à en suivre à peu près les méandres mais j’avoue être décontenancée par ce que je crois pouvoir appeler le vaste plan de privatisation actuel. Je ne comprends pas leur ligne directrice et me demande même si celle-ci existe. Les Russes semblent par certains côtés protéger leurs intérêts stratégiques bien compris et par d’autres fondre devant les sirènes de la finance : vraiment, je ne comprends plus. Auriez-vous une explication plausible à cela ?
    Voici ma réponse :
    Je pense que le pouvoir doit arbitrer deux « forces » divergentes : d’une part, une tendance « naturelle » des régions périphériques à ignorer ou minorer les directives de Moscou et cette force divergente est maintenue sous contrôle par le maintien d’un système administratif tatillon et encore tentaculaire (la fameuse verticale du pouvoir) et d’autre part, le pouvoir russe est bien conscient de la faiblesse actuelle de l’économie russe qui exporte essentiellement du pétrole et du gaz (à part la vodka et le caviar pourriez-vous citer un produit russe ?) et qui pour se moderniser doit pouvoir se « mouvoir » dans un environnement moins contrôlé.
    Je ne prône pas ici pour une diminution d’impôts ou une réduction du droits des travailleurs mais plutôt pour un environnement administratif qui soit plus simple et où les règles seraient clairs et respectées.
    A cela s’ajoute l’absence de contre-pouvoir politique réel (pas facile après 70 ans de parti unique de se retrouver avec une pluralité de parti politique « légitime ») et je pense que le pouvoir russe doit constamment lâcher du lest et serrer la bride. Le lest c’est Medvedev et la bride c’est Poutine.

    A propos d’autres observations
    Je ne pense pas que l’on puisse parler d’oligargue avant la chute de l’URSS car il n’y en avait pas. Si on prend l’exemple de Khdorkowski, il avait, sauf erreur, 27 ans quand il a fondé sa banque MENATEP. Je cite de mémoire donc c’est peut-être pas tout à fait exacte mais ce que je veux dire c’est que la plupart d’entre-eux étaient très jeunes et ne pouvaient donc pas tellement être des oligargues avant car ils étaient des enfants.
    Mais je reviens sur la thèse de Gaidar car il me semble qu’elle n’a pas été bien comprise (la recension n’était peut-être pas assez précise). Sa thèse est la suivante : en maintenant la collectivisation de l’agriculture, et ceci dès les années 30, collectivisation qui a fortement bridé la motivation des agriculteurs car ils étaient dépossédés de leurs biens, l’URSS signait son arrêt de mort (c’est peut-être un peu pompeux comme formule, je vous l’accorde 🙂 mais ce que je veux dire c’est que comme la productivité de l’agriculture n’augmentait pas alors que de nombreux actifs migraient des campagnes vers les villes pour travailler dans les usines, l’URSS a été obligée d’importer des biens alimentaires. Dans un premier temps, en vendant du pétrole sur le marché international et dans un deuxième temps, en empruntant sur les marchés financiers occidentaux (ce qui s’appelle se jeter dans la gueule du loup). Et à un moment donné, ne pouvant plus se refinancer sur les marchés financiers, le système s’est effondré.

    1. @ Makaevitch,

      Merci de votre réponse, qui complète, une fois encore, celle d’Amicalement votre. Je pense que vos arguments sont justes.
      S’agissant du problème administratif, nous avons le même en France (très aggravé, sinon initié, par l’UE) et c’est d’ailleurs contre celui-ci que je tente de lutter (par ma théorie novatrice, unificatrice et à tendance Gaullienne sur l’entreprise).
      L’agriculture est également un vrai problème, la question fondamentale d’un peuple, j’en suis persuadée depuis toujours.

      Cordialement,

    2. On peut aussi noter que les trois grandes révolutions internationales ( française , soviètique , chinoise ) sont en très grande partie nées d’une situation agricole et alimentaire catastrophique ; ça devrait d’ailleurs mettre en tête des grands du G20 que , quoi qu’ils décident , ils ont un intérêt colossal à traiter au moins de la maîtrise des coûts des productions alimentaires et d’une bonne partie des matières premières ( dont …le pétrôle qui en l’état actuel et avant une montée en puissance de l’agriculture de proximité , reste un élément déterminant du coût des aliments ) . Sinon la suite risque de les faire éjecter de leurs sièges .Ce ne sont pas les OGM , dernier avatar du capitalisme pour asservir les êtres , qui les sauveront .

      Relativement au  » sytème soviétique  » , je viens de retrouver sur mes rayons , le bouquin de René Dumont ( « Sovkhoz , Kolkhoz , ou le problématique communisme  » , Editions du Seuil en 1964 ) .

      C’est , décortiquée par un ingénieur agronome homme de terrain ; la meilleure démonstration que j’ai connue , de l’impasse dans laquelle s’engouffrait le communisme soviètique ( rappelons qu’en 1963 nous étions dans un conflit idéologique , mais pas que , entre URSS et …Chine ) .

      In fine Dumont restait persuadé , avec l’humilité d’un homme de science , que le socialisme (page 329 :  » Le socialisme triomphera, conclut le libéral Shumpeter ; et je le crois également;. »..) restait la meilleure voie pour un monde meilleur , même si sa toute dernière phrase était :

      « Aucune structure ne détient le monopole de l’avenir de l’humanité. Elles aboutissent à des sociétés humaines , qu’il faudra toujours réviser , car elles seront éternellemnt imparfaites . »

      Il était par contre exigeant sur les pas à faire . Comme lui je me sentirai plus heureux de la réalisation des quelques pas ,encore confus ,évoqués ici .

      Avec toujours en tête que la fin ne justifie pas les moyens .

      Et que les moyens ne sauraient mettre l’humanité en péril , comme on commence à prendre conscience d’en être bien prêt aujourd’hui .

  33. Merci à Paul Jorion, propriétaire de ce blog, pour ses brillants billets expliquant clairement l’évolution actuelle de l’économie mondiale ; merci également aux divers contributeurs et aux commentaires pertinents des lecteurs.

    Je m’expirme ici pour la première fois et je souhaite faire un rapprochement entre feue l’URSS et les actuels EUAN (État-Unis d’Amérique du Nord) sous un angle différent : l’effet du poids croissant des prélèvements de l’autorité réelle sur l’économie du pays, donc sur sa population.

    La première subissait vers la fin de son existence un prélèvement chiffré officiellement au moins à 60 %, mais environ 80 % selon les connaisseurs ; il alimentait le sytème d’état, notamment sa composante militaire. Devant sans cesse rattraper son retard sur les seconds (É-U), qui avaient toujours une génération technique d’avance, elle (URSS) a dû y attribuer des moyens toujours croissants au détriment de la part revenant à la population, ce qui lui a conservé une force capable de contrer les seconds (un seul exemple : plusieurs lancements de satellites par semaine).

    Les seconds (É-U) de leur côté subissent un prélèvement également croissant du système militaro-industriel (déjà dénoncé en son temps par les président Eisenhauer), pensons au coût de la guerre d’Irak s’exprimant en milliers de milliards, auquel s’en est ajouté un nouveau qui grandit vite, au profit cette foi-ci du système financier ; on en voit les effets actuels qui les entraînent désormais vers le bas (affaire des subprimes, actifs toxiques et tutti quanti).

    Pour résumer, le poids croissant des prélèvements au détriment de la population serait également une cause majeure de la descente inéluctable de ces deux pays.

    Qu’en pensez-vous ?

  34. L’intérêt de ce fil est qu’il brise une sorte de tabou en transgressant la répétition des poncifs de la propagande à l’égard de ce qui fut un pays, et pas un empire.
    Qu’on nomme sous cette appellation d’empire des entités très différentes, ça ne va déjà pas de soi mais je ne distingue pas vraiment ce qui justifie ça pour l’URSS à l’inverse de ce qu’on sous-entend en nommant « l’empire » les USA qui n’en sont pas non plus un vraiment. Difficile d’échapper à l’empereur pour un empire, et ce costume là même pour Staline ne va pas. Les républiques ont aussi des formes diverses, Iran compris.
    L’URSS a été pour ma lecture un de ces fils rouges consécutifs à ce qui était déjà en gestation lors de notre révolution française, dont il a été question sur ce blog.
    D’avoir reçu un jour un télégramme d’un soviétique un « 19 mars », me souhaitant « bon anniversaire » m’avait amené à découvrir que ce jour là était dans l’imaginaire soviétique plus parlant, puisque sachant pourtant la date, il ne m’était pas venu l’idée d’en faire ici un anniversaire pour la Commune.
    Donc 1917 c’était la poursuite de ce qui avait été interrompu ici après 89 et toujours remis en chantier depuis, avec des catastrophes. C’est pour cette raison que je lis l’histoire de ce pays comme liée à ce qu’il a signifié pour le reste du monde, à savoir longtemps l’exemple du seul pays où la propriété privée des moyens de productions et ses privilèges attenants avait été abolie.
    La dissolution aux causes multifactorielles n’était pas écrite à l’avance. Mais c’est en tout cas la victoire du capitalisme d’une guerre qui n’aura cessée chaude dès 17, tiède ensuite, brulante après 41, puis dite froide ensuite, en fait déplacée sur le front des décolonisations, de l’espace, de l’économie etc.
    Quand il a été, à mon regret, dissous, j’avais pensé que cette question du socialisme se reposerait vers 2030 2040 nécessairement autrement.
    Pour y être allé en 79 juste quelques jours à Moscou, puis en Ouzbékistan (ouvert au tourisme en 74) j’en ai gardé un souvenir triste sur le sujet des libertés, puisque pour avoir passé une journée hors de mon groupe avec 2 jeunes touristes soviétiques de Sverdlovk qui avaient aussi quitté leur groupe, (nos échanges d’un jour furent en anglais) ils eurent le soir et moi aussi, plus modestement, affaire au KGB. Un truc de cinglés.
    Pour avoir en 72 vu l’Iran et l’Afghanistan dont l’histoire était voisine jusqu’au 19ème, la différence d’ambiance en Ouzbékistan était énorme. Sachant qu’il y avait eu jusqu’en 35 des poches d’opposants à la République dans les montagnes ouzbeks, j’avais bien imaginé que le soutien soviétique aux afghans allait durer très très longtemps. On sait la suite.
    J’ai le souvenir d’une babouchka hors d’âge assise à Moscou près d’un ascenseur d’hôtel pour appuyer sur le bouton. C’était mon premier jour. J’avais cherché à comprendre. était-ce un poste ? chômage déguisé ? L’interprète m’avait renseigné : Non, la babouchka ne travaillait pas à l’hôtel, elle était à la retraite depuis longtemps, elle avait perdu son mari, avait un voisin qui travaillait à l’hôtel et avait demandé une occupation à mi-temps pour voir du monde. J’avais été sidéré : qu’est ce que c’est que ce bordel, qui commande là dedans, les gens font ce qu’ils veulent ou quoi ? Je repensais à cette scène il y a quelques mois en voyant le film Mimino de Daneliya Georgij, qui décrit avec humour cette ambiance soviétique des années 70.
    Le cinéma jadis permettait à Paris pendant la quinzaine du cinéma soviétique de voir des nouveautés rarement diffusées à la télévision. Il existe aujourd’hui avec Mosfilm et Ruscico la possibilité d’accéder à des curiosités parfois doublées en français.
    J’avais espéré de Gorbatchev l’aboutissement d’une lente déstalinisation commencée avec le rapport du XXème congrès du PCUS. Ça a tourné autrement pour un tas de raisons décrites sur ce fil, mais ce n’était pas écrit d’avance. Gorby a fait des conférences aussi bien rémunérées que Thatcher ou d’autres. La question demeure de ce que l’ouest lui a payé.
    Quelque chose reste, et c’est mon souvenir latent dans le rapport Khrouchtchev, dans les coulisses de la représentation politique, lié au succès de cette dénomination de petit père des peuples. Il y a des formes d’adresse au dirigeant suprême qui sont en collusion avec les ravages de la père-version. Pourquoi les hommes sont-ils infoutus d’inventer une forme de direction détachée de celle d’une seule personne physique mise en scène médiatiquement de nos jours ?

    1. Pour ma part , j’ai connu l’URSS en 1967 . Il y avait des échafaudages partout et tous les murs étaient « rafraichis » à grand coup de peinture ( verdâtre) en vue de la commémoration du cinquantième anniversaire de la révolution . J’en garde le souvenir ( itinéraire Kiev , Sotchi , Stalingrad / Volgograd , Moscou /Léningrad / St Petersbourg ) des étudiant(e)s de Kiev dont les odeurs de parfum fruité bon marché sont encore dans mes narines, de l’échange franc / rouble au huitème du cours officiel , de soirées mémorables entre jeunes , de jeunesse particilièrement érudite , des hôtels staliniens , des orchestres d’hôtel fonctionnaires , des jeux de lumières à partir de 21 heures au restaurant pour faire comprendre que l’heure était venue de vider les lieux , des femmes au travail le plus rude sur les chantiers de travaux publics ( c’était le prétexte de notre stage-voyage d’étude ), des autocars qui coupaient le contact pour dévaler en roue libre chaque déclivité , de leurs freiins fumant à la limite de l’incendie quand on parvenait à s’arrêter , de la beauté de Moscou et de Léningrad et ses nuits blanches , de discussions passionnées ( en français !) jusqu’à l’aube et la fin des stocks de vodka , d’avoir pu m’échapper librement dans Moscou , d’avoir retrouver sans forcer le destin cette âme slave que mes lectures de Dostoïevsky et Tolstoï m’avaient révélée comme une âme soeur…

      Mon meilleur souvenir :

      partout où je débarque pour la première fois et lors de ma première promenade en badaud , il est fréquent que le premier autochtone que je rencontre me demande en fait son chemin . Ma femme prétend que j’ai une tête à renseigner les gens .; ça m’est arrivé en Grèce , en Espagne , en Italie , au Gabon , en Algérie .
      J’ai donc entamé cette série lors de mon escapade moscovite , car au premier passage devant une bouche de métro , une babouchka , qui , visiblement venue de province, prenait le métro pour la première fois , m’a abordé , non pas pour me vendre de la vodka , mais de toute évidence , parce qu’elle devait affronter ce moyen de transport . Le tour de force est que nous nous sommes compris suffisamment pour que je l’accompagne et la guide dans son périple . Deux heures plus tard nous étions en banlieue chez son fils qu’elle venait voir pour la première fois à Moscou . Il était 19 h environ . Il a fallu accepter de rester leur hôte pour manger . Je n’ai revu le jour que le lendemain vers midi et je ne saurai jamais comment ils m’ont remis dans l’hôtel qui accueillait le groupe dont je faisais partie ( plutôt inquiet sur mon sort ) .

      Les systèmes passent mais la Russie est éternelle .

    2. juan nessy 12 novembre 2010 à 15:56
      Chouette ! Tout le charme d’un ailleurs dans le temps et dans l’espace qui hante aussi mes souvenirs. J’ai omis de dire, que l’absence de publicité m’avait séduit, bien sûr l’érudition confirmée par d’autres canaux, l’accès au savoir n’est pas ruineux. Je comprends que vous aviez accès au russe, ce qui comme partout change la donne du touriste. Le fatalisme de l’âme russe a sans doute à voir avec ce que « amicalement votre » rappelle du passé d’esclave. Ailleurs un type en anglais me répond qu’il est un esclave du sud, un yougo-slave, il me l’a appris. Les « caractères » des peuples du monde ne sont pas éternels mais bien ancrés, encrés aussi, et ce n’est pas demain la veille que ça s’uniformisera, vive la richesse !

    3. Москва, Москва !… Люблю тебя как сын,
      Как русский — сильно, пламенно и нежно.
      Лермонтов

      Moscou, Moscou !… Je t’aime comme un fils,
      Comme un Russe — avec force, passion et tendresse.
      Lermontov

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