L’actualité de la crise : ON N’EN DORMIRAIT PAS ! par François Leclerc

Billet invité.

Comment va être présenté l’échec du nouveau sommet des chefs d’État et de gouvernement de jeudi, sa seule inconnue ? On n’en dormirait pas. Une fois écartées les déclarations ronflantes de circonstance, il sera retenu comme ayant marqué l’envasement de l’union bancaire, présentée au précédent sommet de juin dernier comme un pas en avant décisif dans la poursuite de l’intégration européenne et la sortie de crise.

Les mauvaises langues prétendent d’ailleurs déjà que le nouveau programme d’achat conditionnel de la dette publique de la BCE (OMT) – qui reste encore à l’état d’intention, mais qui a provisoirement calmé le jeu – n’est pas étranger à cette absence de résolution des dirigeants européens. Quand l’espoir renait, la volonté disparaît !

Il a fallu la remise du prix Nobel de la Paix à l’Union européenne pour assister à un étrange dialogue par presse interposée entre François Hollande et Angela Merkel. Le premier a péremptoirement affirmé que « la crise de la zone euro, je l’ai déjà dit, elle est derrière nous » et la chancelière a répliqué « Je ne peux pas encore lever l’alerte complètement, je suis prudemment optimiste ». Au choix, le président français a exprimé sa totale incompréhension de la situation ou bien une tentative dérisoire d’obtenir le desserrement de l’étau dont il ne parvient pas à se libérer. Avec Dilma Roussef, la présidente brésilienne, il a dès le lendemain présenté sa vision européenne réductrice de la crise de la dette : « S’il y a des pays qui doivent faire des efforts de compétitivité, il y en a d’autres qui doivent réduire leurs excédents commerciaux et soutenir la demande intérieure. C’est la condition pour retrouver de la croissance, et c’est la position que je défendrai aussi pour l’approfondissement de l’Union économique et monétaire de l’Europe ». On n’avance pas, ni dans les mesures préconisées, ni dans l’analyse.

Est-il nécessaire d’entrer dans les méandres des négociations à propos de l’union bancaire qui n’aboutissent pas ? Entre l’opposition allemande et celle du Royaume-Uni – chacun pour protéger son système bancaire – le projet est très mal parti et il va falloir se contenter d’une déclaration politique remettant à des discussions techniques la poursuite des négociations sur l’essentiel. Un échec mal déguisé qui est à rapprocher de l’offensive qui se poursuit en vue de repousser – pour l’instant – l’application de la réglementation Bâle III, et d’en profiter pour probablement en faire autant de Solvency II, son équivalent pour les compagnies d’assurance. Bernard Spitz, le président de la Fédération françaises des compagnies d’assurance, a résumé ainsi son analyse : « l’hyperprudence a un hypercoût », reprenant une argumentation des plus traditionnelles : « Une réforme mal conçue pourrait avoir des conséquences dramatiques. Une mauvaise réforme entraverait la capacité des assureurs à faire leur métier, et fragiliserait aussi l’investissement de long terme dont nos économies ont tant besoin pour le redressement de la compétitivité ». A l’origine de la bisbille, l’obligation de comptabiliser les actifs « longs » détenus par les compagnies d’assurance à leur valeur de marché !

L’époque, décidément, n’est pas à la régulation ! Elle est par contre favorable à la mise au jour de nouveaux dysfonctionnements majeurs de l’activité financière. D’après le Wall Street Journal, la Commission européenne s’apprête à mettre en cause pour collusion des banques membres du panel de l’Euribor, l’équivalent du Libor au sein de la zone euro. Sous la responsabilité de la Fédération européenne des banques (EBF), 44 banques établissent le taux de référence du marché bancaire, à l’image des 18 banques qui en font autant pour le Libor, et il apparaît que certaines d’entre elles sont toutes aussi fautives pour l’avoir manipulé.

Des dossiers en suspens vont donner lieu à des cris de victoire. L’opération de rachat de la dette grecque presque réussie, un dernier coup de pouce de 1,29 milliard d’euros est demandé au FESF en raison d’une décote moindre que prévue de la dette rachetée, après la capitulation prévisible des banques grecques pour que tout soit au cordeau, c’est-à-dire conforme à des prévisions qui ne se réaliseront pas. Les banques espagnoles auront de leur côté reçu une première tranche de l’aide destinée à les recapitaliser. Via l’État espagnol dont le déficit va augmenter d’autant, et sous la forme d’obligations du MES – un paiement en nature – qui seront échangées contre du liquide auprès de la BCE… Mais la rupture du lien entre dette publique et bancaire, affirmée en juin dernier, reste un vœu pieux, sa concrétisation dépendant de la réalisation préalable de l’union bancaire… C’est du bout des doigts que les dossiers brûlants sont refermés !

Il ne reste plus qu’à attendre patiemment que l’Espagne demande à entrer dans le dispositif de sauvetage européen, chaque chose en son temps. Alexis Tsipras, le leader du parti d’opposition grec Syriza, a lancé un nouvel appel en faveur de la tenue d’une « Conférence de la dette européenne », faisant le parallèle avec la Conférence de Londres de 1953 (où 22 pays décidèrent de diminuer de moitié la dette allemande), avec pour objectif de traiter d’une restructuration de la dette pour tous les pays du Sud de l’Europe.

Bonne nouvelle toutefois, le vainqueur des élections primaires du Partido Democratico italien, Pier Luigi Bersani, annonce la poursuite de la politique de Mario Monti – mais avec plus de justice – si son parti était le vainqueur des prochaines élections législatives qui devraient se tenir en février ou mars prochains.

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41 réflexions sur « L’actualité de la crise : ON N’EN DORMIRAIT PAS ! par François Leclerc »

  1. “Bonne nouvelle toutefois, le vainqueur des élections primaires du Partido Democratico italien, Pier Luigi Bersani, annonce la poursuite de la politique de Mario Monti – mais avec plus de justice – si son parti était le vainqueur des prochaines élections législatives qui devraient se tenir en février ou mars prochain.” Ah oui, un peu comme Hollande alors !! On est sauvés…

  2. “il sera retenu comme ayant marqué l’envasement de l’union bancaire, présentée au précédent sommet de juin” Certains états ne souhaitent pas que l’on regarde sous les tapis ( Credit default swap deutsche bank par exemple).

    1. En effet, Dedelacame.
      Là, les états en sont réduits à essayer de défendre au maximum le secteur bancaire pour éviter qu’il ne coule trop vite (dans leur pays).

      Quelque part, et même ailleurs, la situation que nous vivons sera certainement qualifiée d’historique par les générations à venir.
      Car, c’est là qu’est le tournant.
      Les apparences ne trompent plus.

      1. aux stats, cela guère mieux, voir pire car ils battent monnaie sans vergogne. parions que l’opération Twist sera reconduite en 2013, voire amplifiée. je relis actuellement “l’idiot” de dostoievski (1865) après avoir relu la curée (1897) de zola. effarant, nous n’avons rien compris, nous ferons les mêmes erreurs avec malheureusement les mêmes conséquences (1870; 14-18;39-45)

      2. yvan… c’est dedelacane… comme “la cane de Jeanne”… Morbleu!!!

        Vous confondez avec Dédé la Came… soigneur sur… les routes de France… et autres complexes sportifs…

      1. Pas mal Perrico… sauf que justement, c’est à cela qu’ils jouent… à l’extérieur, ils essaient d’éviter la relégation… à domicile, ils se la pètent… et le reste du temps, ils cherchent le match nul pour ne pas déplaire aux investisseurs…

        Le bon numéro n’est pas dans leur grille (de lecture)….

  3. Lors de la crise de 29, un politicien US disait: ” la reprise est au coin de la rue”…on sait que ce qu’il en est advenu de la méthode Coué..du genre la lumière au bout du tunnel.
    Vous ne voudriez tout de même pas, M. Leclerc, que notre président sorte tout à trac en réponse à une question impertinente d’un journaleux lors d’une conférence de presse:..”.Heuuu, vous savez, les gars, les banques sont insolvables et nous aussi, alors on arrête pas de gamberger pour gagner du temps, vous verrez au prochain sommet, on vous sortira un lapin du chapeau, histoire de rassurer les marchés!
    autre question ?
    A la semaine prochaine!

    1. Copé est complètement à l’Ouest.
      Fillon va avoir recours à la Stasi
      Je veux dire bien sûr Bernard Stasi, ancien Médiateur de la République…

  4. Bonjour
    “….. Comment va être présenté l’échec……”

    Je suggère la référence à Winston Churchill:
    ” Réussir sa vie, c’est voler victorieusement d’échec en échec.! ” (ne suis pas sur de l’exactitude)

    A cet aune, l’Europe est la plus belle réussite de ce début de siècle!

    Cordiales OAT bankables!

  5. Comment expliquer que l’Euro va terminer l’année :

    – stable par rapport au dollar et au franc suisse

    – à moins 3% par rapport à la livre sterling

    – à + 7,5 % par rapport au Yen ?

    ( je ne sais pas par rapport au Yuan ) .

    Ps : entre inflation et déflation , comment évolue votre lecture ?

  6. http://www.zerohedge.com/news/2012-12-12/baltic-dry-plunges-over-8-overnight-most-2008

    We look at it today, (BDI) moments ago it just posted an epic 8.2% plunge, crashing from 900 to 826, or the biggest drop since 2008!

    C’est pas encore ajusté chez Bloomberg; à 15h

    http://www.agefi.com/une/detail/archive/2012/december/artikel/fret-le-baltic-dry-index-tombe-a-son-niveau-le-plus-faible-depuis-pres-dun-mois.html

    Il existe d’autres indices du même type, l’un concernant la route du canal de Panama, l’autre les pétroliers. Ils sont tous en baisse. J’aimerais pouvoir consulter ces stats en direct mais je ne sais pas comment !

    1. Il faut demander à François Leclerc la nature de ses instruments de mesure au tableau de bord .

      Pour autant qu’il faille se contenter d’un tableau de bord , car je préfère le pilotage à 2 voire à 3 que le pilotage automatique .

      Sauf si le pilote et les copilotes se droguent aux mêmes substances .

      1. Pas de tableau de bord ! Il vaut mieux prendre avec des pincettes tous les taux, indices, etc… sachant sur quelles méthodologie et calculs ils reposent ou combien il est facile de mal des interpréter.

        Inflation ou déflation ? Le débat est ouvert sur ce que sera la dynamique de la crise et de l’action des banques centrales qui cherche à la stabiliser. La tendance actuelle est déflationniste et je crois comprendre que c’est durable. Les masses de liquidité injectées dans les circuits financiers y restent et représentent à mon sens un autre danger que le déclenchement d’une hyperinflation : celui de la constitution d’une nouvelle bulle d’actifs. L’inflation, c’est celle des actifs financiers !

      2. @François Leclerc

        Oui mais nous avons un recul d’au moins 5 ans sur ces indices.

        Il s’agit d’observer des corrélations : Tous les indices fret vont dans le même sens, et certainement aussi le transport routier..

        http://seekingalpha.com/article/1010611-dryships-a-good-example-of-how-the-dry-bulk-industry-is-suffering

        The Baltic Dry Index (BDIY) is a good indicator of the dry bulk activity in the world. The index is formed of weighted averages of Baltic Capesize Index (BCI), Panamax Index (BPI), Handymax Index (BHI) and Supramax Index (BSI).

        According to Bloomberg, the surge in BCI has been caused by increased rate of scrapping for Capesizes, the vessel type used for transporting iron ore. The Bloomberg’s article, on iron ore rates, mentions that Bangladeshi beaches are filling with unwanted ships waiting to be scrapped.

      3. Ya franchement bulle sur le marché obligataire, particulièrement pour les souveraines via le flight to quality (plus, moins massivement, sur les high yields via la pêche aux rendements). Si celle-là pète, et elle pètera, le tableau déflationniste pourrait bien prendre un coup de vieux. Mais bon, avec ces drôles de grands sorciers aux manettes, allez savoir…

      4. “… La tendance actuelle est déflationniste…”

        D’accord avec F. Leclerc… spirale déflationniste…

        En tout cas moi, c’est celle que j’préfère… avec au bout une bonne grosse guerre mondiale…

    2. le BDI est à 900, soit plus élevé que ce qu’il a connu par le passé : 670 en 2008 par exemple ; avec un cours du pétrole bas, on comprend qu’il n’y a pas de demande en face, donc un BDI à la baisse

      1. just posted an epic 8.2% plunge, crashing from 900 to 826

        Parfois il ne faut pas hésiter à s’acheter des lunettes… 🙂

    3. graphique à regler sur 10 ans et à la semaine
      en gros la grande descente de 2008 a du mal a être égalée puisque que l’on tombe de
      de tellement moins haut

      mais à part çà la crise est sans doute finie 🙂 et le reste aussi

      parce qu’il n’y a pas d’échelle négative, on ne peut que repartir vers le le haut.
      vous savez celà me fait penser au rebond d’une balle de ping pong

      une vibration finale…

      1. Voici l’article en question, selon lequel le BDI n’est pas à la cave parce qu’on transporte de la ferraille issue de bateaux démontés :

        http://www.bloomberg.com/news/2012-11-06/iron-ore-transport-rates-seen-surging-as-ships-scrapped-freight.html

        Iron Ore Transport Rates Seen Surging as Ships Scrapped: Freight

        “The beaches of Bangladesh are filling with unwanted ships waiting to be scrapped, driving up prices for transporting iron ore and halting losses for STX Pan Ocean Co. (028670), South Korea’s biggest owner of the carriers. ”

        Comme le BDI agrège le Baltic Capesize Index (BCI) qui concerne le transport des minerais, il est en retard pour refléter l’état de l’économie réelle ! Parce qu’on démonte la flotte, et qu’en vrac on la transporte je ne sais où et je me demande bien pourquoi récupérer cette ferraille mais bon, sans doute une erreur.

        Et pourtant, le schéma suivit me semble le même que l’an dernier.. saisonnier. Janvier ne va pas être joli ! Franchement il va falloir réagir parce qu’on atteint la limite. Je sais pas, quoiqu’ils empruntent au FMI etc, l’économie ne s’en remet pas ! C’est les plans de rigueurs qui sont en train de tuer toute l’économie !

        Sans doute les Chinois construisent des building avec la ferraille, d’où la demande.

        Moi je vois l’année prochaine très noire, sans parler de 2014, chaque année va être une question de survie.

      2. @Perrico

        Exactement comme avait dit ZH, qui ont les info en direct :

        http://www.bloomberg.com/quote/BDIY:IND/chart

        BDIY:IND 826.00 74.00 8.22% !

        Voilà, la plus grosse chute que j’aie jamais vue et ce malgré le passage de 0,6 % de la flotte à la ferraille.

        Donc non le BDI n’est pas à 900 et si j’ai dit qu’il était plus bas c’est qu’il l’était !

        Non seulement ça mais normalement nous sommes en période de pic d’activité, correspondant aux fêtes. Janvier marque toujours une chute, qui intervient cette année beaucoup trop tôt !

  7. libor, euribor, comptes suisses
    il est largement démontré que le cartel n’a pas les compétences requises pour gérer une banque
    même de dépôt.
    – le mythe de l’efficience du secteur privé en prend un sacré coup.
    – le mythe de la concurrence libre et non faussée aussi
    – le mythe de la banque centrale indépendante et au dessus des lois

    leur compte est bon (et ce sera bien le seul)

    merci Mr Madoff de nous avoir décillé les yeux

    en attendant la prochaine réouverture de la banque du trésor public…
    surveillons le bank run

  8. il y en a d’autres qui doivent réduire leurs excédents commerciaux et soutenir la demande intérieure. C’est la condition pour retrouver de la croissance

    C’est un pavé français dans le jardin allemand, et c’est nettement un progrès d’oser dire que leur politique de déflation intérieure est devenue un problème pour ses partenaires.
    Surtout que ça leur revient dans la figure, aux allemands, leur politique ultra-lib, en obligeant les autres à faire pareil donc moins importer de produits allemands…
    Libéraliser un peu le pouvoir d’achat des allemands les moins riches (pas de tous pour ne pas favoriser la spéculation) en redistribuant plus justement les gains de productivité donnerait de l’air à tout le monde, et un soupçon de croissance.

  9. Ben moi, c’que je vois… c’est que F.Hollande n’est pas soutenu par la gauche…

    On était censé se débarrasser de l’UMP… et ensuite mettre le boxon pour obliger tout ce petit monde à réagir un chouïa plus vite… résultat des courses, on roupille…

    C’est vrai qu’il fait carrément froid dehors mais rien ne se fera sans bloquer l’Europe… Ils ne donneront rien… z’ont pas l’habitude… Il faut prendre…

    Combien de fois faudra vous l’dire…???… Il faut qu’ils chient dans leur froc…

    1. c’est vrai qu’il fait carrément froid dehors mais rien ne se fera sans bloquer l’Europe…

      euhhh c’est un peu le cas non ? La une de Libé demain

      L’Europe congelée

      et me semble qu’il s’agit pas de météo…

  10. Un aspect de votre article me fascine. J’ai toujours été choqué par les hurlements néolibéraux en faveur des réformes structurelles courageuses et nécessaires. Je vois que quand les réformes s’appliquent à eux, ils ne veulent pas en entendre parler et encore moins s’y soumettre.

    Ils se retrouvent à pratiquer ce qu’ils nomment “conservatisme, passéisme, protection de privilèges indus” et j’en oublie.

    C’est presque amusant.

  11. Ce sommet ne sera pas un echec, mais bien un succés, certes inattendu, mais un succés, puisqu’il y aura en 2014 une supervision bancaire européenne.
    C’est la radio “France Inter” qui le dit ce jeudi matin.
    Alors vous voilà tout ballot maintenant 🙂

    1. Normal, la religion du ‘positivisme’ règne, l’erreur est ignorée et même interdite…!
      Ah…Les sommets…
      Sur le site de Polemp, un métier d’avenir…Code ROME : E1103 – rubrique communication- lobbyiste !

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