Europe : DIRIGEANTS AU BORD DE LA CRISE DE NERFS, par François Leclerc

Billet invité.

Halte au feu, ça tire dans tous les sens ! Jean-Claude Juncker prend à partie Matteo Renzi et David Cameron en les traitant de menteurs, Passos Coelho fait en public acte de résistance à la Troïka et, last but not least, Mario Draghi est mis en cause par des gouverneurs de Banques centrales. Chacun de ces épisodes a son propre contexte et ses raisons, mais ensemble ils témoignent de la rencontre avec un même obstacle grandissant : la stratégie de désendettement européenne est à force tout au bout du rouleau.

Le panorama ne laisse pas place à beaucoup d’ambiguïté. Un avertissement a été prodigué à Mario Draghi, sous la forme d’une fuite organisée dont a bénéficié l’agence Thomson Reuters. Derrière la mise en cause de son style trop personnel pointe le refus de le voir poursuivre sur la trajectoire qu’il a choisie, annoncée lors de son discours de Jackson Hole qui a semble-t-il pris au dépourvu les membres du conseil des gouverneurs. Hors de question, sous-entendent en substance ses opposants, que des interventions reposant sur une création monétaire massive soient engagées, une mise en garde pouvant signifier qu’une telle intervention serait considérée avec attention. Bien que minoritaires, les opposants ont la capacité de bloquer des décisions qui dans la tradition de la BCE supposent un large consensus, nous faisant assister non pas à un épisode de plus de l’opposition larvée entre les autorités allemandes et Mario Draghi, mais à un véritable clivage qui paralyse désormais la BCE pour toute grande décision. Les marchés ne vont pas aimer.

Les autres escarmouches auxquelles on vient d’assister n’ont certes pas la même portée, mais elles témoignent d’une détérioration générale du climat entre les dirigeants européens, qui a atteint un niveau tel qu’elle sera inévitablement rendue publique. En voici un rapide tour d’horizon. Le premier ministre portugais, comme ses homologues grec et espagnol, fait face à une échéance électorale et s’efforce de la passer en levant un peu le pied sur les mesures les plus impopulaires, ce qui le conduit pour la première fois à s’opposer à la Troïka ; le président du conseil italien rencontre au sein du parti démocrate, sa formation, une forte opposition à la réforme de la loi électorale et à celle de la réglementation du travail, qu’il cherche à faire adopter pour preuve de sa bonne conduite ; le premier ministre britannique rejoue une scène de chantage mille fois exécutée sur le thème « retenez moi où je fais un malheur ! » et suscite une réaction inattendue d’Angela Merkel, qui fait annoncer qu’elle va étudier une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne, une perspective dont l’énoncé était jusqu’à maintenant impensable. Quand à Jean-Claude Juncker, il a déclaré que les sommets européens « sont faits pour régler les problèmes, pas pour les amplifier », ce qui en dit long sur l’état d’esprit actuel de participants qui cherchent à échapper d’une manière ou d’une autre à l’étau dans lequel ils sont pris. Combien de temps cela va-t-il pouvoir durer ?

Pendant ce temps-là, Syriza s’installe en Grèce dans son rôle de prétendant à la victoire électorale, et Podemos n’entend pas faire de la figuration et bouleverse déjà la scène politique espagnole, suscitant les réactions offusquées de la presse nationale bien-pensante. Déjouant les pronostics de ceux qui jouaient leur résignation, les Espagnols placent leurs espoirs dans la politique en affirmant simplement « nous pouvons ! ». Dans tous les cas de figure, les défis auxquels Syriza et Podemos vont faire face sont immenses.

Ils sont loin d’être les seuls à en rencontrer. L’OCDE met de l’huile sur le feu ce matin : la BCE devrait « étendre son soutien monétaire au-delà des mesures déjà annoncées », et « cela devrait inclure un engagement à acquérir un montant notable d’actifs jusqu’à ce que l’inflation revienne sur de bons rails » (des obligations d’entreprise et d’État est-il précisé.

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2 réflexions sur « Europe : DIRIGEANTS AU BORD DE LA CRISE DE NERFS, par François Leclerc »

  1. Règle générale observée mainte fois dans toute structure sociale:
    Un échec (ou plusieurs dans le cas précis) conduit à exacerber les tensions entre les composantes d’un groupe.
    Il devait y avoir des lendemains qui chantent: augmentation de la productivité, réduction du chômage,..
    En fait les initiés francs-maçons à l’origine de cette structure agonisante auraient du créer un groupe de catch.
    L’américanisation de l’Europe sera rejetée(les documents déclassifiés montrent que les pères fondateurs étaient des agents US.

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