LA QUESTION DU SOLITON EST DEVENUE INDÉCOMPOSABLE

Ce matin, je m’apprêtais à mettre en ligne le billet qui suit…

Lorsqu’on me demanda en décembre 2011 de faire une conférence à l’intention des anciens de l’école de commerce HEC, la personne qui m’invitait me dit quelque chose du genre : « Si vous pouviez dresser un panorama général… ». C’est alors que me vint l’image du « soliton », la lame de fonds constituée de plusieurs vagues venues se superposer pour en constituer une seule, mais monstrueuse.

Les éléments composant cette vague scélérate ? Il y en a trois. D’abord, la crise environnementale : l’épuisement des ressources, le réchauffement climatique accompagné de l’acidification des océans et de la hausse du niveau de la mer. Ensuite, ce que j’appelai « crise de la complexité » : crise due à un monde où les interactions augmentent du fait que nous sommes de plus en plus nombreux dans un environnement de plus en plus mécanisé, monde où nous confions nos décisions à l’ordinateur alors que l’emploi disparaît en raison de notre remplacement par la machine sous la double forme du robot et du logiciel. Enfin, crise économique et financière, due au fait que nos systèmes ont en leur cœur une gigantesque « machine à concentrer la richesse » fondée sur le versement d’intérêts sur la dette, dont les effets délétères sont encore amplifiés par la spéculation, que chacun tolère comme une bizarrerie inoffensive.

Question personnelle : quel rôle devrais-je jouer moi dans cette histoire de soliton ?

Tel que je le concevais à cette époque, il y a trois ans, mon rôle consistait à prodiguer à la cantonade du conseil éclairé dans ce que j’imaginais être celle des trois vagues cumulées qui relevait de mon domaine de compétence : crise économique et financière. La division sociale du travail se ferait un plaisir de recruter pendant ce temps-là les compétences nécessaires dans les deux autres domaines de l’environnement et de la complexité/« robotisation ».

Il m’est arrivé de dire au cours des trois années qui se sont écoulées depuis cet exposé pour les anciens de HEC que la crise environnementale risque de nous rattraper longtemps avant que nous n’ayons résolu les problèmes de la complexité et de la machine à concentrer la richesse. J’ai continué de le répéter avec une belle constance mais, me semble-il maintenant, sans avoir tiré les conclusions qui s’imposaient. Or le rapport récent du GIEC, combiné à la splendide indifférence de nos dirigeants en matière de réforme de notre système financier ou pour ce qui serait de reposer la question de l’emploi et du travail dans le cadre de la mécanisation désormais exponentielle de nos tâches, oblige maintenant à poser la question du soliton comme une question unique et indécomposable. Non pas que mes propres vues soient d’une très grande utilité pour un progrès sur les questions de la robotisation ou du réchauffement climatique, mais parce que nous sommes désormais forcés – nous tous – de poser la question de la survie de l’espèce comme une question unique et indécomposable.

L’approche adéquate pour moi ne peut pas consister à ce que j’étende le domaine de mes conseils à la cantonade, complétant ceux en matière de finance et d’économie, à d’autres sur l’environnement et la complexité. Comme je l’ai dit : je peux sans doute m’exprimer à leur sujet en termes tout à fait généraux mais je ne dispose pas des connaissances qui me permettraient d’être aussi spécifique qu’il faut l’être. Ce qu’il convient donc de faire dans l’urgence, c’est constituer une cellule de crise sur le soliton en tant que tel. Il est indispensable que le message de celle-ci soit audible parce qu’il faut absolument qu’il soit entendu. Nous n’avons plus guère le choix.

… quand je suis tombé sur la discussion que les critiques du Monde consacrent au film Interstellar de Christopher et Jonathan Nolan, sorti en salle mercredi.

 

Comme vous le voyez, ils ont du film une fort mauvaise opinion et avouent par ailleurs n’y avoir rien compris. Mais c’est précisément la nature proprement insondable de leur perplexité qui me convainquit d’aller voir le film toutes affaires cessantes. Ce que je fis.

Vous l’avez deviné, il s’agit bien de la même histoire que mon billet – malgré le premier Hollywood ending authentiquement « quantique » de l’histoire du cinéma.

Avec Interstellar débute le travail de deuil de notre espèce à propos d’elle-même.

À propos, avant que je ne vous quitte, la publication en allemand de La survie de l’espèce, de Jorion & Maklès, Das Überleben der Spezies (Egmont), c’est aujourd’hui.

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209 réflexions sur « LA QUESTION DU SOLITON EST DEVENUE INDÉCOMPOSABLE »

  1. Travailler c’est nourrir les larves, (genre les fourmis qui nourrissent leur larve Reine), je ne suis pas une fourmi, l’univers ne m’a pas crée pour ce faire.
    Un coup pied dans la fourmilière me semble plus adapté à la situation. Quant aux robots, tant qu’il de l’énergie, tout va bien, mais après?

  2. Bonsoir,
    je pense que l’image du soliton est appropriée puisque l’on ne connait pas sa dimension. 🙂
    Ni petit, ni grand, mais existant…A l’homme d’en juger sa perception, et peut-être que l’on pourra appréhender ses conséquences afin que nous puissions tous surfer sur son mouvement !
    Cdlt

  3. Que nos élites trouvent une planète et s’en aillent vite!!! Ils auront une fière allure, ces colons de l’univers! Ils créent de la richesse, dit-on, mais ils transforment tout ce qu’ils touchent en plomb. Qu’ils montent dans leur vaisseau spatial et dégagent de notre pauvre planète à bout de ressources.

    1. Je peux vous garantir que sur notre ‘bonne vielle terre’ éreinté de nous, il y a plein de bébés élites attendants sagement leurs tour… et que dans les esclaves d’aujourd’hui il peut y avoir les colons de demain…
      enfin! c’est pour ça que nous sommes là.

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