Allons nous accepter sans mot dire la privatisation de la solidarité ? par Jean-Paul Vignal

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Les récentes ordonnances portant reforme du droit du travail ont confirmé que, comme il l’est de plus en plus dans la plupart des pays du monde, le coût du travail est désormais variable en France. Cette dérive de la protection sociale n’est pas nouvelle ; elle s’inscrit dans la tendance lourde vers  l’externalisation de la plupart des charges des entreprises multinationales, qui consiste à acheter « juste à temps », en tant que de besoin, des services et des composants à valeur ajoutée, plutôt que des matières premières, et permet de reporter le financement, la charge et le risque des investissements lourds sur les fournisseurs.

Rien de nouveau sous le soleil en cela : dans la plupart des filières, les entreprises qui contrôlent la relation finale avec le client la pratiquent simplement avec de plus en plus de maestria, au nom, délicate ironie, de la libre concurrence et de l’intelligence sélective de la main magique du marché. L’exemple de l’industrie automobile est bien connu, les fournisseurs étant souvent instamment priés de venir installer leurs unités de production à proximité des usines de montage, quand ce n’est pas directement sur les sites de ces unités. Celui des industries agricoles et alimentaires est peut-être plus révélateur, car plus ancien : plus on est proche de la production agricole, plus les investissements sont importants par rapport au chiffre d’affaire, et plus les aléas de production sont significatifs et peu ou difficiles et coûteux à maitriser. C’est pourtant l’agriculture qui assure seule pour la filière la responsabilité de ces risques, avec juste ce qu’il faut d’aide pour continuer à produire ce qui est indispensable au bon fonctionnement de l’aval. À l’autre bout de la chaîne, les consommateurs payent comptant le distributeur, qui lui ne paye ses fournisseurs qu’à crédit. Ce décalage de trésorerie lui permet de travailler avec un fonds de roulement négatif, qui peut financer en partie ou en totalité les investissements en magasins quand il en est propriétaire. Entre ces deux extrêmes, les transformateurs essaient de tirer leur épingle du jeu en reportant sur le monde agricole et celui de la première transformation, souvent contrôlée par des sociétés coopératives agricoles, la charge et les risques des variations de prix, de qualité, et des quantités récoltées.

Dans le cas du coût du travail, l’excellent billet de Roberto Boulant sur la réhabilitation du général Lee par la Silicon Valley  décrit avec justesse et humour le but ultime de cette externalisation. Il est simple : transformer le contrat de travail en un simple contrat de sous-traitance qui laisse la totalité des dépenses liées à ce travail à la seule charge du salarié devenu sous-traitant, et qui peut être annulé ou suspendu à tout instant sans justification, moyennant un paiement limité, qu’il est facile d’intégrer sous forme de décote dans le salaire consenti. Les moyens employés pour parvenir à cette remarquable « flexibilisation » sont simples : user et abuser du chantage à l’emploi en agitant brutalement l’arme de destruction massive des délocalisations et, plus subtilement, mais non moins fermement celle des progrès de l’automatisme et de l’intelligence artificielle. Rien ne vaut la peur de tout perdre pour réduire les ardeurs revendicatrices.

L’irresponsabilité financière de ce transfert de risques et de charges est garantie par le statut juridique des entreprises commerciales, et quand ces statuts ne l’assurent plus, elle est complétée par la possibilité de déposer le bilan, l’ultime décapant des bilans financiers, sociaux et écologiques défaillants, qui laisse l’ardoise correspondante aux frais de la collectivité qui, en prime, doit souvent remettre au pot dans ces cas là, bien sûr « pour sauver l’emploi », mais sans avoir la moindre garantie autre que celle de la fiscalité d’être rémunérée pour sa prise de risque en cas de retour à meilleure fortune. On peut résumer cet état de fait par la formule bien connue « les profits sont privés, les charges aléatoires et les pertes qui leur sont liées, publiques ».

On peut s’étonner de cette générosité de la société civile envers ses entreprises, qui leur permet d’opérer au coût marginal, en reportant sur la collectivité la prise en charge de tous leurs coûts induits qu’ils soient sociaux, environnementaux, voire financiers dans les cas extrêmes. On peut aussi au passage se demander au nom de quelle logique ces mêmes entreprises ont le toupet d’accuser la collectivité de mauvaise gestion. On devrait pourtant le faire quand on constate que ces formidables privilèges sont consentis au nom d’un postulat économique imposé par la doxa néolibérale, – l’effet ruissellement -, qui stipule, en schématisant à peine, que plus les riches sont riches, moins les pauvres sont pauvres, ou, comme l’avait jadis dit le président John Kennedy, que quand la marée monte, tout ce qui flotte monte avec elle, en oubliant que, s’il est sans effet sur les yachts,  le clapot de la marée montante peut être fatal aux coquilles de noix.

Ce n’est bien sûr pas totalement faux : il vaut mieux, « globalement », être économiquement faible aujourd’hui qu’il y a trente ans. Mais les économistes officiels, ceux qui sont nobélisables pour services rendus à l’économie de marché, se gardent bien d’essayer de le démontrer, car il serait probablement très difficile, par exemple, d’intégrer l’optimisation fiscale, sociale et environnementale, comportement asocial s’il en est, dans une telle démonstration.

Ce n’est malgré tout pas une raison suffisante pour accepter sans rien dire que l’effet ruissellement justifie que l’on nous impose des politiques outrageusement en faveur de l’offre. Il faut que les économistes qui défendent cette approche prouvent que l’effet redistribution qui la sous-tend est bien réel, et supérieur à celui des politiques publiques existantes. Ou qu’ils se taisent.

Dans l’attente, il n’est pas interdit d’explorer d’autres pistes, qui ne misent pas sur la seule marchandisation de l’activité économique pour assurer le bonheur pour tous. Celle que privilégie Paul Jorion, la gratuité, ne manque pas de mérites. Pour les esprits grincheux qui pensent que tout ce qui est gratuit ne vaut rien, il est sans doute utile de rappeler que la gratuité existe aujourd’hui, dans notre monde de plus en plus marchand, et en dehors du service public et de la charité. Elle est paradoxalement financée par la forme la plus perverse de la société de consommation, cette publicité qui veut par des moyens de plus en plus sophistiqués nous imposer d’acheter des biens et des services marchands dont nous pourrions souvent nous passer, ou dont nous pourrions disposer à moindre coût en y consacrant un peu de notre temps disponible.

La gratuité que défend Paul avec talent et conviction pourrait précisément être « financée » par notre temps disponible plutôt que par l’impôt en espèces sonnantes et trébuchantes. Les « corvées » ont à juste titre mauvaise réputation, parce qu’elles étaient imposées sans négociation, ni contrepartie véritable. Ce n’est pas une fatalité : elles pourraient très bien être redéfinies dans un cadre démocratique.  On peut comprendre que l’émergence d’une monnaie « temps » ne ferait pas l’affaire des financiers, mais l’étalon temps est sans doute le seul qui soit vraiment démocratique.

Quand on parle de raréfaction inévitable de l’emploi salarié traditionnel sous les coups du capitalisme financier apatride, c’est sans doute une piste de recherche à ne pas négliger. Tous ceux qui ont vécu l’expérience de la vie en communauté le savent, et savent qu’au delà de ses inconvénients, – qui résultent le plus souvent d’une cohabitation malcommode avec l’économie marchande, car elle est violemment combattue par le système marchand -, elle est plus porteuse de « vivre ensemble » harmonieux et paisible que la foire d’empoigne du tout marchand.

Cette démarche, ou toute autre, sera longue et difficile car le système en place est bien verrouillé sous couvert d’état de droit, de droits de l’homme, et de toutes sortes de doctrines qui mettent en théorie la priorité absolue sur la recherche personnelle du bonheur individuel, mais imposent en fait des modes de vie et de fonctionnement dits universels, mais conçus en réalité pour assurer le maximum d’avantages aux plus favorisés financièrement, comme le montre bien le respect tout relatif pour l’expression du suffrage universel quand il ne correspond pas aux attentes des élites dirigeantes.

La forme la plus sournoise de ce verrouillage est l’extension continue du domaine marchand. La privatisation du service public est déjà bien avancée, mais, surtout en France, celle du « service public de solidarité » est encore pour l’essentiel au stade de projet. L’élection « pochette surprise » d’un président inattendu, dont le premier acte politique fort est de transformer l’essentiel des salariés du privé en « journaliers » est cependant une alerte plus que sérieuse.

La charité ne devrait pas se substituer à la loi dans une société laïque et démocratique. Elle fonctionne aux États-Unis, c’est vrai, et beaucoup mieux qu’on ne le croit quand on n’y vit pas, mais elle pose un problème de fond : est-il digne de contraindre à mendier pour être secouru ? Ceux qui ne le pensent pas devraient se méfier des réformes destinées à faire entrer définitivement la France dans l’ère du capitalisme financier fier d’être global pour être plus insaisissable.

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30 réflexions sur « Allons nous accepter sans mot dire la privatisation de la solidarité ? par Jean-Paul Vignal »

  1. C’est clair !
    Perspective et point de fuite bien visibles, sans enfumage.

    Un exemple était donné dans les commentaires d’un billet précédent:
    http://www.pauljorion.com/blog/2017/08/31/monsieur-macron-sil-vous-plait/#comment-627202
    Organisation de la précarité de l’emploi, qui passe par ces étapes, planifiées:
    * salariat moins bien protégé par affaiblissement des syndicats, quand il y en a…
    * chômage, avec une solidarité réduite…
    * conversion en auto-entrepreneur, sucé jusqu’à la moelle, paiements tardifs, impayés…
    * « mieux » qu’un dépôt de bilan: faillite personnelle…

    Faillite qui ne « coûte rien », mais qui profite… aux planificateurs.

    Dans la mesure où l’on accepte cette vision moderne, futuriste.

  2. Comment faire pour que gratuité de l’indispensable ne se limite pas permettre à chacun de rester chez soi et de casser la graine « tranquille », mais que faute d’espaces institués afin de construire le bien commun, il faille, pour « un peu de rabs », continuer d’aller se subordonner à l’autorité des possédants?

      1. Bonjour 2casa

        Selon Locke, la « propriété » (en résumé) se justifiait de l’effort de défrichage, cet effort-là c’était « le mien », et pas « le tien », ne me marche pas sur les pieds, cette parcelle est à moi. Les héritiers eux se tapaient le boulot d’entretenir la parcelle « en leur nom », ce qui se comprend aisément lorsqu’on considère la facilité avec laquelle il suffit de déplacer la parcelle par le procédé de l’agriculture sur brûlis.

        La propriété primitive est donc auto-instituée dans l’imaginaire, puisque la nature n’appartient à personne. Bien évidemment, l’institution imaginaire de la propriété est naturelle à l’homme, lequel se construit d’abord en imaginant le monde dans lequel il veut vivre, et puis en le construisant concrètement.

        L’intervention de Paul sur le thème de la « gratuité » se situe à un moment tout à fait capital de l’histoire humaine de la nature humaine, car nous trouvons, en effet, face à la prise de conscience du fait que notre planète est limitée, et donc nous sommes confrontés au fait que le schéma de Locke se trouve désormais caduc, faute de place.

        La nouveauté du monde fini a été très bien comprise par les capitalistes, par exemple fin des années 80, IBM a repris de Schumacher (l’inventeur du Bancor) l’adage « Small is beautifull », alors que la gauche continue, avec une guerre de retard, de faire feu des quatre fers contre « l’hubris » et la démesure.

        Paul en proposant d’instituer la gratuité des biens essentiels suppose que l’individu et les groupes, ainsi libérés des nécessités immédiates de la survie, seront susceptibles d’imaginer un monde à venir, mais ce n’est que faire la moitié du chemin, car l’imagination, pour se nourrir et se développer, suppose des territoires sur lesquels s’exercer, et pas simplement d’aller voter après les « assemblées citoyennes ».

        Puisque le monde est clos et que la répartition des appartements haussmanniens, à Paris sur la Croisette ou à Buenos Aires, est déjà fixée et encore pour longtemps, il s’agit d’instituer un peu mieux que « chacun son garage ». Il y a tellement à faire pour créer le nouveau bien commun, mais par prédilection et sans forcer personne, je commencerais par des « guinguettes sociales », lesquelles excelleraient d’abord dans le domaine tartines de fromage blanc et radis, omelettes aux fines herbes, pain et beurre à faire pâlir Poilâne,  » stoemp » ( écrasé de pomme de terre) au poireau et lard l’hiver. Le tout en autoproduction et gratuit! bibliothèques de livres d’enfants, atelier de construction de canot et de tressage de canotier, et afin de raffiner toujours plus colorés, les corsages de nos corsaires : atelier de couture.

        Bref, instituons l’obligation faite aux maires de trouver, entre autres, les terrains en bord de Marne. Car non, Monsieur le Maire, nous n’irons pas, sous l’ordre de vos petits chefs, reciviliser les ripisylves que vous avez fait pourrir sous le béton et ses prébendes. Nous le ferons, si ça nous chante, mais pas pour vos beaux yeux.

      2. @JLM ( !):

        Je retiens comme juste le lien fait entre organisation des gratuités et organisation des territoires . Pas forcément convaincu par l’application numérique que vous en faîtes . Mais la critique est facile et la mise en œuvre sans doute plus longue et tâtonnante .

        J’ai déjà eu l’occasion de dire aussi, qu’il y a un challenge encore jamais gagné sur l’obligation d’articuler ( démocratiquement ) l’ensemble des territoires constitués sous contrainte ou volonté des gratuités ET des échanges « marchands » ET de tout un tas d’autres lignes de force qui nous agitent .

        L’art du politique est là . Par la « vision » ou par la mise en sauce des faits , ça reste ouvert .

    1. @Jean-Luce

      Merci beaucoup pour cette bonne question. Je n’ai pas de réponse claire, bien sur, mais je rumine quelques idées qui s’articulent autours de structures coopératives chargées d’organiser et de mettre en œuvre une économie circulaire qui sera seule capable d’apporter une réponse valable aux excès de la régulation de l’économie de marché par la spéculation. La « liberté » de choix des utilisateurs sera certes supprimée dans un tel modèle économique, mais, sachant ce que cette liberté de choix a d’illusoire, c’est un prix raisonnable à payer pour faire cesser aussi vite que possible le pillage et la pollution de l’économie actuelle du tout à jeter pour consommer toujours plus.

      1. La « liberté » de choix des utilisateurs sera certes supprimée dans un tel modèle économique, mais, sachant ce que cette liberté de choix a d’illusoire

        Ah ben oui mais non, même «illusoire», même avec guillemets, c’est précieux le truc, justement parce-qu’illusoire, monsieur l’illusionniste.

      2. Bonjour Jean-Paul,

        Ayant travaillé en recherche-action dans des dispositifs de formation pour public défavorisé, chômeurs, handicapés, je n’ai pas non plus de solutions clefs en main. Par contre, avec l’expérience acquise dans le sillage des dispositifs d’autoformation collective et assistée initiés par Bertrand Schwartz, (les missions locales), j’ai la conviction que ce sont les exclus eux-mêmes qui doivent s’autoformer, de façon à être en mesure d’agir afin de changer conditions sociales qui leur sont faites.

        Dans ce contexte, la proposition de la gratuité de l’indispensable m’apparaît clairement insuffisante et dangereuse parce qu’inachevée dans sa conception initiale. La gratuité, le bien commun ne doivent pas être simplement soustraits du bénéfice des propriétaires des robots, mais résulter de l’œuvre des « désemployés » eux-mêmes. C’est dans ce sens que je pense nécessaire de travailler davantage à une proposition de constitution pour l’économie qui institue (au sens de Cornélius Castoriadis) de nouveaux espaces sur lesquels le peuple pourra œuvrer – de façon autonome – au bien commun.

        Les domaines du logement, de l’alimentation, de la sécurité, de la santé, de l’éducation offrent déjà une multitude d’exemples d’espaces d’action communautaire concrets, et dont les conditions de leur multiplication peuvent et doivent être instituées au même titre que la gratuité.

    2. Bonsoir M. Morlie,

      Merci pour votre réponse. Si j’ose dire. Merci pour le rafraîchissement philosophique et pour l’extension du vocabulaire (« ripisylve » pfiou ! Et « synecdoque » – moins abscons pour un littéraire, mais bon – trois commentaires plus loin. Plus classe… c’est un suaire de chez Dior !) Voilà pour la forme.

      Sur le fond, j’ai toujours autant de mal à vous suivre, même pas loin de dix années plus tard !

      Donc l’idée c’est d’aller taper les maires pour qu’ils mettent à disposition… quoi ? Les « bords de Marne » et d’éventuelles jachères – bâties et naturelles – afin d’y monter 1/ des jardins citoyens bio-éco-autoformateur 2/ des cafés citoyens ateliers-biblio-ce qu’on voudra-et ce qu’en voudront les utilisateurs-autoformateurs.

      J’ai bon ?

      Questions :

      1/ D’où sort-on de la soumission à l’autorité et au bon vouloir des roitelets locaux ?

      2/ D’où découle l’amélioration des conditions de vie des « publics défavorisés (voir Lepage sur le terme, instructif !), chômeurs et handicapés » si tout est gratos ? Du « lien social » ? Des outils acquis ? de l’auto-production locale consommée lors de potlach citoyens ? C’est l’activité elle-même qui les sort de leur triste désoeuvrement ?

      Il me semble que répondre au « désoeuvrement » des « défavorisés » par la réponse à 1/ est en soi bien suffisant. Il me souvient d’un blog datant de cette époque 2008/2009 qui proposait déjà « un manant, un arpent » ( Graine d’insoumis, le blog, si mes souvenirs sont bons…) Sinon on ne résout rien, on revient buter sur la propriété.

      Solution : expropriation ! Exproprions les accapareurs !

      Sinon j’vois pas.

  3.  » …sans mot dire…  »
    Alors disons ! disons ! maudissons !
    Autant pisser dans un violon comme disait mon grand-père qui était violoniste , oui oui
    Cause-toujours-tu–m’intéresses est le mode de concertation de ce gouvernement .
    Ya plus qu’ la rue …

    1. Mais non, mais non …

      Précisément, le combat pour la gratuité constitue, pour 30 ans, un excellent terrain de diversion pour les luttes sociales visant et l’auto-organisation et à l’autonomisation des dominés ; c’est-à-dire de la création « d’un monde à venir » libéré des affects fossiles hérités de l’organisation hiérarchique des sociétés.

      .

  4. Privatisations, et une de plus :
    http://www.tendanceouest.com/actualite-241735-radars-routiers-la-normandie-designee-region-test-de-la-privatisation.html
    Que restera t-il à terme du rôle de l’État ? La protection des intérêts des grosses firmes nationales et transnationales, la croissance du chiffre d’affaire du ‘privé’ ?
    Pour tenter de contrer les pertes d’emploi, pourquoi ne pas inclure dans les appels d’offres de l’État, une mesure inspirée de la Commune de Paris (1871) : accorder le marché, non seulement à l’entreprise ‘la mieux disant’ mais celle qui dans le même temps emploie le plus de salariés, donc celle qui acquitte le plus de cotisations sociales ?

    1. « accorder le marché, non seulement à l’entreprise ‘la mieux disant’ mais celle qui dans le même temps emploie le plus de salariés »
      Yep, on pourrait commencer par les travaux publics et interdire par exemple les outils d’excavation motorisés. Au maximum des pelles et pioches de chantier, primes bienvenues pour ceux qui se limitent héroïquement à la cuillère à café et à la fourchette à huîtres.

      1. @Vigneron,

        Il serait dommage, ne croyez-vous pas, sous prétexte que l’hôpital est passé des mains grands patrons au clavier des gestionnaires financiers, de ne pas favoriser, par une préférence financière, la détende de la charge de travail des infirmières qui font les prises de sang aux enfants ?

        Comme vous le savez, les gestionnaires choisissent de mettre en place des robots qui font le clown afin de distraire les bambins de la douleur de la piqûre, et ainsi, permettre que les infirmières puissent y aller « plus productivement » tout en gardant la conscience tranquille, plutôt que de disposer du temps de toujours acquérir plus d’expérience, de savoir-faire à manier l’aiguille avec douceur, laquelle est d’ailleurs aujourd’hui d’une finesse remarquable comparativement à celles que nous avons connues lors de notre incorporation.

      2. @Jean Luce Morlie :

        Il n’en reste pas moins que je ne connais pas une seule entreprise de TP privée ou publique qui pourrait se monter sur le schéma de l’emploi humain maximum .

        D’autant que les petits français ne se bousculent pas au portillon pour des emplois dans les TP qui ne sont pas aussi mal payés qu’on veut le dire ….tant que les conventions collectives sont respectées .

      3. @vigneron
        Vous auriez pu ajouter ‘super prime pour ceux qui travaillerons au grattoir de sculpteur et à la pince brucelle’
        J’adore votre humour sarcastique, car après tout : «  Des études ont montré que l’exposition aux sarcasmes améliore la résolution créative aux problèmes. »

  5. @juan,

    Vigneron utilisait une forme de synecdoque qui lui permettait de « suivre » l’argument de JP Vignal. Pour une fois, il me semblait nécessaire de l’inviter à nous aider à penser, de façon éqilibrée, les formes de transition vers la gratuité, laquelle, pour le meilleur et pour le pire, arrivera; mais déjà, ça s’annonce pour le pire (lol).

    §

    Mais oui, dans le domaine des TP il y a des formes possibles « d’économie positive et solidaire sincère », notamment dans le « recyclage fin » des matériaux de démolition, l’entretien des paysages .

    1. Le recyclage des matériaux de démolitions ou des déchets industriels dans la construction , j’ai pu participer à ça dès les années 80 , mais qu’appelez vous recyclage  » fin » ?

      L’entretien des paysages , j’ai connu aussi dès 1980 aussi , avec l’encadrement d’une dizaine de garçons et filles ( des travaux d’intérêt général de trois mois de durée ). Mouais …

      1. « Mouais … »

        Est-ce dire que le déficit démocratique interne aux pratiques « d’économie sociales et solidaire » est remarquable, mais il est interdit d’en parler

      2. On se passera sans mal des cuillères excavatrices Christofle.
        Ce dont je suis sûr c’est que, ne resterait-il plus un emploi humain dans la production de biens et les services aux entreprises, l’on manquerait encore d’êtres humains pour se charger de satisfaire les inépuisables besoins humains en éducation, en soins, en accompagnement, en divertissement, en culture, bref en care, sans compter la part d’humanité qui devra nécessairement être dédiée à la préservation d’une biosphère et d’écosystèmes en dynamiques viables.
        Le boulot je sais pas trop le définir, mais je suis certain d’une chose, c’est jamais ce qui manque, jamais.

  6. @ Jean-Luce

    Merci beaucoup pour tes commentaires, Jean-Luce. Je suis bien d’accord que le renouveau ne peut venir que « d’en bas » et par auto organisation. On le constate aux Etats-Unis, où la plupart des initiatives nouvelles et prometteuses sont portées par des exclus ou des « écœurés » qui refusent collectivement de se résigner à être des « sans dents ». Il y a cependant une limite à leur action : dès qu’un concept fonctionne, il est rapidement récupéré par le système et dévoyé. Je ne vois pas d’autre façon d’éviter ces risques de récupération que de proposer des alternatives capables de fournir en interne à leurs participants une bonne qualité de service hors des circuits marchands, tout en restant compatibles avec ces circuits en externe. L’économie circulaire me semble être la réponse disponible la plus adaptée, pour le moment.

  7. @Jean-Paul

    (Pour suivre ta réflexion, je n’aborde pas la compatibilité externe, et prolonge la réflexion sur l’interne. Mais déjà, il me semble possible d’envisager que la réciprocité de « l’externe » serait compensée par un don au bien commun – de biens matériels privés. Je n’envisage pas non plus la dimension circulaire, elle est bien entendu essentielle, peut être y reviendrons nous de façon à l’incorporer dans « un retour progressif de la matière au bien commun », il y a quelque chose trouver à ce sujet, il me semble.)

    §§

    Quelles seraient les conditions pour que les processus de solidarités mis en place bénévolement par la base puissent résister à leur assimilation aux secteurs lucratifs dominants ? Comment l’autoinstitution de gratuité par les dominés pourrait-elle ne pas être marchandisée par les dominants ?

    Un second risque vient du manque de démocratie interne aux initiatives solidaires, le mécanisme est souvent identique : un personnage charismatique et une équipe de gestionnaires lesquels ensuite s’emparent des positions de pouvoir (plus rémunératrices) et se font rituellement avaliser à chaque assemblée générale, en raison du fait que ce sont eux seuls qui seraient à même de trouver les solutions à la précarité financière de leur institution ensuite gestionnaire.

    La gratuité, telle que proposée par Paul, permettrait déjà de résoudre l’essentiel du point deux, les dirigeant de l’entreprise sociale comme tout le monde, n’y seraient pas rémunéré. Une condition essentielle de la philia désintéressée serait remplie.
    Par contre l’assimilation ou l’écrasement par la concurrence d’entreprises dominantes n’est en rien réglé. Personnellement, je réfléchis en terme de transition pas en tout ou rien, et selon deux axes :

    – sur le fait que la suppression de l’abusus (l’impossibilité de céder et l’obligation de ne pas détruire ) pourrait déjà être un facteur secteur de pérennité du secteur gratuit autoproduit.

    – sur le fait que les bases matérielles et juridiques des entreprises de bien commun construites à partir du gratuit restent à jamais au domaine du bien commun.

    Ces deux points devraient trouver trois traductions institutionnelles :

    – Par un nouveau genre de propriété irréversiblement dévolue au bien commun et à la gratuité (terres, bâtis, outils (brevets seulement utilisables dans la gratuité )

    – Par une modification de l’abusus qui soit spécifique au gratuit.

    – Par un principe de progessivité, parant du fait que « l’économie . de la gratuité » repose sur la propriété du bien commun; la puissance publique est tenue de remettre au bien commun, les terres, les immeubles, les outils, nécessaires à l’œuvre commune au fur et à mesure du développement du gratuit.

    Amitiés
    Jean-Luce

  8. Merci beaucoup, Jean-Luce. Dès que l’on parle de limiter techniquement l’emprise envahissante du secteur marchand modèle revu et aggravé néolibéralisme spéculatif, il me semble que l’on revient toujours au bon vieux principe du developpement durable : penser global mais agir local, ou dit autrement, partager le savoir et les expériences, mais les appliquer localement de façon aussi autonomes que possible. On ne peut en effet contrer les multinationales efficacement que sur leur terrain, en présentant un front commun globalement pour sortir le plus rapidement possible du tout marchand, grâce à différents moyens, dont la gratuite et le don, mais aussi le bon vieux troc de produits et de services dont des techniques comme la blockchain peuvent révolutionner l’usage.

    L’agriculture est un bon exemple. Les paysans n’ont plus guère de choix pour vivre de leur travail que l’extrême industrialisation organisée et dominée par les multinationales de l’agro-alimentaire et de l’agrofourniture, ou le retour aux pratiques plus autonomes, économes et solidaires de leurs anciens, dont on aurait tort de croire qu’elles étaient archaïques : elles etaient la résultante de pratiques millénaires. Elles peuvent etre renforcées par les connaissances modernes mise en réseau et facilement accessibles. On commence à le faire pour la gestion du carbone des sols : les résultats sont souvent excellents, et permettent de sortir de l’utilisation massive des engrais, des pesticides et de l’irrigation. De meme, on pourrait revenir à des modes plus autonomes en énergie. Traditionnellement l’energie nécessaire à la traction animale etait produite à la ferme. On pourrait concevoir un retour à cette autonomie en transformant en energie une partie de la biomasse produite sur la ferme. Dans ce domaine, la production de biogaz peut permettre d’ajouter à chaque exploitation une production en continu, sous serre, de légumes et de certains fruits. Comme disent les sceptiques, yapluka 

    1. Si t’utilises la biomasse produite pour la cramer alors elle est perdue pour le sol et comme c’est là qu’elle manque le plus, surtout en bio…
      C’est plus le double de surface agricole qui va te falloir pour la même production durable qu’en conventionnel, mais le quadruple…

      1. @Vigneron

        Comment prendre le problème : 2, 5% des travailleurs actifs, gèrent comme agriculteurs, 60% du territoire français. Ce rapport pose, vous le comprenez bien, un problème de démocratie.

        Votre surdité vis-à-vis de la « permaculture » est vraiment décourageante ; de la part d’un céréalier « 3M », cela se comprendrait bien entendu. Par contre, venant esprit informé et éclairé comme le vôtre, cela pose un problème de société ( je suis sérieux). N’argumentez pas contre la « permaculture » par toute sorte de faux fuyants, vous vous décrédibiliseriez, par contre, aidez-nous à repenser positivement l’organisation sociale de l’agriculture et de l’alimentation en général.

        PS .Mes chiffres sont donnés au Caterpillar de Cugnot

      2. Juste deux points de détail techniques à propos de la conversion de la biomasse en énergie :

        – la biomasse résiduelle après méthanisation peut être utilisée comme amendement, directement, ou après compostage avec d’autres déchets de biomasse,

        – la pyrolyse de la biomasse produit outre du gaz et de la biohuile, un résidu carboné, le biochar, qui semble être un amendement remarquable pour la régénération des sols

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