Le citoyen et le bourgeois

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand on me demande de parler quelque part et que celui qui m’invite n’a pas une idée très claire de ce qu’il veut m’entendre dire, il me suggère de proposer moi-même le sujet. Je dis alors – de manière très dadaïste – la première chose qui me passe par la tête (vous le savez, je suis un très grand admirateur de la psychanalyse : je me demande même si ce n’est pas la seule science authentique – je dis ça très sérieusement) et l’autre jour, je réponds à celui qui me presse : « Je vous parlerai de 1788 ! »

Bien sûr je n’avais qu’une idée très vague de ce qui s’est passé en 1788. Mais depuis, je me renseigne activement. Alors voici sur quoi je vous demande de réfléchir avec moi : sur la vertu. Ici aussi je suis sérieux : il s’agit d’un passage des Leçons sur la philosophie de l’histoire de Hegel où il parle de la Révolution française. On est à un tournant. La question est celle-ci : on veut tout changer (en mieux) mais on est confronté au fait qu’il existe une très grande variété parmi les tempéraments, les opinions. Quand on change les choses, les opinions sur ce qui serait une amélioration ne sont pas unanimes. Quand on en appelle à la Raison, tous ne viennent pas avec la même réponse. Chacun peut même se voir partagé par le milieu : la propriété et la moralité ne sont pas nécessairement compatibles (pensez à Goldman Sachs cette semaine !). Ou, comme le dit éloquemment Hegel ailleurs : le citoyen et le bourgeois qui se logent en nous ne parlent pas d’une seule voix !

Allez : à vos plumes !

Alors règnent les principes abstraits – de la liberté, et comme elle se trouve dans la volonté subjective – de la vertu. Cette vertu doit régner maintenant contre le grand nombre de ceux que leur perversité, leurs anciens intérêts ou même les excès de la liberté et des passions rendent infidèles à la vertu. Ici la vertu est un principe simple, distinguant seulement ceux qui sont dans les sentiments convenables et ceux qui ne les ont pas.

Ainsi la suspicion règne ; mais la vertu, dès qu’elle devient suspecte, est déjà condamnée. La suspicion acquit une formidable puissance et conduisit à l’échafaud le monarque dont la volonté subjective était précisément la conscience religieuse catholique. Robespierre posa le principe de la vertu comme objet suprême et l’on peut dire que cet homme prit la vertu au sérieux. Maintenant donc la vertu et la terreur dominent ; en effet la vertu subjective qui ne règne que d’après le sentiment, amène avec elle la plus terrible tyrannie.

Hegel, G. W. F. [1837] Leçons sur la philosophie de l’histoire, trad. J. Gibelin, Paris : Vrin, 1987, page 342

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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177 réflexions sur « Le citoyen et le bourgeois »

  1. Entre 1788 et 1798 la France va se distinguer des nations européennes en inventant la gouvernance moderne, ou « de la nécessité de se préoccuper de l’opinion de ses administrés ». C’est à partir de 1798 que les dictionnaires de l’académie mentionnent le terme « opinion publique » avant cette date les dictionnaires traitent de l’opinion comme d’une connaissance douteuse. Entre 1788 et 1798, le bourgeois va s’enquérir de l’opinion des citoyens, c’est même l’une des innovations du siècle des lumières quand il s’agit de gouvernance. Il faut rappeler la frénésie d’enquêtes publiques que cette fin de siècle révolutionnaire a engendrée dès 1788 quand les finances de l’Etat étaient déjà moribondes. De la réunion du tiers-états en passant par la délégation d’administrateurs provinciaux qui vont inaugurer des enquêtes pendant une dizaine d’années, la révolution a besoin de l’opinion des citoyens pour légitimer puis clamer ses vertus.

    S’il est un fait établit dans une démocratie moderne, c’est celui du troisième pouvoir qui organise l’opinion publique. Les médias complices par nécessité légitiment le système économique en place parce qu’il semble « scientifique ». Ainsi, les puissants déclament leurs vertus et les médias célèbrent l’opinion. On trouvera toujours dans le panel représentatif de l’opinion un quidam en phase avec les vertus déclarées par les puissants.

    S’il est un fait établit par la grande crise c’est l’incapacité des médias dans leur grande majorité à avoir compris la crise, il est alors important de souligner que notre « 1788 » est avant tout une bataille de l’information. Soit nous nous informons dans les médias thuriféraires des conservateurs en place, soit nous allons chercher les mauvaises nouvelles sur l’état de pourrissement de notre civilisation chez les insiders qui n’ont pas besoin de carte de presse pour dire la vérité.

    En fait notre période va peut-être marquer non une ressemblance avec 1788 mais une franche coupure avec cette croyance que l’opinion publique puisse faire la démocratie, surtout quand l’opinion représente le pourcentage de croyants dans un système économique qui ne peut que s’écrouler sur lui-même.

  2. Paul, Bel examen de conscience que vous nous posez là.
    D’abord, dès l’abord,
    « il me suggère de proposer moi-même le sujet. »
    Tiens cela me rappelle quelque chose.
    Au début de l’année, au moment des reviews, on posait la question à chacun d’entre nous de ce qu’il voudrait faire l’année suivante.
    Quels étaient les objectifs? Toujours, je me suis demandé si ce n’était pas une bonne rigolade. Est-ce que c’était nous qui devions fixer les objectifs pour nous donner l’impression d’avoir un pouvoir sur la stratégie de la maison. Une boule de cristal était nécessaire. Rester dans la politique de la maison ou faire preuve d’originalité?
    Est-ce qu’ils étaient vraiment en manque d’idées?
    Le journaliste qui vous invite et n’a pas un canevas de questions, il vaut mieux qu’il change de métier. Manque d’idées et perte de temps pour l’interlocuteur.
    Ça c’est pour le premier point.

    1. Paul,

      J’aime aussi la psychanalyse.

      2ème point.
      1788. Un an avant les événements qui changèrent la France.
      La vertu.
      Un petit tour sur wiki « Le mot vertu vient du mot latin virtus, lui-même dérivé du mot vir, d’où nous viennent les mots « viril » et « virilité ». Tandis que vir sert à nommer l’individu humain de sexe masculin, virtus désigne la force virile et, par extension, la valeur, la discipline opposée au courage, synonyme quant à lui d’impulsivité, « défaut » considéré comme essentiellement barbare »

      Cela commence mal, donc. Je continue.
      « Volonté, acquis par répétition des actes et qui habilite l’homme à agir bien »

      Pas plus clair.

      Alors, il faut changer, car changer c’est évoluer, cela donne bon chic et bon genre. (cf mon commentaire précédent).
      Pour changer, il faut avoir un plan et un but.
      Y en avait-il un?
      Je n’ai pas l’impression. Il y a eu des meneurs et des menés. La vie n’avait pas la même valeur qu’aujourd’hui, donc, il fallait éradiquer le passé. Alors, les jugements ont probalement été de plus en plus en rapide. On a assassiné ceux qui auraient pu mener vers de meilleurs futurs. La propriété et la moralité ne sont absolument pas compris par leurs définitions. On a une vague idée et on s’en satisfait avec une extrapolation personnelle.
      Des mots comme capitalisme, libéralisme sont confondu.
      Les Robespierre, les « manu pulite » en Italie, le politiquement correct ont toujours trouvé leur répondant et sont passés à la trappe comme le reste.
      Jeter le bébé avec l’eau du bain, comme on dit innocemment avec l’expression consacrée.

      Stop ou encore?

  3. @Pierre-Yves D.

    Je viens de voir que vous aviez répondu à mon billet un peu succinct. je ne sais pas si vous repasserez sur ce fil-ci, mais j’aimerais m’expliquer sur ce point qui me paraît important.

    Vous notez en réponse « Il n’y a donc pas à choisir entre la vertu de l’Islande et la protection de nos comptes en banque. Il nous faut et l’Islande et des revenus décents pour tous. » C’est une réponse très raisonnable, mais qui me laisse sur ma faim.

    Revenons à Hegel, cité par PJ, qui parle du « Bourgeois » en chacun de nous (on pourra supposer qu’il fait référence à celui « qui tient les comptes » (donc à nous tous, pour une part de nous-mêmes) et non pas au « Bourgeois » tel qu’il apparaît plus tard chez Marx, membre d’une classe sociale spécifique).

    Hegel est ici opérant car il dit que le citoyen, prêt à soutenir les Grecs dans leur juste lutte pour la répudiation de la dette, n’aura peut-être pas la même voix que le Bourgeois, s’apercevant brusquement du fil rouge (pour reprendre la figure jorionesque), caché jusqu’ici, qui va lier la banque Grecque à une homologue Française, et cette homologue à son propre compte.

    « Nous n’avons à perdre que nos chaînes » a changé de sens : ce que nous avons à perdre, ce sont justement nos chaînes, nos liens. Et parmi ceux-ci, le lien bancaire est devenu le plus important de tous, celui, qui tel un cordon ombilical (c’est donc bien un fil rouge), nous relie au monde de l’économie. Que le flux vienne à manquer, ou menace de le faire, et tout s’écroule : la banque est notre mère. Hegel nous dit donc, que dans certaines situations, nous devons choisir entre la justice et notre mère. Camus, à qui la question était posée (certes dans un autre contexte), a hasardé une réponse, et ne s’en est jamais vraiment remis. Il semble donc que cette question fondamentale, pour la santé mentale de tous, ne doive jamais vraiment être abordée de front. Très vite doivent s’établir des diversions…

    1. François le Sombre,

      Je suis comme tout un chacun, ou presque, un individu clivé, qui n’aimerait pas voir son compte en banque asséché du jour au lendemain suite à une crise systémique qui serait fatale.
      Bien d’accord donc avec le constat de Hégel, il y a un bourgeois qui sommeille en chacun de nous. Mais la situation ne nous invite-t-elle pas justement à dépasser cette situation ? A surmonter nos peurs, même si c’est difficile. Et surtout à surmonter une impasse politique qui consiste beaucoup dans un blocage intellectuel.

      En citant l’Islande, je voulais surtout pointer du doigt un refus citoyen devant l’a-moralité, l’immoralité, du système financier. Comme vous, je ne pense pas qu’il faille répudier la dette totalement ou partiellement sans en mesurer les conséquences sociales, c’est bien pourquoi j’y associais l’exigence de justice sociale, ce qui ne pourra passer que par une sérieuse recomposition du système. Cette recomposition ne pourra pas faire l’économie d’une nouvelle répartition des richesses produites car la crise est avant tout une crise de solvabilité qui représente un risque systémique. Raisonner simplement en termes de compétitivité dans un contexte où toutes les économises sont interconnectées, n’est plus tenable. C’est finalement une chance, car l’idéologie de la compétitivité broie les humains et les sociétés humaines.

  4. @ Francois le sombre

    Excusez moi d’être pragmatique, mais cette banque-mère n’est-ce pas simplement le prix à payer à la désindustrialisation ?

    Notre « bonne » autarcie, celle de notre savoir-faire, est dissipée dans une montagne de pseudo management de projet, nous ne faisons plus grand chose de nos mains (ah Richard Sennett …), nous consommons et spéculons.
    La crise du volcan islandais a bien montré que s’il fallait refaire une opération du type « Taxis de la Marne » (sept 1914), on ne bougerait vraiment pas beaucoup. On n’a pas entendu que Toulous ou bordeaux étaient assaillies de queues d’avions quand tout était bloqué au Nord, on n’a simplement pas su transférer du personnel car leur savoir-faire est fragmenté et dépendant de moyens techniques spécifiques éclatés, donc si on n’a pas tout on ne fait rien (… elle me fait penser à Dutronc. cette fin de phrase).

    C’est cette faiblesse du démiurge, de l’artisan en nous qui nous rend dépendant des richesses financières y compris dans leur apparence immobilière (le prix actuel du m2 est fort éloigné du prix de la construction, cf avant 2000).
    On est moins à cheval sur ses dettes si on sait se projeter dans l’élaboration de richesses concrètes. Le savons nous vraiment encore ?

  5. J’ai vu (par erreur !) un film sur la torture, moral et physique, sujet rarement abordé, et pourtant sujet ancestral et peut-être important si on y joint l’idée de sacrifice, voire le Christ, Abraham, Iphigénie… Ce film est « the girl next door »

    Remarquons d’emblée que « passion », le mot passion vient de pathos, souffrance.

    Le geste sacrificiel serait-il lié à la nature humaine (qu’en pense l’anthropologie ?) , et ainsi la nature humaine n’est pas celle qu’on croit, et n’est pas non plus simplement vertueuse ou sadique, sadique à la façon de la répression politique moderne, « utilitaire ». Il y a peut-être un sadisme non pas froid mais chaud. La douleur est un maximum, un infini, et l’infini attire…

    L’offrande sacrificielle… une sorte de mythologie obscure remontant à la nuit des temps ? La vertu serait d’abandonner le geste fou, et/ou « sacré », de sacrifier ce qu’on aime, de le consacrer ? Une sorte de rituel inscrit dans la mémoire de l’homme ?

    Le désenchantement du monde serait aussi de renoncer à son côté obscure, la désinfernalisation du monde. Il y a peut-être une attirance paradoxale pour le mal et la souffrance dans une économie du genre perdre pour gagner, doublée de mysticisme, de peur du vide, d’apologie de la douleur ? On ne réfléchit pas sur la douleur, au sens existentiel.

    L’humanité n’apparait peut-être que lorsqu’elle s’évanouit, – comme Albertine pour Proust… Puisqu’on ne désir que ce qui manque, il faut manquer d’humanité pour la désirer, et donc il faut être foncièrement inhumain pour pouvoir l’aimer … ! Savoir ce qu’est la vertu est savoir son opposé. Définition négative plutôt que positive, car il est toujours plus facile de dire ce qu’une chose n’est pas, que ce qu’elle est…

  6. J’arrive apres la bataille mais bon…..la psyche analyse …..l analyse de l esprit…..Esprit?Il est caché où?C est de la matière?C est autre chose?Quelque chose d immateriel mais qui se compartimente?Qui bouge?QU on refoule,qui guide notre corp et nos actions mais qui est à coté,dedans?Le conscient,le preconscient ,l inconscient à non on change c est le moi,le ca ,le surmoi……….Si c est de la matiere ,ca peut se modifier donc le moi evolue?ou immuable? Il a une realité?Si oui c est donc de la matiere,non?Si ce n est pas de la matiere ?Il n existerait pas?Donc on etudie quelque chose qui n exite pas?Est ce de la science dans ce cas?
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Moi

    Honnetement blague à part on peut remarquer qu il ne sont meme pas d accord entre eux sur l un de leur concept de base…Manque d operationnalisation , c est pas serieux ,c est juste de la literrature tout ca!ou de la religion 😉

    1. Skinner,

      il faut sortir du dualisme de la matière et de l’esprit.
      L’esprit dans le cas de la psychanalyse cela signifie qu’un sujet a la capacité – à l’aide du thérapeute – de
      modifier, en les dénouant dans la mémoire, les troubles affectifs. Vous conviendrez que c’est tout autre chose que l’intervention du chirurgien sur le cerveau, et pourtant on obtient des résultats dans les deux cas, même s’ils ne sont pas identiques et ne visent pas forcément les mêmes symptômes.

      Dans tout les cas on travaille bien dans un milieu matériel, mais ce qui diffère c’est à la fois la façon de considérer cette matière et d’y accéder. Pour être clair, pour Freud, la psyché ce n’est pas une âme indépendante du corps biologique. Dans un récent débat télévisé, Boris Cyrulnic, lui-même psychanalyste, en plus d’être éthologue, a même évoqué l’imagerie cérébrale, approche qui ne considère pas antinomique de l’approche psychanalytique, si elle peut la confirmer. Des expériences si je me souviens bien ont déjà été tentées en ce sens.

      « Sciences de l’esprit » est une notion qui peut sembler désuète mais qui en réalité garde sa pertinence dès lors que l’on considère qu’elle indique que le sujet est capable d’agir sur son propre cerveau. Lorsque nous pensons nous agissons bien sur notre propre cerveau, non ? La psychanalyse en tire toutes les conséquences en affirmant qu’il est possible d’accéder à notre mémoire sans manipuler mécaniquement notre substrat biologique. Seulement en mettant en place un dispositif qui n’est pas manipulatoire au sens technicien, mais qui est opérant, parce que notre cerveau et son développement est inséparable des rapports affectifs que nous avons avec nos semblables. Or ces rapports affectifs passent par le langage, ce sur quoi travaillent justement analysé et analyste.

      Avez-vous vu à la télévision ce reportage où il était question d’un yogi indien qui n’avais pas bu et mangé pendant de nombreuses années ? Evidemment cela laisse incrédule, mais pourquoi devrions-nous a priori écarter la possibilité d’un tel phénomène. Peut-être est-ce encore une fois une manière particulière qu’ont trouvé les yogi d’appréender la matière. Les pouvoirs de l’esprit sont peut-être plus grands que ne nous le pensons.

      Pourquoi aussi reprocher à la psychanalyse l’évolution de ses concepts ? N’en est-il pas de même en physique ? L’évolution des concepts n’implique nullement que la réalité que l’on appréhende n’existe pas.

    2. Pierre Yves : »memoire » idem meme problème,vous parlez de la memoire comme si il y avait un support physique a celle -ci.Pensez y ,y a t il un support materiel a ce que l on appel la memoire. La memoire est un comportement ,une interraction entre le biologique et l environnement.Il n y a pas de disque dure chez l homme .C est tellement rentrer dans le sens commun que l on croit que ce concept à une existence materiel,on observe simplement des modifications neuronales dans le cerveau ,une adaptation du biologique aux stimuli environnementaux,aux contingences environnementales. »Reprocher l evolution des concept » :le paradigme de départ est biaisé ,aucun sens à esperer trouver une verité dans la continuité de ce cadre dualiste esprit -corp

    3. Skinner

      Dites-moi comment vous faites pour observer quelque chose qui ne serait pas matériel ?
      Et les interactions avec l’environnement pourquoi ne se produiraient-ils pas dans un milieu matériel ?

      Je crois que notre malentendu vient du fait que vous associer à la matière une conception étroite de celle-ci, conception qui n’est pas mienne.
      Ce qu’est ultimement la matière je n’en sais rien. Vous avez sans doute lu comme moi les quelques billets consacrés par Paul à l’explication scientifique. Où il fut par exemple question d’éther.

      Un détour par la pensée chinoise, non dualiste, peut permettre aussi d’appréhender la matière de façon non atomiste. Pour les chinois l’esprit n’est qu’une concrétion particulière de la matière, ce qui suppose que la matière peut connaître des états multiples.

      Prenons maintenant l’option inverse qui est de dire que les phénomènes psychiques sont immatériels.
      On en revient au même point, il faut présupposer une réalité cohérente des phénomènes divers de la nature, et de la culture, et de la culture dans la nature. Le phénotype a sa logique propre, et même a la capacité de s’auto-organiser, mais il reste lié au génotype, tout en surpassant les capacités de ce dernier.

      AInsi aussi bien dans l’option matérialiste que dans l’option spiritualiste il faut donc présupposer l’existence d’un substrat unique. Sauf à considérer que certains phénomènes relèvent de principes irrationnels, mais on retombe alors dans l’hypothèse dualiste, et dans ce cas, en effet, nous nous voyons interdits de dire qu’il s’agit de science. La théologie pourrait être considéré comme la science du divin mais elle elle n’explique pas les phénomènes divers, ce qui la disqualifie au titre de science de l’esprit. Ou alors il faut retenir l’hypothèse spinoziste mais dans ce cas nature et Dieu sont une seule et même chose.

      La matière, pour la conception que j’en ai, est quelque chose que l’on peut appréhender mais dont il est difficile sinon impossible d’atteindre la réalité ultime. La matière, selon les écoles est quelque chose qui peut recouvrir des réalités fort différentes, même si à la base on cherche à appréhender les mêmes phénomènes.

      Bref, on peut être matérialiste sans pour autant être réductionniste. Inversement on peut très bien être spiritualiste et réductionniste. Tous les cas de figures existent.

      Pour ce qui est de la mémoire, je n’ai pas présupposé un fonctionnement particulier de celle-ci. J’ai seulement affirmé que l’on peut y accéder via un travail sur le langage. Loin de moi l’idée de proposer une définition de la mémoire sur le modèle de l’informatique. Ceci dit il ne me paraît pas douteux que la mémoire ait un substrat biologique, ou à la rigueur qu’elle s’enracine dans ce substrat sans s’y réduire, car comme je l’ai dit plus haut, la matière peut prendre de nombreux états, dont certains nous sont peut-être encore inconnus.

  7. La vertu, ce serait peut-être se contenter de peu, s’oublier un peu, et être sage. C’est remettre au goût du jour certains mots comme, oui, sens du sacrifice, comme abnégation, désintéressement, dévouement.

    1. http://passouline.blog.lemonde.fr/2005/10/23/2005_10_eclats_de_lectu_1/

      Kafka :

      « Ein Buch muß die Axt sein für das gefrorene Meer in uns »

      Un livre doit être la hache pour la banquise en nous…

      Cf. Pélléas et Mélisande : Nous avons brisé la glace avec des fers rougis.

      ==================================

      hors sujet :

      Emission très intéressante en ce moment sur Fr Cult :

      http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/bien_commun/

      http://www.aidh.org/Biblio/Text_fondat/OIT_01.htm

      Déclaration de Philadelphie

      Organisation internationale du travail, 10 mai 1944

      le travail n’est pas une marchandise,
      la liberté d’expression et d’association est une condition indispensable d’un progrès continu,
      la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous,
      tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales.

  8. … silence et absence totale d’éthique, d’esprit vertueux. Une soumission au credo de la rentabilité, l’unique valeur : le nouveau féodalisme.

  9. Chez Robbespierre, il y a un lien très fort et inaltérable entre la notion de la « vertu » et celle de la pureté. Il en parle assez souvent, de la pureté dans ses discours tenus pendant la révolution (j’ai pris le temps de les lire pratiquement tous). La pureté devient chez lui une légitimation pour persécuter et pour faire assassiner les impurs, car la vertu révolutionnaire se place au-dessus de tout et n’obéit à aucune instance, sauf au sens même de la révolution. Paré de cette légitimation, on n’éprouvait aucun sentiment de culpabilité pour remplir les charettes à volonté, l’adversaire était partout, on arrêtait des gens subconnés même en pleine nuit, on les accusant de bagatelles ou de loufoqueries. Il convient donc d’abord définir ce que l’on entend par « vertu ». Il faut se méfier des termes tels que « liberté », « morale », « vertu » et cétera. Ce sont des termes qui se prêtent à des interprétation le plus tendancieuses.
    Le nazisme, ainsi que le communisme se sont décrits comme mouvements bienveillants qui ne voulaient que le salut du peuple.

    1. Il faut dépasser ce genre de schématisations caricaturales : la Terreur, c’est quand culmine, sur une période de plusieurs années, les guerres extérieure et civile, dans un cadre de rivalité entre forces bourgeoises et populaires.

      La référence à la vertu, c’est un renvoi aux luttes contre la tyrannie dans la Rome antique, comme celle à Brutus ou aux Gracques, etc.

    2. Effectivement Paul, une guerre civile, c’est souvent pire qu’une guerre « normale ».

      En fait, à entendre Germanicus, on croirait presque que seuls des royalistes ont été tués durant la révolution. Dans le même ordre d’idées, dans l’imagerie habituelle, seuls des républicains ont été fusillés et jetés dans des fosses communes durant la guerre civile espagnole de 36. Bon, évidemment, le vainqueur en tue toujours plus, ça c’est vrai. 🙂 (sorry pour l’humour noir)

      Et je ne comprends pas la référence au nazisme ou au communisme. Pourquoi ne parle-t-on jamais de nazisme lorsque Thiers fait fusiller 25000 communards en une semaine (sans compter les déportés) au nom de la vertu bourgeoise? Seuls le nazisme et le communisme se sont décrits comme mouvements bienveillants? La « démocratie » (notre régime, qui se qualifie lui-même de démocratique) elle-même n’a-t-elle pas quelques massacres à son actif? Et je ne parle pas du passé mais du présent, ce qui n’offusque que bien peu de monde (ceux qui crèvent sous les bombes « émancipatrices » sont des bougnoules, il est vrai).
      J’ose croire, Germanicus, que vous faites par pure logique le même rapprochement entre nazisme et notre régime « démocratique », n’est-ce pas? (« Il faut se méfier des termes tels que « liberté », « morale », « vertu » et cétera »)

    3. @ Paul Jorion,

      Je trouve une ambiguïté dans votre intervention. Je voudrais être sûr de vous avoir bien compris. Lorsque vous placez le signe  » :  » après « ce genre de schématisations caricaturales », je lis que les schématisations sont celles que vous énoncez après. Est-ce ainsi qu’il faut vous lire? Je n’en suis pas sûr.

      —————

      @ Germanicus,

      Je révise grâce à vous, et à mon encyclopédie, l’histoire de la Rome antique. Fameux personnage que ce Germanicus! Nous sommes en plein dans le sujet de votre commentaire. Père de Caligula et grand-père de Néron …il est en quelque sorte le symbole de la vertu enfantant le vice.

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