À propos de « La peur d’avoir peur » : Le sentiment de créer sa propre réalité, par Alexis Toulet

Ouvert aux commentaires.

La peur de la peur – davantage que la peur, comme vous le soulignez de manière convaincante – est une cause majeure du déni et du refus de réagir de manière décidée face à l’urgence environnementale.

Je soupçonne qu’il existe au moins une autre cause majeure, l’idée, le sentiment ou le présupposé inconscient que l’on peut créer sa propre réalité.

Cette idée n’est que rarement exprimée avec une telle crudité, l’interpellation irritée de Karl Rove à un journaliste peu après l’invasion de l’Irak – « Nous sommes un empire maintenant, et quand nous agissons, nous créons notre propre réalité » – restant une rare exception. Mais elle reste là en arrière-plan, et bien souvent à la base des actions non seulement du pouvoir américain, mais de bien d’autres gens. Si elle est trop absurde pour que la conscience l’accepte ouvertement, cela ne l’empêche pas d’influencer très largement.

Or, si je peux créer ma propre réalité rien qu’en y pensant, rien qu’en choisissant de penser à certaines choses et en négligeant ce qui me dérange… alors pourquoi choisirais-je de faire face au plus inquiétant ?

A titre d’exemple, combien de personnes acceptent l’ENSEMBLE des quatre faits suivants :

  1. Les émissions de gaz à effet de serre, source principale quoique non unique du réchauffement climatique, continuent et s’accélèrent, alors que le réchauffement fait peser de graves risques pour la survie de grandes parties du vivant, et d’une grande partie de l’humanité – une planète « réchauffée » ne pourrait certainement pas faire vivre 7 milliards d’êtres humains
  2. Il n’existe aucun consensus à l’échelle des principaux producteurs de gaz à effet de serre – parmi lesquels l’UE à 28 ne compte que pour 10% – pour en limiter les émissions, bien au contraire un consensus relatif non explicite vise à les augmenter – notamment les peuples peu développés qui veulent se développer davantage
  3. Il n’est pas physiquement envisageable de faire fonctionner l’économie mondiale avec des renouvelables solaire ou éolien remplaçant les énergies fossiles comme pétrole gaz ou charbon, car les renouvelables ne fourniront que beaucoup moins d’énergie, et moins fiable et moins concentrée
  4. Le répit temporaire des conséquences du pic pétrolier provoqué par la production de schiste bitumineux – et soutenu par une série impressionnante de manigances financières – va vers sa fin

Assez peu sans doute, et encore moins parmi celles qui ont un accès à l’influence médiatique, sans parler encore du pouvoir. Même parmi les écologistes désirant agir contre les risques climatiques, tous tiennent-ils compte de la question du pic pétrolier, tous ont-ils bien assimilé ce fait qu’une civilisation technique basée uniquement sur les énergies renouvelables serait incomparablement moins riche et prospère que notre civilisation technique actuelle, tous ont-ils bien compris que même l’UE n’a qu’une influence marginale sur les émissions humaines de GES ?

Pourtant ces faits sont de l’ordre de la réalité. C’est-à-dire de quelque chose qui peut se venger, et parfois cruellement, si on le néglige.

La foi dans la capacité de l’esprit à créer sa propre réalité, supplantant les réalités désagréables, est fort répandue. Ou plus précisément plusieurs types et versions de croyances : le déni climatique, l’idée que les renouvelables résoudront la question, l’idée que les leviers sont principalement dans les mains des pays développés, le déni du pic pétrolier…

C’est que contempler l’ensemble de la réalité de l’entrée dans l’âge des limites – et quelles limites ! – a de quoi faire peur, oui.

Et que le sentiment de pouvoir créer sa propre réalité rien qu’en le croyant est fort, quoique non exprimé.

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26 réflexions sur « À propos de « La peur d’avoir peur » : Le sentiment de créer sa propre réalité, par Alexis Toulet »

  1. Un Des problème c’est que pour avoir et propager un peur Saine et la capacité d’agir dans le bon sens , il faut être très équilibré.
    Sinon ça part vite en recroquevillement et autres sournoiserie.

  2. Même si ça n’apparaît pas évident au premier abord… (la suite, saison 2…, si j’y suis autorisé… montrera le contraire!

    Devinette : QUI a écrit ceci… ???

     »  »  » C’est à Colbert que l’on doit, semble-t-il, la création du premier régime de retraite français , à l’époque pour les marins. Le principe est simple : un prélèvement – donc une contrainte – s’applique aux revenus de l’instant présent, pour se préparer à aborder « plus tard » dans de meilleures conditions.

    La retraite a depuis été complétée par bien d’autres causes sociales justifiant de contribuer aujourd’hui pour éviter le dénuement plus tard, notamment la maladie : ceux qui sont en bonne santé – en général les jeunes – fournissent les revenus de ceux qui ne le sont plus – en général les plus âgés.

    La contrainte pour les entreprises qui découle de cette solidarité nationale n’est pas mineure, puisque le défaut de paiement des charges sociales est un des motifs possibles de faillite d’une entreprise, avec à la clef la cessation partielle ou totale d’une activité.

    La collectivité considère donc comme normal qu’une entreprise puisse faire faillite, donc mourir, parce qu’elle ne peut plus apporter sa part à la solidarité nationale sur le plan social.

    Il y a une autre solidarité qui est en train de devenir un enjeu majeur pour notre espèce : celle qui concerne le climat (et l’environnement en général). Comme pour le social, elle demande de donner aujourd’hui pour se garantir demain. Le but ici n’est pas d’éviter de se retrouver sans revenu lorsque l’on sera vieux ou malade, mais « sans environnement » lorsqu’il sera « plus tard ».

    Ce transfert-là demande un effort des vieux en faveur des jeunes, alors que le système social s’opère essentiellement en sens inverse.

    Comme les émissions de gaz à effet de serre découlent largement de nos activités productives, lutter contre le changement climatique rend inévitable d’ imposer aux acteurs économiques une contrainte forte . « Vous n’y pensez pas, disent les représentants des employeurs, car vous risquez de faire péricliter une partie de nos entreprises. »

    Peut-être. Mais, à bien y réfléchir, si nous acceptons que la solidarité nationale sur le plan social justifie que de temps en temps une entreprise n’y survive pas, parce que le bénéfice pour tous est supérieur à l’inconvénient pour certains, en quoi serait-il anormal qu’il en soit de même pour éviter un risque climatique considérablement plus important ?  »  » « 

      1. JMJ himself….!! -:) … en mai-juin 2019….tribune dans « Les Echos »….

        En bon « climato-agnostique » je le suis (et pas que lui bien entendu..) depuis longtemps (avec un vrai plaisir de réception pédagogique..)
        Il a fort évolué ces derniers temps (disons 2 ans) et devrait susciter , dans le cadre du présent billet (et des conversations précédentes sur le sujet climat/survie de la race humaine ) le plus grand intérêt … ne fût-ce que pour réfuter « argumentairement » point par point ce qu’il énonce comme préambule avant de proposer….. le 4 novembre dernier!!!
        Pour continuer à voues appâter (et être constructif..dans le droit fil du billet)…encore une question… -:)
         » Connaissez-vous/que savez-vous d’….. ASTRID  » ??

  3. Soyez sans crainte.

    la croyance génère une réalité de substitution.
    Le déni est un filtre qui masque sélectivement la réalité.
    la peur est une réaction du corps en contact avec la réalité, qui induit en simplifiant, la fuite, la soumission ou le combat.
    La peur de la peur est le déni de la peur que la croyance substitue avec TINA, le mantra de la sect ultranéolibérale.

  4. Comme pour notre mort en tant qu’individu, ce n’est pas nécessairement le fait de ne plus être qui fait peur, mais le passage d’un état à un autre avec son cortège d’inquiétudes, de doutes et souvent de souffrances. L’espèce humaine n’est qu’une petite poussière temporelle au sein de l’histoire de cette planète. La peur de ne plus être en tant qu’espèce n’angoisse pas grand monde je crois. La peur, c’est celle de l’effondrement et des souffrances que vont endurer les individus contemporains de ce passage. Accepter l’ENSEMBLE des quatre faits énoncés mène à la conclusion suivante: no future pour l’espèce humaine avec le mode de fonctionnement actuel. Mais ce « no future », il fut aussi revendiqué et porté en étendard à la fin des années 70. Fatalisme, nihilisme, suicide, sont des caractéristiques de notre espèce à prendre en compte.
    Quand l’orage menace, que les nuages s’accumulent, que le ciel s’obscurcit et qu’il se transforme en encre noire épaisse, que l’air devient irrespirable, que la tension électrique devient insoutenable, comment ne pas espérer que cela pète une bonne fois, quelles que soient les conséquences pourtant raisonnablement envisageables?

    1. @arkao 11/12 à 21h22 écrit:
      …  » Accepter l’ENSEMBLE des quatre faits (1) énoncés mène à la conclusion suivante: no future pour l’espèce humaine avec le mode de fonctionnement actuel (2) ….

      1) L’usage du mot faits implique votre accord aux quatre énoncés d’Alexis TOULET. Approbation personnelle. Approbation générale…??
      Pourriez-vous souscrire à un point n°5 qui , par construction, ne peut être un fait mais , selon moi , une hypothèse plus que vraisemblable ??? : à savoir…
      point 5 : dans nos pays (limitons par facilité) européens , toute phase de décroissance brutale , qu’elle soit initiée étatiquement par la Loi , qu’elle soit conséquente à la réussite d’obtention d’un chaos économique provoqué par une action « subversive » d’un groupe de citoyens déterminés clandestins , qu’elle soit la conséquence d’un chaos économique résultant de l’effondrement des « marchés financiers »……autre…. entrainera en boomerang l’arrivée au pouvoir démocratiquement par les urnes de dirigeants de type « populiste »…soit « brun foncé »..soit « rouge-sang ».

      2) En relation avec « ASTRID » (mon commentaire 12/12 à 9h31) , connaissez-vous quelqu’un qui estime que … RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE quelle qu’en soit la raison (( cause anthropique d’augmentation de CO2 par excès d’utilisation des énergies fossiles OU PAS…!!!!! )) OU PAS… il est impératif de partir du POSTULAT qu’il faut un moratoire sur  » notre mode de fonctionnement actuel (2)  » interrompant les extractions terrestres génératrices de nos actuelles énergies fossiles(gaz/pétrole/../.. minerais) PARCE QUE LA TERRE NOURRICIERE ATTEINT SES LIMITES QUANTITATIVES DISPONIBLES …ET…. QU’IL FAUT RÉSERVER CE QUI LUI RESTE A NOUS FOURNIR POUR LA « CONSTRUCTION » DE LA ( DES) TECHNIQUE (S) DE SAUVETAGE (SURVIE)(ADAPTATION)

      1. – Concernant votre « point 5 », il me semble qu’il peut être reformulé de la sorte : une politique drastique de lutte contre le réchauffement climatique quelle qu’elle soit ne peut être appliquée contre un peuple, ni par ses élites ni par un autre sous-groupe quelconque. Elle n’est possible que si elle fait l’objet d’un consensus – à distinguer d’une unanimité, bien entendu, convaincre une solide majorité est nécessaire et suffisant.

        Je l’étendrais même au cas des gouvernements dictatoriaux comme celui de la Chine, au moins dans une certaine mesure. Le PCC dispose certes de moyens de contrôle sans précédent, non seulement ceux des totalitaires « classiques » – voir la répression et les camps de travail au Xinjiang – mais encore les moyens du Big Data et de plus en plus de l’IA, cependant même lui verrait sa légitimité mise en doute si sa politique menait à une perte importante de prospérité sans que le peuple chinois n’ait été auparavant convaincu de sa nécessité.

        – Concernant l’idée d’appliquer un moratoire sur l’extraction des énergies fossiles, je n’y crois pas du tout. Il faudrait mettre en suspension l’économie mondiale ! C’est une transition qu’il s’agit de définir puis d’appliquer, et nos lointains ancêtres les grands singes passent bien d’une liane à l’autre… il ne lâchent pas la première avant d’avoir trouvé celle d’après 🙂

      2. @Otromeros
        Si avec Astrid, vous évoquez ce projet de nouvelle cocotte minute radioactive et explosive, que dire si ce n’est que ma ligne rouge perso est franchie.

      3. @arkao 12/12 à 17h09
        …  » Le risque , c’est de ne pas agir  » … ( JMJ « Les Echos » mi-2019 )

        Je peux développer ( en fonction de mes lectures et échanges récents…) mais je ne veux pas sembler vous (ni d’autres) provoquer.. Mais , p.ex. …(JMJ le 4 novembre :  » annoncer en 2020 l’interdiction dès 2028 de toute chaudière au fuel ou au gaz avec remplacement obligatoire et subventionné sous conditions par une pompe à chaleur « …

      4. @tous
        Mes différents commentaires restent sans réaction jusqu’à l’instant , à l’exception d’ @arkao qui m’informe qu’en me référant à « ASTRID » (( voir par exemple : https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/astrid-reacteur-nucleaire-a-neutrons-rapides … projet arrêté politiquement pour « permettre » aux écologistes de « monter » au gouvernement )) je  » franchis SA ligne rouge « . Respect.
        [[ Pour qu’il découvre l’étendue de ma stupidité?/naïveté?/…/complicité?/… précisons que mon domicile se situe à 18 kms ( à vol d’oiseau et en aval dans le « couloir » des vents dominants..) d’une centrale nucléaire à trois(3) réacteurs… -:) ]]
        Si cela m’est permis cette fois et cette fois seulement ..j’aimerais développer en style télégraphique..!
        —————————————————————————————————————————————-
        Hypothèses:
        a) Le passant a lu tout ce qui précède chronologiquement cet instant…le billet et les commentaires ((sinon…s’abstenir))
        b) But : décarbonisation 2050 , méthode acceptable par une grosse majorité sans choc de brutale décroissance. Refus d’envisager d’imaginer un consensus de retour au mode de vie du Moyen-Âge.
        c) Il faut démarrer  » demain  » une procédure de sauvetage de la planète et de l’être humain à laquelle on consacrera toute notre énergie(dans tous les sens du terme…) et toute la fraction de richesse nécessaire en coopération mondiale globalisée
        c) Admettre que l’électricité est , à l’heure actuelle et pour (trop) longtemps encore sans doute , le SEUL vecteur d’énergie capable de sous-tendre l’ensemble de TOUTES ces activités humaines… « toile d’araignée planétaire »…
        A CONDITION que la capacité d’injection soit gigantesque et que le réseau soit suffisamment développé et inter-connecté.
        ————————————————————————————————————————————–
        Dans ces conditions , il convient de prendre connaissance ( sans les à-priori classiques et stériles ) de l’entièreté de la longue (2 h ) vidéo suivante…
        le 2 décembre 2019…. hier donc
        https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=RIlh1MT9WsQ

        Fin de com.

      5. Comme on l’aura compris juste plus haut..
        Il va falloir faire un CHOIX entre DEUX (2) « lignes rouges »…
        ++++++++++ celle ,
        certaine , où la vie de l’humanité est mise en péril …
        ++++++++++ celle , de faible probabilité , où la vie de quelques centaines quelques milliers… d’individus pourrait être menacée….

        Bon choix… !  »  »  » le risque…c’est de ne pas agir…  »  » « 

      6. Et donc , pour en terminer , la récente synthèse du « problème « …. https://www.les-crises.fr/niveau-record-pour-les-emissions-de-co2-dorigine-fossile-par-johan-lorck/ …magnifiques graphiques…
        ——————————————————
        …  »  »  » Pour contrebalancer l’augmentation des émissions ( de CO2), les auteurs de l’étude publiée dans Environmental Research Letters suggèrent qu’ il faudrait des améliorations accélérées de l’efficacité énergétique, une réduction de la consommation, un déploiement rapide de véhicules électriques, des technologies de captage et de stockage du carbone, un réseau électrique décarboné, de nouvelles capacités renouvelables remplaçant les combustibles fossiles .

        Mais l’horloge tourne. La température globale a déjà augmenté d’au moins 1,1°C au-dessus des niveaux préindustriels et devrait atteindre 1,5°C d’ici deux décennies, d’après un rapport publié par le GIEC en 2018. Pour limiter le réchauffement à moins de 2°C, la réduction requise d’émission est de 3 % par an à compter de 2020, d’après un récent rapport du Programme des Nations-Unies pour l’environnement (PNUE).
        Repousser encore davantage les réductions impliquerait de diminuer les émissions futures et d’éliminer le CO2 de l’atmosphère dans des proportions irréalistes. D’après le PNUE, les politiques actuelles conduiraient à un réchauffement entre 3,4 à 3,9°C à l’horizon 2100. Les engagements post-Accords de Paris seraient susceptibles de limiter la hausse entre 3 et 3,2°C, ce qui reste encore largement insuffisant
        …  »  » « 

    2. « Accepter l’ENSEMBLE des quatre faits énoncés mène à la conclusion suivante: no future pour l’espèce humaine avec le mode de fonctionnement actuel »

      Dans le mode de fonctionnement ACTUEL… le dernier mot est important 🙂

      Comment trouver un nouveau mode de fonctionnement, sachant qu’aucune solution « évidente » ne se dégage ? Je soupçonne que le levier crucial pourrait être la créativité, je pense avant tout à deux types :
      1. Scientifique et technique – pour développer de nouvelles sources d’énergie et des machines énergétiquement plus efficaces afin d’avoir « plus » de prospérité matérielle avec « moins » d’énergie notamment fossile et d’autres minerais
      2. Sociale et organisationnelle et humaine – pour inventer de nouvelles manières de vivre permettant de faire « plus » de bien-être et de partage, avec « moins » de prospérité matérielle
      Bref, « limiter les dégâts » à l’humanité et au monde vivant en jouant sur ces deux leviers.

      D’une part il est évident que ni moi ni aucun individu – ni je soupçonne petit groupe – n’a le mode d’emploi pour faire – quoique certes pas mal de gens aient des pistes… mais à ce stade seulement des pistes justement.

      D’autre part je me souviens de l’anecdote racontée par Paul Jorion à la fin de la BD qu’il a réalisée avec Grégory Maklès, une traversée de la Manche qui tourne fort mal et tous les passagers du bateau tentés par la panique – jusqu’à ce que quelques personnes catalysent une réaction d’entraide qui fait que chacun s’occupe d’agir pour les autres et pour soi, et finalement tous s’en sortent parce qu’ils ont à la fois su faire face à la réalité, dépasser la peur et se faire confiance les uns les autres en agissant tous sur les problèmes concrets plutôt que de se laisser fasciner par la possibilité de la catastrophe.

      L’espèce humaine est capable du meilleur comme du pire, et il se dit que face au danger – mais quand nous sommes en face, justement – nous sommes aussi capables du meilleur. Jusqu’à parfois l’héroïque voire l’incroyable.

      La première étape sans doute c’est précisément d’oublier notre illusion de dominer la nature au point de pouvoir négliger la réalité et d’oser regarder notre situation en face sans faiblir. Cela collectivement.

      Elle est difficile sans doute ! Mais qui sait… peut-être est-elle la plus difficile de toutes ? Peut-être les étapes suivantes seront-elles par comparaison moins difficiles qu’elles n’y paraissent ?

      1. Je pleure car je suis bien triste que  » ma petite ASTRID  » n’éveille pas plus votre curiosité/intérêt…. -:)

      2. Je cite un passage de cette histoire (j’ai mis quelques mots en gras – vous devinerez aisément à qui je fais allusion) :

        Un jour… un jour, nous avons quitté la France par gros temps et sitôt bien chahutés, en pleine mer, une voix métallique et bureaucratique émise par un haut-parleur nous a informé que notre port de destination venait de se fermer au trafic maritime en raison des conditions météorologiques déplorables que nous pouvions très bien constater.

        Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, nous apprenions peu de temps plus tard que notre port de départ venait lui aussi de mettre la clé sous la porte en raison du danger.

        Que fait-on dans ce cas-là sur une malle ? On attend que l’un des deux ports, celui d’arrivée de préférence, se rouvre au trafic maritime.

        Le problème, c’est que ces deux ports n’ont pas été fermés par pur caprice mais parce qu’il fait vraiment dégueulasse, à terre certainement, mais surtout en mer.

        Et le fait est que ça secouait, et pas qu’un peu. Et bientôt, il faisait nuit noire.

        Un bateau dans la tempête, surtout quand il n’a le droit d’aller ni à gauche ni à droite, se transforme, pas même insensiblement, mais très rapidement, en radeau de la Méduse.

        Il y a d’un côté les courageux, qui s’efforcent de vomir discrètement dans un sac en papier – du moins tant qu’il en reste de propres – et de l’autre, les pas courageux, qui poussent des cris quand le navire tangue ou roule de manière un peu excessive ou quand il prend une bonne vague en pleine poire dans un énorme fracas, voire même en produisant quelques craquements retentissants de la coque qui ne disent rien qui vaille. Les enfants trouvent cela très amusant jusqu’au moment où, sans transition, ils prennent peur et se joignent au chœur des hurleurs.

        Au bout d’une heure comme ça, il vaut mieux s’efforcer de penser à autre chose. Une opinion relative à la nature humaine fondée sur ce qu’on peut voir alors ici ou là serait un peu désespérante.

        Et tout à coup, une bande de jeunes – et c’est pour cela que je raconte l’histoire, parce que c’est en réalité une très belle histoire – a décidé de prendre les choses en mains.

        Ils devaient être une vingtaine et ils avaient, je dirais, entre quinze et dix-huit ans. Ils se sont constitués spontanément, comme ça, en équipe. Ils allaient au-devant des gens en détresse et disaient les mots qu’il fallait pour les réconforter, ils se rendaient auprès des parents qui avaient jeté l’éponge et leur proposaient d’aller chercher ce qui leur permettrait de reprendre leur rôle avec un minimum de dignité, donnant à boire, distribuant des couvertures, avec des « Moi je fais ceci ! Toi, fais cela ! », au milieu des vomissures et des débris qui s’étaient amoncelés dans la tourmente et qu’ils rassemblaient et ramassaient pour remettre un peu d’ordre.

        Ils avaient peur comme tout le monde bien entendu, mais leur peur, ils l’avaient domptée et transformée en énergie débordante et, grâce à eux, ce radeau de la Méduse redevenait plus banalement un bateau secoué par la tempête, peuplé d’êtres humains attendant bravement leur salut.

        La nuit fut longue, sept heures si je me souviens bien, quelque part sur la Manche, entre Calais et Douvres, et puis il y eut un rayon de soleil perçant entre de gros nuages, et enfin l’annonce que nous faisions à nouveau route vers l’Angleterre.

        Il m’arrive parfois d’être un peu las, de broyer sinon du noir, au moins du gris, jusqu’à ce que le souvenir me revienne de la fine équipe de la malle Calais-Douvres, je me remets alors sur mes pattes pour moi aussi reprendre la route.

        Jorion et Maklès, La survie de l’espèce 2012 : 118-120

  5. @contempler l’ensemble de la réalité de l’entrée dans l’âge des limites », c’est la mission Apollo 8 qui m’en a donné la possibilité il y a 41 ans en m’offrant la première vision de la Terre dans sa globalité. J’avais huit ans et j’en reste bouleversé.

  6. Ne pas avoir peur d’avoir peur, c’est aussi se joindre à la prochaine manif’ contre la réforme des retraites, qui dépasse l’enjeu des seules retraites.
    Le macronisme doit battre en retraite. Là est l’enjeu.

    1. Bonjour Pierre Yves,
      Oui vous avez raison mais aller manifester est pour moi impossible. Le coût du carburant est trop élevé et rare pour faire 35kms. Âgée, j’ai besoin de repos et au vu des conditions atmosphériques dormir me va très bien. Bonne manif Pierre Yves

      1. @Pierre Yves,
        Je me suis réveillée subitement pour un cauchemar sur le « goulag français ». Quel cauchemar ! !!!
        Bonne manif à vous

  7. On peut discuter du réchauffement climatique de ces causes et des énergies des années, de la démographie, de l’effondrement des écosystèmes, du problème de l’emploi, ce ne sont que des symptômes. L’humanité va devoir changer son attitude face au monde et la seule chose qui pourra la faire avancer s’appelle fraternité comme au sein d’une famille où l’on partage sans se poser la moindre question. Sans cela l’avenir sera des plus sombre n’ayons pas de doute. Utopique ? Peut-être mais sans soigner la cause on ne soignera jamais la maladie.
    La quantité d’énergie humaine et de bonne volonté que libérerait une telle attitude est inimaginable. Les gens reprendraient espoir et goût à la vie, tout cela prendrait du sens et de la beauté. I have a dream…
    Sinon les gouvernements gouvernent par la peur, mais cela marche de moins en moins bien. Les gens veulent leur liberté, et ils ne s’arrêteront pas.

  8. Test de réalité grandeur nature de la capacité d’un pays tout entier à se fourrer la tête dans le sable :
    https://www.theguardian.com/australia-news/2019/dec/07/leading-scientists-condemn-political-inaction-on-climate-change-as-australia-literally-burns

    L’Australie a réélu un gouvernement et un premier ministre ouvertement climatonégationnistes en mai 2019.
    Ce pays est littéralement en train de brûler maintenant, et le parlement australien discute de tout, sauf des incendies…

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