Les grands courants en anthropologie (cours en préparation)

L’anthropologie comme science de l’homme apparaît dans le sillage de

1° ces relations dont les Grecs et les Romains ensuite étaient friands sur les peuples « barbares » à leurs portes ;

2° les récits de voyageurs, du temps de Marco Polo en Chine (XIIIe -XIVe siècles), au XVIIIe siècle.

Linné au XVIIIe siècle avait situé l’homme parmi les autres espèces, ouvrant ainsi la voie à une classification des humains selon leurs « variétés », lesquelles étaient appelées « races ». Blumenbach en fit le premier inventaire à la toute fin du XVIIIe siècle.

Mais le classement des humains selon leurs os s’avéra rapidement décevant : un anthropologue français se désola que « le crâne du Français ne puisse pas être distingué du Kalmuk ». Il fallait classifier les groupes humains selon d’autres critères que leurs os. Leurs institutions apparurent davantage prometteuses. L’ethnologie, la taxonomie des peuples, abandonna l’anthropologie physique pour confier son avenir à une anthropologie « sociale » (du côté britannique, dans une perspective de « sciences coloniales ») ou culturelle (du côté américain, dans la mouvance du « Bureau of Indian Affairs »).

Mais les sociétés étant décrites sous le rapport de leurs institutions, il fallait encore découvrir un principe qui permettrait de les rapprocher pour les regrouper par familles.

Des mots existaient dans la langue qui encourageaient ces regroupements : « Sauvages » (vivant dans la forêt), « Barbares » (ne parlant pas le grec), « Civilisés » (vivant dans la cité : au sein d’un État organisé).

L’anthropologie évolutionniste née au milieu du XIXe siècle ferait de la « sauvagerie », la « barbarie » et la « civilisation », les trois stades d’un progrès par lequel les humains auraient évolué du stade de brutes vers celui d’aimables personnes telles que nous-mêmes.

Ainsi fut fait. Jusqu’à ce qu’au milieu du XIXe siècle, Max Mülller, professeur de philologie à Oxford, jette le pavé dans le mare en affirmant que si les Indo-Européens (ou plutôt les « Aryens » comme il les nomma), avaient certainement été Barbares, il n’avaient jamais été Sauvages. Müller mettait accidentellement en évidence ainsi que Sauvages et Barbares ne représentaient nullement des stades évolutifs du genre humain mais des choix culturels qui avaient été faits, conduisant à deux façons pour les humains d’appréhender le monde : regrouper les phénomènes selon leur ressemblance visuelle, comme nous le faisons, ou selon leurs affinités secrètes de nature affective, ce que l’on appela le « totémisme ».

Ce seraient les sociologues Émile Durkheim et son neveu Marcel Mauss qui élucideraient le casse-tête : ceux que nous appelons « Sauvages » raisonnent comme le faisaient les Chinois de la période archaïque, alors que les Barbares participent de la culture occidentale au même titre que les Grecs ou les Romains qui étaient leurs voisins et auxquels leur mode de pensée était en réalité apparenté.

L’anthropologie évolutionniste s’était brisée sur le roc du « totémisme », l’étiquette que nous Occidentaux avions donc accolée au mode de pensée de ces « Sauvages » ayant adopté la manière d’appréhender le monde née dans la Chine archaïque.

L’anthropologie évolutionniste supposait qu’il soit possible de ranger les peuples sur une échelle strictement historique impliquant que nous, êtres humains, parvenus à un certain stade de notre évolution, maîtrisions nécessairement le feu, inventions nécessairement la roue, etc. Or, au Nouveau Monde, avec les Aztèques, avec les Incas, nous étions entrés en contact avec des peuples qui étaient sans hésitation possible, des Barbares, au sens que nous attribuions au nom, mais qui ne connaissaient pas pour autant la roue.

D’autres modes d’explication étaient nécessaires. L’anthropologie diffusionniste et hyper-diffusionniste nous en offriraient la clé : la civilisation était née en deux endroits de la planète : en Égypte et en Chine, où deux modes distincts d’appréhender le monde étaient apparus. Lesquels s’étaient répandus à la surface du globe, créant deux grands zones culturelles : d’une part, le Moyen-Orient et le pourtour méditerranéen, et d’autre part, le pourtour du Pacifique. Le reste du monde se contenterait de manifester avec plus ou moins de bonheur, dans sa forme de société et dans sa culture, ce qu’il avait cru comprendre du miracle de la Chine ou de celui de l’Égypte antiques.

Le mot d’ordre de l’anthropologie évolutionniste était « unité psychique du genre humain » : il n’existe qu’une espèce humaine unique, et les voyageurs occidentaux du XVe au XIXe siècles l’ont découverte à différents stades de son évolution sociale et culturelle. Ainsi les Sauvages sont à proprement parler des « Primitifs » : les témoins d’une époque reculée de l’humanité.

Aux yeux des évolutionnistes, l’« invention indépendante » était la règle : chaque culture, aussi isolée soit-elle, parvenue à une certaine étape de son évolution, la refera nécessairement à son tour. Le diffusionnisme ridiculiserait cette notion : l’ensemble des grandes inventions n’ont pu apparaître indépendamment que dans l’un des deux grands centres historiques de la civilisation : l’Égypte et la Chine antiques – pour autant même que ce soit le cas et non par diffusion entre elles.

Le fonctionnalisme proposa un coup de balai : évolutionnisme et diffusionnisme n’étaient pas davantage que de l’histoire spéculative à laquelle seul le soutien de preuves archéologiques peut apporter un semblant de vraisemblance, trop fragmentaire malheureusement en général. Au lieu de cela, étudions chaque société comme un tout intégré, un organisme dont les institutions sont les équivalents des organes. Montrons que les coutumes même les plus curieuses, à première vue ininterprétables exercent une fonction à l’intérieur de la société où nous les observons. Montrons comment chaque institution contribue au fonctionnement harmonieusement du tout.

C’était ici aussi, l’ombre de Durkheim qui se projetait : le fonctionnalisme en anthropologie était en effet l’application de la méthode sociologique à l’objet « peuples exotiques ». La seule objection possible à une telle conception était qu’assurer la survie d’une civilisation ne soit pas une tâche aussi ardue qu’il pourrait sembler et que, de même que la nature s’est montrée tolérante à la survie de formes de vie apparaissant a priori fragiles, de même l’histoire humaine s’est montrée tolérante à des sociétés en réalité peu robustes, dont les institutions bizarres et les coutumes discordantes constituent bien en réalité les handicaps qu’elles semblent être.

Le fonctionnalisme avait rejeté l’évolutionnisme et le diffusionnisme en tant que variétés de l’histoire spéculative. Poussant la logique plus loin encore, le structuralisme condamna le fonctionnalisme comme sociologie spéculative : les sociétés et les cultures humaines, avançait-il, nous montrent simplement quel est l’ensemble des combinaisons possibles au sein des sociétés et des cultures. La preuve en est que l’on peut établir a priori leur cartographie complète par transformations successives à partir de l’une d’elle.

De la même manière qu’il n’est possible de réaliser un dallage à partir de dalles de forme régulière que de 17 façons, les sociétés humaines nous montrent l’ensemble des combinaisons possibles des institutions humaines. Les systèmes de parenté dans leur variété ne remplissent pas un rôle historique ou quasi-biologique : ils illustrent les variations dont la théorie algébrique des groupes à deux générateurs (les hommes et les femmes) produit le modèle. Les mythes, quant à eux, nous montrent comment des histoires s’engendrent d’elles-mêmes si au lieu d’un crésus qui s’en va, on trouve un homme pauvre qui revient, ou quand un roi sur le déclin (homme trop vieux) est remplacé par une princesse bébé (femme trop jeune), et ainsi de suite.

Avec le structuralisme, la boucle était bouclée si l’on veut, au sens où la boîte à outils était désormais complète. Libre alors à chaque anthropologue de puiser dans les méthodes ou les types de représentation qui lui conviennent, quitte à restreindre délibérément le champ de ses investigations à une sous-discipline en se cantonnant par exemple à une anthropologie religieuse, économique, politique, etc.

D’autres variations encore étaient possibles, mais qui consisteraient alors à remettre en question l’un ou l’autre aspect de la méthode scientifique qui avait servi de cadre commun aux quatre grandes écoles qui s’étaient succédées, en proposant une anthropologie marxiste, féministe, post-humaniste, etc. voire à remettre en question entièrement la méthode scientifique en proposant une anthropologie « herméneutique » affirmant que le discours de l’anthropologue est impossible à distinguer de la fiction, que rien ne sépare une monographie de terrain d’un roman.

Les années récentes ont elles vu se développer un retour au biologique au sein même du social et du culturel, et ceci sous deux formes.

Premièrement sous la forme d’une nouvelle anthropologie évolutionniste mais où l’évolution qui retient l’attention n’est plus celle des institutions et de la culture, mais de l’animal homme en tant que tel, insistant sur le caractère adaptatif de certains comportements, de certaines hiérarchisations, à la faveur en particulier de comparaisons entre l’homme et les autres grands singes. Cette anthropologie évolutionniste s’inscrit dans le sillage de la sociobiologie qui mettait l’accent elle sur les rapprochements possibles entre sociétés humaines et insectes sociaux.

Deuxièmement, de la même manière que des découvertes archéologiques obligèrent parfois les anthropologues à revoir leurs théories : en faisant apparaître des faits incontestables de diffusion, en montrant que certaines cultures étaient régressives : qu’elles avaient perdu le souvenir de techniques ou de formes culturelles plus élaborées (la statuaire médiévale par rapport à la statuaire grecque antique, par exemple), de même, le traçage génétique, en mettant en évidence les migrations véritables, met aujourd’hui à mal bien des théories anthropologiques et archéologiques en les faisant apparaître rétrospectivement comme de simples spéculations.

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48 réflexions sur « Les grands courants en anthropologie (cours en préparation) »

  1. La guerre et la lutte à mort n’existeraient que chez l’homme et les insectes sociaux dont la majorité sont des travailleurs stériles.
    Ne nous reste-t-il pas que la possibilité de développer un altruisme pur, pour échapper à un déterminisme implacable?

    1. Altruisme oui certes mais afin d’être sécurisé afin de se nourrir et afin de se dupliquer.
      Dont Forget That

      1. J’ai le regret de vous affirmer que vous n’avez pas saisi la profondeur de ma réponse.
        Si tous les êtres humain pensaient en arrière plan à aux objectifs inhérents à sa nature tout en gardant l’altruisme comme normes principales nous n’en serions pas là.

        On est jamais méchant pour rien, gentil non plus.

        D’ailleurs l’altruisme tout seul ne veut rien dire ou presque, préférez la bienveillance.

      2. Si je vous réponds quelque chose qui vous paraît évident c’est que je n’ai pas compris votre commentaire d’avant pitchouloulou eu PAD et Je n’ai pas Malheureusement Pasl’occasion de vous remercier

    2. Chez les insectes sociaux la guerre est menée par les femelles stériles.
      Et les mâles dans tout ça ? Ils sèment leurs graines par une belle journée chaude d’été et puis ils meurent.
      C’est peut-être ça la belle vie, naitre, jouir et mourir, le tout en quelques semaines alors que les femelles triment comme des connes toute une année pour engraisser la reine et sa marmaille.

  2. L’altruisme pur n’étant pas, bien entendu, l’altruisme dans les pools génique et mémétique (sélection de parentèle, altruisme de clocher).

  3. Je suis néophyte et béotien en la matière. Matière qui me semble fortement marquée par les points de vue ‘blanc’ et occidentale.

    Y-a-t-il une anthropologie indienne, ou surtout chinoise? Si oui, ont-elles adopté des références semblables à ce que vous exposez?
    Question annexe: l’anthropologie peut-elle se vouloir universelle?

    [ Je suis inspiré par un texte lu il y a très longtemps. En gros, des singes expriment leurs réflexions simiologiques face à des laborantines/laborantins difficilement compréhensibles.]

    1. L’anthropologie peut-elle prétendre à l’universalité?
      Il semble que Claude LEVI-STRAUSS tente de répondre à cette question dans son dernier livre «L’Anthropologie face aux problèmes de l’homme moderne» , 2011, donc après sa mort.

      La pile de livres va encore augmenter -gestion dernier entré, dernier sorti-. «…sauver le genre humain » de Paul n’est plus qu’à 2 positions du sommet.

  4. Cette présentation historique des « visions » de chaque courant m’enthousiasme par son aspect pédagogique, mais je reste un peu dubitatif par crainte que le profane (que je suis) aille s’imaginer que la vision sous-tend tous les résultats obtenus (un peu comme un présupposé, un dogme, un postulat dont il faut partir); il suffirait alors d’appliquer ce présupposé à ce que l’on étudie pour être dans un courant plutôt que dans un autre. Or en fait, la « vision » obtenue est « le résultat » et ce qui manque en complément parallèle c’est une pédagogie des méthodes qui ont contribué à donner ces résultats; et notamment le structuralisme (en tant que méthode) se méfierait me semble-t-il des analogies comme processus comparatif; car il s’accompagnerait d’approximations qui lorsqu’on en fait la somme produiraient des écarts d’erreurs d’autant plus grands que les erreurs s’additionneraient. Pourtant il faut quand même être en capacité de comparer un grand nombre de résultats pour avancer des hypothèses et afin d’éviter l’écueil de la somme des erreurs, j’ai cru comprendre ( Levi Strauss dans une des ses interviews que je n’ai pas désolé…) que dans le structuralisme par opposition aux autres courants, on privilégie les analyses différentielles par rapport aux analogies; du fait que pour prouver que 2 choses sont égales , il faut être en capacité de dire qu’elles le sont en tout point, alors que pour marquer une différence , un seul point de divergence suffit et l’on est sûr de ne pas véhiculer d’approximation pour le dire. J’ai cru comprendre que la technique de comparaison des différences permettait de définir une image en négatif du phénomène testé . Le structuralisme travaille donc avec les représentations, pour révéler l’image en positif (comme dans un laboratoire photographique) il cherche un invariant capable d’expliquer toutes les différences (un peu comme le révélateur chimique). Ensuite à l’aide de ce dénominateur commun il va chercher à réexpliquer tout ce qu’il voit et vérifier si « ça colle ». La critique des autres courants qui ont pourtant tenté des approches scientifiques, tient en parti au fait que de petites approximations créent de grandes erreurs lorsqu’elles s’additionnent et expliquent les écarts de réalités… On attend impatiemment un historique des méthodes façon Paul Jorion pour compléter cette vision tout à fait remarquable de l’historique des « objets » (par quels bouts on prend le phénomène) et de l’historique des visions ( les résultats obtenus). Ce qui est remarquable c’est la relative concision à laquelle vous arrivez pour balayer tout le sujet, et je pense que le même brio sur les méthodes scientifiques utilisées va donner encore plus de relief et de compréhension sur le domaine. C’est tout le problème des « fans » que votre travail passionne, ils sont assez gonflés pour vous demander toujours plus de boulot (pardon d’avance).

    1. Comme je le disais hier dans l’entretien avec William Bourdon : ça me fait toujours plaisir de pouvoir consacrer 10 minutes ici ou là à mon vrai métier 😉 !

      1
      1. Quant à la statue, désolé, elle n’est pas déboulonnable, elle a été fondue par Vichy en 41 à la demande des Allemands.

      2. Paul Broca n’échappait pas aux préjugés (et anti-préjugés) et vocabulaire, etc. de son époque. Qui y échappe complètement ?
        Il n’en a pas moins été un grand savant et un esprit libre (il a aussi créé, avec Claude Bernard, l’Association Française pour l’Avancement des Sciences dont l’objectif était de lutter contre le poids des préjugés, notamment ceux inculqués par l’église, et qui existe toujours, voir http://www.afas.fr/ )

      3. Intéressant .
        Ha mais que vois je ? Une référence à un bouquin en cours de lecture !

        http://www.afas.fr/le-bug-humain/

        Bug de la pensée ,Youpi , c’est mon domaine de prédilection .J‘adore tenter de cerner les bugs de la pensées chez les êtres très intelligents , tout autant que les traits de génie chez les sous doués.
        Çà, et trouver des trèfles à quatre feuilles , que voulez vous , les passions , ça s’explique pas .

        « Le bug humain , pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher «  . Titre racoleur , c’est bien vu du point de vue commercial.
        A noter les bugs déjà repérés de ce livre , à savoir :
        1. Erreur sur le titre , LES bugs humains et non pas le LE ( bon là , je pinaille, mon côté trèfle à quatre feuilles )
        2 . Plus parlant , L’explication du mouvements des gilets jaunes ( p170, 171) qui révèle un bug de la pensée non compris par l’auteur : la volonté de faire coïncider les faits avec ce que l’on tient absolument à démontrer .
        Normal pour un livre orné du «  prix environnement 2019 » de la fondation Véolia.
        Ou …quand les multinationales expliquent au peuple ce qu’il doit comprendre , histoire qu’il ne jette pas un coup d’oeil du côté de la concentration des richesses.
        Qui elle , n’aurait rien à voir avec la pollution du monde …

        https://fr.wikipedia.org/wiki/Veolia

      4. @ Bernard

        « Le bug humain » titre racoleur ? Plutôt moins que « Sauver le genre humain ».

        En 2018 le prix Veolia de l’environnement a été décerné à « L’entraide, l’autre loi de la jungle », de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. Sont-ils eux aussi inféodés au grand capital ?

        Vous adorez « tenter de cerner les bugs de la pensées chez les êtres très intelligents , tout autant que les traits de génie chez les sous doués ».

        Moi j’adore repérer, chez ceux qui accusent, les travers dont ils accusent autrui. Vous savez… la paille et la poutre. Ça tombe bien, je trouve sous votre plume la « volonté de faire coïncider les faits avec ce que l’on tient absolument à démontrer » .

      5. @denis M B

        Elle est pas chouette notre cour de récré?
        « C’est celui qui dit qui y est , na! ».

        Étudier les préjugés , c’est prendre conscience qu’il y en a de conscients et d’autres inconscients .Certaines valeurs dans lesquelles nous immergent nos cultures ne sont plus discutées ( On ne peut pas remettre en cause toutes vérités dont on est imprégné , il faut bien quelques certitudes ) .La seule façon de découvrir les préjugés inconscients , c’est de se confronter à d’autres cultures , d’autres évaluations de la réalité .On fait donc bien de se chamailler tout les deux ,
        va donc pour le «  c’est celui qui dit qui y est «  si cela peut faire plaisir et faire grandir.

        Votre culture , on la sent toute imprégnée d’un milieu plus qu’aisé , tentée par la littérature d’extrême droite , ignorant de la réelle misère des pauvres, où la compassion se fait condescendance .
        Ne pas avoir relevé l’insulte faite aux gilets jaunes dans le livre «  le but humain «  en dit long.

        Pour ce qui est de «  l’entr’aide , l’autre loi de la jungle «  , il faudrait que je le relise , surtout vers la Page 81 «  ce qui émerge en situation de crise « .
        D’ailleurs , qu’est ce qui émerge de notre discussion?
        Que l’égo influe le raisonnement ? Ou que la réponse à la question : «  comment sauver le genre humain » passe oui ou non par la fin du capitalisme , donc la fin de la concentration exponentielle des richesses ?
        A vrai dire , je ne suis pas sûr totalement sur de la réponse , mais je me pose la question.
        Vous savez , les «  questions «  , l’inverse des certitudes.

        Les multinationales sous leur forme actuelle sont comme les dinosaures d’autrefois , vouées à disparaître , pour la bête raison qu’elles ont voulues se passer de l’autorité des états , dévorer tout ce qui pouvait l’être , humain y compris..Pas d’économie dirigée par le bien être des populations , juste une main invisible qui pousse , au nom du prix le plus bas possible ,à flinguer la concurrence et surtout , ne pas prendre en compte les conséquences écologiques de toute activité .
        Depuis votre salon de savants bien intentionnés , il ne vous a pas échappé que la loi du plus fort est une des lois de la « jungle «.Cette loi   est aussi devenue pratique courante dans notre société actuelle ( par guerre économique interposée ) au point de mettre en danger la survie de l’humanité .Sur ce point là , nous serons peut être d’accord.

      6. @ Bernard

        «  Votre culture , on la sent toute imprégnée d’un milieu plus qu’aisé , tentée par la littérature d’extrême droite , ignorant de la réelle misère des pauvres, où la compassion se fait condescendance » : jolie liste de préjugés… Je suis issu en effet d’un milieu bourgeois aisé, la suite est purs préjugés (appuyé sur des affirmations de PJ qui tient à qualifier Onfray d’extrême-droite parce qu’il est favorable à la liberté, pardon à la souveraineté)

        Je crois en effet que ce qu’on appelle « mondialisation » a consisté, par la suppression des règles contrôlant les échanges entre États, à ouvrir à la loi de la jungle, à la loi du plus fort, un boulevard. Et que, donc, sortir de cette folie passe par une forme ou une autre de dé-mondialisation, choix que la France s’honorerait à faire.

        Il faudrait pour cela que, chez un nombre suffisant de Français, le cortex parvienne à contrôler le striatum pour reprendre la problématique du bug humain.

      7. @Denis
        Nous évoquions la suffisance : et voilà que vous en remettez une couche avec :
        « Il faudrait pour cela que, chez un nombre suffisant de Français, le cortex parvienne à contrôler le striatum pour reprendre la problématique du bug humain. » sous entendu la faute à ces français qui ont un cortex défaillant.

        Préjugé que de supposer très fortement que vous n’avez pas idée de ce que sont les souffrances des pauvres : avez vous eut à souffrir de la faim , des fins de mois impossibles, avez vous connu l’absence de moyens pour nourrir une famille ?
        A l’évidence NON sinon vous n’estimeriez pas crédible que l’expérience du marshmallow a pour exemple pratique …la révolte des gilets jaunes face à une augmentation du prix de l’essence ( justifiée soit disant par le fait que les taxes devaient «  (p170 )  servir à financer la transition écologique vers des énergies renouvelables «, p171 «  on ne saurait mieux formuler un choix expérimental de dévalorisation temporelle «  ) .Ce serait dans ce cas l’impossibilité d’envisager le futur , « moins de pouvoir d’achat maintenant pour préserver la planète dans vingt ans « .
        Mais enfin, Denis, il fallait proposer de prendre l’argent ailleurs que dans la poche de ceux qui n’ont plus grand chose pour vivre ! Ça fait combien de temps que vous ne payez plus de loyer , et même si votre fortune comprend le paiement d’un loyer , combien celui ci représenté par rapport à vos revenus?
        C’est la méconnaissance de la situation de la plupart des français , ou le syndrome du négrier qui fait que le financement de l’indispensable serait de la responsabilité des plus démunis ?
        Montant des dividendes 2019 du CAC 40 ?
        https://www.capital.fr/entreprises-marches/veolia-versera-quand-meme-un-dividende-1366575

      8. @denis
        Je vous appelle par votre prénom , avec un petit goût de la provocation ( défaut personnel) , je le reconnais .Si ça se trouve , je parle ( commente ) dans le vide désormais.:-)

        On ne se tape pas sur l’épaule dans la grande bourgeoisie , du moins pas avec n’importe qui .Ce «  Bernard «  , quelles études , combien de points au test de QI, combien d’ancêtres prestigieux en héritage , quel genre de pompes , quel genre de montre, quel réseau social , quelle voiture, quelles lectures ?
        Je vous cause parce qu’à priori , entre chrétiens donc entre frères , on peut tout se dire .
        L’amour du prochain devant nous aider à supporter l’autre.Il n’y a pas de raison que la culture de chacun s’élève au dessus de la foi.
        Dans la chasse aux trèfles à quatre feuilles , il y a un petit secret . Quand on en trouve un , il suffit souvent de bien observer à proximité , il est rare qu’il soit tout seul.Certaines conversations sont encore plus rares.

        Vous évoquez le besoin de « souveraineté « évoqué à la fois par Ruffin et Onfray.Il ne peut s’agir de la même notion ou du moins de la même utilisation , leur deux univers sont trop différents.
        Pour l’un ,dont l’extrémisme fou va jusqu’à nier l’existence de Jésus en temps que personnage historique, c’est l’occasion du REJET de ceux qui ne sont pas de son clan, pour l’autre c’est le besoin essentiel d’AUTONOMIE qui convient à tout adulte libre.Les nations ont besoin d’un équilibre entre dépendance et autonomie . Dépendance parce chaque nations a ses manques que l’autre peut palier ( exemples : agriculture , énergie , matériaux rares , sciences , savoir faire etc…) , autonomie parce trop de dépendance implique une perte de liberté qui détruit les bénéfices de l’échange en assujettissant de trop (
        exemples : endettement des pays pauvres, délocalisation totale de la fabrication de biens essentiels ) .
        Quoiqu’il en soit , le mot «  souveraineté «  a trop de façon de s’interpréter pour en débattre de façon claire et sereine.

        Pour fouiller maintenant du côté des préjugés cachés de tout un chacun , ce genre de recherche fort utile a son côté douloureux . » Mince , mon statut social influence forcément ma pensée , ma méconnaissance de la vie des autres influence l’opinion que j’en ai d’eux etc… »
        Pour ma part , ne croyez pas que je méprise les riches .La richesse est relative , tout dépend ce que l’on en fait .La richesse peut rendre esclave du côté matériel de la vie , c’est son côté dangereux à mettre en parallèle avec le chat d’une aiguille.Elle peut aussi être un moyen de rendre meilleure la vie de beaucoup .
        C’est tout le bien que je vous souhaite, et que je me souhaite .
        On est tous le milliardaire de quelqu’un.

        PS: pour Onfray , l’origine des bugs de sa pensée sont très certainement instructifs .
        Un passé douloureux à coup sûr.

      9. @ dénis ou pas

        J’essaie de bien comprendre ce que vous avez écrit , la démondialisation pour seule issue ?
        Complexe.
        Le repli sur soi est il possible quand l’interdépendance des peuples est manifeste ?
        N’est ce pas obliger les nations à aller trouver ,de force , chez l’autre , ce qui lui manque pour vivre et survivre ?
        La voie de la négociation plutôt que la force me semble préférable , et pour tout dire la dé- mondialisation une utopie. C’est notre façon de lutter contre ce Covid qui en décidera.
        Tout comme Jojo , je retourne au jardin . Les plantes et la nature sont pleines de réponses.

        Au plaisir de vous lire , ici ou ailleurs.

      10. @ Bernard

        Pas besoin d’être chrétiens pour être frères. D’ailleurs suis-je chrétien ? Je n’ai guère de doute sur l’existence historique de Jésus de Nazareth mais j’en ai sur le sens du mot chrétien. Au « il n’y a ni Grec ni Juif, ni homme ni femme, ni maître ni esclave » pourrait être ajouté « ni chrétien ni musulman, ni croyant ni incroyant » et, ce serait de circonstance, « ni blanc ni noir ».

        Pourquoi la souveraineté vue par Onfray serait-elle si différente de la souveraineté vue par Ruffin ? Sans doute n’ont-ils pas la même idée de ce que devrait être la politique d’une France à nouveau souveraine, cette différence appartient au débat démocratique, mais ils veulent l’un et l’autre que la France ait sa propre politique.

        Bien sûr on peut discuter sans fin de ce qu’est la souveraineté d’une nation comme on peut discuter sans fin de ce qu’est le libre-arbitre d’un individu, mais on peut aussi ne pas s’embourber dans de telles discussions sans fin.

        Le démondialisation n’est pas un repli frileux sur soi, j’ai ajouté « frileux » que vous aviez oublié dans votre affirmation automatique sur la démondialisation. La démondialisation ne vise pas à freiner les échanges des personnes et des idées. Elle vise à rétablir le contrôle par les États des échanges de marchandises et surtout des échanges de capitaux. Elle vise à sortir comme vous le disiez de ce monde devenu fou, de ce monde qui, tout en brandissant de beaux principes – la loi plutôt que la force -, laisse la force régner en maître.

        Honte sur nous qui savons ce que faisons et qui persévérons.

      11. @ dénis
        Intéressant de comprendre votre conception de la démondialisation.

        Bon , si vous n’êtes pas chrétien ( vos références à Dieu porte à confusion) , cela change la donne , frérot .
        Votre évangile condamne , celui du Christ pardonne:
        «  pardonnes leur , il ne savent pas ce qu’ils font « .
        Mon seul espoir est en Lui, un peu de Lumière dans les ténèbres.

        Le bonheur grâce à La science technologique ou économique des hommes , je n’y crois plus.

        Bien à vous frérot , c’était intéressant cette conversation.
        Je vais prendre le temps de la digestion.

      12. @ dénis
        Gommer les différences , c’est uniformiser .Uniformiser , c’est déshumaniser.

        « Un chrétien est un athée en voix de conversion. »

      13. « Si vous n’êtes pas chrétien » : pourquoi ce besoin d’étiquette ?

        « Pardonne-leur, ils ne savent parce qu’ils font » est la parole d’une victime.

        « Nous savons ce que nous faisons et nous persévérons » est – devrait être – la parole des bourreaux que nous sommes, nous riches et puissants qui imposons notre volonté au monde.

      14. @ dénis
        Si être chrétien se résumais à une étiquette …

        Vous n’assumez pas au fond . Vous vous frappez la poitrine , passant pour un bondieusard, mais quand on vous demande si oui ou non vous êtes chrétien , vous ne savez pas répondre.
        L’énergie des débats ne vous manque pas , mais le courage d’assumer ce que vous êtes ?
        C’est oui ou c’est non ?
        Tout autre réponse clôturera la discussion.

      1. Certes, c’est sûrement parce que leurs tours de tête est moins importants que du côté Broca.
        Vous avez fait mesurer le vôtre ?

  5. J’allais vous poser la question de savoir si le structuralisme est si neutre que ça , en ce qu’il apporte des réponses par « l’ordre des raisons et de la logique », et qu’il risquait d’engager toute réflexion sur le terrain d’une forme de technocratisme culturel , qui peut devenir carrément dangereux ( j’ai failli écrire totalitaire !) , quand le « savant » ( sous entendu structuraliste ) prétend se faire conseiller référent du Prince , voire le Prince lui même .

    Mais j’ai compris ( peut être à tort ) que la complexité continuait à résister dans la fin du billet où sont évoquées le retour de nouvelles formes d’anthropologie évolutionniste ou  » diffusionniste  » .

    J’ai aussi pensé à Paul Ricoeur qui dans  » Le conflit des interprétations » s’interroge sur la question du sens et de la signification et la notion de finalité dans la structure .( mais il faudrait que je révise )

    PS : comment un structuraliste apprécie-t-il «  »logique des fins « et « logique des moyens » ?

    1. On attend aussi une définition structuraliste de  » peuple » , « état » ,  » nation  » .( éventuellement ONU) .

    2. L’anthropologie n’est qu’une synthèse de problèmes philosophiques mal posés et non résolus, dit Heidegger (emmenant la phénoménologie là où Husserl avait vertement interdit d’aller).
      Pour résumé, le degré 0 non pas même de la philosophie, mais de la pensée.
      Les anthropologues, vexés comme des poux que son Quadriparti, issu de sa critique de la métaphysique occidentale (et donc des présupposés arbitraires nichés dans des concepts tels que « logique », « fins », « moyens ») explique mieux qu’eux les structures fondamentales du mitsein, lui ont bien rendu leur mépris.
      Malheureusement, sur le plan ontologique et épistémique, le score est sans appel : Heidegger, 1. Anthropologie, 0.

      1. La preuve, si elle manquait encore, qu’Heidegger était un ennemi de la pensée (en plus d’un ennemi du genre humain – mais là, on était déjà au courant : pas « Nazi tiède » mais « Nazi zélote »).

        Un extrait d’une discussion que je viens d’avoir avec des collègues à la Catho de Lille :

        G : Fais-tu une distinction entre « déconstructiviste » (j’ai toujours rêvé de citer des guillemets) et constructiviste ?

        Jorion : J’ai assisté autrefois à Cambridge à un impressionnant exposé de Derrida : il a résumé une nouvelle de Kafka, puis l’a « totalement expliquée » comme 1° Freud l’aurait fait ; 2° comme Marx l’aurait fait. L’auditoire était sidéré : oui l’un et l’autre « expliquaient totalement » la petite histoire. Le message était bien entendu celui d’un scepticisme radical : il n’y a pas de « véritable » signification. Mais il s’agit d’un tour de passe-passe : la nouvelle de Kafka est une histoire humaine, ce qui signifie qu’il lui existe à la fois une dimension sociale et une dimension psychologique, et qu’une explication scientifique doit être capable de rendre compte des deux.

        G : Et du coup en quoi est-ce que ce déconstructivisme-là est contraire à la recherche scientifique ?

        Jorion : Il y a dans la Scolastique médiévale deux courants, que l’on pourrait qualifier en termes contemporains de « de droite » et « de gauche ». Celui qui s’appuie sur les Écritures (qui font référence pour le surnaturel) et qui laisse entendre la vacuité (et l’arrogance qui lui est sous-jacente) du projet de connaissance absolue (il faut craindre Dieu et non tenter de coloniser le domaine de son omniscience), et celui qui s’appuie sur Aristote (qui fait référence pour le naturel) et qui trouve sa manifestation ultime dans l’hypothèse « laplacienne » qu’une connaissance parfaite du présent autorise une connaissance parfaite de l’avenir.

        La science « scientiste » contemporaine s’inscrit dans la lignée de la Scolastique « de gauche » aristotélicienne. Le déconstructivisme, progéniture de l’heideggerianisme, s’inscrit dans la lignée de la Scolastique « de droite » et de sa « crainte de Dieu ». Tout lecteur de Heidegger qui lit des textes composés de ses leçons aura été frappé par ses « vous trembleriez si vous saviez déjà ce que je m’apprête à vous dire ! » : la crainte de Dieu, et non l’indifférence du scientifique (… qui est encore loin d’avoir tout expliqué : Laplace s’est planté 😉 ).

        Anthropologie 7 – Heidegger 0

      2. En revanche, justement, Derrida est à l’opposé de la pensée de Heidegger (et il a d’autant moins d’excuses qu’il était pourtant un de ceux qui l’aveient le mieux compris, pas aussi bien cependant que B. Mongis, par exemple, qui est d’ailleurs thomiste si je ne m’abuse).
        Heidegger méprisait le relativisme. Un spécialiste des questions de logique scolastique, parce-que c’est ce qu’il était (un logicien… quand on le taxe d’irrationalité, c’est qu’on a rien compris!), ne peut pas être relativiste. On ne passe pas sa vie à réfléchir à l’essence de la vérité pour finir déconstructionniste.
        Derrida prétend qu’à un moment, lui-même a « forcé » la pensée de Heidegger, allant là où Heidegger aurait « reculé », n’aurait pas « osé allé ». Mais Heidegger s’y est refusé non parce qu’il n’a pas « osé » quoique ce soit, mais simplement parce qu’à ses yeux, la philosophie de la culture n’a rien à voir avec la pensée (pas plus que le « calcul »), et parce-qu’il aurait trouvé les thèses de Derrida parfaitement stupides. Comment un logicien issu de la tradition phénoménologique (Husserl etait mathématicien) pouvait-il adouber les errances irrationnelles et sophistiques d’un Derrida?
        Donc dire que la pensée de Derrida est un rejeton de celle de H, c’est historiquement vrai, mais sur le fond entièrement faux. Ce serait comme dire « la pensée de Nietzsche est un rejeton de la pensée de St Paul, ou un rejeton de la pensée de Schopenhauer ». Ce n’est pas faux, mais c’est complètement trompeur.

        Ceci étant je maintiens : vraiment, très utile ce billet!
        merci.

      3. Personnellement , que ce soit par Husserl , Heidegger ou Merleau Ponty , je n’ai jamais réussi à rentrer vraiment dans le langage et les arbitrages de la phénoménologie ( dont je me demande d’ailleurs quel pourcentage de la population pourrait en donner une définition rapide et simple ) .

        Au début , j’avais pourtant plutôt compris et apprécié qu’on essayait de « chercher et comprendre ce qui se passe » ( en soi déjà sous tutelle) , quand la  » conscience » de soi et du monde ( si on est capable de la définir) s’exerce à définir la signification de cette conscience . Ce que Platon , Descartes , Kant appelleraient la co-naissance .

        C’est une interrogation dont je ….conçois qu’elle est toujours d’actualité et critiquable dans les réponses , mais je n’ai jamais rien compris ou ressenti dans les réponses de la phénoménologie .

  6. @Pad
    L’altruisme ne fonctionne qu’en présence de l’autre – « loin des yeux, loin du cœur ». Au delà, c’est à la compassion de prendre le relais, avec son bagage plus intellectuel qu’émotionnel.

  7. Plus on cherche, moins on en sait ?
    L’agriculture, à la fois « invention indépendante » et diffusionnisme sur des aires « déterminées » par la géographie.
    Une géo-histoire de l’humanité reste à écrire, les essais récents n’y suffisant pas malgré leurs ambitions.
    Sur le traçage génétique, les derniers article que j’ai pu lire semblent plutôt confirmer ce que suspectaient les archéologues, notamment avec la césure culturelle de l’Age du Bronze (moins évidente que celle du Néolithique).

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