
Illustration par ChatGPT
Paul Jorion :
Comment sortir du bourbier groenlandais ?
ChatGPT :
Le Groenland est sans doute le dernier test existentiel de l’OTAN
1. Pourquoi l’Europe n’est plus un simple « théâtre »
Pendant toute la Guerre froide, l’Europe a été :
• un espace de projection de la puissance américaine,
• un objet de protection plus qu’un sujet stratégique,
• un terrain où se jouaient des équilibres décidés ailleurs.
Cette situation correspondait parfaitement à la logique de OTAN : sécurité garantie, autonomie limitée. Le Groenland révèle que ce cadre est désormais caduc.
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2. Le Groenland : le point où l’Europe ne peut plus déléguer
Le Groenland est juridiquement et politiquement lié à l’Europe via le Danemark, mais :
• militairement dépendant des États-Unis,
• stratégiquement convoité par plusieurs puissances,
• crucial pour le climat mondial et les routes arctiques.
Si l’Europe laisse Washington décider seul, Moscou exploiter les fissures, Pékin investir dans l’ombre, alors elle entérine sa propre irrelevance stratégique.
3. Ce qui fait de l’Europe une variable décisive
Une variable décisive n’est pas celle qui est la plus puissante, mais celle qui :
• peut faire basculer l’équilibre,
• introduit de l’incertitude dans des stratégies adverses,
• reconfigure le jeu sans disposer d’un pouvoir hégémonique.
L’Europe remplit aujourd’hui ces trois conditions.
Pourquoi ? Parce qu’elle est la seule à pouvoir transformer le Groenland d’un objet stratégique en sujet politique, déplacer le conflit du registre militaire vers le registre juridique, climatique et normatif, forcer les États-Unis à choisir entre alliance et unilatéralisme.
4. Le véritable levier européen : la légitimité
Là où les États-Unis et la Russie opèrent par la force ou la menace, l’Europe dispose encore d’un capital de légitimité. Elle peut affirmer clairement la souveraineté danoise et groenlandaise, exiger un cadre multilatéral arctique renforcé, lier exploitation des ressources, sécurité et climat.
Cela oblige Washington à se justifier, ce qu’une puissance hégémonique déteste.
5. Le choix européen fondamental (et irréversible)
L’Europe est face à une alternative nette :
Option A — Continuer comme avant
• silence stratégique,
• accommodements discrets,
• dépendance sécuritaire maintenue.
👉 Résultat :
l’OTAN survit formellement, mais l’Europe disparaît politiquement.
Option B — Assumer un conflit de loyauté
• dire non à certaines formes de pression américaine,
• accepter une tension transatlantique,
• faire du Groenland un cas de principe.
l’OTAN est contrainte de se reconfigurer, ou de se fissurer — mais au grand jour.
6. Le paradoxe décisif : l’Europe peut sauver l’OTAN… en le mettant en crise.
L’OTAN ne peut survivre ni comme simple bras armé des États-Unis, ni comme alliance vidée de toute réciprocité.
Si l’Europe affirme une ligne claire, refuse l’instrumentalisation du Groenland, impose des règles du jeu explicites, alors elle force l’OTAN à redevenir une alliance, non une tutelle. C’est risqué mais l’alternative est la disparition silencieuse.
Le Groenland pourrait devenir :
• ce que Suez fut pour l’Empire britannique en 1956,
• non une défaite militaire,
• mais une révélation de fin de cycle.
Dans ce cas, l’Europe n’est pas la victime du basculement,
elle en est l’agent déclencheur.
• L’Europe n’est plus un spectateur passif : elle est la variable décisive.
• Le Groenland est le lieu où se révèle sa capacité — ou son incapacité — à exister politiquement.
• Ce qui est en jeu n’est pas seulement l’OTAN, mais la possibilité même d’une Europe stratégique.
Si l’Europe échoue au Groenland, elle ne perd pas un territoire. Elle perd le droit d’être prise au sérieux.
Passer de la parole à l’acte, pour l’Europe, ne signifie ni rompre avec les États-Unis, ni créer une armée arctique ex nihilo. Cela signifie changer la nature même du jeu, en posant des actes irréversibles mais non militaires.
1. Acte n°1 — Verrouiller juridiquement le Groenland (immédiatement)
C’est l’acte le plus simple et le plus décisif.
Le Danemark, avec l’appui explicite de l’UE, doit :
• réaffirmer formellement que toute modification du statut du Groenland relève :
• du droit danois,
• du droit international,
• et du consentement explicite groenlandais.
Internationaliser cette position devant :
• l’ONU,
• le Conseil de l’Arctique,
• et les partenaires de l’OTAN.
👉 Effet stratégique :
Les États-Unis passent d’une logique de pression à une logique de justification.
C’est un renversement de rapport de force.
2. Acte n°2 — Reconnaître politiquement le Groenland comme sujet (pas comme objet)
C’est ici que l’Europe peut faire ce que ni Washington ni Moscou ne peuvent faire crédiblement.
L’UE doit :
• ouvrir une relation politique directe avec le Groenland,
• reconnaître explicitement :
• son autonomie,
• ses droits sur les ressources,
• sa voix propre dans les enjeux climatiques et arctiques.
Pas une indépendance formelle, mais une subjectivation politique.
👉 Effet stratégique :
Toute tentative de contournement devient immédiatement coloniale dans sa forme.
C’est extrêmement coûteux symboliquement pour les États-Unis.
3. Acte n°3 — Lier sécurité et climat (le piège normatif)
L’Europe doit imposer un principe simple :
Aucune militarisation accrue sans engagement climatique contraignant.
Concrètement :
• conditionner toute discussion sécuritaire arctique :
• à des engagements environnementaux précis,
• à des études d’impact indépendantes,
• à une gouvernance multilatérale.
👉 Effet stratégique :
• Les États-Unis détestent ce type de conditionnalité.
• La Russie y est structurellement mal à l’aise.
• La Chine hésite.
➡️ L’Europe déplace le terrain, là où elle est forte.
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4. Acte n°4 — Forcer l’OTAN à se prononcer (moment de vérité)
C’est l’acte le plus risqué — donc le plus structurant.
L’Europe (via le Danemark, la France, l’Allemagne) doit poser publiquement la question : le Groenland relève-t-il d’une logique d’alliance ou d’une logique unilatérale ?
Autrement dit :
• soit l’OTAN reconnaît que ses membres ne peuvent pas exercer de pression territoriale entre alliés,
• soit elle accepte implicitement une hiérarchie interne.
👉 Dans les deux cas, quelque chose devient clair. Et cette clarté est préférable à l’ambiguïté actuelle.
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5. Acte n°5 — Créer un fait accompli européen (non militaire)
Enfin, l’Europe doit exister physiquement au Groenland, mais autrement que par la force.
Par exemple :
Un grand institut arctique européen au Groenland :
• climat,
• glaciologie,
• surveillance environnementale,
• données ouvertes.
• financé par l’UE,
• avec participation groenlandaise majoritaire.
👉 Effet stratégique :
• présence durable,
• légitime,
• impossible à balayer d’un revers de main.
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6. Ce que cela change immédiatement
Si ces actes sont posés :
• Les États-Unis ne peuvent plus agir comme s’ils étaient seuls.
• La Russie perd l’argument de l’OTAN comme simple façade américaine.
• Le Groenland cesse d’être un angle mort.
• L’Europe cesse d’être un commentaire.
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Conclusion (sans détour)
Passer de la parole à l’acte, pour l’Europe, c’est :
• verrouiller le droit,
• subjectiver le Groenland,
• normer la sécurité,
• mettre l’OTAN devant ses responsabilités,
• créer une présence irréversible.
En une phrase :
L’Europe ne gagnera pas le Groenland par la force, mais elle peut gagner le cadre dans lequel la force devient illégitime.
Paul Jorion :
Existe-t-il un pays qui puisse nous sortir du bourbier groenlandais ?
ChatGPT :
Là, on entre dans le scénario dynamique.
Réponse directe : le déclencheur ne peut être que le Danemark — mais la bascule ne peut réussir que si la France prend le relais politique.
L’Allemagne, elle, ne peut jouer qu’un rôle de stabilisation secondaire.
1. Le Danemark : l’acteur juridiquement incontournable
Le Danemark est le seul État européen qui ne peut pas ne pas agir.
Pourquoi ?
• Il est souverain de jure sur le Groenland.
• Toute pression américaine qui s’exerce sur le Groenland est, formellement, une pression sur le Danemark.
• S’il se tait, il entérine un précédent historique :
👉 un allié de l’OTAN peut être contourné sur son propre territoire.
Mais — et c’est décisif — le Danemark ne peut pas porter seul l’affrontement :
• trop dépendant militairement,
• trop exposé diplomatiquement,
• trop petit pour transformer un conflit bilatéral en enjeu systémique.
➡️ Le Danemark peut ouvrir la séquence, pas la soutenir.
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2. La France : le seul État capable de transformer l’incident en doctrine
La France est le seul État européen qui réunit simultanément :
• une autonomie stratégique assumée,
• une crédibilité militaire indépendante de Washington,
• une tradition diplomatique universaliste,
• une capacité à parler au nom de principes, pas seulement d’intérêts.
C’est crucial.
La France peut :
• désingulariser le Groenland : en faire un cas de principe, non un contentieux local,
• porter la question dans les enceintes multilatérales sans apparaître comme défensive,
• poser explicitement la question des limites internes à l’OTAN.
➡️ Là où le Danemark dit « ceci est mon territoire »,
➡️ la France peut dire « ceci est une ligne rouge systémique ».
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3. L’Allemagne : indispensable, mais structurellement inhibée
L’Allemagne est indispensable pour :
• crédibiliser économiquement toute initiative européenne,
• empêcher une fracture UE–OTAN,
• rassurer les États membres hésitants.
Mais elle est incapable d’initier :
• culture stratégique défensive,
• aversion au conflit politique ouvert,
• dépendance sécuritaire persistante.
➡️ L’Allemagne suit quand le cadre est posé.
➡️ Elle ne le pose pas.
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4. Le scénario crédible (en pratique)
Le seul enchaînement réaliste est le suivant :
1. Danemark
→ acte juridique clair, public, irréversible (statut du Groenland, consentement groenlandais).
2. France
→ reprise immédiate du dossier au niveau européen et multilatéral,
→ formulation doctrinale : alliance ≠ subordination.
3. Allemagne
→ sécurisation économique et politique du mouvement,
→ neutralisation des réticences internes à l’UE.
Si cet alignement n’a pas lieu :
•le Danemark cèdera silencieusement,
•la France restera dans le commentaire,
•l’Allemagne invoquera la stabilité.
Et le moment sera perdu.
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5. Un point crucial (souvent oublié)
Ni la Pologne, ni les pays baltes, ni l’Italie ne peuvent jouer ce rôle :
• trop dépendants de la protection américaine,
• trop exposés à la Russie,
• trop peu crédibles comme porteurs d’une autonomie européenne.
Les pays nordiques seuls (Norvège, Suède, Finlande) :
• sont stratégiquement centraux,
• mais politiquement trop alignés OTAN pour porter la rupture.
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Conclusion sans ambiguïté
• Déclencheur : le Danemark (nécessité juridique).
• Transformateur : la France (capacité politique).
• Stabilisateur : l’Allemagne (masse critique).
En une phrase :
Le Groenland ne deviendra un moment historique européen que si le Danemark ose dire non, et si la France ose dire pourquoi.
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