MARGIN CALL : C’EST PAS DU CINÉMA !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Quand je tends mon ticket au gars qui contrôle les entrées (il se reconnaîtra), il me regarde, puis il me dit : « Oh ! pour vous, c’est pas aller au cinéma, ça : c’est comme aller au boulot ! »

Et il a raison : c’est rare qu’on aille au cinoche et que ce qu’on voit sur l’écran c’est ce qu’on a fait pendant dix-huit ans de sa vie. Pour ceux qui ont vu le film, moi dans ces histoires-là, j’étais Eric Dale, sauf qu’on ne m’a jamais proposé de fermer ma gueule pour 171.000 dollars de l’heure, on sait comment on aurait été accueilli.

Vous l’avez déjà compris : c’est super-bien foutu. Il n’y a pas d’erreurs : on vous explique que la camelote dont on va se débarrasser auprès des clients qui vous font confiance, ce sont des produits financiers composés de tranches de MBS (Mortgage-Backed Securities), sans prononcer le nom de CDO (Collateralized Debt Obligations), on ne vous parle pas non plus de CDO synthétiques, qu’il aurait fallu mentionner si l’on avait voulu être parfaitement exact et complet, mais bon, c’est déjà bien assez compliqué comme ça.

Donc on simplifie, et on met tout ça sur une seule journée, ce qui n’est pas gênant : les situations sont authentiques (aux US, dans une grosse boîte, on est viré exactement comme ça : y compris l’agent de sécurité qui vous reconduit à la porte et les cartons d’effets personnels avec lesquels on se retrouve sur le trottoir), et les personnages sont eux criants de vérité : je n’ai aucun mal à leur mettre les noms de gens que j’ai connus à Paris, Londres, Amsterdam, Los Angeles ou San Francisco.

En appelant le big boss : « John Tuld », on vous aiguille bien sûr vers Lehman Brothers, dont le P-DG s’appelait Dick Fuld, et là on vous mène un peu en bateau (probablement pour éviter les procès) puisque l’histoire qui émerge, ce n’est ni celle de Bear Stearns (qui furent beaucoup plus honnêtes que ce qu’on voit là et qui furent les premiers à tomber pour cette raison-là justement), ni celle de Lehman Brothers, mais un condensé de la stratégie de Goldman Sachs, telle qu’elle est apparue d’abord dans le livre de Michael Lewis : Le casse du siècle (The Big Short), et ensuite dans les auditions des dirigeants de la firme devant une commission du Sénat américain en 2010.

Le P-DG affirme, contre toute plausibilité, à ses seconds : « On s’en sortira » et, incroyable mais vrai : ils s’en sont sortis, puisqu’aucun d’entre eux n’est en prison à l’heure où je vous parle et qu’ils continuent de toucher leurs bonus qui se chiffrent en millions de dollars – et c’est toujours nous qui, d’une manière ou d’une autre, les leur versons.

Si de tout cela vous vous en foutez et que la seule chose qui vous intéresse, c’est le cinéma, allez-y voir quand même : cela vaut la peine de voir dans une partie de poker menteur, Jeremy Irons en P-DG « plus cynique que moi, tu meurs » et Kevin Spacey en « company man » dont l’esprit est ailleurs puisqu’il pense surtout à sa chienne qui agonise.

À un moment, dans une bagnole sur un pont de New York, la bleusaille qui chialera plus tard dans les toilettes parce qu’il va être viré, demande : « Et les gens, les gens ordinaires ? », et l’autre, le vieux briscard, lui répond : « Les gens ordinaires : ils sont foutus ! ». C’est pour ça que Margin call, ce n’est pas Hollywood : n’allez pas croire qu’on vous raconte là une histoire, c’est pas du cinéma, c’est la vie qu’on est en train de nous faire.

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Margin Call, film américain écrit et réalisé par J. C. Chandor (2011)

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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28 réflexions au sujet de « MARGIN CALL : C’EST PAS DU CINÉMA ! »

  1. …Suite ( et fin) …
    Pour ce soir, ( oui, je sais amis Français vous êtes très occupés aujourd’hui ;-))…………….
    Cependant, ici, nous avons ( enfin!) pu récupérer l’info outre « Gare de Perpignan » ( c’est pour rire hein…Nous on vous aime )
    « Un responsable du parti conservateur grec pro-austérité Nouvelle-Démocratie a revendiqué dimanche la « première place » pour son parti, qui gouvernait avec les socialistes au sein d’une coalition depuis novembre, à l’issue des élections législatives. Les deux partis au pouvoir subissent cependant de grosses pertes. Un petit parti néo-nazi entrera au Parlement.

    « Nous sommes le premier parti, c’est clair », a affirmé sur la télévision Méga Panos Panayotopoulos, dont le parti est crédité de 17 à 20% des voix, contre 14 à 17% pour le Pasok et 15,5 à 18,5% pour la gauche radicale anti-austérité du Syriza…. » à lire sur:

    http://www.rtbf.be/info/monde/detail_grece-debacle-pour-les-deux-grands-partis-les-neo-nazis-entrent-au-parlement?id=7760276

    1. La Gare de Perpignan, le Centre du monde suivant Dali, non ?
      Qui va se déplacer à Athènes et à Madrid ces jours-ci, me dit mon petit doigt….

  2. « c’est super-bien foutu. Il n’y a pas d’erreurs »

    Bon, je vais le revoir, c’est pas l’impression que ça m’avait fait à la première vision (durant laquelle j’ai un peu somnolé, il est vrai).

  3. film extraordinaire mais, est ce que le grand public peut le comprendre ? il est un peu trop technique à mon gout

  4. lien : http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/04/fiscalite-le-petit-coin-de-parapluie-de-bnp-paribas_1696015_3234.html#mf_sid=520344513

    Fiscalité : le petit coin de parapluie de BNP Paribas

    Le Monde.fr | 04.05.2012 à 21h09 • Mis à jour le 04.05.2012 à 21h52

    Par Mathilde Damgé

    Alors que Baudoin Prot, le patron de BNP Paribas, a été amené à s’expliquer à la mi-avril devant la commission d’enquête sénatoriale sur « l’évasion des capitaux et des actifs hors de France et ses incidences fiscales », Libération est revenu dans son édition du vendredi 4 mai sur l’existence d’un fonds qualifié de « parapluie fiscal », deux ans après l’hebdomadaire Marianne. Aux questions posées sur ce fonds, le PDG aurait été « à la peine », selon la sénatrice verte Corinne Bouchoux, rapporte le quotidien.

    Et Libération d’attaquer : « BNP Paribas proclame qu’elle est irréprochable en matière de paradis fiscaux, ayant fermé ses filiales à Panama et aux Bahamas. Mais en interne, ses équipes encouragent sans complexe l’évasion fiscale pour leurs client. » Une accusation vigoureuse, fondée sur un document de la branche suisse de la banque datant de 2008 et les propos d’un cadre monégasque mettant en avant l’intérêt de la gestion « sous mandat » (c’est-à-dire déléguée à un professionnel) dans un contexte post-crise, de régulation renforcée et de lutte contre les paradis fiscaux.

    PLUS DE 600 FONDS DE CE TYPE

    Or, ce n’est pas le mode de gestion ni le fonds lui-même qui posent problème. Il en existe plus de six cents de ce type au Luxembourg (la plupart des fonds, même commercialisés par des sociétés françaises sont domiciliés au Luxembourg, ou en Irlande, pour des raisons de fiscalité mais aussi d’ingéniérie financière et administrative).

    Par ailleurs, le nom du fonds « Luxumbrella », contraction de Luxembourg et umbrella (« parapluie », en anglais) indique peut-être une intention de se protéger de quelque chose, mais, techniquement le fonds parapluie désigne une enveloppe globale détenant une gamme de sous-fonds (voir la liste des compartiments de Luxumbrella sur le site de l’agence Bloomberg), ce qu’on appelle aussi des « fonds de fonds ». Un type de produit très généralisé et qui existe aussi en France. Et enfin, le terme intrigant de « gestion discrétionnaire » veut dire privée, à l’inverse de collective, et n’implique donc pas nécessairement un secret bancaire ou une manœuvre honteuse.

    « Le fait de structurer un produit haut de gamme en Sicav luxembourgeoise est très classique : la réglementation étant plus souple, cela permet d’investir dans une gamme plus vaste de produits (c’est donc un avantage pour les clients privés) », avance une ancienne cadre de BNP Paribas. De plus, pour un fonds institutionnel, les encours de Luxumbrella ne sont pas très élevés (902 millions d’euros au 31 mars, à comparer avec les 1 400 milliards de dollars du fonds des pensions d’Etat japonais, par exemple).

    Si trois mille mandats ont été distribués, comme l’a indiqué un porte-parole de la banque, le montant moyen du mandat cabote donc autour de 300 000 euros. « Autant dire que ça commence plus à ressembler à du wealth management » (gestion de patrimoine pour une clientèle fortunée), commente Fabrice Guez, responsable de formations chez First Finance. Autrement dit, pas un parapluie pour les petits épargnants. Et non, comme le sous-entend le témoignage du cadre monégasque recueilli par Libération, « l’enveloppe de référence pour la majorité des clients européens ».

    « PAS MORAL, PAS NON PLUS ILLÉGAL »

    Ce qui pose problème, c’est la fiscalité du mandat, appelé « First ». Ou plus exactement son absence de fiscalité. Pour dire les choses simplement, quand un particulier souscrit un fonds domicilié au Luxembourg, il est redevable d’un impôt sur l’épargne de 35 %. Or, les produits destinés aux investisseurs institutionnels (banques, fonds de pensions, compagnies d’assurances), les « zinzins » ou « investisseurs qualifiés » dans le jargon, sont exonérés de cet impôt. La loi luxembourgeoise précise que « en matière de fiscalité des revenus de l’épargne sous forme de paiement d’intérêts, les distributions effectuées par ces fonds d’investissement spécialisés se font sans retenue à la source ». « Elles ne sont pas imposables dans le chef des contribuables non résidents », conclut-elle.

    La solution trouvée par BNP Paribas vise à créer des mandats destinés aux particuliers (« investisseurs non qualifiés ») et regroupés dans un fonds relevant du droit, plus avantageux, des institutionnels. « Le produit existe depuis 2005 et il est parfaitement légal, juge Fabrice Guez. S’il y a un vide juridique, je ne vois pas ce qui empêcherait BNP de s’engouffrer dedans. Ce n’est peut-être pas moral, mais ce n’est pas non plus illégal. »

    PAS VU, PAS PRIS

    Reste que le tour de passe-passe léserait l’Etat d’environ 2,3 millions d’euros par an, selon les propres calculs de la banque. Et qu’il est bien dissimulé. Le Luxembourg, la Belgique, l’Autriche et la Suisse ont en effet obtenu une dispense d’échange automatique d’informations avec les autres pays, contre versement d’un précompte mobilier sur les produits de l’épargne. De plus alors que la directive baptisée « Ucits » a pour but de renforcer la transparence en harmonisant la gestion collective en Europe, elle ne s’applique pas aux fonds institutionnels.

    Luxumbrella n’est donc pas le seul à blâmer. La banque suisse UBS a été attaquée en début d’année sur son système d’évasion et de fraude fiscales. Et d’autres possibilités existent pour permettre aux particuliers d’échapper à l’impôt sur l’épargne, ne serait-ce que très basiquement avec un compte à terme dans un pays où la fiscalité est plus avantageuse. « Mais, là, on est dans l’illégalité en tant que contribuable, si on ne le déclare pas, précise Fabrice Guez. Or, les banques sont un peu dans ce double discours d’aider les clients à trouver des solutions avantageuses tout en se défaussant en cas de problème… »

    Mathilde Damgé
    Secteur bancaire et assurance

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  5. Film très intéressant. Bien réalisé, bien joué. La tension est palpable du début jusqu’à la fin, bien qu’il n’y ait aucun éclat de voix.
    A un moment, le PDG descend voir sa collaboratrice de la gestion des risques et lui explique qu’il a besoin d’un fusible, elle en l’occurence. Elle essaie de se défendre, de protester, en expliquant qu’elle l’avait prévenu depuis un an. Dans une réplique très courte et calme, il lui explique qu’il ne vaut mieux pas jouer à ça avec lui. On comprend alors qu’elle n’est pas plus propre que lui… que tout le monde est mouillé jusqu’au cou. Bref, la séparation entre le métier de banquier et celui de parrain de la mafia est plus que ténu… y en a t-il encore une d’ailleurs ?

  6. @ Iorion

    c’est ce qu’on a fait pendant dix-huit ans de sa vie.

    Et vous voilà plus à votre aise pour vous en prendre( en en connaissant toutes les difficultés, du moins plus que d’autres) à ceux qui gagnent à l’aise (fam) leur bien-être sans se gêner pour nous anéantir. Le langage peu châtié de ce billet, se chatoie cependant de belles formules :
    – « c’est super-bien foutu… »
    – « Si de tout cela vous vous en foutez… »
    – « Les gens ordinaires : ils sont foutus ! ».
    Car dans un monde perdu, ruiné et demain condamné ?…,
    pas étonnant, de se sentir vraiment mal foutus.
    Le pari est de savoir si maintenant, nous serions capables de leur dire, nous gens ordinaires :
    On se contrefout de votre camelote ! Reprenez-la, mettez-la dans vos cartons !
    Et allez vous faire spéculer… !! ou bien : Envoyons-les sur les roses !!
    Pour finir, une petite remarque :
    Ce qui est assez drôle, c’est que dans le dico, juste après l’adjectif FOUTU, UE.
    on trouve et c’est pas une blague :
    George FOX (1624-1691) Fondateur, anglais, de la secte des quakers*. Convaincu d’être appelé par le Saint-Esprit, il commença à prêcher en 1647. (Le Robert)
    Et du Saint-Esprit au service du Saint-Esprit, il n’y a qu’un pas. Du bon au meilleur, en soit.

    1. Philfill:
      Votre remarque liminaire est incontestable!
      Outre les variations sur foutu, il y a:
      le « gars qui », au boulot, cinoche, fermer sa gueule, camelote, bleusaille, se faire virer…
      🙂

  7. « c’est pas du cinéma, c’est la vie qu’on est en train de nous faire. »
    « Les gens ordinaires : ils sont foutus ! »
    Est-ce une réalité ou une vérité que vous nous assenez là ?
    On commence quand la chimio de groupe ?

  8. Je suis d’accord : c’est un très bon film.
    Le seul reproche que je peux lui faire est de ne pas forcément captiver le spectateur lambda…et qui risquera de s’y endormir ou de ne rien comprendre…

  9. Moi, j’ai été passionné du début à la fin…
    Si on regarde dans l’ordre Inside job puis margin call, c’est un cocktail qui détonne !

    Attention SPOILER:

    Je trouve le personnage de Kevin Spacey tout à fait intéressant. Le choix qu’il doit faire entre l’entreprise, son esprit « corporate » et la part de lui qui se réfère à la société dans son ensemble, son coté humaniste, nationaliste, moral,…

    Il est clairement le héros du film et pourtant, il fera le mauvais choix (d’un point de vue moral). C’est paradoxal, mais on ne lui en veut pas malgré ça. Et ça nous remets en question. C’est la force qu’a se film car en romançant l’histoire, il fait forcément appel à notre capacité d’identification et nous oblige à porter un regard moins catégorique sur « le monde de la finance ».

    Pour résumer mon propos, inside job nous met les nerfs contre ces gars, margin call ramène la balle au centre (ce ne sont que des humains dans un contexte).
    Ce qu’il faut faire évoluer donc, c’est le contexte, les hommes s’adapteront comme toujours.

    1. (ce ne sont que des humains dans un contexte).
      Ce qu’il faut faire évoluer donc, c’est le contexte, les hommes s’adapteront comme toujours.

      Mouais… le contexte qui fait les hommes ou les hommes qui font le contexte ? l’œuf ou la poule ?
      C’est chouette le contexte, on peut faire n’importe quoi, de toute façon c’est la faute du contexte !

      Et ça nous remets en question. C’est la force qu’a se film car en romançant l’histoire, il fait forcément appel à notre capacité d’identification et nous oblige à porter un regard moins catégorique sur « le monde de la finance ».

      Ben non, parce que dans la finance, la majorité elle n’y bossera jamais. C’est là la grande force du cinéma : susciter l’empathie du spectateur pour des acteurs jouant des personnages inspirés de la vie réelle, ici le monde de la finance, qui n’ont que mépris pour « le citoyen ordinaire ».

  10. Excellent film qui m’a passionné. J’ai été surpris ! D’abord par le nombre de spectateurs. Environ 100 personnes le 8 mai dans une salle de Nice. Jeunes, retraités, couples… Ensuite par la qualité du huit clos et du jeu des acteurs. Je suis ressorti un peu sonné. La puissance de l’argent est absolument fantastique ou formidable. En tout cas elle est à craindre. Proposer 1 million de dollars à un junior ou un senior, et il obéira aveuglement pour vendre des MBS pourries, de la drogue, …. L’argent fabrique des psychopathes. L’argent rend fou ?

  11. Les tentatives de justifications que les personnages se donnent les uns les autres doivent être assez communes, quand le salaire ne suffit plus à rassurer, en situation de crise.

    Dans le flot du film, c’est surtout pour eux l’absence d’alternative qui crêve l’écran « il n’y avait pas d’autre choix ».

    En sortant du film, besoin de se construire des alternatives, pour ne pas étouffer d’écoeurement: tant d’autres activités ne font que si peu sens.

  12. Merci ! On va aller voir ça dès que possible. Il y a eu un autre film américain, là, que j’ai raté, et qui parlait aussi de 2008, c’est comment encore ?

  13. Ce film m’a également captivé. Je ne travaille pas dans la finance, mais les mécanismes évoqués sont en fait très généraux. Toutes les entreprises doivent pratiquer l’analyse de risque en termes opérationnels, puis in fine en termes purement financiers. Je vis dans mon entreprise depuis quelques années un glissement progressif au profit d’une analyse exclusivement économique, très abstraite qui s’accompagne d’une centralisation de la prise de décision à l’extrème. Seul le PDG sait quand  » s’ arrette la musique » et siffle la fin de partie. La structure est totalement déresponsabilisée. Cette évolution est justifiée par l’incapacité des acteurs en charge du risque opérationnel à garantir la survie de l’entreprise. Toute approche raisonnable aujourd’hui dans la plupart des secteurs d’activité consisterait à rendre l’argent aux actionnaires et se mettre au chomage. Comme ce film l’explique très bien, les banques ne sont que la partie la plus visible d’une posture générale qui permet de continuer (temporairement) à vivre collectivement au dessus de nos moyens. On fait de l’argent (virtuel) avec de la confiance (tant qu’il y en a).

  14. J’ai vu Margin Call hier.
    À mes yeux, c’est un produit complètement hollywoodien !
    Dans le sens où, malgré tout ce que vous en dites, qui n’est pas faux, le montage, la photographie, la bande-son, la dramatisation, sont typiques du cinéma industriel américain, qui nous a infligé par exemple de si nombreuses illustrations de la condition humaine et de la douleur de vivre …dans le milieu des gangsters milliardaires et chics.
    La grandeur de l’événement est pour l’essentiel celle que les personnages leur prête, et l’insignifiance dans laquelle baignent leurs émois de golden boys est assez manifeste.
    Par rapport, à la longue tirade du patron au restaurant des cadres, sur le thème « ça a toujours été comme ça, et nous n’y pouvons rien », je ne suis pas sûr que le film donne des éléments qui permettent d’en asseoir la critique. C’est bien plutôt le message « ce sont des salauds, mais c’est comme ça la réalité », et donc finalement on est dans une publicité pour la doxa néo-libérale. Ces types sont des héros, et ils vivent une vie passionnante. Rien à voir avec le documentaire Inside job, qui présente une démolition en règle de cette idéologie et de ce milieu professionnel.
    Le film rend de façon assez convaincante le fait que ces types pleins aux as sont complètement dépendants de leurs émoluments, ce qui est le cas du chef d’étage Sam Rogers, joué par Kevin Spacey, acceptant, malgré ses objections de conscience, de défendre le choix du patron auprès de son équipe, parce qu’il a besoin de son salaire. Là aussi, la morale de l’histoire semble nous dire que c’est inévitable.

    1. Inside job en revanche, chapeau !
      Ce film a eu du succès, mais une oeuvre de salubrité publique pareille n’en aura jamais trop.

      Je ne trouve que deux mentions d’Inside job dans ce blog, à part ce que j’en dis ici, et ça me paraît vraiment peu:
      une ici, annonce d’une soirée avec le film et la présence de Paul avec juste un commentaire signé ºC – Inside job, alias La cassure de 1974 , et une deuxième là, où Paul cite trois lignes de Charles Ferguson, le réalisateur du film.

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