LE VIF/L’EXPRESS, Le jour où l’on voulut moraliser la finance, 12 – 18 avril 2012

Ma chronique pour l’hebdomadaire belge. L’article, sous la forme où il a paru.

Le 23 octobre 2008, c’est le jour où l’on a voulu moraliser la finance. Le projet a suscité l’enthousiasme. Il est même devenu si populaire qu’on imagine depuis que l’idée est une idée ancienne et qu’on a « toujours » voulu moraliser la finance. Or, ce n’était pas le cas, l’idée était neuve : avant, on pensait autrement.

L’idée était dans l’air cependant. Un peu moins d’un mois auparavant en effet, le 25 septembre, M. Sarkozy, président de la République Française, avait prononcé le Discours de Toulon, où il disait ceci :

« La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme, le refonder sur une éthique, celle de l’effort et celle du travail […] L’autorégulation pour régler tous les problèmes, c’est fini. Le laisser-faire, c’est fini. Le marché tout-puissant qui a toujours raison, c’est fini. […] Si l’on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme financier est une priorité. »

Si je retiens plutôt la date du 23 octobre, c’est que ce jour-là, une commission du Congrès interrogea assez rudement pendant quatre heures M. Alan Greenspan, président de 1987 à 2006 de la Federal Reserve, la banque centrale américaine, à propos de la « main invisible » évoquée en son temps par le philosophe écossais Adam Smith (1723 – 1790), une main invisible guidant l’économie vers le plus grand bien-être de la communauté dans son ensemble, et résultant des actions égoïstes des hommes et des femmes dont les actes combinés constituent l’activité économique.

Dans son fameux ouvrage intitulé La richesse des nations (1776) Adam Smith écrivait ceci : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage ».

Quel rapport me direz-vous entre la moralisation de la finance et la main invisible d’Adam Smith ? Eh bien, le rapport est très simple : en cet automne de l’année 2008, la première est appelée à remplacer la seconde. La moralisation de la finance est invoquée comme le moyen d’empêcher les catastrophes financières – comme celle qui vient alors d’avoir lieu à la suite de la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers – parce que la main invisible d’Adam Smith a échoué à le faire (*).

Parce que depuis l’époque d’Adam Smith, on y a cru, à la main invisible : on a cru que « les vices privés font les bénéfices publics », comme disait Bernard Mandeville (1670 – 1733), un prédécesseur hollandais du philosophe écossais. Avant eux, on pensait comme on pense à nouveau depuis le 23 octobre 2008 : que pour moraliser la finance, il faut que les financiers adoptent un comportement moral.

Comme son prédécesseur Galilée, Alan Greenspan finira par abjurer sa foi. Le Congressman Henry Waxman l’accuse : « Vous étiez sans aucun doute l’avocat le plus éloquent de la dérégulation. Vous avez été un partisan convaincu du laisser-faire envers les marchés dont vous attendiez qu’ils se régulent eux-mêmes. […] La question que je vous adresse est très simple : « Vous êtes-vous trompé ? » » Et Greenspan de lui répondre alors, et dans le style qui lui est habituel : « J’ai dû constater une erreur dans le modèle qui me semblait être la structure fonctionnelle essentielle définissant la manière dont opère le monde ».

On apprendrait en 2010 qu’au plus fort de la crise, la firme Goldman Sachs avait, avec l’aide de hedge funds, créé des titres financiers constitués de prêts subprime, conçus pour être délibérément de la pire qualité possible, pour pouvoir parier sur leur toxicité, tandis que les clients de la firme étaient encouragés à parier eux sur leur bonne santé. La stratégie contribuait bien entendu à précipiter l’effondrement du système financier tout entier. Cela confirmait, sans grande surprise, que quand les choses vont mal, le comportement égoïste peut consister à se précipiter vers la porte de sortie, en piquant même au passage le portefeuille de ceux qui se font piétiner.

Certains, par leur attitude en 2008, avaient donné tort à Alan Greenspan, et à la malheureuse main invisible d’Adam Smith. Du coup, le seul choix qui nous reste, c’est de moraliser la finance !

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(*) C’est Michèle Leclerc-Olive qui a attiré l’attention sur le renversement qui a lieu alors, sur le fait que l’on s’est mis à parler de « moraliser la finance » alors que l’on supposait jusque-là que la finance s’autorégulait.

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131 réflexions sur « LE VIF/L’EXPRESS, Le jour où l’on voulut moraliser la finance, 12 – 18 avril 2012 »

  1. L a difficulté se trouve dans le fait que les acteurs du jeu économique et social aient intériorisé ce type de réaction…Comment réintériorise-t-on la notion de d’ensemble commun ( non castrateur de l’individu) et de modèration?

    1. Faut que vous lisiez le billet de Jorion consacré à Structure et sentiment ou que vous lisiez Dans La crise du capitalisme américain le chapitre consacré aux processus émergents, pp. 206-208
      Mon commentaire plus haut essayait d’en résumer la thèse, mais rien ne vaut la prise de connaissance de la source originale. Les rôles respectifs des individus et de la structure dans la perspective du changement y sont très bien expliqués.

  2. Comme son prédécesseur Galilée, Alan Greenspan finira par abjurer sa foi.

    Comment ??? Galilée était un vrai scientifique, ses déductions n’avaient rien à voir avec la foi, mais avec une démarche scientifique basée sur la confrontation de la théorie avec l’observation.

    Greenspan est plutôt à mettre du côté des inquisiteurs, des gardiens du dogme, mais un inquisiteur qui tout penaud aurait reconnu que Galilée avait raison…

    1. « mais avec une démarche scientifique basée sur la confrontation de la théorie avec l’observation. »

      C’est plus compliqué que cela malheureusement. Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009), p. 330-331.

      C’est à Crombie que l’on doit la formulation la plus exacte de ce qui nous apparaît aujourd’hui comme la coupure décisive intervenant avec la nouvelle cosmologie qui naît à cette époque : « Le changement capital introduit par Galilée, avec d’autres mathématiciens platonisants, comme Kepler, dans l’ontologie scientifique, fut d’identifier la substance du monde réel aux entités mathématiques contenues dans les théories utilisées pour décrire les « apparences » » (Crombie 1953 : 310).

      Le qualificatif « platonisant », s’il s’applique à juste titre à Descartes, qui peut découvrir le monde entier sur le mode déductif, sans quitter sa chambre (sa « chaudière »), est cependant inapproprié pour Kepler et Galilée dans la mesure où ce qui caractérisera leur coup de force ce sera (dans un geste typiquement non-platonicien) de prendre « au sérieux » un mythe qui avait été jusque-là reconnu comme indiscutablement « fictif ». Quel que soit le mépris affiché par Galilée (dans le Dialogue comme dans L’essayeur) à l’encontre des Pythagoriciens et sa sympathie affichée pour les Platoniciens (cf. Koyré, « Galilée et Platon » in 1973b), sa démarche effective est bien plus pythagoricienne que platonicienne [1] si l’on admet avec Aristote (Métaphysique, A, 6) que, comme on l’a vu, Platon « place les nombres en dehors des objets sensibles, tandis que les Pythagoriciens prétendent que les choses mêmes sont nombres » (Aristote 1981 : 62). Ceci est à rapprocher des passages des Discours et démonstrations mathématiques concernant deux sciences nouvelles où Galilée insiste sur le fait que la matière est constituée d’un nombre infini de parties indivisibles et sans grandeur (1970 [1638] : 32-33, 37) ; ce que Redondi commente ainsi : « nous ne sommes plus dans le monde matériel de la physique, mais dans l’abstraction mathématique » (Redondi 1985 : 27). Nous sommes en fait au sein de la Réalité-objective qui, pour Galilée est abstraction mathématique.



      [1] La confusion s’explique cependant partiellement par le fait que, pendant la première partie du Moyen Âge, ne fut connu de Platon que le Timée, le plus pythagoricien de ses dialogues (Burtt 1980 [1924] : 53).

      1. Mr Jorion, j’ai votre livre « Comment la vérité et la réalité furent inventées ». Je relirai les passages en question…
        Il est certain que je raisonne (enfin j’essaye), avec le recul que nous avons aujourd’hui.
        Et il est non moins certain que le contexte intellectuel du XVIième siècle était différent du notre, ceci n’empêche pas que Galilée a ouvert la voie à ce qui allait devenir la démarche scientifique moderne.

  3. « Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé. » Alan GREENSPAN

    Cet homme a des idées claires…

    1. Je l’ avais oubliée celle- la. Tellement vraie! Et pas seulement dans la bouche de Greenspan! Le nombre de fois oú j’ai l’impression d’entendre la tirade de Lucky!

      1. C’est juste le modus vivendi des manipulateurs. Un peu d’embrouille pour perdre le nord, et le pognon suivra…

  4. « Montesquieu Moraliste », C. Rosso :

    Un historien comme Albert Sorel conclut son étude sur Montesquieu ( à bien des égards encore estimable aujourd’hui) par ces paroles trop vagues pour être vraiment critiques : Il représente notre esprit national dans ce qu’il a de plus précis, de plus large, de plus généreux et de plus sage. (1887)

    Et, d’autre part, il ne manque pas d’exégètes pour voir dans cette France du Sud-Ouest où Montesquieu a vécu, une sorte de lieu idéal où la sagesse et l’équilibre trouvaient (..) leur expression privilégiée (..)

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    http://www.franceculture.fr/emission-la-grande-table-a-bordeaux-comprendre-la-justice-a-la-lumiere-de-montesquieu-l-architecture

    (16 avril 2012)

    Question de la séparation des pouvoirs , 1ère partie :

    Que reste-t-il de la séparation des pouvoir en 2012 ?

    – Noël Mamère a dit ce matin, « il n’y a pas de contre-pouvoir au pouvoir de l’Etat », qu’en pensez-vous, en 2012 (Jacques FAGET, Pascal JAN, Jean TERREL) ?

    – Terrel : phrase excessive, qui voudrait dire qu’il n’y a plus du tout de démocratie en France, affirmation contestable, mais Mamère veut pointer une évolution sans doute des institutions de la 5è république, et le fait que la présidentialisation du régime s’est fortement accentuée pendant les 5 dernières années, et je voudrais d’ailleurs signaler un point qui n’est pas du tout abordé par Montesquieu quand il parle de la séparation des pouvoirs, le fait qu’en France, le Pdt de la république cumule deux fonctions, distinctes, ce qui n’est pas le cas en Uk ou RFA, à savoir une fonction d’incarnation de la république, extrêmement symbolique, et qui est celle du monarque anglais par ex, et puis une fonction du chef du gouvernement (…) il me semble que (Mamère) décrit plutôt une tendance un risque, qu’une réalité actuelle.

    – Jan : Je n’en pense pas grand-chose, de son affirmation (à Mamère), parce qu’il y a des contre-pouvoir dans une société (…) pas forcément institutionnels, l’opposition, les juridictions, les médias, les régions, ensuite effectivement la séparation des pouvoirs est au coeur de la démocratie, toute la question est de savoir laquelle, parce que lorsqu’on parle de Montesquieu on parle de 1730, or nous sommes au 21è s, ce n’est pas La séparation des pouvoirs qui est en jeu mais LES séparations des pouvoirs, puisqu’aujourd’hui nous sommes dans des démocraties dites majoritaires, pouvoir exécutif, pouvoir législatif, pouvoir judiciaire, n’a plus grand sens aujourd’hui : La véritable séparation des pouvoirs aujourd’hui, elle est entre le pouvoir majoritaire et le pouvoir minoritaire (…)

    – FAGET : Je pense qu’il faudrait définir ce qu’on entend par pouvoir, (..) on assiste à une transformation de la nature du pouvoir, par érosions successives, du modèle dominant, si bien qu’aujourd’hui, il y a des « restes », de la tradition centralisatrice française, verticale etc, mais on voit de plus en plus se développer de micro-pouvoirs qui ont une influence colossale, pouvoirs horizontaux, distribués, et, il faut avoir une vision institutionnelle mais aussi sociologique du pouvoir, en actes, dans la vie quotidienne…

    FR C : Séparation des pouvoirs, ou balance des pouvoirs ? Montesquieu prônait plutôt équilibre des pouvoirs, qu’une réelle séparation, indépendance, autonomie.

    – Terrel : C’est vrai que le mot séparation que l’on utilise toujours, est inapproprié puisqu’en réalité, il n’y a qu’à lire le chpt sur la constitution de l’Angleterre, pour voir par ex que l’exécutif participe à l’élaboration des lois, donc il n’y a pas en ce sens séparation des pouvoirs, c’est plutôt un problème de rapports de force, d’équilibre, et 2nd point on lit souvent ce chapitre de façon isolé, du coup on a une perspective un peu réductrice, réduite au droit publique, alors qu’en réalité derrière l’équilibre constitutionnel il décrit manifestement un rapport des forces sociales, donc il ne sépare pas le politique et le social, cf 2nd chpt de l’Esprit des lois, où il est bcp plus concret que dans le célèbre chp 6. C’est plus moderne, là il décrit effectivement un rapporte entre une majorité et une minorité, un système bipartisan, bcp plu sen phase avec la réalité actuelle…

    -JAN ; je souscris…en fait en Fr depuis 1789 on a mal lu Montesquieu : L’équilibre des pouvoirs chez M découle de l’équilibre des puissances sociales. C’est une analyse sociologique avant d’être juridique, et nous on a fait uniquement une interprétation juridique. Les puissances sociales à l’époque c’était le Roi, la bourgeoisie, et les nobles, et la logique de M était que la collaboration fonctionnelle et non la séparation devait conduire à la liberté. Mais à l’époque, c’était une société à ordre, cette société a disparu en 1789 et aujourd’hui on est bien dans une société unitaire, avec de la divergence, mais du coup cette analyse juridique telle qu’on la présente n’a plus grand sens. C’est là où on fait des erreurs depuis 1789, et aujourd’hui la question est comment on assure les libertés, la modération, séparation du pouvoir exécutif et législatif, ça n’a aucun sens : Dans une démocratie majoritaire, le p exécutif est lié au p législatif, il n’y a pas de contre-pouvoir réellement, et les démocraties avancées ont effectivement attribué des compétences à l’opposition, parce que c’est eux qui amènent la modération dans la société. On raisonne toujours sur une analyse juridique complètement obsolète de 1789 et on n’en sort pas….

    – Faget : Approximativement : notre vie collective repose sur des fictions, qui doivent aimanter nos désirs vers toujours plus de démocratie, d’indépendance, etc, La Fr ne peut plus être considérée comme le parangon de l’équilibre des pouvoirs à l’heure actuelle, Il faut améliorer l’indépendance de la Justice.

    -Jan le pouvoir judiciaire est un véritable pouvoir. Mais il pourrait ne pas exister, si personne ne le saisit il n’existe plus.

    Terrel : L’exigence de contre-pouvoirs est encore plus actuelle qu’à l’époque de M, c’est qu’en réalité il me semble que tous les progrès de la démocratie, par ex le suffrage universel, portent leur ombre : il faut bien voir que s’il n’y avait pas eu le suffrage universel, on n’aurait eu ni Mussolini ni Hitler, bon, et le fait que la société civile devienne de plus en plus visible, il y a un poids énorme de l’opinion publique, qui joue un rôle démocratique, il faut bien voir que c’est aussi pour l’autorité en place,de gouverner de façon bcp plus directe, fine détaillée, thème vu par Foucault, – les progrès de la D sont aussi les risques de la D. On n’est pas dans un schéma linéaire, etc…

    1.  » cette France du Sud-Ouest […] une sorte de lieu idéal où la sagesse et l’équilibre trouvaient (..) leur expression privilégiée  »

      Je suis sûr que vigneron a dû avoir un moment d’arrêt et ensuite de perplexité en lisant cela.

      1. Je verrais assez bien le changement en cours (de régime politique voire de civilisation) comme un basculement du pouvoir droite/gauche en jacobin/girondin.
        Moi je suis pour la Gironde: il y a du pinard!

  5. Comment imposer du sens de commun à des praticiens motivés par l’égoïsme ? Ne recourir qu’à la seule puissance discursive, bien nécessaire pour autant, n’y suffit pas. Pas plus que les actions impensées. Activisme et irénisme se frottent encore, peut-être plus précisément que jadis. Des enfants naquirent-ils du couple rongé ou de la copule rognée entre Alcibiade et Socrate ? Ont-ils grandis ? Sont-ils devenu adultes ? Autonomes ? Libres ? Jouent-ils ensemble ?

  6. Quelques points m’interpellent par rapport à ce résumé.

    La première chose, c’est que la citation d’Adam Smith parle de boucher, de boulanger, ou de ces choses… Or, ces métiers sont en prise relativement directe avec un client, et concernent des marchandises réelles. Peut-on dire cela du « marché » appelé à être moralisé ?

    Par ailleurs, si l’intérêt du boulanger ou du boucher est de faire de son mieux pour gagner de l’argent (dirai-je pour simplifier), son intérêt est aussi de ne pas perdre son client… Et donc, de jouer sur la qualité et/ou le prix. Si on se place dans la réciproque, cela veut aussi dire que le client a un pouvoir à exercer, donc ça me ramène aux considérations sur le rapport de force proposées ici.

    Dernier point, plus mathématique.
    Si la théorie d’Adam Smith dit que la main invisible consiste à exploiter les égoïsmes des producteurs pour les inciter à faire mieux et/ou moins cher parce que c’est ainsi qu’ils font leur beurre, les clients ne récoltant le bénéfice qu’en corollaire, alors il est logique que ce système conduise aussi à des crises. C’est même intrinsèque.
    On peut voir les choses comme une sorte de boucle basée sur un comportement test (baisser le prix, augmenter la qualité…) et si le test est réussi, alors le comportement est validé et amplifié, ce qui doit amplifier le résultat.
    Partant de là, si le comportement test est destructeur (paris à la baisse…), alors le comportement ne peut que s’amplifier, dans la mesure où il crée de l’argent pour ceux qui le pratiquent, et que c’est la seule condition de réussite considérée.

    Cela présuppose qu’il y aurait une grandeur qui, quelque part, changerait de signe, ou constituerait une limite entre l’amplification de la richesse, et l’amplification de la destruction de la richesse. Est-ce qu’elle existe réellement ?
    Par ailleurs, une des limites est qu’il n’y aurait qu’une seule condition de réussite. Il faudrait songer à en mettre plus.
    Enfin, ce système est intrinsèquement divergent, puisqu’il conduit à une augmentation illimitée de la destruction ou de la richesse. Normalement, un tel système ne doit pas exister bien longtemps… Sauf à ce qu’il y ait des mesures contracycliques qui permettent de tendre vers un équilibre, ou bien qu’il y ait une corrélation entre le coefficient de départ, et la richesse totale, qui provoquerait l’inversion, et on aurait un système périodique.

    Je ne suis pas du tout économiste, je n’y connais rien, j’essaie juste de mettre du sens à tout ceci. Est-ce que ça en a ?

    1. La richesse locale n’est pas statique et dépend fortement de l’innovation (inquantifiable). Cette dernière est justement en panne en €. L’énergie bon marché favorise la multiplication des systèmes de valeurs dans toutes sociétés. La description atomiste de l’homo economicus(bottom-up) est morte. Il me paraît vain d’y rechercher un quelconque modèle prédictif.

  7. Que penser de Sebastien Bohler, neurobiologiste qui nous explique le comportement des accros au pouvoir, de quelque origine qu’il soit?

    videos.arte.tv (découvert sur Bellaciao d’hier)

  8. Je ne comprends pas très bien la comparaison Adam Smith – milieu financier. Les artisans dont parle Smith agissent en effet en egoiste (socialisé), car la bonne qualité se vend mieux qu’une mauvaise, et si l’affaire prospère, d’autres en profiteront…….
    Ce que font les acteurs de la finance est d’un autre monde: ils utilisent l’argent – qui est devenu au fil des temps une marchandise – comme arme pour s’enrichir. Le produit financier remplace le colt. Ce far-ouest a pris des dimensions que personne a prévu, et même un type comme Alan Greenspan a souligné, lors d’une réunion, qu’il faut des régulations, c’est-à-dire le contrôle de l’état. J’étais surpris quand j’entendais ces paroles de la bouche d’un « magicien » de l’ultracapitalisme.

    1. http://www.youtube.com/watch?v=LOMx0jhz9kY&feature=related
      Gilbert Laffaille – Le Président et l’éléphant (1977)
      VGE, visé par ce triste blues ( une intuition…) était ami et mentor
      de son copain espagnol. Une expérience de jeunesse ne s’oublie pas. Répétition jusqu’à ce que mort s’en suive.
      Lire « memoire de 7 vies » de JF Deniau, Académicien, Combattant,
      ENA, Rédacteur européen par acclamation de ses pairs etc…
      et Cabotin. Mais quel courage…

    2. dire que les anglais ont interdit à leurs nobliaux, la chasse à courre au renard ….on a les gibiers qu’on peut !

  9. Admettons que la question soumise à notre sagacité collective, par Paul
    soit  » La finance peut-elle être moralisée ? ».
    On pourrait lui faire subir une lègére translation et elle deviendrait
     » Doit-elle êtres sauvée ? ».
    La finance n’est qu’un outil prodigieusement développé d’une « idéologie »
    sans corpus clair, orpheline d’auteur et sans chef d’orchestre; une création collective…
    Cette « idéologie » a pour nom, par commodité, libéralisme.
    La question  » La finance doit-elle être sauvée ?  » devient par glissement
    insensible – Daumier a montré l’exemple-  » Le libéralisme est-il tolérable ? ».

    Je dis que non, pas sous sa forme actuelle.
    Le libéralisme et sa finance associée ne sont pas l’ami du genre humain.
    Il exhibe pour preuve de son efficacité que toute source de richesses
    est ou sera exploitée, d’ici au fin fond des Orénoques.
    C’est précisément ce qui est en train d’être épuisé.
    Il procède lentement et en détail; rien de commun avec la brutalité du nazisme,
    par exemple. Il tue avec assez d’habileté pour que sa responsabilité reste
    longtemps insoupçonnée. Mais il mutile, il tue, au propre et au figuré.
    Le cout humain et écologique du libéralisme actuel est devenu au sens propre
    insupportable.

    Ses acteurs, ses responsables, ses vedettes, ses penseurs ou théoriciens
    sont individuellement responsables, et la lie de l’humanité.
    Aucun matelas de billets, aucune des garanties matérielles qu’ils s’accordent
    si généreusement ne pourra cacher cette vérité humaine.
    On imagine facilement que le tribunal des victimes les condamne sereinement.

    Le devoir humain est de s’ opposer au libéralisme, sans se compromettre à étudier
    sa réforme; réforme qu’ il refusera parce que le préalable, la condition qu’il pose à tous, est qu’il reste libre. L’opacité est la condition de son bon fonctionnement interne. C ‘est précisément cette opacité aux regards de la Démocratie,
    défendue avec la dernière énergie, qui le disqualifie..
    L’ accepter en agitant des questions adventices est vain.

    La finance doit d’abord subir un dégraissage de 80% ( honneur à Paul),
    son emprise sur le monde réduite à une proportion supportable,
    par un encadrement légal et règlementaire sans garantie de stabilité
    ni de cohérence. Le but est de la rendre difficile et sans intérêt pour ses
    professionnels.  » La finance est mieux quand elle est ennuyeuse », ou la règle
    des 3-4-5 , « emprunter à long terme à 3%, prêter à court terme à 4%,
    fermeture à 5 heures  » est une proposition révolutionnaire, lue chez Lordon.
    Elle en vaut bien d’autres pour domestiquer le libéralisme, en affaiblissant son outil principal.
    Tout ce que le libéralisme a réalisé de « positif » par son hubris démesuré
    peut l’ être par des moyens à dimension humaine, sous contrôle démocratique.
    L ‘espace de liberté et d’initiative reste immense, question d’intelligence
    et de moral…

    1. La seule chose qu’ils opposeraient à ta troisiéme question

      Le libéralisme est-il tolérable ?

      , c’est que c’est le seul système qui marche….MAL mais c’est le seul. C’est ce qu’il ont suggéré lorsque M.Jorion est allée sur France culture le 30 novembre… Mais c’était très court. Le fait que le libéralisme capitaliste soit le système à jamais avoir marché est sans doute erroné. Que ce système est pour effet de libérer partiellement l’homme des contraintes naturelles, c’est sûr; mais en posant d’autres énormes problèmes dont cette manière de fonctionner n’as pas la clef. Donc répondre, c’est comme ça parce que c’est ça qui marche n’est pas digne d’homo sapiens sapiens.

      1. Oui, peut-être pour celui qui croit que

        il ne faut jamais rien faire pour la première fois

        Autrement : Non. Tout est dans le « mal ».
        Votre truc n’est pas prouvé.
        La dernière émission, Les matins de France-Culture, à laquelle Paul
        était invité n’a apporté aucune preuve dans le sens que vous dites.
        Mes souvenirs sont clairs : le défendeur, dont la méthode est exécrable
        ( mais il ne le sait pas, ou il la croit bonne) a dû remballer ses arguments pas frais devant la contre-attaque de Paul. ( contre attaque n’est pas juste, mais rien d’autre sous le clavier actuellement.

        C’est NON. Il est à la côte ( bretonne , sûr).
        Et que je crois que ses dévôts seront un jour comptés,
        si une justice sereine avait à coeur de défendre les victimes.

        .

      2. Il y a des mal-voyant ( troubles des yeux), les mal-entendants ( troubles des oreilles), et enfin les mal-comprenant. Pour les deux premiers on a inventé des prothèse mais la troisième catégorie sont des cas désépérés.

  10. « En réalité, le seul ajustement substantiel susceptible de changer le rapport à la rente consisterait à
    introduire, dans la déclaration du revenu imposable, la valeur locative, qui est bien un revenu
    implicite, de l’ensemble des biens immobiliers détenus par les ménages (hors remboursements
    en cours), en particulier celle de la résidence principale. Cela suppose une réévaluation rapide
    des valeurs locatives cadastrales, dont on sait les dérives séculaires. »

    http://www.louischauvel.org/jeunesmalpartisDebatmonde.pdf

    Usus et fructus.

  11. … ».Le jour où l’on a voulu moraliser la finance »…..
    Le capitalisme est déjà immoral, amoral par lui-même, alors la question est tout de même un peu zarbi…J’dis ça, j’dis rien ;-)……..

  12. Moraliser la finance ?

    Peut-on moraliser un circuit d’arrosage ? Le rôle de la finance est de pomper des liquidités et d’en faire couler là où il est utile d’arroser.
    Utile pour qui ? Evidemment, pour les utilisateurs de ces liquidités, qu’ils soient minuscules ou pléthoriques, permanents ou temporaires, et ils veulent les faire circuler avec profit. La finance est une technologie au service de ses clients, y compris étatiques. Plus le service est efficace, plus ils sont contents. S’il faut introduire de la morale, c’est alors à ce niveau qu’il faudrait le faire. Sous leur pression, la finance perfectionne ses techniques. Ses clients sont, pour la plupart, rapidement dépassés par la complexité et les conséquences de ses pratiques. De toutes les façons, ce n’est pas en général leur métier et ils ne cherchent guère à comprendre.
    Pourquoi (sinon moraliser) réformer, les pratiques financières ? La multiplication des liquidités scripturales, combinée avec des astuces pour juguler l’inflation, a des conséquences perverses. Pour s’en persuader, il faut regarder les choses autrement qu’avec les lunettes traditionnelles. Elles sont prisonnières d’une image déformée de l’économie réelle, en particulier à cause du traitement spéculatif des taux de change monétaires. Un regard plus lucide n’est pas nécessairement euphorisant et cela n’incite guère à essayer d’y voir clair dans certains domaines.

    A chaque individu peuvent être attachées trois attributs. Son pouvoir sur les autres, ses besoins et sa faculté de produire des richesses consommables. Appliquées à l’humanité, ces qualifications permettent de dresser trois cartes mondiales (cela fonctionne aussi au niveau national, évidemment), la carte des pouvoirs, celle des besoins et celle des capacités utiles.
    L’économie est censée faire correspondre productions, besoins et pouvoir de consommer.
    Dans la réalité, la carte des pouvoirs formate celle des productions, en déformant celle des capacités, et elle utilise les besoins comme énergie pour arriver à ses fins. Les besoins se creusent et les pouvoirs s’affirment.
    Les écarts sociaux grandissants et l’altération des ressources planétaires permettent d’affirmer que c’est suicidaire. « La vie est une histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un imbécile » (W. Shakespeare).
    Les révolutions et les guerres plus ou moins mondiales n’arrangent pas durablement le cours des choses. La carte des pouvoirs est seulement un peu modifiée. Les écarts de pouvoir se creusent de nouveau et encore plus vite car le premier souci des nouveaux puissants est de consolider leur pouvoir.
    De tous les régimes, à l’expérience, c’est encore la combinaison « Démocratie éclairée » plus « Libéralisme éclairé » qui donne les moins mauvais résultats. Le problème est que le premier souci de chacun, a fortiori des plus puissants, est de filtrer et colorer l’éclairage ambiant à sa convenance. Par ailleurs le système socioéconomique est devenu tellement complexe qu’il est devenu très difficile de le comprendre pour le piloter, chacun à la dimension de son champ d’action.

    Il faudrait inverser les priorités, mettre le pouvoir au service des besoins pour aboutir à un système socioéconomique équilibré. Ce serait en quelque sorte « faire marcher les puissants sur leur propre tête ». L’utopie peut-elle être réaliste ?
    Pour ma part je ne vois qu’un seul moyen d’agir, c’est tirer la sonnette d’alarme en éclairant les incohérences factuelles.

    1. Vous vous débattez avec des règles comme si c’était des murs inamovibles, et éternels…. Mais comment les puissants sont passés du statut d’un pouvoir absolu par l’onction à Reins (pour la France) au tuyau de la finance. Votre propos se résume dire qu’il y a des puissants et des impuissants. Néanmoins des deux côtés s’est homo sapiens sapiens. Le fait d’être naît dans l’un des camps ne signifie en rien que l’histoire ( la petite comme la Grande) en restera là. Moi qui suit faible dans le rapport économique j’accepte de fonctionner ainsi que j’y ais un agrément; mais si on ne me laisse pas le choix…. Je sorts les armes. La société (faire société comme pour SA)ne fonctionne que tant que les intérêts vitaux ne sont pas en jeu. Le jour où cela se produit, il y a conflit puis si ce dernier est inextriquable alors c’est al guerre….. La mort est au sommet de la pyramide. Personne ne peut s’expliquer le déchaînement meurtrier de la 2° guerre mondiale SANS CET EXPLICATION; autrement vous avez beau être conservateur les choses bougerons d’elle même. C’est pour ne pas le prévoir que les personnes possédante à l’heure actuelle sont bêtes. Personne ne dominera homosapienssapiens dans sa folle crise; même avec tous les moyens policieres, militaires

      1. @ MAZERAN

        Je salue votre témérité mais je reste dans mon pessimisme. C’est très bien de vouloir, en cas de fâcherie, remplacer un système par un autre meilleur, au besoin par la violence. Encore faut-il en avoir un à proposer qui ne soit pas pure utopie. Nous sommes dans le système socioéconomique que nous bâtissons collectivement et ce système est hyper-complexe.
        Si vous vous révoltez individuellement, vous vous ferez casser par ce système.
        Si vous faites la révolution, le système nouveau sera aussi désastreux probablement que le précédent, simplement il le sera à d’autres égards. Les nouveaux dominants auront éliminé leurs prédécesseurs mais ils seront peut-être pires, et les faibles seront toujours écrasés.
        La compétition pour la dominance est inscrite dans les gènes de tous les individus de la race humaine, comme pour tous les primates sociaux. Pour qu’elle soit facteur de progrès vers un mieux être et non l’occasion de massacres irrationnels, il faut que l’enjeu de cette compétition soit clair et suffisamment reconnu solidairement. Nous en sommes encore très loin et l’horizon est bien bouché.
        Quel système de jeu compétitif proposez vous à la collectivité qui vous abrite et vous nourrit, mal peut-être, pour pouvoir vivre, produire et consommer harmonieusement ? Il est évident bien sûr que consommer requiert qu’une production soit assurée pour remplir les assiettes.

  13. @ Esope
    Je pense que vous êtes typiquement dans la logique néo-darwinienne du TINA:
    « La compétition pour la dominance est inscrite dans les gènes de tous les individus de la race humaine, comme pour tous les primates sociaux. Pour qu’elle soit facteur de progrès vers un mieux être et non l’occasion de massacres irrationnels, il faut que l’enjeu de cette compétition soit clair et suffisamment reconnu solidairement. Nous en sommes encore très loin et l’horizon est bien bouché. »

    Le conflit est permanent. Il prend le plus souvent la forme d’une lutte darwinienne qui se termine par une situation d’équilibre, d’harmonie, parfois par la défaite, la disparition, la mort de l’un des actants.
    Lorsqu’il y a un seul actant en conflit avec lui-même (typiquement le cas actuel du capitalisme prédateur qui est sa propre proie) il y a une autre possibilité, celle d’une métamorphose lamarckienne. Possibilité qu’explore René Thom. Pour moi source d’espoir.

    1. @ BasicRabbit

      Merci pour votre remarque qui me permet de lever un malentendu : je ne suis pas thatchérien. Je pense même être un peu lamarkien en misant sur une évolution par la raison et l’acquis, échappant donc à la dictature de l’hérédité.
      En ce qui concerne René Thom, mes études mathématiques sont trop lointaines pour que j’essaie de me plonger maintenant dans la topologie différentielle et l’étude des points singuliers des fonctions.
      J’ai même pris un virage qui s’en éloigne : considérant que le mesurage des paramètres socioéconomiques est beaucoup trop imprécis car fondamentalement subjectif, j’essaie d’éviter au maximum l’utilisation de fonctions mathématiques.
      Ceci dit j’ai le plus grand respect pour la modélisation mathématique et son expression informatique. Simplement il ne m’est pas possible de m’écarteler et il m’a fallu, un jour, faire un choix. Si certains explorent une voie et d’autres une autre c’est parfait, surtout si elles arrivent ultérieurement à converger.
      Je vous adresse mes salutations en précisant que vos billets me semblent toujours très intéressants. Leur subtilité les positionne à un niveau conceptuel élevé et cela me conforte dans ma confiance en l’intelligence humaine.

  14. Monétisation :
    Comme on doit aussi monétiser la valeur marchande des richesses naturelles, extraites ex-nihilo en permanence à faibles coûts mais revendues au prix fort, pour éviter la déflation et l’enrichissement sans cause : Pétrole, gaz, minerais, métaux rares et pierres précieuses, etc… il est normal que les Banques Centrales injectent aussi dans les circuits économiques, de temps à autres, des liquidités monétaires compensatoires (Q.E.) et équivalentes à leur valeur marginale afin que tous les Agents économiques de leurs Etats puissent les acheter avec cette « monnaies de singe ».

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