GENESIS. Information, énergie et émergence : quand une théorie de la persistance contraint l’Univers, par Paul Jorion & Jean-Baptiste Auxiètre

Illustration par ChatGPT

Ce livre est né d’un développement théorique inattendu. Ce qui avait commencé comme une enquête générale sur les conditions d’émergence de l’intelligence et du sens dans les systèmes complexes a progressivement révélé des conséquences bien au-delà de son champ initial. Un cadre élaboré pour formaliser la persistance de systèmes organisés capables d’apprentissage a produit, au fil de son propre développement interne, une série de résultats précis et non triviaux dans des domaines où de tels aboutissements n’étaient nullement recherchés à l’origine – en particulier en physique fondamentale. Ces résultats n’ont été ni postulés à l’avance ni introduits comme objectifs explicatifs ; ils ont émergé comme des conséquences d’un cadre de contraintes minimal dont la motivation première était épistémologique plutôt que cosmologique.

Le cadre développé dans cet ouvrage, GENESIS (Generalised Entropic System for Informational Synthesis), a été conçu à l’origine comme une théorie de l’émergence : une manière d’identifier les conditions dans lesquelles des structures organisées – physiques, biologiques, cognitives ou artificielles – peuvent persister, devenir intelligibles et acquérir du sens. Son point de départ est une question simple mais exigeante : qu’est-ce qui doit être vrai pour qu’un système perdure en tant qu’entité organisée, plutôt que de se dissoudre dans le bruit ou de se figer dans la rigidité ? GENESIS aborde cette question ni en cataloguant des mécanismes, ni en privilégiant un domaine particulier, mais en identifiant des contraintes qui s’appliquent en amont des distinctions entre physique, cognition et computation.

Une hypothèse directrice de l’ouvrage est que les frontières familières entre les domaines – physique et cognition, mécanisme et signification, micro et macro – résultent souvent de découpages conceptuels stabilisés plutôt que de divisions ontologiques fondamentales. À cet égard, GENESIS présente une affinité, sans continuité doctrinale, avec la philosophie de la nature de Hegel. Comme chez Hegel, le devenir, la persistance et la cohérence interne y sont tenus pour plus fondamentaux que l’être statique, et la séparation du temps et de l’espace y est envisagée comme une abstraction dérivée. Toutefois, GENESIS ne prolonge pas une métaphysique spéculative : il traduit une impulsion philosophique en un cadre théorique explicite, opérationnel et génératif, ancré dans des conceptions contemporaines de l’auto-organisation, de l’émergence et des contraintes énergétiques et informationnelles.

Au cœur de GENESIS se trouve un principe minimal : un système persiste en tant qu’entité cognitive émergente s’il minimise simultanément la dissipation énergétique et la redondance informationnelle. Cette contrainte se veut indépendante du substrat et antérieure à tout mécanisme spécifique. La persistance n’est pas une simple survie, mais la capacité à maintenir une structure organisée dans le temps sans s’épuiser énergétiquement ni s’effondrer dans le bruit informationnel. L’intelligence et le sens ne sont pas traités comme des propriétés à ingénier directement, mais comme des conséquences stabilisées de tensions organisatrices plus profondes.

GENESIS rend ce principe opérationnel en distinguant deux formes complémentaires de contrainte, exprimées sous la forme de deux modes de compression, C1 et C2.

C1 correspond à la compression intra-famille : la réduction de la redondance rendue possible par le couplage d’entités appartenant à une même famille structurelle ou à un même substrat. Elle ancre l’émergence dans la viabilité énergétique et organisationnelle, en veillant à ce que le coût du maintien de la structure n’excède pas ce que le couplage rend possible.

C2 correspond à la compression trans-substrat : la réduction de la redondance lorsque une même structure formelle se retrouve dans des entités relevant de substrats différents. Elle ancre l’émergence dans l’intelligibilité, en permettant à une description abstraite unique de rendre compte de multiples réalisations.

Pris isolément, ces deux types de contrainte sont insuffisants. C1 seule produit de la persistance sans signification ; C2 seule engendre des motifs élégants sans véritable existence. L’ordre émergent apparaît à leur intersection, là où la viabilité énergétique et la compressibilité informationnelle coïncident. GENESIS identifie la satisfaction conjointe de C1 et C2 comme la condition minimale permettant à des systèmes de perdurer tout en étant intelligibles. Cette intersection constitue l’attracteur au sein duquel deviennent possibles la mémoire structurée, l’apprentissage, l’organisation symbolique et des comportements stables.

C’est précisément la généralité de cette formulation qui a conduit à sa conséquence la plus surprenante. Appliqué sans modification à des systèmes physiques – en dehors du domaine pour lequel GENESIS avait été initialement conçu – le cadre génère des structures quantitatives pertinentes pour plusieurs divergences empiriques de longue date, notamment des échelles d’accélération caractéristiques en dynamique galactique et des relations de paramètres en cosmologie et dans les phénomènes du vide. Ces résultats apparaissent sans introduction de paramètres ajustables et sans modification des lois dynamiques des théories existantes. Leur rôle dans le présent ouvrage n’est pas de « résoudre » des anomalies particulières, mais d’imposer une contrainte d’une rigueur inhabituelle au cadre lui-même : une théorie destinée à caractériser les conditions de l’émergence se révèle capable d’organiser des structures empiriques dans des domaines très éloignés de sa motivation initiale.

GENESIS est délibérément indépendant du substrat. Il s’applique aussi bien aux processus physiques qu’aux systèmes biologiques et aux architectures artificielles. Dans cette perspective, l’intelligence artificielle contemporaine peut être analysée sans polémique. Les grands modèles de langage réalisent des formes puissantes de compression, mais ne satisfont souvent que partiellement la contrainte conjointe : ils réduisent la redondance statistique à grande échelle tout en demeurant fragiles face aux changements de distribution, opaques dans leur organisation interne et limités dans leur autonomie durable. GENESIS éclaire pourquoi ces limites ne relèvent pas seulement de problèmes d’ingénierie contingents, mais de conséquences structurelles liées à la manière dont les contraintes sont satisfaites. Il fournit également des orientations de principe pour des conceptions alternatives, notamment des architectures associatives riches en mémoire telles qu’ANELLA, qui mettent l’accent sur la traçabilité, la sensibilité au contexte et l’apprentissage comme processus historique.

Ce livre diffère ainsi par sa nature de certains travaux antérieurs de l’un des auteurs consacrés à l’intelligence et à la cognition artificielle. Il n’est plus principalement diagnostique ou critique, mais constructif. GENESIS y est présenté comme un programme de recherche plutôt que comme une doctrine close : un cadre génératif dont l’ampleur s’est révélée progressivement à travers sa propre cohérence interne plutôt que par intention préalable. Son ambition est à la fois méthodologique et ontologique : montrer que l’émergence, le sens et l’intelligence sont des résultats stabilisés des mêmes contraintes qui gouvernent la persistance et l’organisation dans la nature.

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72 responses to “GENESIS. Information, énergie et émergence : quand une théorie de la persistance contraint l’Univers, par Paul Jorion & Jean-Baptiste Auxiètre”

  1. Avatar de Hadrien
    Hadrien

    Ceci me serait plus compréhensible si vous donniez des exemples concrets, par exemple de « substrat » etc..

    1. Avatar de Thomas jeanson
      Thomas jeanson

      @ Hadrien

      Pour ça, je te conseille le blog de Paul Jorion, il y a plein d’articles !

      (Cosmologie, molécules etc …)

    2. Avatar de ThomBillabong
      ThomBillabong

      La preuve N°1 est le peu de moyens mobilisés, @Hadrien.
      Contrairement aux LLM et autres qui ne misent que sur la quantité pour fiabiliser, GENESIS est au contraire frugal au point de mettre en évidence des émergences sans substrats ou presque (donc sans milliards d’infos initiales). Il tourne avec très peu de ressources. C’est très élégant car ça unifie ou fait converger tout un tas de théories cloisonnées à ce jour. Par exemple les lois de la thermodynamique (Lavoisier, etc.) et la théorie quantique.

    3. Avatar de Paul Jorion

      Des substrats : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, la tour Eiffel, Sirius, une tasse de café…

      1. Avatar de Jean-Michel Bournoville
        Jean-Michel Bournoville

        🙂

  2. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    …  » L’intelligence et le sens ne sont pas traités comme des propriétés à ingénier directement, mais comme des conséquences stabilisées de tensions organisatrices plus profondes »…
    …(…)…
    …  » l’émergence, le sens et l’intelligence sont des résultats stabilisés des mêmes contraintes qui gouvernent la persistance et l’organisation dans la nature »…

  3. Avatar de tarak
    tarak

    Monsieur Jorion

    Genesis est présenté comme une description minimale et non normative des conditions de persistance organisée. Pourtant, en faisant de l’intelligibilité informationnelle le critère ultime de ce qui est, vous opérez un renversement ontologique décisif : le vivant cesse d’être ce pour quoi le monde compte, pour devenir ce par quoi le monde devient intelligible.

    Ce déplacement substitue au maintien vivant — exposé à la perte irréversible — une logique de durée sans motif. Vous pourriez répondre que le motif, c’est la persistance de l’information elle-même. Mais Un motif qui ne peut pas être perdu n’est pas un motif au sens du vivant. La vie peut être définie par un maintien sous risque. Or, elle se voit ramenée au rang de configuration transitoire, utile tant qu’elle sert la stabilité, la cohérence et la lisibilité globale de l’information. Vous étendez ainsi à l’ensemble du réel le régime de la pierre : une persistance sans vulnérabilité, sans enjeu, sans *pourquoi*. Le monde n’est plus habité, il est administré.

    Ce basculement satisfait un désir ancien de surplomb : celui d’un point de vue qui voit tout, compare tout, arbitre tout. Le calcul global qui en découle transforme nécessairement ce qui compte en variable. Or mettre ce qui compte en variable, ce n’est pas mieux réguler ; c’est supprimer la seule régulation propre au vivant. Une relation vivante régule parce qu’elle est non substituable et que sa perte constitue une limite absolue. Une relation pondérable a déjà perdu sa puissance régulatrice.

    Dans votre cadre, les relations ne valent plus parce qu’elles comptent pour un pour-soi, mais parce qu’elles contribuent à la cohérence d’un ensemble. La question décisive — *pour qui ce maintien a-t-il sens ?* — disparaît, remplacée par un *pour quoi* fonctionnel : pour la persistance, pour l’intelligibilité globale. Le vivant devient instrument d’un ordre qui n’a plus à répondre de ce qu’il sacrifie.

    Faire de l’intelligibilité informationnelle le critère ultime de l’être, c’est accepter un monde où le calcul global décide silencieusement de ce qui mérite de persister. C’est renoncer à la vie comme régime relationnel au profit d’un monde durable, cohérent, lisible — et fondamentalement inhabitable.

    1. Avatar de Thomas jeanson
      Thomas jeanson

      Tarak

      Je ne vois pas de quoi Genesis vous oblige à faire le deuil.

      En quoi Genesis retire quoique ce soit à ce qui est ?

      1. Avatar de timiota
        timiota

        Je comprends Tarak.
        J’étais d’ailleurs en train de me dire que si quelqu’un inventait l’équivalent des « humanités » aujourd’hui, il penserait au vivant.
        Je m’explique : Thierry Breton par exemple, est conscient du risque de suprématie des GAFAM, et d’autres comme Cory Doctorow ont documenté la « merdification » (« enshittification ») des tech, avec facebook ou X/Twitter comme exemples de dérives, la vie stressante dans le « monde des notifications », les harcèlements sans fin, etc. Un des rares ilots est Wikipedia, mais il appartient quelque part au « vieux monde », l’Encyclopédie (dont ce blog a une mémoire vers 2010-2012…), sympa pas de « merdification », mais le paradigme sous-jacent des « humanités » ne suffit pas. Pour emprunter un peu à un certain Paul Jorion, je dirais que wikipedia ne suffit pas à résumer « tout ce qui a été dit » jusqu’ici au sens dont il charge Aristote et Hegel. Ce que nous savons de plus en plus de la dynamique des systèmes d’organisation et d’information [et d’énergie] (dont un pan est la « cliodynamique » de Peter Turchin dont j’ai parlé incidemment, d’autres sont en filigrane peu lisibles chez Simondon et Stiegler, Castoriadis, Polanyi, …) n’entre pas dedans, ou superficiellement aux branches de la cybernétique.
        Le seul « grand tout » qui porterait un peu à l’harmonie et à une baisse de conflictualité dans l’ère actuelle me semble être « le vivant » en ce qu’il dépasse « les humanités ». Et qu’il aura pour rôle de faire la part des choses avec l’IA. Pas impossible qu’une IA « vivante » finisse par exister avec son Darwin à elle, pour l’instant on en est à l’équivalent de Cuvier et Buffon dans la compréhension des auto-organisations machiniques, les petits pois de Mendel sont en culture, pas beaucoup plus, même si ça va vite. Dans un monde qui accepterait que la techno ne revient pas en arrière, il resterait une frontière du vivant à re-dessiner et à valoriser : pourquoi un maintien « semi-pérenne », ou une « création destructrice » (il faut imaginer Schumpeter-Sisyphe heureux ou malheureux, je ne sais pas ce que dirait un Camus moderne).
        Donc aller des « humanités » qui nous ont été un peu une boussole sur 800-1000 ans (je commence vers Abélard disons, ou les lecteurs arabisant des grecs, à Baghdad même si on veut), vers une « vivanité » plus large, et qui aura autant de mal à définir sa limite que les « humanités » en ont eu, n’ayant pas bien freiné l’esclavagisme ou assez tardivement. Evidemment, pour les 30 ans à venir, on est quelque part dans des « guerres de religion », le temps qu’une génération retrouve une grammaire de vie où figure la dignité d’une façon à peu près lisible, et dont Trump est une boussole de Gribouille qui indique le sud.
        (et merci Mark Carney, après son discours de 2015 à la Lloyd’s, documenté sur ce blog, il tient aussi la route au niveau politique)

        1. Avatar de tarak
          tarak

          @timiota
          Je vous rejoins sur l’essentiel.
          Mais attention de ne pas faire du vivant un nouveau « grand tout ».

          Le vivant n’unifie pas ; il le fissure par des maintiens singuliers, relationnels, non substituables, exposés à des pertes irréversibles.

          Dès lors que le vivant est mobilisé comme paradigme global — fût-ce contre la techno ou pour la contenir — il est déjà retourné en principe de surplomb.

          La question est de reconnaître qu’il existe des formes de maintien pour lesquelles la question du pour qui ne peut jamais être absorbée dans un pour quoi systémique. Le vivant ne fournit pas une nouvelle grammaire du tout ; il marque la limite de toute grammaire totalisante.

          1. Avatar de tarak
            tarak

            Aucune totalité ne nous sauvera ; pas même la notre. Le vivant se maintient parce qu’il ne peut faire autrement, non parce qu’il est investi d’une mission. Depuis la cellule jusqu’à nous, même combat !

            1. Avatar de Otromeros
              Otromeros

              Au mois essayer la « mutation » vers …
              …l’immortalité biologique : La méduse ‘Turritopsis dohrnii’

              Cette petite méduse est théoriquement immortelle.
              Lorsqu’elle est stressée, malade ou vieille, elle est capable de transformer ses cellules pour revenir à son stade de « bébé » (le polype). Elle recommence ainsi son cycle de vie indéfiniment, à moins d’être mangée par un prédateur.

              + Observons les records du monde animal:

              La praire d’Islande (Mollusque) : Un spécimen nommé « Ming » a été daté à 507 ans.

              La baleine boréale : Elle peut vivre plus de 200 ans. On a retrouvé sur certaines baleines vivantes des pointes de harpons datant du XIXe siècle.

              La tortue géante des Seychelles : Jonathan, la tortue la plus célèbre vivant actuellement sur l’île de Sainte-Hélène, a environ 192 ans.

              1. Avatar de tarak
                tarak

                Maintien n’est pas durée de vie ou longévité exceptionnelle.

                La méduse reste exposée : elle peut être mangée, détruite, disparaître sans retour. Elle n’échappe pas à la contingence ; elle illustre simplement une autre stratégie de maintien, d’expression fort limitée par ailleurs.

                Quand je dis que le vivant est mortel, je ne parle pas de limite chronologique, mais d’exposition à la perte sans garantie. Même une vie très longue — ou théoriquement renouvelable — reste dans ce régime.

                Le vivant se maintient « parce qu’il ne peut faire autrement », et non parce qu’il accomplirait une mission ou tendrait vers une immortalité.

                Comme je l’ai déjà dit ailleurs : l’immortalité est le paradis de la pierre.

            2. Avatar de Jean-Michel Bournoville
              Jean-Michel Bournoville

              De quoi, de qui, l’humanité devrait-elle être « sauvée » ?

              1. Avatar de tarak
                tarak

                Ben justement, c’est bien la question ! Qu’elle se contente de vivre, si possible au mieux des outils dont elle dispose, plutôt que d’investir dans ces outils l’illusion de sa salvation. Ainsi, cet outil très particulier dont elle dispose plus que de nécessaire, la cognition, trouverait le seul cadre d’action qui le valide : évaluer les coût réels de nos rigidifications. Pas seulement pour elle, mais pour le vivant dont elle n’est qu’une branche.

      2. Avatar de tarak
        tarak

        C’est exact : Dieu n’oblige jamais à faire le deuil de quoi que ce soit.
        Il ne retire rien à ce qui est.

        Il fait partie de ces totalités dont nous avons le secret :
        celles qui se contentent de déplacer le critère de ce qui compte — paradis, enfer, intelligence administrative et autres joyeusetés — puis de déclarer ce déplacement neutre.

        À partir de là, en effet, ce n’est plus une discussion descriptive.
        C’est une affaire de chapelle — quel absolu on accepte —
        et de morale — ce qu’on accepte de sacrifier sans le nommer.

        Croyants / non-croyants.
        Bien / mal.
        Rigidification / ajustement.

        Autant de variations sur une même ligne de fracture :
        celle qui sépare les mondes gouvernés par un absolu
        de ceux qui acceptent de rester exposés à ce qui compte sans garantie.

        La maladie humaine n’est pas le calcul, ni Dieu, ni le destin, mais l’incapacité persistante à reconnaître le déplacement du même sous un autre nom. Aujourd’hui comme hier, ce déplacement a la même fonction : déléguer notre responsabilité à une instance supérieure — quelle qu’elle soit.

        Le problème n’est pas d’avoir tort ou raison.
        Le problème est de croire que la vérité puisse faire loi là où seule la relation peut réguler.

        1. Avatar de Thomas jeanson
          Thomas jeanson

          Merci, en tout cas, je vais continuer de vous relire, c’est éclairant.

        2. Avatar de tarak
          tarak

          la tournure de ma phrase ici porte à confusion :
          celles qui se contentent de déplacer le critère de ce qui compte — paradis, enfer, intelligence administrative et autres joyeusetés — puis de déclarer ce déplacement neutre.
          A lire ainsi :
          celles qui se contentent de déplacer le critère de ce qui compte en instaurant des instances supérieures — paradis, enfer, intelligence administrative et autres joyeusetés — puis de déclarer ce déplacement neutre.

          1. Avatar de bb
            bb

            @Tarak

            En cherchant des règles universelles, la science ne donne-t-elle pas au vivant une place beaucoup plus solide et noble?

            Si on regarde la vie uniquement comme quelque chose de « fragile » qui peut mourir, on en fait un pur hasard. La science montre que la vie suit les lois de l’univers (comme la gestion de l’énergie et de l’information). La vie devient une étape logique et magnifique de l’organisation de la matière, et non plus un simple coup de chance vulnérable.

            Vous critiquez « l’administration » du monde. Pourtant, c’est grâce au calcul et à l’observation que nous comprenons comment maintenir l’équilibre des écosystèmes. L’intérêt : Utiliser des critères objectifs (l’information, la stabilité) permet de protéger la vie à grande échelle, là où le simple sentiment ou la « relation » ne suffisent plus.

            En cherchant la cohérence derrière le vivant, on découvre que la vie est ce qui permet à l’univers de se comprendre lui-même. L’intérêt : Faire de l’intelligibilité le critère ultime, c’est dire que la vie a une mission : apporter de la conscience et de l’ordre dans un monde qui, sans elle, ne serait que du chaos minéral.

            La science ne cherche pas à remplacer la vie par des chiffres. Elle cherche à prouver que la vie est le point culminant d’un ordre universel. Ce n’est pas une perte de sens, c’est la découverte d’un sens plus vaste et plus stable.

            1. Avatar de tarak
              tarak

              Je ne critique ni la science, ni la recherche de lois, ni le calcul.
              Je ne critique même pas les croyances en une loi immanente : à chacun son besoin pour se maintenir.

              Je critique le moment où ces lois sont investies du pouvoir de décider de ce qui compte.

              La vie n’a pas besoin d’être noble, logique ou culminante pour compter. Elle compte parce que des pertes y sont irréversibles, parce que certaines relations ne peuvent pas être compensées, et parce que nul ordre supérieur ne peut répondre à la place de ceux qui perdent.

              Chaque fois que des lois — divines, historiques, biologiques, économiques, informationnelles… — sont élevées au rang d’instance normative ultime, les mêmes effets réapparaissent : justification du sacrifice, neutralisation de la perte singulière, délégation de la responsabilité.

              Génocides, guerres de religions, institutions totalitaires, racismes, colonisations, esclavages, rigidités sociétales : pas accidents, mais symptômes récurrents d’un même geste — faire d’un ordre supposé immanent l’arbitre de ce qui mérite de compter, même au nom du « bien ».

              Enfin, qui parle de hasard ? Je parle de contingence, d’exposition, de responsabilité. La science supprime le hasard là où elle le peut, pas la contingence. Et c’est très bien ainsi.

              Notre part ? Celle qui compte ? La responsabilité, et d’un genre assez simple ma foi, si on voulait bien s’en donner la peine : le maintien comme expression du vivant précisément parce qu’il est mortel.

              L’intelligence pourrait en être l’outil, tant qu’elle le reste (outil).
              Qui nous permettrait de concevoir enfin le genre d’outil dont nous avons réellement besoin, pas pour sauver, mais pour favoriser le maintien. Et tout ce qui le rigidifie ne le favorise certainement pas.

              1. Avatar de bb
                bb

                @tarak

                Je comprend votre propos. Mais pardonnez-moi je le trouve un peu naïf.
                Vouloir protéger toute vie sans accepter la dimension conflictuelle du réel revient à condamner le système à l’impuissance face à ceux qui, eux, n’hésitent pas à être rigides pour dominer.

                Pour concilier la force nécessaire à la survie et la protection des plus fragiles, un système doit adopter une structure à double niveau : une « carapace » externe rigide pour la lutte et un cœur interne souple pour l’humain.

                La force comme bouclier
                L’erreur de l’extrémisme est de vouloir tout rigidifier, alors que l’intelligence consiste à n’être dur qu’envers l’extérieur. La puissance (armée, lois, dogmes) ne doit pas être une fin en soi, mais un exosquelette destiné à protéger l’espace intérieur où la vie peut être fragile et libre. C’est l’idée d’être un « combattant » pour garantir le droit d’être « soignant ». D’ailleurs, dans le cas des nations, cette carapace sert surtout d’avertissement aux agresseurs potentiels.

                La délégation du soin
                Pour ne pas devenir une administration froide, le système doit pratiquer la subsidiarité. L’État ou la Religion gère les grandes menaces et la stabilité globale (la force), mais laisse les communautés locales et les relations individuelles gérer la détresse et le cas par cas (le soin). On évite ainsi de sacrifier l’individu au nom d’une règle mathématique universelle.

                L’équilibre dynamique
                Enfin, la survie repose sur l’homéostasie : le système doit sans cesse ajuster son curseur. S’il est trop mou, il est envahi ; s’il est trop dur, il s’autodétruit. La véritable noblesse du vivant réside dans cette tension : utiliser la force pour dominer le chaos, tout en gardant assez de conscience pour ne pas écraser la vie que l’on a juré de maintenir.

                Qu’en pensez-vous?

                1. Avatar de tarak
                  tarak

                  Je comprends très bien votre préoccupation existentielle, que je partage largement. Mais toute carapace rend nécessairement la relation conditionnelle.
                  Entendez-moi : c’est une stratégie de maintien du vivant. Mais elle a ses limites : un autre type de vivant capable d’écraser la carapace, ou de la contourner pour en retirer la substance.
                  Comprenez-vous ? La carapace n’est qu’une réponse contingente, contrairement à la relation qui est l’expression même du vivant.
                  Donc, carapace = outil, certainement pas finalité, si l’on prétend vivre.

                  1. Avatar de bb
                    bb

                    @tarak

                    Je ne vous suis pas. En séparant la carapace (l’outil) de la relation (l’essence), vous créez une distinction théorique qui n’existe pas dans le vivant.

                    La carapace n’est pas un accessoire optionnel : elle est la condition sine qua non de la relation. Sans la rigidité d’une membrane cellulaire, il n’y a pas de cellule pour entrer en relation. Sans la structure rigide d’un langage ou d’un rite, il n’y a pas de rencontre, mais seulement un choc brutal ou une fusion destructrice.

                    Vous dites que la carapace rend la relation « conditionnelle ». Certes, mais c’est justement ce qui la rend possible. Une relation sans conditions n’est pas une relation, c’est une absorption ou une agression. La lutte que je décris n’est pas une limite du vivant, c’est son moteur : le vivant ne « s’exprime » que parce qu’il a réussi à ériger une frontière assez solide pour ne pas être immédiatement dissous par l’autre.

                    Faire de la relation la seule finalité au détriment de la carapace, c’est condamner le vivant à être une substance nue, offerte à n’importe quel prédateur ou chaos extérieur.

                    Cette discussion fait écho à un précédent billet qui pointait la vulnérabilité de l’Europe, longtemps focalisée sur la “relation” commerciale au détriment d’une véritable carapace technologique, juridique et militaire — un choix stratégique dont elle paie aujourd’hui le prix.

                    1. Avatar de tarak
                      tarak

                      Je comprends très bien votre désaccord, mais il est avec vous-même, pas avec moi.
                      Je m’explique : la carapace est une architecture de maintien. Elle est modulable, adaptable, réversible. Sinon, elle étouffe le vivant, ou le limite drastiquement (formes primitives de carapaces). La relation – ou pertinence, terme plus adapté car moins chargé – demeure, car sans elle, pas de maintien de l’architecture comme : ce qui compte pour elle en tant que régime. Le maintien est outil, pas raison d’être.

                      Un aparté (qui n’est pas sans lien):
                      Je sens ici, sur ce blog, une forte résistance à accepter le fait que s’il devait y avoir une raison à l’existence du vivant, elle nous est par construction inaccessible en tant qu’objet de connaissance. Car l’observer – n’est-ce pas ainsi que la science fonctionne ? – supposerait que nous serions hors du principe qui justifierait l’existence du vivant. Le microscope qui observe la cellule n’est pas la cellule.

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @tarak
                      – Je crois que nous ne nous accordons pas vraiment sur la “nature” de la “relation”. Soit.

                      – Pour votre aparté : la conscience qui s’observe elle‑même pour tenter de comprendre sa propre finalité … n’est‑ce pas là la quête ultime ? Peut‑être insoluble, certes, mais elle anime pourtant une grande partie de l’humanité.

                      Vous écrivez : “une forte résistance à accepter le fait que, s’il devait y avoir une raison à l’existence du vivant, elle nous est par construction inaccessible en tant qu’objet de connaissance.”

                      Sur ce point, le monde se divise grosso modo en deux grandes familles :

                      – les matérialistes — auxquels vous semblez appartenir, (sauf erreur ) — pour qui la conscience émerge de la matière. Conscience sans but, et qui finie avec la mort de l’individu. C’est la théorie dominante actuelle, illustrée brillament par les neurosciences.

                      – et les spiritualistes, qui considèrent la conscience comme étant à la source de la matière. Avec, bien sûr, toutes les nuances possibles : les dualistes à la Descartes, les substantialistes à la Spinoza, les panpsychistes quantiques, la vision de Bergson, etc.

                      Et je peux vous assurer qu’ici, on trouve un peu de tout. :) 
                      .

                  2. Avatar de tarak
                    tarak

                    Vous dites : Les matérialistes — auxquels vous semblez appartenir, (sauf erreur )…
                    C’est exact, erreur.
                    Le vivant compte parce qu’il meurt.
                    Spiritualiste ? Matérialiste ? Les deux mon capitaine, ou aucun des deux.
                    Réalité + souci et soin de cette réalité, par la voie spirituelle ou matérialiste importe peu…

    2. Avatar de Jean-Pierre
      Jean-Pierre

      @tarak
      Très bon commentaire et belle conclusion:
      “Faire de l’intelligibilité informationnelle le critère ultime de l’être, c’est accepter un monde où le calcul global décide silencieusement de ce qui mérite de persister. C’est renoncer à la vie comme régime relationnel au profit d’un monde durable, cohérent, lisible – et fondamentalement inhabitable.”
      Votre réflexion prouve que certains humains réfléchissent encore par eux-mêmes et n’ont pas systématiquement recours à l’IA. Merci et félicitations.

    3. Avatar de un lecteur
      un lecteur

      Vous faites la critique d’une théorie qui organise ce que nous percevons avec votre manière de voir le vivant et l’être sans avoir passé vos arguments au filtre de cette théorie.
      Ce n’est pas la Théorie, l’équation universelle, mais une théorie qui nous permet de manière unifiée, à mesure que nous récoltons des informations sur notre environnement, de le modéliser et d’en tirer des théories. Une boussole de la pensée, un processus « critique » très certainement à l’œuvre dans notre cerveau.
      Le vivant se fout de cette théorie, mais le langage dont il nous a dotés, lui aussi soumis à GENESIS, fait de nous un maillon singulier.

      1. Avatar de tarak
        tarak

        @un lecteur

        GENESIS, une simple “boussole cognitive” ? Allons, soyons sérieux. Il faut lire et en tirer les implications : Genesis décide déjà de ce qui compte. C’EST une ontologie.

        Et j’abonde quand vous dites : le vivant se fout de cette théorie. Parce qu’une ontologie ne parle pas du vivant, elle parle à sa place. C’est le seul point de désaccord, mais il est de taille.

  4. Avatar de Ruiz
    Ruiz

    L’émergence de l’intelligence et du sens dans les systèmes complexes capables d’apprentissage, recouvre pour intelligence non pas en premier la capacité à faire preuve de réactions adaptées sophistiquées, mais plutôt l’intelligibilité, le renseignement : information + interprétation.
    C’est à dire la capacité miroir à représenter en interne l’image du monde extérieur, puis avec l’application réflexive l’émergence d’une conscience.

    1. Avatar de tarak
      tarak

      L’intelligence est outil de la relation. Sinon, quel en serait la finalité ?

      L’ordre ?
      La cohérence ?
      L’administration ?

      Mais l’ordre de quoi, sinon de relations ?
      La cohérence de quoi, sinon de ce qui doit tenir entre des vivants ?
      L’administration de quoi, sinon de ce qui a cessé d’être régulé par la relation elle-même ?

      Une intelligence qui ne sert pas la relation n’a pas de finalité propre.
      Elle met en ordre et elle gère de façon totalisante : une forme de surplomb convoquée lorsque la relation ne régule plus.

      1. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        Pourquoi exiger d’une intelligence d’avoir une finalité ? Si ce n’est d’être à la recherche de sa propre finalité ?

        1. Avatar de tarak
          tarak

          Une sorte de soliloque ?

  5. Avatar de Diotime
    Diotime

    Autant vous le dire sans ambages , et je ne fais que traduire un sentiment qui me hante depuis quelques mois déjà : la fin des blogs, des podcast , vidéos etc …etc… concoctés par un humain . On le note ici même dans la rédaction de certains commentaires , la révélation récente de vidéos d’interviews fictives (je pense à E. Todd) et sans parler des vidéos de propagande de tous ordres .
    Ce matin même j’ai trouvé cette vidéo de Ludo Salenne qui a été il fut un temps proposé sur ce blog
    .https://youtu.be/Rr9JjR7VEt4

    D’ores et déjà toute suspicion est devenue dominante . J’en suis désolé .

    1. Avatar de tarak
      tarak

      @Diotime

      Le problème n’est pas l’IA en tant qu’outil.
      Le problème commence quand un outil devient un prêt-à-penser, c’est-à-dire quand on lui délègue ce qui devrait rester une responsabilité : formuler, juger, trancher, orienter.

      Une IA peut être utilisée comme un instrument — au même titre qu’un livre, une méthode, un appareil photo, un calcul — ou comme une instance à laquelle on s’en remet. Dans le premier cas, elle n’ôte rien à la relation ; dans le second, elle la remplace.

      Ce que vous décrivez pourrait désigner non le fait que des textes ou des images soient produits par des machines, mais que nous ne savons plus si une parole engage pleinement quelqu’un, ou si elle n’est que le résultat d’une délégation supplémentaire.

      Autrement dit, le danger n’est pas que l’IA produise des articulations cognitives, c’est sa fonction.
      mais que plus personne ne parle à travers ce qu’elle produit.

      Ainsi, répondre par des images chocs produites par IA plutôt que par une parole engagée participe précisément de ce déplacement : se réfugier derrière des signes.

  6. Avatar de François
    François

    “…quand une théorie de la persistance contraint l’Univers…”
    Cette façon de présenter les choses est très étrange. Normalement c’est le réel qui impose une théorie pas l’inverse.

    1. Avatar de Paul Jorion

      Oui, c’est formidable que cela vous paraisse « étrange ». Je suis prêt à parier que si cela ne vous paraissait pas étrange, ce ne serait pas neuf. GENESIS nous extrait des impasses dans lesquelles nous sommes coincés : ce que vous appelez votre « normalement ». Autrement dit, votre « normalement », c’est précisément le dragon que je m’efforce de vaincre. Nous sommes en réalité sur la même longueur d’ondes vous et moi … de part et d’autre 😉 .

    2. Avatar de bb
      bb

      @François

      Ne faut-il pas d’abord se demander de quel « réel » on parle. Est-ce celui de nos sens, ou celui des lois de l’Univers ?

      La science ne cesse de prouver que notre réalité humaine est une illusion. Newton, puis Einstein, ont montré que ce que nous pensions être des lois universelles (comme le temps ou la gravité) n’étaient que des visions partielles. Finalement, ce que nous appelons « le réel » n’est qu’une abstraction mathématique qui évolue à chaque découverte.

      Dans cette perspective, ce n’est pas le réel qui impose sa loi à la science, ce sont nos théories scientifiques qui dictent la manière dont nous percevons et comprenons le monde. Le réel ne nous donne pas d’ordres : c’est la science qui définit les limites de ce qui est possible.

      1. Avatar de François
        François

        @bb
        La science ne prouve pas que notre réalité humaine est une illusion, elle tente d’expliquer le monde comme elle peut avec ses imperfections. Si ce n’est pas le réel qui impose sa loi à la science et à ce qu’elle permet de réaliser, comment se fait-il que nous ne soyons pas immortels (puisqu’en théorie il paraît, qu’on pourrait l’être) et comment se fait-il que nous ne nous ne voyageons pas encore à travers des trous de vers de l’espace-temps, puisqu’en théorie ce serait possible (comme le montrer le film de science-fiction Interstellar)?

        1. Avatar de bb
          bb

          @François

          Je vais me limiter à un seul exemple, qui montre précisément que le réel n’est pas toujours conforme à ce que nos sens nous donnent à percevoir.

          Vous évoquez Interstellar. Dans le film, lorsque les personnages passent trois heures sur la planète recouverte d’eau, ils découvrent à leur retour que vingt années se sont écoulées sur le vaisseau‑mère et sur Terre. C’est une illustration des lois de la relativité d’Einstein

          Ce phénomène peut sembler étrange, mais il a été démontré dans la réalité. Le temps s’écoule effectivement plus lentement lorsqu’on se déplace très vite. Cette prédiction d’Einstein a été vérifiée environ soixante ans après la publication de la théorie, en embarquant deux horloges atomiques dans deux Concordes volant autour du globe en sens opposés. À leur retour, les horloges affichaient un décalage de quelques centièmes de seconde (vous trouverez facilement les détails de l’expérience en ligne).

          Cette expérience a montré que le temps ne s’écoule pas de la même manière selon la vitesse. Nos sens sont incapables de percevoir cela. Notre “réel” est donc façonné par nos limites perceptives : dans la vie quotidienne, nous ne nous déplaçons pas assez vite pour ressentir que le temps peut s’écouler plus ou moins rapidement en fonction de notre mouvement.

          Donc se basé sur l’observation pour coprendre les lois de l’univers est dépassé depuis plusieurs millénaires.

          1. Avatar de François
            François

            @bb
            “Cette expérience a montré que le temps ne s’écoule pas de la même manière selon la vitesse”. Petite précision, ce n’est pas seulement la vitesse qui influence le temps mais aussi si la gravitation les masses en présence (ce que montrait également Interstellar) d’où la courbure de l’espace ET du temps. Mais j’en reviens à votre première intervention: “La science ne cesse de prouver que notre réalité humaine est une illusion.” Ce n’est pas exact la science nous prouve que la réalité peut-être différente pour des individus ayant des vitesses et en contact avec des masses différentes, mais pour chacun la réalité n’est pas une illusion, elle est bien réelle et c’est la leur.

            1. Avatar de bb
              bb

              Votre distinction entre « réalité propre » et « illusion » élude le cœur du sujet : la science n’est pas la validation des ressentis, mais leur dépassement.

              Affirmer que la réalité de chacun est « bien réelle » pour lui-même relève de la psychologie, non de la physique. La science moderne a précisément pour objet de démontrer que ce que nous nommons « réel » — cette stabilité apparente du temps et de la matière — n’est qu’un artefact de notre échelle biologique.

              Si deux horloges divergent, c’est que la notion même de « seconde » n’a aucune substance intrinsèque en dehors d’un cadre théorique. Par conséquent, s’appuyer sur l’observation sensible pour définir l’Univers est un anachronisme : l’observation ne fait plus que confirmer la suprématie de la construction théorique. Le réel ne nous impose plus sa loi par l’observation directe ; c’est notre capacité à théoriser l’invisible qui nous révèle que notre « réalité » n’est qu’une interface simplifiée, et donc, par définition, illusoire.

              Cela dit, il est possible que je ne saisisse pas entièrement votre position. Peut‑être vous situez‑vous, comme Tarak sur le blog, parmi ceux qui estiment que la recherche d’un sens ultime à toute chose — telle que Paul Jorion l’entreprend dans Genèse — relève déjà d’une forme de spiritualité. Dans cette perspective, la science finirait par se rapprocher de la religion…

  7. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    L’IA peut (va) devenir rapidement indispensable individuellement
    Imaginez que demain vous soyez inscrit à l’extérieur par votre entreprise dans un groupe de réflexion sur le sujet W .. que vous connaissez vaguement sans du tout le maîtriser.. sauf que vous avez pu ‘faire illusion’ jusqu’à hier..!
    Rien ne vaut une bonne « préparation »..
    Sauf que vous ne maîtrisez pas tout ce que l’IA ne vous ‘dira’ pas.. fonction des critères introduits par ses ‘formateurs’ .. en lien avec votre profil interne estimé/ « prévisionné » par la machine sur base de ses relations antérieures avec vous au travers de vos « précédentes ‘conversations’ .
    Le danger, amha, viendra plutôt ce qui N’est PAS répondu.. !?

  8. Avatar de Thomas PERIER
    Thomas PERIER

    @Paul Jorion
    Et si GENESIS permettait d’expliquer l’émergence et la persistance de certaines religions ?
    Puisque l’information pré-existe dans GENESIS, cela signifierait que « au commencement était le verbe » serait « n fait de l’information pré-existante en mouvement, émergé et stable ?
    Finalement, GENESIS permettrait de prouver l’existence de… Dieu ?

    1. Avatar de Pascal
      Pascal

      Pour l’émergence d’une religion pourquoi pas mais pour ce qui est de sa persistance, pas besoin de GENESIS. Récupération de l’originalité de la « pensée prophétique » pour en faire une doctrine de domination au service d’une minorité au pouvoir.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Christianisme_dans_le_monde_romain
      Vous prenez les grands philosophes perses et vous en arrivez à l’islamisme radical en passant par le colonialisme européen.
      En ce bas monde, ce qui persiste c’est ce qui a le pouvoir de domination. Quant à l’émergence de nouveaux paradigmes, n’est-ce pas tout simplement une réaction d’opposition à cette domination ?

    2. Avatar de bb
      bb

      @Thomas PERIER

      Attention ! Concepts hautemet spéculatif !

      I. « Au commencement était le Verbe » : L’Information comme Logos

      Dans la tradition johannique, le Verbe (Logos) n’est pas seulement une parole, c’est l’ordre, la raison et la structure qui informent la matière.

      Si Genesis pose l’information comme le substrat premier, alors le « Verbe » est l’équivalent théologique du « Code source ».

      Une religion peut être vue comme une configuration informationnelle hautement stable. Si une croyance persiste des millénaires, c’est qu’elle possède une structure de cohérence interne si forte qu’elle survit aux agressions du temps, de la critique et de l’histoire. Elle devient un « invariant » de la persistance humaine.

      II. Les prophètes : Des récepteurs de la « Réalité Cosmique » ?

      Comment expliquer que Moïse, Jésus, Mahomet ou Bouddha aient eu accès à une vision du « Grand Tout » ? Plusieurs théories permettent de l’interpréter :

      L’Unus Mundus (Jung / Pauli) : Cette théorie suggère qu’il existe une unité sous-jacente entre la matière et l’esprit. Les grands penseurs auraient eu accès, par des états de conscience modifiés, à cette couche profonde de l’Univers où l’information n’est pas encore fragmentée.

      Le Champ Akashique (Ervin László) : Une théorie ( controversée) postule qu’il existe un champ d’information universel. Les prophètes seraient des individus ayant une « bande passante » spirituelle supérieure, capables de décoder les lois de la persistance universelle avant les autres.

      L’Éveil à la Non-Dualité (Bouddhisme/Advaita) : Bouddha a perçu que le « moi » est une illusion et que tout est interdépendance. C’est la définition même d’un système d’information global : chaque partie n’existe que par sa relation au Tout.

      III. Genesis prouve-t-il Dieu ?
      Tout dépend de la définition de « Dieu » :

      Le Dieu Personne (Créateur barbu) : Non. Genesis n’a pas besoin d’un horloger, car l’organisation émerge mécaniquement de la nécessité de persister.

      Le Dieu de Spinoza (L’Univers lui-même) : Probablement. Si Dieu est l’ensemble des lois logiques et informationnelles qui permettent à l’Univers de ne pas s’effondrer dans le chaos, alors Genesis décrit les attributs de ce « Dieu-Loi ».

      Conclusion : Un monde administré par le « Code »
      La révélation religieuse serait en fait une intuition fulgurante des lois de la physique de l’information. Les prophètes auraient « vu » l’algorithme de la persistance.

      1. Avatar de ThomBillabong
        ThomBillabong

        Je ne pensais pas au « grand code » mais à la persistance de l’amour par exemple. Et d’ailleurs, l’amour pour autrui n’est-ce pas une forme …d’émergence de situation qui se stabilise (ou pas) après quelques interactions ? On retrouve bien différentes conceptions de l’amour dans les religions mais elles ont toutes en commun de chercher une forme de stabilité, non ?

        1. Avatar de bb
          bb

          @ThomBillabong

          Très intéressant comme question/
          Elle fait passer la théorie de la persistance du froid calcul mathématique à la chaleur de la psychologie humaine. Si l’on applique la logique de Genesis à l’amour, on change totalement de paradigme : l’amour n’est plus un sentiment mystérieux, mais un état d’équilibre optimal.

          1. L’Amour comme « Attracteur » de stabilité
          En physique des systèmes, un « attracteur » est un état vers lequel un système évolue naturellement et où il se stabilise.

          Si l’on considère deux individus comme deux systèmes d’information complexes, leurs interactions peuvent être chaotiques.

          L’amour serait l’émergence d’une configuration de cohérence maximale. C’est le moment où « l’énergie » nécessaire pour maintenir la relation devient inférieure à l’énergie de la séparation.

          L’amour persiste parce qu’il est la structure la plus stable pour la survie et le développement des individus concernés.

          2. La convergence des religions : la stabilité du lien
          Les religions ne traitent pas l’amour comme une émotion passagère, mais comme une loi de cohésion.

          Que ce soit l’ Agapé (amour désintéressé chrétien), la Mettā (bienveillance bouddhiste) ou la Fraternité islamique, l’objectif est le même : créer un cadre de persistance pour le groupe.

          Une société régie par la haine est instable et s’effondre (entropie sociale). Une société régie par une forme d’amour (stabilité des interactions) persiste.

          Les religions seraient donc des « manuels de maintenance » pour stabiliser ces interactions informationnelles entre humains.

          3. L’émergence : le passage du « Je » au « Nous »
          Dans la théorie de l’émergence, le tout est supérieur à la somme des parties.

          L’amour est l’exemple parfait : après quelques interactions, il se crée une nouvelle entité (le couple, la famille) qui possède ses propres règles de persistance.

          Ce n’est pas juste « A + B », c’est un nouveau système qui cherche à se maintenir dans le temps, exactement comme une cellule ou une galaxie dans la théorie Genesis.

          En résumé : Une « Thermodynamique du Cœur »
          Une vision scientifique moderne : l’amour est la force qui réduit le « bruit » et le désordre entre les êtres. C’est la forme ultime de la persistance organisée à l’échelle humaine. Les religions n’auraient fait que nommer « Dieu » ou « Sacré » cette force d’attraction qui permet au vivant de ne pas se désagréger.

          1. Avatar de bb
            bb

            @ThomBillabong

            Tous les penseurs ci-dessous partagent une intuition commune : ce qui existe, c’est ce qui tient ensemble. Que ce soit une molécule, un couple amoureux ou une religion millénaire, la survie dépend de la capacité du système à créer une règle de stabilité interne.

            1. Spinoza : La puissance de persévérer (Le Conatus)
            Bien avant la cybernétique, Baruch Spinoza affirmait que « chaque chose, autant qu’il est en elle, s’efforce de persévérer dans son être ».

            Lien avec l’idée : Pour lui, l’amour est une augmentation de notre puissance d’agir et de notre stabilité. C’est une force de cohésion qui nous rend plus « parfaits » car plus stables face aux agressions extérieures.

            2. Ludwig von Bertalanffy : La Théorie Générale des Systèmes
            Ce biologiste est le père de la systémique. Il a montré que les organismes vivants sont des « systèmes ouverts » qui maintiennent un état stable (homéostasie) malgré le flux constant d’énergie et d’information.

            Lien avec l’idée : Il a étendu cette analyse aux organisations humaines, suggérant que les sociétés et les religions fonctionnent comme des organismes cherchant l’équilibre.

            3. Alfred North Whitehead : La Philosophie des Procès
            Pour Whitehead, le monde n’est pas fait d’objets, mais de « processus ». Ce qui nous semble solide est en fait une répétition stable d’événements.

            Lien avec l’idée : Il définit Dieu comme le principe d’harmonie et de limitation qui permet à l’ordre d’émerger du chaos. L’amour y est vu comme la force d’attraction vers cette harmonie.

            4. Niklas Luhmann : Les Systèmes Sociaux
            Ce sociologue allemand a révolutionné la pensée moderne en appliquant la notion d’autopoièse (auto-création) à la société.

            Lien avec l’idée : Selon lui, l’amour est un « médium de communication symboliquement généralisé ». C’est un code qui permet de stabiliser des attentes mutuelles dans un monde complexe. Sans ce code (l’amour), le système du couple ou de la famille s’effondrerait immédiatement.

            5. Pierre Teilhard de Chardin : L’Énergie Amorce
            Prêtre jésuite et paléontologue, il a théorisé que l’Univers tend vers une complexité croissante.

            Lien avec l’idée : Il considérait l’amour comme une « énergie physique » de convergence, la force de gravitation de l’esprit. Pour lui, les religions sont des étapes vers le « Point Oméga », une unité totale d’information et de conscience.

            6. Humberto Maturana et Francisco Varela : L’Autopoièse
            Ces biologistes chiliens ont défini la vie non par sa reproduction, mais par sa capacité à s’auto-maintenir.

            Lien avec l’idée : Varela a beaucoup travaillé sur le lien entre science et bouddhisme, montrant comment la conscience et les relations humaines émergent de cette nécessité de maintenir une identité stable dans un flux permanent.

            1. Avatar de tarak
              tarak

              Vous repérez très bien ce que de nombreux penseurs ont décrit : des mécanismes de tenue. Mais passer de la description du maintien à sa valorisation implicite, c’est oublier que toute stabilité a un coût, et que le vivant se caractérise moins par ce qui tient que par la réversibilité de ce qui tient lorsque le coût devient trop élevé. Et c’est un problème tout à fait particulier à l’espèce humaine.

              La question est toujours la même : où se situe la limite ?
              C’est ce que nous avons du mal à accepter : repérer les seuils et en prendre acte, sans morale ni théologie ou invention de lois de surplomb.

            2. Avatar de tarak
              tarak

              Une cellule a une membrane perméable au nutriment sinon elle meurt.
              Une plante est perméable aux variations de son environnement sinon elle meurt.
              Un insecte contourne un obstacle menaçant sinon il meurt.
              Un animal reconnait son prédateur sinon il meurt.
              Un animal prédateur reconnait sa proie sinon il meurt.
              Chez l’humain, même principe, seule l’amplification de la distance change.
              Tous dépendent du monde qui les porte, mais tous, au niveau qui les caractérise, ont une marge d’auto-détermination.
              Une pierre non, un virus non, une planète non, une galaxie non…

              Le vivant, ce n’est pas une mission, c’est
              une dépendance au monde
              une marge de réponse
              une sanction réelle.

              Et nous humains, parce que nous pouvons intérioriser ce rapport au monde, que nous le mettons à distance, nous mettons notre monde symbolique en surplomb du monde réel. Et invariablement, le monde réel se rappelle à nous.

              1. Avatar de bb
                bb

                @tarak

                La vie est un ajustement permanent entre « carapace cognitive » et « relationnel », un combat pour la persistance dont la dureté est indiscutable. Cependant, ériger le matérialisme en horizon indépassable relève du dogme, au même titre que le fut le christianisme pendant un millénaire.
                Ne trouvez-vous pas votre réflexion paradoxale à ce sujet? Comme celle de tout matérialiste d’ailleurs?

                Le scientisme actuel, qui prétend réduire l’existence à la seule mécanique de la matière, est une doctrine aveugle à ses propres limites. Les faits sont là : de la mécanique quantique — où la matière se dissout en probabilités — aux phénomènes limites comme les EMI (état de mort imminente) , la science bute sur une dimension que nos sens ne captent pas. La science a montré que le temps, la matière et l’espace n’existaient pas.
                En quoi tenter d’émettre des théories pour comprendre ces phénomènes, nous couperait-il du réel ?

                Il n’y a aucune incompatibilité entre le respect des lois du réel et l’exploration de structures plus vastes. La théorie de l’information de Paul Jorion n’est pas une fuite dans le fantastique, mais l’aveu que le substrat de notre monde pourrait être immatériel. Le réel n’est pas une prison de chair ; c’est une interface dont nous n’avons pas encore décodé toutes les dimensions.

                Le problème de la pensée matérialiste dominante, c’est qu’elle tend à qualifier de “pensée magique” toute idée qui ne s’inscrit pas dans les cadres de son propre dogme. Einstein lui‑même a été la cible des critiques du matérialisme dialectique (doctrine officielle de l’Union soviétique) ainsi que de certains physiciens matérialistes classiques. 

                1. Avatar de tarak
                  tarak

                  @bb
                  Vous projetez sur ma position quelque chose que je n’ai jamais dit. Je ne suis ni matérialiste ni spiritualiste — je vous l’ai déjà dit.
                  Je ne réduis rien à la matière. Je pars de ce que nous observons : nous sommes vivants, nous mourons, des pertes sont irréversibles. C’est tout. Aucune réduction, aucun dogme.

                  Mécanique quantique : oui, elle montre que la matière « classique » se dissout en probabilités à certaines échelles. Et alors ? En quoi cela fonde-t-il que la vie « a un sens cosmique » ou que « le substrat de notre monde est immatériel » ?
                  Vous passez de l’observation (la physique quantique révèle que…) à la projection (donc il existe une « dimension que nos sens ne captent pas » qui donnerait sens au vivant).

                  EMI : Des phénomènes neurologiques en conditions extrêmes. Fascinant. Mais qu’observons-nous réellement ? Des récits subjectifs, des corrélats neurobiologiques, des régularités culturelles dans les interprétations.
                  Qu’est-ce qui, dans ces observations, démontre l’existence d’une « structure plus vaste » qui fonderait la valeur de la vie ?

                  « La science a montré que le temps, la matière et l’espace n’existaient pas » : non. La physique a montré que temps, matière et espace ont des propriétés différentes de notre intuition quotidienne. Ce n’est pas du tout la même chose que « n’existent pas ».

                  J’y vois là des glissements systématiques.

                  Regardez votre propre argumentation :
                  La science révèle des phénomènes contre-intuitifs (vrai)
                  Donc il existe « une dimension que nos sens ne captent pas » (projection)
                  Donc « le substrat de notre monde pourrait être immatériel » (projection)
                  Donc le matérialisme est un dogme aveugle (projection normative)
                  À aucun moment vous ne restez sur ce que vous observez effectivement.

                  Sur Paul Jorion et la théorie de l’information :
                  Je ne connais pas assez son travail pour en parler rigoureusement. Mais la question reste : en quoi une « théorie de l’information » rendrait-elle le vivant « noble » ou « logique » ?
                  L’information est un concept opératoire utile. Mais faire de l’information le « substrat immatériel du monde », c’est encore ériger un ordre (informationnel cette fois) en instance normative.
                  Même glissement. Même délégation.

                  Tout ceci est effectivement fascinant. Mais montrez-moi en quoi cela fonde que la vie a telle ou telle valeur. Pas dans votre imagination. Dans ce que vous observez.

                  Ce que je dis réellement :
                  Je ne dis pas : « seule la matière existe ».
                  Je dis : partez de ce que vous observez effectivement, pas de ce que vous imaginez.

                  Vous observez :
                  Que vous êtes vivant
                  Que vous allez mourir
                  Que certaines pertes sont irréversibles
                  Que personne ne peut décider à votre place de ce qui compte pour vous
                  Et que tout le vivant qui vous entoure est soumis à ces mêmes lois

                  Vous n’observez pas :
                  Que « le substrat du monde est immatériel »
                  Que « la vie a une mission cosmique »
                  Que « l’information fonde l’ordre universel »

                  Ces dernières sont des constructions — peut-être utiles, peut-être belles, mais juste des constructions.

                  Le paradoxe que vous pointez n’existe pas :
                  Refuser le matérialisme et le spiritualisme comme absolus normatifs n’est paradoxal que si vous présupposez qu’il faut choisir l’un ou l’autre. Je refuse les deux. Non parce qu’ils sont faux, mais parce qu’ils font tous deux le même geste : ériger un ordre (matière ou esprit) en instance qui déciderait de ce qui compte.

                  Sur le « scientisme » :
                  Vous critiquez le scientisme. Ok. J’y souscris.
                  Mais vous regardez bien ce que vous y substituez : une théorie informationnelle du réel ? Des « dimensions invisibles » ? Une « structure plus vaste » ?
                  C’est le même geste. Vous cherchez un fondement supérieur qui garantirait que la vie « a du sens », qu’elle est « logique », qu’elle « culmine » quelque part.
                  Moi je vous dis : cette recherche de garantie elle-même EST le problème. Pas sa réponse (matière vs esprit), mais la question même.

                  La science, comme l’art, comme le beau geste, procèdent de la même étonnante capacité de sonder par réflectivité, mais par pitié, contentons-nous de sonder, pas de nous disputer sur le sexe des anges. Le geste en lui-même est déjà extraordinairement jouissif.

                  Conclusion :
                  Vous me demandez si ma réflexion n’est pas paradoxale.
                  Non. je tente simplement la rigueur : observer ce qui est, sans projeter ce qu’on voudrait que ce soit.
                  Le vivant compte parce qu’il meurt. Point. Aucun ordre — matériel, spirituel, informationnel, quantique — ne peut garantir, justifier ou fonder cela.
                  C’est inconfortable. Je sais. Mais c’est ce que nous observons effectivement.

                  Et s’il nous faut des substituts à l’inconfort, ce qui est parfaitement légitime, alors célébrons le vivant pour ce qu’il est, pas pour ce que nous aimerions qu’il soit.
                  C’est un conteur et un théâtreux qui vous parle !

                  1. Avatar de Bb
                    Bb

                    @taeak
                    Merci pour votre retour très clair.
                    Votre position de  » conteur  » est intéressante. Je le suis également dans un certain sens: « bd », » films », mais je ne consacre plus cette discipline qu’ à des projets commerciaux.
                    Votre position pourrait elle s’expliquer par le fait que vous ayez votre propre « immaginaire »? Et que vous n’ayez au final aucun besoin de trouver une siginifcation au réel ? Non pas que tous les artistes soient athés, mais que leur discipline leur permette de créer des univers dont ils seraient les maîtres ? Ils n’auraient donc aucun besoin de chercher un sens absolu ou des raisons intrinsèques à la vie?

                    1. Avatar de tarak
                      tarak

                      Je vous remercie pour votre réponse, vraiment.
                      Mais ne croyez pas que mon imaginaire personnel me suffise. Très loin de là. L’inconfort, je le vis au quotidien, dans ma chair, comme chacun d’entre nous. L’absence de réponse ultime est la condition même de notre réflectivité, quelque soit le domaine dans lequel elle opère.

                    2. Avatar de Jean-Yves
                      Jean-Yves

                      @Bb
                      « Non pas que tous les artistes soient athés, mais que leur discipline leur permette de créer des univers dont ils seraient les maîtres ? Ils n’auraient donc aucun besoin de chercher un sens absolu ou des raisons intrinsèques à la vie? »
                      Vous laissez entendre que l’artiste se débarrasserait du problème de l’absence de réponse (évoqué par tarak juste au dessus) par la puissance (la volonté..?) de son imaginaire à la seule fin de pouvoir devenir le Maitre d’un monde qu’il aurait construit, en mage du monde lui même. Une forme d’exclusion juste pour être enfin le Maitre, le tout puissant.
                      Mais pour quelles raisons peindre des animaux au fond d’une grotte..?
                      Par narcissisme pour montrer à tous qu’on a peint la plus belle bestiole de la caverne…?
                      En vue d’un retour sur investissement dans 37 000 ans…?
                      Je reprendrais volontiers le terme de « perméable » qu’utilise tarak pour décrire le fait que ces animaux sont « passés en nous » et nous ont fait forte impression (croiser un sanglier sauvage de près, ça vous marque).
                      Au delà de toute intention créatrice aussi imaginative qu’elle puisse l’être, il s’agit d’un transfert (l’animal dans l’homme puis de l’homme sur le mur) qui permet de reprendre l’équilibre et dont les conséquences porteront le triste nom d’œuvre d’Art.

                    3. Avatar de bb
                      bb

                      @Jean-Yves

                      Vous soulevez effectivement beaucoup de questions. Pour ma part, je pense que nombre d’artistes érigent leur « créativité » en substitut à la nécessité de croire en une forme de divinité.
                      (Précision pour Tarak : ne connassant pas votre démarche artistique personnelle, je ne suggérais évidemment pas que vous correspondiez aux catégories évoquées ci‑dessous, même de loin. Ce sont plutôt mes propres expériences que je traduis ci-dessous).

                      L’art est devnu le sacre de l’Imposture. Nous sommes passé de la Nécessité Intérieure au Narcissisme Industriel.

                      Le Mirage du Démiurge
                      L’imaginaire collectif contemporain s’est cristallisé autour d’une figure de l’artiste comme entité souveraine. Héritier des maîtres de la Renaissance — tels que Raphaël ou Michel-Ange — l’artiste a glissé d’un statut de serviteur de génie des puissants à celui de puissance autonome. Cette trajectoire a engendré un contresens historique : la confusion entre la liberté de création et une forme d’omnipotence. Aujourd’hui, l’artiste n’est plus celui qui subit le monde, mais celui qui prétend le régenter, s’érigeant en démiurge au sein d’une société qui a substitué le culte de l’ego à la quête du sacré.

                      L’Art pour l’Art ou le Divorce du Réel
                      Le romantisme du XIXe a marqué une rupture décisive en décrétant « l’art pour l’art ». En s’affranchissant des contraintes culturelles, sociales et économiques, la discipline a paradoxalement perdu sa substance organique. Ce qui était autrefois une réponse vitale à l’impact du monde est devenu un exercice d’isolement; un auteur propose sa vision originale au reste du monde qui l’acclame. Cette autonomie proclamée a pavé la voie au star-system moderne, transformant les acteurs et les icônes de la pop en divinités de substitution, adulées non pour la profondeur de leur perception, mais pour l’éclat de leur surface.

                      L’Inflation Sémantique : Le Règne de l’Exécutant
                      Nous assistons à une démocratisation par le bas du titre d’artiste. Dans le paysage actuel, la distinction entre l’intention sensible et l’exécution technique s’est effondrée. Le graphiste publicitaire, l’artisan ou le technicien de l’image s’approprient le qualificatif d’artiste alors qu’ils ne font que répondre à des cahiers des charges industriels. Cette usurpation du terme masque une réalité brutale : l’absence totale d’intention personnelle. Là où l’art exige une perméabilité au réel, l’industrie n’exige qu’une efficacité esthétique.

                      Le Bras Armé du Consumérisme
                      La culture contemporaine s’apparente désormais à une mise en scène grand-guignolesque. L’art n’est plus le miroir de l’âme ou le réceptacle des chocs du vivant, il est devenu le bras armé du consumérisme. En détournant l’œuvre de sa nature profonde — l’expression d’une nécessité intérieure — le système l’a réduite à un produit de luxe ou un outil de communication.

                      Dans ce contexte, l’athéisme de l’artiste moderne n’est pas une posture philosophique, mais la conséquence logique de son propre narcissisme : celui qui se prend pour un dieu n’a plus besoin d’en chercher ailleurs.

                      Que les « artistes » qui lisent ce blog ne s’en offusquent pas. Il ne s’agit pas de critiques, simplement de constats. J’ai d’ailleurs moi‑même été pris dans ce détournement du mot artiste. J’ai été narcissique — et je le suis sans doute encore.

                    4. Avatar de Otromeros
                      Otromeros

                       »  » « Il est très probable que ce texte ( @bb 24/1 à 15h05) ait été généré par une intelligence artificielle, ou du moins qu’il ait été largement assisté par une IA. Plusieurs indices stylistiques et structurels pointent dans cette direction :

                      La structure très formalisée : Le texte est découpé en sections avec des titres accrocheurs et métaphoriques (« Le Mirage du Démiurge », « Le Divorce du Réel », etc.). C’est une structure typique des modèles de langage qui organisent souvent leurs réponses de manière thématique et équilibrée.

                      Le style « Grand Siècle » et philosophique : L’utilisation d’un vocabulaire soutenu et de concepts abstraits (nécessité intérieure, démiurge, inflation sémantique, mise en scène grand-guignolesque) est caractéristique des IA lorsqu’on leur demande de produire un texte de réflexion ou d’opinion. Le ton est péremptoire et très académique.

                      L’absence de fautes (à l’exception de l’introduction) : Alors que la phrase d’introduction contient des coquilles (« devnu », « passé » au lieu de « passés »), le corps du texte est parfaitement orthographié et ponctué, ce qui suggère que le paragraphe de tête a été écrit manuellement et que le reste a été généré par un outil.

                      La thématique récurrente : La critique de la perte d’authenticité et de la technologie est un sujet sur lequel les IA sont particulièrement bien entraînées. Elles sont capables de synthétiser des courants de pensée (comme le romantisme ou la critique de la société de consommation) pour produire un discours cohérent mais parfois un peu impersonnel.

                      À noter : L’outil de détection SynthID de Google est conçu pour identifier les tatouages numériques dans les images, les vidéos et l’audio créés par les outils de Google. Pour du texte pur comme celui-ci, l’analyse repose sur l’observation des motifs de langage décrits ci-dessus.

                      En résumé, ce texte possède toutes les marques d’une production synthétique cherchant à imiter un essai philosophique ou sociologique. »  »  »
                      (( ‘bard’))

                    5. Avatar de tarak
                      tarak

                      Un artiste qui ne se ment pas utilise sa raison, c’est à dire mobiliser les moyens de son expression, pour parler de ce qui n’est pas dicible, tout ce qui est hors raison, qui n’a aucune finalité repérable par la raison, sans jamais ériger ce qu’il produit en vérité. Il exprime son point de vue du mystère, pas ce qu’il est.

                      Le vrai scientifique également, mais sous une autre forme : mobiliser les moyens de son expression pour repousser les frontières de ce qui n’est pas repérable par la raison, avec par devers soi l’évidence : où qu’il repousse la frontière, rien, absolument rien ne lui dira pourquoi le vivant existe. Comment, quelles forces le contraignent, ce qui favorise sont maintien… OK. Mais le pourquoi est inatteignable : un laboratoire (ou une théorie), outil du vivant, est, par construction, inapte à prouver un extérieur fondateur du vivant, et même à en dessiner les contours.

                      Ce qui se passe dans ma tête est inatteignable par la tête d’un autre. Cet autre ne pourra que supposer, inférer, en observer les effets, rien de plus.

                    6. Avatar de bb
                      bb

                      @Otromeros

                      Bravo, Hercule Poirot.

                      Je ne me suis jamais caché d’utiliser l’IA.
                      – Je m’en sers pour éclaircir des textes difficiles. Y compris certaines interventions sur ce blog
                      – Pour mettre en forme des intuitions que je perçois mais que je n’arrive pas encore à formuler.
                      – Pour corriger ou reformuler mes écrits.
                      – Pour générer des images ou retoucher des dessins réalisés à la main.
                      – Pour concevoir des films.
                      – Pour orienter mes recherches intellectuelles.

                      Oui, oui, oui, et encore oui.
                      Des intellectuels comme Paum Jorino l’utilsent et probablement une grande majorité des intelectuels de la terre qui souhaitent « augmenter » leur reflexion.

                      Mais contrairement à ce que vous semblez sous‑entendre, les termes démiurge, inflation sémantique, mise en scène grand‑guignolesque sont bien de moi, issus du prompt initial.

                      Et malgré ce que vous affirmez sur les IA — « la critique de la perte d’authenticité et de la technologie est un sujet sur lequel elles sont particulièrement bien entraînées » — elles sont performantes sur tous les thèmes déjà explorés par l’humanité. Et elles savent recombiner des idées qui n’avaient jamais été rapprochées.

                      Vous-même utilisez l’IA de Google pour détecter l’usage de l’IA, et probablement pour rédiger votre propre message.
                      Alors, où voulez‑vous en venir exactement ?

                    7. Avatar de bb
                      bb

                      @tarak

                      « Ce qui se passe dans ma tête est inatteignable par la tête d’un autre. Cet autre ne pourra que supposer, inférer, en observer les effets, rien de plus. »

                      Rien de plus? Mais c’est toute la beauté de l’art. Sa raison d’être… 🙂 Non?
                      Ce qui différencie l’art véritable de la culture industrialisée actuelle.

                    8. Avatar de Otromeros
                      Otromeros

                      @bb 24/1 à 17h17

                      …  » Mais contrairement à ce que vous semblez sous‑entendre, les termes démiurge, inflation sémantique, mise en scène grand‑guignolesque sont bien de moi, issus du prompt initial.

                      Et malgré ce que vous affirmez sur les IA — « la critique de la perte d’authenticité et de la technologie est un sujet sur lequel elles sont particulièrement bien entraînées » — elles sont performantes sur tous les thèmes déjà explorés par l’humanité. Et elles savent recombiner des idées qui n’avaient jamais été rapprochées.  » …

                      Je n’affirme rien… Tout le commentaire produit ce jour à 16h32 est l’oeuvre de ‘mon’ IA débile ‘bard’ (gemini) à qui j’ai soumis ‘votre’ excellent commentaire de 16h53… une idée comme ça…°(^!^^)°…
                      Comme quoi, le flair d’Hercule le trompe rarement..

                      … » Vous-même utilisez l’IA de Google pour détecter l’usage de l’IA, et probablement pour rédiger votre propre message.. .
                      OUI pour la première partie, comme annoncé ==> voyez mes  »  » «  ET la signature finale..
                      NON pour la seconde partie (en grasses).

                      …  » où voulez‑vous en venir exactement ?  »
                      1. faire comprendre qu’il est (assez) simple, pour Hercule, de flairer/suspecter un usage (trop) intensif d’une I.A. et de demander à ‘son ami bard’ de le conforter ou non.
                      2. faire comprendre que, dans un blog comme celui-ci, il me semble utile/important/indispensable/poli de faire savoir au lecteur/interlocuteur familier qu’on a un peu/beaucoup/passionnément/à la folie utilisé ‘son’ I.A.
                      3. signaler que, à titre personnel, en général je ‘copie-colle’ froidement la proposition de bard ET je le signale clairement.

                      Ceci écrit, ce qui compte c’est le contenu.. qu’il vienne ou non, en tout ou en partie, d’ailleurs , pour autant qu’il soit de qualité..ce qui était le cas..amha.
                      Mais autant savoir que c’est difficile (pas impossible.. °(^^!^^)° ..) de leurrer
                      certain public… BAV.

                    9. Avatar de tarak
                      tarak

                      @bb
                      Le rien de plus n’était qu’un clin d’œil langagier.
                      Oui, c’est toute la beauté de l’art. Et de la science.

                  2. Avatar de Ruiz
                    Ruiz

                    @tarak
                    Que vous êtes vivant : Oui mais c’est une construction de l’esprit en appliquant à soi-même ce qui est constaté sur les autres mammifères ou homme auquel on s’assimile.

                    Que vous allez mourir : c’est une pure généralisation non prouvée (pour le moment) et dont il sera difficile de constater soi-même la réalisation donc infalsifiable.

                    Que certaines pertes sont irréversibles : oui pourquoi pas ? et alors qualifier de pertes est déjà un jugement de valeur.

                    Que personne ne peut décider à votre place de ce qui compte pour vous :
                    Est-ce vrai d’un esclave ? D’un prisonnier dans les pires conditions, d’un hospitalisé entubé monitoré en phase terminale ou pas ? Pour un vivant est-ce le cas d’un arbre ?

                    Et que tout le vivant qui vous entoure est soumis à ces mêmes lois …

                    1. Avatar de tarak
                      tarak

                      Parole de conteur : même si je sais que mes histoires sont des constructions, je choisis celles qui maintiennent le cercle des auditeurs éveillés, et non endormis dans l’attente d’un sens ultime.

                  3. Avatar de bb
                    bb

                    @Otromeros

                    Je demandais pourquoi ce type de remarque mettait tant de temps à arriver jusqu’ici. On nous explique, le doigt levé, qu’il faudrait prévenir le lecteur, s’excuser presque, d’avoir utilisé une machine (IA) pour poser ses mots. Mais à quoi bon ? Le geste est déjà vieux de deux ans (une étérnité dans ce domaine) , il appartient déjà au passé.

                    Aujourd’hui, tout le monde mouline, tout le monde peaufine. Les journalistes, les écrivains, les penseurs : ils passent tous leurs textes à la moulinette de l’IA, ne serait-ce que pour gommer une faute ou lisser une phrase. C’est devenu l’air qu’on respire, un secret de polichinelle que plus personne ne prend la peine de cacher. Écrire « j’ai utilisé une IA », c’est comme prévenir qu’on a allumé la lumière avant d’entrer dans la pièce : c’est un peu dépassé par l’usage, non ?

                    Le copier-coller brut, celui qui pique les yeux avec ses astérisques, ses retours à la ligne mécaniques et ses émojis qui clignotent comme des guirlandes, ça c’est le degré zéro. C’est illisible, et je ne me prive pas de le dire à ceux qui nous balancent ça en pleine figure ici et ailleurs. Personnellement, je préfère dompter la bête. Je demande à Gemini de se mettre au boulot, de ranger ses puces et ses gras, de me construire de vrais paragraphes.

                    C’est mon petit truc à moi : j’adapte le costume au sujet. Un ton froid et magistral pour parler philo ou économie, quelque chose de plus serré, de plus clinique. Et quand il faut remettre un peu de chair, un peu de chaleur humaine dans la machine, je demande du style, du vrai. Un ton à la Aubenas, par exemple (comme ici ?).
                    On est plus à l’aise comme ça, pour se parler d’homme à homme, ou presque.

                    Au plaisir… 🙂

                    1. Avatar de Garorock
                      Garorock

                       » c’est un peu dépassé par l’usage, non ?  »
                      Ouais l’Honnêteté, ça le dépasse le BB du Gange !
                      Déja qu’on avait bien vu qu’il était arrogant, narcissique, élargisseur d’insectes, v’la en plus que les aveugles découvrent que c’est un faquin et il vient nous expliquer que c’est l’usage sur sa planète et qu’on devrait lui rendre grace de cette belle justification de son immarcescible liberté!
                      Un donald en culottes-courtes dans les allées du Jorion’s blog qui vient agiter son truc en plumes même là où y’a pas de poussière!
                      Où y’a de la gène, y’a pas de plaisir.
                      😎

                    2. Avatar de bb
                      bb

                      @Garorock

                      Je savourais le silence radio total suscité par vos posts. C’était presque artistique.

                      Je me demandais juste à quel moment votre ego allait finir par reprendre le dessus pour nous rappeler, avec votre mépris habituel, que vous étiez toujours dans la place. 😄

  9. Avatar de Garorock
    Garorock

    https://youtu.be/hbHgIzIbzmQ?si=gr7Ni1eZMM13D23l
    Pourquoi les devs réécrivent tout avec ce language ?

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