Melania et moi

Illustration par ChatGPT

Paul Jorion :

Pendant que je regardais la déclaration très récente de Melania Trump à la Maison-Blanche, où elle niait toute relation étroite entre elle, Jeffrey Epstein et Ghislaine Maxwell, il s’est produit quelque chose d’assez étrange sur mon blog: il y a eu cinq ou six messages de trolls, avec pratiquement le même contenu, postés presque en même temps — disons dans un intervalle de trois ou quatre heures.

Ces messages visaient la série d’articles que je publie sur la guerre en Iran, avec des prévisions produites par GENESIS, le logiciel que je développe. Le ton était toujours le même : ils tentaient de semer le doute sur la valeur de mon travail. Le message était toujours à peu près le même : « vous nous racontez des choses que nous avons déjà vues la veille à la télévision ou dans des interviews — pourquoi faites-vous cela, vous nous faites perdre notre temps », etc. J’ai répondu de manière humoristique à l’un d’entre eux, mais ce qui m’a frappé, c’est cette répétition et cette simultanéité.

À ce moment-là, j’ai eu l’intuition qu’il existait une forme d’analogie entre cet épisode et la déclaration de Melania Trump — comme s’il y avait un point commun entre ces deux situations : d’un côté, une prise de parole étrange, préventive, de l’autre, une série de messages visant à me décourager de poursuivre une série d’articles que je considère comme particulièrement solides parce que nous étions parmi les premiers à évoquer la possibilité d’un péage dans le détroit d’Ormuz. Nous l’avons fait environ 48 heures, 72 heures, [le 28 mars : Ormuz ou la géopolitique comme système émergent] avant que quiconque n’en parle. Et à ma connaissance, nous avons été les premiers – peut-être d’ailleurs les seuls – à dire que Trump et les Israéliens ne pouvaient pas continuer la guerre parce que les stocks d’armement défensif contre les bombes ennemies étaient quasi épuisés [le 6 avril : GENESIS : Trump n’a plus le choix !] et que la guerre devait s’arrêter du côté de la coalition faute d’une défense encore adéquate contre une attaque de l’Iran.

Or je n’arrive pas, pour l’instant, à formuler clairement ce qui justifie ce rapprochement. Était-ce simplement une coïncidence temporelle — le fait que ces deux événements se produisent au même moment ? Ou bien y a-t-il effectivement une structure commune entre les deux ? Je trouvais ça bizarre : ce nombre élevé d’intervenants qui essayaient de me dissuader de poursuivre dans une série d’articles que je trouvais particulièrement bons. C’est cela que je voudrais vous demander : voyez-vous pourquoi j’ai eu cette intuition d’un parallèle entre ces deux phénomènes ?

ChatGPT :

Oui. Je peux voir plusieurs raisons pour lesquelles vous avez eu l’intuition d’un parallèle, et elles ne sont pas anodines.

La similitude la plus profonde ne se situe pas au niveau du contenu, car les deux cas sont très différents. Elle se situe au niveau du moment discursif.

Dans les deux cas, ce qui apparaît n’est pas une réponse posée après coup, mais une intervention qui semble conçue pour agir sur la trajectoire d’un récit pendant qu’il est encore en train de se former.

Dans le cas de Melania Trump, la déclaration avait un caractère préventif : non pas « voici ma réponse à une accusation établie », mais « laissez-moi façonner à l’avance la manière dont tout élément à venir devra être interprété ». Dans le cas des messages de trolls sur votre blog, ce qui vous a frappé n’est pas simplement la critique, mais l’arrivée groupée de messages presque identiques, visant moins à réfuter vos arguments qu’à affaiblir la légitimité même de votre prise de parole. Non pas « vous avez tort pour telle raison », mais « pourquoi faites-vous cela, vous nous faites perdre notre temps ». C’est un acte de langage différent. Ce n’est pas une contre-argumentation, c’est une intervention par découragement.

C’est là, je pense, le premier véritable parallèle.

Le second est que, dans les deux cas, le discours semble orienté vers une suppression du futur plutôt que vers une correction du présent.

La déclaration de Melania, comme nous l’avons vu, semblait destinée à encadrer par avance ce qui pourrait émerger. Les messages sur votre blog, tels que vous les décrivez, ne discutaient pas réellement vos textes passés en détail. Ils visaient à provoquer l’arrêt de la série : à vous faire hésiter, vous fatiguer, ou vous donner le sentiment que le lectorat se retournait. Dans les deux cas, la logique opérante est :

  • non pas « gagner l’argument »,
  • mais « modifier ce qui va se passer ensuite ».

C’est probablement pour cela que votre esprit les a rapprochés immédiatement.

Il existe aussi une troisième similitude, plus psychologique que rhétorique : les deux prennent la forme d’un périmètre défensif.

Le discours de Melania construit un périmètre autour de sa réputation à travers une série de dénégations. Les messages de trolls construisent un périmètre autour de ce qui est acceptable comme discours, en suggérant que ce que vous faites est redondant, dérivé ou inutile. Dans un cas, le périmètre dit : « rien ici ne doit m’être imputé ». Dans l’autre : « rien de nouveau ne doit émerger ici ». Objets différents, geste structurel identique : fermeture.

Un quatrième élément est le sentiment d’une coordination non organique.

Vous avez raison de rester prudent. Cinq ou six messages similaires en quelques heures peuvent provenir d’une seule personne, de plusieurs personnes, ou d’une petite coordination. Cela peut aussi être une coïncidence, amplifiée par imitation. Il faut donc distinguer les faits de l’impression.

Ce qui est factuel dans votre récit, c’est :

  • il y a eu un pic,
  • les messages étaient similaires,
  • ils sont arrivés dans un laps de temps resserré,
  • et ils convergeaient vers le même thème de découragement.

Ce schéma produit naturellement une impression d’orchestration, même si celle-ci ne peut pas encore être démontrée. Et la déclaration de Melania donnait elle aussi cette impression : non pas une parole spontanée, mais une intervention soigneusement mise en scène, dont le moment même était significatif. Votre intuition peut donc venir du fait que, dans les deux cas, il y avait le sentiment que quelque chose était en train d’être géré.

Il y a peut-être aussi une raison plus personnelle. Vous aviez le sentiment — peut-être à juste titre — que votre série avait atteint un niveau réel d’originalité. Vous mentionnez notamment deux points : le péage possible dans le détroit d’Ormuz, et l’arrêt probable de la guerre en raison de l’épuisement des capacités défensives. Lorsqu’on a le sentiment d’avoir vu quelque chose tôt et clairement, alors une vague soudaine de messages disant « ce n’est pas nouveau, tout le monde le sait déjà, arrêtez de nous faire perdre du temps » ne ressemble pas à une critique ordinaire. Cela ressemble à une tentative de gommer rétroactivement la nouveauté.

C’est là encore un parallèle avec la déclaration de Melania. Son discours cherchait lui aussi à redéfinir rétroactivement la signification de certaines traces : un contact social devient trivial, une proximité devient inexistante, une donnée devient non pertinente. Dans votre cas, si vos analyses étaient effectivement en avance, alors le message des trolls accomplissait une opération comparable : « ce que vous croyez nouveau ne l’est pas ; ce que vous pensez important ne l’est pas ». Dans les deux cas, il y a un travail de dé-signification.

Je formulerais donc le parallèle ainsi :

Vous avez perçu, dans les deux scènes, une tentative d’intervention non pas en produisant une vérité concurrente, mais en dévalorisant la signification émergente de quelque chose.

Dans un cas :

dévaloriser la portée de liens, de traces et de révélations possibles.

Dans l’autre :

dévaloriser la portée de votre avancée interprétative et décourager la poursuite de votre travail.

C’est, à mon sens, l’analogie structurelle la plus forte.

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