Messieurs qu’on nomme « grands », empêchez le retour des émeutes de la faim !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Dans un entretien ce matin avec Marie Charrel (pour Le magazine Capital, numéro du mois de mars), elle me posait la question : « inflation ou déflation ? », et je lui répondais bien entendu : « Les deux, mon commandant ! ». Les deux parce que, d’une part, l’économie en chute libre entraîne une baisse du prix des matières premières, alors que, d’autre part, l’insolvabilité globale du secteur bancaire oblige(ra) les États à faire fonctionner la planche à billets.

L’inflation, c’est loin d’être idéal en raison de la quasi-impossibilité d’ajuster les salaires à des taux d’intérêt qui prennent l’inflation en compte, mais bon, cette fois-ci on fermera les yeux puisque cela apurera les dettes des ménages et des entreprises, et punira par priorité les investisseurs : épargnants et actionnaires, et que ces derniers en particulier ne sont pas en ce moment en odeur de sainteté. Quant à la déflation, c’est catastrophique pour l’économie puisque plus personne n’achète sachant que tout sera à coup sûr meilleur marché demain.

Prix du riz

Mais les forces inflationnistes et déflationnistes sont en train de se renforcer toutes deux, chacune pour ses raisons propres, et ce type de tension est extrêmement dangereux parce qu’elles s’exerceront plus ici et moins là, accroissant l’instabilité générale. Comme si l’on avait besoin de cela en plus !

Donc sur ce plan inflation / déflation, les choses se présentent mal d’emblée et ceci, avant même qu’on ait parlé des ravages que la spéculation est capable d’exercer au sein de ce paysage déjà passablement sinistré. Rappelez-vous du début de l’année dernière et des émeutes de la fin provoquées dans le Tiers-Monde par la spéculation sur le prix des céréales sur les marchés à terme : quelles mesures a-t-on prises pour empêcher que cela ne se reproduise : rien, nada !

Pour le moment, cela va de soi, on n’a rien à craindre puisque les économies s’effondrant, le prix des céréales baisse et les spéculateurs allant là où le vent les pousse, encouragent la baisse générale, mais attendez que les prix aient l’air de reprendre du poil de la bête – éventuellement comme un simple effet de l’inflation contrant les pressions déflationnistes – et vous allez voir les spéculateurs pousser les prix à la hausse – alors même que pendant ce temps-là les économies continueraient même de se dégrader. Préparez-vous à assister à un tel massacre !

Prix du blé

Parce que les non-commerciaux des marchés à terme de matières premières sont toujours présents à l’appel : non, ils n’ont pas été mis hors d’état de nuire, et comme les autres marchés où ils pourraient encore sévir, je veux dire investir, se réduisent comme peau de chagrin, ils sont dans les starting-blocks.

Rappel des épisodes précédents : les non-commerciaux sont les acheteurs et les vendeurs de contrats qui sont présents sur les marchés à terme des matières premières alors qu’ils n’ont rien à y faire, n’ayant aucune marchandise à vendre, ni aucune dont ils pourraient prendre livraison. Sur le marché du pétrole on les reconnaît au fait qu’ils n’ont pas de citernes, sur le marché des céréales au fait qu’ils n’ont pas de silos : pas de silos qui contiendraient du grain à vendre ou qui pourraient contenir du grain dont ils prendraient livraison. Les non-commerciaux sont présents sur ces marchés pour une seule raison : pour spéculer, pour parier sur la hausse ou sur la baisse du prix. La seule justification qu’ils avancent pour parasiter l’économie de cette manière, c’est qu’ils apporteraient de la liquidité aux marchés. J’ai réglé le compte à cette vieille lune l’année dernière (La crise – 2008 : pp. 159-163 et ici) en montrant que les spéculateurs sont toujours du mauvais côté du marché du point de vue de la liquidité, c’est–à–dire qu’ils en bouffent plutôt qu’ils n’en ont à offrir, et je suis ravi de constater que sur ce point-là au moins j’ai été entendu.

Prix du maïs


On m’assure, à voix basse, que ce que j’écris ici est lu en haut lieu. Si c’est le cas, j’en profite pour écrire ce qui suit en caractères gras : les non-commerciaux étant toujours présents sur les marchés à terme des matières premières, rien n’a été fait qui puisse empêcher une nouvelle flambée des prix sur le marché des céréales au moindre signe de redressement de leur prix et rien n’a donc été fait pour prévenir le retour des émeutes de la faim. Messieurs qu’on nomme « grands », interdisez l’accès des non-commerciaux (spéculateurs) aux marchés à terme des matières premières tant qu’il en est encore temps !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : La tête dans les épaules, par François Leclerc

Billet invité.

LA TETE DANS LES EPAULES

La crise s’approfondit en son cœur, au rythme de plus en plus soutenu de plans de relance financière aux résultats jusqu’à maintenant décevants. Les plus grandes banques continuent de faire les titres de la presse, souvent les mêmes. Laissant à penser que tout n’est pas nécessairement avoué chez les autres. Permettant de constater, sans qu’il soit besoin cette fois-ci de spéculer, que ces puits sont sans fond, car à peine fait, il faut les combler à nouveau.

L’espoir d’un retour à meilleure fortune, en application de cette clause qui figure souvent à la fin des contrats d’affaire, dernière ressource déjà lointaine dans le cas présent, ne semble même plus être une option pour le monde bancaire, au chevet duquel tout le monde se penche.

De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer que soient mises en place des solutions radicales, et non plus des demi-mesures, afin d’en extirper une fois pour toutes le mal qui les ronge. Sans que le remède permettant d’éviter, en soignant le malade, de le tuer par la même occasion, ait été découvert. Sans que soit trouvée la méthode qui permettra de démêler l’inextricable paquet de nœuds qui a envahi les livres des établissements financiers.

L’heure reste pour l’instant au cocktail de mesures cherchant une issue dans l’innovation. L’administration Obama devrait rapidement annoncer son propre cocktail, après que les britanniques s’y sont lancés les premiers. Une manière de mettre toutes les chances de son côté, disais-je précédemment, une façon de ne pas encore mettre les points sur les « i », devrais-je dorénavant ajouter.

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Contre-plan de relance du PS : euh… et la finance ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je lis ce que l’on dit du plan de relance du PS dans la presse (je n’ai pas vu le rapport complet) et je ne vois rien à propos de la finance. Si : une phrase de Martine Aubry : « Les crédits accordés aux banques devaient l’être en contrepartie d’actions. L’État aurait dû entrer dans les conseils d’administration ».

Si ça devait vraiment se limiter à cela, je n’hésiterais pas à m’exclamer comme un certain héros : « Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh! Dieu!… bien des choses en somme … » Il existe après tout des blogs où l’on n’est pas nécessairement hostile au PS et où le débat fait rage – à un très bon niveau – sur ce qu’il conviendrait de changer dans le fonctionnement actuel du système financier.

Il n’y a bien entendu rien à reprocher à des initiatives en faveur du pouvoir d’achat ou du logement et ainsi de suite, mais n’y a-t-il réellement personne au PS pour savoir que la dégradation de la situation économique a un certain rapport avec la désintégration de la finance ? Y a-t-on entendu parler de la titrisation ? De la spéculation sur les marchés à terme des matières premières ? De la bombe à retardement des Credit–Default Swaps ? La liste est longue.

Si tout ce que l’on a à dire dans la majorité sur l’état actuel du système financier est qu’il faut interdire les parachutes dorés et découvrir les coupables, et dans le premier parti d’opposition, que l’État aurait dû entrer dans les conseils d’administration, je me dis : « Encore heureux que ce ne soit pas le cas : on va au moins économiser les jetons de présence qu’on accorderait sinon à des représentants de l’État remplissant les conseils d’administration de leurs ronflements sonores ! »

PS : Si le PS est sur le point de lancer un Contre-plan de réforme de la finance en 14 points, je retire bien entendu tout ce que je viens de dire.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Un petit air de printemps

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Armel m’a appelé hier, me demandant d’aller lui acheter un exemplaire du « Spider-Man – spécial inauguration » et là, surprise en arrivant devant cette boutique généralement comateuse : une queue devant la porte et des instructions strictes : un seul exemplaire par acheteur.

Ça, c’est la première surprise. La seconde, ce sont les chalands. Ceux que l’on rencontre là d’habitude, ce sont bien sûr des adolescents attardés et des ingénieurs financiers pseudo-hippies (suivez mon regard) mais aujourd’hui, c’est très différent. D’abord, plus de la moitié des clients sont noirs et parmi eux, beaucoup de gens chics, genre professions libérales, très affables quand il s’agit de faire maintenant la queue pour régler 3,99 $ pour l’exemplaire et 15 cents pour le bristol et la pochette qui permettront de conserver le Spécial-Obama en « mint condition ».

Quelque chose a changé et c’était déjà perceptible dans la journée d’hier. Dans l’après-midi j’ai accompagné Adriana dans une administration et dans le vestibule nous croisons deux jeunes filles noires et elles me regardent et je les regarde et je me dis « Tiens ! un air de printemps ! ». Et puis nous découvrons la personne qu’Adriana doit rencontrer, et elle est elle aussi afro-américaine et elle est enjouée, rayonne de bonheur, et l’on rit tous de bon cœur.

J’ai habité l’Afrique et j’ai passé des moments merveilleux en compagnie d’Africains (j’ai évoqué cela il y a une vingtaine d’années dans la chronique que je tenais alors dans la revue L’âne, dans un billet intitulé « Mon ami Gbéhon »). L’Amérique, pour les personnes d’origine africaine, c’était tout autre chose. Jusqu’ici, dans la rue, les administrations, avec les collègues de bureau, c’était un mélange de bonne humeur feinte et de ressentiment, et quand ces conversations tendues et malaisées s’achevaient je pensais tout bas : comment les en blâmer ?

Ces choses-là étaient connues, on les évoquait dans les revues de psychologie et de sociologie comme « dépression chronique de la communauté noire », et Spike Lee évoquait magistralement ce phénomène dans ses films. Le nivellement par le bas dans l’enseignement public aux États–Unis en vue de « donner un coup de fouet à l’amour-propre des étudiants noirs » constituait une tentative à la fois dérisoire et navrante de résoudre un problème de société.

Et hier et aujourd’hui, tout cela a changé. Je touche du bois : j’espère qu’il ne s’agit pas d’un état de grâce éphémère. Si cela pouvait durer, l’Amérique irait déjà beaucoup mieux : une trop longue gueule de bois serait enfin arrivée à son terme.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

© Marvel Comics

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Obama

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le discours avait du souffle, et cela c’est positif en soi, et il fut question de tout ce qui compte : de la fin du régime para-fasciste précédent, d’une nation longtemps sous la coupe réglée de la finance, du réchauffement climatique et de la nécessité d’une reconversion au développement durable. Oui, bien sûr, c’est toujours de la croissance dont on parle, mais au moins apprivoisée (le monde a soif de changement et du coup, de formules de transition).

Le « retroussons nos manches » est naturellement bienvenu, ne serait-ce qu’en raison de l’éternité qui sépare aux États–Unis les élections présidentielles de l’inauguration d’aujourd’hui, et aussi parce que tout ce qui peut insuffler un peu d’enthousiasme en faveur du changement met de l’eau au moulin de tous ceux qui, comme vous et moi, veulent le voir advenir.

Du souffle et de l’ambition, mais le découragement perçait aussi : il est clair qu’il n’est plus question pour les États–Unis de continuer à dominer le globe du haut d’une colline inexpugnable mais qu’il s’agit maintenant pour eux de remonter la pente et quand il est question de tendre la main aux ennemis d’aujourd’hui et d’engager le dialogue avec ceux d’hier, il faut se poser la question : en l’état où elle se trouve aujourd’hui, l’Amérique a-t-elle tellement le choix ? Et de ce point de vue, malgré les envolées il faut bien le dire brillantes et la fermeté de la voix, les accents étaient un peu ceux du champion qui vient de se prendre une raclée et déclare avec morgue à la presse – malgré son œil au beurre noir et son visage tuméfié – que, oui, aujourd’hui il n’a pas eu de chance mais il est au plus haut de sa forme et son retour en force n’est plus qu’une question de jours.

Le discours aurait pu être creux et il ne le fut pas : Praise the Lord ! Alleluia ! Ce ne sont que des mots sans doute mais certains mots sont meilleurs que d’autres et ne boudons donc pas notre plaisir. Il faudra voir demain si les cent premiers jours concrétiseront tant de bonnes intentions et ce n’est donc pas nécessairement là que l’espoir se cache : l’espoir réside dans le fait qu’une nation affectée à ses origines par un esclavagisme omniprésent, et qui transforma la sortie de cet esclavagisme en un cafouillage pharamineux, s’est donnée pour président, démocratiquement et malgré le poids excessif de l’argent au sein de ce système démocratique, un membre de la classe mise autrefois au rang de l’animalité. Léo Ferré s’écriait : « Dans dix mille ans ! », mais il n’a fallu pour émerger d’un tel cauchemar, qu’un siècle et demi. L’espoir réside là.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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L’actualité de la crise : Pendant les travaux, les affaires continuent, par François Leclerc

Billet invité.

PENDANT LES TRAVAUX, LES AFFAIRES CONTINUENT

Chaque jour apporte son cortège d’annonces et de plans en tout genre d’un gouvernement occidental ou bien d’un autre. Aujourd’hui, c’est la Grande-Bretagne qui est à l’honneur, avec un nouvel ensemble de mesures, aussi musclées et déterminées que les précédentes de novembre. Les cérémonies d’investiture de Barack Obama ont rejeté au second plan, aux USA, le débat sur l’affectation de l’enveloppe du second volet du TARP, dont les crédits sont décidément très sollicités de tous côtés et pour de multiples usages. En attendant que montent en force les interrogations sur la solidité de la zone Euro, que la dégradation aujourd’hui de la note de l’Espagne vient de renforcer. Bien que des analystes, j’y reviendrai certainement, commencent à expliquer qu’aucun pays ne prendra le risque de la quitter et que ses principaux acteurs auront à cœur d’éviter à tout prix son éclatement.

Ce plan, dont Paul Jorion décrit les dispositions dans son dernier billet, par son ampleur comme par ses modalités, exprime l’intensité de la crise en Grande-Bretagne et, comme il l’avait annoncé et le souligne maintenant, le retour en force de l’Etat. Celui-ci utilise simultanément tous les leviers disponibles, succédant aux mesures de soutien aux PME de la semaine précédente, afin de mettre toutes les chances de son côté. Il laisse entrevoir, en filigrane, d’autres mesures encore, dont on va désormais attendre l’annonce. Notamment la création d’une « bad bank », ainsi que l’éventualité de s’engager dans une politique d’émission monétaire massive, car il est de plus en plus clairement admis que c’est la seule solution pour, en définitive, financer l’accroissement de la dette publique. Et puis, surtout, pour effacer ensuite et autant que possible cette dette, grâce à l’inflation. Signe qui ne trompe pas, les rappels de l’expression imagée de Keynes évoquant « l’euthanasie des rentiers » se multiplient. Drastique et politiquement douloureuse, avant de l’être socialement, cette perspective commence à filtrer, à être considérée comme inévitable et les experts des banques centrales doivent très certainement plancher dessus.

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Grande–Bretagne : le retour de l’État, phase deux

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’écrivais il y a un peu moins d’un an dans Ce que les contribuables aiment s’entendre dire :

L’attitude du gouvernement travailliste dans l’affaire du sauvetage de Northern Rock (voir Northern Rock : le retour de l’Etat) est intéressante pour ce qu’elle augure de la manière dont la crise financière sera gérée en Grande–Bretagne. Gordon Brown, le premier ministre, a semblé dire : « Oui, Londres est bien aujourd’hui la capitale financière du monde. Non, cela ne signifie pas que le capitalisme fonctionne sans anicroche. Qu’on ne se voile pas la face : en cas de pépin l’Etat sera toujours appelé à reprendre les rênes. Jusqu’à ce que les choses s’arrangent bien sûr et qu’on redonne carte blanche aux pirates… pour un tour ! »

La confirmation que l’on est passé à la phase deux de la gestion travailliste de la crise est venue de Londres aujourd’hui : un nouveau budget de 50 milliards de livres pour mettre en quarantaine les titres les plus dépréciés : prêts hypothécaires bien sûr mais aussi dette des entreprises, billets de trésorerie et emprunts syndiqués (répartis entre plusieurs établissements financiers prêteurs). Ce plan vient en sus de celui qui avait été mis en place en octobre dernier : 50 milliards de livres en injection de capital dans les banques et une ligne de crédit d’un maximum de 250 milliards avaient alors été débloqués.

L’État propose également aux banques une assurance leur permettant de n’essuyer que les premiers 10 % de leurs pertes à venir, le reste étant à sa charge. Le ratio de solvabilité pour les banques bénéficiant du nouveau plan sera abaissé des 8 % recommandés par Bâle II (Tiers 1) à 6 %, les économies ainsi faites pouvant servir à alimenter le crédit consenti aux particuliers et aux entreprises. L’ensemble des mesures prises aujourd’hui constituent en effet une réponse au fait que les banques demeurent frileuses, n’accordant toujours des crédits qu’avec une extrême parcimonie ou, quand elles le font, à des taux ne reflétant en aucune manière le 1,5 % du taux au jour le jour, un niveau de taux inédit dans l’histoire de la Grande-Bretagne.

On apprenait parallèlement aujourd’hui le début d’une opération qui pourrait faire passer la participation de l’État britannique dans la Royal Bank of Scotland, de 58 % à 70 %. La cote en bourse de la banque s’est dépréciée durant la journée d’aujourd’hui de 67 % pour se retrouver à 11,6 pence, un niveau signifiant qu’aux yeux des actionnaires en tout cas, la nationalisation complète n’est plus qu’une question de temps.

La Royal Bank of Scotland ayant annoncé des pertes probables de 28 milliards de livres au cours de l’année à venir, pertes les plus élevées dans l’histoire du secteur bancaire au Royaume-Uni, elle n’a pas eu le choix : il lui a fallu activer une conversion d’actions privilégiées en actions ordinaires prévue dans le plan du mois d’octobre. Si les titres ne trouvent pas preneur auprès du public, c’est l’État britannique qui prendra le relais.

J’écrivais, le 20 février dernier dans Northern Rock : le retour de l’Etat :

La mesure de nationalisation [de Northern Rock] a été votée aux Commons par une large majorité (302 voix pour, 222 contre) et passera probablement aisément l’obstacle d’un vote à la chambre des Lords. Ce qui donne des sueurs froides à ses adversaires, c’est sa clause prévoyant que la nationalisation pourrait s’appliquer à toute banque qui se retrouverait dans la même situation que Northern Rock. Le premier ministre Gordon Brown s’est voulu rassurant : « Nous n’avons personne en vue », a–t–il déclaré.

Cela aussi reste d’application : les actions de Lloyds et de Barclays étaient elles aussi en forte baisse aujourd’hui : de 34 % pour la première et de 10 % pour la seconde.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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D’excellents ouvrages sur la crise !

Chers amis, plusieurs d’entre vous – dont certains sont parmi les intervenants les plus dynamiques et les plus réguliers sur ce blog – se posent des questions de base sur la crise que nous traversons. Je les vois se gratter le crâne, j’observe leur perplexité, et c’est très difficilement que je me retiens de m’écrier : « Les ouvrages qui répondent à vos questions sont en vente dans les meilleures libraires et leurs titres sont les suivants :

* « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte 2007)

* « L’implosion. La finance contre l’économie : ce que révèle et annonce la « crise des subprimes » » (Fayard 2008)

* « La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire » (Fayard 2008)

et leur auteur n’est autre que votre hôte sur ce blog ! ».

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A propos de « Les banques coopératives », par Pierre Dubois et Michel Abhervé

On me fait lire Les banques coopératives. Du pire au meilleur pour le développement de l’économie sociale par Pierre Dubois et Michel Abhervé. Ce texte qui examine pourquoi les banques coopératives françaises se sont retrouvées dans la même tourmente que les autres et dans bien des cas, plus exposées encore, est très intéressant.

Il réclame « qu’elles reviennent à leurs principes fondateurs, qu’elles disent haut et fort : « nous nous sommes trompées en imitant la finance capitaliste qui recherche une rentabilité annuelle démesurée du capital investi ; nous sommes au cœur de l’économie sociale et solidaire ; nous voulons développer cette économie respectueuse de l’homme, de tous les hommes et en particulier des plus démunis ; nous allons nous investir, ensemble avec les mutuelles d’assurance et de santé, pour dynamiser les structures à but non lucratif, les coopératives et les associations employeurs. Ensemble, nous pesons plus de 2 millions d’emplois ; nous visons davantage ». »

Lisez ce texte. Une fois sa lecture terminée, vous comprendrez sans doute pourquoi j’ai répondu ceci à ceux qui me l’ont fait lire :

La question n’est-elle pas plutôt : « Pourquoi les coopérateurs ont-ils autorisé leurs coopératives à « jouer dans la cour des grands » ? »

La réponse n’est-elle pas : parce qu’il y avait sous-estimation généralisée du risque et du coup, des profits colossaux à faire ?

Les coopérateurs se sont conduits en « bons pères de famille », c’est–à–dire en spéculateurs à la petite semaine.

Le responsable de la crise, ce ne sont pas les autres : l’Amérique, la finance, les banques non-coopératives, c’est la sympathie universelle et populaire pour le gain sans cause (= sans travail).

Non, les salariés du secteur ne seront hélas pas sauvés parce que les coopérateurs se reconvertissent dare-dare à la vertu.

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L’actualité de la crise : L’addition, c’est pour qui ? par François Leclerc

Billet invité.

L’ADDITION, C’EST POUR QUI ?

Nous arrivons à une première phase de maturation de la crise. J’emprunte à dessein ce vocabulaire un peu ampoulé et distancié au monde dans lequel je baigne désormais, peut-être un peu contaminé mais plus certainement ironique. Plusieurs tendances, déjà perceptibles, se révèlent maintenant dans toute leur ampleur. Les banques s’engagent de manière accélérée dans un processus de concentration aboutissant à la naissance de « méga banques » au poids financier accru. Lloyds Banking Group (LBG), va ainsi être à Londres le fruit du mariage de raison entre Lloyds TSB et Halifax-Bank of Scotland (HBOS). De nouveaux plongeons spectaculaires interviennent sans cesse en Europe ou aux USA, assortis de leurs mesures de sauvetage d’urgence. Après HSBC, c’est Barclays qui cristallise actuellement les craintes en Grande-Bretagne. Sa chute boursière a été renforcée par l’expiration de l’interdiction des ventes à découvert sur les valeurs financières, qui a pris effet ce vendredi, conformément à une décision de la FSA (l’autorité britannique des marchés).

Le système bancaire, les gouvernements qui l’assistent pays par pays, ainsi que les banques centrales, cherchent dans la panoplie disponible des solutions pour vidanger d’un seul coup de leurs bilans de gros paquets d’actifs douteux. La zone Euro est à terme en danger potentiel d’éclatement, vu le différentiel grandissant entre les « spreads » des obligations des différents Etats qui la composent. Des pans entiers de l’économie cherchent à se réfugier sous l’aile protectrice des Etats, qui commencent à glisser vers un protectionnisme hier vilipendé. Le contre-feu allumé en direction de l’opinion publique, cette lutte impitoyable que mènent les gouvernements contre les bonus, stocks options, distributions de dividende et autres parachutes dorés, qui les scandalisent dorénavant, est attisé par la perspective de devoir prochainement annoncer une nationalisation des pertes bancaires en bonne et due forme et à grande échelle.

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La censure

L’un de vous m’ayant demandé hier de retirer deux de ses commentaires, j’avais intitulé mon billet qui en faisait part « La censure ». Un autre s’étant aussitôt indigné devant ce titre ironique, je l’avais rebaptisé « L'(auto-)censure ».

La raison pour laquelle je peux me permettre d’être ironique à ce sujet, c’est que personne, je dis bien personne, n’est interdit de séjour sur ce blog. Les commentaires sont jugés individuellement. Ont été bannis jusqu’ici :

1. Les menaces à mon égard
2. L’apologie du nazisme
3. Les commentaires contenant des insultes
4. Les commentaires expliquant un phénomène à partir d’un complot et affirmant que l’existence du complot est à ce point évidente qu’aucun autre argument n’est nécessaire
5. Les plaisanteries qui ne feraient pas sourire un enfant âgé de plus de cinq ans.

Bien sûr, la liste n’est pas close : un commentateur inventif pourrait me conduire à ajouter une catégorie, l’apologie de la guerre constituerait, par exemple, un excellent candidat.

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Bluegrass

Allez ! Un peu de joie de vivre pour ceux que les brevets sur l’évasion fiscale n’ont pas fait rire ! Instruments à cordes de toutes sortes. Succession de solos. Paroles – quand il y en a : solide sagesse populaire. Se danse sur le mode endiablé !

The Carter Family – Wildwood Flower

The Stanley Brothers – It Takes a Worried Man

Alison Krauss & Union Station – Choctaw Hayride

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Rions un peu – Les paradis fiscaux (I)

On trouve dans le projet de loi d’interdiction des paradis fiscaux déposé aux États–Unis en février 2007 par les sénateurs Carl Levin (démocrate), Norm Coleman (républicain) et Barack Obama (démocrate), la règlementation suivante :

STOPPER LES BREVETS SUR LES PARADIS FISCAUX en interdisant à l’Office Américain des Brevets et Marques de Fabrique (PTO) d’accorder des brevets relatifs aux « inventions visant à minimiser, éviter, retarder ou affecter de toute autre manière la responsabilité fiscale envers l’État Fédéral, les États de l’Union, les collectivités locales ou les états étrangers ».

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*Le seul Blog optimiste du monde occidental*