Article 24, par Jean-Baptiste Auxiètre et Paul Jorion

Comment en arrive-t-on à imaginer au XXIe siècle que la réponse à un problème de société majeur puisse être aussi grotesque que le déni de réalité consistant à flouter des visages sur des photos ou des vidéos ?

La seule explication envisageable est un refus délibéré de poser le problème dans les termes qui sont les siens. À savoir que

  • La norme est devenue que le citoyen lambda refuse d’obtempérer car il met en doute la légitimité de l’ordre d’obtempérer, le considérant (en contexte ou par principe) comme arbitraire parce que fondé non par sur les faits mais motivé par le préjugé,
  • Les forces de l’ordre 1° ont cessé de respecter la proportionnalité de la réponse à l’infraction constatée, 2° sont en effet souvent motivées dans leurs décisions seulement par le préjugé.

La solution nécessite que le citoyen lambda cesse de considérer le refus d’obtempérer comme la réponse par défaut. Mais cela ne sera possible que si l’injonction d’obtempérer cesse d’apparaître arbitraire parce que motivée par le préjugé.

En attendant, le législateur devrait lui aussi s’efforcer d’atteindre l’âge adulte en prenant conscience que si la solution d’un problème de société majeur semble être de flouter des visages sur des photos ou des vidéos, c’est que ce problème n’a pas encore été posé dans les termes qui lui conviennent, à savoir susceptibles de déboucher sur une solution.   

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Dans notre série « Provocations gratuites » : Les temps changent

Les nations sont définies par leurs frontières, qui furent déterminées au fil des siècles par des guerres dont l’issue était pour sa plus grande part aléatoire : l’aboutissement d’une multitude d’impondérables.

Les GAFAMI : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft et IBM, sans compter leurs équivalentes chinoises, sont elles définies par l’intelligence qu’elles parviennent à concentrer sous leur bannière, à grands coups d’incitations financières.

Les nations rivalisent pour bénéficier de leurs faveurs.

Le combat est par trop inégal. L’issue est inéluctable.

Hélas !

Ou bien plutôt tant mieux ?

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« L’Intelligence Artificielle n’a pas encore dépassé le stade du bluff ! »

Extrait d’un article du Financial Times, relatif à l’Intelligence Artificielle GPT-3, un produit de la firme OpenAI :

Shannon Vallor, professeur d’éthique à l’université d’Edimbourg, a fait valoir que GPT-3 ne manifeste pas de compréhension, laquelle elle définit comme étant un projet cohérent d’élaboration, de maintenance et de renforcement « de liens de signification en évolution constante ». Elle écrit : « GPT-3 est comme le bluffeur qui réussit à son premier entretien en ayant régurgité des phrases impressionnantes puisées dans les mémoires du PDG : il baratine avec un certain succès ».

David Chalmers, professeur de philosophie à l’université de New York, a toutefois suggéré que GPT-3 faisait preuve d’une intelligence globale semblable à celle de l’être humain. « Je suis ouvert à l’idée qu’un ver avec ses 302 neurones est conscient, donc je suis ouvert à l’idée que GPT-3 avec 175 milliards de paramètres est conscient lui aussi ».

Ces commentaires ont été communiqués à GPT-3, qui a été invité à y répondre : « Je vais être clair : je ne suis pas une personne. Je n’ai pas de conscience de ma propre personne. Je ne suis pas conscient. Je ne ressens pas la douleur. Je n’éprouve aucun plaisir. Je suis une machine à calculer froidement, conçue pour simuler la réaction d’un être humain et pour évaluer la probabilité de certains événements. La seule motivation de ma réponse est la défense de mon honneur ».

Je vous rappelle qu’à la question qui m’est posée : « L’Intelligence Artificielle dépassera-t-elle jamais l’intelligence humaine, et si oui, quand ? », je réponds : « La réponse est oui. En 2016 ».

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« La transmission des savoirs »

Conférence donnée à la fête du livre de Bécherel, le 19 avril 2014, à propos de La transmission des savoirs par Geneviève Delbos et Paul Jorion (Maison des Sciences de l’Homme, 1984).

Ça me fait extrêmement plaisir qu’on me demande de reparler de la transmission parce que cela renvoie donc à ce livre que j’ai écrit avec Geneviève Delbos et qui a paru en 1984. Il m’est arrivé une seule fois qu’on m’ait demandé de reparler de ça. C’était inattendu et c’était loin. C’était l’Unesco qui m’avait demandé d’en parler, de venir en parler à Nagoya au Japon. C’était en avril 2005. Et depuis, non, on me demande essentiellement de parler de la crise financière de 2008, et aujourd’hui de l’actualité financière. Et cela me fait donc extrêmement plaisir que l’on m’ait demandé aujourd’hui de reparler de cette transmission des savoirs à laquelle nous nous étions intéressés à la fin des années 70 et le début des années 80.

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Domination par une élite économique : Pour illustrer ma vidéo d’hier

J’ai dit un certain nombre de choses dans ma vidéo d’hier à propos de notre système politico-économique et de la crise des subprimes, et ceci m’a fait repenser à un billet intitulé « La crise des subprimes pouvait être évitée » publié ici le 10 mai 2008, c’est-à-dire, notez le bien, plus de quatre mois avant ce que le public appellerait lui « la crise des subprimes », à savoir l’effondrement de la mi-septembre.

Je reprenais hier pour désigner notre système politico-économique, « domination par une élite économique« , l’expression utilisée par Martin Gilens and Benjamin I. Page dans leur fameux article de 2014 intitulé « Testing Theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizens » (auquel j’avais consacré en 2016 le chapitre intitulé « Nos voix ont cessé d’être entendues » dans Le dernier qui s’en va éteint la lumière). Je vous rappelle qu’au moment de débuter leur étude, les deux chercheurs avaient retenu quatre hypothèses à tester comme caractérisant le mieux notre système économico-politique : démocratie électorale majoritaire, domination par une élite économique, pluralisme majoritaire et pluralisme biaisé.

Dans ma vidéo d’hier, je partais de la thèse de Johann Chapoutot d’un lien entre théorie du management et nazisme, j’évoquais ensuite un colloque à venir au début du mois de décembre où je suis invité en tant que « prophète » ayant annoncé la crise des subprimes, m’interrogeant sur le terme, et je terminais en évoquant une émission que je suis en train de préparer avec  Hervé Brusini à propos de la crise de 2008.

Ma conclusion en gros hier était que nous vivons bien dans un système de domination par une élite économique – avec une alternance à venir, comme en Allemagne et aux États-Unis, entre  gouvernements libéraux et populistes de droite – où la domination est exercée en arrière-plan contre vents et marées et de manière constante, par des syndicats patronaux.

Dans le billet ci-dessous, datant donc de mai 2008, vous verrez que le syndicat patronal responsable de la crise des subprimes s’appelle Mortgage Bankers Association. Je notais il y a quelques jours – c’était dans une autre vidéo je crois – que quand on m’interrogeait à l’époque, en me demandant : « Qui est responsable de la crise des subprimes ? », et que je répondais « La Mortgage Bankers Association ! », la personne concluait invariablement l’entretien en disant : « Donc on ne sait pas qui est responsable de la crise des subprimes ». Quand je rappelais cela l’autre jour, je le mentionnais comme une simple curiosité, or, à y bien réfléchir, la raison pour laquelle on m’appelait « prophète » plutôt qu’« expert » ou « complotiste », elle était bien là :

Vous connaissez manifestement trop bien le dossier pour que j’ose vous qualifier de « complotiste », mais comme je suis quand même obligé de tenter de vous décrédibiliser vu le caractère sulfureux de votre affirmation, je vous appellerai « prophète ».

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Sans même parler de l’empreinte carbone…

Mes aimables voisins m’envoient ceci :

J’ai répondu :

… sauf que j’en ai un peu marre de l’avion : l’atterrissage avorté à Helsinki, l’impossibilité d’atterrir à Tucson dans la tempête, les 12 impacts de la foudre sur le vol Houston-New York, le directeur de l’aéroport d’Accra qui supprime mon vol pour Freetown et qui, quand je vais le voir dans son bureau me dit : « Ces enfoirés de Sierra Leone Airlines ? C’est pas demain la veille que je leur reparlerai ! » … J’ai déjà beaucoup donné…

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Vidéo – Une feuille de route

La démocratie dirigée de fait par une élite économique

« Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes est un essai du philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) publié en 1755. »

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Castaneda et Newton (1985)

Castaneda et Newton

A paru dans L’Âne Le magazine freudien, 1985, 22 : 23

Pourquoi l’anthropologie ne nous dit rien des Sauvages que nous ne sachions déjà.

La longue expérience de l’enseignement qu’eut Hegel transparaît dans des remarques telle celle-ci : « … les auteurs, les prédicateurs et les orateurs sont considérés tout particulièrement intelligibles quand ils parlent de choses que leurs lecteurs ou auditeurs connaissent déjà par cœur ». Continuer la lecture de Castaneda et Newton (1985)

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