Brexit, contrepouvoirs et effondrement généralisé, le 14 décembre 2018 – Retranscription

Retranscription de Brexit, contrepouvoirs et effondrement généralisé, le 14 décembre 2018. Merci à Eric Muller et moi-même (pour les bouts dont YouTube n’a pas voulu) ! Ouvert aux commentaires.

Vidéo complète ici :

Bonjour, nous sommes le vendredi 14 décembre 2018, et l’autre jour, j’avais entrepris de vous écrire un billet sur le Brexit mais vous n’avez jamais pu deviner que c’est de cela que je voulais vous parler parce que j’ai pensé qu’il fallait d’abord faire une introduction sur la collapsologie, où j’allais poser la question de savoir si le Brexit est un exemple de système qui s’effondre, et, une fois que j’ai commencé à parler de collapsologie, je me suis dit qu’il fallait penser à la manière dont les états qui sont les nôtres peuvent s’effondrer, et une réflexion m’est venue sur le fait que ce sont les contrepouvoirs qui craqueront les premiers, et que si un ennemi d’une nation voulait encourager son effondrement, il ferait un effort tout à fait particulier pour s’en prendre à ces contre-pouvoirs et, un exemple qui me venait de l’actualité, c’est bien sûr les attaques qui sont portées contre les journalistes, en particulier dans les manifestations des « Gilets jaunes » mais aussi, en dehors de cela, parmi des partis qui se présentent pourtant comme étant des partis de type démocratique et en faveur de la survie de nos nations occidentales.

Alors, cette fois-ci, je ne vais pas me laisser perdre en route. Je vais commencer par vous dire que je parle du Brexit, et c’est peut-être incidemment, par la suite, que je vous parlerai des contrepouvoirs et de la collapsologie en général.

Vous avez dû le voir, les affaires de Mme. Theresa May ne s’arrangent pas. Elle a dû faire marche arrière, il y a quelques jours, à toute allure devant un vote qui s’annonçait beaucoup trop défavorable sur sa proposition de formule pour le Brexit. Ça s’est transformé en vote de méfiance, de défiance à son égard, dont elle est sortie vainqueur par une majorité qui peut sembler confortable, mais le fait qu’il y a, si j’ai bon souvenir, cent dix-sept députés [correct] de son propre parti conservateur qui ont voté contre elle, évidemment, est un très mauvais signe.

Alors qu’est-ce qu’elle a dit ? Elle s’est rendue compte que sa proposition de Brexit, sa formule n’était pas du goût de son parti. Elle s’est retournée vers les partenaires de l’Union européenne – dont la Grande-Bretagne essaie de sortir – en demandant quelques concessions de ce côté-là. Et ce qui se passe, c’est qu’à la grande surprise et au grand désespoir des Britanniques, il n’y a pas de mains qui se tendent par là pour dire : « On va vous sortir de ce très mauvais pas ! » C’est-à-dire que s’il y avait effondrement de la Grande-Bretagne, pour le moment le reste de l’Union Européenne ne fait pas de geste en sa faveur. Pas de cadeau à Mme Theresa May pour son Brexit, ni à toute forme de Brexit : « Si vous voulez sortir de l’Union européenne, ce n’est pas nous qui allons vous aider ! », a dit en particulier M. Juncker tout à l’heure.

À quoi est-ce que cela devrait nous conduire, en termes de remarques générales et de conclusion ? La première, je crois, c’est que les efforts qui sont faits maintenant pour « dés-intégrer » les choses qui se sont intégrées, sont des tentatives qu’il ne faut probablement pas encourager. Nous avons je crois de l’ordre de 200 pays [195] – et c’est déjà bien difficile de les amener à voter ensemble sur une motion quelconque – et si on se retrouvait bientôt avec quatre cents pays, six cents pays ou huit cents pays, les choses ne s’arrangeraient pas. On oublie…. les gens qui nous parlent de souverainisme, qui nous parlent, voilà, de rester à notre niveau, entre nous, oublient qu’ils parlent au nom de pays dont les multiples provinces ont mis beaucoup de temps à s’intégrer pour produire l’unité qui est aujourd’hui la France, qui est aujourd’hui l’Italie, les États-Unis aussi, l’ancienne URSS – mais même la Russie, c’est un ensemble de régions qui ont leurs particularités -, l’Allemagne, tout ça, ce sont des pays qui se sont constitués à partir d’unités plus petites en essayant d’intégrer un tout, et comme nous sommes aujourd’hui dans une situation où il faut absolument que nous résolvions ensemble des questions comme la disparition des ressources, comme les dangers liés au réchauffement climatique, etc., ce n’est pas en étant des poussières d’état supplémentaires que nous allons résoudre les choses puisque nous devons, nous, nous mettre d’accord sur ce qu’il faut faire.

Alors, est-ce qu’une disparition de l’Union européenne serait une bonne chose ? Les gens qui critiquent l’Union européenne, qui critiquent l’euro, etc. c’est toujours à partir des défauts, des défauts de ces choses : c’est parce que l’euro est une construction inachevée, c’est parce que l’Europe est devenue une Europe des marchands – la zone euro également – mais, est-ce que ça veut dire que la tentative elle-même d’intégration est une mauvaise chose ? La littérature d’extrême droite nous le répète à l’infini, eux qui nous parlent de « gouvernement mondial », de complot de ceci ou de cela – dont des complots à relents racistes divers. Non. les tentatives d’intégration sont des bonnes choses, et s’il y a peut-être une leçon peut-être à tirer du Brexit, du vote du Brexit et de l’incapacité du Royaume-Uni à se tirer de cette affaire, c’est sans doute ça : les solutions devront être des solutions par le haut et pas des solutions par le bas. Ce n’est pas par la « dés-intégration » qu’on arrivera à quelque chose. Parfois, il n’y a pas moyen de faire autrement, comme on l’a vu à la mort de Tito avec la désintégration de la Yougoslavie : nous avons maintenant là un ensemble de nations souveraines, là où il y avait la Yougoslavie dans son ensemble, mais vous avez vu à quel prix ! La Grande-Bretagne est en train de nous montrer ce qu’une « dés-intégration » peut produire, et les autres, le corps des autres vingt-sept nations essaie de se défendre contre un risque de contagion. Ils font front-uni, ce qui est la moindre des choses.

La question suivante c’est : est-ce que l’on a affaire, avec ce qui se passe autour du Brexit, est-ce que l’on a affaire à un effondrement généralisé, ou bien, est-ce qu’on est encore dans les limites, je dirais, des variations qu’un pays peut subir sans entrer dans l’effondrement ? Et quand je parle de variations qu’un pays peut subir, je parle même de crises très très grave comme d’une révolution de type de la Révolution française – la France a survécu à cela – il y a même eu une tentative, aussitôt, une tentative de sortie par le haut, d’intégration de l’Europe toute entière – dans des conditions qui ont fait que ça n’a pas marché, et dans des conditions qui n’auraient pas été celles, je dirais, d’un régime de type démocratique puisqu’il s’agissait de la création d’un empire par un certain Napoléon Bonaparte, mais si on peut dire une chose en sa faveur, c’est quand même qu’il a essayé de sortir par le haut, et en particulier que le droit napoléonien, c’est une chose qui non seulement est toujours là, mais c’est quelque chose qui fait référence et donc qui reste toujours une bonne base pour partir.

Alors, est-ce qu’on a affaire dans le cas de la Grande-Bretagne en ce moment, du Royaume-Uni, est-ce qu’on a affaire à quelque chose qui est de l’ordre du collapse, de l’effondrement généralisé ? Et là, à ce moment-là, il faut se tourner vers les contrepouvoirs : les institutions qui sont là pour protéger un système de l’effondrement total. Il est révélateur qu’il n’y a pas, en Grande-Bretagne, de tentative, manipulée de l’extérieur ou spontanée, de s’en prendre en particulier aux journalistes. Il n’y a pas ce que l’on voit ici, je dirais, un débat – même dans les colonnes du blog de Paul Jorion – des commentaires qui vous donnent des exemples ou des liste d’organes de presse appartenant à des gens richissimes, et qui tentent de vous trouver là la preuve que les journalistes ne font pas leur métier. Non. Si les journalistes ne font pas leur métier, il y a deux façons de le constater : d’abord qu’ils disent des choses fausses – et le système de référence « vrai et faux » reste vrai malgré toutes les tentatives, je dirais, de différents efforts de propagande, de nous convaincre que la ligne serait en train de disparaître entre le vrai et le faux, non, il y a des faits qui sont avérés, il y a moyen de dire si quelque chose s’est passé ou non. Il peut rester, après, quelques versions différentes sur les détails, mais sur l’ensemble, il y a moyen de se mettre d’accord si quelque chose s’est passé véritablement ou non. Et donc, de ce côté là, dans mon expérience, les journalistes font leur boulot correctement. Ils ne vous racontent pas des fadaises et, si il y a des erreurs, eh bien voilà, on met au point, on dit qu’on s’était trompé, et on continue de le faire.

L’autre question c’est : est-ce que les journalistes ne parlent pas de certaines choses, parce que, justement, il y aurait une censure, ou bien une autocensure : il y aurait des choses dont on ne parlerait pas. C’est vrai ! C’est vrai d’une certaine manière : c’est vrai qu’il y a des choses dont on parle moins. Mais il n’est pas vrai que dans des systèmes comme les nôtres, il y ait des choses dont personne ne parle, et on sait que c’est typique de la propagande de pays étrangers de dire : « Voilà une chose qu’on vous cache entièrement : voilà une chose dont on ne peut absolument pas discuter dans votre pays ! » Enfin on ne le dit pas comme ça puisqu’on cache que c’est une puissance étrangère, mais on répand dans la population l’idée qu’il y a des choses dont on ne parle absolument pas, parce que c’est caché par le pouvoir.

Et dans les cas récents d’enquête sur les ingérence de la Russie dans d’autres pays, on peut voir que, souvent, les fausses nouvelles qui sont répandues, le sont avec un titre accrocheur du type « « On nous cache que… », « Personne ne nous parle de…» , etc. etc. et vous m’envoyez malheureusement, certains d’entre vous m’envoyez, des courriers de ce type-là (« on nous cache que », « on ne parle absolument pas de » ceci ou cela) et le fait est qu’on en parle, on ne parle que de cela dans Spoutnik ou RT ! Donc, il n’est absolument pas vrai qu’on n’en parle pas. Non, on en parle, mais on en parle à un endroit particulier, et il y a d’autres endroits où l’on n’en parle pas, éventuellement parce que c’est faux.

Mais il est vrai que la structure de la presse fait qu’il y a des cas de censure, mais à ma connaissance, ils sont en général dénoncés assez rapidement. Quand par exemple, Monsieur Machin, qui est à la tête d’une grande chaîne de télévision, met tout son poids pour que tel reportage n’ait pas lieu, le lendemain, sur Médiapart, sur le Blog de Paul Jorion, à différents endroits, parfois même dans la presse de type absolument classique on en parle, on fait des articles là-dessus. Il est vrai qu’il y a une certaine autocensure. Moi, je ne l’exerce jamais. Mais, voilà, il y a un peu plus de dix ans que je fais des chroniques pour le journal Le Monde et que, parfois, j’ai décelé dans des remarques – qui ne sont pas des interdictions véritables, mais dans des remarques qui me sont faites – une sorte de pression que « ce sujet-là, on en parle peut-être un peu trop… » (c’est l’inverse !) ou « vous n’avez peut-être pas pris l’angle de ceci-cela… », et il est arrivé, il y a eu un cas récemment où l’on m’a, de fait, interdit de parler de tel ou tel sujet – pour la bonne cause ! – et il se fait que l’autre journal dans lequel ces mêmes chroniques sont publiées, l’autre journal a publié l’information dont je parlais, et ça n’a posé aucun problème.

Alors, de ce coté-là, l’Angleterre ne va pas mal. Il n’y a pas d’attaques systématiques sur les journalistes, il n’y a pas de tentative de mettre en cause ce contrepouvoir. Ce qui est en train d’être testé, c’est la capacité des contrepouvoirs, des institutions et des contre-institutions, comme par exemple le Shadow Cabinet, le fait qu’il y ait en Angleterre, un cabinet ministériel parallèle créé par l’autre parti, qui répond de manière systématique à ce qui est proposé par l’un ou par l’autre, ces choses-là ont l’air de résister jusqu’ici, mais on voit des craquements, on voit des fêlures, et qui ne sont pas liées simplement au fait que les deux grands partis, travailliste et conservateurs, sont clivés sur cette question du Brexit mais, comme aux États-Unis, avec un Président qui ne respecte aucune des règles implicites, on voit apparaître rapidement qu’il y a aussi des règles implicites et que l’on pourrait être tenté – les uns ou les autres – de jouer sur le fait que ces règles sont seulement implicites et qu’on pourrait jouer contre elles. Un bon exemple – là ce n’est pas en Grande-Bretagne mais c’est aux États-unis – c’est M. Trump disant : « Puisqu’il n’est écrit nulle part que je ne peux pas m’accorder à moi la grâce présidentielle, je n’hésiterai pas à le faire ! »

Ce qu’on voit en ce moment, c’est justement, ce n’est pas simplement sur les questions des contrepouvoirs, des contre-institutions, mais ce sont différents partis, ce sont différentes personnes au pouvoir qui jouent sur le fait qu’il y ait en arrière-plan un système de bonnes manières qui n’a pas nécessairement été écrit entièrement parce qu’on n’imaginait pas que de tels gougnafiers arriveraient jamais au pouvoir, parce que ça paraissait exclu par le bon fonctionnement des institutions. Donc, question que l’on se pose aux États-Unis : est-il possible pour quelqu’un, en tirant parti justement de l’implicite et de l’explicite, de faire sauter le système ?

Jusqu’ici, là aussi, le système résiste pas mal : les contrepouvoirs marchent, des élections libres sont organisées, on ne parle pas de tricherie massive mais simplement à des niveaux extrêmement locaux, et il est possible de renverser une majorité. Même chose, jusqu’ici, en Grande-Bretagne. Le pays semble avoir résisté à la désorganisation qui résulte de cette très très mauvaise initiative, c’est à dire initiative de « dés-intégration », et qui achoppe, justement, sur un endroit où l’intégration était, a été nécessaire, absolument indispensable pour que la paix s’installe. Vous pensez, bien entendu, au nord de l’Irlande, et à la nécessité qu’on ne réintroduise pas une frontière dure à l’intérieur de l’Irlande. Si vous regardez les développements d’hier et d’avant-hier, tout ça, c’est toujours autour de ce qu’on appelle le backstop, c’est-à-dire la solution, à partir de l’Irlande, de l’impossibilité de faire marche-arrière, parce qu’en faisant marche-arrière, on reviendrait dans une situation où seraient reconstituées les conditions pour une guerre civile – qui a été une guerre civile affreuse, qui a duré énormément et qui a conduit à pas mal d’atrocités d’un côté et de l’autre.

On ne peut pas faire marche-arrière par rapport à un certain type d’intégration. Les Britanniques sont en train de le découvrir. Cette question de l’intégration de l’Irlande ne permet pas la marche-arrière et si on parvenait à le faire, je suis certain que là on aurait la preuve d’un effondrement possible – avec le retour possible, par exemple, d’attentats ou de violences en Irlande du Nord – parce qu’on a essayé de sortir de l’Union européenne.

Donc jusqu’ici, c’est un peu cela que je voulais dire l’autre jour, mais je crois que je peux le dire maintenant : on n’est pas encore – ni en France, ni aux États-Unis, ni au Royaume-Uni – dans une situation de véritable effondrement, mais si les prévisions sont exactes qu’un effondrement va avoir lieu si on ne s’attaque pas aux cadres mêmes qui empêcheraient un effondrement, qui empêcheraient que ce que les collapsologues dénoncent ait lieu, il faut faire très attention. Il faut faire très attention aux pouvoirs en place, aux contrepouvoirs, et à ce que je viens de signaler cette fois-ci, la possibilité, pour des démagogues, de jouer sur le fait que toutes les règles ne sont pas écrites de manière explicite, et que dans les interstices – qui avaient été laissé là parce qu’on croyait que la décence ordinaire, que les « bonnes manières » allaient survivre de toute manière – qui permettent à des personnages de jouer là, ou à des démagogues, sur un plan politique, de parler du retour, de retour à la nation, de retour à ceci ou à cela, à telle ou telle valeur, et qui ferait que, en fait, ils apparaitraient comme les agents d’un effondrement plus généralisé, qui risque à ce moment-là de devenir contagieux. Imaginons que, au sein de l’Alliance Atlantique – où les États-Unis jouent un rôle majeur dans un équilibre des forces – imaginons que véritablement les États-Unis se retirent, et une situation se présenterait qui serait une situation neuve mais qui, en même temps, pourrait conduire à un effondrement généralisé.

Alors voilà, je crois qu’il faut avoir l’oeil là-dessus : sur la possibilité d’un effondrement généralisé. De la même manière que … tiens, je vais prendre l’exemple justement de 2008. Qu’est-ce qui m’a permis – cela me vient comme ça – qu’est-ce qui m’a permis de parler de la crise des subprimes ? C’est parce que j’imaginais qu’un effondrement généralisé était possible au sein de la finance. C’est peut-être ça, et nous sommes quelques-uns, nous sommes une demi-douzaine qui avons prévu cette crise des subprimes, ce que nous avions en commun, parce que nous n’avions pas grand chose en commun, M. [Nouriel] Roubini, M. [Steve] Keen, moi-même et quelques autres, nous n’avions pas grand chose en commun sauf peut-être ça : que nous avons imaginé qu’un effondrement généralisé était possible, ce que l’ensemble des autres n’avait pas imaginé. Pensez à Monsieur Greenspan à la tête de la Federal Reserve qui, en 2006, nous dit « nous avons atteint l’altitude de croisière et nous sommes en pilote automatique », ce monsieur-là n’était pas prêt à parler d’un effondrement éventuel. Ça n’apparaissait même pas sur son écran radar.

Voilà, allez, une petite réflexion sur le Brexit et sur des choses qui sont liées aux cadres dans lesquels cet effondrement éventuel est en train de se dérouler.

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34 réflexions sur « Brexit, contrepouvoirs et effondrement généralisé, le 14 décembre 2018 – Retranscription »

  1. S’agissant du Brexit, j’ai écrit déjà dans plusieurs commentaires que l’hypothèse la plus probable était la sortie du RU de l’UE sans accord, du fait du blocage des autres options. Mais je me demande si le plus probable tout compte fait n’est pas l’approbation de l’accord de Brexit par le Parlement britannique, par victoire à plate couture de Theresa May sur ses adversaires.

    Les récents événements – fin de non-recevoir à toute idée de renégociation de la part des instances UE, de l’Allemagne, de la France, ainsi qu’à toute idée de « solution norvégienne » qu’Oslo décline – ont clarifié les options disponibles. Le Royaume-Uni n’en a que quatre :
    1. Brexit avec l’accord négocié par May
    2. Brexit sans accord
    3. Annulation du Brexit par référendum
    4. Annulation du Brexit sans référendum

    L’option 4 est pratiquement exclue, personne ne la propose, même les partisans les plus décidés du maintien dans l’UE.

    L’option 3 est la plus difficile, car il faudrait que le peuple britannique se décide dans ce sens au cours d’un nouveau référendum ce qui est tout sauf certain. Et pour commencer il faudrait que le gouvernement en organise un ! Or Theresa May l’a exclu maintes fois et l’a encore répété récemment. Pour elle – qui était favorable au maintien dans l’UE – la démocratie est non-négociable et doit être quelque chose de sérieux, redemander aux électeurs dans l’espoir de les inciter à changer leur décision ne serait qu’une entourloupe qui endommagerait la confiance des citoyens dans la classe politique.

    Mais puisque Theresa May a survécu au vote de défiance interne au parti conservateur, elle restera premier ministre : les travaillistes ne pourraient la renverser qu’en convaincant une partie des conservateurs de voter une motion de défiance au parlement, ce qui serait pour ces dissidents conservateurs un suicide politique pur et simple. De plus, les opposants conservateurs à May sont en général des partisans convaincus du Brexit, il est irréaliste de les imaginer s’allier aux travaillistes partisans d’un Brexit plus « doux » voire du maintien pur et simple.

    Et si elle reste premier ministre, elle peut facilement interdire l’option 3. Il lui suffit de NE PAS convoquer de référendum. En somme, elle a une stratégie gagnante évidente pour atteindre son objectif, une stratégie qui ne lui demande que de la fermeté et de la résilience, qualités que tous s’accordent à lui reconnaître – ou à lui reprocher.

    En théorie, le parlement pourrait lui forcer la main… mais il faudrait pour cela qu’une majorité le décide, et on retombe sur l’improbabilité de l’alliance des travaillistes et des conservateurs opposés à May pour voter en ce sens : les opposants à May sont précisément en grande partie des pro-Brexit « durs ».

    Une fois qu’il sera clair pour les parlementaires que les options restantes sont au nombre de deux et pas une de plus, qu’elles se résument à « Brexit avec l’accord May » et « Brexit sans accord », il faut prévoir que les criailleries… pardon le volume sonore 🙂 augmente d’un ou deux ordres de grandeur à Westminster.

    La sortie sans accord ne peut être exclue.

    Mais le plus probable, c’est que le parlement approuve l’accord. Theresa May dispose déjà d’une confortable majorité pour l’accord parmi les parlementaires conservateurs (de l’ordre des deux tiers), elle n’a aucun besoin de davantage de voix conservatrices. Ce qui lui manque, ce sont les voix d’un nombre suffisant de travaillistes. Aujourd’hui, ils refusent l’accord parce qu’ils espèrent l’arrivée du Père Noël : des élections générales, ou bien un référendum. Quand ils comprendront que le Père Noël n’a rien dans sa hotte, que « c’est fini », le plus probable me paraît qu’un nombre suffisant d’entre eux « se couchent » et votent pour l’accord à la dernière heure.

    On ne peut certes exclure une réaction d’orgueil et une sortie sans accord « par accident ». Mais les travaillistes seraient alors faciles à dénoncer comme responsables des conséquences, et des désordres économiques profonds si temporaires qui en résulteraient. Il paraît quand même peu probable qu’ils acceptent de porter ce stigmate.

    1. Votre analyse a au moins un mérite : prendre le contrepied du Financial Times,

      Cabinet starts to take charge
      By James Blitz
      December 17, 2018

      The growing consensus in the Commons is that the PM’s deal is dead…

    2. On peut imaginer un référendum à 2 tours car il y a 3 options.
      Au premier tour le peuple élimine une option, au deuxième il choisit entre les deux qui restent.

  2. J’ajoute que le bluff gouvernemental est en train de monter en puissance, voir ici « Le gouvernement va intensifier les préparations pour une sortie sans accord » https://www.theguardian.com/politics/live/2018/dec/17/brexit-latest-theresa-may-commons-statement-greg-clark-backs-cabinet-calls-for-mps-to-be-asked-to-vote-on-options-if-mays-deal-defeated-politics-live?page=with:block-5c17888be4b05f9f60c1fd63#block-5c17888be4b05f9f60c1fd63
    – Allocation de 2 milliards de livres supplémentaires pour la préparation de la sortie « dure » sans accord
    – Le porte-parole du gouvernement, auquel on demandait si May était prête à envisager de sortir de l’UE sans accord, a répondu « Oui. Nous quittons l’UE le 29 mars »

    A mon avis, les travaillistes seront les premiers à perdre leur sang-froid. Viendra le moment où ils se précipiteront pour signer l’accord de retrait négocié par Theresa May, parce qu’ils comprendront qu’ils sont coincés dans un bateau avec une dirigeante britannique assez « folle » – ou déterminée à respecter la démocratie – pour sortir de l’UE sans accord en répétant le slogan de temps de guerre « England expects every man to do his duty » (l’Angleterre attend de chacun qu’il fasse son devoir) … et que la seule porte de sortie est de signer ce fichu accord.

    Sur les conséquences d’une sortie sans accord, j’ai trouvé très éclairant ce récent discours de Sir Ivan Rogers, l’ancien ambassadeur britannique auprès de l’UE https://news.liverpool.ac.uk/2018/12/13/full-speech-sir-ivan-rogers-on-brexit/ C’est long et c’est en anglais mais si vous avez le temps ça en vaut la peine.

    Sa comparaison du Brexit avec un processus révolutionnaire est intéressante. Manière assez judicieuse je crois de tenir ensemble ces deux réalités 1) que l’ancien régime (en français dans le texte) – c’est-à-dire l’UE telle qu’elle existe aujourd’hui – est assez détestable et 2) que les révolutionnaires sont des gens dangereux. Et la passion d’une partie importante des pro-Brexit pour la sortie la plus « pure » possible, leur propension à qualifier de traître à la cause toute personne défendant une mise en place plus « douce » du Brexit, font effectivement penser à un processus révolutionnaire, avec sa surenchère et sa quête de « pureté ».

    Dans cette comparaison, une sortie sans accord serait l’équivalent pour le Brexit de ce que fut pour la Révolution française la Terreur.

    Et les révolutions finissent toujours par dévorer leurs enfants.

  3. Bonjour,
    Je pense que l’électrice que je suis a besoin de plus de transparence pour le vote de l’Union Européenne. C’est flou et donc anti démocratique.
    Bonne fin de journée

  4. L’intégration (forcée ? ou non ? ) serait forcément la meilleur des options ? C’est faire peu de cas de toute l’histoire du 20ème siècle, car à ce compte là, on peut aussi regretter la dissolution des empires ottomans et austro-hongrois, la fin des empires coloniaux français et britanniques, et la chute de l’URSS…

    A un moment, il faut savoir si l’on est démocrate, on doit respecter les choix et volontés du peuple, même si l’on pense sincèrement qu’il se trompe, c’est ça être démocrate, entre autres…

    Et comme on sait depuis quelques temps qu’il n’y a pas de démocratie face aux traités européens….

    1. « on doit respecter les choix et volontés du peuple »

      Au niveau de la nation ? de la région ? du département ? de la sous-préfecture ? du canton ? de la municipalité ? du quartier ? de la rue ? de l’immeuble ? de l’appartement ? de la pièce ?

      1. Inutile de chercher à noyer le poisson. La réponse est évidente : au niveau le plus pertinent.

        C’est le principe de subsidiarité, si cher à l’Union Européenne, si peu appliqué.

      2. Oui ce constat est démocratique sauf que la ratification des traités entre autre celui de 2005 pour lequel la France à voté négativement et qui a été ratifié par la suite par le chef d’état français n’est pas démocratique.

      3. Le principe de subsidiarité a été le cache sexe pour éviter les blocages et soulager une partie des emmerdes inhérentes au principe d’unanimité . Il s’est avéré inefficace pour porter les enjeux du monde aux niveaux où ils doivent l’être . Il permet hypocritement à chacun défaire concurrence à l’autre . Il est devenu un boulet.

        Mais on peut choisir démocratiquement de se suicider .

        To be or not to be , that is the question .

      4. @juanessy qui dit « Mais on peut choisir démocratiquement de se suicider . »

        Certes, mais alors dans ce cas, il faut tendre la main au suicidaire, en lui disant « allez, fais pas le con ».

        Cependant on ne peut pas donner tort à Theresa May, ce n’est pas tout à fait la même chose pour un choix collectif. Un deuxième referendum remettrait en question la démocratie…les 20 ou 30% de brexiteurs irréductibles pourraient très mal le prendre, et à juste titre, car on ne peut pas dire que le débat n’a pas eu lieu. L’organisation d’un nouveau referendum mènerait inévitablement à une perte de confiance dans la démocratie, qui n’a pas besoin de ça en ce moment.

        Le Royaume Uni devra sortir de l’UE, au moins pendant un temps, quitte à refaire une demande d’adhésion plus tard, s’il ne s’est pas désintégré aussi d’ici là.

      5. On ne peut en effet pas dire que le débat n’a pas eu lieu, mais on peut en revanche arguer que :

        – 1/ la campagne a été manipulée avec l’ingérence massive d’une puissance étrangère ;
        – 2/ les principaux contempteurs de l’UE, à l’exception du bozzo Johnson, ont tous quitté la barque la minute où le Brexit est annoncé, avouant avoir menti sur toute la ligne durant toute la campagne.

        Le résultat du scrutin peut-il être déclaré sincère ?

      6. Qu’on approuve ou non le principe du référendum, le principe de poser à un référendum une question sur l’UE et / ou l’analyse comme quoi la campagne référendaire de 2016 a été aussi approfondie que nécessaire et aussi sincère de part et d’autre qu’il était imaginable qu’elle soit…

        … Le fait demeure qu’il est extrêmement difficile d’imaginer un nouveau référendum au Royaume-Uni à court terme, parce que le premier ministre le refuse mordicus tandis qu’aucune combinaison vraisemblable de forces parlementaires ne serait assez puissante pour le lui imposer.

        La question du référendum n’est pas actuelle. Elle appartient au passé, ou alors à l’avenir à moyen/long terme si l’on imagine que les Britanniques pourraient organiser un référendum dans 5 ou 10 ans pour revenir dans l’UE.

        Bref qu’ils prendraient un chemin que les Norvégiens, les Suisses ou les Islandais ont refusé de prendre. Ce qui exigerait, regardons les choses en face, que l’UE améliore d’abord du tout au tout sa réputation externe, et pour commencer interne.

        La possibilité, ou non, de réformer l’UE dans un sens positif est donc la question actuelle. Pas le Brexit, même si ce feuilleton est certes haletant.

        En ce qui concerne le Brexit, j’en reste à la réponse du porte-parole du gouvernement, auquel on demandait si May était prête à envisager de sortir de l’UE sans accord : « Oui. Nous quittons l’UE le 29 mars »

      7. De toutes façons, l’UE est très mal barrée aussi : des états hyper endettés dont il n’est pas question de restructurer la dette, une Allemagne qui campe sur ses positions favorables et qui refuse toute inflation…les nationalismes qui surgissent de partout, un dégagisme politique incroyable, et même en France, un dégagisme du dégageur en chef E. Macron !

        Ca sent le sapin, l’enterrement de première classe pour l’Europe, à la prochaine crise financière. Soyons les premiers à en limiter les dégâts dans notre pays, en agissant intelligemment avec Place Publique. On est en situation de très grand danger, il y deux ans, au moment du brexit, la situation dans laquelle on est aujourd’hui était inimaginable…et pourtant ! alors dans 2 ans ??!

        Il y a urgence

      8. Mais en fait, tout ce qui se passe au parlement me fait l’effet de gesticulations, une sorte de politesse disons, avant « d’empaffer » les autres membres d’une quarantaine de milliards. Il me semble de plus en plus évident qu’on se dirige vers une sortie sans accord, et que tout le monde joue une sorte de comédie, en le sachant au fond très bien. Simple supposition, ou disons intuition…mais ça voudrait dire Brexit dur, et probablement à terme, un paradis fiscal géant aux portes de l’Europe, qui saura réjouir quelques personnes de la City…
        Pour le reste du Royaume Uni, advienne que pourra ! on aura alors la confirmation, que le capitalisme financier n’aura aucune pitié dans le futur, ni pour l’Homme ni pour l’Environnement, et qu’il faudra l’abattre comme un chien enragé.

      9. @Vincent Rey 18 décembre 2018 à 14 h 54 min
        …/… un paradis fiscal géant aux portes de l’Europe …/…
        Entre le Luxembourg, les Pays-bas, la Belgique et l’Irlande, il sera difficile de départager.
        Personnellement je préférerais que ces paradis fiscaux soient aux portes de l’UE

  5. Les mois qui viennent n’indiquent pas d’embellies économiques mais de sérieux ralentissements liés aux divers changements en cour (environnement, démondialisation) . Le Brexit par ses effets négatifs va surenchérir sur la mauvaise santé de tous les pays qui commercent, dans les deux sens, avec l’Angleterre, écossais et gallois compris. Va s’en suivre un effet d’embolie aux frontières rétablies et sur les poumons des pays. Et, personne n’est préparé à ces tuiles qui vont tomber ensembles.
    Donc, d’un commun accord, Anglais et Européens sont tenus de faire une pause.
    Poursuivre, bravache, est folie.
    Because, les cordages vont cassés pour laisser place à un scénario « effondrement » pour l’Angleterre pouvant se propager.

  6. Notons une évolution : après avoir dit et prophétisé que le Brexit n’aurait pas lieu, vous dites (ou plutôt vous rappelez) qu’il faut avoir l’oeil sur la possibilité d’un effondrement généralisé, tout en sous-entendant qu’un Brexit sans accord (qui à mon humble avis est vraiment ce qui se profile) en serait un début (en effet on peut le dire). Mais tout en maintenant qu’on n’en est pas là pour le moment.
    Constatons simplement qu’il y a un an ou un an et demi l’idée qu’un « Brexit dur » arriverait n’était défendue que par quelques extrêmistes, en tout cas par aucun analyste sérieux, et que maintenant les déclarations de responsables de tous niveaux assurant qu’ils se préparent à cette éventualité se multiplient.

    1. Y’a tout qui se débine c’est la faute à Poutine.
      Not’ monde sent le sapin c’est la faute au Kremlin.
      En tout cas, la guerre froide est un plat qui se réchauffe (cf. des commentaires du blog où l’on se traite mutuellement d’agent de Moscou ou de suppôt du parti démocrate).
      Sad ! (comme dirait l’autre ahuri)

      1. Месть – это блюдо, которое едят холодным.

        C’est-à-dire : la vengeance est un plat qui se mange froid 🙂

  7. Comme l’opinion tourne en rond, pour ne pas voir que le fond du problème, c’est le capitalisme ! Deux ans après le brexit, ils n’ont toujours pas la moindre intention de soupçonner le criminel qui est pourtant au milieu de la pièce, avec un couteau ensanglanté dans la main !

  8. Je m’étonne d’une conception si clivante de la vérité, venant de la part d’un psychanalyste. Et donc de cette optimisme concernant les journalistes. La question du journalisme, c’est le récit qu’ils font des faits, et donc de la vérité qu’ils proposent au consensus social. Soit par le milieu dont ils viennent, soit par la pression conservatrice supposée du lectorat du journal, ils ont un récit conformiste des faits. Le plus apparent est à propos de la violence : de telle manif, « il n’y a pas eu d’incident »; de telle autre, il y a eu une violence destructrice, intolérable, irrespectueuse, illégitime, incongrue par rapport à notre volonté d’être un groupe. C’est spécialement sensible actuellement : on nous parle plus de la violence du futur samedi, et le gouvernement met en scène sa propre violence prévisible, (et j’ai reproché à PJ de mettre en avant l’image de ces chars-épouvantails pour nous communiquer sa propre peur), et non de la colère en action de tous les jours. Le récit devient manipulation. Et c’est le problème de l’Europe dont le récit enchanteur ne nous vante que les bienfaits (et il y en a) malgré que ce soit dès l’origine, dès sa conception, une arme de destruction de la social-démocratie, une institution sans politique sociale, et qui n’a de l’environnement qu’une conception de coercition libérale (ce qui a eu des aspects positifs mais…).
    En fait, le Brexit peut être vu comme une solution de régression, mais son alternative est une lutte à mort pour modifier l’Europe contre cette compétition injuste qui favorise le plus fort, l’Allemagne en particulier, les rentiers par ailleurs. Voilà pourquoi nous pouvons saluer une autre presse, un blog indépendant, qui nous sauve du récit conformateur, et d’une autre Europe qui nous sortirait de la régression. On pourrait évoquer l’implosion de l’URSS : elle fut socialement terriblement régressive, et pourtant qui pourrait l’exclure et souhaiter un regroupement sur les mêmes bases ? Voilà la question essentielle. Et si le Brexit était la vérité des peuples contre le récit dominant ? Je ne réponds pas, car le Brexit nous parait étranger à notre vérité (ces anglais, n’est ce pas…). Mais la question ne se résume pas à la désunion.
    Il faudrait revenir à la critique du précédent billet de PAul, qui introduisait l’effondrement comme résultat de la disparition des corps intermédiaires, dont les médias. Ce qui était incongru. Il ne faut pas agiter l’effondrement tel un tabou pour nous faire peur !
    Allez, il nous faut un Bon Usage de l’Effondrement !

  9. Paul n est pas content: sa profetie que le Brexit ne va pas se produire a toutes les chances d etre infirmée. En fait, le Brexit est en train de se produire. Et cette idee que un effondrement général pourrait s’en suivre est farfelue. Oui, il va y avoir un effondrement lié au changement climatique, ou a l atterrissage forcé de la Chine, mais le Brexit est un peu trop petit pour provoquer ca. Il donnera une réorganisation des chaines de valeur européennes (pas les plus grandes du monde), grosse volatilité et quelques faillites. Peut être il apportera des bonnes choses: une unification irlandaise? Une augmentation des salaires et de l’inflatIon? Moins de surpeche? Moins de pollution? Moi je ne fais pas des profeties.

    1. En effet, Colomba, le sens des proportions est essentiel.
      Concernant la prophétie de Paul, qu’il ait raison ou tord est accessoire. Le déroulement des événements sera sans doute un peu plus compliqué que tout blanc ou tout noir.

      En revanche, le Brexit, ordonné ou dur, est à l’échelle du monde une vaguelette imperceptible mais ses conséquences indirectes pourraient ne pas l’être.
      Mon espoir, déjà exprimé, est que les Britt ré-articulent ce capitalisme prédateur et l’orientent vers les besoins fondamentaux du peuple. Ils l’ont déjà fait entre 1940 et 1945 sous l’empire de la nécessité.
      Glenda Jackson, actrice et députée travailliste, en avait donné un aperçu percutant à la chambre des Communes. ( Je crois que Paul en avait donné un extrait ici même.)

      Une économie plus égalitaire, plus fraternelle et proche des gens cesserait d’être capitaliste. Ce mot vidé de son sens, voilà une nouveauté séduisante… Espérons que les petits poissons en bénéficieront aussi.

  10. Je signale cette intéressante réflexion sur le rôle du RIC vs. le reste des revendications dans les « gilets jaunes », et comment il convient de désamorcer l’exploitation lepéniste ou chouardienne de cela qui se profile (et où les syndicats semblent ne pas jouer la meilleure partition en terme de realpolitik…)

    https://blogs.mediapart.fr/dimitris-alexakis/blog/191218/sur-le-fil

    En teaser, la fin du texte en question de Dimitris Alexakis:
    ///
    « L’audience simultanée que recueillent les thèses d’Etienne Chouard auprès des Gilets Jaunes constitue un autre signe de cette menace et incite à la vigilance. »

    « Lors d’une assemblée toulousaine, une gilet jaune proposait récemment que la revendication du RIC soit adoptée par ce collectif local au détriment de toutes les autres, comme si la fonction du RIC était décidément de brader l’avancée sociale de ces dernières semaines. Face à ce cheval de Troie et à l’engouement qu’il suscite, la réponse peut être délicate, et il n’est pas certain qu’un rejet en bloc soit la solution la plus efficace. Les participant.e.s aux AG seraient peut-être plus avisé.e.s de dénoncer la manœuvre, de nourrir la discussion en produisant des éléments critiques, de mettre en cause le positionnement d’Etienne Chouard qui joue, en la matière, un rôle de défricheur, et d’exiger qu’une revendication institutionnelle ne soit pas affichée au détriment mais au bénéfice et en appui des revendications sociales (hausse du SMIC et des minimas sociaux, retour de l’ISF) — les seules qui aient jusqu’à présent fait trembler le gouvernement et déstabilisé l’extrême-droite. »
    ///

    1. La logique du RIC pour les GJ qui le réclament, c’est de contenir en une seule revendication toutes les autres.

      Car si un véritable RIC était mis en place, il permettrait de forcer un vote populaire sur toutes les autres questions…

      C’est bien pour cela qu’il est extrêmement difficile d’imaginer le président et le gouvernement accepter. Et c’est une litote !

      La démocratie, ça peut faire peur. Car le peuple, s’il n’est pas guidé par mieux avisé que lui – par exemple, par un Emmanuel Macron, ou par une autre autorité supérieure, personne ou parti – risque fort de mal choisir 🙂

    2. Merci Timiota, c’est une excellente analyse qui se tient au plus près des dynamiques en cours.
      C’est effectivement vraiment pas le moment d’oublier les GJ et de lâcher l’affaire comme si la messe était dite. Il faut au contraire encourager, reconnaître ceux d’entre eux qui mènent un combat pour plus de justice sociale
      Il est clair que la stratégie du gouvernement est de tenter de diviser le mouvement pour éviter la porosité du bas vers le haut dont il est question dans l’article et aussi dans une perspective purement électoraliste. Macron dans son allocution a fait mine de les avoir compris, mais dans jours qui ont suivi, on leur disait déjà qu » »à force de rester sur les ronds points ils tournent en rond » (Richard Ferrand), une belle saillie tout en mépris pour leur action, ou un autre responsable de la majorité, qui déclarait que GJ feraient bien de constituer une sorte de mouvement des 5 Etoiles. Alors, qui pousse à la roue populiste ? Le plus meilleur moyen que la récupération d’extrême-droitière n’ait pas lieu c’est de prêter main forte aux GJ qui mènent un combat juste, utile, et courageux.
      https://www.liberation.fr/france/2018/12/16/presidence-macron-on-efface-tout-et-on-recommence_1698276

  11. Bonjour,

    Si, à ce que j’ai lu quelque part, nous ne survivrons pas sans sortir le capitalisme de la scène de l’histoire…, quels sont les scénarios possibles ou vraisemblables, jouables, pour engager cette sortie?

    Quelle est la place de la raison dans le processus, quelles voies les affects peuvent-ils ouvrir (parfois très vite)… ?

  12. je ne sui8s pas d’accord quand vous dites que au ru les gens font confiance aux journalistes.
    ils manifestent leur mefiance d’une facon differente ,question de culture.
    ils ne vont pas denoncer, aggresser, montrer du doigt…mais de moins en moins de telespectateurs renouvellent la redevance tv pour la bbc…
    au sujet de la censure bien sur qu’il y a des sujets qui sont escamotes au ru par la bbc par exemple.
    prenez la tragedie de fukushima en 2011: par rapport aux medias francais, tres peu discutee ici au ru.
    ni les eventuelles retombees radioactives, ni le debat qui a fait rage en france pendant des mois,avec les recommendations de la criirad,les mesures publiees, les conseils de protection, l’antidote du bleu de prusse etc RIEN de tout cela n’a ete rapporte ds les journaux ni a la radio.

    il y a eu un entrefilet sur bbcscotland faisant etat d’une radioactivite sur un rivage marin.Point.
    Pas d’enquete, pas de reportage, pas d’exigence vis a vis du gouvernement d’effectuer des tests, rien du tout…
    Si cet evenement majeur a portee mondiale a ete minimise et mis sous le tapis par les medias britanniques officiels, ce n’est pas de la censure et de la manipulation?

    Faut pas rever.

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