Parieurs et travailleurs : une confusion qui n’a rien d’innocent, par Jean-Baptiste Auxiètre

Illustration par ChatGPT

Il existe dans notre vocabulaire économique une zone grise soigneusement entretenue entre deux figures que tout devrait opposer : celle du parieur et celle du travailleur. Cette confusion n’est pas accidentelle – elle structure notre façon de penser la rémunération, le mérite, et finalement la légitimité des inégalités.

Qu’est-ce qu’un parieur ?

Le parieur, au sens strict, est celui qui met en jeu un capital préexistant. Il dispose d’une somme – qu’il a héritée, accumulée, ou empruntée – et il choisit de l’exposer à un aléa dans l’espoir d’un gain. S’il perd, il perd sa mise. S’il gagne, il empoche la différence.

L’investisseur qui place son épargne en bourse, l’entrepreneur qui injecte ses fonds propres dans une société, le spéculateur immobilier : tous partagent cette caractéristique commune. Leur activité consiste fondamentalement à décider placer leurs jetons. Le temps qu’ils y consacrent peut être considérable, leur expertise réelle, mais ce qu’ils engagent, c’est d’abord de l’argent.

Qu’est-ce qu’un travailleur ?

Le travailleur, lui, engage autre chose : son temps, ses compétences, son corps, sa présence. Il ne « mise » pas – il échange une portion de sa vie contre une rémunération. Quand l’entreprise qui l’emploie fait faillite, il ne perd pas un capital, il perd des mois de salaire impayés, une ancienneté, parfois sa santé, souvent sa confiance.

Cette distinction paraît évidente. Elle l’est beaucoup moins dans le discours dominant.

L’auto-entrepreneur : travailleur déguisé en parieur

Le statut d’auto-entrepreneur illustre parfaitement cette confusion organisée. On présente à celui qui l’adopte tous les attributs symboliques de l’entrepreneur : l’indépendance, la liberté, la « prise de risque ». On lui dit qu’il est son propre patron, qu’il construit quelque chose.

Mais observons la réalité : l’auto-entrepreneur type n’a pas de capital à investir. Il a des compétences qu’il vend, souvent à un client unique ou dominant. Ce qu’il « risque », ce n’est pas une mise financière – c’est de travailler sans être payé, de ne pas pouvoir cotiser pour sa retraite, de se retrouver sans revenus entre deux missions.

Ce n’est pas le risque du parieur, c’est la précarité du travailleur, mais sans les protections que le salariat avait conquises : pas d’assurance chômage, pas de médecine du travail, pas d’indemnités de licenciement.

La sémantique accomplit ici un tour de force : en appelant « entrepreneur » celui qui n’a que son travail à vendre, on lui retire les droits du travailleur tout en lui refusant les moyens réels de l’entrepreneur.

Le politique : une position hybride révélatrice

L’homme ou la femme politique occupe une position intermédiaire qui éclaire la distinction. Que risque-t-il exactement ?

Il engage sa réputation, son temps, parfois sa vie familiale. En ce sens, il travaille. Mais les décisions qu’il prend engagent l’argent des autres – celui des contribuables – et ses échecs sont amortis par des mécanismes que n’a pas le travailleur ordinaire : reconversion dans le privé facilitée par le carnet d’adresses, retraites spécifiques, possibilités de retour.

Le politique parie, mais avec des jetons qui ne lui appartiennent pas, et sur un tapis où la case « ruine personnelle » n’existe pratiquement pas.

Ce que masque la confusion

Pourquoi entretenir ce flou entre parieur et travailleur ? Parce qu’il permet de justifier des écarts de rémunération autrement difficiles à défendre.

Si le détenteur de capital est présenté comme quelqu’un qui « prend des risques », alors son gain apparaît comme la juste récompense de son audace. Le vocabulaire du mérite, habituellement réservé au travail, vient sanctifier ce qui relève du pari.

Inversement, si le travailleur précaire peut être décrit comme un « entrepreneur de lui-même », alors sa pauvreté devient le signe d’une insuffisante prise de risque, d’un manque d’initiative, d’une frilosité. Il ne subit pas un système – il a mal joué.

Or le risque existentiel – celui de ne pas pouvoir se nourrir, se loger, se soigner – n’est pas du tout réparti selon cette rhétorique. Il pèse massivement sur ceux qui n’ont que leur travail, tandis que ceux qui ont du capital disposent précisément des moyens de se prémunir contre les conséquences de leurs paris perdus : diversification, assurances, personnes morales à responsabilité limitée, et en dernier ressort, sauvetage par la puissance publique quand l’établissement est « too big to fail ».

Remettre les mots à l’endroit

Il ne s’agit pas de condamner le pari en tant que tel – toute activité économique comporte une part d’incertitude. Il s’agit de nommer correctement ce que chacun engage et ce que chacun risque.

Celui qui investit un capital prend un risque financier, et il est normal qu’il en attende un rendement. Mais ce risque est limité à sa mise, il est choisi, et il présuppose une accumulation préalable.

Celui qui travaille engage quelque chose qu’il ne récupérera jamais : son temps de vie. Ce n’est pas un « risque » au même sens – c’est une dépense irréversible. Et quand on ajoute à cette dépense la précarité du parieur sans lui en donner les moyens, on cumule les inconvénients des deux positions.

Une société qui confond ces deux figures – ou pire, qui impose au travailleur la vulnérabilité du parieur tout en réservant au parieur les sécurités du travailleur protégé – n’a pas de leçon de morale économique à donner. Elle a un problème de définitions. Ou plutôt, elle a très bien compris ses définitions, et c’est précisément pour cela qu’elle les embrouille.

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36 responses to “Parieurs et travailleurs : une confusion qui n’a rien d’innocent, par Jean-Baptiste Auxiètre”

  1. Avatar de Diotime
    Diotime

    Et vous, M. Auxiètre où vous situez vous ? Parieur ? Travailleur ? Auto entrepreneur ?

    A noter que dans ce cadre le politique ne m’intéresse pas .

    1. Avatar de Jean-Baptiste AUXIETRE
      Jean-Baptiste AUXIETRE

      Les 3 ! Mais je n’ai pas pu prendre beaucoup de pari (faute de capital): seulement un tout petit peu dans Pribor…

    1. Avatar de bb
      bb

      @Patrick

      Votre exemple est merveilleux : c’est un vide qui prend de la place.

      Cet article nous montre la bêtise de l’administration Trump, et la vôtre par la même occasion. C’est une bêtise partagée ! Et quand on partage la bêtise, on ne la divise pas : on la multiplie !

  2. Avatar de Ruiz
    Ruiz

    Le salariat (trés figé et réglementé) n’est pas le seul statut de celui qui « travaille » lui-même par sa présence, il y a aussi le statut d’indépendant de profession libérale qui n’est pas l’exploitation parieuse d’un capital financier (quoique) et n’est pas celui d’auto-entrepeneur, ne serait-ce que par les limitations de chiffre d’affaires, variables suivant l’activité.
    L’auto-entreprenariat est une possibilité offerte d’une simplification administrative vis à vis d’autres cadres juridiques plus contraignant et peut se voir comme une situation transitoire (subventionnée) de nature à faciliter l’entrée sur le marché de porteur de projet en abaissant le coût initial et le risque, en celà c’est une liberté supplémentaire pour ouvrir à ceux qui le souhaitent l’aventure de l’enrichissement entrepreneurial et réduit les inégalités de destin dans la société.

    Maintenant l’exercice d’une profession libérale juridique ou médicale est-ce un travail ?
    N’est-ce pas aussi l’exploitation d’un capital non liquide (encore moins que l’immobilier) accumulé par une mise de parieur effectué lors de longues études (en partie subventionnées).

    L’arrivée de plateforme comme Uber ou la conclusion de contrat de sous-traitance avec un client unique aboutissant à de nombreux auto-entrepreneurs au lieu de salariés est un effet co-latéral de cet assouplissement, qui rend sans doute possible des activités économiques qui ne trouveraient pas leur place dans un pur salariat.

    Un commerçant est-il un pur travailleur ? L’auto-entrepreneur peut être comerçant.

    La possibilité d’exercer en auto-entrepreneur, y compris en complément d’une autre activité n’empèche personne de rechercher un emploi de salarié soumis aux ordres de l’employeur, voire de fonctionnaire à travers des concours ou non.

  3. Avatar de bb
    bb

    Choisir le salariat et s’appuyer sur un seul “pack” de compétences pendant une partie de sa vie, n’est-ce pas aussi une forme de pari ?

    Quand j’observe des salariés, pourtant investis corps et âme dans leur entreprise, être licenciés en masse et s’inquiéter de ne plus pouvoir rembourser les traites de leur pavillon acheté sur vingt ans, je me dis qu’ils n’ont peut‑être pas misé sur le bon cheval.
    Le salariat n’est certainement pas un gage de tranquillité. S’il assure des revenus réguliers, il peut aussi devenir pour beaucoup une forme d’insouciance financière qui pousse l’individu à s’endetter. Une chose est sûre : c’est un carcan qui limite nos libertés.

    Au fond, toute vie professionnelle n’est-elle pas une succession de paris ? Avec ses hauts et ses bas?

    1. Avatar de Jean-Baptiste AUXIETRE
      Jean-Baptiste AUXIETRE

      Oui mais le salarié n’a la plus souvent pas choisi, il ne peut que difficilement passer au stade parieur à moins d’hériter mais ça ce n’est pas donné à tout le monde…

      1. Avatar de Pascal
        Pascal

        Une chose est sûr, Jean-Baptiste, c’est que pour exister, le parieur à besoin du travailleur mais l’inverse n’est pas vrai. La formidable imposture de nos temps modernes c’est de faire croire l’inverse.
        Le parieur peut faire le pari de remplacer les travailleurs dont il dépend par des robots ia mais le travailleur qui ne dépend pas du parieur n’a que faire des robots ia.

        1. Avatar de bb
          bb

          @Pascal

          Au fond, c’est une histoire de mains : il y a celles qui s’usent sur l’outil et celles qui se croisent sur un pari. Dans cette mécanique-là, le parieur a beau bomber le torse, il est le premier prisonnier. Sans le travailleur pour faire tourner la machine, son monde s’effondre. C’est la vieille leçon d’Hegel qui revient en boomerang : à force de ne dépendre que de la sueur des autres, le maître finit par ne plus savoir rien faire de ses propres doigts.

          Aujourd’hui on nous vend une modernité où le parieur, grisé par l’IA et les robots, pense enfin pouvoir se passer de l’humain. Mais c’est une illusion d’optique. Le robot ne supprime pas la dépendance, il la déplace. Pendant ce temps, celui qui travaille la matière, celui qui garde les pieds dans le réel, reste le seul à ne pas avoir besoin de miracles technologiques pour tenir debout.

          Le parieur parie sur un avenir sans bras, mais sans bras, il n’y a plus personne pour ramasser les mises.

        2. Avatar de Ruiz
          Ruiz

          @Pascal Vite dit, le travailleur qui ne dépends pas du parieur (et des structures qui en découlent) n’a d’existence que comme ouvrier agricole journalier ou quémandeur à la bourse du travail, au mieux de membre d’une coopérative, mais Duralex n’a-t-elle pas du son redémarage à des fonds apportés de l’extérieur ?

      2. Avatar de Ruiz
        Ruiz

        Le parieur gros investisseur ou le particulier modeste misent du capital monétaire préalable, pas vraiment les banques qui préfèrent les commissions, mais le rôle de l’entrepreneur qui espère une rémunération variable, non plafonnée, ne se limite pas à l’apport en numéraire et corresponds aussi à l’apport en industrie ou célébrité pour les entrepreneurs personnels (star), à condition de faire reconnaître cette valeur par des investisseurs comme dans les « jeunes pousses ».

        1. Avatar de Bb
          Bb

          @Jean-Baptiste AUXIETRE

          Si vous avez un prêt immobilier sur le dos, vous avez fait un pari sur votre capacité à le rembourser. Quel que soit votre statut professionnel.
          Une forte proportion de la population occidentale a fait ce pari et s’est appuyée sur sa force de travail pour se constituer un patrimoine

          1. Avatar de Ruiz
            Ruiz

            Sinon il faut rester locataire ou construire soi-même sa cabane ou sa yourte dans un bidonville sur une terre communale …
            Acheter à crédit le droit d’occuper un logement et de payer les charges d’entretien et taxes afférentes est une façon de constituer une épargne et donc d’accumuler grace à la propriété une valeur qui peut être misée ou non.
            Cette capacité d’épargne souvent supérieure à une simple location est la preuve d’une situation où la rémunération du travailleur est supérieure à la simple compensation des moyens d’existence.

          2. Avatar de Jean-Baptiste AUXIETRE
            Jean-Baptiste AUXIETRE

            L’immobilier n’est pas du capital c’est pour être exact du patrimoine car il est le plus souvent bloqué par votre propre utilisation. Le capital n’est que l’argent dont vous disposer pour « parier » !

            1. Avatar de Ruiz
              Ruiz

              C’est réduire la capacité de parier au seul capital inutile ou superflu, l’idéal est de parier avec l’argent des autres tout en gardant une part significative des gains.
              C’est ce que font les cadres dirigeants salariés « entrepreneurs » avec l’argent des autres.
              Le capital est alors essentiellement relationnel (et un peu culturel).

            2. Avatar de bb
              bb

              @Jean-Baptiste AUXIETRE

              Affirmer que « l’immobilier n’est pas du capital » relève d’un débat ancien parmi les économistes. Pourtant, dans les faits, un travailleur senior qui a terminé de payer sa résidence principale continue de générer des revenus et peut choisir d’investir en bourse ou d’acheter un second bien destiné à la location. À partir de ce moment-là, l’immobilier devient bel et bien un capital. Les salariés eux-mêmes peuvent donc, à leur manière, devenir des « parieurs ».

              Comme Pascal l’a écrit — via son ami ChatGPT — notre société repose sur des paris permanents effectués par l’ensemble des acteurs économiques.

              Votre texte est engagé, et c’est tout à fait respectable, mais il omet plusieurs points importants.

              D’abord, votre vision de l’entrepreneur me paraît caricaturale. Vous opposez le « rentier » au « travailleur », mais vous oubliez le petit entrepreneur. Pour beaucoup d’entre eux, le capital investi n’est pas un surplus : c’est l’épargne d’une vie. En cas d’échec, les conséquences ne sont pas seulement financières ; elles peuvent être profondément destructrices pour leur vie personnelle et leur santé.

              Comme Ruiz l’a rappelé plus haut, le risque a une utilité économique. Vous présentez le gain du parieur comme un coup de chance ou une forme de prédation. Or, sans la perspective d’un profit — la fameuse prime de risque — personne ne financerait les innovations, les usines ou les outils de production dont les salariés ont besoin pour travailler. C’est un principe fondamental de la pensée d’Adam Smith, le père de l’économie moderne.

              Ensuite, l’indépendance est un choix. Vous réduisez l’auto-entrepreneur à une victime du système. Il est vrai que certains, comme les livreurs Uber ou les chauffeurs VTC, subissent la domination des plateformes. Mais vous semblez ignorer ceux qui choisissent ce statut par goût de l’autonomie ou pour échapper à la hiérarchie salariale, préférant assumer leur propre risque plutôt que de subir un lien de subordination. C’est mon cas personnel — peut-être le vôtre également.

              Enfin, vous affirmez que les « parieurs » sont protégés par l’État (le fameux too big to fail) Cette protection ne concerne en effet qu’une élite financière. Mais,la grande majorité des investisseurs, artisans et commerçants ne bénéficient d’aucun filet public.

              Oui, il existe des écarts de chance entre les ultra-riches — une infime fraction de la population — et le reste des individus. Mais selon moi, cela n’a rien à voir avec la capacité à « parier », capacité que chacun peut exercer à partir de son capital économique, de sa force de travail ou de ses compétences intellectuelles.

              — La rédaction de ce texte a été réalisée en collaboration avec Gemin.—

              1. Avatar de Garorock
                Garorock

                Gemmini a bon dos!
                On dirait un article du figaro.
                La bestiole de la silicone valley a seulement réussi à traduire votre inconscient!
                Restez allongé encore un peu sur le divan Bébé Boudha, nous allons finir par vous dire qui vous êtes!
                Etes- vous prêt pour cette révélation?
                😎

  4. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    L’ ‘avis’ IA …. (( Remarquez le placement de .. ))

    Q : l’avenir du salariat (européen) ?

    R : Le salariat européen traverse une période de mutation profonde.
    En 2026, nous ne sommes plus dans la simple gestion de l’après-pandémie, mais dans une restructuration structurelle dictée par trois forces : l’intelligence artificielle (IA), le déclin démographique et une soif de flexibilité qui redéfinit le contrat social.

    Voici les grandes lignes qui dessinent l’avenir du travail en Europe :

    1. La révolution des compétences (« Skills-First »)

    Le diplôme initial perd de sa superbe face à la compétence actualisée. On estime que d’ici 2030, plus de 90 millions de travailleurs européens devront acquérir de nouvelles compétences.

    L’impact de l’IA : Elle ne remplace pas le salarié, mais transforme son rôle. Les tâches répétitives sont automatisées, poussant le salarié vers des missions à plus forte valeur ajoutée (créativité, empathie, décision stratégique).

    L’apprentissage continu : La formation n’est plus un passage ponctuel mais une composante intégrée au temps de travail.

    2. L’hybridation et la « Flexibilité Totale »

    Le télétravail est devenu un acquis, mais le débat s’est déplacé. En 2026, la tendance est au « travail asynchrone » et à la personnalisation du temps.

    Semaine de 4 jours : De plus en plus d’entreprises européennes l’adoptent pour attirer les talents sans augmenter les salaires de façon drastique.

    Flexi-jobs : On observe une montée en puissance de statuts hybrides (salariat partiel combiné à du freelance ou des contrats multi-employeurs), notamment pour répondre aux pénuries de main-d’œuvre.

    3. Le défi démographique et la guerre des talents

    L’Europe vieillit, et la population en âge de travailler diminue. Cela inverse le rapport de force :

    Le salarié est « client » : Les entreprises doivent désormais « vendre » leur culture d’entreprise (valeurs ESG, bien-être, transparence salariale).

    Allongement des carrières : Avec le recul de l’âge de la retraite dans plusieurs pays (comme en France ou en Belgique), les entreprises doivent réapprendre à gérer les « seniors » et à favoriser la transmission intergénérationnelle.

    4. Un cadre législatif plus protecteur

    L’Europe reste le bastion de la protection sociale, avec des régulations majeures qui entrent en vigueur :

    IA Act (2026) : L’Union européenne encadre l’usage de l’IA au travail pour éviter les discriminations algorithmiques et protéger la vie privée des employés.

    Transparence salariale : De nouvelles directives imposent aux entreprises de communiquer les fourchettes de rémunération, visant à réduire les écarts de salaire hommes-femmes.

    En résumé : Les 3 piliers de 2026
    Tendance Ce qui change concrètement
    Technologie L’IA devient un assistant personnel pour chaque « travailleur du savoir ».
    Équilibre La flexibilité géographique (télétravail) devient une flexibilité temporelle.
    Valeurs Le salaire ne suffit plus ; l’impact environnemental et social de l’employeur est scruté.

    Note : Malgré cette modernisation, une dualité s’installe. D’un côté, des salariés « ultra-flexibles » et qualifiés, et de l’autre, des travailleurs de « première ligne » (santé, logistique) dont les conditions de travail restent difficiles malgré les hausses de salaires.

    Souhaitez-vous que je développe un aspect spécifique, comme l’impact de l’IA sur un secteur précis ou les nouvelles lois sur le temps de travail en Europe ?

  5. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    Sans chercher à monopoliser.. l’avis de la représentante de la CGT française peut être intéressant :

    Sur le grill
    l’édito

    Il est 8 h 30 sur Franceinfo ce 23 janvier et c’est l’heure de l’interview politique : le présentateur, Hadrien Bect, et la journaliste du Nouvel Obs Camille Vigogne Le Coat, qui co-présente, reçoivent Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT.
    Au programme de l’entretien : des discussions sur le vote du budget, la possible chute du gouvernement Lecornu II, la proposition de supprimer le 1er mai, le développement de l’intelligence artificielle et les suppressions de postes qu’elle entraîne dans les entreprises.
    Ce dernier sujet fait déjà dire des gros mots à Sophie Binet, qui déclare : « Aujourd’hui, ce à quoi on assiste aux États-Unis, c’est une forme de technofascisme avec des entreprises qui développent l’intelligence artificielle au service d’une idéologie d’extrême droite. »
    Les journalistes la font davantage réagir à la question sociale de l’IA – les suppressions d’emplois – et la discussion se poursuit….

    …Jusqu’à la question de Camille Vigogne Le Coat, qui lui demande de réagir à une information révélée par… elle-même, plus tôt cette semaine dans une enquête dans le Nouvel Obs sur « Jordan Bardella, couvé par les patrons » :
    « On a appris cette semaine qu’à l’initiative de Patrick Pouyanné, le PDG de Total, la FEP, l’une des plus grosses entreprises du CAC 40, avait réfléchi à inviter Jordan Bardella. C’était une information du Nouvel Obs. Ça vous inspire quoi ? »
    En posant cette question, Camille Vigogne Le Coat, journaliste-enquêtrice spécialiste de l’extrême droite, autrice d’une enquête primée sur le RN à Fréjus, sait ce qu’elle fait : il s’agit clairement de parler des liens étroits du patronat et de l’extrême droite .

    Sophie Binet répond en effet que « l’extrême droite ne sera jamais un parti comme les autres » et que « ce que l’on voit, c’est que le patronat a oublié la leçon de la Seconde Guerre mondiale et le fait qu’il y a pas seulement leurs intérêts économiques, il y a aussi des questions morales ».
    Elle poursuit :  » L’extrême droite est un parti raciste. C’est un parti qui est dangereux pour notre démocratie, parce qu’il remet en cause par exemple le pouvoir des juges et l’indépendance de l’Assemblée nationale.  »

    Camille Vigogne Le Coat la relance en demandant, de façon un peu provocatrice, s’il n’est pas normal pour les chefs d’entreprise de se préparer à l’arrivée au pouvoir de tous les partis politiques…Ce qui permet à Binet de répondre que « le patronat défend uniquement ses petits intérêts économiques gagner toujours plus et que l’avenir de nos démocraties, il n’en a rien à faire ».
    Elle ajoute : « On voit le résultat de l’extrême droite, aux États-Unis, c’est la loi du plus fort, ou plutôt du plus riche, contre le droit international. Ça veut dire de plus en plus de conflits armés. Et effectivement pour le patronat, c’est très bien, parce que plus de conflits armés, ça veut dire plus de marché pour l’industrie militaire et pour la défense. »

    Hadrien Bect l’interrompt : « Attendez, vous dites que le patronat espère des conflits armés ? »
    Binet répond que soutenir l’extrême droite, comme le fait le patronat, revient à la banaliser et à l’accepter.
    Mais Bect ne comprend pas : « Il y a un peu un amalgame, personne ne sait si le RN a envie d’un conflit armé, par exemple. Enfin là, c’est un peu… Vous allez un cran au-dessus. »
    Ça n’est pourtant pas ce qu’a dit Sophie Binet, qui tire les leçons de l’accession au pouvoir de l’extrême droite à l’étranger : « Ce que je dis, c’est que de fait, aujourd’hui, l’extrême droite quand elle arrive au pouvoir dans le monde, c’est le cas de Trump, de Poutine, de Milei en Argentine etc, elle s’assoit sur le droit international. » Binet rappelle que « le droit international, c’est notre garantie de paix : ça a été construit après 1945 pour qu’il n’y ait plus de conflit au plan mondial. Et on le voit avec Trump, on rentre dans un monde plein d’incertitude où tous les coups sont permis. C’est ça, le problème de l’extrême droite. »

    Lorsque Binet rappelle que « Bardella ne cesse de venir à la rescousse des milliardaires pour empêcher qu’ils ne soient taxés » et que le RN a voté contre la taxe Zucman, Hadrien Bect insiste : « Le RN a voté des taxes, c’est plusieurs milliards, hein, quand même… »
    Binet se voit forcée de lui expliquer le « vote de façade » du RN pour les taxes dont le parti savait qu’elles ne passeraient pas, mais que « le RN s’oppose systématiquement à la taxation des plus riches et des multinationales ».
    Bect sourit faiblement : « Merci beaucoup, Sophie Binet ».
    À ASI, on ajoute : merci beaucoup, Camille Vigogne Le Coat, d’aborder de vrais sujets politiques dans cette interview.

    Quant à Hadrien Bect, il devrait peut-être lire l’ouvrage très actuel « Les irresponsables », de l’historien Johann Chapoutot (qu’ASI recevait l’an dernier), qui retrace comment l’extrême-centre des années 1930 en Allemagne a porté Hitler au pouvoir.
    Ou  » Le fascisme en col blanc « , enquête du journaliste Xavier de Jarcy, sur comment un club d’industriels, toujours dans les années 1930 mais en France cette fois, « prêt à s’allier aux ennemis de la République pour préserver ses privilèges », a favorisé l’avènement de Pétain.
    Ou encore, plus simplement, l’enquête cosignée par sa collègue de plateau Camille Vigogne Le Coat dans le Nouvel Obs de cette semaine, qui relate la « relation amicale » naissante entre Jordan Bardella et… Alexandre Arnault, fils de Bernard et l’un des héritiers de LVMH……………………………………….!

    Pauline Bock.

  6. Avatar de pierre guillemot
    pierre guillemot

    L’auto-entrepreneur est-il une espèce sociale nouvelle, créée par l’entreprise Uber ou équivalent, ou la variante d’aujourd’hui du journalier mis en scène par Jésus-Christ dans sa parabole de la Onzième heure (Evangile selon Matthieu chapitre 20, versets 1 à 16), qui attendait celui qui avait besoin de lui (sa serpe et sa compétence de vigneron) ; j’ai vu les mêmes il y a quinze ans dans la Rue Droite de Chongqing, avec leur caisse à outils à leurs pieds.

    Et les « parieurs » de l’article que j’ai croisés dans ma vie avaient misé leur temps, leur énergie et leur crédit (la confiance des autres), avec de l’argent qu’ils avaient emprunté. Finalement, le parieur c’est le prêteur, conformément à l’adage : si tu dois cent mille et que tu ne peux pas rembourser, c’est ton problème ; si tu dois cent millions et que tu ne peux pas rembourser, c’est le problème de ton banquier ; raconté par un directeur de banque à un de ses jeunes sous-directeurs qui en avait marre de faire des prêts hypothécaires à des familles pour acheter une maison, alors que prêter à un entrepreneur est bien plus amusant.

    Finalement, le schéma marxiste du propriétaire des moyens de production qui s’enrichit de la plus-value sur le travail de ceux à qui il achète la force de travail ne me semble pas près d’être remplacé, après bientôt deux siècles de tentatives de justifier (moralement) l’inégalité des revenus autrement.

  7. Avatar de Pascal
    Pascal

    Conversation du matin avec mon ami GPT (extraits choisis)

    « L’évolution des jeux de pari s’inscrit dans une dynamique profonde de numérisation, de marchandisation culturelle, et d’intégration sociale. Psychologiquement, ces jeux exploitent des biais cognitifs et des mécanismes de renforcement puissants, ce qui pose des défis importants en matière de santé mentale et de régulation. Sociologiquement, ils reflètent des transformations des loisirs, des rapports au risque, de la technologie et du capitalisme consumériste.

    On peut légitimement parler d’une culture du pari, au sens sociologique et anthropologique du terme. Cette culture ne se réduit pas à une pratique individuelle du jeu d’argent ; elle constitue aujourd’hui un ensemble cohérent de représentations, de normes, de récits et de dispositifs techniques qui structurent un rapport spécifique au hasard, au risque, au mérite et au gain.

    On peut soutenir que la culture du pari est :

    une culture du présent immédiat,

    une gestion individualisée de l’incertitude,

    une esthétisation du risque dans des sociétés où les protections collectives se fragilisent.

    Dans ce sens, elle ne concerne pas seulement le jeu, mais révèle une transformation plus profonde :
    le monde social lui-même devient un pari permanent.

    Oui, il existe aujourd’hui une culture du pari, au croisement :
    – du capitalisme numérique,

    – de la psychologie comportementale,

    – de la transformation des récits de réussite,

    – et de l’individualisation du risque.

    Cette culture est à la fois :
    – intégratrice (elle crée du lien et du sens),

    – et potentiellement destructrice (elle expose aux pertes économiques et psychiques).

    D’un point de vue anthropologique, la culture du pari marque une rupture profonde avec la culture sociale dominante du XXᵉ siècle. Il ne s’agit pas d’un simple changement de loisir ou de mœurs, mais d’une transformation du rapport symbolique au temps, au risque, à la valeur et à la responsabilité. On peut analyser cette différence comme un basculement de régimes anthropologiques.

    La culture du pari ne prolonge pas celle du XXᵉ siècle : elle la remplace. Là où la modernité industrielle cherchait à domestiquer le hasard, la culture contemporaine apprend à vivre avec lui, voire à en dépendre.

    Elle révèle un changement fondamental de condition humaine :
    l’individu n’est plus un acteur inscrit dans une trajectoire, mais un parieur naviguant dans un monde d’événements.

    La culture du risque et du pari ne se contente pas d’exprimer les rapports de domination contemporains : elle les reconfigure, les naturalise et les rend moins visibles. D’un point de vue anthropologique et sociologique, elle constitue aujourd’hui un vecteur central de reproduction des hiérarchies sociales, précisément parce qu’elle transforme des rapports de pouvoir structurels en différences de “choix”, de “prise de risque” et de “mérite”.
    La culture du pari produit une forme de domination plus douce, plus diffuse, mais plus profonde que les formes industrielles classiques.

    Elle n’abolit pas les hiérarchies :
    elle les rend acceptables, parfois désirables, souvent invisibles.

    1. Avatar de Bb
      Bb

      @pascal
      Très intéressant. 👍

    2. Avatar de Rafio
      Rafio

      C’est du Michel Clouscard à la sauce ChatGPT.
      Le modèle de consommation libidinal (pulsion), ludique (pari) et marginal (transgression) du capitalisme de la séduction (1981) qu’il résumait en une formule : « Tout est permis mais rien n’est possible ».

      1. Avatar de Pascal
        Pascal

        Merci Rafio
        Je ne connaissais pas Clouscard
        https://youtu.be/iKl9bk8BQqY?si=zuM7mpcYHeiuGkqH

        1. Avatar de Garorock
          Garorock

          Tu m’étonnes!
          Du yoga, des huiles essentielles, des steaks de tofu et des petitions contre le Linky, t’en trouveras plus dans ton journal de la Biocoop que du Clouscard!
          Comme quoi certaines bestioles de Palo-alto sont plus éveillées que les Boudhistes…
          😊

  8. Avatar de Delpuech
    Delpuech

    Ne pas oublier qu’il y a des paris sur les paris… donc des spéculateurs qui parient sur les capitalistes qui parient sur la force de travail des travailleurs. Et qui mène la danse aujourd’hui ? Les spéculateurs. Comment lutter contre les spéculateurs ? PJ a déjà proposé beaucoup de moyens…

    1. Avatar de Ruiz
      Ruiz

      @Delpuech Pourquoi vouloir lutter contre les spéculateurs ? Ce sont eux qui financent (ou permettent de financer) l’investissement massif dans le déploiement de l’IA gratuit comme les premières doses d’addiction et dont le modèle économique n’est pas trouvé.
      En déplaçant en bourse leurs avoirs virtuels sur des startups ils leur permettent d’avoir le colatéral pour se financer par des banques qui leurs octroient des prêts en créant la monnaie nécessaire !
      Celà ne coute rien à l’utilisateur lamba.
      Sans celà un tel développement n’aurait pas lieu …

      1. Avatar de Jean-Baptiste AUXIETRE
        Jean-Baptiste AUXIETRE

        Hélas avec l’IA gratuite on ne va pas très loin ni très longtemps et l’IA payante est pour l’instant vendue environ 1/3 du prix quelle coûte en pariant sur l’addiction justement et l’avenir. Mais dans votre emploi vous devenez pourvoyeur et demandeur d’une IA qui coûte beaucoup plus cher…

    2. Avatar de bb
      bb

      @Delpuech

      Paul Jorion a effectivement formulé des propositions concernant la spéculation. Pourtant, si ma mémoire est bonne, il considère que les placements boursiers ne relèvent pas de la spéculation dès lors qu’ils génèrent des dividendes. C’est en tout cas ce qu’il m’avait répondu il y a quelques années — même si je peux me tromper.

      Mais cette distinction dépend surtout de la manière dont chacun se comporte face au marché boursier. Certains se voient comme de simples investisseurs, d’autres comme des spéculateurs. Cela montre bien à quel point la notion de spéculation est floue et subjective.

      De quels spéculateurs parle-t-on alors ? Probablement de ceux qui interviennent sur les denrées alimentaires ou sur les matières premières indispensables à la production de biens de première nécessité, et dont les paris peuvent provoquer des distorsions de prix moralement difficilement acceptables.

      Et qu’en est-il des spéculateurs immobiliers ? Faut-il, eux aussi, les éliminer ? Compte tenu de la diversité des formes de propriété foncière et du droit à la propriété privée, l’idée paraît difficilement applicable.

      Et que dire des 18 millions de Français qui détiennent une assurance-vie ? Ce sont, d’une certaine manière, des spéculateurs eux aussi. Faut-il « leur couper la tête » ? On imagine aisément que cette proposition aurait du mal à passer…

      —- post reformulé à l’aide de Chat GPT—

  9. Avatar de ilicitano
    ilicitano

    Le consultant en freelance :
    avec l’aide de l’IA

    **Les grands groupes se tournent massivement vers les freelances parce qu’ils y trouvent un trio gagnant :
    * flexibilité,
    * expertise pointue
    * optimisation des coûts.

    Cette évolution répond :
    * à la transformation rapide des marchés,
    * à la pénurie de talents
    * au besoin d’agilité stratégique.

    ## 🔍 Les raisons majeures du recours croissant aux freelances

    ### 1. **Flexibilité opérationnelle**
    – Ajuster les ressources en fonction des projets, sans alourdir la masse salariale.
    – Mobilisation rapide, sans les délais d’un recrutement classique.
    – Possibilité d’arrêter la collaboration dès la fin de la mission.

    ### 2. **Accès à une expertise très spécialisée**
    – Les grands groupes ont besoin de compétences pointues!:
    * cybersécurité,
    * IA,
    * transformation digitale,
    * data,
    * stratégie

    – Les freelances sont souvent des experts seniors ayant travaillé dans plusieurs secteurs.
    – Ils apportent un regard externe, moins soumis aux biais internes.

    ### 3. **Réduction des coûts et optimisation budgétaire**
    – Pas de charges patronales, pas d’engagement long terme.
    – Coût total souvent inférieur à celui d’un salarié équivalent, malgré un TJM plus élevé.
    – Idéal pour des besoins ponctuels ou des projets non récurrents.

    ### 4. **Réactivité et vitesse d’exécution**
    – Les freelances peuvent démarrer immédiatement.
    – Ils sont habitués à s’intégrer vite dans des environnements complexes.
    – Utile pour des projets urgents, des pics d’activité ou des transformations rapides.

    ### 5. **Externalisation stratégique de certaines compétences**
    – Les entreprises externalisent de plus en plus les fonctions non cœur de métier.
    – Cela permet de concentrer les équipes internes sur les enjeux stratégiques.
    – Le freelancing devient un levier d’agilité organisationnelle.

    ## 🧭 En résumé
    Les grands groupes adoptent les freelances parce qu’ils offrent **agilité, expertise et maîtrise des coûts**, dans un contexte où les organisations doivent se transformer vite et rester compétitives.

    Le freelancing devient ainsi un pilier de la stratégie RH moderne.

    **********
    Chaque intervenant sur le blog ayant chacun son parcours professionnel avec ses contraintes d’adaptation .

    1. Avatar de Ruiz
      Ruiz

      Le fonctionnement en free-lance nécessite cependant de fournir l’effort commercial, souvent différent des compétences propres, surtout sur le long terme, à moins de recourir à une plateforme d’intermédiation, de pourvoir à la formation permanente.
      L’auto-entrepreneur ne facture pas de TVA et ne la déduit pas de ses investissements.
      Si son revenu est modéré il bénéficie d’allègement de charges et d’impôt.

  10. Avatar de Vincent Rey
    Vincent Rey

    Le comble du risque étant pris par le travailleur « hors la loi », qui travaille au risque de sa liberté ou de sa vie…

    21 11 2025 – NON : le narco-trafic n’est PAS un narco-terrorisme : « IT’S THE ECONOMY, STUPID ! » (c’est l’économie, imbécile !)

  11. Avatar de Delpuech
    Delpuech

    Question de définition : un spéculateur n’est pas un investisseur… C’est la différence entre celui qui achète une action émise par l’entreprise sur le premier marché et le spéculateur qui achète et revend sur le second marché sans que l’entreprise ait un centime en retour… sauf si elle a conservé des actions ou si elle les rachète sur le second marché et faire monter les prix comme tout bon spéculateur…
    C’est tellement mieux de se dire investisseur, spéculateur, bouh.

  12. Avatar de Chabian
    Chabian

    A mon avis, le billet escamote le « statut du salarié », et s’autorise ainsi la confusion sur la prise de risque « financier ».
    Et il faut toujours revenir à l’histoire. Il y a des contrats de travail « sans risque financier »(?!) depuis très longtemps. Au 17e siècle, deux détenteurs de capitaux (un médecin, un pharmacien) s’entendent avec un « maître-charbonnier » (maitrisant la compétence de dénicher et d’extraire une veine de charbon) pour créer la société conjointe de Bois-du-Luc. Le maître charbonnier fournit une équipe de salariés (ses enfants, amis, etc.). Les travaux sont interrompus les mois réservés aux moissons, etc. En général (au XIXe), le travail salarié est de toute l’année, 6 jours sur sept, sauf fêtes religieuses, 12 à 14 heures par jour. Et le salaire est à la journée, journée définie par un travail à terminer sur la marchandise abattue puis remontée et triée… Et le salaire définit par le patron varie suivant le prix de vente : des crises vont voir les salaires diminuer de moitié…
    En fait la prise de risque est énorme : accidents de travail, coup de grisou, coup d’eau, chute ascenseur…) et la fluctuation du salaire et même du travail (fin du filon, de l’exploitation, mévente et concurrence) est très forte ! Mais la crise de la pomme de terre, la démographie des campagnes imposent l’exode rural. Les conditions de logement sont effroyables. La scolarité inexistante : on travaille dès l’enfance. Et le patron s’autorise à amputer le salaire pour payement en nature (charbon, mais aussi légumes et fruits de son domaine), le contremaître ampute le salaire des dettes du cabaret tenu par son épouse, etc.
    Toute la « sécurité » du salariat résulte de luttes. La protection du salaire contre les créances est un premier acquis (1886 en Belgique). Et J.B. Fressoz montre que la prise de risque industrielle fait partie du déni des entrepreneurs proches de Napoléon (Cfr L’Apocalypse Joyeuse). Tous les accidents craints et annoncés ont été vécus ! et les meilleures conditions de travail résultent beaucoup de luttes après accidents. Car l’entrepreneur risque aussi de ne plus obtenir de salariés qu’il doit donc retenir…
    Partant de ces éléments d’histoire, le billet me devient incompréhensible. Sinon que le salarié devient « dépendant » (plutôt qu’indépendant), qu’il doit compter sur sa force collective (plutôt que la charité chrétienne du moyen-age, la bienfaisance du bourgeois riche et la Caisse de Prévoyance… organisée par le patron pour paraitre protecteur des bons ouvriers, avant l’organisation des luttes. Qu’il y a donc entre partenaires un « rapport de forces » collectif plus important qu’un « risque financier » individuel…

  13. Avatar de Otromeros
    Otromeros

    Un article à lire absolument… sans s’étrangler… … Davos by night…’ en toute discrétion ‘ …

    https://elucid.media/democratie/si-vous-n-etes-pas-a-la-table-vous-etes-au-menu-le-sous-trumpisme-canadien-a-davos

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