The House of the Rising Sun

Dès qu’on creuse un peu l’histoire des grandes chansons traditionnelles américaines on retombe en général sur une ballade anglaise, écossaise ou irlandaise. C’est le cas par exemple pour « The Streets of Laredo » (chanson cowboy : Laredo est une ville texane) et « Saint-James Infirmary » (blues), qui descendent toutes deux – par une voie propre – de « The Unfortunate Rake », une ballade anglaise du XVIIIe siècle (dans le cas de « The Streets of Laredo », la mélodie est quasi-identique à l’original).

Le même scénario vaut pour « The House of the Rising Sun », et il y a bien sûr une certaine ironie dans le fait que ce soient des Anglais, le groupe The Animals, qui en 1964 rendirent à nouveau cette chanson célèbre – même s’ils imitaient alors la manière dont Bob Dylan chantait la chanson (dans son premier album : « Bob Dylan » –1962), qui copiait lui-même le style de Dave van Ronk (la chose est très bien expliquée dans No Direction Home, le documentaire que Martin Scorsese consacra en 2005 à Bob Dylan).

Leadbelly

Woody Guthrie

Bob Dylan (dans une version plus récente que celle de son 1er album « Bob Dylan »)

The Animals

Jean-Philippe Smet

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L’actualité de la crise : crise bancaire, le long chemin plein d’embûches restant à parcourir, par François Leclerc

Billet invité.

CRISE BANCAIRE: LE LONG CHEMIN PLEIN D’EMBÛCHES RESTANT A PARCOURIR

On attendait la publication de la nouvelle réglementation du Comité de Bâle destinée à renforcer la solidité du secteur bancaire, dont il vient d’être annoncé à Zürich qu’elle a été adoptée. Mercredi matin, une nouvelle est parue dans le quotidien japonais spécialisé Nikkei, et n’a pas cessé depuis d’agiter le monde entier de la finance, qui en a cherché la confirmation. D’après le journal, ces nouvelles règles qui s’imposent à tous, destinées à être introduites en 2012 après une large et longue concertation, pourraient n’être mises en application que très progressivement, au cours d’une période s’étalant sur rien de moins que les dix à vingt prochaines années. Les bourses réagissaient aussitôt et les valeurs financières en grimpaient de soulagement.

Sans connaître encore les détails de cette future réglementation, on sait qu’il s’agit de renforcer la qualité et la transparence des fonds propres (le Tier one) des banques, d’accroître leur ratio d’endettement, et de constituer des « coussins » amortisseurs pour faire face aux situations imprévues. Et qu’il est fort probable que les banques vont, en général, devoir procéder à d’importants appels de fonds, auprès de leurs actionnaires ou des marchés, afin d’y satisfaire. D’où ces délais impressionnants, s’ils sont confirmés, qui trouveraient leur justification officielle dans la crainte de casser la relance économique, en exigeant trop et trop vite des banques.

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Les 35 heures, fausse bonne idée ? par Georges Auspitz

Billet invité.

Je n’ai rien à apprendre à ceux qui travaillent en France, ou ont travaillé il y a peu, sur ce qu’est la durée légale du travail ; je ne veux que témoigner sur ce qu’a été le passage aux 35 heures, tel que je l’ai vécu, en tant que patron, artisan réparateur en électroménager, employant (exploitant) 5 salariés ; il ne s’agit pas non plus, de ma part, d’une demande de conseils en gestion, c’est pour moi de l’histoire ancienne, ayant fait faillite après 4 ans d’application de cette loi ; ce n’est pas une consolation pour moi de me dire que mon repreneur n’a mis que 2 ans pour disparaitre, alors que mon entreprise avait 18 ans d’ancienneté.

On rappelle aujourd’hui que cette loi a 10 ans ; on retrouve tout sur internet ; je ne veux parler ici que de ce que j’ai vu et vécu par le petit bout de ma lorgnette.

Pendant la campagne de 1997, il avait été largement question de partage du travail ; on ne parlait pas tellement des 35 h., qui n’étaient d’ailleurs pas une revendication des salariés ; on parlait surtout du travail à mi-temps, et on citait souvent les Pays-Bas comme exemple réussi ; en tout cas, les 35h payées 39 n’étaient pas au cœur des débats, on se doute pourquoi.

Il existait déjà une loi qui rendait possible la réduction à 35 h de la durée du travail, à la disposition des partenaires sociaux, mais qui a été très peu mise en application ; il existait aussi une autre disposition qui permettait la réduction de la durée du travail pour éviter des licenciements dans des entreprises en difficulté ; et celle-ci a plus largement été utilisée, et avec de bons résultats ; heureusement, toutes les entreprises n’ont pas été en difficulté en même temps à l’époque.

Les 35 h ont donc été généralisées par le gouvernement Jospin, en 2000, à l’ensemble des salariés, y compris la fonction publique, en vertu du principe que, face au travail, tout le monde est égal ; ce qui est, bien entendu, fondamentalement faux ; faux dans la pénibilité et les risques d’accident, faux dans le stress, faux quand dans la sidérurgie la masse salariale représente 2,5 % du CA, alors que dans les services elle dépasse 60% ; faux suivant la taille de l’entreprise, son secteur d’activité ; faux etc. Alors, j’entends bien le cœur de ceux qui chantent qu’on ne peut pas prévoir un horaire de travail pour chaque salarié ; de toute façon, dans la direction où l’on va, il faudra bien réfléchir à la question.

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Qu’est-ce que comprendre ? Et du coup, expliquer ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le test de la compréhension, c’est l’explication claire. « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément », disait déjà Boileau. Or, la mécanique quantique nous a confrontés à un dilemme : les savants qui la créaient, s’ils s’accordaient entre eux, avaient cessé de pouvoir en offrir au reste du monde une explication qui remplisse les critères classiques de l’explication. Leurs critiques, au premier rang desquels, Albert Einstein, relevaient cette difficulté et arguaient qu’en l’absence d’explications complètes de leur part, leur compréhension devait être, elle aussi, incomplète. Leur réponse est connue : que c’était en fait une compréhension améliorée du monde qui forçait à remettre en question le statut de la compréhension elle-même et donc à offrir en guise d’explication autre chose que ce qui valait jusque-là sous ce nom.

La science a été confrontée dès l’origine à l’obstacle de la non-fiabilité de la perception quant à la nature des choses : le phénomène naturel présente cette particularité de nous présenter ou non les choses telles qu’elles sont. Il convient alors de postuler au-delà des apparences une Réalité-Objective d’où l’illusion aura été éliminée.

Mais tout cadre de réflexion – tel celui qui préside par exemple à la description de la Réalité-Objective – se suppose des invariants. Nous avions toujours retenu parmi ceux-ci, le temps et l’espace dont rien n’avait pu nous suggérer qu’ils pouvaient être eux aussi de l’ordre du phénomène, c’est-à-dire sujets à l’illusion. Or, au tournant du XXe siècle, deux théories physiques : la relativité et la mécanique quantique, remettraient en question, pour la relativité, notre conception du temps et de l’espace et pour la mécanique quantique, celle de la mesure comme interaction d’un système constitué de trois éléments : l’objet mesuré, l’instrument de mesure et le sujet mesurant.

Le temps, l’espace, l’objectivité du sujet mesurant, cessaient d’être non-problématiques, cessaient de constituer des invariants, des donnés fixes appartenant simplement au cadre, pour devenir eux-mêmes des variables, mettant en cause du coup le statut de la compréhension et de l’explication, puisque des éléments-clés de leur cadre à elles devenaient à leur tour des lieux possibles pour l’illusion et devant donc être eux aussi objets de connaissance en tant que tels, plutôt que simple présupposés.

Fallait-il exiger que le temps et l’espace demeurent des points fixes, jouissant de l’extraterritorialité épistémologique ? Non, répondait Einstein, dont la théorie de la relativité remettait précisément en question les conceptions intuitives du temps et de l’espace. Faut-il exiger d’une explication qu’elle précise à la fois la position d’un corps très petit (son lieu dans l’espace) et sa vitesse (la distance qu’il parcourt entre deux points dans l’espace entre deux moments dans le temps) ? Oui, répondait-il cette fois, à la différence des tenants de la nouvelle mécanique quantique. Un déplacement s’opérait dans la frontière considérée jusque-là comme immuable entre les éléments qui sont révisables dans la connaissance et ceux qui ne le sont pas.

Pourquoi cette différence aux yeux d’Einstein ? Parce qu’il établissait une distinction nette entre un changement de statut du temps et de l’espace dû à une meilleure compréhension de leur nature essentielle, et une impossibilité de déterminer simultanément la position d’un corps très petit et sa vitesse, due elle – selon lui – à une incomplétude dans la compréhension de son comportement. Dans le dernier cas, disait-il, la raison en est une mécompréhension de la mécanique quantique quant à son propre statut : elle ne constitue pas une science à même de se prononcer sur le comportement d’une particule individuelle mais est en réalité d’ordre statistique, privée de la variable supplémentaire qui lui permettrait de se prononcer sur le singulier, variable dont la mise en évidence réussirait à la rendre complète.

D’autres dimensions pouvaient cependant être mises en cause qui expliqueraient la dégradation de la compréhension et partant, de l’explication. Trois principalement pouvaient être évoquées : le carcan imposé par la logique, la présence d’artefacts mathématiques et la proximité atteinte de la part inconnaissable et donc indicible du réel.

1) Il se pouvait qu’à un certain degré de petitesse, la logique qui permet de rendre compte de notre réalité quotidienne cesse d’être d’application et doive être remplacée par une autre.

2) Il était possible aussi que les propriétés dérangeantes du monde physique apparaissant soudain en surface n’étaient en fait que des artefacts dus aux objets mathématiques utilisés dans la modélisation du monde physique.

3) Il était également possible que le monde réel étant ultimement inconnaissable, nous ayions finalement atteint le niveau d’exploration où la compréhension, et à sa suite, l’explication, sont condamnées à se dégrader.

Pire, il était possible que ces trois facteurs se trouvent désormais combinés.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Paul A. Samuelson (1915 – 2009)

Je ne suis pas économiste de formation et je n’ai lu aucun livre ni aucun article de Paul Samuelson. J’ai découvert l’objet de ses travaux dans les résumés qui en existent dans les livres qui ont accompagné ma formation sur le tas en finance.

Depuis hier, j’ai voulu en savoir plus à son sujet, j’ai lu non seulement les notices nécrologiques mais d’autres biographies ici et là. Son âge respectable au moment de sa mort me fait penser qu’il a dû connaître la satisfaction d’avoir communiqué tout ce qui au sein de son expérience lui semblait essentiel de faire savoir à d’autres. Dans ce que j’ai lu, il y a deux textes que je voudrais vous faire partager. Le premier, je l’ai trouvé ici-même sur ce blog, dans un commentaire de Claude Roche. Voici ce que cela dit :

C’est dans « L’économique » que les gens de ma génération – id est ceux qui sont aux commandes actuellement – ont été formés : et si un auteur porte la responsabilité de la crise, ce n’est pas Hayek, ce n’est pas Friedman, c’est Samuelson.

Pincez-vous d’abord. Et ouvrez la première page du livre, qui s’ouvre sur cette citation « nous avons goûté à l’arbre de la science et jamais plus nous ne connaîtrons de crises analogues à celle de 29 ».

[…] PA tu fais bien de mourir, car tu es peut-être trop honnête pour supporter un tel désaveu. Toi un prix Nobel. Mais honnête, l’étais-tu jusqu’au bout ? Très peu de gens se souviennent de la fameuse polémique qui t’a rendu célèbre : elle t’opposait aux vieux disciples de Keynes et portait le nom de la querelle de la mesure du capital – ou querelle des deux Cambridge. Tu soutenais toi, que l’on pouvait « scientifiquement » mesurer le capital, quand Robinson et Sraffa pointaient quand même quelques difficultés dans le modèle keynésien. La querelle dura dix ans. Jusqu’au jour où, de Jérusalem, tu reconnus t’être trompé : non, si l’on en reste à la formalisation économique dominante, on ne peut pas mesurer le capital as-tu concédé à l’époque !

Le lendemain tu devenais premier prix Nobel d’économie. Tout un symbole.

Le deuxième texte sur Samuelson que je voudrais vous faire partager, je l’ai trouvé dans le Wall Street Journal, dans un article intitulé Remembering Paul Samuelson où sont rassemblés les témoignages de diverses personnalités. Parmi celles-ci, Robert Shiller, professeur d’économie au MIT, co-auteur du fameux indice Case-Shiller qui mesure le prix de l’immobilier résidentiel américain, et auteur de l’heureuse expression « machine de Ponzi spontanées » pour désigner les bulles financières. Voici ce qu’il écrit.

Paul Samuelson m’a influencé durant l’entièreté de ma carrière d’économiste. Il est resté en contact avec moi jusqu’à très récemment.

Il m’a envoyé un mail et m’a demandé de le joindre par téléphone. Je l’ai appelé le 8 octobre 2009 pour découvrir que ce dont il voulait m’entretenir n’était pas le genre de choses qui motivent généralement les appels téléphoniques […] Il voulait que l’on rumine ensemble au sujet de la spéculation sur les marchés et sur la manière dont les marchés que j’ai contribué à créer (marchés à terme et titrisation dans le secteur de l’immobilier […]) ont pu alimenter la spéculation plutôt que la calmer comme je l’ai toujours personnellement pensé. J’eus avec lui une conversation très sérieuse à ce sujet ainsi que sur des sujets connexes de politique gouvernementale. Cette conversation ne m’a pas fait changer d’avis, du moins pas encore, mais elle m’a rappelé à quel point il est vraiment différent de la plupart des gens que je connais. Il semble être très sincèrement mû par une cause supérieure. Il me surprit en me disant : « Il faudrait que vous en parliez à votre prêtre ou à la personne qui vous conseille au plan spirituel ». Plaisantait-il ? Je ne le pense pas. L’humour à froid de Samuelson se manifestait aux endroits les plus inattendus mais il y avait dans sa personne un fonds d’authentique gravité.

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L’actualité de la crise : RFA, équilibre instable sur une ligne de crête, par François Leclerc

Billet invité.

RFA, EQUILIBRE INSTABLE SUR UNE LIGNE DE CRÊTE

Manfred Weber, président de la fédération allemande des banques privées (BdB), a affirmé il y a deux jours dans les colonnes du Berliner Zeitung que « pour l’instant, ce sont les Grecs seuls qui sont sur la sellette. Ils doivent expliquer de façon crédible comment ils vont faire pour juguler le déficit ». On ne pouvait exprimer plus délicatement le refus de toute aide financière européenne. Et, en ce qui nous concerne, apprécier le « pour l’instant », en nous demandant si les Allemands ne vont pas devoir, comme tout le monde, prochainement s’expliquer à leur tour. Les financiers ne s’embarrassent ni de précautions de langage ni de sentiments. Ceux de la City n’en ont pas davantage fait preuve en adoptant l’acronyme PIGS pour désigner les pays aux finances les plus mal en point de la zone euro (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne). Pour ne pratiquer aucun ostracisme, il doit être aussi accordé une mention à Georges Pauget, directeur général du Crédit Agricole. En référence à un autre sujet de l’actualité, l’annonce de la taxation des bonus pour 2009, il en a vivement contesté la « cohérence », car elle aboutit à prendre de l’argent aux banques, alors qu’il leur est demandé d’augmenter leurs fonds propres (c’est son argumentation). Pour enfoncer le clou (de travers), il a précisé que les banquiers Français ne devaient « rien » à l’Etat, puisque les aides de l’Etat avaient été remboursées avec intérêt.

Ce monde est ainsi fait, et sans doute nous ferions nous des illusions si nous pensions qu’il va changer de son plein gré ! Joseph Ackerman, le président de la Deutsche Bank, ne nous incitera en tout cas pas à l’espérer. Il a multiplié ces derniers temps les déclarations péremptoires, pour s’opposer à tout projet de taxation financière, ou à toute obligation d’un trop fort renforcement des fonds propres des banques. Réagissant cette fois-ci à l’annonce par Gordon Brown et Nicolas Sarkozy d’une taxation des bonus des banquiers (une mesure qui restera dans les annales comme un grand moment de la communication politique), il a déclaré que le refus du gouvernement allemand de suivre ses voisins donnait « un avantage compétitif à l’Allemagne », et que « renforcer le hub financier allemand était une décision très sage »….

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Note de lecture de « L’origine du capitalisme » de Ellen Meiksins Wood, par Alain Adriaens

Billet invité.

1. Avant-propos

La théorie dominante voudrait que l’apparition du capitalisme soit « naturelle » et que, lorsque le commerce et ses profits ont atteint un certain niveau, le capitalisme se soit naturellement développé vu la nature très égoïste de l’homo oeconomicus. Une analyse historique alternative montre, elle, que cette vision des choses serait mythique et que le capitalisme est né en un lieu précis et à une époque déterminée. Le livre d’Ellen Meiksins Wood (« L’origine du capitalisme, une étude approfondie », Ellen Meiksins Wood, Lux Editeur, collection Humanités, 2009 traduit de l’anglais par François Tétraux – The Origin of Capitalism. A longer view, 2002) est une recension des controverses sur ce sujet et sur l’émergence progressive d’une lecture qui voit dans le capitalisme, non pas un régime qui n’attendait que des conditions favorables pour émerger, mais une construction sociale issue d’une configuration politique originale.

2. Le retour des sciences sociales en économie

L’économie classique est le terrain de jeux de mathématiciens pointus qui inventent des théories totalement désincarnées, en rupture complète avec le réel. Aujourd’hui, la crise financière a montré l’absurdité de ces montages abstraits, au mieux inutiles et souvent nuisibles. L’économie redevient donc un peu ce qu’elle aurait toujours dû rester, une science humaine, une espèce de philosophie politique déterminant les meilleures modalités du vivre ensemble sur le plan des échanges matériels et ce à partir des enseignements de la sociologie, de l’anthropologie, de la philosophie… Ellen Meiksins Wood, états-unienne d’origine Lituanienne, enseigna les sciences politiques à l’université York de Toronto de 1967 à 1996, et est une grande spécialiste de l’étude des origines historiques du capitalisme. Avec « L’origine du capitalisme », elle offre une analyse de la naissance du capitalisme qui allie approches historique, sociologique, politique, économique… Ce regard n’est pas sans points communs avec celui d’une autre économiste, Elinor Ostrom, qui vient de recevoir le prix de la banque de Suède (« Nobel d’économie ») pour ses travaux sur la mutation des commons (les communs) : dès le XIIIème siècle anglais, la captation (enclosure) des terres ouvertes à tous par le roi Jean et ses barons a plongé dans la misère les membres de la communauté des paysans qui vivaient en bonne partie des pâturages libres, du ramassage du bois, des champignons, du miel sauvage… (Robin des Bois serait le légendaire symbole de la résistance à cette dépossession). On le verra, cette « privatisation » progressive des terres a eu une influence notable sur la genèse du capitalisme. De plus, en ce début de XXIème siècle, les commons reviennent au devant de l’actualité, ne fut-ce que parce que Internet est un nouvel espace commun qu’il convient de protéger de l’accaparement par les nouveaux barons du capital et que ce média est le support de nouvelles formes de mise en commun du savoir (les wiki, les licences creative commons…).

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BFM Radio, le lundi 14 décembre à 10h46

Les porteurs de mauvaises nouvelles

S’il y a bien une profession qui se trouvera bientôt entre le marteau et l’enclume, c’est celle d’analyste dans une des grandes agences de notation, Standard & Poor’s, Moody’s ou Fitch. Je pense plus particulièrement à ceux d’entre eux qui ont à évaluer la dette souveraine des grandes nations. Passe encore pour ceux qui s’occupent de celles que les anglo-saxons appellent méchamment les « PIGS » : Portugal, Irlande, Grèce et Espagne. Je pense plutôt à ceux qui s’occupent des deux nations – et non des moindres – qui se trouvent immédiatement derrière elles dans le collimateur des marchés : la Grande-Bretagne et les États-Unis.

Qu’on fasse en effet, un petit pas en arrière. Ou plutôt deux. Remontons d’abord à décembre 2001 et à la chute fulgurante de la compagnie américaine Enron. Les notateurs furent déjà sur la sellette à l’époque : comment était-il possible – leur fut-il demandé –qu’une société classée au septième rang des compagnies américaines dégringole en quarante-six jours seulement de la cote « AAA » à la faillite ? La réponse s’appelle « falaise de crédit » ou « falaise de notation » – une expression créée par Solomon B. Samson, analyste chez Standard & Poor’s (*). Que signifie « falaise de crédit » ? Qu’une compagnie pouvait avoir involontairement programmé sa propre chute. Et ceci en prenant des engagements de matamore du genre : « Si ma notation devait tomber sous « A » – ce qui n’arrivera bien sûr jamais – je promets de compenser ceux qui auraient à en pâtir… » ou bien : « si la cote de mon action devait tomber sous 25 $ (ce qui n’arrivera jamais non plus) alors… » On comprend bien qu’avec de telles bombes à retardement inscrites dans leur logique commerciale, tomber d’une marche pour de telles compagnies, signifie automatiquement tomber d’une deuxième, puis d’une troisième… Et ainsi de suite.

En février 2007, la rapide dépréciation des titres adossés à des prêts hypothécaires américains ne fit que répéter le même scénario : les falaises étaient inscrites dans la structure-même de ces produits – mais pourquoi pas ? puisqu’en principe rien ne pouvait en faire tomber !

Les agences de notation sont désormais prévenues : elles ont compris que tout va très très vite de nos jours et elles n’ont pas l’intention de se retrouver une nouvelle fois prises au dépourvu. C’est pourquoi elles réagissent désormais au quart de tour. Seulement, la dette souveraine de la Grande-Bretagne ou des États-Unis, ce n’est pas une mince affaire, car ce États disposent de moyens pour faire pression sur elles – de manière subtile… ou autrement ! Mais pour les agences, il en va de leur réputation : si elles se trompent, là, cette fois c’est « rideau pour elle » : elles signeraient leur condamnation à mort. D’ailleurs si elles ne montaient pas au front, leurs jeunes rivales (les Egan-Jones, A. M. Best, Dominion Bond – sans compter les chinoises) qui piaffent d’impatience à s’établir, le feraient à leur place.

L’espérance de vie des porteurs de mauvaises nouvelles est toujours très réduite. Ceci dit, si les États-Unis devaient faire défaut sur leur dette souveraine, aurait-on encore besoin d’agences de notation ?
–––––––––––
(1) J’ai expliqué tout cela de manière très détaillée dans Investing in a Post-Enron World (McGraw-Hill 2003).

Les porteurs de mauvaises nouvelles

Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouy (1872)

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Les mesures que je préconise

juan nessy :

La batterie de vos solutions se résume à l’interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

J’insiste en effet sur cette mesure parce qu’elle est neuve et qu’elle m’est originale. Il me semble un peu expéditif cependant de suggérer qu’elle se confond avec « la batterie de mes solutions ». Relisez en particulier,

1) ma communication au colloque Fermons le casino : comment construire une économie réelle plus juste et plus forte ?, organisé le 3 mars par le groupe socialiste du Parlement Européen, ainsi que

2) mon témoignage dans le cadre de la Commission Spéciale sur la Crise Financière, Économique et Sociale (CRIS), le 10 novembre au Parlement Européen.

Voyez en particulier mes recommandations du 3 mars :

Recommandations

Mettons fin à l’alliance sacrée entre investisseurs et dirigeants d’entreprises : elle détruit en ce moment-même le tissu social. Interdisons les stock options.

Débarrassons les banques centrales de l’idéologie monétariste (*) : les sociétés humaines ne sont pas faites de masses monétaires mais d’êtres humains. Les banques centrales ont mieux à faire que de prendre systématiquement parti pour les investisseurs et les dirigeants d’entreprises contre les salariés.

Appliquons sans tarder une politique fiscale appropriée pour augmenter les chances que le capital se trouve là où il est effectivement utile.

Fermons le casino : interdisons la cotation continue sur les marchés au comptant et à terme. Interdisons aux spéculateurs l’accès aux marchés des matières premières : interdisons les aux « non-négociants ». Permettons à ceux-ci de focaliser à nouveau leur attention sur ce que la société attend d’eux : enseigner, guérir et favoriser l’accès du public aux œuvres d’art en vue de diffuser la culture.

Encourageons les opérations d’assurance et interdisons les paris sur la fluctuation des prix.

––––––––––
(*) J’ai conçu mon livre L’argent, mode d’emploi (Fayard 2009) comme une arme de guerre dans cette perspective.

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L’actualité de la crise: crise économique et vide politique aux Etats-Unis, par François Leclerc

Billet invité.

CRISE ECONOMIQUE ET VIDE POLITIQUE AUX ETATS-UNIS

« La fête est finie  ! » s’est exclamée Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, afin de fêter l’adoption de la loi intitulée « Réforme de Wall Street et loi de protection des consommateurs », qui est intervenue hier. Au risque de la contredire, on peut penser que celle-ci va au contraire plus que jamais continuer. Car les lobbies sont parvenus à creuser un véritable gouffre dans ses dispositions, déjà très accommodantes, grâce au vote d’un amendement qui fait pratiquement échapper à tout contrôle l’essentiel des activités sur les produits dérivés. Après que, petit à petit, de nombreux trous aient été creusés au fil des semaines dans leur projet de dispositif de régulation. Ces produits mêmes qui ont été le vecteur de la crise actuelle (dont le marché est quasi exclusivement contrôlé par Goldman Sachs, Morgan Stanley, Chase, Citi et Bank of America), et qui le seront encore à la prochaine occasion. En proportion, le reste des dispositions apparaît donc bien secondaire.

Que ce soit la création, combattue avec la dernière énergie par les banques, d’une agence de protection des consommateurs, ou bien le dispositif de contrôle systémique des activités financières, qui prétend anticiper celui-ci et, au cas où il n’y parviendrait pas, faire payer le coût d’une nouvelle crise par un fonds abondé par les établissements financiers, pourvu de la somme de… 150 petits milliards de dollars. Ou bien le droit de regard donné au Congrès sur les opérations monétaires et de prêts aux établissements financiers de la Fed, à condition qu’aucune mesure ne soit rendu publique dans les six mois qui suivent son adoption. Ou encore des restrictions mises à tout prêt à des entreprises autres que des banques, dans le cadre de la mission de « prêteur en dernier ressort » de la banque centrale.

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L’actualité de la crise: la crise en son état chronique, par François Leclerc

Billet invité.

LA CRISE EN SON ETAT CHRONIQUE

Mario Draghi, président du Financial Stability Board (FSB) était-il en confiance dans l’enceinte du Wall Street Journal Future of Finance Initiative, une conférence organisée le 8 décembre dernier par le journal et à laquelle il était invité  ? Toujours est-il qu’il a été d’une clarté que l’on aimerait rencontrer plus souvent dans les milieux financiers. « Le plus grand risque (devant lequel nous sommes) est que, pour différentes raisons, il soit nécessaire d’augmenter les taux d’intérêt (des banques centrales), alors que les bilans des banques n’ont pas été nettoyés ». Il a poursuivi : « Ils peuvent augmenter pour des raisons de politique monétaire, et si vous y réfléchissez, cela risque fort de se passer ainsi, car les banques vont mettre longtemps à redresser leurs comptes ». Apportant cette précision lucide qui donne la mesure de ce qui nous attend au mieux : « Cela va prendre quelques années ».

En d’autres termes, ces « quelques années » là sont le temps qui serait nécessaire pour que les banques, bénéficiant des liquidités à bas prix des banques centrales, reconstituent leurs bilans sur les marchés financiers. Mario Draghi ne précisant pas ce qui se passera si leurs louables efforts sont interrompus, les banques centrales ferment prématurément les robinets en raison du risque d’inflation, ou plus probablement de la formation de nouvelles bulles financières devenant trop imposantes. En combien d’années ces « quelques années » se transformeront-elles alors  ?

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