Le citoyennisme et ses limites, par Vincent Burnand-Galpin

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Le citoyennisme est très souvent une réaction spontanée à la désillusion devant la gestion effective de l’État. Autrement dit, si l’État ne peut rien, le citoyennisme affirme que c’est aux citoyens de s’organiser entre eux pour être directement acteurs du changement attendu. L’idée fondamentale du citoyennisme est d’atteindre la masse critique nécessaire pour engager un basculement des comportements de l’ensemble des individus d’une société.

Cette philosophie était assez présente jusqu’à peu au sein du militantisme écologique : c’était la position notamment du directeur général de Greenpeace France, Jean-François Julliard. Dans son livre, Les Veilleurs du ciel, publié en 2015, il dessine sa philosophie d’action. Selon lui, il ne faut plus rien attendre des États sur les questions de l’environnement. Ayant observé de très près plusieurs COP, il note leur inefficacité la plus totale depuis trente ans.

En revanche, c’est aux acteurs locaux de s’en prendre au fléau écologique : le niveau local peut et doit prendre le relais, qu’il s’agisse des citoyens s’organisant en associations locales, les entreprises qui commencent à changer leurs pratiques ou des municipalités s’engageant dans des transformations ambitieuses des territoires. Il croyait que l’humanité ferait face aux enjeux écologiques dans cette dynamique de mise en réseau des initiatives locales :

Il n’est plus temps d’attendre un traité ou une convention internationale qui mettront des années avant d’être appliqués dans le monde réel. La seule voie pour agir vite et bien vient du terrain, des gens qui font, sans attendre l’autorisation d’en haut. Un gardien de phare seul ne peut rien, c’est vrai. Mais, lorsqu’il crie à l’aide et qu’il rassemble autour de lui des habitants du coin, il a déjà formé une communauté. Et lorsque cette communauté passe à l’action et qu’elle obtient des résultats tangibles, elle suscite des vocations et donne naissance à d’autres communautés. Et quand plusieurs communautés se regroupent pour convaincre des élus locaux, des entreprises, des collectivités, de transformer un territoire, un mouvement est né.

Jean-François Julliard, Les veilleurs du ciel, 2015 : 171.

Cette dynamique est très séduisante, on aimerait qu’elle soit suffisante. L’aventure est si belle ! Ce sont des efforts non-négligeables qui ont un véritable sens dans la transition écologique. Mais au vu de l’effort à réaliser pour sauver l’espèce humaine et son environnement, elles ne peuvent tenir uniquement l’équivalent du rôle de la Résistance dans la Libération durant la Seconde Guerre mondiale. Il est certain que les actions de terrain des réseaux de résistance ont été une source de nuisances non-négligeables pour l’occupant. Il est aussi bien connu que la Résistance a permis de faciliter le débarquement du 6 juin 1944 de par les renseignements qu’elle a fournie à Londres et les actions de sabotage, notamment des voies ferrés et infrastructures de télécommunication, pour ralentir la réponse nazie au débarquement. Mais la victoire a été permise avant tout par l’effort de guerre des alliés, et notamment de la Grande-Bretagne, de l’URSS et des États-Unis.

Les limites du citoyennisme sont ainsi d’une double nature. Premièrement, un simple constat : « On ne change pas les gens ! ». Une part très minoritaire de la population est prête à s’engager véritablement dans des combats comme ceux-ci. Selon l’historien français, Jean-Pierre Azéma, la France aurait compté aux alentours de 230.000 résistants au total sur le territoire français avant le 6 juin 1944 (soit 2% de la population française de l’époque) et un million de sympathisants, lecteurs des journaux de la Résistance. Il n’étaient pas plus de 30.000 avant la fin de 1942. La grande majorité de la population était attentiste. Et embrasser la cause écologique est loin d’être aussi risqué (du moins jusqu’ici) qu’être résistant sous Vichy. Pourtant aujourd’hui, moins de 5% de la population française de plus de 18 ans serait prête à distribuer des tracts ou faire un don à un parti politique.

Si ce n’est le risque, qu’est-ce qui explique la faible volonté de militantisme ? Le militantisme est un art qui s’apprend, c’est même un mode de vie qui ne s’acquiert qu’au contact régulier de ses troupes, il ne s’improvise pas car il fait peur. Qu’il y ait une menace sur sa propre vie ou non, la peur de sortir du rang joue banalement. Seule une part très minoritaire de la population a le potentiel de se manifester un jour militante : les seuils critiques d’action collective ne sont jamais atteints. À moins qu’il ne soit possible de les atteindre sur le long terme, sur le très long terme. Ce qui nous conduit à la seconde limite du citoyennisme.

Le mode d’action du citoyennisme fonctionne uniquement sur le temps long. Il est possible de changer les comportements de toute une société sur la durée d’une génération par exemple. Convaincre qu’être végétarien est une vertu écologique prend nécessairement quelques dizaines d’années. Si nous avions encore 50 ans pour assurer la transition écologique, le citoyennisme serait certainement capable de faire ses preuves par lui-même, tout comme la résistance serait probablement venue à bout du nazisme en quelques décennies. Mais le temps presse, nous n’avons pas 50 ans devant nous mais seulement une dizaine, il faut agir tout de suite et massivement.

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41 réflexions sur « Le citoyennisme et ses limites, par Vincent Burnand-Galpin »

  1. Je suis entièrement en accord avec cette analyse. Cet été je me suis souvent promenée dans la grande rue de la Croix Rousse à Lyon. Je me suis étonnée de voir autant de jeunes femmes enceintes ou transportant leur bébé sur leur ventre ou dans un landau.
    Ce quartier qui était autrefois habité par des ouvriers (certains sont morts dans la Résistance comme Marcel Bertone dont une place porte son nom) est devenu un quartier habité par des cadres. Ils ne voient que leur bonheur personnel….

    1. Résistons à la gentrification en étant tout simplement de bon lyonnais bien vivant ! Ils fuieront, ceux qui préfèrent la mort, en enfantant à leurs dépends. l’éspoir fait vivre?

  2. Exemple: utiliser une seule voiture pour aller à plusieurs au boulot, ou y aller en vélo, ou à pied, etc.

    Beaucoup de gens pensent qu’il est devenu inimaginable et qu’il est de toute façon impossible de se passer d’une voiture. Ceux qui s’en passent constatent que pour ce qui les concerne c’est possible et permettent en même temps à d’autres de constater qu’on y survit plutôt bien.

    Comme il me semble impossible que les changements nécessaires aient lieu avant la catastrophe si 95% des gens les trouvent inacceptables, il est extrêmement utile que les 5% qui acceptent de changer leurs habitudes le fassent. Ça n’est bien sur utile que s’ils affirment en même temps que leurs efforts ne représentent qu’une goute d’eau vis à vis de ce qui est nécessaire (à l’inverse de la fable de la goute d’eau du colibri qui suggère que seule compte l’intention…)

    1. Quand vous avez envie de faire pipi, il est déjà beaucoup trop tard pour n’avoir plus envie aussi.
      Minceu
      A par ça
      Comme de nombreuses personnes pleine de bon sens le répètent à tue-tête , il est trop tard pour éviter les catastrophes mais pas trop tard pour amortir les espèces d’effondrements. Tsointsoin
      Être humain et être perroquet c’est pareil, en fête.

  3. Il y a aussi la forme du « savoir commun » des résistants.
    Celui-ci pouvait aller de soi en 1944 (un peu moins en 1942…), chacun savait ce que représentait le but (chasser l’envahisseur barbare) et les moyens (saboter etc.).
    Aujourd’hui, on peut décliner finement le « ce qu’il faut faire » et le but « éviter la catastrophe climatique » n’est pas aussi tranché qu’il y parait (« adaptation » ou « limitation »).
    Par exemple, j’ai intérêt à faire marcher mon four électrique en France l’hiver parce que ma chaudière au gaz consommera moins (étant supposément régulée sur la température intérieure), car ça fait moins de CO2.
    Ce sont des arguments classiques, je n’insiste pas sur leur détail, mais sur le fait qu’à un moment, il y a « prise » d’un savoir commun qui emporte les hésitations. Construire ce savoir commun (et ce qu’il a de cyclique parmi les parties prenantes, avec ses flux ascendants et descendants, un peu comme la /les sève/s) me parait devoir être en haut de l’agenda, c’est au moins un moyen d’accélérer le passage du citoyennisme au militantisme, dans la mesure où le savoir partagé fait agir, bien moins qu’un militant, mais au moins contourne l’immobilité.

  4. Partant du principe que 10% des personnes les plus aisées, émettent à elles seules, plus de 50% de gaz à effet de serre et autres polluantes particules fines (sans compter leurs poids, et « maîtrise » des effets cliquets par rapport aux « externalités négatives » dans les guerres monétaires, commerciales, de « civilisation »…) alors que 50% des personnes des plus modestes, n’émettent que seulement 10% de pollution, gaz à effet de serre… la question n’est plus de savoir quels « seuils critiques d’action collective» peuvent être atteints pour inverser la tendance… quand celles et ceux qui ont la maîtrise, n’ont qu’à se contenter de faire en sorte que plus de 50% des plus modestes aient envie de se battre – entre eux-elles voir contre les « réfugié.e.s »… – pour consumer plus et être encore plus frustrés… ou qu’ils paraissent être plus nombreux à polluer en étant soit disant « jaloux » des plus riches… lorsqu’il leur suffit aux 10% « en même temps » d’augmenter à peine, s’il en ont la « nécessité », leur nombre… pour aggraver le dérèglement climatique, la perte de biodiversité, et rendre irréversibles, le raccourcissement de la date limite ou l’extinction de l’espèce deviendra effective…

    1. Dit autrement qu’en citant et interprétant les chiffres d’OXFAM : à vouloir minimiser, dédramatiser, « dédiaboliser »… le poids étouffant, suffoquant asphyxiant, dans le rapport de force… favorable exclusivement qu’aux plus riches, et les « décideur.e.s » qu’ils laissent s’exprimer dans les « communications » propagandistes, de « démocraties censitaires » et supports que deviennent des organes de presse de moins en moins indépendants (pour parler de la presse mainstream et ses « chien.e.s de garde », « donneur.e.s de leçons de morales, politiques, « Histoire »… » et autres « influenceur.e.s », derrière la « singularité » qui guette la frontière entre la fiction et ses fausses nouvelles, théories complotistes, et la réalité des faits de plus en plus « augmentés », « artificialisés »…), aucun « seuils critiques d’action collective » ou même d’action individualiste, pourra être atteint, sans qu’il y soit opposé les accusations « d’angélisme », de « naïveté » comparant quelques actions quelles soient… à celles du « colibri »…. dont il ne faudrait pas faire oublier que la morale de la fable, est qu’il meurt à la fin, sans avoir circoncis l’incendie… « en même temps » que celles et ceux qu’il a convaincu de faire comme lui….

  5. @ Vincent, je partage votre analyse sur le citoyennisme.

    Par contre, selon moi, il y a un risque de réduire la Résistance à un sorte de militantisme ou alors j’extrapole un peu trop vos assertions… Certes il eut aussi distributions de tracts et autres actions type militant (extrêmement risquées sous l’Occupation nazi) mais les résistants n’étaient pas de simples « militants » ! Ceux qui méritent ce nom ont véritablement combattu, dans le maquis ou dans l’ombre des villes, avec des armes.
    Oui, la France fut attentiste mais c’est justement un des crimes de Pétain : après la sidération d’une défaite aussi totale et rapide, comment les Français n’auraient pas été complétement sonnés ? Pétain les a trompés et il a grandement contribué au défaitisme initial.

    Pour en revenir au militantisme politique, il est mort et enterré. L’expérience de Place publique aura au moins permis cette triste confirmation. Claire Nouvian en a tiré les conclusions ; je la cite :
    « On a été trustés par des petits arrivistes médiocres, terribles et infréquentables, des gens qui ont infiltré le système. Ils ont beau être jeunes, ce sont déjà des professionnels de la politique, et on n’a pas envie de cheminer à côté de ces gens-là », a-t-elle dit, manifestement dépitée. »
    Paul Jorion nous avait fait vivre en direct cette forfaiture ─ commise avec l’aval de Glucksmann.

    Alors que faire ? Ni militantisme, ni citoyennisme : vous suggérez la solution : « il faut agir tout de suite et massivement »
    Et que voit-on partout dans le monde ? Justement ces mouvements massifs, non encadrés, spontanés, déterminées et unis sur des affects simples mais profonds. Aujourd’hui contre la corruption ou les inégalités insupportables, très bientôt pour la survie de l’espèce, car tout est lié et ça commence à se voir.

    1. Vous écrivez « car tout est lié et ça commence à se voir ». Et c’est ça qui peut apporter un peu d’optimisme : ça commence à se voir, et c’est quand ça commence à se voir que ça commence à bouger.

    2. « il faut agir tout de suite et massivement »
      Comment? Avec l’age moyen, plus de 40 ans.

      L’ âge, un rappel:
      En 44 avant JC, Brutus et Cassius organisent un complot pour tuer César et rétablir la République. Ils passent en revue les bonnes volontés, sûres et fermes, à enrôler. Elles ne sont pas si nombreuses. Le nom de Caton, républicain affirmé, est prononcé:  » Ah non, surtout pas lui, il a 63 ans ! ».

      « il faut agir tout de suite et massivement »: Confusion entre le but et les moyens. Ou dit autrement: la noblesse du but n’implique pas la disponibilité des moyens.

  6. « Convaincre qu’être végétarien est une vertu écologique prend nécessairement quelques dizaines d’années. »

    Il est d’autant plus difficile de convaincre les gens que l’affirmation énoncée est douteuse, pour ne pas dire simplement fausse. Au risque de me répéter, le choix végétarien est du point de vue écologique le plus stupide de tous puisqu’il ne remet en cause ni l’élevage ni le mode de production industriel. La consommation d’œufs et de lait étant maintenue dans ce régime, les élevages de poules pondeuses et de vaches laitières le sont également, ce dernier étant d’ailleurs actuellement la principale source de viande bovine sur le marché français. On comprend ainsi que la revendication végétarienne tient au mieux d’une méconnaissance profonde du secteur agro-industriel, au pire d’une hypocrisie caractérisée. Par ailleurs, les laitières sont peut-être les bovins nécessitant le plus d’apports protéiques pour maximiser leur production de lait, à tous le moins la complémentation abondante de leur régime est une certitude (naturellement, une vache produit en moyenne 4L/jour. Dans l’agro-industrie, son pic de production se situe aux alentours de 60L/jour, le régime enrichi en protéines – soja par exemple – étant alors le seul moyen que son lait ne soit pas de la flotte).

    La non remise en cause du mode industriel des productions est à mon sens bien plus grave que la question du régime alimentaire puisque les cultures végétales industrielles sont responsables de l’appauvrissement des sols, de leur érosion et que même une suppression de l’élevage (qui n’est pas à l’ordre du jour végétarien, j’insiste) ne supprimerait absolument pas l’usage d’engrais, les engrais d’origine animale y seraient simplement remplacés par des engrais 100% chimiques (je ne suis pas certain que ce dernier point soit envisagé dans les études comparatives sur le sujet).

    Le mythe issu de la fin de la 2ème guerre mondiale d’une agriculture industrielle devant « nourrir la planète entière » devrait aujourd’hui avoir fait long feu, notamment en regard des dernières données avancées par le GIEC annonçant dans un silence assourdissant que presque 1/3 des denrées alimentaires produites sont gaspillées, tandis que des millions de personnes demeurent encore dans la malnutrition ou la famine. Il ne s’agit pas ici d’une question de régime alimentaire vertueux ou pas mais d’un mode de production entièrement dédié au marché et à lui seul. On peut ainsi à la fois produire trop et connaître des famines dès lors qu’il existe des gens incapables de payer pour les denrées produites. La distribution gratuite de nourriture est très mal vue du marché puisqu’on peut s’attendre à ce qu’elle entraine un écroulement (déflationniste) des cours. On sait néanmoins que les coopératives et autres entreprises agricoles s’appliquent à maintenir autant que possible le marché en tension, quitte à détruire prématurément des productions dont les débouchés ne seraient pas assurés. Aucune de ces problématiques n’est abordée ni par les militants du régime végétarien, ni d’ailleurs par ceux du régime végétalien/vegan.

    Si je reconnais au moins à la cause vegan de reposer sur des questions du bien-être animal qui sont certes importantes et légitimes, mais avec un rapport incertain avec l’écologie, je ne peux même pas concéder cela à la cause végétarienne. Elle procède à mon sens d’un acte de contrition absolument vain (pléonasme), essentiellement fruit de citadins n’ayant plus la moindre idée de ce qui arrive dans leur assiette et comment. Dans une perspective écologique, la question qui devrait se poser à mon sens n’est ainsi pas celle du régime alimentaire à promouvoir, mais celle du mode de production choisi ainsi que l’environnement économique dans lequel on le place, cette double problématique ouvrant alors sur des questions beaucoup plus larges de modèle social ou encore d’aménagements du territoire.

    Dernière remarque: Prendre la problématique agroalimentaire sous le prisme du régime alimentaire revient à poser la question de comportements individuels (la fable du colibri, etc). L’envisager du point de vue des modes de production constitue une approche systémique, infiniment plus pertinente à mon sens.

    1. @ Dissonance, merci pour votre analyse, pertinente. Excellente synthèse !
      Une « civilisation » qui permet à ses enfants de s’abrutir dès 2 ans sur des écrans, qui vit dans des villes où pratiquement les étoiles ne se peuvent se voir, etc. etc., a forcément (je vous cite) des  » citadins n’ayant plus la moindre idée de ce qui arrive dans leur assiette et comment »
      Eh oui, je le répète : tout se tient et c’est aussi pourquoi les fermes-usines des élevages industriels sont les endroits parmi les plus secrets. Vive L214 ! Je ne serai jamais végan (j’aime trop les animaux 😉 ) mais j’apprécie leur combat pour éveiller nos con-citoyens.

      1. @Jacques Seignan

        Pour une fois qu’on semble être à peu près d’accord, je vais encore pinailler, pardon d’avance: Je suis infiniment moins enthousiaste que vous concernant L214. Je n’aime pas ses méthodes sensationnalistes et me demande parfois si les propos qu’elle tient témoignent de sa méconnaissance des sujets qu’elle traite ou de sa malhonnêteté.

        Je pense notamment à sa manière d’évoquer le sujet des élevages de poules pondeuses, dont l’apparente dégradation du plumage n’est pas particulièrement le fait de mauvais traitements ou de conditions sanitaires douteuses, mais principalement du cycle de mue tout à fait naturel que connaissent ces animaux après environ 1 année de production (période pendant laquelle elles arrêtent de pondre, ce qui justifie dans la logique productiviste leur abattage – c’est à cette occasion que l’association peut pénétrer dans l’élevage en se faisant passer pour un ouvrier membre de l’équipe chargée de transférer les animaux dans les conteneurs des camions à destination de l’abattoir). On observe un déplumage similaire chez des animaux élevés en plein air ou en semi-liberté sur une durée de plusieurs semaines à plusieurs mois.

        Le stratagème utilisé est d’autant plus navrant qu’il y aurait bien d’autres choses à redire de plus pertinentes (mais de moins spectaculaires) sur ces élevages, que ce soit en termes de bien-être animal, de conditions sanitaires (mais réelles, pas fantasmées) ou au delà, en termes de statuts, conditions de travail et rémunérations pour les ouvriers de ce secteur. En l’occurrence, l’état sanitaire des humains qui travaillent dans ces élevages (de nuit aussi souvent que possible, sur des horaires fragmentés, dans les poussières et les vapeurs d’ammoniac, au contact de germes éventuellement pathogènes comme les salmonelles) m’inquiète au moins autant que celui des poules, mais peut-être est-ce le fait d’un défaut de sensibilité de ma part, ou peut-être au contraire d’une connaissance un peu trop sensible du sujet. Quoi qu’il en soit le sort de ces gens n’est à peu près jamais traité par l’association (et pas d’avantage par les médias bien entendu), sinon pour les stigmatiser, ces infâmes bourreaux. Comble.

        En résumé, Je crains fort que cette association (ainsi que d’autres du même type) ne soit qu’un assemblage de militants anti-spécistes extrémistes (pléonasme), dont l’idéologie manque cruellement de consistance mais qui a notamment le fâcheux défaut d’exprimer de la compassion pour toutes les espèces animales sauf l’espèce humaine.

      2. @ Dissonance, oui en effet vous  » pinaillez » ─ un peu en vain et frisant la mauvaise foi
        Vous parlez de « déplumage » naturel OK. Mais les vidéos sont claires : les poules sont horriblement maltraitées avec des cadavres etc.
        L214 a un angle d’attaque et ne cache pas son militantisme végan. Cela dit un jour JL Godard a expliqué qu’il fallait avoir et voir des images « volées » du Goulag (un camion par ex avec des ZEK) pour qu’enfin les dénonciations faites depuis longtemps impriment dans la conscience de tous.
        C’est exactement ce que font avec un grand courage les militants de L214 et moi le premier je n’avais pas réalisé à quel point de folie et d’ignominie l’élevage industriel était parvenu pour tous les animaux.
        Quant aux travailleurs hyperexploités de ces usines la dénonciation est parfois venue d’eux et ça oblige à des améliorations.
        Pour moi et je reprendrai ce que dit Timiota il faut réduire nettement nos consommations ce qui n’empêche pas de lutter plus globalement contre ce système productiviste.

      3. @Jacques Seignan

        Les vidéos ne sont pas claires, elles sont spectaculaires, c’est très différent. Il faut avoir été vraiment dans un élevage de ce type pour se rendre compte de la réalité du problème. Dans des milliers de cages de moins d’un mètre carré empilées sur 2 à 3 mètres de hauteur, remplies de 6 à 8 poules (je ne me souviens plus de la législation actuelle sur le sujet) chacune, dans un bâtiment très peu éclairé (parce que la présence humaine dans un bâtiment bien éclairé stresse fortement les animaux), il n’est évident pour personne (même pas un éleveur consciencieux) de déceler un animal mort, probablement camouflé par les autres bien vivants, SAUF pour qui cherche ce genre d’images, et qui ne peut les obtenir que dans un contexte très particulier. Dommage pour L214, les vidéos ne diffusent pas d’odeurs sans quoi l’impact en serait encore décuplé pour encore plus de sensationnalisme…

      4. @ Dissonnance,
        Vous dites que dans une cage de 1m2 le gentil éleveur peut pas trouver la poule crevée, cachée par les autres…. tout est là. C’est lamentable.

        Votre réponse est débile pour ne pas dire plus.

        Ça me confirme qu’il est impossible de discuter avec vous même sur une base d’accord initial.
        Je vous laisse le dernier mot : ça vous fait plaisir !

      5. @Jacques Seignan

        Vous avez bien sur tout à fait le droit de trouver ma réponse « débile », sur la base de votre méconnaissance manifeste du sujet tandis que j’ai travaillé plusieurs années dans ce secteur. J’en ai autant à votre service.

      6. @Jacques Seignan

        Je vais tout de même détailler mon propos parce que je ne me satisfais pas qu’on se contente de s’envoyer des noms d’oiseaux à la figure. Procédons donc avec méthode.

        Prenons un élevage fictif mais plausible comptant 60000 poules (il existe de bien plus grands élevages encore, jusqu’à plusieurs centaines de milliers), et posons que les cages sont de telles dimensions que chacune peut accueillir 12 poules. Cela signifie que votre exploitation compte 5000 cages.

        Estimons ensuite qu’en tant qu’éleveur très méticuleux, vous vous fassiez une mission d’inspecter chaque cage pour traquer le moindre animal mort de manière exhaustive. Mettons que pour se faire, vous passiez 10 secondes d’inspection par cage (ce qui n’est finalement pas tant que ça). Un rapide calcul nous apprend que votre inspection méticuleuse vous prendra pratiquement 14 heures.

        Espérons que vous n’aviez que ça à faire de la journée… Fin de la démonstration.

      7. @ Dissonance, génial vous enlevez votre masque !
        60000 poules dans 5000 CAGES… normal pour vous.
        On aimerait savoir ce que vous pensez des élevages de cochons, lapins, veaux…

        Au moins c’est clair, votre réponse n’était pas débile elle était simplement due à votre soutien de l’élevage industriel, qui est infâme , répugnant et nocif.

    2. @Dissonance
      Est-il évident d’expliquer à M. tout le monde qu’il faut préférer Sinorhizobium meliloti (bactérie symbiotique qui a fait fixer de l’azote au pois chiche) à Haber-Bosch , le procédé à chaud qui fixe (moyennant carbone) l’azote de l’air dans l’ammoniac, cela pour les futurs engrais (nitrate d’ammonium) ?
      Je pense malgré tout que la diminution de la viande bovine (et à un moindre degré la volaille) reste un bon angle d’attaque pour que les gens pensent un peu systémiquement quand même. Faire -25% de boeuf (et -30% de soja associé) serait déjà un bon premier pas si on peut le faire en 5 ans.
      Ceci dit, je pense à ce que j’ai raconté dans un autre fil sur le tour du monde des protéines qui finissent en « second lait » en Afrique subsaharienne, et en ruine des éleveurs et fermiers locaux qui ne peuvent vendre leur « vrai lait » face à cette concurrence à bas prix (second lait fait avec les restes de protéines « en trop » de notre production de beurre + huile de palme pour remettre du lipide, le moins cher).
      Dérives qui ne seraient évitées que modulo une hypothétique conscience collective de ces circuits.

      1. @timiota

        Non, il n’est pas évident d’expliquer à M. tout le monde la fixation de l’azote dans le sol par la plupart (toutes?) des légumineuses, mais ça n’a aucune importance puisque M. tout le monde ne produit pas de légumineuses, et ne s’y intéresse probablement pas. Votre question procède ici typiquement de la démarche citoyenniste dont l’article de Vincent Burnand-Galpin fait la critique.

        Quant à la « diminution de la viande bovine », j’ai tenté de vous expliquer qu’il ne suffisait pas de diminuer sa consommation de viande pour en réduire la production – apparemment en vain – et je précise, vérification faite, que ce sont bien les laitières qui consomment le plus de tourteaux de soja, à hauteur de 40% de leur alimentation, contre 20% pour les bêtes à viande (uniquement l’hiver quand elles ne sont plus en pâture). En bref, si vous voulez diminuer la production de viande bovine, c’est la consommation de produits laitiers qu’il vous faut diminuer. Culturellement difficile à plaider au pays des 300 fromages…

  7. Cela me fait penser aux énarques qui préfèrent pomper 150€ à tout le monde sans se préoccuper des conséquences plutôt que d’imposer les grandes fortunes pour des sommes équivalentes mais quasiment indolore.
    Culpabilisons tout un chacun pour éviter d’émerger les plus pollueurs.
    Les solutions individuelles ne sont qu’une goutte d’eau qui ne fera pas déborder les océans.
    Tout au plus peuvent elles servir d’exemples et réflexion prospective

  8. Encore faut-il s’accorder sur ce que l’on entend par résistance à l’heure d’aujourd’hui. Je n’entends que très rarement le nom de notre ennemi commun ou plutôt de nos ennemis de toujours que sont vanité, orgueil et … marketing; L’un(e) se nourrit de l’autre et vice versa. Ils sont plus que jamais d’actualité.
    Ce fut pour moi une réelle prise de conscience que de les identifier comme étant les ennemis (de l’humanité). A partir de là, oui il est possible de leur résister. C’est à mes yeux la véritable résistance que nous aurions dû mener depuis très longtemps.
    L’humanité a péché par orgueil, joue à l’apprenti sorcier, a voulu et veut encore dominer la nature…par vanité et orgueil…on connaît le résultat.
    Se limiter à ce qui est nécessaire est mon credo. Cultiver mon jardin au propre et au figuré, tout simplement.
    M’offrir quelques petits plaisirs quant le besoin s’en fait sentir. Plaisirs simples entre soi, entre nous: promenades et lectures rafraîchissantes, nourrissantes…et enrichissantes telles que celles-ci.

    La vie quoi. What else?

    Evidemment à la retraite, c’est plus simple .

    1. Dans une interview Coline Serreau fait une remarque très intelligente : elle relie le patriarcat (et ce que ça implique concrètement pour les femmes) et la manière dont on traite la nature… viol et exploitation…

  9. Jacques SEIGNAN n’a pas tort. J’ai un ami libanais qui après s’être exilé aux Etats-Unis était venu s’installer à Lyon où il cherchait un appartement; Personne ne voulait lui en louer car il était entrepreneur et n’avait pas de feuilles de salaire . Je lui ai fais confiance et lui ai loué mon appartement car à cette époque déjà j’étais chez mon père veuf qui ne savait pas se faire « cuire un oeuf. » Ce pays aux confessions multiples avait été pour lui invivable. Maintenant il se réjouit de la réconciliation de tous contre la corruption des élites.

  10. Il me semble que le militantisme ne se réduit pas à la sphère politique partisane.
    Le militantisme a trouvé ses limites dans les appareils politiques traditionnels, mais ce n’est pas pour autant que cela ne veut plus rien dire.
    Un militant c’est quelqu’un qui s’implique corps et âme dans une lutte. Ce peut être un activiste de Greenpeace, d’Extinction Rébellion, un Gilet jaune, …. autant dire qu’ils sont indispensables.

    La militance vise l’action collective et concertée, la conscience aigüe que la lutte est incertaine mais qu’elle s’oblige d’un mandat impératif, qui n’est pas nécessairement le mot d’ordre venu d’en haut, car c’est surtout une exigence éthique, qui implique d’abord d’être lucide.

    Ainsi les mouvements spontanés sont en réalité toujours précédés par l’action de quelques uns. Ces quelques uns ne se sont pas nécessairement concertés au départ, mais leur rôle est réel et indispensable. Il faut que la revendication passe le filtre du brouhaha général.

    Réduire à ce point la signification du mot militant ne me semble donc pas indiqué.

    Un mouvement spontané ne dure, ne produit de réels résultats, que s’‘il y a une stratégie, un usage de méthodes éprouvées, à améliorer ou à inventer. Cela implique donc une culture militante, un comportement militant. Suffit pas de descendre dans la rue avec une pancarte. Il faut s’inscrire dans l’histoire des luttes, avoir une connaissance des rapports de force du moment.

    L’effet de masse est une condition souvent nécessaire mais pas encore suffisante.
    Il peut même arriver que des minorités réussissent là ou échoue une mobilisation très large.

    Pour conclure, à mes yeux la militance n’est pas la lutte à long terme qui s’oppose au mouvement spontané.
    Dans tous les cas c’est un sentiment d’urgence qui dicte la conduite.

  11. Ce sont les minorités agissantes qui influes le plus sur les évènements.
    Et désormais ses minorités disposes de technologies de diffusion « instantannée » 😉

  12. Une petite entracte de bottom-down.
    – Le cadre actuel imposé par l’impérialisme US c’est la finance/capitalisme avec le $ comme métrique.
    – Ce que nous voulons c’est un nouveau cadre dont la composante majeure c’est … ?

      1. Crotte mais Il semble qu’il se passe une espèce de symétrie, malgré la polarisation, les idées qui se rejoignent s’imposent.

      2. (Pour l’instant je ne parle que des idées malheureusement, mais bon pourvu que ça déborde , pas de raisons que non)

  13. …/… Si nous avions encore 50 ans pour assurer la transition écologique, le citoyennisme serait certainement capable de faire ses preuves par lui-même …/…

    Le citoyennisme serait suffisant, même à échéance de 50 ans ?
    Les éléments de réflexions élaborés à l’intention des membres de la Convention citoyenne pour le climat donnent quelques chiffres (à vérifier) qui permettent d’en douter.
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    Aujourd’hui, en 2019, l’empreinte carbone moyenne d’un français est d’environ 11 tonnes de CO2 équivalent par an. Pour respecter l’Accord de paris, cette empreinte doit être réduite à 2 tonnes de CO2 par an d’ici à 2050, soit une baisse de 80%.

    En France les 10% les plus riches émettent plus de 16 tonnes par an, les 90% émettent moins de 5 tonnes par an. Les 10% devront déduire leurs émissions de 14 tonnes et les autres de 3 tonnes.

    – Les changements de comportement individuels significatifs (devenir végétarien, privilégier le vélo, ne plus prendre l’avion …) permettent de réduire l’empreinte de 25% au mieux.
    – Les actions avec investissement (rénovation thermique, changement de chaudière, remplacement d’un véhicule à essence ou diesel par un véhicule électrique) complèterait la réduction de 20%.
    – L’engagement individuel permettrait donc en principe d’engendrer une baisse de l’empreinte carbone moyenne de près de 45%.

    Au-delà de leur potentiel rôle pédagogique, les « petits gestes du quotidien » (faire le tri, éteindre la lumière …) n’ont pas d’impact significatif sur l’empreinte carbone moyenne des individus.

    Notre empreinte carbone est fortement contrainte par l’environnement social, technique et politique dans lequel nous vivons. Sur les 80% de baisse nécessaire, 60% ne pourrons être réalisé que grâce à une impulsion politique et collective.
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    source :
    Convention citoyenne pour le climat
    Socle d’information initial
    https://www.conventioncitoyennepourleclimat.fr/wp-content/uploads/2019/10/03102019-convcit-socledoc-web.pdf

    1. @Romain Vitorge

      Il y a des points plus que discutables dans ce document de la convention citoyenne pour le climat. J’ai notamment tiqué sur les « énergies décarbonées » que seraient soit disant le nucléaire et les renouvelables. Comme si l’extraction de l’uranium ou encore la production des panneaux photovoltaïques se faisait sans recours aux énergies fossiles. La stagnation des rendements du blé entièrement imputée au réchauffement m’ont également fait lever un sourcil, comme si le modèle agro-industriel qui détruit les sols depuis 50 ans n’avait rien à y voir (et comme si, accessoirement, les rendements devaient croitre à l’infini).

      On voit bien en revanche vers quoi ce document oriente les discussions et à qui cela profitera in fine. Le propos n’est à aucun moment de réduire nos consommations mais simplement de les modifier, ce qui permettra dans x années de nous ressortir une nouvelle catastrophe sur laquelle se mobiliser, et d’ici là, de faire encore beaucoup de business avec tous ces marchés en pleine émergence.

      1. Mon propos était de remettre les gestes individuels à une plus juste place.
        Je vois qu’il y a une suite à ce billet qui reprends une des sources du Socle d’information initial de la Convention citoyenne pour le climat, à savoir la société Carbone4 dont sont issues une partie des données de ce document.
        https://www.pauljorion.com/blog/2019/10/26/rechauffement-climatique-les-individus-isolement-ny-peuvent-rien-par-vincent-burnand-galpin/
        Suite qui va dans le sens de ma précédente intervention, si je ne m’abuse.

        Quand à savoir si l’on va continuer à utiliser des sources d’énergies peu ou moins carbonées, la question me semble rester ouverte. Arriver à une neutralité carbone en 2050 n’implique pas forcément un sevrage complet.

      2. Oui, j’ai également constaté la similitude entre le document que vous avez fourni en lien et ce que semble dire l’étude de Carbone 4. Le nom de cette entreprise ne m’était pas inconnu, et pour cause: Elle a été fondée par nul autre que Jean-Marc Jancovici, spécialiste du pic oil et fervent partisan du nucléaire. On comprend alors mieux cette volonté de mettre en avant ce type d’énergie dans le document de la convention citoyenne.

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