Les 100 jours d’Obama

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On évalue l’efficacité des présidents américains à ce qu’ils ont pu accomplir durant leurs cent premiers jours. Il faudra encore en attendre soixante-seize avant que Barack Obama n’accède aux rênes du pouvoir. Il a donc tout le temps de se préparer à ce qu’il voudra y mettre. L’état de grâce se maintiendra automatiquement pour lui jusque-là et les cent premiers jours lui seront offerts en prime.

Pour que l’état de grâce se maintienne au-delà de cette première période, il faudra pourtant qu’il s’y soit passé. C’est là que l’on pourra juger dans quelle mesure il est l’otage de ceux qui l’ont fait élire de leurs deniers. « La meilleure démocratie que l’argent permette d’acheter », dit-on en Amérique. La chose est vraie partout mais de manière tout spécialement tangible ici.

En général, le milieu des affaires vote républicain dans son ensemble. Or on a connu cette fois-ci une situation un peu inédite : il s’est en effet fendu en deux : d’un côté, la Chambre de Commerce, de l’autre, Wall Street. La Chambre de Commerce s’est alignée derrière McCain et Wall Street derrière Obama. Le ralliement de Wall Street au nouveau président demeure bien sûr un peu forcé, un peu contre son gré, mais McCain ne lui a pas laissé le choix : voulant tirer parti du sentiment anti-banquiers qu’il a humé dans l’atmosphère, il a vilipendé Wall Street et se l’est aliénée, si bien que quand on organisa pour lui à New York un « fundraiser », un de ces dîners au couvert hors de prix destinés à financer les campagnes électorales, on ne trouva quasiment personne à Wall Street pour y participer.

L’union traditionnelle entre la Chambre de Commerce et Wall Street reposait sur leur alignement commun en faveur d’une politique de laisser-faire : laissez nous nous enrichir comme nous l’entendons et le monde dans son ensemble y trouvera son bénéfice. Or sur cette question de l’autorégulation, Wall Street a jeté l’éponge. Mr. Henry Paulson, ancien PD-G de Goldman Sachs s’est fait social-démocrate même si c’est comme on se rend à Canossa, et Wall Street s’est vue contrainte de suivre. Seule option ouverte alors à celle-ci : limiter l’emprise du socialisme pendu au-dessus de sa tête comme une épée de Damoclès, et pour cela, « the Street » le sait, il lui faudra tout d’abord faire la preuve que les choses s’arrangent.

Alors à quoi consacrer ces cent jours ? Si Obama devait être plus radical en son for intérieur que l’image centriste qu’il a eu à cœur de présenter durant sa campagne, il pourrait s’y prendre si vite que la nation se verrait transformée avant même d’avoir pu s’en rendre compte. Bien sûr quand on le voit recycler au lendemain de son élection les piliers de l’administration Clinton, on peut déjà avoir de sérieux doutes à ce sujet. Il lui faudrait en tout cas transformer en nationalisation franche la semi-nationalisation actuelle du secteur bancaire, ni chair ni poisson, et dont le statut hybride avait certainement été conçu pour lui permettre d’être recyclée à son goût par un nouveau président, qu’il soit alors démocrate ou républicain. Le pays ressent également un besoin urgent d’un système universel d’assurance-maladie : son absence actuelle plombe lourdement le budget des entreprises comme celui des ménages du fait que les compagnies d’assurance-maladie (toutes privées aux États–Unis) ainsi que l’industrie pharmaceutique, dictent aujourd’hui leurs conditions sans qu’aucune instance gouvernementale ne restreigne leur avidité naturelle. Il faudra rapidement les mettre au pas.

Si Obama pouvait obtenir au moins cela, la face du monde n’en serait pas changée mais il aurait en tout cas amélioré ses chances de prolonger l’état de grâce au-delà de ses cent jours initiaux.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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Présidentielles US (5) – La Californie vote

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Je n’ai pas le droit de voter. Les préposés me gourmandent : allons, cessez d’hésiter ! Je hoche du doigt : je ne peux pas, je suis étranger !

Mais Adriana peut. Nous sommes très discrets en famille : je ne lui ai pas demandé pour qui elle votait. Son badge, son sourire offrent quand même une indication.

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Présidentielles US (3) – Qui est Obama ?

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« Qui est Obama ? » La question est revenue comme une rengaine dans la campagne de John McCain et de sa colistière Sarah Palin. Les commentateurs y ont lu un racisme voilé. Voici en effet un candidat dont on sait tout : tout sur lui, sur son épouse Michelle, sur leurs deux filles, Malia Ann et Natasha, tout sur sa grand-mère qui s’est éteinte aujourd’hui, que voudrait-on savoir de plus ? Continuer de dire « Qui est Obama ? », ce serait répéter inlassablement qu’il ne sera jamais l’un des nôtres, c’est poser le Noir comme fondamentalement inconnaissable et dont l’altérité est coulée dans l’airain.

Ceci dit, la question reste excellente : qui est Obama ? Je n’en sais rien. Il est vrai qu’on connaît de lui tout ce qu’on peut rêver trouver comme information dans People Magazine ou dans Paris-Match et il a apporté sa contribution personnelle en écrivant de très gros livres sur tout ce qu’il pense ou a jamais pensé. Mais n’est-il pas éminemment suspect qu’un homme apparemment aussi intelligent que lui ait produit au fil des ans un tel flot de platitudes, un tel ramassis de clichés d’almanach ?

Le « Qui est Obama ? » de McCain n’est pas raciste, le candidat républicain est trop intelligent pour cela, il veut dire plutôt : « Où sur l’éventail qui va du centre-gauche – d’où Obama s’exprime inlassablement – à l’extrême-gauche, se situe-t-il vraiment ? » C’est une excellente question et si les sondages ne se trompent pas, nous en connaîtrons bientôt la réponse.

Il m’est arrivé un soir d’entendre un Obama qui méritait d’être écouté. Il était sur la défensive et se justifiait d’appartenir à une église dont le prêtre tient depuis des années un discours que je qualifierai pour faire vite de « Black Panther ». Il était en colère, il rayonnait de l’intelligence qu’on lui soupçonne. L’opinion ne l’a pas bien pris et il n’a pas insisté. S’il est intelligent, nous ne le savons pas encore mais qu’il soit malin, nous le savons déjà.

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Présidentielles US (2) – L’Alaska

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L’erreur de McCain dans son choix d’un Vice-Président – qu’il gagne ou qu’il perde – n’aura pas été qu’il s’agisse d’une Vice-Présidente, c’est–à–dire d’une femme, ni qu’elle incarne l’extrême-droite religieuse – il lui fallait de toute manière faire ce grand-écart pour pouvoir compter sur la base traditionnelle du parti républicain. Son erreur aura été l’Alaska. L’élection d’aujourd’hui nous offre en effet un contraste saisissant entre un candidat à la présidence, noir diplômé de Columbia et de Harvard, et une candidate à la vice-présidence, maire d’une ville d’Alaska qu’un commentateur qualifiait de « ruban de zone de cinq kilomètres ».

On dit aux États–Unis que les excentriques roulent sur la carte jusqu’à ce que la mer les arrête en Californie. On sait aussi, même si on ne le dit pas ouvertement, que les « losers », les ratés, roulent sur la carte vers le haut, jusqu’à ce que la glace les arrête en Alaska.

Les blancs qui n’y arrivent pas, on les appelle en Amérique : « white trash », ordure blanche, ou pire encore : « trailer trash », ordure des roulottes. Dans la littérature politique, on désigne la même population d’un terme inventé autrefois par Marx et Engels : le lumpenproletariat, le « prolétariat en haillons ».

L’Amérique reste l’Amérique et entre la connotation du succès et celle de l’échec – et par-delà la question raciale – le choix demeure instantané.

Deux documents : Anchorage de Michelle Shocked et la fin de Lolita de Stanley Kubrick (1962), d’après le roman de Nabokov.

Dans Anchorage, le nom de la capitale de l’état d’Alaska, la narratrice a écrit à une de ses anciennes copines à son adresse à Dallas, et reçoit en réponse une lettre en provenance d’Anchorage. On comprend immédiatement que les choses ne se sont pas passées comme elles l’auraient dû.

Dans Lolita, Humbert Humbert retrouve Lolita plusieurs années plus tard. Elle n’habite plus une coquette maison de banlieue mais un appartement froid et sordide. Pire : elle et son copain s’apprêtent à partir pour l’Alaska.

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Présidentielles US (1) – La Cour Suprême

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Les intentions de vote sur le site Real Clear Politics qui pondère les résultats de sondages, sont Obama 51,9 % et McCain 44,4 %. Le sondage le plus récent qui se préoccupait encore de mentionner Ralph Nader pour les écolos et Barr pour la droite libertarienne, leur donnait respectivement 2,5 et 1,3 % ; c’était il y a plus de trois semaines.

Les parieurs d’Intrade sont encore plus clairs que les sondés : qu’Obama gagne 93,6 %, que McCain gagne, 8,1 %. Ça fait plus que 100 % mis ensemble mais comme la crise l’a souligné, on a de toute manière beaucoup trop fait confiance aux mathématiques !

On a évoqué longuement durant la campagne l’« effet Bradley », du nom de Tom Bradley, candidat gouverneur en Californie en 1982. Noir, il avait perdu malgré une avance confortable dans les sondages. L’influence du facteur race est à mon avis largement compensée cette fois-ci par le fait qu’Obama est apparu au cours de la campagne comme un modéré et McCain comme un extrémiste.

Les chiffres des sondages sont donc probablement fiables. Ceci dit, dans le système américain très différencié, ce qu’on appelle le « vote populaire », le total des voix, n’est pas essentiel, et ceci du fait que chaque état est représenté par des Grands Électeurs de manière majoritaire ou proportionnelle. Comme on s’en souvient, Gore l’avait emporté sur Bush en 2000 au popular vote, mais ça n’avait pas compté. Du coup, l’attention se porte sur quelques états seulement et à l’intérieur de ces états, sur quelques circonscriptions clés. C’est là que les démocrates ont fait un effort particulier pour faire s’inscrire de nouveaux électeurs et les républicains pour contester ces inscriptions. Or, le 18 octobre, et dans un vote unanime, la Cour Suprême a rejeté une demande républicaine de rendre plus pointilleuse la confirmation du statut d’électeur en Ohio. Comme on s’en souvient, c’est le poids de la Cour Suprême dans la balance qui avait fait élire Bush en 2000. Il se pourrait bien que l’histoire se soit répétée et qu’Obama ait été élu par la Cour Suprême, dès le 18 octobre.

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Un des plus grands bluesmen

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Dans notre série « les grands oubliés jusqu’ici » et pour succéder à Peggy Lee : Robert Zimmerman, un des plus grands bluesmen de tous les temps. On dit en Amérique que chacun se souvient où il était quand il a appris la mort de Kennedy. Je m’en souviens mais je me souviens aussi de la première fois que j’ai entendu Bob Dylan à la radio.

Ses véritables débuts datent de 1961 à New York. Un critique du New York Times, Robert Shelton, écrivait alors « Mr. Dylan est vague quant à ses antécédents ou son lieu de naissance, mais là où il fut importe moins qu’où il ira, et il semble que ce soit le sommet ». Je vous ai choisi deux petites choses du début, de 1963. Enjoy !

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Alexandre V. Tchayanov (1888 – 1937)

Agronome-économiste-sociologue russe. Arrêté le 3 octobre 1937. Jugé et exécuté le même jour. Son épouse passa 18 ans dans des camps de travail. Réhabilité en 1987.

Un extrait de G. Delbos et Paul Jorion, La transmission des savoirs (1984), épuisé mais bientôt republié (à l’époque où notre livre fut écrit, il était très peu question de Tchayanov en français et nous avions adopté l’orthographe anglo-saxonne de son nom : « Chayanov ») :

« Meyer Fortes ignorait alors (1949) qu’une approche semblable avait été développée dans le milieu des années vingt par l’économiste russe, A. V. Chayanov. A cette époque s’affrontaient dans un combat qui devait être sans merci, les économistes léninistes, au rang desquels Lénine lui-même, et les économistes néo-populistes de l’Ecole « Organisation et Production », parmi lesquels Chayanov. Avec d’autres économistes de la même école, Chayanov élabora une Théorie de l’économie paysanne (1925), ou plutôt, une théorie de la ferme paysanne, comme unité économique familiale, théorie fondée sur les zemstvos, ces innombrables recensements ruraux réunis de la fin du XIXe siècle à la Révolution d’Octobre. Contrairement à Lénine qui croyait observer une différenciation lente de la classe paysanne russe en paysans riches et paysans pauvres, Chayanov constatait au contraire l’existence, au sein de la paysannerie, de mécanismes autorégulateurs. Il expliquait l’apparente différenciation sociale comme mécompréhension d’une différenciation évolutive correspondant aux différents moments du cycle démographique de la famille paysanne…. » (Delbos & Jorion 1984, pages 46-47)

La transmission des savoirs offre de nombreux exemples empruntés à la petite pêche, la saliculture et la conchyliculture bretonnes, confirmant l’hypothèse de Tchayanov relative aux cycles de l’organisation économique familiale (pages 44-104).

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Crise : où l’expliquer

Ce billet paraît simultanément, aujourd’hui dimanche, en tribune libre sur Mediapart .

Sur Mediapart également, un compte-rendu de La crise par Ludovic Lamant.

Crise : où l’expliquer ?

Je m’étais inscrit à l’Université Libre de Bruxelles à l’Ecole Solvay qui forme des ingénieurs financiers. C’était intéressant. Le cours de comptabilité l’était aussi. Du moins au début. Il s’est ensuite transformé en cours de dissimulation : le prof mentionnait des astuces qu’il soulignait de clins d’œil appuyés et accompagnait d’un rire gras. C’était un cauchemar : j’ai pris mes jambes à mon coup !

Je me suis inscrit en sociologie. Les quelques cours d’anthropologie au programme m’intriguaient et je me suis rapidement retrouvé menant de front anthropologie et sociologie. Le prof d’anthropologie économique était marxiste. Ce qu’il expliquait était très séduisant : je suis devenu expert en anthropologie marxiste.

En 1973, je suis allé m’installer pour quinze mois à l’île de Houat dans le Morbihan où je me suis initié à la pêche artisanale. J’essayais de comprendre ce que je voyais à travers ma lorgnette d’anthropologue économique marxiste. Ce fut un désastre : ça ne marchait pas du tout. Il fallut trouver autre chose. Au cours des années qui suivirent je constituai petit à petit ma boîte à outils d’analyse économique où l’on retrouve aujourd’hui Aristote côtoyant Adam Smith, Ricardo, Tchayanov, Sraffa, Leach et Pierre Bourdieu. Quelques économistes : Smith et Sraffa, un sociologue : Bourdieu, un anthropologue : Leach et un agronome-sociologue-économiste : Tchayanov.

En 1990, je suis entré en finance, et j’ai lu la littérature technique des ingénieurs financiers – lu et relu. En 2002, j’ai entrepris de contribuer moi-même à l’explication du monde financier. Je n’ai écrit ni en anthropologue, ni en sociologue, ni en ingénieur financier : je me suis contenté de mettre toutes les méthodes d’explication dont je disposais au service de tout ce que je pensais avoir compris.

Ma boîte à outils avait été composée à l’extérieur de la science économique. En lisant il y a quelques jours une intervention de James K. Galbraith datant de 2002 et intitulée « Can we please move on ? », j’ai eu la surprise de découvrir ma boîte à outils décrite dans ses moindres détails comme étant ce que la science économique aurait dû devenir mais n’était nullement devenue.

James K. Galbraith détient la chaire Lloyd M. Bentsen, Jr. de Government/Business Relations à l’Université du Texas à Austin. Il est aussi le fils de John K. Galbraith, un grand économiste keynésien, aujourd’hui sur la liste des meilleurs ventes de livres pour avoir écrit en 1954 un ouvrage fameux sur le krach de 1929.

Les recommandations de Galbraith sont nombreuses, qui semblent toutes situer l’avenir de la science économique au sein de la sociologie économique, de l’anthropologie économique et de la science politique : « l’accent [doit être] mis sur les structures sociales », « [il nous faut] une théorie du comportement humain fondée sur les principes de l’interaction sociale », « les ménages, les entreprises, les systèmes de crédit, les gouvernements et leurs budgets, les rapports entre les nations, font tous partie d’une structure hiérarchique imbriquée d’institutions définissant règles et conventions, de sources de pouvoir en interaction et parfois en conflit ».

Tout cela n’est pas surprenant : ce qu’il s’agit de faire c’est en effet de revenir aux sources de la science économique : à l’époque où elle était encore « économie politique », l’une des composantes des « sciences morales et politiques », le prédécesseur des sciences humaines, avant que la « science » économique ne succombe au chant des sirènes du calcul différentiel et élimine du coup l’humain de ses préoccupations.

Dans son article intitulé : « Crise : la grande faillite des économistes », Ludovic Lamant fait le constat de l’impréparation des économistes devant la crise dont nous sommes en ce moment non seulement les témoins mais aussi les victimes. Ils ne l’avaient certainement pas prévue et se ridiculisèrent, souligne-t-il, en minimisant sa portée une fois celle-ci déclenchée. Seule une poignée d’économistes hétérodoxes et d’outsiders avaient annoncé les difficultés à venir et étaient équipés pour les analyser ensuite.

La question sous-jacente à l’article de Lamant est cependant celle de l’avenir : si l’enseignement que dispensent les facultés de science économique n’est pas celui qui permet de comprendre l’économie et la finance telles qu’elles nous interpellent aujourd’hui à travers la crise, où cet enseignement doit-il être dorénavant dispensé ?

On m’a rapporté une conversation qui aurait eu lieu il y a quelques années dans un établissement d’enseignement supérieur français bien connu. La question avait été soulevée : « Pourquoi ne pas confier une charge à Jorion ? » La discussion avait paraît-il tourné court : comment qualifierait-on le domaine de ses recherches ? quel nom attribuerait-on à son enseignement ? L’anecdote est sans doute très personnelle mais elle n’en est pas moins éclairante car elle répond à la question de Ludovic Lamant : où l’enseignement de l’économie doit-il aujourd’hui être dispensé ? Dans ce lieu qu’aucun des participants à la réunion n’avait pu nommer à défaut d’un nom pour le désigner. Tout ce que l’on sait de ce lieu, c’est qu’il concentre en un seul objet la compréhension que nous avons de l’humain et qu’il a pour fonction d’expliquer le rôle parfois tragique joué par l’économie et la finance au sein de nos sociétés.

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Octobre 2008 : un mois de gros temps

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Fayard a été extrêmement rapide. J’ai déposé le manuscrit de La crise le 30 septembre. Le bon-à-tirer était signé le 6 octobre, l’ouvrage commençait à être livré aux libraires le 20 et il sera officiellement en vente lundi, le 3 novembre.

Si vous achetez un exemplaire lundi ou les jours qui suivent, vous avez droit à une première édition, premier tirage, qui fera peut–être la fortune d’un de vos petits-enfants mais vous achetez un livre qui se trouve entreposé depuis deux semaines chez un libraire. Et Dieu sait s’il se passe beaucoup de choses ces jours-ci en quinze jours !

Si un second tirage est rapidement nécessaire (ce qui arrangerait bien mes affaires !), pourquoi ne pas mettre le livre à jour à l’occasion de ce retirage ? Eh bien, rassurez-vous, c’est prévu. Il est bien sûr trop lourd de modifier tout l’ouvrage, mais j’ai rédigé un appendice qui propose un sommaire des nouveaux développements depuis le dépôt du manuscrit. Et comme il s’est écoulé exactement un mois, je l’ai intitulé Octobre 2008 : un mois de gros temps.

Si vous voulez que votre exemplaire le contienne à tout prix, vous pouvez attendre le retirage. Bien sûr on sera peut–être alors en décembre…

Alors voici ce que j’ai décidé de faire : achetez le livre en confiance lundi car la mise à jour du deuxième tirage éventuel a été reproduite ici, à la suite de cette introduction qui vous a conduit dans les coulisses du monde mystérieux de l’édition !

Octobre 2008 : un mois de gros temps

Le mois d’octobre 2008 n’aura pas modifié la donne de la crise. Quelques signes positifs, telle une maigre reprise de l’immobilier résidentiel américain due au prix défiant toute concurrence des logements saisis et remis sur le marché, ou une baisse relative des taux interbancaires (encore très loin cependant de leur niveau de la première moitié du mois de septembre), ne seront pas parvenus à compenser les indices qui signalaient au contraire une aggravation de la situation, en Europe d’abord, où l’Islande et la Hongrie en particulier se retrouvèrent au sein de la tourmente, et en Asie où les yeux se tournèrent vers le Pakistan faisant face à une crise de solvabilité majeure.

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